L. etc
2° Ményanthées. Corolle à préfloraison induplicative; feuilles alternes (albumen ne remplissant pas la cavité de la graine (Menyanthes L. , Villarsia Vent.).
Gentiane jaune ( Gentiana lutea L., fig. 673).
Plante des régions montagneuses de l’Europe, haute d’environ 1 mètre , à tige cylindrique, droite, glabre ; feuilles opposées : les infér rieures oblongues-elliptiques, pétiolées; les médianes sessiles , ovalesoblongues, à préfoliation plissée longitudinalement ; les supérieures ou bractéales, connées, ovales, jaunâtres. Fleurs en cymes axillaires, très-denses; calice scarieux, d’abord presque urcéolé avant l’anthèse, puis fendu d’un seul côté pour laisser sortir la corolle; corolle jaune , rarement rougeâtre, presque rotacée, à 5-7 segments lancéolés, aigus, non ciliés; éta-
Fig. 673. - Gentiana lutecù
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
mines dressées, attachées à la base de chaque incision; ovaire ovoïde allongé, uniloculaire, polysperme , à placentation pariétale; style simple; stigmate double à lobes linéaires divergents.
Cette plante a une racine vivace, pouvant atteindre la grosseur du poignet , très-longue et rameuse , que l’on récolte et dessèche pour Tu sage médical.
La Racine de Gentiane du commerce est généralement grosse comme le pouce, rugueuse, et d’un brun jaunâtre au dehors, jaune et spongieuse au dedans ; elle a une odeur forte , désagréable et une saveur très-amère. Elle renferme, entre autres principes: une substance cristallisable, dépourvue d’amertume, Y acide Gentianique ou Gentianin de Henry et Caventou ; une huile volatile ; du sucre incristallisable en assez grande quantité pour qu’on en retire, par fermentation et distillation, une eau-de-vie dite de Gentiane , fort estimée des montagnards ; enfin et surtout un principe amer, que M. Dulk a obtenu et nommé Gentianine. Ce produit est incristallisable, brun jaunâtre, très-amer, très-soluble dans l’eau, soluble dans l’alcool ordinaire, presque insoluble dans l’alcool absolu.
D’après M. Küchenmeister, la Gentianine agit sur la rate aussi efficacement que la quinine; son action est aussi rapide; il suffit de l’administrer à la dose de 1 à 2 grammes , 2 fois par jour; il constitue probablement le succédané le plus précieux du quinquina.
Cette substance est peut-être la même que le principe amer cristallisable que l’on a nommé Gentiopicrin. Le Gentiopicrin est un glucoside, qui se dédouble au contact des acides en glucose et en Gentiogéhin.
La racine de Gentiane est le meilleur de nos fébrifuges indigènes. On la prescrit sous forme de poudre, d’infusion, d’extrait, de teinture, de vin , de sirop; elle entre dans un grand nombre de préparations.
Ganchalagua [Gentiana peruviana Lamk., Ghironia chilensis Willd.). Cette plante est tonique et fébrifuge; M. Lebœuf la prescrit comme astringente, à la dose de 4 à 12 grammes, lorsqu’elle est fraîche, et à celle de 2 à 4 grammes, quand elle est sèçhe.
Chirette ( Gent . Chirayta Roxb.). Cette plante, que Guibourt croyait être le Calamus aromaticus des anciens , possède toutes les propriétés de notre Gentiane. Ses tiges sont employées, dans l’Inde, contre les cachexies, les fièvres intermittentes, la dysenterie etc.
Petite Centaurée (. Erythrœa [ Ghironia Willd.] Centaurium Pers., fig. 674). Plante annuelle , haute de 20 à 30 centim., à tige subquadrangulaire ; feuilles opposées, petites, ovales- aiguës, entières ; fleurs en cyme dichotome corymbiforme ; calice à 5 lanières subulées, dressées; corolle rosé pourpré , infundibubforme , à 5 di-
GENTIANÉES.
visions o vales , obtuses et à tube très-allongé ; 5 étamines à anthères tordues en spirale, après l’émission du pollen; ovaire allongé, uniloculaire, à placentaires pariétaux divergents ; style bifurqué au sommet, à branches terminées par un stigmate arrondi et comme pelté; capsule très-allongée sub-biloculaire , bivalve.
Les Sommités de petite Centaurée sont fréquemment prescrites comme toniques et fébrifuges , sous forme d’infusioîi.
M. Méhu a retiré de l’extrait aqueux des sommités de Petite Centaurée, une matière cristallisée, qu’il a nommée Érythro centaurine. Cette matière rougit par son exposition au soleil, d’où son nom.
Ményanthe ou Trèfle d’eau (. Menyanthes trifo liata L.). Plante à rhizome traçant, rameux, cylindrique, articulé; feuilles alternes , engainantes , longuement pétiolées, trifoliées , à folioles ovalesarrondies , obtuses , glabres ; pédoncule floral nu, axillaire, portant 10 à 15 fleurs en épi court , subglobuleux; calice campanulé à divisions dressées:
Fig. 674. — Erythrœa Centaurium.
corolle blanche lavée de rose, campa-
nulée , à divisions lancéolées , aiguës
à leur face supé-
rieure, de longs poils glanduleux; anthères d’abord rouges , puis violettes ; capsule à déhiscence loculicide ou dont les valves portent les graines sur leur milieu.
Cette plante habite les tourbières et les endroits marécageux. Sa tige et ses feuilles sont très-amères et toniques.
Les Feuilles de Ményanthe sont prescrites sous forme de décoction , de sirop ou d’extrait ; ; elles entrent , avec la Petite Centaurée , dans les Especes amères. On en administre parfois le suc, contre les scrofules et le rachitis. M. Nativelley a trouvé, en 1838, une matière blanche cristallisée, très-amère, qu’il a nommée Ményaiithine.
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
M. Kromeyer a donné le même nom à une substance blanche , poisseuse, incristallisable , qu’il regarde comme un glucoside.
Les feuilles sèches de Ményanthe sont parfois , dit -on , substituées au Houblon, par quelques brasseurs, dans la fabrication de la bière.
Les Gentianées sont toutes douées d’un amertume intense, et peuvent au besoin être substituées les unes aux autres.
Le Gentiana acaulis L. est même plus amer que la Gentiane jaune et devrait lui être préféré , si sa rareté et son exiguité relatives ne n’y opposaient.
LOGANIACÉES.
Plantes ligneuses, rarement herbacées ; feuilles opposées, entières, stipulées, ou connées par la base de leurs pétioles dilatés, et formant ainsi un court rebord autour de la tige; stipules adnées au pétiole ou libres, ou cohérentes en gaine, ou bien encore axillaires et soudées au pétiole par leur dos; fleurs hermaphrodites, régulières, rarement anisostémones , tantôt axillaires et solitaires, ou en grappe ou en corymbe, tantôt terminales et en corymbe'ou en panicule ; calice gamosépale à préfloraison valvaire , ou polysépale (4-5) à préfloraison imbriquée; corolle rotacée ou campanulée, ou infundibuliforme, 5-4-10-fide, à préfloraison valvaire, tordue ou convolutive; étamines alternes ou opposées aux lobes de la corolle, en même nombre que ces lobes, ou bien plus ou moins nombreuses; anthères introrses; ovaire à 2-4 loges pluriovulées, rarement uniovulées; ovules semianatropes , rarement anatropeS; style simple; stigmate capité ou pelté ou bilobé ; baie , drupe ou capsule à déhiscence septicide ou septifrage , ou transversale ; graines parfois ailées ; embryon droit dans l’axe ou à la base d’un albumen charnu ou cartilagineux.
Cette famille comprend deux divisions : Strychnées : corolle à préfloraison valvaire ou tordue (Strychnos Juss., Spigelia L. etc.); Loganiées : corolle à préfloraison convolutive (Logcinia R. Br. etc.).
Les Loganiacées diffèrent des Gentianées, par leur ovaire 2-4-loculaire et leurs feuilles stipulées; elles se distinguent des Apocynées, par leur suc aqueux , leurs feuilles stipulées , leur corolle souvent anisostémone et leurs carpelles toujours soudés. Enfin, on peut les considérer comme des Rubiacées à ovaire supère.
Vomiquier (Strychnos nux vomica L.). Arbre de l’Inde, à rameaux opposés, cylindriques, glabres; feuilles brièvement pétiolées, ovalesarrondies , entières , lisses , glabres ; fleurs petites en cymes corymbiformes , terminales ; calice gamosépale à 5 divisions ; corolle tubuleuse, rosacée, à tube renflé au sommet; 5 étamines incluses; baie ovoïde , grosse comme une orange, 1-loculaire par avortement de la 2e loge, et contenant quelques semences éparses dans une pulpe visqueuse. Ges semences sont connues sous le nom de Noix vomique .
LOGANIACÉES.
La Noix vomique (fig. 675) est orbiculaire, aplatie, déprimée, gris verdâtre , couverte de poils soyeux très-fins et apprimés , qui lui donnent un aspect velouté ; elle est formée d’un périsperme corné , très-amer, intimement soudé à l’épisperme , et présente, sur l’un des points de sa circonférence, une légère proéminence correspondant à la radicule de l’embryon.
La Noix vomique est un poison redoutable pour l’homme et pour les animaux ; elle doit ses propriétés à trois alcaloïdes très-vénéneux, la Brucine , la Strychnine et Ylgasurine. On l’administre en poudre, en extrait, en teinture etc., contre les hydropisies asthéniques, la dyspepsie , les diarrhées chroniques etc.
La Strychnine (G42 H22 Az2 O4) cristallise en octaèdres à base rectangle , quelquefois en prismes quadrilatères terminés par des pyramides à 4 faces. Elle est incolore, inodore, excessivement amère, presque insoluble dans l’eau , à laquelle elle communique une saveur intense ; insoluble dans l’éther, à peine soluble dans l’alcool absolu , très-soluble dans l’alcool ordinaire , le chloroforme et les huiles volatiles.
L’acide azotique ne la colore pas, quand elle est pure. Chauffée avec cet acide , elle dégage des vapeurs rouges et se convertit en une masse d’apparence résineuse, qui se dissout dans l’eau bouillante. Il se dépose , par refroidissement du soluté , des mamelons jaunes d’azotate de nitro-strychnine.
Quand on triture la strychnine, avec des traces de bioxyde de plomb , en présence de l’acide sulfurique concentré , il se produit une coloration bleue, qui passe rapidement au violet, puis au rouge, et enfin, après quelques heures, au jaune-serin.
Les acides même faibles forment, avec la strychnine, des sels généralement cristallisables et très-amers , que l’infusion de noix de galle précipite.
La strychnine et ses sels sont des poisons extrêmement énergiques. Elle paraît agir principalement sur la moelle épinière; elle déprime et éteint l’action des nerfs sensitifs , ce qu’elle ne peut faire qu’en excitant les nerfs moteurs d’une manière passagère , mais terrible (Gb. Bernard). Il en résulte de violentes convulsions, qui reviennent par accès et laissent l’animal dans un coma profond.
Un centigr. de strychnine produit des effets très-manifestes sur un Homme sain; 2 à 3 centigr. tuent un Ghien de forte taille.
«A la suite de l’introduction dans l’estomac d’un sel soluble de
Fig. 675. — Noix vomique.
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONEES.
strychnine, les symptômes de l’empoisonnement commencent à se montrer généralement au bout d’un quart d’heure. Les malades sont pris d’abord d’un sentiment de dégoût ; puis il survient des vertiges, de la raideur dans les muscles et en particulier dans ceux de la mâchoire. Bientôt un tremblement particulier agite tout le corps; après quelques bâillements , les mâchoires se resserrent. Des secousses se déclarent, d’abord faibles, mais se transformant bientôt en convulsions tétaniques d’une violence terrible. Le tronc est raide et immobile, les muscles durs, la tête renversée en arrière, la face cyanosée, les battements du cœur et la respiration presque suspendus, la sensibilité presque abolie. Au bout de 1 à 2 minutes, l’accès est terminé , et il survient une période de rémission pendant laquelle le pouls se relève, et la sensibilité revient; mais ce calme est de courte durée. Après 2 à 15 minutes , il survient un nouvel accès quelquefois plus terrible que le premier. Et d’autres accès peuvent succéder à celui-ci , séparés par une sorte de repos , qui n’est qu’un profond accablement.
« Quelques malades succombent pendant un accès ; d’autres tombent dans le collapsus et meurent dans cet état. »
On administre la strychnine dans toutes les maladies avec affaiblissement local ou général, les paralysies générales ou partielles; contre l’épilepsie, quelques cas d’amaurose etc. Chez les paralytiques, on observe ce fait singulier, que la partie paralysée semble seule soumise à l’influence médicamenteuse : il s’y produit un fourmillement, une sueur locale, des secousses tétaniques etc., tandis que le côté sain n’éprouve rien de semblable.
On prescrit la strychnine à dose très-faible , et sous toutes les formes pharmaceutiques.
La Brucine (G46 H-6 Az2 O8 -f- 4 H2 O2) cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, souvent assez gros, ou en lamelles feuilletées, d’un blanc nacré; ses cristaux s’effleurissent rapidement à l’air; elle est plus soluble dans l’eau que la strychnine, soluble dans l’alcool, peu soluble dans les huiles volatiles, insoluble dans l’éther et dans les huiles grasses. L’acide sulfurique concentré la colore d’abord en rose, puis en jaune et en jaune verdâtre. L’acide azotique lui donne une couleur rouge de sang, qui passe au violet sous l’influence du chlorure stanneux.
On retire la brucine de l’écorce de fausse Angusture , qui la contient presque exempte de strychnine , ou encore des eaux-mères alcooliques de la strychnine.
Nous avons déjà (t. II, p. 236) fait l’histoire de la Fausse Aie gusture , que l’on attribue au Yomiquier ou à une espèce très» voisine.
LOGANIACÉES.
La brucine agit, sur l’économie, moins violemment que la. strychnine; on l’emploie dans les memes circonstances, et elle a l’avantage de produire des effets analogues , sans avoir une aussi grande activité. On l’administre à la dose initiale de 2 centigr., que l’on peut élever progressivement à celle de 10 centigr.
Igasurine. Cet alcaloïde a été découvert , par M. Desnoix , dans les eaux-mères dont on a précipité la strychnine et la brucine par la chaux, à la température de l’ébullition. Elle cristallise en prismes soyeux, incolores, disposés en aigrettes, et de saveur trèsamère, persistante.
Elle se dissout dans l’alcool , le chloroforme , les huiles grasses et les huiles essentielles ; l’éther la dissout à peine ; elle est plus soluble dans l’eau que la strychnine et que la brucine.
L’acide sulfurique concentré la colore d’abord en rose , puis en jaune, puis en vert jaunâtre; l’acide azotique lui donne une teinte rouge, qui passe au violet par addition de chlorure stanneux.
L’Igasurine paraît agir à la manière de la brucine et de la strychnine ; son énergie la place entre ces deux bases.
Fève de Saint-Ignace. Cette semence est produite par le Strychnos Ignatii Berg. ( Ignatia amara L. f.), plante grimpante qui croît aux Philippines. Telles que le commerce les fournit, les Fèves de Saint-Ignace sont grosses comme des olives environ, convexes-arrondies d’un côté , anguleuses de l’autre , généralement plus épaisses à l’une de leurs extrémités , parfois couvertes d’un épisperme blanchâtre, plus souvent réduites à leur périsperme corné, dur, semi-transparent, inodore et très-amer. Elles ont été préconisées comme fébrifuges et purgatives ; mais on ne doit les administrer qu’à dose très-faible , car elles renferment plus de strychnine que la noix vomique , en même temps que de la brucine et de l’igasurine.
Bois de Couleuvre* Ce bois, jadis vanté contre les morsures des Serpents venimeux et comme fébrifuge, est fourni par la racine du Strychnos colubrina L. , et peut-être aussi par celle du Str. nux vomica. Il est pesant , jaunâtre, inodore et très-amer, à cassure longitudinale ondulée, à fibres soyeuses. Ce bois est inusité en Europe.
Upas Tieuté. On appelle ainsi l’extrait aqueux retiré, par décoction, de l’écorce du Vomiquier Tieuté ( Strychnos Tieute Lesch. fig. 676), grande liane, qui croît dans les régions montagneuses de Blambangang.
Racines horizontales , grosses comme le bras, à écorce mince, couleur de rouille ; tige grimpante , à écorce rugueuse , rougeâtre , couverte d’un enduit crétacé; rameaux opposés, divergents, grêles
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et lisses; feuilles ovales - lancéolées , coriaces, trinerviées , parfois semblant transformées en vrilles; stipules nulles; cymes axillaires corymbiformes ; calice petit à lobes ciliés; corolle blanche,
noircissant par la dessiccation , longue, à lobes oblongs étalés, glabres; étamines presque sessiles , insérées sur la gorge de la corolle ; ovaire ovoïde; style grêle , surmonté par un stigmate arrondi , papilleux ; baie globuleuse , lisse , rouge , de 5 à 6 centim. de diamètre ; graines ovoïdes arrondies.
L’Upas Tieuté est solide, trèsamer, aromatique , brun rougeâtre, un peu translucide et jaune orangé en couche mince ; sa poudre est gris jaunâtre. Il
se dissout dans l’eau , qu’il colore en jaune orangé , et abandonne une matière rouge-brique. Il renferme beaucoup de strychnine et deux matières colorantes : l’une jaune , soluble ; l’autre brun rougeâtre , insoluble , verdissant par l’acide azotique , et que l’on a appelée Strychnochromine. On n’y trouve pas de brucine. Les Javanais s’en servent pour empoisonner leurs flèches; il détermine la mort par asphyxie.
Curare. Le Curare est un poison terrible, dont les Indiens de l’Orénoque, de l’Amazone et de leurs affluents (Jupura, Rio- Negro etc.) se servent pour empoisonner leurs flèches. On l’at-
Fig. 676. — Strtjchnos Tieute.
LOGANIACÉES.
tribue au Str. toxifera Rob. Schomburgk et au Str. guianensis Mart. C’est une matière extractiforme , solide , brun noirâtre , parfois grise, d’aspect résineux, enfermée dans des calebasses ou dans de petits pots d’argile; sa poudre est d’un brun jaunâtre. Il se ramollit dans l’eau et s’y dissout en grande partie : le soluté est rouge foncé. M. Preyer en a isolé le principe actif, déjà signalé par MM. Boussingault et Roulin , sous le nom de Curarine.
La Curarine (C20 H15 Az Preyer ) est un alcaloïde cristallisable en prismes quadrilatères , incolores , très-amers, hygroscopiques, très- 'solubles dans l’eau et dans l’alcool , peu solubles dans le chloroforme et dans l’alcool amylique , insolubles dans l’éther, la benzine, le sulfure de carbone et l’essence de térébenthine. Elle a une réaction faiblement alcaline ; l’acide sulfurique la colore en bleu ; l’acide azotique la colore en pourpre , le bichromate de potasse et l’acide sulfurique en violet.
« M. Claude Bernard a vu que le curare est sans action sur les organes de la circulation , et qu’il n’enlève pas au sang ses aptitudes physiologiques * il abolit les manifestations du système nerveux , et laisse intact le système musculaire, ce qui a permis de prouver que la contractilité musculaire et l’irritabilité des nerfs moteurs sont deux propriétés distinctes ; il laisse intacts les nerfs sensitifs, les muscles et tous les autres tissus de l’organisme. » (Reveil.)
Selon M. Alvarez Reynoso, le chlore et le brome neutralisent les effets du curare ; l’iodure et le bromure de potassium retardent son action sur l’économie.
On a essayé le curare contre le tétanos, l’hydrophobie et l’épilepsie ; ce poison n’a pas toujours donné de bons résultats.
Toutes les espèces du genre Strychnos ne sont pas vénéneuses. Ainsi les Semences de Titan-Cotte, fournies par le Str. jjotatorum L., sont privées d’amertume et servent, dans l’Inde, à purifier Beau. L’écorce du Str. Pseudo-Quina A. St-Hil. sert comme fébrifuge ; au Brésil, on la désigne sous les noms de Quina do Campo , Quina de Manda , Copalchi.
Spigélie anthelminthique ( Spigelia anthelmia L.). Cette plante du Brésil, de la Guyane et des Antilles est réputée vénéneuse et appelée , à cause de cela, Brinvillière. Ses feuilles et ses racines desséchées .sont employées avec succès contre les vers intestinaux. On lui substitue la Spigélie du Maryland ( Sp . marylandica L.), qui paraît être moins active.
, SOLANÉES
Plantes herbacées ou ligneuses; feuilles alternes , simples, sans
stipules , souvent géminées sur les rameaux floraux (fig. 677) ; fleurs
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
hermaphrodites (fig. 678) , en cymes rarement axillaires (. Lycium ) , généralement terminales, parfois dichotomes ou même en apparence trichotomes (Douce - amère) , souvent extra-axillaires , disposées alors en une cyme unipare scorpioïde (Voy. t. I, p.
394-395, fig. 298- 299) ; parfois Fin florescence se soude au rameau issu de la feuille supérieure, et s’élève plus ou moins (Mor elle) ; généralement la tige se transforme en un sympode, dès l’apparition de la première fleur ; calice gamosépa- , persistant, à 5, rarement 4-6 divisions; corolle gamopétale plus ou moins régulière, rotacée, campanulacée, infundibuliforme ou hypocratérimorphe, à 5, rarement 4 ou 6 divisions, à préfloraison plissée ou tordue ou induplicative ou valvaire ; 5 étamines introrses , alternes aux divisions de la corolle , à anthères parfois conniventes ou cohérentes au sommet , et à déhiscence longitudinale ou apicifaire ; deux carpelles (fig. 679) anté-1 ro-postérieurs , soudés en un ovaire biloculaire , polysperme , à placentation axile ; ovules campylotropes ; style simple , terminal ; stigmate simple ou lobé ; capsule a déhiscence tantôt sep-
Fig. 678.- Fleur du motiana Taia- ticide (Tabac) , tantôt septifrage. (Dacum, à corolle ouverte (*). tuva) , tantôt pyxidaire ( Jusquiame ), (*) ov ) Ovaire. — si) Style. — sg ) Stigmate. — c) Corolle.
Fig. 677. — Portion de Sympode du Solanum guineense.
le
SOLANÉES
ou baie tantôt sèche (Piment) , tantôt charnue {Belladone). Graines réniformes, comprimées, à hile ventral; périsperme charnu; embryon courbe, rarement droit.
Les Solanées ont été divisées en deux groupes, selon que l’embryon est courbé {Solanées) ou droit {Cestrinées) .
Les Solanées proprement dites comprennent quatre tribus :
1 0 Nicotianées :
capsule 2-loculaire à déhiscence septicide {Fabiana Ruiz et Pav. , Pet uni Juss., Nicotiana L. , etc.).
2° Pâturées :
baie ou capsule à quatre loges incomplètes ; cloison primaire portant des deux côtés les placentaires sur son milieu ou près de l’angle pariétal {JDatura L., Solandra Swartz).
3° Hyoscya mées : capsule 2loculaire, à déhiscence pyxidaire ( Hyoscyamus Tourn. , Scopolia Jacq., etc.).
4° Atropées :
baie à deux ou plusieurs loges (Phy salis L.,^Ltropa L. , Mandr agora Tourn.,
Fig. 679. — Coupe transversale du fruit du Nicotiana Tabacum.
Fig, 680. — Nicotiana Tabacum.
460 GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
Lycium L. , Lycopersicum Tourn. , Solarium L. , Capsicum Tourn. etc.).
La division des Cestrinées ne renferme aucune plante utile au point de vue médical ; elle contient les genres Cestrum L. , Habro thamnus Endl., Vestia Willd. etc.
Nicotiane (. Nicotiana Tabacum L. , fig. 680). Plante originaire d’Amérique, et que l’on cultive en grand pour ses feuilles, qui, desséchées et soumises à un traitement particulier , constituent le Tabac.
La Nicotiane est une plante annuelle, à tige dressée, haute d’environ un mètre ou plus ; feuilles sessiles , semi-amplexicaules , trèsgrandes, entières , pubescentes, visqueuses, vertes, molles, ovalesoblongues , acuminées , les supérieures lancéolées ; fleurs terminales , en cyme paniculiforme ; calice urcéolé persistant, à cinq lobes étroits, acuminés, inégaux; corolle infundibuliforme , à tube évasé un peu verdâtre , et à limbe rose , étalé , offrant des lobes larges, triangulaires, aigus; étamines incluses, à filets subulés , très-grêles , un peu arqués et à anthères ovoïdes ; ovaire eonoïde , aigu, glabre; style glabre, cylindrique , terminé par un stigmate convexe , un peu bilobé ; capsule ovoïde étroitement embrassée par le calice; graines rugueuses , très petites , sub-arrondies.
La Nicotiane ordinaire a été importée en France par Jean Nicot, d’où son nom. Le nom de Tabac lui vient de l’île de Tabago (Antilles), où les Espagnols la trouvèrent pour la première fois. On l’a appelée encore Herbe à la reine , parce que Nicot , alors ambassadeur à Lisbonne , envoya des semences et de la poudre de cette plante à la reine Marie de Médicis.
Il semble que le Tabac fut d’abord employé, en Europe, comme sternutatoire ; puis, à l’exemple des Indiens d’Amérique, on le fuma. L’usage de ces feuilles fut regardé, avec raison, comme dangereux, et on en défendit l’emploi, sous les peines les plus sévères. Cependant cet usage s’est tellement répandu , qu’actuellement peu d’hommes ont su s’en préserver, et que la vente du Tabac constitue un revenu très - considérable pour les gouvernements qui en ont conservé le monopole.
Le Tabac destiné à être prisé ou fumé est soumis à un traitement particulier, dont nous ne croyons pas devoir faire ici l’histoire. Il nous suffira de dire que ces feuilles sont soumises à une fermentation , qui transforme en ammoniaque une partie de leurs principes albuminoïdes, et que cette ammoniaque met en liberté un peu du principe actif et volatil. Ce principe actif est appelé Nicotine.
Les feuilles de Tabac sont employées rarement en médecine. On les administre parfois , sous forme de décoction , soit à l’extérieur ,
SOLANÉES
contre la gale, la teigne et autres maladies de la peau ; soit à l’intérieur en lavements contre l’iléus, les hernies étranglées , les Ascarides etc. C’est un médicament narcotico-âcre , qui détermine des phénomènes d’irritation locale plus ou moins intenses , et que l’on doit employer avec les plus grandes précautions.
A faible dose , le Tabac produit une excitation légère et momentanée, bientôt suivie de faiblesse et de lassitude. M. Beau le considère comme l’une des causes de cette terrible névrose dont l’étiologie est si peu connue et qu’on appelle Y angine de poitrine. Cela se pourrait, car jusqu’à présent , à ce que nous croyons, cette névrose n’a été constatée que chez l’homme.
A dose élevée, d’après une observation de M. Tavignot, il peut amener les symptômes suivants: pâleur, stupeur, pupille dilatée normalement, respiration de plus en plus gênée, intelligence complètement abolie ; à cela s’ajoutèrent des tremblements convulsifs , des bras d’abord , des jambes et de tout le corps ensuite, qui allèrent progressivement en augmentant pendant six minutes , et auxquels succéda un état de prostration extrême. Le coma et la résolution de tous les membres terminèrent l’agonie. La mort arriva en douze minutes ; il ne s’était pas produit de vomissements.
Nicotine. La Nicotine est un alcaloïde volatil, incolore, oléagineux, assez fluide, transparent, d’odeur âcre et de saveur brûlante. A l’air, elle se colore et se résinifie peu à peu. Elle bout entre 240° et 250°, en s’altérant légèrement, si l’on n’a pas eu le soin de la distiller dans un courant d’hydrogène ; en présence de l’eau , elle peut distiller sans altération. La densité de sa vapeur est 5,607. Cette vapeur brûle avec une flamme blanche , fuligineuse , à la manière des huiles essentielles. Elle est tellement âcre, que quelques gouttes volatilisées dans l’atmosphère d’un appartement suffisent pour y rendre la respiration très-difficile.
La Nicotine est très-liygrométrique, et peut absorber à l’air humide près de deux fois son poids d’eau. Dans l’air desséché par la potasse, au contraire, elle perd toute son eau d’hydratation. Elle est très-soluble dans l’eau, l’alcool , l’éther; peu soluble dans l’essence de térébenthine. A chaud, elle dissout le soufre, mais pas le phosphore. La solution aqueuse de nicotine est fortement alcaline. Elle précipite en blanc le bichlorure de mercure , l’acétate de plomb , le proto- et le bichlorure d’étain, les sels de zinc, le sulfate de manganèse ; ce dernier précipité ne tarde pas à brunir à l’air ; elle précipite en jaune-serin le bichlorure de platine, en bleu pâle les sels de cuivre ; ce précipité se redissout dans un excès de nicotine , en donnant une liqueur d’un bleu intense, comme cela a lieu avec l’ammoniaque. Le précipité blanc, produit dans le zinc, se
462 GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
redissout également dans un excès de nicotine; elle décolore rapidement le permanganate de potasse.
Beaucoup des caractères chimiques de la nicotine appartiennent aussi à l’ammoniaque. Citons quelques réactions caractéristiques, qui ne permettent pas de confondre ces deux corps.
La nicotine détermine dans les solutions de chlorure d’or un précipité jaune rougeâtre très-soluble dans un excès de réactif ; en pareille circonstance , le précipité fourni par l’ammoniaque ne se redissout pas. Le chlorure de cobalt donne un précipité bleu passant au vert et insoluble dans un excès de réactif; en pareil cas, l’ammoniaque redissout le précipité et colore la liqueur en rouge. Le tannin donne, avec la nicotine, un précipité blanc abondant ; l’ammoniaque ne donne pas de précipité et colore la liqueur en rouge.
Mise en présence des acides , la nicotine s’y combine avec développement de chaleur. L’acide sulfurique concentré et pur la colore en rouge vineux à froid, en couleur lie de vin à chaud ; par une ébullition prolongée, il en précipite une matière noire, en dégageant de l’acide sulfureux.
En présence de l’acide chlorhydrique , elle dégage des vapeurs blanches comme l’ammoniaque.
Ses sels, surtout ceux à base d’acides minéraux, sont très-déliquescents et difficilement cristallisables ; ses sels doubles cristallisent mieux.
La nicotine appartient à la classe des alcalis volatils non oxygénés. Sa formule (G20 H14 A2) peut être représentée par ^qio jp)’”)
Get alcaloïde est un poison d’une extrême énergie. « Par quelque voie que l’on administre la nicotine , qu’on l’introduise dans le canal intestinal, sous la peau, dans une plaie, qu’on l’instille dans la conjonctive , l’animal est foudroyé. Il meurt avec des convulsions excessivement violentes. Les chevaux sont dans un état effrayant, et, bien qu’ils restent debout sur leurs jambes raidies, ils sont comme furieux , se cabrent , se couchent , et sont agités de mouvements désordonnés » (Gl. Bernard).
L’action de la nicotine porte sur les nerfs , sur les muscles , et surtout sur le système vasculaire. Si, pendant que l’on observe au microscope la circulation capillaire dans la membrane interdigitale d’une grenouille, on empoisonne cette grenouille, on voit immédiatement se produire une déplétion du système artériel, dont les vaisseaux se rétrécissent de façon à se vider complètement. Le cœur, continue à battre cependant.
Gette action sur le système artériel capillaire peut expliquer l’espèce de tremblement qu’on voit dans les muscles , tremblement ou
SOLANEES.
frémissement musculaire qui se produit quand, par une ligature, on empêche le sang d’arriver dans un muscle. Quand la dose de nicotine est suffisante pour produire un excès d’action , chaque muscle devient le siège d’une convulsion telle qu’il peut rester dans un état tétanique, permanent. La nicotine semble amener les muscles à l’état de contraction le plus grand possible ; ils sont durs et ne se raccourcissent plus sous l’influence du galvanisme. Après la mort, les nerfs et le cœur semblent avoir conservé leurs propriétés; la galvanisation du pneumogastrique arrête les mouvements du cœur qui ont persisté.
A faible dose , la nicotine agit sur le cœur et sur les poumons par l’intermédiaire du pneumogastrique : la respiration est plus large et plus accélérée, elle est surtout abdominale et diaphragmatique et ses mouvements peuvent atteindre jusqu’à42 parminute; les pulsations du cœur sont beaucoup plus énergiques et on les voit s’élever de 115 à 332.
L’animal est faible et titubant, il vomit; la troisième paupière entièrement tendue recouvre les deux tiers internes et inférieurs de l’œil , aussi paraît-il aveugle. Peu à peu les mouvements du cœur et la respiration reviennent à l’état normal.
La nicotine paraît agir sur le système vasculaire par l’intermédiaire du grand sympathique, dont la galvanisation produit les mêmes résultats; si, avant de l’administrer, on coupe les pneumogastriques , on n’observe pas de troubles dans la circulation et dans la respiration.
En résumé, la nicotine produit : 1° le rétrécissement et la déplétion du système artériel ; 2° la contraction tétanique persistante des muscles, contraction telle que, après la mort, l’excitation galvanique n’a plus d’effet sur eux.
Le Tabac produit les mêmes résultats ; c’est donc à son action sur le système vasculaire qu’il doit les propriétés diurétiques observées par Fowler à la suite de son administration, si on le donne à dose faible. Toutes les plantes du genre Nicotiana semblent être vénéneuses au même degré. On cultive également d’autres espèces, dont les plus importantes sont :
1° La Nicotiane rustique ou Tabac à feuilles rondes (Nie. rustica L.). Plante glutineuse et velue ; feuilles ovales-obtuses, pétiolées; fleurs en cyme paniculée, dense; corolle vert jaunâtre , à tube court et velu; capsule arrondie.
2° La Nicotiane paniculée ou Tabac du Brésil (Nie. paniculata L.). Feuilles en cœur; panicule lâche; fleurs vert jaunâtre. Cette espèce, cultivée en Orients fournit un Tabac très-doux et fort estimé en Turquie (Tabac de Vérifias).
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
La Nicotiane rustique fournit surtout le Tabac de la Corse.
Parmi les autres Tabacs, les principaux sont: le T. auriculé (Nie. auriculata Bert.), qui est peut-être l’espèce importée par Nicot; le T. sua ve(l¥ic. suaveolens Lehm.), qui fournit probablement le meilleur Tabac de "Virginie; le T. persique {Nie. persica Lindl.), auquel on rapporte le célèbre Tabac de Schiraz; le T. quadrivalve (Nie. quadrivalvis Pursh), qui donne le Tabac du Missouri; le T. recourbé (Nie. repanda Willd.), avec lequel on confectionne, à Cuba, les cigares de la Havane.
Stramoine ou Pomme épineuse ( Datura Stramonium L.). Plante annuelle , à tige herbacée , haute d’environ 1 mètre , cylindrique , en apparence dichotome, par soudure des rameaux avec leurs feuilles-mères; feuilles pétiolées, ovales-aiguës, anguleuses, sinuées, alternes, parfois géminées sur les rameaux sympodiques (voy. t. I, p. 360, fig. 276, et p. 395, fig. 299); fleurs terminales, solitaires, alaires dans la dichotomie , extra-axillaires dans les rameaux à feuilles géminées; calice tubuleux, en partie caduc, à 5 côtes saillantes; corolle très-grande , infundibuliforme , blanche ou purpurine , à tube anguleux et à limbe évasé , plissé , terminé par des lobes aigus; étamines incluses; ovaire couvert d’aiguillons mous et surmonté par un style glabre, à stigmate bilamellé; capsule (fig. 681) épineuse, divisée en 4 loges par deux cloisons incomplètes dues au prolongement du placenta et de la nervure dorsale : ces cloisons ne se prolongent pas jusqu’au sommet du fruit, où les deux loges d’un même carpelle communiquent. La déhiscence (fig. 682)
Fig. 681. — Coupe transversale du fruit presque Fig. 682. — Fruit du Datura mûr du Datura Stramonium (*). Stramonium (**).
(*) cl) Cloison vraie. — pï) Placentas portés sur une lame issue des bords de chaque carpelle et, qui constitue une fausse cloison, en se soudant à une production issue de la nervure médiane du carpelle correspondant.
(**) ci) Graine grossie.
SOLANEES.
de la capsule s’effectue par 4 valves non septifères, qui laissent les cloisons persistantes; graines noires, rémformes , finement chagrinées.
Les Feuilles et les Semences de Stramoine renferment un alcaloïde-redoutable, la Daturine; M. de Planta a montré que la daturine est identique avec Y Atropine, ou principe actif de la Belladone. Nous étudierons ces deux principes conjointement ; disons seulement que, selon M. Jobert (de Lamballe) , la daturine est trois fois plus active que l’Atropine et ses sels ; elle ne détermine pas de douleur, quand on l’introduit entre les paupières, et n’a pas l’inconvénient de brouiller la vision , comme le fait la Belladone ; enfin ses effets sont plus constants et son action plus persistante.
Selon M. Micbéa, à dose faible, la Stramoine détermine de légers vertiges et une tendance au sommeil. A dose un peu plus élevée, l’énergie musculaire diminue, la sensibilité s’émousse, la pupille se dilate, la vue s’obscurcit, le pouls s’accélère. En même temps la chaleur de la peau augmente, il se produit un léger délire, surtout des hallucinations. Il y a céphalalgie, soif, ardeur et sécheresse au pharynx, diarrhée, diurèse légère; tous ces effets se dissipent au bout de cinq ou six heures.
A dose toxique, elle détermine des vertiges, de la stupeur, une dilatation énorme des pupilles, une agitation extrême, du délire tantôt gai, tantôt furieux, mais toujours accompagné d’hallucinations; spasme, insomnie, soif ardente, sécheresse et constriction du pharynx très-douloureuses , souvent suivies d’une impossibilité complète d’avaler. La peau très-chaude se recouvre aussi parfois, d’une éruption scarlatiniforme. La mort arrive directement ou à la suite d’un collapsus extrême et d’un refroidissement général. Si le malade échappe à la mort, plusieurs des symptômes : hallucinations, délire, se dissipent peu à peu, après avoir duré 12 à 20 heures. La dilatation de la pupille et l’obscurcissement de la vue sont plus longs à se dissiper; la cécité, la paralysie des paupières, la perte de la mémoire, la faiblesse et le tremblement des jambes se prolongent quelquefois pendant des mois et même des années. A l’autopsie on trouve l’estomac rouge et le cerveau fortement injecté.
La Stramoine a été employée contre la folie et l’épilepsie. M, Moreau l’a donnée, sous forme d’extrait, contre les hallucinations; enfin elle a parfois agi comme aphrodisiaque. Elle paraît rendre de véritables services dans les névroses de l’appareil respiratoire , lorsqu’on la fait fumer aux malades. L’action sédative de cette fumée a porté M. Gury a rechercher la nature de son principe. narcotique (?) ; ce pharmacien est parvenu à isoler trois alcalis volatils , non oxygénés, dans les produits condensés de la fumée du Datura. Ges
466 GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTËMONÉES.
trois alcalis sont toxiques et leur intensité d’action rappelle celle de la nicotine.
La Stramoine entre dans la composition du Baume tranquille ; c’est la plus redoutable des Solanées vireuses; on emploie ses racines , ses feuilles et surtout ses graines , qui en constituent la partie la plus active.
Dans l’Inde, les semences du Méthel(DaL Metel L.) sont usitées comme soporifiques.
Toutes les espèces du genre Datura possèdent des propriétés analogues.
Jusquiame ( Hyoscyamus niger L., fig. 683). Plante générale-
ment bisannuelle , haute de 3 à 8 décim., dressée, rameuse, couverte de poils longs, mous, visqueux; feuilles sessiles, molles, velues, visqueuses, ovales, incisées-lobées : les radicales un peu pétiolées; fleurs disposées en cymes feuillées , unipares scorpioïdes, terminales (les feuilles se superposent de deux en deux nœuds et sont ainsi disposées sur deux séries rectilignes , qui occupent la portion concave du sympode ; les fleurs se superposent aussi de deux en deux nœuds sur la portion convexe du sympode. La feuille située à la même hauteur qu’une fleur quelconque ne lui est pas opposée ; la feuille réellement opposée à cette fleur occupe le nœud immédiatement superposé. Cette constitution singulière est due à ce que la feuille unique de l’axe terminé par la fleur s’est soudée au rameau issu de son aisselle et s’est élevée à la même hauteur que la fleur terminale de ce rameau). Calice urcéolé, terminé par 5 dents triangulaires, mucronées , veinées-réticulées; corolle infundibuliforme , jaune sale, finement veinée de lignes violacées , avec des taches violet foncé au fond de la gorge : tube court; limbe oblique, à lobes inégaux, ob-
SOLANEES
tus, le supérieur plus grand ; étamines déclinées, à filets un peu velus et à anthères oblongues, violettes; ovaire subglobuleux, glabre; style violacé , stigmate capitulé ; pyxide incluse dans le calice accru ; graines réniformes, comprimées, grisâtres, ponctuées.
Les différentes parties de la Jusquiame sont douées de propriétés vénéneuses considérables, dues à la présence d’un alcaloïde voisin de l’atropine, et que Brand a nommé Hyoscyamine.
Selon M. Schroff, de Vienne, l’extrait éthéré-alcoolique de Jusquiame amène le ralentissement du pouls ; si la dose est un peu élevée , le pouls , d’abord ralenti , remonte ensuite pour quelque temps au-dessus de la normale.
A faible dose, la Jusquiame dilate la pupille; à dose élevée, la dilatation est souvent précédée de rétrécissement.
A dose faible, on observe: lourdeur de tête, sécheresse des lèvres, de la bouche et du gosier, diminution de la sécrétion salivaire, un peu de faiblesse ; à dose plus élevée , assoupissement , tendance au sommeil et même sommeil profond, accompagné, quand la dose est trèsforte, de coma vigil et de rêves effrayants; parfois céphalalgie, presque toujours vertiges et bourdonnements d’oreilles ; faiblesse extrême de la vue , sensibilité de la rétine à la lumière ; l’odorat est diminué , le goût persiste ; impossibilité de porter son attention sur un objet; faiblesse considérable, démarche incertaine; la sécheresse de la bouche et du gosier est si grande que le malade ne peut avaler; voix rauque, enrouée; peau sèche, parcheminée, et dont la température a diminué.
La Jusquiame est plus hypnotique que la Belladone et excite moins le cerveau; elle ne détermine pas ces mouvements brusques^ cette tendance à rire , à danser, à sauter, qui caractérisent la Belladone.
Hyoscyamine. Cet alcaloïde cristallise en aiguilles soyeuses groupées en étoiles , fond à une douce chaleur et se volatilise en partie à une température plus élevée. L’Hyoscyamine est peu soluble dans 1 eau, très-soluble dans l’alcool et dans l’éther; à l’état humide, surtout quand elle est impure , elle a une odeur étourdissante , qui rappelle celle du Tabac. Sa composition n’a pas été déterminée.
Selon M. Schroff* , elle apaise la toux, assure le repos des nuits, et dilate la pupille plus fortement qu’aucune autre substance.
La Jusquiame doit être récoltée au commencement de la deuxième année, lorsque les feuilles inférieures ont atteint leur complet développement, et que la plante commence à monter.
Les feuilles de la Jusquiame font la base de Yhuile de même nom, entrent dans la composition du Baume tranquille et de Y Onguent Populeum; l’extrait des feuilles fait partie des Pilules de Méglin.
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
Les racines sont, beaucoup plus actives que les feuilles et devraient leur être substituées ; quant aux semences , elles renferment encore plus d’Hyoscyamine que les racines.
On prescrit la Jusquiame sous forme de poudre, d’infusion, d’extrait alcoolique, ou d’extrait aqueux avec ou sans fécule, de teinture, d’alcoolature, de teinture étliérée etc.
La Jusquiame blanche ( H . cilbus L.) et la Jusquiame dorée (H. aureus L.) possèdent les mêmes propriétés que la J. noire.
Scopolie ( Scopolina atropoides Schultes, Scopolia carniolica Jacq., Solarium somniferum alterum Matthiole, Sol. somniferum Camer., Hyoscyamus Scopolia L.). Cette plante vivace, multicipitée, a la même constitution morphologique que la Belladone , à laquelle elle ressemble par sa corolle brune, campanulée. Ses propriétés médicales, étudiées d’abord par Wier et plus tard par Lippich, la rapprochent de la Jusquiame plutôt que de la Belladone.
Belladone (. Atropa Belladona L., fig. 684). Plante vivace, her-
Fig. 684. — Rameau sympodique de V Atropa Belladona.
bacée , haute d’environ 1 mètre plus ou moins; dès l’apparition de J a première fleur, la tige semble se diviser en 2-3-4-5 rameaux subégaux , groupés autour de la fleur, qui termine l’axe primitif et occupe presque le milieu de la 2-3-4-5-chotomie apparente. Le groupement de ces rameaux autour de la fleur résulte du raccourcissement des mérithalles supérieurs de l’axe primitif, dont les feuilles , d’abord réunies en une rosette à la base du pédoncule floral, se sont soudées chacune au rameau né de son aisselle et élevées plus ou
SO LA NÉES
moins sur chacun de ces nouveaux axes , dont elles semblent être une dépendance. Assez ordinairement, le rameau issu de la feuille la plus élevée devient et reste sympodique, dès son apparition; tandis que les autres portent plusieurs feuilles, avant de produire une première fleur; souvent même ils paraissent à leur tour se diviser en un certain nombre de rameaux tertiaires pareillement groupés autour de la fleur qui les termine.
Feuilles ovales-acuminées , entières, molles, toujours alternes, géminées et inégales dans les rameaux sympodiques; fleurs solitaires dans l’angle de la 2-3-chotomie, ou, dans les rameaux sympodiques, situées entre la grande et la petite feuille, presque à l’aisselle de cette dernière; calice campanulé, persistant, à divisions ovales-acuminées; corolle campanulée, régulière, assez grande, blanchâtre à la base, d’un brun sale ferrugineux dans le reste de son étendue , un peu violacée à la gorge et terminée par 5 lobes obtus; étamines insérées à la base de la corolle, et à anthères cordiformes ; ovaire ovoïde allongé; style grêle, aussi long que la corolle; stigmate aplati, un peu bilobé ; baie d’abord verte, puis rouge, enfin noire, entourée à sa base par le calice accru et étalé; graines nombreuses, réniformes.
La Belladone est l’une des plantes les plus vénéneuses de la famille des Solanées; on en emploie les feuilles et les racines sous forme de poudre , d’extrait , de teinture etc. Les feuilles entrent dans les mêmes préparations que la Stramoine et la Jusquiame. Les baies ont donné lieu à de fréquents empoisonnements.
Les effets déterminés par la Belladone sont les suivants :
A dose modérée , elle détermine de légers vertiges , un peu de tendance au sommeil, la diminution de l’énergie musculaire et de la sensibilité générale , la dilatation de la pupille avec léger trouble de la vue, l’accélération du pouls et l’élévation de la chaleur de la peau , une soif intense , un sentiment d’ardeur à la gorge , des nausées , le relâchement du ventre et la diurèse.
A dose élevée , ce sont encore les mêmes symptômes, mais beaucoup plus prononcés. La dilatation de la pupille est énorme , le mal de tête violent, le vertige considérable. B s’y joint des spasmes, de V agitation , du délire , tantôt gai , tantôt triste ou furieux , des hallucinations continuelles avec une insomnie opiniâtre. Cette excitation cérébrale est accompagnée d'inconscience' et d’un sentiment de faiblese et d’affaissement général. La fièvre est forte, la peau sèche et chaude , couverte d’une éruption scarlatiniforme sur la face, le cou, la poitrine, les membres supérieurs; soif ardente, sécheresse et contraction douloureuse du pharynx; cardialgie, vomissements et quelquefois diarrhée; besoin fréquent d’uriner, respiration courte, Cauvet. ii. 27
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISQSTÉMONÉES.
précipitée, difficile, quelquefois aphonie ou articulation pénible des sons. A ces symptômes d’excitation succèdent bientôt le coma, la chute du pouls, qui devient très-faible, le refroidissement et la mort.
Ce sont là, comme on le voit, les symptômes de l’empoisonnement par les narcotiques; mais il en est plusieurs qui sont spéciaux à la Belladone et servent à la caractériser. Ce sont :
1° La dilatation et l’immobilité de la pupille. (Il suffit d’instiller dans l’œil une goutte de solution de 0sr,05 d’atropine dans 10 grammes d’eau distillée pour obtenir une dilatation considérable.)
2° Délire et agitation maniaque ressemblant au stade d’excitation du delirium tremens , qui est, comme on le sait, accompagné d’hallucinations et d’insomnie.
3° Éruption scarlatiniforme répandue sur la face , le tronc etc.
L’action toxique de la Belladone est due à un alcaloïde découvert par Brandes , qui l’appela A tr opine.
AtPvOPINE. Gomme nous l’avons déjà dit, selon M. de Planta, cet alcaloïde est identique avec la Daturine ; celle-ci n’en diffère que par une plus grande activité.
L’Atropine (G34 H-3 Az O6) cristallise, par refroidissement, en aigrettes soyeuses, lorsqu’elle a été dissoute dans «l’alcool bouillant; par évaporation lente de l’alcool, elle s’obtient souvent sous forme de masse vitreuse ; cette masse, humectée, reprend au bout de quelque temps la forme cristalline. Elle est peu soluble dans l’éther. Ses solutions aqueuses s’altèrent à l’air, en prenant une odeur nauséabonde; distillées, elles entraînent une certaine quantité de l’alcaloïde, d’après M. Gury. L’Atropine fond à 98° et se volatilise à 140°, en se décomposant en partie. Les acides la dissolvent facilement et donnent des sels difficilement cristallisables ou s’altérant à l’air.
MM. Boucbardat et Stuart Gooper, ayant remarqué l’innocuité absolue des feuilles de Belladone sur les Lapins, administrèrent, par la voie endermique, l’Atropine à l’un de ces animaux, qui n’en parut pas incommodé. Le même alcaloïde donné à un Ghien , par la même voie, n’a guère produit que quelques accidents généraux, à la dose de 5, 10, 15 centigr.
Dix centigr. d’Atropine, dissous à l’aide d’une goutte d’acide chlorhydrique, dans 20 grammes d’eau distillée, furent injectés dans la veine crurale d’un Ghien de moyenne taille. Presque aussitôt l’animal poussa un cri aigu et prolongé , puis tomba raide comme s’il eût été frappé par la foudre. Sa tête était inerte, ses jambes étaient tendues; la vie, près de s’éteindre, était indiquée par un mouvement thoraœque presque imperceptible et par un faible frémisse-
SOLANEES.
'ment du cœur. Après 5 à 6 minutes, l’animal fit entendre une légère plainte, puis se leva, traversa la pièce d’une marche* chancelante et alla se blottir sous une table, où il demeura pendant plusieurs heures. Pendant tout ce temps, il n’eut aucune excrétion soit alvine , soit urinaire ; le soir même , il se mit à manger. Cette expérience répétée sur d’autres chiens et à doses de plus en plus élevées — 10, 15, 20, 30 centigr. — détermina les mêmes phénomènes, avec une intensité et une durée en rapport avec les - doses.
L’action de l’Atropine se manifeste avec beaucoup plus d’intensité chez l’homme. Il suffit de 1 centigr. de cet alcaloïde, pour amener des phénomènes inquiétants. Sous son influence, le pouls baisse rapidement, selon M. Schroff.
D’après les observation de M. Brown-Séquart et de M. Warton Jones , la Belladone et l’Atropine amènent la contraction de la paroi des vaisseaux, dont le calibre diminue presque jusqu’à l’oblitération. La Belladone serait donc un excitant des fibres musculaires lisses , et ainsi s’expliqueraient la petitesse du pouls , la sécheresse de la bouche et de la gorge, la pâleur de la face remplacée par son extrême rougeur, l’injection bleue des conjonctives, le froid, les sueurs froides etc. que l’on observe à la suite de l’empoisonnement par cette plante. On comprend aussi comment elle peut rendre des services réels contre l’incontinence d’urine et la constipation.
Pour résumer l’action de la Belladone sur l’organisme , nous dirons qu’elle est à la fois un inébriant, un anesthésique et un hyposthénisant. Elle abolit la sensibilité, affaiblit l’énergie des muscles de la vie de relation, et, quant à ceux de la vie organique, il est facile de voir que leur excitation doit engendrer la faiblesse et l’hyposthénie, car la contraction des vaisseaux sanguins diminue l’abord du sang dans les organes et par suite amoindrit leur activité. L’action hyposthénisante de la Belladone s’exercerait sur la moelle , selon M. Brown-Séquart etM. Michéa, qui se sont assurés que, sous son influence, le pouvoir réflecto-moteur se trouve considérablement affaibli.
Les propriétés que nous venons de faire connaître, expliquent les nombreuses applications de la Belladone et de l’Atropine dans la thérapeutique. Son action sur la pupille la fait employer pour faciliter certaines opérations chirurgicales sur le globe de l’œil.
Mandragore (Mandragora officinalis Mill., Atropa Mandragora L.). Plante vivace, acaule, à racine épaisse, fusiforme, entière ou bifurquée ; feuilles toutes radicales , ondulées sur le bord ; inflorescences très-courtes.
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
La Mandragore est réputée plus active que la Belladone; elle n’est plus usitée aujourd’hui. On la trouve dans les régions méridionales de l’Europe.
Douce-amère ( Solarium Dulcdmara L., fig.685). Plante vivace, sarmenteuse, à tige grêle, ligneuse à sa base et cylindracée ; feuilles profondément trilobées, à lobe terminal ovale-aigu, entier, les latéraux opposés , irréguliers, plus petits; fleurs en cymes terminales, scorpioïdes, oppositifoliées , généralement trichotomes et corymbiformes. Dès l’apparition d’une première inflorescence , le rameau qui la porte devient un sympode formé d’un certain nombre d’axes superposés , plurifoliés et hétérodromes. Galice violet très-petit, turbiné, à 5 divisions aiguës ; corolle rotacée, violette , à tube court ; étamines conniventes en cône , à déhiscence apicilaire ; baie ovoïde-arrondie, rougeâtre.
Les Tiges de Douce-amère sont récoltées au printemps; à l’état récent, elles ont une odeur forte , très - désagréable , qu’elles perdent presque complètement d’abord sucrée, puis amère, est due à un principe cristallin , que Pfaff y a découvert et qu’il a appelé Picroglycion (amer-doux).
La Douce-amère est employée, sous forme de décoction ou d’ex-
Fig. 085. — Solanum Dulcamara.
par la dessiccation; leur saveur,
SOLANÉES. 473
trait, contre les maladies de la peau; les baies , que Ton croyait vénéneuses, ont une saveur fade et nauséabonde.
La Douce-amère donnée à haute dose produit les phénomènes suivants : céphalalgie , ivresse , embarras de la langue , ardeur cle la gorge, délire, nymphomanie, suppression de burine, démangeaison et éruption de la peau. Selon Carrère, elle détermine, chez les personnes impressionnables , l’apparition de légers mouvements convulsifs aux mains, aux lèvres, aux paupières, surtout dans les temps froids ,
Le, principe actif de la Douce-amère est un glucoside , que Desfosses a nommé Solanine.
Morelle noire [Sol. nigrum LÀ Plante annuelle, à tige rameuse , haute d’environ 20 à 30 centim. ; feuilles pétiolées, ovales, sinueuses , anguleuses-dentées ; inflorescence aphylle , ’ en cyme scorpioïde, figurant d’abord une ombelle, puis une grappe à fleurs superposées de deux en deux nœuds et disposées ainsi en deux séries linéaires, qui occupent le côté convexe de l’axe floral; fleurs blanches; baies noires.
Cette espèce présente un certain nombre de variétés, qui se distinguent parleurs baies noires, rouges, jaunes, ou vert jaunâtre, et leurs feuilles glabres ou velues.
La Morelle présente la 2-3-5-chotomie apparente de la Belladone ; ses rameaux sympodiques ont toujours leurs feuilles géminées; ses inflorescences, rarement oppositifoliées , se soudent d’ordinaire au rameau usurpateur et s’élèvent plus ou moins haut sur cet axe secondaire ; fréquemment elles , sont placées au voisinage des feuilles géminées et situées alors un peu au-dessous de la petite feuille, à l’opposite de la grande. La soudure de l’inflorescence au rameau usurpateur est toujours indiquée par une ligne suturale, qui se termine presque à l’aisselle de la petite feuille du nœud immédiatement inférieur.
La Morelle noire est tenue en suspicion , bien qu’on en mange les feuilles dans certains pays , comme des Épinards ; elle est légèrement narcotique. Ses fruits sont réputés vénéneux ; toutefois Dunal affirme en avoir avalé un grand nombre, sans inconvénient. C’est dans les fruits de la Morelle que Desfosses, découvrit la Solanine en 1821.
Solanine. Ce principe existe sans doute en plus ou moins grande proportion dans toutes les plantes du genre Solanum. C’est à lui que les Pommes de terre germées doivent leurs propriétés délétères, et les fruits du Sol. mammosum L. , ou Pomme-poison, leur activité redoutable. Il cristallise en aiguilles fines soyeuses, ou en prismes rhomboédriques ; inodore, quand il est sec, il pos-
GAMOPÉTALES HYPOGYNES ISOSTÉMONÉES.
sède , quand il est humide , une odeur faible analogue à celle de l’eau qui a servi à la cuisson des Pommes de terre ; il est amer, nauséabond, et irrite fortement le palais.
La Solanine est très-peu soluble à froid dans l’eau, l’alcool, l’étber, les corps gras; plus soluble dans l’alcool bouillant; elle fond à la chaleur , puis se charbonne sans se volatiliser. L’acide sulfurique concentré la colore en rouge, puis en violet et en brun. L’acide chlorhydrique et l’acide azotique concentrés la colorent en jaune. Sa dissolution alcoolique , mélangée avec de l’iode, produit une combinaison brune, amorphe, insoluble dans l’eau.
Les sels de solanine sont en général très-solubles et cristallisent difficilement ; la base en est précipitée par les alcalis caustiques ou carbonatés; ils ne précipitent pas le bichlorure de platine et réduisent les sels d’or et d’argent.
Lorsqu’on la soumet à l’ébullition avec les acides étendus, elle se dédouble en Solanidine et en glucose :
C»« H71 Az O*2 f- 3 H2 O2 == H41 Az O2 + 3 G** H 12 O12
Solanine Solanidine Glucose.
C’est un stupéfiant puissant , qui amène la paralysie des membres postérieurs et détermine de violentes convulsions ; elle dilate la pupille, mais à un moindre degré que l’atropine.
M. Clarus , de Leipzig , a essayé comparativement l’extrait de Douce-amère et. la solanine. Le résultat final de ses expériences a fourni à M. Bouchardat le sujet de réflexions que nous croyons devoir résumer ici :
a) La solanine et la Douce-amère appartiennent à la classe des narcotiques amers ; leur action est analogue à celle de la conicine et de la nicotine. Elles se distinguent essentiellement de ces substances, en ce qu’elles augmentent la sensibilité des nerfs cutanés et n’exercent pas d’action irritante sur l’estomac et sur le tube digestif. Elles se rapprocheraient ainsi de la strychnine et peut-être pourrait-on les considérer comme établissant la transition entre ces deux groupes de médicaments. Elles se distinguent de l’atropine et de l’hyoscyamine par l’absence de délire et de stupeur , de dilatation des pupilles et de paralysie des sphincters.
b) C’est à ces propriétés qu'elles doivent leur action dans les spasmes et dans les états d’irritation des organes respiratoires.
c) Leur action dans les maladies dyscrasiques du sang, et peutêtre aussi dans certaines maladies chroniques de la peau , pourrait bien être due à l’augmentation de la sécrétion rénale.
g) L’extrait alcoolique , lavé à l’eau pour enlever l’alcool , est préférable à l’extrait aqueux généralement employé.
SOLANÉES
Morelle tubéreuse ou Pomme de terre ( Solanum tuberosum L., fig. 686). Plante vivace, originaire du Pérou, introduite en Europe vers la fin du seizième siècle ; rameaux souterrains s’épaississant en tubercules; tige haute de 2 à 5 décim , robuste , anguleuse , rude , pubescente , souvent rameuse dès la base ; feuilles
(*) Cette figure est reproduite d’après Turpin et réduite de moitié. — rr) Racine pivotante. — c) Collet. — et, et) Les deux cotylédons épanouis en petites feuilles séminales ; de leur aiselle il sort des rameaux renflés à leurs extrémités en tubercules tb. — e'c) Petites feuilles ou écailles des rameaux souterrains. — ec’) Ecailles des tubercules à l’aisselle desquelles se trouvent les bourgeons br. — b , b) Rameaux également souterrains et tubérifères, qui sont sortis de l’aisselle des feuilles inférieures. — 6’) Une ramification de l’une d’elles. — r’) Racines adventives nées sur ces mêmes branches. — /’) Extrémité de l’une de ces branches, qui, étant venue accidentellement à l’air, a formé un bouquet de feuilles en place de tubercule. — /,/,/) Feuilles ordinaires situées hors de terre, et dont les deux supérieures seulement commencent à compliquer leur forme.
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pétiolées, décurrentes , pinnatiséquées , à segments pétiolulés, ovales-cordiformes , inéquilatéraux; inflorescences terminales oppositifoliées, généralement aphylles , et composées de 2 (rarement 3) rameaux disposés en ordre dichotome : ces rameaux sont des cymes scorpioïdes racémiformes; leur ensemble simule un corymbe. Audessus de la première inflorescence , l’axe primitif est remplacé par un sympode , dont les rameaux constitutifs sont successivement hétérodromes, et portent chacun un certain nombre de feuilles, avant de se terminer par une inflorescence. Galice subcampanulé , poilu , à lobes linéaifes-lancéolés , aigus; corolle assez grande , violacée, rose ou blanche, rotacée, à tube court, et à lobes plans, triangulaires , infléchis' au sommet. Baie grosse comme une cerise , globuleuse, pendante, vert jaunâtre ou violacé.
Les tubercules de la Morelle tubéreuse sont gorgés de fécule , arrondis ou allongés, roussâtres , jaunâtres ou violacés, de volume variable et munis d’un certain nombre de dépressions, occupées chacune par un bourgeon.
Les Pommes de terre offrent un grand nombre de variétés , que l’on peut ranger en trois groupes . les Patraques : tubercules arrondis , yeux rapprochés; les Parmentières : tubercules allongés, cylindroïdes , ou légèrement aplatis , yeux écartés ; les Vitelottes : tubercules allongés, cylindriques, yeux très-rapprochés , enfoncés et bien apparents. On connaît leur usage dans l’alimentation.
Les Pommes de terre conservées germent au printemps ; leurs jeunes pousses renferment alors de la solanine, comme nous l’avons vu, et elles peuvent devenir plus ou moins dangereuses. Les Pommes de terre germées , si l’on en a enlevé les pousses , semblent n’avoir subi aucune altération ; mais si l’on vient à les faire cuire, elles prennent une consistance pâteuse, deviennent semi-translucides, et acquièrent une saveur fade légèrement sucrée, assez désagréable.
Cette altération est reconnue à ce que les tubercules sont alors moins fermes au toucher, et à ce que les bourgeons sont remplacés par une cicatrice, indiquant la place de la pousse enlevée. On l’évite , en enlevant les pousses à mesure qu’elles se développent, et en étalant les tubercules en une couche peu épaisse.
Les Pommes de terre contiennent en moyenne : eau, 74 °/0 ; fécule, 20 %; albumine et matières azotées analogues, 1,50 ; sucre, résine , huile essentielle , 1,07 etc.
C’est à la présence de cette huile volatile que F alcool de Pommes de terre doit son odeur et ses propriétés (voy. t. II, p. 223).
On extrait la Fécule de Pommes de terre des tubercules , en râpant ces tubercules avec une râpe cylindrique, constamment arro-
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sée par un filet cl’eau , qui entraîne la pulpe sur un tamis , où la fécule est séparée par lévigation des tissus et des débris de cellules. On laisse déposer , on décante et l’on soumet à des lavages successifs , d’abord pour enlever les tissus végétaux , ensuite pour séparer la fécule elle-même du sable et des matières terreuses qu’elle a entraînés.
Fig. 687. — Fécule de Fomme- de-terre , d’après Moquin-Tandon.
Lorsqu’elle a été suffisamment épurée , séchée, écrasée , blutée, la fécule se présente sous forme d’une poudre blanche, éclatante , d’apparence cristalline , composée de granules (fig. 687) plus gros que ceux du Blé , de grandeur variable d’ailleurs , entre 140 et 185 millièmes de millimètre en moyenne. Les petits grains sont généralement globuleux ; les plus gros sont d’ordinaire trigones, allongés: ils peuvent être encore ovoïdes, étranglés, gibbeux. Ils présentent toujours un hile situé au voisinage de l’extrémité étroite du grain ; autour de ce hile se voient des lignes courbes successivement emboîtées les unes par les autres, très-serrées entre le hile et la petite extrémité, beaucoup plus espacées de l’autre côté , et d’autant plus larges qu’elles sont plus éloignées du hile. En d’autres termes, ces grains rappellent assez bien à l’esprit l’aspect d’une écaille d’Huître.
La fécule de Pommes de terre est insoluble dans l’eau froide ; elle s’y dissout, en partie, après une forte trituration; elle forme, avec l’eau bouillante , un empois moins consistant que celui de l’Amidon. On la mêlait jadis à la farine de Blé , mais depuis l’apparition de la maladie des Pommes de terre , son prix s’est tellement accru que ce mélange n’offre plus d’avantage aux sophistiqueurs. Nous avons indiqué plus haut (voy. t. II, p. 22) le moyen de reconnaître cette fraude.
Le fruit de la Mélongène, Mayenne ou Varengeane (Sol. Melongena L., Sol. esculentum Dun.) entre dans l’alimentation , en Provence et en Languedoc. Ges fruits, connus sous le nom ({'Aubergines, ont une saveur âcre, que la cuisson ne leur enlève pas complètement. Les fruits du Sol. ovigerum Dun. sont malfaisants et ne doivent pas être confondus avec les précédents.
L’écorce du Sol. Pseudo-quina A. Saint-Hil. est employée au Brésil comme fébrifuge , sous le nom de Quina de Saint-Paul.
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Cette écorce est ordinairement roulée , inodore , jaunâtre ou blanchâtre à l’intérieur , avec une texture granuleuse , et couverte d’un épiderme mince et fendillé. Elle casse net; sa saveur, d’abord faible, devient bientôt très-amère et désagréable.
Les fruits du Sol. Lycopersicon(Lycopersicon esculentum Dun.l, que l’on connaît sous les noms de Tomate et de Pomme d’amour , sont très-employés dans l’art culinaire ; en Espagne , où on les mange souvent crues, les Tomates sont réputées anti-hémorrhoïdales , et servent à la préparation d’un Unguento de Tomate fort employé contre les hémorrhoïdes.
Piment des Jardins ( Capsicum annuum L. , Caps, indicum Lobel). Plante annuelle, originaire des Indes, actuellement cultivée partout où elle peut supporter le climat. Tige cylindrique , généralement dichotome, à rameaux tétragones et à feuilles ovalesoblongues , acuminées ; fleurs alaires , dans la dichotomie , parfois géminées. Les rameaux sont généralement dicbotomes également? et produisent des sympodes à feuilles géminées. Calice persistant , à tube pentagonal, et à dents courtes; corolle rotacée; anthères conniventes, à déhiscence longitudinale; baie conique , très-grande, sèche, coriace, rouge, luisante, pendante ou dressée ou oblique, de saveur très-âcre et caustique. Ces fruits pourraient être employés comme rubéfiants. Witting y a signalé , en 1822, une base salifiable qu’il a nommée Capsicine. Ce corps forme avec les acides acétique, azotique et sulfurique des composés cristallisables que les bases décomposent ; il paraît être le principe actif du Capsicum annuum. Quelques auteurs en attribuent la découverte à Braconnot ; mais la matière retirée par ce chimiste .du péricarpe du Capsicum indicum était de nature résineuse ; peut-être est-elle la même chose que la substance cristallisant en aiguilles incolores et nommée aussi Capsicine par Forchhammer, qui la découvrit dans les fruits des Capsicum baccatum , C. frutescens et C. gros swm, fournissant le poivre de Cayenne.
Le Capsicum annuum était déjà connu des Piomains. Les vapeurs de ce fruit, mis sur des charbons incandescents, sont âcres , excitent la toux, des éternuements et même des vomissements. L’âcreté que nous avons signalée dans le piment annuel est beaucoup plus considérable encore dans les piments cultivés dans l’Inde et en Amérique. En France on en importe deux espèces connues sous le nom commun de Piment enragé : le piment de Cayenne, dont l’odeur est très-âcre et la saveur insupportable ; le piment de Maurice , qui paraît être le plus âcre de tous ses congénères.
Le Piment de Cayenne, fourni par le Caps, frutescens L. (Caps, brasilianum Glus.), est rouge ou verdâtre, long de 20 à 34 milli-
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mètres , large de 7 à 9 à sa base , rétréci au voisinage du calice , qui est cupuliforme. Son odeur est annualisée, sa saveur d’une âcreté insupportable.
Le Piment de Maurice , qui passe pour être encore plus âcre, est rouge ou vert , long de 11 à 18 millim. , large de 3 à 6 millim., « rétréci en godet à l’endroit du calice » (Guibourt) et muni de son pédoncule.
Selon Ach. Richard, les naturels du Pérou se servent du Caps, toxicarium Pœppig, pour empoisonner leurs flèches.
On emploie actuellement en Allemagne , contre les fièvres intermittentes et dans les inflammations chroniques des yeux , sous le nom erroné de Extrait de Lycium , l’extrait retiré du Berberis Lycium , de Chine.
Le succus Lycium des anciens , que l’on supposait fourni par le Lycium afrum L., était fourni par le fruit et les racines du Rhamnus infect or lus L.
Goqueret Alkékenge ( Phy salis Alkekengi L., fig. 688). Plante vivace à stolons traçants et souterrains ; rameaux en apparence dichotomes; feuilles le plus souvent géminées dans les rameaux sympodiques, ovales - acuminées, sinuées-dentées ; fleurs solitaires, situées au voisinage (non à l’aisselle) de la petite feuille , quand les feuilles sont géminées ; calice campanulé ; corolle rotacée, blanchâtre ou jaune pâle; baie écarlate , incluse dans le calice fort accru , renflé , vésiculeux , coloré en rouge.
Les Baies et les semences de l’Alkékenge ont été recommandées jadis comme diurétiques et sédatives ; on en faisait une eau distillée et un sirop.
Dans le Palatinat et en Alsace, elles sont réputées diurétiques et employées Fig- 688- - ~ Physaiis Alkekengi (*). à ce titre dans la médecine populaire.
MM. Dessaignes et Ghautard ont extrait de l’Alkékenge un principe amer, non azoté, qu’ils ont nommé Physaline , et que l’on a cru fébrifuge. Cette substance est jaunâtre, pulvérulente, d’une amertume d’abord faible, puis franche et persistante ; elle se ramollit à 180° et se décompose à une température plus élevée. MM. Dessaignes et -Ghautard lui assignent la formule : G28 H16 O10.
Au Pérou , on mange les baies du Ph. peruviana L. ; on cultive
(*) s) Calice accru. — fr) Baie. Le calice a été coupé longitudinalement.
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parfois , dans les potagers , l’Herbe à cloque ( Ph . pubescens L., Ph. eclulis Curt.) , dont la baie jaune, acidulée et savoureuse peut remplacer la Tomate. Selon Ach. Richard, le Ph. somnifera L. jouit de propriétés narcotiques , et ses baies sont un puissant diurétique. Cette plante paraît être le Strychnos hypnoticus de Dioscoride. On Fa préconisée comme fébrifuge, dans ces derniers temps.
Le Nicandra physaloides Gærtn. est réputé diurétique; ses fruits non mûrs sont considérés , au Pérou, comme un peu narcotiques.
Le groupe des Cestrinées, caractérisé par le genre Cestrum L., est remarquable par ses effets thérapeutiques et vénéneux. Aucune des plantes de ce groupe me paraît avoir été essayée en France. C’est surtout dans leurs baies que paraissent résider leurs propriétés les plus redoutables. On cite particulièrement à cet égard le C. macrophyllum Vent., le C. nocturnuni L., dont le suc introduit dans le sang amène rapidement la mort, suivant Descourtilz; le C. venenatum Thunb.,qui, selon Burmann, sert à empoisonner les bêtes féroces, et que les Boschismans mêlent au venin des Serpents pour empoisonner leurs flèches.
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