‹ Nouveaux éléments d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 43 sur 74 · TANNIN PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

TANNIN PHYSIOLOGIQUE

Il résulte de la piqûre produite par un Cynips, sur les pétioles et les jeunes branches de diverses espèces de Chêne et de Sumac. Sous l’influence des acides étendus, ainsi que sous celle de la fermentation, il se dédouble en acide gallique et en une variété de glucose.

A la distillation sèche, il donne de l’acide pyrogallique (C12 H*3 O6).

Il précipite complètement la gélatine , mais le précipité se putréfie dans l’eau.

11 agit sur le corium , mais ne le transforme pas en cuir capable de résister à la putréfaction.

Il se trouve à l’état normal dans les plantes, et notamment dans les matériaux propres au tannage des peaux. Il ne se dédouble pas , sous l’influence des aeides étendus, ni sous celle de la fermentation.

A la distillation sèche, il donne de l’acide oxyphénique (C12 H6 O4) et non de l’acide pyrogallique.

Il produit , avec la gélatine , un précipité imputrescible.

Il forme du cuir et, à cet effet, il sert dans les tanneries.

Gomme nous l’avons vu , le Tannin existe dans un grand nombre de végétaux ou de produits d’origine végétale ; mais les divers principes rapportés au groupe des Tannins, présentent certaines propriétés, qui permettent de les distinguer plus ou moins facilement les uns des autres. Cependant on les réunit ordinairement en trois catégories :

1° Tannins qui colorent les sels ferriques en bleu noir : Tannin de la noix de galle (Ac. Gallotanique) , de l’écorce de Chêne (Ac. Quercitannique) , du Sumac, du Bouleau, etc.

2° Tannins qui colorent les sels ferriques en vert : Tannin du quinquina (Ac. Quinotannique) , du Cachou (Ac. Catéchique ou Catèchiné) , du Café (.4c. Cafétannique) , du Jujubier (Ac. Ziziphotannique ), de l’écorce des Pins (Ac. Pinitannique) , du bois jaune (Ac. Morintannique) , etc.

3° Tannins qui colorent les sels ferriques en gris verdâtre : Tannins du Ratanhia, de l’Absinthe, de l’Ortie, etc.

Parmi ces diverses sortes de Tannin, la mieux connue est celle que l’on obtient de, la Noix de Galle.

L’acide gallo - tannique est une substance blanc jaunâtre,

GAMOPÉTLES PÉRIGYNES PÉRISPERMÉES.

amorphe, très-soluble dans l’eau, moins soluble clans l’alcool, insoluble dans l’éther pur. Sa solution aqueuse ne se conserve qu’à l’abri de l’air; en vase ouvert, elle absorbe l’oxygène, dégage un volume égal d’acide carbonique et laisse déposer de l’acide gallique. Cette transformation, nommée fermentation gallique , s’accomplit plus rapidement, lorsque le Tannin est en contact avec certaines substances contenues dans la Noix de galle, et qui paraissent jouer Je rôle de ferment.

L’équation, suivant laquelle le Tannin se transformerait nettement en acide gallique et en glucose ,' est encore douteuse :

Q54 JJ22 0 34 -f- 4 IL2 0 = 3 C14 H6 O10 + C*2 H12 O12

Ac. tannique Ac. gallique Glucose.

Lorsqu’on chauffe le Tannin, il fond; entre 210° et 215°, il dégage de l’acide carbonique, donne de l’acide pyrogallique, et laisse un résidu d ’ Acide Métagalliqug ou Gallulmique.

La plupart des tannates sont insolubles.

La solution de Tannin produit , dans les sels ferriques , un précipité noir bleuâtre, qui forme la base de Y encre; elle précipite les alcaloïdes, l'amidon et l’albumine de leurs dissolutions.

Suivant M. Ludwig, le Tannin est le meilleur agent pour séparer les principes amers des dissolutions qui les contiennent , tels que la Colocynthine , la Bryonine, YAbsinthine , la Gratioline,]& Ményanthine , etc. (Dorvault.)

Nous avons fait connaître, en leur place, les propriétés des principales substances congénères du Tannin et nous n’y reviendrons pas.

Quant au Tannin contenu dans les fruits verts , on ne connaît pas exactement sa nature.

M. Buignet a émis, avec une grande réserve, l’opinion que le Tannin pourrait bien, par sa décomposition, fournir le sucre qui se développe dans les fruits pendant la maturation.

M. Hartig a étudié avec soin la constitution et l’origine du Tannin contenu dans les tissus végétaux. Il plaçait dans l’huile les préparations microscopiques dans lesquelles il voulait examiner la structure du Tannin, et mettait, à la surface de l’huile, la dissolution du réactif employé (sels de fer, de mercure, de cuivre). Ces sels descendant avec lenteur à travers la couche huileuse , les molécules de Tannin se coloraient lentement , sans modification essentielle de leur état consécutif.

C’est grâce à ces précautions, que M. Hartig est arrivé aux résultats suivants, que nous extrayons du Bulletin de la Soc. Botan. de France , t. XII, revue bibliographique, p. 201.

« L’organe élémentaire qui porte le Tannin dans les plantes ligneuses, est, dans sa forme, sa grosseur et sa coloration, analogue

RUBI AGEES

à ceux qui portent l’amidon et la chlorophylle ; c’est également un dérivé de la substance qui remplit le noyau cellulaire ; un organisme enveloppé par une membrane, se multipliant par une partition propre et s’accroissant par intussusception ; situé également dans la chambre ptychodique d’un utricule cellulaire à deux enveloppes. Il se distingue de la cellulose , de l’amidon et de la chlorophylle par sa solubilité dans l’eau froide, comme par ses réactions sur les sels métalliques. Par celles-ci, comme par la coloration que lui donne l’iode (pareille à celle que ce produit communique à l’amidon), le Tannin se distingue du gluten. Par le défaut de coloration radiée , il se distingue du noyau cellulaire et de son contenu granuleux.

« Généralement le Tannin est incolore (Leucotannin), souvent coloré comme la chlorophylle (Ghlorotannin) , plus rarement jaune (Xanthotannin des Berbéridées, du Salix daphnoides , du Phyllo cladus ), plus souvent rouge (Érythrotannin des Cornus , du Dammara).

« Le xanthotannin du Salix daphnoides précipite les sels de fer en vert, le leucotannin des S. cinerea , S. alba , etc., en bleu foncé. Mais les écorces vertes de Fagus , de Fraxinus*e t. de Pirus colorent les solutions des sels de fer en vert.

« En hiver, l’écorce de la plupart des espèces ligneuses contient les granules de Tannin , fondus dans une substance amorphe , vitrée {Quercus , Populus ); parfois la même chambre ptychodique renferme simultanément l’état granuleux et l’état amorphe du tannin, avec tous leurs passages (Cerasus , Alnus).

« Le Tannin amorphe entoure ordinairement un espace plus ou moins grand, sphérique ou ovoïde et vide (vraisemblablement seulement pendant l’hiver). C’est la chambre intérieure de l’utricule de ptychode ( Quercus , Populus). Comme l’état amorphe de l’amidon, qu’on observe dans les cellules médullaires de Serjania, et l’état amorphe de la chlorophylle , que présentent les cellules de l’écorce du Salisburia , celui du Tannin naît de l’état granuleux, qui le précède , par la fusion des granules ; on en est convaincu en étudiant l’écorce du Dammara.

« L’enveloppe cellulaire primitive ne renferme jamais de Tannin. Quand il paraît en être ainsi , c’est par suite d’une dissolution anomale de cette substance , produite pendant la préparation. Au contraire , le Tannin granuleux peut entrer daus la formation de l’enveloppe secondaire , à la place des granules de cellulose ( Quercus , Celtis y Salisburia). Enfin , il apparaît souvent en formes cristallines , solidifié en se combinant à une certaine quantité de chaux.

« Par la solution du Tannin granuleux et de l’amorphe dans l’eau ou dans des solutions aqueuses , cette substance présente des modi-

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES PÉRISPERMÉES.

fications curieuses. Si le Tannin n’est pas renfermé dans une cellule , et si le liquide ambiant a un libre accès près de lui , celui-ci se résout ultérieurement en corpuscules moléculaires , qui paraissent incolore s par eux-mêmes, mais entourés d’une couche muqueuse colorée , quand le liquide renferme des sels métalliques dissous. Sur le bord de la goutte d’eau déposée sur le porte-objet, ces molécules s’unissent de nouveau en Tannin amorphe, pendant la dessiccation.

«Lorsqu’il se rencontre, dans la même cellule, de la chlorophylle, du tannin et des cristaux ( Populus , Ulmus ) , ces formations sont séparées l’une de l’autre par des enveloppes utriculaires et enfermées l’une dans l’autre , l’utricule de ptychode étant recouvert dans sa chambre propre à chaque formation nouvelle.

«Toutes les espèces ligneuses examinées par l’auteur se sont montrées renfermant du Tannin. Ce principe se trouve de préférence dans le tissu cellulaire de l’écorce verte; il va de là, d’un côté, dans les cellules de la couche subéreuse et même de l’épiderme (Dammara) , d’un autre côté dans le tissu des rayons médullaires et dans la moelle. Dans leiiber, ce sont plutôt les fibres cellulaires, parfois aussi les fibres cribreuses à cavité entière, qui contiennent le Tannin. Dans le bois, le Tannin se rencontre, non seulement dans les rayons médullaires , mais dans les fibres. Les feuilles et certains fruits ( Quercus ) sont riches en substance tannique. »

A la suite de ses recherches sur le Tannin des Légumineuses et des Rosacées, M. Trécul est arrivé aux résultats suivants : Dans les Légumineuses qui renferment du tannin , on le trouve , soit dans l’écorce, au voisinage des faisceaux libériens, soit dans la moelle, soit dans l’écorce et dans la moelle. Les cellules à tannin voisines des faisceaux libériens ou situées au pourtour de la moelle, sont superposées en séries longitudinales , de manière à constituer des sortes de vaisseaux à tannin, dont les cellules, toutefois, ne sont pas ordinairement perforées. Elles sont toujours plus longues que celles du parenchyme voisin , et elles ont souvent une grande longueur; quelquefois elles contiennent du suc laiteux et quelquefois aussi du tannin et d’autres fois rien de tout cela.

M. Trécul a trouvé aussi du tannin , dans les longues cellules du suc propre , chez quelques plantes appartenant à d’autres familles (Sambucus , Cannabis , Humulus). Celles dés Musa représentent précisément les vaisseaux propres décrits, dès 1812, par Moldenhawer.

Il est donc évident, dit l’auteur, que les cellules à tannin des Légumineuses se relient à ce qui a été appelé, jusqu’à ce jour, vaisseaux du latex. D’autre part, ajoute-t-il, il paraît bien établi que le tannin est une substance assimilable , comme le sucre et l’amidon.

CAPRIFOLIACÉES. 577

Les vaisseaux propres, qui le renferment , ne peuvent être regardés comme des réservoirs de matières rejetées à jamais hors de la circulation.

Chez certaines espèces de Rosacées, le tannin existe dans tous les tissus de rameaux, sauf les cellules subéreuses ou péridermiques , quand elles se développent. Les membranes utriculaires ellesmêmes sont assez souvent imprégnées de tannin, mais, le plus oïdinairement, c’est la cavité des cellules qui en renferme. Par les progrès de l’âge, quand les membranes s’épaississent, elles perdent le tannin dont elles étaient pénétrées.

Dans presque toutes les Rosacées, qui renferment ce principe, on observe à la surface de la zone libérienne, qu’il y ait ou non des faisceaux du liber, une couche de cellules souvent continue, qui bleuit fortement par le sel de fer. R en existe une semblable autour de la moelle, mais là on ne la trouve souvent qu’autour de la partie saillante des faisceaux.

Dans quelques cas , le tannin se colore en bleu aussitôt qu’il est en contact avec le sel de fer, sans avoir besoin d’être exposé à l’air; d’autres fois, et dans les parties jeunes principalement, les cellules % f tannin ne deviennent noires ou bleues qu’après avoir été exposées à 1 air pendant douze heures et plus. Le plus souvent même , les jeunes cellules, qui sont ordinairement jaunes, ne prennent ainsi qu’une teinte violacée ou rousse. Elles peuvent passer au noir, par une longue aération.

En terminant, M. Trécul fait remarquer que le tannin de Rosacées n’est donc pas toujours dans l’état chimique qu’il présente dans le tannate bleu de fer.

Les recherches que nous venons de relater peuvent , au premier abords sembler déplacées ici. Elles nous paraissent , au contraire, d’une extrême importance , en ce qu’elles montrent la route à suivre ’ pour trouver, dans un végétal astringent , la partie véritablement* active. On évitera ainsi, dans beaucoup de cas, la présence, au sem d’un extrait astringent, de matières inertes, gommeuses ou résineuses.

CAPRIFOLIACÉES.

Plantes ligneuses ou sous-ligneuses, très-rarement herbacées, vivaces; feuilles opposées, sans stipules; fleurs hermaphrodites ,? disposées en une inflorescence généralement définie ; corolle gamo- * Pétale , épigyne, isostémone, à préfloraison imbriquée; ovaire à 2-5 loges uni-pluri-ovulées ; ovules pendants, anatropes; baie; embryon périspermé.

Les Gaprifoliacées ne diffèrent des Rubiacées que par la préfïoraison imbriquée de la corolle et l’absence de stipules; elles se rap-

CaüVET. Ir 33 r

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES PÉRISPERMÉES.

prochent des Ombellifères et des Araliacées; mais celles-ci s’en distinguent par leurs feuilles alternes , leurs fleurs en ombelle ou en capitule et leur corolle polypétale à préfloraison valvaire. Enfin, les Cornées ne diffèrent de la sous-famille des Sambucées, que par leur corolle polypétale à préfloraison valvaire.

Les Caprifoliacées sont divisées en deux "sous-familles :

Lonicérées : Corolle tubuleuse, régulière ou irrégulière ; style filiforme ; stigmate en tête ; graines à raphé dorsal ( Lonicera Desf. , Diervilla Tourn. , Symphoricarpos Dillen. , Linnœa Gronov.).

Sambucées : Corolle rotacée, régulière; 3 stigmates sessiles ; graines à raphé ventral ( Viburnum L. , Sambucus Tourn.).

Les baies du Chèvrefeuille des jardins ( Lonicera Caprifolium L.) sont réputées diurétiques ; ses fleurs sont parfois employées comme béchiques et sudorifiques , et ses feuilles entrent , à cause de leur astringence, dans quelques'gargarismes détersifs.

Les baies du Chèvrefeuille des haies [Lon. Xylosteum L.) sont laxatives.

Dans l’Amérique du Nord , on emploie comme dépuratives les tiges du Diervilla du Canada [Lon. Diervilla L. , Diervilla Canadensis Willd.).

Les racines de la Symphorine commune ( Symphoricarpos par viflora) sont usitées, comme fébrifuges, dans la Caroline.

Enfin, la tige et les feuilles de la Linnée boréale [Linnœa borealis Gronov.) , herbe des forêts de la Suède, sont prescrites comme diurétiques et sudorifiques.

Fig. 724. — Cyme du Sureau.

Sureau commun [Sambucus nigra L., fig. 724). Tige arborescente, à écorce grise, fendillée et à bois blanc, léger, entourant un

DIPSACEES.

canal médullaire très-développé ; feuilles pinnatiséquées , avec impaire et à segments dentés , ovales acuminés ; fleurs blanches , en cyme terminale, corymbiforme ; calice à limbe très-petit; corolle rotacée, très-odorante; anthères jaune pâle; ovaire semi-infère, à 3 loges uni-ovulées ; baie noire , à suc rouge pourpre , rarement presque transparente et vert blanchâtre.

L’Écorce de Sureau, dépouillée de son épiderme, est parfois employée, comme purgative, contre l’hydropisie.

Les Fleurs sont réputées purgatives à l’état frais, et sudorifiques à l’état sec. On les prescrit à l’extérieur, comme résolutives, sous forme de fumigations et de lotions ; on en prépare un hydrolat.

Les Baies sont purgatives et servent à la préparation d’un extrait mou , nommé Rob de Sureau , que l’on donne à la dose de 12 à 15 grammes comme purgatif, et qui est simplement sudorifique à la dose de 4 à 8 grammes. Il entre dans le Sirop de Salsepareille composé des hôpitaux militaires.

L’Yèble ( Samb . Ebulus L.) et le Sureau à grappes ( Samb . racemosa L.) possèdent les mêmes propriétés. La racine d’Yèble est réputée très-purgative.

Selon Kramer, les différentes parties du Sureau renferment de l’acide valérianique.

DIPSACÉES.

Herbes annuelles ou vivaces , à feuilles opposées , sans stipules ; fleurs (fig. 725) hermaphrodites , irrégulières , réunies en capitule (fig. 726) involucré, à réceptacle nu ou pailleté , rarement verticillées à l’aisselle des feuilles supérieures , pourvues d’un- involucelle obconique, caliciforme, scarieux , à tube favéolé ou sillonné; ca~

Fig. 725. — Scàbiosa atro-purpurea . Fig. 726. — Coupe médiane longitu-

dinale d'une fleur de Scabiosa atro-purpurea (*).

(*) i) Involucelle. — s) Calice. — c) Corolle.

580 GAMOPÉTALES PERÏGYNES PÉRISPERMÉES.

lice en godet ou divisé en lanières sétacées formant une aigrette nue ou barbue plumeuse; corolle tubuleuse, irrégulière, 4-5-fide, parfois bilabiée , à préfloraison imbriquée ; 4 étamines inégales , rarement 2,3, alternipétales , exsertes , à filets distincts ou soudés par paires; anthères introrses, biloculaires, à déhiscence longitudinale; ovaire infère, uniloculaire, monosperme, libre dans le tube réceptaculaire , qui est fermé au sommet ou soudé à ce tube soit en entier, soit à son sommet seulement; ovule pendant, anatrope ; style simple, filiforme, terminal, soudé à sa base avec le col du tube réceptaculaire; stigmate claviforme ou sub-bilobé ; fruit sec, indéhiscent, surmonté par le calice accru et entouré par l’involucelle ; graine à testa membraneux ; embryon droit , situé dans l’axe d’un périsperme charnu peu abondant.

Les Dipsacées se rapprochent des Composées, par leur inflorescence en capitule (sauf le g. Morinà) involucré , à réceptacle paléacé , la corolle épigyne , l’ovaire 1-loculaire, d-ovulé, surmonté par le calice denté ou en aigrette ; elles s’en distinguent par la présence d’un involucelle autour de chaque fleur, par la préfloraison imbriquée ( non volvaire) de la corolle, qui n’est pas névramphipétalée, par les anthères non soudées, le style simple, l’ovule pendant, l’embryon périspermé.

Cette famille est beaucoup plus voisine des Yalérianées, qui s’en distinguent par leur inflorescence en cyme corymbiforme , l’ovaire 3-loculaire et la graine apérispermée.

Chardon à foulon ou Cardére cultivée ( Dipsacus fullonum L.) Les capitules de cette plante sont cylindriques, pourvus de paillettes très-nombreuses , raides, crochues au sommet; ils servent de cardes dans les filatures de laine. Sa racine était jadis usitée comme sudorifique et diurétique.

Scabieuse officinale ( Scabiosa succisa L.). Plante des bois et des pâturages humides de France; rhizome horizontal ou oblique, tronqué ou prémorse; tiges hautes de 3 à 6 décim. ; feuilles oblongues-elliptiques , entières ou denticulées , glabres ou un peu villeuses : les inférieures pétiolées, les supérieures sessiles et connées; capitules sphériques , sans fleurs radiantes , et garnis de paillettes lancéolées ; fleurs bleues, rarement blanches ; calicule à marge herbacée ; calice à 8 divisions subulées ; corolle 4-lobée, presque régulière.

Le rhizome (improprement appelé racine) de la Scabieuse a été employé contre les maladies de la peau et surtout contre la gale , d’où le nom de Scabieuse ( scabies , gale) donné à la plante. Les feuilles et les fleurs sont parfois usitées aussi dans les mêmes cas.

Cette plante a été appelée aussi Mors du diable , à cause de l’as-

VALERIANEES.

pect particulier de sa souche tronquée et comme mordue a son extrémité postérieure.

La Scabieuse des champs ou des prés ( Scabiosa arvensü L.) paraît posséder les mêmes propriétés.

VALÉRIANÉES.

Herbes annuelles, à racine inodore, ou vivaces et à rhizome généralement odorant ; feuilles inférieures ( radicales ) fasciculées , les caulinaires opposées, simples, plus ou moins profondément incisées, sans stipules ; fleurs hermaphrodites, ou diclines par avortement, en cymes dichotomes ou en corymbe serré, ou solitaires ( alaires ) dans la bifurcation des rameaux ; calice 1-denté ou à 3-4 dents accrescentes , ou bien composé de soies roulées en dedans avant la floraison et formant un rebord entier, qui se déroule ensuite en une aigrette plumeuse ; corolle irrégulière , tubuleuse-infundibuliforme , à tube souvent éperonné ou bossu et insérée sur un disque épigyne ; limbe à 3, 4 5 lobes égaux ou sublabiés et à préfloraison imbriquée ; étamines exsertes, rarement 5, plus souvent 4, par avortement de la postérieure, ou 3 par disparition de la postérieure et de Lune des latérales , ou seulement 1 . par suppression des quatre autres ; filets distincts; anthères introrses, biloculaires ; ovaire infère, à 3 loges, dont 1 seule fertile , contenant un seul ovule , pendant , anatrope ; style simple, stigmate indivis ou 2-3-fide; fruit monosperme, rarement à 3 loges : 2 stériles ; embryon droit, apérispermé.

Les Valérianées diffèrent des Synanthérées par l’inflorescence, la préfloraison et la nervation delà corolle, les anthères libres , l’ovaire 3-loculaire et l’ovule pendant. Par leur inflorescence définie , l’opposition des feuilles , la préfloraison et l’épigynie de la corolle , l’ovaire pluriloculaire , elles se rapprochent des Gaprifoliacées , qui s’en distinguent par leur tige généralement ligneuse , leur ovaire à placentation axile', leur fruit charnu et l’embryon périspermé.

Valériane officinale ou sauvage ( Valeriana officinalis L.).

Plante à souche courte, tronquée , garnie de racines nombreuses Fig. 727. — Bacine de Valériane officinale.

(fig. 727) , blanchâtres , brunissant par la dessiccation ; tige dressée, haute de 5 à 20 décim. , selon la station; feuilles pinnatiséquées , à segments ovales-oblongs ou lancéolés , ou elliptiques ,

/DF

GAMOPÉTALES PÉPJGYNES APÉRISPERMÉES.

entiers, dentés ou incisés; fleurs généralement hermaphrodites, disposées en une cyme corymbiforme ; calice à limbe inyoluté , se déroulant, après l’anthèse , en une aigrette qui couronne le fruit; corolle rose , lilas ou blanche , infundibuliforme , gibbeuse vers la base, à 5 divisions imbriquées (la postérieure [n° 5] et l’antérieure de gauche [n° 4] incluses; l’antérieure de droite [n° 1] et la latérale de gauche [n° 2] recouvrantes ; la latérale de droite [n° 3] semiincluse et semi-recouvrante); 3 étamines exsertes(la postérieure de gauche et l’antérieure manquent) ; style simple; 3 stigmates; akène ovoïde-allongé , strié, glabre, couronné par l’aigrette calicinale.

La Valériane officinale croît dans les bois et les broussailles des collines et des montagnes ou dans les lieux humides ; cette différence d’habitat est importante au point de vue des propriétés médicales : la racine des plantes qui ont poussé dans des endroits secs est beaucoup plus odorante et doit être préférée.

La Racine de Valériane a une saveur d’abord sucrée , puis âcre et amère; elle acquiert, par la dessiccation, une odeur très-forte et très-désagréable, qui paraît plaire beaucoup aux Chats, contre lesquels il faut garantir soigneusement cette substance.

La Valériane est un excitant général faible, dont l’action se porte particulièrement sur le cerveau. Administrée à haute dose , elle occasionne un peu de céphalalgie, d’incertitude de la vue et la myotilité, d’où quelques vertiges très-fugaces. On l’a vantée dans l’hystérie , l’hypocondrie, certaines migraines et d’autres névroses. On a guéri avec la Valériane certaines fièvres intermittentes , rebelles aux préparations de quinquina : on l’associe avec avantage à ce précieux médicament. On l’a aussi employée dans certaines fièvres graves, présentant des symptômes ataxiques; mais c’est surtout comme antispasmodique que la racine de Valériane et ses préparations méritent de fixer l’attention des praticiens. Selon M. Trousseau, la racine de Valériane est fort utile dans la série interminable des accidents nerveux qui naissent sous l’empire des affections hystériques et vaporeuses , soit que ces accidents se montrent réunis, soit qu’ils apparaissent isolés.

Cette racine contient une huile volatile , de Y A eide valérianique , une résine etc. Selon M. Bouchardat, l’huile volatile et l’acide valérianique ne préexistent pas dans la racine ; ils se forment de la même manière que l’huile volatile d’amandes amères.

L’Huile volatile a été longtemps usitée comme antispasmodique; elle paraît être formée par de l’acide valérianique mélangé à du Bornéène (C^o H1») et à du Valérol (C*2 H*<> 02?>.

M. Baraillier a expérimenté l’essence de Valériane sur l’Homme sain et sur l’Homme malade. Sur l’Homme sain, elle produit de la

VALÉRIANÉES.

paresse intellectuelle , de l’assoupissement, un sommeil profond, l’abaissement du pouls, puis son élévation, et la plus grande abondance des urines. A la dose de 10 à 20 gouttes , chez l’Homme malade, elle modifie rapidement la stupeur, la somnolence et le coma de cause adynamique , qui compliquent les fièvres graves. Enfin , elle modifie certains états nerveux, tels que vertiges, hystéricisme, asthme essentiel etc. M. Baraillier la prescrit sous forme de potions et de saccharure.

L’Acide valérianique (G10 Ht0 O4) est produit, selon Gerhardt, par le Valérol ; il se développe progressivement dans l’essence, à mesure que celle-ci vieillit au contact de l’air. L’Acide valérique est un liquide incolore et fluide , d’odeur désagréable , rappelant à la fois celle du vieux fromage et celle de la racine de Valériane ; il a une saveur âcre , piquante ; sa densité à 0° est de 0,9555 ; il bout à 175°, et se dissout dans 30 p. d’eau à -f- 20°; l’alcool et l’éther le dissolvent en toutes proportions. Mis en contact avec une faible quantité d’eau , il s’y combine et forme un hydrate oléagineux , dont la densité est 0,95.

L’acide valérianique forme , avec les bases , des sels presque tous solubles , et qui jouissent plus ou moins des propriétés de l’acide et de la base qui les constituent. On l’extrait, en général, delà racine de Valériane, ou bien on le prépare par l’oxydation de l’alcool amylique. Selon quelques pharmacologistes , il faut préférer à l’acide artificiel l’acide obtenu de la Valériane , pour la préparation des sels médicinaux.

Les valérianates les plus employés sont le valérianate de zinc , le valérianate d’ammoniaque et le valérianate de quinine. On a essayé également les valérianates de bismuth , de fer, de manganèse , d’atropine ; ce dernier sel est d’un maniement dangereux ; les trois autres ne sont guère employés.

Les deux premiers sont très-utiles dans le traitement des névroses; le troisième , selon M. Devay , est appelé à rendre , dans les fièvres ataxiques malignes , les services les plus éminents par ses propriétés spécifiques.

La Résine de Valériane est noire, très-âcre et possède une odeur de cuir ; c’est l’un des principes actifs de la racine.

La racine de Valériane est prescrite sous forme de poudre , d’hydrolat, d’infusion, de teintures alcoolique et éthérée, d’extrait, de sirop etc.

Elle entre dans un grand nombre de préparations officinales.

Grande Valériane ou Valériane Phu (Val. Phu L.). Cette plante diffère de la précédente par sa souche plus grosse , ses feuilles inférieures simples, entières, oblongues-elliptiques , longuement pé-

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tiolées, les caulinaires inférieures lyrées-pinnatifides , les moyennes pinnatiséquées à segments lancéolés. Ses fleurs sont blanches et hermaphrodites.

Sa Souche est grosse comme le doigt , grise, marquée d’anneaux circulaires, indices d’écailles foliacées, nue d’un côté, garnie de l’autre de racines grises, ridées, de couleur foncée à l’intérieur. Elle a une odeur de Valériane faible, mais désagréable ; ses propriétés médicinales sont moins prononcées.

Les anciens désignaient cette racine sous le nom de Phu ou Nard de Crète.

On employait jadis, sous le nom de Nard celtique, la souche de la Valériane celtique (Val. celtica L.). Cette souche se trouve dans le commerce en paquets ronds et plats , mêlés de mousse et de terre. Elle est menue, longue de 3 à 5 centim. , couverte d’écailles blanchâtres et garnie de quelques racines brunes ; sa saveur est trèsamère, son odeur forte, valërianëe. Le Nard celtique est inusité aujourd’hui; il entre dans la composition de la Thériaque.

Nard indien ou Spicanard. Cette substance était regardée, dans l’antiquité , comme un aromate très-précieux , et fort estimé des dames romaines; son usage paraît s’être maintenu dans le Népaul.

Le Spicanard est fourni par le Nardostachys Jatamansi DG. ( Val. Jatamansi Jones, Val. spica Vahl). Il est très-rare dans le commerce. Il «se compose d’un tronçon de racine très-court, épais comme le petit doigt, d’un gris noirâtre , surmonté d’un paquet de fibres rougeâtres , fines et dressées, qui imitent un épi de la grosseur et de la longueur du petit doigt. Cet épi est ordinairement un peu ovoïde ou renflé au milieu et aminci aux extrémités ; les fibres dont il se compose sont souvent encore disposées en réseau de feuilles , et ne sont effectivement que le squelette desséché des feuilles qui entourent le collet de la plante et qui se détruisent chaque année; l’odeur en est forte et agréable, très-persistante, analogue à celle du Nard celtique ; la saveur en est amère et aromatique.

« En coupant l’épi longitudinalement, on trouve au centre un corps ligneux, formé d’une écorce grise et d’une partie intérieure blanche, spongieuse et friable. Ce, corps ligneux est souvent réduit à l’état pulvérulent par les insectes ou manque entièrement. Ayant une fois ouvert un épi dont la racine était bien conservée, je lui ai trouvé une odeur très-marquée de Valériane. » (Guibourt.)

Il existe deux autres sortes de Nard : l’une que Guibourt décrit sous le nom de Nard radicant de l’Inde, et qu’il rapporte au Nardostachys grandiflora DG. ; l’autre, qu’il appelle Nard foliacé

SYNANTHÉRÉES.

de l’Inde , et qu’il croit fourni par la même plante. Ges deux Nards ont une odeur aromatique plus ou moins analogue à celle du Nard celtique. On substitue au Nard indien la racine de la Victoriale longue ( Allium Victorialis L.), qui lui ressemble beaucoup.

Le Faux Nard du Dauphiné est d’un gris de souris, inodore et de saveur terreuse. Sa surface est formée de fibres très-fines, disposées en un réseau losangique. Son centre est occupé par un corps blanc, cellulaire, arrondi, coupé par une ligne horizontale rousse , et placé au-dessus des restes des bulbes des années précédentes.

Les feuilles de la Mâche ou Doucette ( Vâlerianella olitoria Monch) sont cultivées pour être mangées en salade.

SYNANTHÉRÉES.

Plantes généralement herbacées et vivaces , parfois sous-frutescentes, rarement arborescentes ; feuilles alternes , simples, ordinairement très-découpées, sans stipules; fleurs (fig. 728) en capitules ou calathides , rarement uni-pauciflores , plus souvent multiflores, disposées en une inflorescence tantôt indéfinie, tantôt mixte , et réunies sur un réceptacle commun ( Clinanthe , Phoranthè) ; clinanthe plan, concave ou convexe , ou même conique , tantôt nu 728‘ ~ Capitule de V Anthémis rigescens (*).

et alvéolé ou aréole , et alors les bords des alvéoles sont parfois prolongés en filaments ou fimbrilles , tantôt garni d 'écailles ou de paillettes ( réceptacle paléacé) simples ou découpées, parfois même transformées en soies (ces écailles, paillettes et soies sont des bractées correspondant chacune à la foliole axillante des fleurs de l’épi ordinaire); involucre [péricline , fig. 729) à bractées uni-plurisériées , quelquefois pourvu d’une sorte de calicule ; fleurs (fig. 730) hermaphrodites, ou mâles, ou femelles, ou neutres, disposées d’une manière variable dans les capitules, qui peuvent être mâles ou femelles , ou mâles et femelles , ou her-,v r.on ~ , maphrodites et neutres , ou femelles et herma- pycnocephaïus.

(*) Coupé longitudinalement, pour montrer l’insertion des fleurs sur le réceptacle commun.

GAMOPÉTALES PÉIUGYNES APÉRISPERMÉES.

Fig. 730. — Catananche cœrulea (*).

phrodites; calice généralement scarieux ou membraneux , tantôt en godet, tantôt en couronne entière, denticulée ou laciniée , tantôt pailleté ou denté , ou écailleux, ou aristé , et dont les divisions

offrent parfois la forme de soies ou de poils , lisses ou scabres, ou ciliés, ou plumeux , formant alors une aigrette sessile ou stipitée , tantôt enfin réduit en un bourrelet circulaire mince ou nul ; corolle tantôt régulière, tubuleuse (fleuron), 4-5-dentée ou 4-5-fide, à préfloraison valvaire , tantôt irrégulière et ligulée (demi-fleuron , voy. fig. 730), ou büabiée (les nervures de la corolle alternent avec ses divisions, et se partagent en une sorte d’Y, dont les branches bordent chacune des divisions correspondantes, se réunissent à leurs congénères au sommet de chaque division, puis la nervure unique résultant de cette soudure se prolonge, en s’affaiblissant, du sommet de la division vers la base de la corolle. H. de Gassini, qui reconnut la constance de cette disposition, dans les Composés, leur avait donné, à cause de ce caractère, le nom de N évramphip étalées ) ; 5-4 étamines , à filets libres et à anthères introrses , soudées en un tube qui entoure le style ; ovaire infère uniloculaire, monosperme, surmonté par un disque annulaire, qui entoure un nectaire concave; style simple, filiforme, bifide danè les fleurs femelles ou hermaphrodites, et dont les branches ( stigmates) , concaves en dehors , planes en dedans , sont garnies vers le sommet ou extérieurement de poils raides ( poils collecteurs ), qui servent à la dissémination du pollen ; le bord des divisions du style porte à sa face interne deux bandes glanduleuses stigmatiques. Le style existe dans les fleurs mâles , femelles et hermaphrodites ; dans les mâl«s, il ne porte que des poils collecteurs; dans les femelles et les hermaphrodites, il présente, en outre, des. glandes stigmatiques. Akènes sessiles , marqués d’une aréole d’insertion , soit latérale soit basilaire, et souvent prolongés en un bec à leur sommet; graine dressée ; embryon droit, apérispermé.

La famille des Synanthérées forme , presque à elle seule , la 19e classe du système de Linnée. Nous avons indiqué (t. I, p. 438) les caractères des divisions de cette classe. Elle comprend les 12e, 13e et 14e classes des systèmes de Tournefort : Flosculeuses , Semiflosculeuses, Radiées.

De Candolle les a divisées en 3 sous-familles et en 8 tribus.

(*) ov) Ovaire. — s) Calice. — c ) Corolle. — e) Étamines. — st ) Stigmate.

SYNA.NTHÉRÉES.

LIGULIFLORES.

Chicoracées.

Capitules formés de fleurs hermaphrodites et à corolle ligulée ; style à branches filiformes, pubescentes; bandes stigmatiques distinctes , n’atteignant pas le milieu de la longueur des branches du style ; plantes à suc laiteux et à feuilles alternes. ( Taraxacum Jung, Lactuca L., Cichorium Tourn., Scorzonera L., Tragopogon L. etc.)

Pissenlit ( Taraxacum Dens-Leonis Desf. , Leontodon Taraxacum L., Taraxacum officinale Willd., Leont. vulgare Lam.). Cette plante, aussi appelée Dent de Lion, est employée comme tonique et apéritive ; on en prescrit la racine et les feuilles , sous forme de suc ou d’extrait. Polex y a signalé une matière particulière, la Taraxacine , qui forme des cristaux étoilés de saveur amère, un peu âcre , peu solubles dans l’eau froide , fort solubles dans l’eau bouillante , dans l’alcool et dans l’éther.

Laitue officinale ( Lactuca sativa L.). Plante annuelle, glabre, non épineuse, haute de 5 à JO décim. ; feuilles inférieures obovées, les caulinaires amplexicaules , à oreillettes obtuses ; côte dorsale des feuilles ordinairement lisse et sans aiguillons ; fleurs jaunes en capitules pauciflores , disposés en corymbes irréguliers ; involucre ovoïde , allongé , imbriqué , glabre , à folioles ovales , allongées , presque obtuses; réceptacle plane, portant 12-15 fleurs; fruits ovoïdes comprimés, striés , couronnés par une aigrette stipitée.

La Laitue officinale est émolliente et sédative. A l’époque de la floraison, on prépare, avec le suc obtenu par expression de son écorce , un extrait assez souvent employé, comme sédatif, sous le nom de Thridace ; c’est avec les tiges de cette même Laitue, que l’on prépare YEau distillée de Laitue. Enfin , le suc laiteux de cette plante, étant desséché au soleil, constituait la thridace du docteur François et le Lactucarium du docteur Duncan.

Laitue gigantesque ( L . altissima Bieb.). Tige pouvant atteindre 3 mètres de haut, droite, glabre; feuilles denticulées, les inférieures sinuées, les supérieures lancéolées, munies d’oreillettes dirigées en arrière, accuminées, glabres; fleurs jaunes, en corymbe irrégulier; capitules grands, à pédicelles bractéolés et à écailles extérieures plus longues que les intérieures; fruits noirs, brièvement rostrés. Cette plante, originaire du Caucase, est cultivée aujourd’hui par M. Aubergier, aux environs de Clermont-Ferrand, pour l’extraction du Lactucarium.

Laitue vireuse (L. virosa L.). Tige élancée, haute de 15 à 18 décim., raide, glauque, souvent visqueuse par le haut et

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRTSPERMÉES. *

purpurine; feuilles inférieures obovées-oblongues , sagittées, non lobées, sinueuses- dentelées . très-grandes, disposées en rosette, et à nervures épineuses sur la face inférieure ; les caulinaires oblongues, sinuées ou dentées, étalées horizontalement (ce qui les distingue de la Laitue sauvage , dont les feuilles sont un peu tordues à la base , de manière à ce que leurs faces soient latérales, et leurs bords dirigés l’un vers le ciel, l’autre vers le sol), amplexicaules , avec des oreillettes obtuses (non pointues) et une nervure dorsale aiguillonnée ; fruits noirs , elliptiques, à marge membraneuse assez large , à faces 5-striées , glabres vers le sommet, et terminés par un bec filiforme aussi long qu’eux.

Le suc laiteux obtenu par incision de cette plante est âcre , trèsamer et doué $’une odeur vireuse très-nauséabonde,

« Si l’on veut chercher parmi les Laitues une succédanée de l’opium , c’est cette espèce qui devrait être préférée. » (Guibourt.)

Les trois espèces de Laitue que nous venons de décrire fournissent du Latucarium ; la Thridace ne s’extrait que de la Laitue cultivée.

Thridace. Cette substance était d’abord constituée par le suc laiteux de la plante, et elle possédait alors une activité assez grande. Mais lorsque Gaventou eut proposé de la préparer avec le suc exprimé des tiges , l’extrait ainsi obtenu , et auquel on conserva à tort le nom de Thridace , fut considéré , avec raison, comme un médicament presque inerte , et les praticiens cessèrent , ou à peu près , de le prescrire.

En employant exclusivement l’écorce de Laitue pour la préparation de la Thridace , comme le voulait Béral , on obtient un médicament beaucoup plus actif et qui doit rendre de bons services.

La Thridace est surtout prescrite sous forme de sirop , comme un calmant et un hypnotique légers.

Lactucarium. Cette substance a été surtout mise en honneur par M. Aubergier, qui l’obtient de la manière suivante : Faites des incisions transversales aux tiges de la Laitue gigantesque , à l’époque de la floraison ; recueillez dans un verre le suc laiteux qui s’en écoule ; laissez coaguler le suc, retirez-le du verre et divisez-le en rondelles peu épaisses , que vous ferez ensuite sécher sur des claies.

Au moment ou il s’échappe des incisions, le suc a la couleur et la consistance de la crème. Il se coagule bientôt, se colore en jaune, puis en brun et se dessèche assez vite , en perdant 71 p. 100 de son poids, et se couvrant parfois d’efflorescences de mannite.

Le Lactucarium est en pains du poids de 30 à 50 grammes , de teinte plus ou moins brune , et à cassure jaunâtre et résineuse ou d’un brun plus ou moins foncé ; son odeur est forte, un peu hircine; sa saveur extrêmement amère. Quand on le divise dans l’eau , la

SYNANTHEREES

liqueur prend , sous l’inlluence des alcalis , une teinte rose caractéristique, et perd son amertume. Il est peu soluble dans l’eau; l’alcool à 56° c* en dissout la partie active.

Selon M. Aubergier, le Lactucarium contient une matière neutre, cristallisable , qu’il a appelée Lactucine ; de l’asparagine , de la mannite; une matière cristallisable se colorant en vert par les sels de fer; une résine électro-négative combinée à la potasse; une résine indifférente, de l’acide ulmique (?), de la myricine , de la pectine, de l’albumine , des sels de potasse , de chaux , de magnésie etc. M. Magnes-Lahens y a trouvé 8-9 p. 100 de glucose.

M. Aubergier dit que la Lactucine est le principe actif du Lactucarium ; elle se dissout à peine à froid , davantage à chaud , et se sépare , par le refroidissement , en paillettes nacrées ressemblant à l’acide borique; elle est soluble dans l’alcool fort ou faible , se charbonne à la chaleur sans se sublimer ; sa dissolution s’altère sous l’influence des alcalis, et son amertume se perd sans retour.

La Lactucine est un produit mal défini, d’abord isolé par Buchner (1832), puis par Walz (1839), ensuite par M. Aubergier , enfin par M. Louis. La Lactucine obtenue par ces différents chimistes est loin d’être identique ; ce principe , employé comme médicament , ne peut donc présenter aucune garantie.

M. Lenoir considère la Lactucine comme une substance impure et ne lq. regarde pas comme le principe actif du Lactucarium ; ce principe serait, suivant lui, un alcaloïde organique, non découvert, qu’il appellerait aussi Lactucine . M. Lenoir en a isolé une substance cristalline , inodore , insipide , sans action sur l’économie animale , qu’il a nommée Lactucone.

Selon M. Louis , le Lactucarium renferme , outre la lactucone de M. Lenoir ( Lactucérine de Walz), de Y acide Lactucique et de la Lactucine , qui serait réellement le principe actif du Lactucarium.

M. Mouchon , pharmacien à Lyon , prétend avoir obtenu de la Lactucine pure, et il a proposé de la substituer au Lactucarium, dont elle a les propriétés. M. Mouchon n’a pas encore, que nous sachions, fait connaître le procédé qu’il emploie pour l’extraction de la Lactucine ; aussi les formules qu’il a proposées pour son administration ne peuvent-elles pas être adoptées, et nous pensons, avec Reveil, qu’on ne peut accorder de confiance à un principe immédiat imparfaitement défini.

Le Lactucarium paraît jouir de propriétés hypnotiques réelles; il est employé dans tous les cas où l’on veut produire une sédation sans recourir à un agent aussi énergique que l’opium. Selon M. Bertrand^ «jamais son usage, même prolongé et à des doses assez fortes, n’est suivi de douleurs de tête, de bourdonnements, de l’in-

590 GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRISPERMÉES.

jection de la face , du sentiment de mal-être général , de l’élévation et de la dureté du pouls , qui succèdent presque inévitablement à l’action un peu soutenue de l’opium ; on n’aperçoit rien, enfin, de la congestion et de l’excitation cérébrales déterminées par ce dernier. » (Cité par Bouchardat.)

M. Aubergier a proposé d’administrer le Lactucarium sous forme d’extrait alcoolique, de pâte, de pilules et de sirop.

Les avis sont très-partagés relativement à la valeur thérapeutique du Lactucarium.

Chicorée sauvage ( Cichorium Intybus L. , fig. 731). Tige trèsrameuse , haute de 3 à 10 décim. ; feuilles inférieures ovales-allongées roncinées, à lobes aigus, munies de poils rudes sur la côte du

milieu ; feuilles caulinaires sessiles, lancéolées; fleurs bleues, rarement roses ou blanches , et à involucre double : l’extérieur à 5 folioles courtes, l’intérieur à 8-10 folioles longues , dressées ; capitules axillaires, réunis au nombre de 2 à 5 en une sorte de fascicule : le capitule central pédonculé , les latéraux presque sessiles; réceptacle nu ou garni de quelques poils épars; akènes obovés, un peu comprimés, striés, glabres, couronnés d’écailles nombreuses et très-petites.

La Chicorée sauvage croît le long des chemins , dans les lieux vagues, incultes etc. Ses feuilles sont trèsamères, sans odeur ; les plus jeunes ont une amertume moins prononcée , et sont 'mangées en salade ou cuites. Cette plante , étiolée par l’exposition dans un lieu sombre, devient effilée et grêle; on la connaît alors sous le nom de Barbe de capucin.

On en cultive une variété ( Cich . Intybus 5 var. sativum) à feuilles inférieures oblongues, sinuées-dentées. La racine de cette variété, étant torréfiée et moulue, constitue la substance que l’on désigne dans le commerce sous le nom de Café chicorée. L’emploi de ce prétendu café, qui avait sa raison d’être, au commencement ale ce siècle lorsque les denrées coloniales avaient atteint un prix exces-

SVNANTHÉRÉES.

sif, s’est perpétué jusqu’à ce jour, bien que la Chicorée ne possède en aucune façon l’arôme délicieux du café véritable. L’infusion de Chicorée a une saveur amère", âcre et nauséabonde et renferme une quantité d’extrait soluble plus considérable que celle du café ; aussi a-t-elle une intensité de coloration plus grande. C’est évidemment à cette propriété que la Chicorée doit son usage.

La racine de Chicorée moulue est fréquemment mélangée au café torréfié et moulu. L’on excuse cette fraude, en disant que le mélange est vendu moins cher, et que, d’autre part, l’infusion de Chicorée est salubre et nourrissante : or, sous prétexte de bon marché, le bénéfice reste au vendeur ; en outre, il paraît démontré que l’infusion de Chicorée est parfois laxative et que la digestion en est plus difficile ; enfin cette infusion étant privée de caféine et de l’arôme propre au café, ne peut produire l’effet stimulant et le sentiment de bien-être que procure celle du café.

La Chicorée elle-même est d’ailleurs fréquemment falsifiée de toutes les manières , et l’on ne saurait trop recommander d’en bannir l’usage.

Il est facile de reconnaître la présence de la Chicorée dans le café : en examinant au microscope la poudre suspecte , on ne doit y apercevoir que les cellules à parois très-épaisses et irrégulièrement perforées du périsperme du café. Si la poudre examinée renferme des cellules à parois minces et des fragments de vaisseaux ponctués, on pourra affirmer qu’elle contient de la Chicorée ou toute autre substance analogue.

La Racine de la Chicorée sauvage est longue , blanche , grosse comme le doigt ; elle fait partie, ainsi que les feuilles de la même plante , du Sirop de Chicorée ou de Rhubarbe composée. On la considère comme dépurative et laxative.

L’Endive ( Cich . Endivia L.) et ses deux variétés : la Scariole ou Escarole ( Cich. angusti folium) et la Chicorée crépue ( Intybus seu Endivia crispa) , sont cultivées pour être mangées en salade.

La Scorsonère d’Espagne (Scorzohera hispanica L.) et le Salsifis blanc ( Tragopogon porrifolius L.) sont abondamment cultivés pour leurs racines lactescentes et comestibles. La racine du Salsifis des prés ou Barbe de Bouc (Tr. pratensis L.) peut également servir dans l’alimentation.

LABIATIFLOHES.

Fleurs hermaphrodites, généralement bilabiées; fleurs mâles et fleurs femelles ligulées ou bilabiées.

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRISPERMÉES.

Mutisiacées.

Styles des fleurs hermaphrodites cylindriques ou presque noueux ; stigmates obtus , très-convexes en dehors , revêtus supérieurement d’un duvet fin, égal, rarement nul ( Mutisia L. f., Onoseris DG. etc.)

Nassauviées.

Fleurs toutes hermaphrodites ; style renflé à sa hase ; stigmates tronqués, portant supérieurement un pinceau de poils , et intérieurement des bandes stigmatiques saillantes , qui restent séparées ( Nassauvia Commers. , Moscharia R. et P. etc.)

Les Labiatiflores ne renferment aucune plante utilisée en Europe?

TUBULIFLORES.

Corolles tantôt toutes régulières , tubuleuses et hermaphrodites . rarement irrégulières et stériles (Carduacées ou Ginarocéphales) ; tantôt les unes tubuleuses et régulières (fleurons), occupant le centre du réceptacle; les autres ligulées (demi- fleurons) femelles ou neutres, occupant la circonférence du réceptacle (Radiées ou Gorymbi- FÈRES).

Cinarées.

Capitules généralement flôsculeux ; style des fleurs hermaphrodites renflé supérieurement en un nœud presque toujours garni d’un pinceau de poils ; stigmates libres ou cohérents , pubescents en dehors ; bandes stigmatiques atteignant le sommet du stigmate et s’y réunissant; feuilles alternes (Lappa Tourn. , Carduus Gærtn. , Cinara Tourn. , Süybum Vaill. , Carthamus Tourn. , Centaurea Less., Atractylis L. , Carlina Tourn. ,* Serratula DG. , Calendula Neck. etc.).

Bardane ou Herbe aux teigneux (Lappa major Gærtn., Arctium Lappa L. , Arct. majus Schk. , Lappa officinalis AIL). Plante bisannuelle , à racine profonde , cylindrique , brune ; tige haute de 10 à 15 décim., rameuse ; feuilles inférieures très-grandes, pétiolées , cordiformes , crénelées , vertes en dessus , blanchâtres et tomenteuses en dessous ; les caulinaires pétiolées , ovales ; capitules terminaux, solitaires, rougeâtres, globuleux, disposés en un corymbe irrégulier ; bractées involucrales lancéolées, presque glabres, semblables , imbriquées , terminées par une pointe crochue ; réceptacle charnu, plane, garni de fibrilles raides et subulées ; fleurs purpurines, semblables; étamines à filets papilleux; anthères acuminées et pourvues à la base d’appendices subulés; akènes oblongs, comprimés, glabres, rugueux transversalement, et surmontés d’une aigrette courte , à poils rudes , caducs , plurisériés.

SYNANTIIÉRÉES.

La grande Bardane croît sur le bord des chemins, dans les ruines, les décombres etc. On peut lui substituer la Bardane commune (. Lappa minor DG.) et la Bardane cotonneuse (L. tomentosa Lam.), la racine de ces plantes ayant la même propriété.

La Racine de Bardane (fig. 732) est charnue, grosse comme le doigt, noire au dehors, blanche au dedans, de saveur douceâtre, austère et nauséeuse, d’odeur désagréable, qui augmente parla dessiccation ; on la trouve , dans le commerce , sèche et coupée en tronçons courts.

Cette racine pourrait être confondue avec celle de la Belladone , ce qui constituerait une erreur pouvant amener de graves accidents.

Quand on examine ces racines sur une section transversale, on voit que la racine de Bardane présente des radiations brunes qui, partant du centre, atteignent la zone génératrice et se continuent en s’amincissant jusqu’au voisinage de la portion la plus extérieure de l’écorce ; ses cellules sont très-petites , remplies d’inuline en magma , et les vaisseaux y sont peu nombreux. Dans la Belladone , les radiations sont plus larges, moins nombreuses, n’atteignent pas le centre et ne dépassent pas la zone génératrice ; ses cellules sont beaucoup plus grandes, remplies de fécule en grains ; les vaisseaux y sont proportionnellement plus nombreux.

La racine de Bardane contient de l’inuline , de carbonate et du nitrate de potasse, une matière céro- oléagineuse verdâtre, soluble dans l’éther et qui forme la base d’un remède secret employé contre la calvitie. Cette racine est prescrite contre les maladies de la peau, le rhumatisme, sous forme de décoction : on en prépare un extrait et un sirop. Son décocté employé en lotions jouit de la propriété d’apaiser le prurit dartreux.

Les Feuilles de Bardane sont réputées plus actives que les racines ; on les a appliquées sur les ulcères , les croûtes laiteuses et sur les plaques de la teigne. Selon Percy , leur suc uni à de l’huile d’olives favorise la cicatrisation des plaies et des ulcères atoniques.

Enfin , en Angleterre , on emploie les semences de Bardane comme sudorifiques.

Artichaut ( Cynara Scolymus L.). Cette plante, jadis employée

Fig. 732.

Racine de Bardane.

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRISPERMÉES.

en médecine comme astringente , n’est guère cultivée aujourd’hui que pour ses capitules , dont les écailles et le réceptacle charnus fournissent un aliment agréable , peu nutritif, mais de facile digestion, et que l’on peut donner cuit aux convalescents.

Le suc récent de cette plante a été prescrit contre le scorbut, l’hydropisie et l’ictère. Le docteur Montain , de Lyon, en a préconisé le principe actif comme fébrifuge sous le nom de Cynarin. M. Guitteau , de Poitiers, en a obtenu un extrait ressemblant à l’aloès par son aspect , son goût, sa cassure vitreuse, et qui est formé en grande partie d’une matière analogue à l’Aloétine , que l’auteur appelle, Cynctrine. Cet extrait , traité par l’acide azotique, fournit un acide analogue al’ Acide Chrysammique de Schunck.

Le Gardon ( Cyn . Cardunculus L.) est cultivé pour la côte longue et charnue de ses feuilles, qui, attendrie par l’étiolement, constitue un mets assez agréable. Ses fleurons jouissent de la propriété de cailler le lait et servent , pour cet usage , sous le nom de Fleurs de Ghardonnette.

On employait jadis , dans le pansement du cancer de la face , le suc du Chardon aux ânes ou Fausse Acanthe ( Onopordon Accmthium L.). Les capitules de cette plante pourraient servir dans l’alimentation; ses graines contiennent beaucoup d’huile, et, selon Murray, un seul pied d’Onoporde produit jusqu’à 12 livres de graines , fournissant environ 3 livres d’huile bonne à brûler.

Chardon-Marie ( Sitybum marianum Gærtn. , Carduus marianus L.). Plante bisannuelle, à feuilles grandes, épineuses, sinuéesdentées, marquées en dessus de grandes taches blanches; capitules terminaux, ventrus; écailles extérieures de l’involucre foliacées, dilatées en un appendice renversé , ové , denté et terminé par une longue pointe , les intérieures lancéolées , entières ; réceptacle charnu , paléolé ; fleurs roses ou purpurines ; filets staminaux , coalescents dans toute leur longueur; akènes surmontés par une aigrette sessile de poils simples.

Cette plante a une saveur amère ; on en employait le suc contre plusieurs maladies. Elle est actuellement usitée comme amère dans la médecine populaire. Ses jeunes feuilles peuvent être mangées, lorsqu’elles ont été débarrassées de leurs épines.

Carthame des teinturiers ou Safranum ( Carthamus tinctorius L.). Plante annuelle, originaire de l’Orient, cultivée en France et en Allemagne pour ses fleurs qui servent dans la teinture. Tige haute de 3 à 6 décim., dressée, cylindrique, glabre, peu rameuse; feuilles sessiles, ovales, aiguës, denticulées, glabres; capitules globuleux , solitaires , terminaux ; involucre renflé à sa base, formé d’écailles imbriquées, très-serrées inférieurement:

SYNANTHÉRÉES.

les extérieures herbacées, obovées , obtuses , simples , entières ; les moyennes scarieuses à la base , herbacées au sommet ; les internes scarieuses, mucronées; réceptacle sétacé ; fleurs de couleur safran, et à tube très-long; fruits ovoïdes-tétragonaux , glabres, lisses, sans aigrette.

Les Fleurs du Carthame servent à falsifier le safran. Elles renferment deux prineipes colorants: l’un jaune / soluble dans l’eau; l’autre rouge , nommé Carthamine , soluble seulement à l’aide d’un alcali, et précipité de sa dissolution par un acide végétal.

La Carthamine (C28 Hi6 O14 [?]) pure est une matière pulvérulente, verte à la surface , et d’un éclat métallique quand on la voit en masse , d’un beau rouge pourpré quand elle est en couches minces ; elle rougit le tournesol humide ; elle est peu soluble dans l’alcool, encore moins dans l’éther, insoluble dans l’eau et dans les acides; les alcalis forment, avec elle, une dissolution jaune ou incolore, que les acides précipitent en rose. Cette matière teint la soie en un rose très-beau , mais que le soleil blanchit promptement. Elle sert à la préparation du rouge végétal , qui sert à la toilette de certaines dames.

Les Fruits de Carthame , connus sous le nom de graine de Perroquet, sont purgatifs et fournissent une huile très-amère et purgative, employée dans l’Inde, à l’extérieur, contre les rhumatismes , la paralysie, etc.

Chardon bénit ( Cnicus benedictus Gærtn., Centaureabenedicta

L. , Carduus benedictus Trag.). Plante annuelle, à tige rougeâtre, haute de 3 à 6 décim., rameuse, laineuse ; feuilles vert pâle, semidécurrentes, sinuées ou dentées, un peu épineuses ; capitules solitaires, terminaux, entourés de feuilles ovales, dressées, qui forment une sorte d’involucre supplémentaire ; involucre véritable conique , à écailles coriaces , épineuses ; réceptacle plan , chargé de poils soyeux, caducs à la maturité des fruits ; fleurs jaunes : les extérieures neutres , non rayonnantes ; akènes fauves , cylindriques , striés longitudinalement et surmontés d’une double couronne de soies.

Le Chardon bénit a été préconisé comme tonique et fébrifuge.

M. Nativelle y a découvert un principe particulier, nommé Cynisin , Cnisin et Cnicin , que M. F. Scribe a retrouvé dans la Chaussetrappe {Cent. Calcitrapa L.).

Le Cnicin est un corps neutre , cristallisant en aiguilles blanches, transparentes, d’un éclat satiné ; il est inodore, très-amer, sans action sur les couleurs végétales, peu soluble dans l’eau et dans les acides étendus , très-soluble dans l’eau légèrement alcaline (il perd alors son amertume), un peu soluble dans l’eau bouillante, soluble dans

GAMOPÉTALES PÉGIGYNES APÉRISPERMÉES.

l’alcool , presque insoluble dans l’éther ; l’acide sulfurique le colore en rouge et l’acide chlorhydrique en vert.

A la- dose de 20 à 25 centigr. il peut produire des nausées et des vomissements ; il ne paraît pas avoir d’action sur la rate. M. Bouchardat le place au-dessus de la Salicine, comme fébrifuge. La Ghausse-trappe jouit à un haut degré des mêmes propriétés. M. Collignon, d’Apt, y a trouvé un principe oléaginçux , qu’il a nommé Acide Calcitrapique.

La Centaurée officinale ou Grande Centaurée ( Centaurea Centaurium L.), plante des bois et des pâturages élevés des montagnes , est aujourd’hui inusitée ; sa racine , qui est amère et un peu aromatique, était jadis employée comme tonique et sudorifique.

La racine de la Jacée (Cent. Jaceci L.) servait autrefois , sous forme de gargarisme, dans les maladies de la bouche et du pharynx.

Les fleurs du Bluet ou Barbeau (Cent. Cyanus L.) sont encore parfois employées à la préparation d’un hydrolat , servant d’excipient pour des collyres détersifs. Les propriétés spécifiques qu’on lui attribuait avaient fait donner à la plante le nom de Casse-lunettes.

Les Arabes préconisent, comme tonique et aphrodisiaque, la racine du Cent. Behen L. , que l’on trouve décrite, dans les anciens traités de matière médicale , sous le nom de Behen blanc. Cette racine a été presque toujours falsifiée , en Europe, avec celles du Cucubalus Behen L., du Silene Behen L. et du Silene Armeria L.

Chamæléons. Les Grecs appelaient ainsi deux Carduacées remarquables par leurs propriétés toxiques et médicinales ; l’une , Chamæléon blanc (Atractylis gummifera L.), acaule et à capitule de Cinara; l’autre, Chamæléon noir (Cardapathium corymbosum DC.), caulescente, à inflorescence corymbiforme et à fleurs d’un bleu-hyacinthe.

A l’époque de la Renaissance , les botanistes voulurent rapporter les Chamæléons à deux plantes qu’ils trouvaient chez eux.

Celle qu’ils appelèrent Chamæléon blanc est le Carlina subacaulis acaulis DC. ( Carlina acaulos magno flore albo G. Bauhin), plante acaule, à feuilles très-grandes, découpées , spinescentes sur les bords , étalées sur le sol , entre lesquelles apparaît un capitule volumineux, à involucre épineux et à fleurs blanches ou purpurines. Sa racine est pivotante , grosse comme le pouce , brune au dehors , blanche au dedans, d’odeur forte, aromatique et de saveur âcre, non désagréable.

Leur Chamæléon noir est le Carlina subacaulis caulescens DC. (Cari, elatior ou Chamæléon albus vulgaris Clus.) , qui diffère de la précédente par son capitule moins grand, porté sur une tige haute d’environ 30 centim La racine de cette plante est

SYNANTHÉREES.

| sans doute celle qui fournit la Racine de Carline du commerce; I elle est longue de 13 à 16 centim. , grosse comme le petit doigt , I grise, ouverte ou comme rongée d’un côté , d’odeur et de saveur I mixtes de Bardane et d’Aunée.

I Les vrais Ghamæléons ont été découverts par Belon et par Mar anta.

Le Chamæléon noir ( Cardopathium corymbosum DG. , que M. Spach a démontré être une trinité spécifique , habite : Gard. [!■ orientale , laThrace, la Macédoine , l’Archipel grec; Gard, apu- | lum , l’Apulie; Gard. Fontanesii , la Tunisie. Sa racine est un i agent narcotico-âcre violent , que l’on peut employer à l’extérieur ! contre les affections cutanées , psoriques et mycodermiques. Selon | Maranta, les femmes de l’Apulie se servent de son suc pour détruire les Poux , et Belon rapporte que ce suc est tellement âcre que , appliqué sur la peau, il l’enflamme beaucoup plus que ne sauraient le faire les Orties.

Le Chamæléon blanc ( Atractylis gummifera L., Garlina gum mifera Less. , Acarna gummifera Brot.) est répandu sur tout le pourtour européen et algérien de la Méditerranée , la côte de France exceptée ; c’est une espèce rustique , s’accommodant de tous les terrains.

L’action vénéneuse si prononcée de la racine d 'Atractylis , et le silence que gardent les auteurs français à son égard , nous font un devoir de résumer les deux importants mémoires que M. le pharmacien major Edmond Lefranc a publiés dans les t. XIII et XIV du Bulletin de la Société botanique de France (Séances, p. 48 etl46j.

Racine fusiforme , grosse comme le bras et longue de 25 à 30 centim. ; feuilles très-grandes , souvent longues de 3 à 6 décim. , simples, très-découpées spinescentes , glabres en dessus, légèrement tomenteuses en dessous , étalées à la surface du sol ; capitule à folioles épineuses, à réceptacle favéolé , fimbrilbfère ; ovaire surmonté par une aigrette caduque de soies unisériées , très-longues. Les fleurs paraissent en automne, après la dessiccation des feuilles.

La racine de Y Atractylis (en arabe el Heddad) est brun jaunâtre en dehors, marquée de stries fines et serrées ; le liber et le corps • ligneux sont d’un blanc jaunâtre uniforme, compactes , succulents , plus parenchymateux que fibreux; elle peut être rompue à la main.

A l’état frais, son odeur est balsamique, un peu nauséabonde; sa saveur, d’abord douceâtre , puis chaude et âpre , laisse ensuite une sensation d’âcreté très-persistante à l’arrière-gorge.

4<Au moment de la plus grande activité de la végétation foliacée de Y Atractylis gummifera , à peine une section transversale d’une racine fraîchement récoltée a-t-elle été pratiquée , que l’on voit , de

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APERISPERMEES.

toute la partie végétale des couches verticales et dans toute l’épaisseur des couches ligneuses , principalement dans les intervalles circulaires des couches annuellement formées , perler des gouttelettes d’un suc laiteux, visqueux, qui se coagule et se solidifie promp- ’tement à l’air. Ce suc s’échappe aussi en larmes de l’écorce blessée ou scarifiée , et se montre encore par exsudation à l’époque de la fructification , sur les bords du réceptacle , formant sur ces points des concrétions jaunâtres du volume d’une noisette parfois , d’apparence gommeuse, insipides et inodores. Nous considérons le suc en question comme étant le latex de cette racine, bien que les vaisseaux qu’ils charrient ne présentent pas l’organisation des lacticifères proprement dits. Si , lorsqu’il s’échappe du corps de la racine, sa saveur participe un peu de l’âcreté qui est propre à cette dernière , une fois concrété , il s’est dépouillé de tout principe âcre ; il est devenu insipide et inodore , comme le sont les concrétions recueillies sur les bords du réceptacle. La substance, soit de celle-ci, soit des larmes coagulées , recueillies sur une racine scarifiée , présente des propriétés physiques et chimiques qui se rapprochent de celles du caoutchouc proprement dit : insolubilité dans l’eau et dans l’alcool , et solubilité dans l’éther et dans la benzine etc. ; développant, malaxée entre les doigts, l’odeur du caoutchouc ainsi traité, et s’étirant en fils. Il n’y aurait entre celles-ci et celles-là qu’une différence d’état physique : ici , cette sorte de caoutchouc est émulsionnée, en globules, dans un peu d’eau de végétation; là, elle est à l’état compacte, élastique, sans mélange d’eau. Dans ce cas, elle se H présente en larmes translucides , jaunâtres ; dans l’autre , en larmes blanchâtres et opaques.

« En même temps que ce latex, on remarque, dans les lacunes, que les éléments des tissus cellulaire et fibro-vasculaire laissent çà et là entre eux, des amas d’une matière jaune orangé, semi-concrétée. Quant à l’ensemble de son organisation , cette racine a pour caractère, malgré sa racine de nature vivace et son apparence extérieurement ligneuse, d’être plus parenchymateuse que ligneuse. En effet, tout le corps fibreux est formé de tissu utriculaire allongé en réseau , à parois peu épaisses et peu résistantes , et les produits transitoires de l’activité végétale y abondent comme dans le tissu cellulaire proprement dit. Les faisceaux des fibres corticales et les faisceaux vasculaires présentent seuls une certaine résistance ; les faisceaux fibreux du liber sont anastomosés et forment un réseau à mailles serrées, qui enveloppe exactement le corps ligneux; les faisceaux vasculaires se composent de vaisseaux flexueux. Ceux-ci et ceux-là ont une teinte jaune clair, qui, sur une coupe longitudinale , apparaît tranchant très-sensiblement sur le fond blan-

SYNANTHÊRÉES. 599

châtre des tissus parenchymateux : ils sont â parois ponctuées et rayées. »

Selon M. Lefranc , les alcalis libres ou carbonatés (Ammoniaque , eau de chaux, potasse, soude) développent, au contact de tranches de racine à’ Atractylis , une coloration jaune citron générale, plus foncée dans les points qui correspondent, aux dépôts interstitiels de sucs propres ; les persels de fer la colorent en vert sale; l’acide sulfurique la colore , par places , en rouge groseille vif : cette dernière coloration est passagère.

M. Lefranc y a signalé de l’inuline , du sucre de canne , du glucose , une matière colorante jaune (tannin vert) , une sorte de caoutchouc , une matière balsamoïde , âcre (caoutchouc et huile essentielle en partie résinifiée ?) , du glycose amylique (?) , un principe éthéré, amylique (???), du Glycosoamylsulfamylamate de potasse (?) (Acide Atractyliquel) , un principe toxique, narcotico-âcre , trèsfugace (?j, de l’Asparagine etc.

La racine de Y Atractylis est très-vénéneuse, et l’on a fait connaître un certain nombre de cas d’empoisonnement par son ingestion ; les femmes arabes se servent parfois de sa décoction, mêlée à du lait , pour se débarrasser de leurs maris.

«La teinte du lait atractylisé de façon à être boisson mortelle, à la dose de 500 grammes, est celle d’un café au lait très-clair; l’odeur en est balsamique , presque agréable , bien que légèrement vireuse ; mais cette impression dernière n’est sensible que pour un odorat exercé. Quant à la saveur, douceâtre et sucrée au passage du liquide , elle laisse ensuite dans la bouche et l’arrière-bouche une sensation d’âcreté vive et persistante. » (Lefranc.) <

M. Lefranc a étudié l’action de cette racine sur l’économie ; nous continuons nos emprunts à son mémoire déjà cité.

«Les principes toxiques de Y Atractylis ne semblent pas apporter de trouble dans la digestion des substances alimentaires auxquelles ils sont naturellement mêlés dans la racine ou dont on accompagne celle-ci. Les accidents toxicologiques, dans leur apparition et leur marche , sont d’autant plus prompts , plus précipités et , par suite , plus violents , que l’aliment véhicule du poison est de moindre quantité et de digestion plus facile et plus entière.

« L’invasion du poison en quelques heures , ou de douze à vingtquatre heures , après l’ingestion de l’aliment empoisonné , selon l’âge et la force du sujet, la quantité et la nature de la substance alimentaire choisie comme véhicule du poison , et , dans tous les cas , la mort dans quarante-huit ou cinquante heures , la dose étant dè 80-100 grammes de racine fraîche , tel serait le pronostic de l’empoisonnement par la racine de Y Atractylis gummifera.

GAMOPÉTALES PÉPJGYNES APÉRISPERMÉES.

«Les réactions de ce poison sur l’économie animale sont celles des narcotico-âcres. En effet, les symptômes de cet empoisonnement sont , d’une part , des vertiges , de l’assoupissement , de la stupeur, le ralentissement de la circulation , la difficulté de respirer, des accidents convulsifs; de l’autre, des extravasations sanguines des muqueuses nasale, stomachale , intestinale , vésicale même.

«Dans le genre narcotico-âcre , l’espèce À tractylis gummifera trouverait sa place à côté de l’espèce Champignons vénéneux.

«La mort par une asphyxie progressive, déterminée par les spasmes de plus en plus prolongés des muscles respirateurs , ne serait pas le moindre danger à combattre dans l’empoisonnement par YAtractyUs. Les contractions qui saisissent tous les muscles du tronc et des membres agissent aussi sur les sphincters ; nous avons trouvé à l’autopsie , chez la plupart des chiens tués par la racine de YAtractyUs , des vessies distendues par l’urine, celle-ci toujours très-colorée, très-chargée d’épithélium, très-albumineuse; et, dans les intestins, des matières fécales moulées, enveloppées d’une bouillie de sang épaissi; dans quelques cas seulement, il y avait eu, au moment de la mort, issue d’urine et de matières fécales mêlées de sang, sans doute par relâchement des sphincters.

«Dans le traitement de cet empoisonnement, en même temps que les évacuants purgatifs et diurétiques , les bains de siège etc. , on mettrait en œuvre les antispasmodiques : éther et chloroforme , tout en réveillant les forces vives de l’économie, très-déprimées, par des toniques et des excitants diffusibles qui provoqueraient très-utilement la transpiration.

« Mes recherches sur la nature physique et chimique de #e poison ont été infructueuses. Toutefois il ressort des accidents sérieux d’empoisonnement que j’ai éprouvés , après avoir manipulé pendant deux jours une dissolution éthérée des principes balsamique et vireux de cette racine, dans un laboratoire très-petit et non ventilé , que cette substance serait soluble dans l’éther et non moins volatile que cet agent.

«Le produit balsamique, qu’un traitement par l’éther enlève au suc retiré par expression de la racine fraîche préalablement broyée, développe, lorsqu’il vient d’être obtenu, une odeur qui rappelle assez celle de la conicine. La muqueuse nasale s’irrite si l’on respire de très-près cet extrait éthéré ; et, d’une semblable investigation, on ressent promptement du malaise.

«Cette propriété du principe essentiellement toxique de la racine de YAtractyUs , de se dégager promptement et facilement dans l’atmosphère , ressort encore des faits suivants :

« Cette racine , soit par une dessiccation de quelques jours à l’air

SYNANTHÉRÉES.

libre, soit par l’action d’une décoction prolongée, comme de dix à vingt minutes , perd beaucoup de l’énergie de ses qualités toxiques ; nous l’avons constaté dans maintes expériences faites sur des chiens. Toutefois il résulte de ces observations qu’une dessiccation ou une coction complète ne saurait la purger entièrement de principes nuisibles, en faire jamais un aliment sain. Tous les ànimaux expérimentés , après deux ou trois jours d’un régime composé de racine cuite mêlée à la viande hachée et du lait que nous avons fait bouillir pendant un quart d’heure sur de menus fragments de cette même racine , la quantité de racine étant portée chaque fois , d’une façon comme de l’autre, à 100 ou 150 grammes, ces animaux, dis-je, finissaient par éprouver pour ce genre d’aliment un tel dégoût qu’ils n’y revenaient que poussés par la faim. Encore , dans ce cas , leur estomac n’entrait-il pas toujours en composition : ils avaient des nausées en mangeant, et des vomissements le plus souvent suivaient. Quand l’aliment était supporté et digéré, l’animal était tourmenté d’une soif vive, et ses excréments moulés se montraient maculés de sang.

« C’est que , si cette racine possède un principe vireux , âcre , susceptible de s’éliminer par la dessiccation à l’air libre, ou mieux encore par l’action d’une température de 100° suffisamment prolongée, elle contient encore une sorte de baume concret , très-âcre , qui ne peut disparaître ni dans un cas , ni dans l’autre. »

Desfontaines avait dit de YAtractylis : Radix et receptaculum aqua ebulliente coctum , cum butyro et oleo mixtum, optimum prœbet nutrimentum. M. Lefranc suppose que cette opinion résulte d’un faux renseignement, ou de la transposition d’une note relative au Cinara acaulis , dont les Arabes mangent la racine et le réceptacle, sous le nom de Tefran. Les observations que nous venons de citer démontrent combien la croyance de Desfontaines est erronée , et avec quel soin il faut proscrire de l’alimentation la racine de YAtractylis gummifera.

Racine de Costus. Dioscoride connaissait trois racines de ce nom : le Costus Arabique , qui est blanc, léger, très-suave ; Y Indien, qui est noir, léger et plein; le Syriaque , qui est pesant, couleur de buis et d’odeur fatigante. Pline en cite deux sortes: une noire , l’autre blanche , qui est la meilleure. Selon Gardas et Bontius, le Costus vient de l’Inde , et il n’en existe qu’une seule espèce.

«Le Costus des officines est une racine qui , lorsqu’elle est entière > paraît napiforme , non articulée ni fibreuse , assez pesante ; elle est terminée supérieurement par une tige qui est fibreuse à l’extérieur et entièrement remplie par une moelle blanche.

(( La grosseur de cette racine varie depuis celle du petit doigt jus-

602 GAMOPÉTALES PÉRIGYNÈS APÉRTSPERMÊES*

qu’à 54 centim. de diamètre. Elle est grise à l’extérieur , blanchâtre à l’intérieur, d’une odeur analogue à celle de l’iris; mais il s’y mêle une odeur de Bouc, qui donne à la première beaucoup de force et de ténacité. Sa saveur est assez fortement amère et un peu âcre.

«La racine de Gostus est rarement entière; ordinairement elle est brisée en tro'nçons irréguliers , devenus aussi gris à l’intérieur qu’à l’extérieur, et qui offrent dans leur cassure un grand nombre de cellules remplies d’une substance rouge, transparente, probablement de nature gommo-résineuse. La substance même de la racine est criblée d’une infinité de pores visibles à la loupe , surtout après qu’on a dissous, par l’eau et l’alcool, la matière soluble qui les remplit. Ce caractère est commun à la racine deTurbith, à laquelle d’ailleurs le Gostus ressemble beaucoup ; mais le Turbith est inodore ; et le Gostus possède, comme je l’ai dit, une forte odeur d’iris et de Bouc mêlés.

« Enfin , la racine de Gostus offre un caractère remarquable , qui doit nous mettre sur la voie de son origine botanique : la plupart des morceaux sont à moitié ouverts sur le côté , et sont souvent comme rongés jusqu’au centre. Ceux des morceaux qui n’offrent pas encore cette solution de continuité sont au moins déprimés d’un côté , ce qui indique un caractère non accidentel et qui tient à l’organisation même du végétal. » (Guibourt.)

Guibourt avait supposé que cette racine est produite par une plante voisine des Garlines ; cette plante a été en effet découverte , aux environs de Cachemire, par le docteur Falconer, qui l’a appelée Auklandia Gostus. Jacquemont l’avait trouvée, en 1831, dans la même localité, et M. Decaisne l’a décrite sous le nom d’Ap lotaxis Lappa.

La racine de Costus est excessivement rare en Europe; elle était jadis très-usitée, comme aphrodisiaque et odoriférante. Elle n’entre plus guère aujourd’hui que dans la thériaque.

Souci des Jardins ( Calendula officinalis L.). Plante annuelle, haute de 3 à 5 décim., rameuse; feuilles oblongues, sessiles, parsemées de points transparents et pourvues d’une odeur désagréable ; capitules grands, jaunes; fleurs extérieures ligulées, femelles et fertiles , celles du centre mâles ou hermaphrodites et stériles ; akènes marginaux très-gros, fertiles, courbés, épineux sur le dos, sans aigrette.

Les feuilles du Souci sont réputées fondantes ; ses fleurs étaient réputées emménagogues , antiscrofuleuses et surtout anticancéreuses. Geiger en a extrait une matière gommeuse particulière, qu’il a appelée Galenduline.

SYNANTHÉRÉES.

Sénécionidées.

Capitules généralement radiés ; style cylindrique au sommet , bifide dans les fleurs hermaphrodites; stigmates allongés , linéaires, tronqués ou couronnés d’un pinceau , au delà duquel ils s’avancent quelquefois en un appendice long ou en cône court; bandes stigmatiques saillantes, se prolongeant , sans se rejoindre, jusqu’au pinceau ; feuilles alternes ou opposées ( Senecio Less. , Doronicum L. ,

Arnica L. , Antennaria R. Br. , Helichrysum DC. , Tanacetum L. , Artemisia L. , Pyrethrum Gærtn., Matricaria L., Santolina Tourn., Achillea Neck.,

Anacyclus Pers. , Ma ruta Cass. , Anthémis DC. , Madia Molin. ,

Spilanthes Jacq. , Helianthus L. , Guizotia Cass., SilphiumL. etc.).

Arnica ( Arnica montana L. , fig. 733).

Plante des montagnes de l’Europe, à souche oblique ; tige simple ou rameuse , haute de 2 à 5 décim. , portant 1-2 paires de feuilles opposées , étroites ; feuilles inférieures étalées en rosette , ovales-oblongues ou lancéolées, sessiles , raides, entières, pubescentes , 5-nerviées

; capitules grands, terminaux, solitaires à

GAMOPÉTALES PÉR1GYNES APÉRISPERMÉES.

l’extrémité de la tige et des rameaux ; involucre campanulé, à folioles égales, imbriquées sur deux rangs et à réceptacle alvéolé; fleurs jaunes , odorantes, à ligules tridentées, étalées; branches du style épaisses, conoïdes, pointues et pubescentes; akènes cylindriques, atténués au sommet, scabres, couronnés par une aigrette de poils dentés, raides, unisériés.

On emploie la racine (souche) , les feuilles et les fleurs.

La Racine est brune ou rougeâtre au dehors , blanche au dedans, menue, fibreuse, d’une odeur et d’une saveur âcres, aromatiques; elle est réputée excitante, antiseptique et résolutive.

Les Feuilles sont employées comme sternutatoire , sous forme de poudre.

Les Fleurs sont surtout reconnaissables à leurs demi-fleurons d’un jaune doré , et à leurs akènes noirs , aigrettés; leur odeur est forte , mais agréable. Les soies fines qui surmontent les akènes , causent de violents éternuements, quand on agite les fleurs sèches; leur présenee constante oblige à passer les infusions d’iârnica à travers un tamis très-fm, pour é.viter l’action irritante qu’elles exercent sur la gorge, lorsqu’on avale ces infusions sans recourir à ce moyen de s’en débarrasser.

Les fleurs d’Arnica sont émétiques à haute dose ; c’est un stimulant énergique du système nerveux ; Stoll les disait fébrifuges , et les appelait le Quinquina des pauvres. L’infusé et la teinture d’Arnica sont un remède populaire contre les coups à la tête, les chutes, d’où le nom de panacée des chutes (jpanacea lapsorum) , que lui donna Ferh. On les emploie à l’extérieur, sous forme de compresses, ou à l’intérieur.

L’Arnica a fourni à l’analyse : une résine , de l’acide gallique , une matière, colorante jaune , une huile bleue, de la saponine, une huile essentielle jaune , de YArnicine etc.

L’Arnicine est une matière cristallisable , très-alcaline , formant des sels avec les acides; sa saveur est amère, sans âcreté ; son odeur rappelle celle du Castoréum ; elle est peu soluble dans l’eau, dans l’alcool et dans l’éther. On l’a préconisée comme fébrifuge , mais elle est peu employée.

Les Doronics ( Doronicum Pardalianches L. , J), plantagineum L. , D. austriacum ■ Jacq., D. scorpioides W.), que l’on a longtemps confondus avec les Arnicas, sont maintenant inusités. Les racines du D. Pardalianches ont été réputées vénéneuses ; on les a employées contre les vertiges et contre l’épilepsie.

Pied-de-Chat (Antennaria dioica Gærtn.). Plante cotonneuse, vivace, dioïque, gazonnante , haute de 1 à 3 décim. , surmontée par un assemblage de capitules disposés en corymbe serré; feuilles in-

SYNANTHÉRÉES.

férieures spatulées, disposées en rosette , les supérieures sessiles, linéaires, entières; capitules pourvus d’un involucre imbriqué, à écailles externes cotonneuses, les internes arrondies, pétaloïdes , rouges dans les capitules mâles , blanches sur les capitules femelles ; réceptacle fovéolé ; fleurs mâles à corolle tubuleuse ; les femelles à corolle filiforme et à style terminé par deux branches obtuses ; dans les fleurs mâles , le style est simple ou à peine bifide; akènes subcylindriques surmontés par une aigrette à poils unisériés.

Le Pied-de-Chat est réputé béchique ; il entre dans les Espèces pectorales.

Stæchas citrin (. Helichrysum Stœchas DG.). Cette plante, voisine de la précédente, était jadis employée dans les mêmes cas; on s’en sert, dit-on, en Provence, où elle croît.

On connaît, sous le nom d’immortelle, plusieurs espèces d’He lichrysum et de Gnaphalium.

Tanaisie ( Tanacetum vulgare L.). Plante à tiges nombreuses, simples ou rameuses, hautes de 6 à 15 décim. ; feuilles pinnatiséquées, à segments incisés, glabres ou peu velus, vert jaunâtre ; capitules Hémisphériques , disposés en corymbes , homogames , rarement hétérogames : les fleurs femelles sont alors placées à la circonférence et 3-4-dentées ; involucre imbriqué; réceptacle nu, convexe; corolles jaunes , généralement 5-dentées; akènes obconiques, sessiles, surmontés d’une coronule membraneuse, dentée.

La Tanaisie a une odeur forte, désagréable, un peu camphrée ; ses sommités sont employées comme vermifuge. Elle renferme une huile volatile abondante ; un principe amer, jaunâtre, la Tanacêtine. M. Peschier a trouvé dans l’eau qui reste dans la cucurbite après la distillation , un acide cristallisable , qu’il a appelé Acide Tanacétique.

La Balsamite odorante, Grand Baume, Menthe coq, etc.

( Balsamita suaveolens Desf., Tan. Balsarnita L.), possède les mêmes propriétés que la Tanaisie et devrait lui être préférée dans quelques cas. Cette plante a une odeur forte , aromatique et agréable, une saveur amère et chaude; c’est un stimulant très-énergique, jadis très-employé à l’intérieur et à l’extérieur, maintenant inusité.

Artemisia.

« Calathides petites , à péricline ovoïde ou sphérique ; réceptacle nu ou velu. Fleurs de la circonférence femelles , tubulées , non ligulées , unisériées , à corolle 3-dentée ; fleurs du disque hermaphrodites ou mâles , à corolle tubuleuse 5-dentée ; akènes sessiles obovés; comprimés, dépourvus de côtes; styles des fleurs périphériques à branches allongées, linéaires, comprimées, hispidulées ;

GAMOPETALES PERIGYNES APÉRISPERMÉES.

celles des Heurs centrales à sommet tronqué , papilleux oubarbulé.» (Kirschleger.)

Armoise vulgaire (Artemisia vulgaris L., fig. 734). Plante vivace, à tiges nombreuses, cannelées, rougeâtres, rameuses, hautes de 1 à 2 mètres ; feuilles alternes , pinnatipartites , à segments lancéolés, entiers ou incisés, vertes en dessus , blanches et tomenteuses

en dessous, les supérieures â divisions presque linéaires ; capitules presque ovoïdes, sessiles, glomérulés, axillaires, et dont l’ensemble simule un long épi ; ces divers jèpis constituent , au sommet de la tige , une sorte de panicule ; corolles nues , rouge pâle.

Les Feuilles d’Armoise sont réputées emménagogues et employées comme telles dans la médecine populaire.

On a préconisé, en Allemagne, la racine d’Armoise contre l’épilepsie et contre la danse de Saint-Guy.

L’Estragon (Art. Dracuncu lus L.) n’est guère employé que comme condiment, à cause de ses feuilles qui sont douées d’une odeur forte, aromatique, et fournissent à la distillation une huile volatile verte.

Les Chinois emploient, comme moxa, le duvet des feuilles de Y Art. MoxaDC*. L’Armoise vulgaire a été employée au meme usage. On sépare le duvet, en contusant les feuilles sèches de ces plantes et frottant ensuite entre les mains les débris ainsi obtenus ; les parties grossières tombent et le duvet reste à peu près seul.

Grande Absinthe ou Aluine (Art. Absinthium L. , fig. 735). Plante vivace , glaucescente , à tige dressée , rameuse ; feuilles inférieures bi-tri-pinnatifides , à segments dbtus : les supérieures de plus en plus petites ; les raméales simples ; toutes ces feuilles sont molles, blanchâtres, douces au toucher; capitules globuleux, blanchâtres, penchés, axillaires, et dont l’ensemble figure au sommet de la tige une sorte de panicule; fleurs jaunes.

L’Absinthe exhale une odeur aromatique forte ; sa saveur est très-amère. On en retire, par distillation, une huile volatile verte,

Eig. 734. — Armoise vulgaire.

SYNANTHÉRÉES.

qui sert de base à la liqueur connue sous le nom d’ÂBSiNTHE; selon Marcé, cette essence exerce une action spéciale sur le système nerveux ; à la dose de 3 grammes, elle détermine la mort des Chiens.

D’après Reveil, la liqueur connue sous le nom à1 Absinthe est surtout préparée avec des Génipis , et ne renferme pas ou renferme très-peu d’Absinthe proprement dite - L’Absinthe contient en outre de YAbsinthate de potasse et une matière amère {Amer d’Absinthe de Caventou , Absinthine de Mein et Luck) , qui se présente sous forme d’une matière résinoïde , durcissant par son contact avec l’eau.

Jadis on incinérait l’Absinthe, pour en obtenir ce que l’on appelait le sel d’Absinthe , sel que l’on croyait fébrifuge et qui n’était autre chose que du carbonate de potasse.

La Grande Absinthe est un tonique et un stimulant énergique , que l’on emploie dans la dyspepsie, et contre l’aménorrhée et la leucorrhée dépendant de causes débilitantes. Elle est estimée également comme fébrifuge, anthelminthique et emménagogue. On la prescrit sous forme de poudre, d’infusé, d’extrait, d’hvdrolat, de vin, de teinture et de sirop. Son huile essentielle l’est parfois aussi, à la dose de quelques gouttes.

Les Génipis : vrai {Art.

Willd.), noir {Art. spicata

Fig. 735. — Sommité d\ Absinthe.

cjlacialis L.), blanc {Art. mutellina Jacq.), pourraient être substitués à

l’Absinthe et paraissent lui être supérieurs en activité.

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRISPERMÉES.

L’Absinthe maritime {Art. maritima L.), plante des plages maritimes de la France , de l’Angleterre , de la Suède et du Danemark, diffère de la Grande x\bsinthe par ses feuilles à segments beaucoup plus étroits, son odeur plus agréable et sa saveur moins amère. Ses feuilles sont entièrement cotonneuses.

Cette plante croît abondamment dans les marais de la Saintonge, d’où son nom ancien de Santonicum. C’est le vermifuge par excellence de nos départements de l’Ouest.

La Petite Absinthe ou Absinthe pontique (Art. pontica L.) a des feuilles cotonneuses seulement en dessous et se distingue ainsi facilement de la précédente. Elle a une odeur forte, moins agréable que celle de l’Absinthe maritime, et une saveur moins amère que celle de la Grande Absinthe. On l’emploie aux mêmes usages, mais elle est moins estimée.

Aurone mâle ou Citronelle (Art. Abrotanum L.). Ce sous-arbrisseau du midi de l’Europe a des tiges rameuses, des feuilles 2-3-pinnées, à segments laciniés, linéaires, ponctués, grisâtres sur les deux faces; capitules subsessiles, solitaires à l’aisselle des feuilles, penchés, globuleux, simulant une sorte d’épi le long des rameaux supérieurs ; fleurs nues et jaunâtres.

L’Aurone mâle a une odeur citronnée et camphrée, forte. On confond parfois avec elle, sous le même nom, deux plantes trèsanalogues par leur forme et leurs propriétés, Y Art. procera Willd. et Y Art. paniculata Lamk.

On appelle Aurone femelle ou Santoline (Santolina Chaînai cyparissus L.) une plante du midi de la France, dont l’odeur est très-pénétrante et la saveur amère , très-aromatique. Elle jouit des mêmes propriétés que les Absinthes et que la Tanaisie. On l’emploie parfois pour préserver les étoffes de l’attaque des Insectes, d’où son nom de Garde-Robe.

Semen contra. On désigne sous ce nom , dans le commerce , les capitules de plusieurs Artemisia exotiques : Y Art. Vahliana Kostl., qui fournit le Semen contra d’Alep ou d’Alexandrie; Y Art. Sieberi Bess. (Art. glomerata Sieb.) , qui produit le Semen contra de Barbarie; Y Art. parviflora Stechm. (Art. alba Dallas), qui donne le Semen contra de Russie ; enfin Y Art. Lercheana Stechm. (Art. inculta Del.), qui fournit le Semen contra de l’Inde.

Le Semen contra d’Alep ou du Levant est fourni , selon Guibourt, par Y Art. contra L. (fig. 736). Il paraît être originaire de la Perse et du Thibet. A l’état récent, il est verdâtre ; il devient rougeâtre en vieillissant. 11 est composé d’environ un tiers de capitules, gros comme le quart d’un grain d’Avoine, ovoïdes-allongés,

SYNANTHÉRÉES.

striés, obtus à leurs extrémités, composés (t’écailles scarieuses, imbriquées, tuberculeuses à leur surface , jaune verdâtre , et d’un petit nombre de fleurs toutes hermaphrodites ; d’un tiers de petites sommités rabougries, couvertes de capitules à peine formés et globuleux ; enfin de corps étrangers divers : pédoncules glabres et débris végétaux.

Ce Semen contra possède une odeur trèsforte et très-aromatique , une saveur amère un peu âcre.

Le Semen contra de Barbarie, fourni par Y Art. glomerata Sieb. (fig. 737), se compose de pédoncules hachés et de capitules toujours réunis plusieurs ensemble à l’extrémité des rameaux ; ces capitules sont à peine développés, jamais isolés, recouverts d’un duvet blanchâtre ou grisâtre.

Il est plus petit , plus léger que le précédent et moins estimé.

Le Semen contra peut, au besoin, être remplacé dans la pratique par les capitules Fig. 736. — Artemisia contra , de Y Art. gallica , usités en Provence , sous d’après Guibourt. le nom de Sanguenié ou de Sanguenita , et par ceux de l’Aurone des Champs (Art. campestris L.), ou de la Grande Absinthe, qui servent parfois à le falsifier. L’amertume qui se développe dans la bouche, lorsqu’on agite simplement le Semen contra mêlé de capitules d’Absinthe suffit à faire reconnaître la présence de ces derniers. Le Semen contra pur ne développe pas d’amertume, quand on l’agite.

Le* Semen contra renferme une huile volatile , une résine amère , dure , et surtout un principe particulier que Alms a nommé Santonine.

La Santonine ou Acide santonique (C30 H18 O6) cristallise en prismes hexagonaux aplatis , allongés , brillants ou en houppes entrelacées, qui jaunissent à la lumière; elle est presque insipide, très-soluble dans Flg*737 .—Artemisia glomerata. l’alcool bouillant, assez soluble dans l’alcool froid, dans l’éther et dans le chloroforme , très-peu soluble dans l’eau ; elle fond à

610 GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRISPERMÉES.

170° et se volatilise en répandant une odeur aromatique ; l’acide sulfurique la colore en jaune et forme avec elle une solution rouge.

Son soluté est amer ; elle se combine aux bases et forme des santonates. Quand on la chauffe avec une base alcaline, de l’eau et de l’alcool, la liqueur devient rouge, et , lorsqu’elle se refroidit, le sel formé cristallise en aiguilles soyeuses, d’abord rouges, puis blanches.

C’est un vermifuge énergique , que l’on prescrit à la dose de 2 à 5 centigr. aux enfants et de 10 à 15 centigr. aux adultes, sous forme de pilules, de poudre et de pastilles , dragées ou biscuits. Elle détermine une légère diurèse, et colore l’urine en pourpre lorsque celle-ci est alcaline, et en orange ou safrané lorsqu’elle est acide; en meme temps, les objets semblent colorés en vert, en bleu ou en jaune-paille. Elle détermine parfois des accidents assez graves, lorsqu’on la donne d’emblée à doses un peu fortes ; ceux que Spengler a décrits, comme le résultat d’un empoisonnement par la Santonine, ressemblent assez à ceux que produit la présence d’un grand nombre de Vers intestinaux.

La Santonine a été falsifiée avec l’acide borique et avec la gomme arabique pulvérisée. Cette dernière falsification est facile à reconnaître.

Pour la première , Ruspini indique les caractères suivants :

Santonine pure. On la fait fondre à une légère chaleur sur un peu de papier blanc ; si elle est pure , elle doit bientôt se liquéfier, sans crépitation, en laissant le papier un peu gras, et, en se refroidissant, elle cristallise en masses d’une couleur jaune.

Santonine et Acide borique. Fondue également à une légère chaleur sur du papier, elle se gonflera en crépitant légèrement, comme font les sels qui perdent leur eau de cristallisation ; le papier restera également enduit par la Santonine, tandis que l’acide privé de son eau se séparera sous forme de poudre blanche.

En essayant la Santonine au chalumeau, si elle renferme de l’acide borique, elle colorera en vert la flamme de l’alcool.

On a observé plusieurs cas d’empoisonnements rapidement mortels par l’administration de Santonine mêlée de strychnine. Aussi convient-il de ne négliger aucun moyen de s’assurer de la pureté de cette substance.

Le Semen contra est administré sous forme de poudre , d’infusé , de biscuits, de dragées etc. On le dit fébrifuge : la Santonine paraît avoir aussi cette propriété.

Pyréthre ( Anacyclus Pyrethrum Schrad. , Anthémis Pyrethrum L.). Cette plante croît en Turquie, en Asie et surtout en Afrique ; elle ressemble beaucoup à la Camomille romaine, dont elle diffère

SYNANTHEREES.

par ses capitules pourvus d’un seul rang de fleurs largement ligulées et étalées, blanches en dessus, pourpres en dessous,

Sa racine sèche nous est apportée de Tunis; elle est grosse comme le doigt, longue de 10 à 15 centim. , grise au dehors, blanchâtre au dedans , de saveur brûlante , âcre , un peu acide , d’odeur forte , irritante et désagréable quand on la respire en masse et encore récente.

Son âcreté est attribuée à une huile fixe ou à une résine molle , âcre , la Pyrétrine ou Pyréthrin , qui prédomine dans l’écorce et dans les racines vermoulues. Elle renferme, en outre, 25 % d’une huile volatile, de l’inuline, du tannin etc. Selon M. Kœne , le principe âcre se compose d’une résine brune très-âcre, d’une huile brune âcre et d’une huile jaune âcre également ; ce principe est soluble dans l’alcool et dans l’élher.

L*a racine de Pyrèthre est un irritant énergique , que l’on n’emploie guère aujourd’hui que pour provoquer l’écoulement de la salive et combattre les maux de dents. On la prescrit en substance comme masticatoire. On en prépare un alcoolat, une teinture alcoolique , une teinture éthérée , un vinaigre , employés surtout comme dentifrices ou odontalgiques.

Hayn a décrit, sous le nom à’ Anacyclus officinarum,\me plante voisine de la précédente, et dont la racine est appelée Pyrèthre d’Allemagne.

Matricaire officinale

( Pyrethrum P arthenium Smith , Matricaria P arthenium L. , fig. 738). Tiges hautes de 6 à 10 décim. , cannelées, rameuses ; feuilles pétiolées, un peu velues, pinnatiséquées, à segments pinnatifides , dentés ; capitules terminaux en corymbe lâche ; réceptacle nu et

Fig. 738. — Matricaire , d’après Guibourt.

GAMOPÉTALES PÊRIGYNES APÉRISPERMÉES.

convexe ; involucre hémisphérique , à écailles imbriquées ; fleurs extérieures blanches et femelles , disposées sur une seule série ; fleurs du disque jaunes, hermaphrodites, fertiles, à style dont les branches ne sont pas appendiculées ; akènes anguleux non aigrettés.

La Matricaire a une odeur forte et désagréable, une saveur amère et chaude. Elle est employée, comme stimulant, contre la leucorrhée et l’aménorrhée. Elle renferme une huile volatile jau-

nâtre, d’une odeur très-forte.

La Poudre de Pyrèthre ou Poudre insecticide, que l’on emploie beaucoup aujourd’hui pour la destruction des Punaises, est fournie par les feuilles et les racines des Pyrethrum caucasi c wm, P. roseum , P. càrneum.

Camomille commune (. Matricaria Chamomilla L., fig. 739). Plante haute de 2 à 4 décim. , verte, glabre, à tiges rameuses, diffuses ou dressées ; feuilles bi-pinnatiséquées , à segments linéaires, écartés et étalés , planes sur le dos ; capitules hétérochromes, terminaux , à pédoncules nus ; écailles de l’involucre scarieuses ; ligules ordinairement défléchies, blanches, beaucoup plus longues que l’involucre ; «akènes jaunâtres à cinq côtes sur la face interne, à dos lisse sans côtes et sans rides ; réceptacle conoïde creux. » (Kirschleger.)

La Camomille commune peut être confondue avec le Matricaria inodora L., dont « les feuilles sont canaliculées sur le dos, les capitules plus gros, avec des ligules étalées, les akènes brun noirâtre , à trois côtes blanchâtres , très -s aillantes sur la face interne, rugueux sur le dos , marqués au sommet de deux glandes d’abord jaunes , puis noires. » (Kirschleger.) En outre, la Camomille commune est trèsaromatique, tandis que la Camomille inodore est sans odeur, comme son nom l’indique. Les Anthémis Cotula et Anth. arvensis s’en distinguent par leur réceptacle paléacé.

Les Fleurs de la Camomille commune ont une odeur agréable , lorsqu’elles sont peu amère ; elles sont très-employées en Allemagne, comme toniques et antispasmodiques. On en extrait

Fig. 739. — Camomille commune, d’après Guibourt.

sèches, et une saveur

SYNANTHÊRÉES. 613

par distillation une huile volatile bleu foncé, qui, rectifiée, esjt fluide, d’un bleu-indigo, transparente et d’une odeur agréable.

Millefeuille ou Herbe aux charpentiers ( Achillea Millefo- Uum LA Plante à stolons traçants, desquels s’élèvent des surcules stériles et gazonnants ; tiges raides, hautes de 3 à 8 décim. , velues ou tomenteuses , ramifiées au sommet ; feuilles bi-pinnatiséquées , à rachis non ailé, capitules en corymbe serré et nivelé ; involucre ovoïde à bractées imbriquées , oblongues , un peu scarieuses ; réceptacle à paillettes lancéolées et carénées ; fleurs blanches ou purpurines, à ligules rares , courtes , obovées ; akènes glabres, oblongs, comprimés, tronqués au sommet.

La Millefeuille est amère , aromatique et astringente ; elle renferme une huile essentielle, bleue ou verte, du tannin, une matière amère etc. Ses sommités pilées sont surtout employées, comme topiques, sur les plaies et sur les coupures.

La décoction concentrée de cette plante est réputée fébrifuge. En Italie. M. Zanoni en a retiré, en 1843, une matière amère, extractiforme , qu’il a nommée Achillêine. Cette substance est jaune brunâtre, amère, non désagréable, odorante, soluble dans l’eau et dans l’alcool bouillant, insoluble dans l’éther; MM. Zanoni et Puppi l’ont donnée, avec quelque succès, contre la fièvre intermittente, à la dose de 25 centigr. à 4 grammes.

L’Eupatoire de Mésué ( Ach . Agératum L.), actuellement inusitée, était jadis employée comme vermifuge.

La Millefeuille noire {Ach. atrata) est usitée dans les Alpes contre la pneumonie, la diarrhée etc.

La Millefeuille noble (Ach. nobilis L.) est réputée fébrifuge.

Enfin le Génipi bâtard (Ach. nana L.) jouit d’un certain renom dans les Alpes.

Ptarmique ou Herbe à éternuer {Ach. Ptarmica L. , Ptar mica vulgaris DC.). Plante haute de 6 à 12 décim., à feuilles lancéolées-linéaires , finement dentées ; capitules globuleux, en co- N rymbe lâche et peu fourni ; écailles de l’involucre à marge scarieuse et noirâtre; demi-fleurons étalés, blancs, 3-dentés, plus grands que l’involucre.

La Ptarmique est peu odorante ; ses feuilles ont une saveur piquante et leur poudre sert comme sternutatoire , d’où l’un des noms de la plante.

Camomille romaine {Anthémis nobilis L., fig. 740). Plante vivace, touffue, à tiges ascendantes, velues, rameuses, d’un vert blanchâtre; feuilles pinnatiséquées , à segments laciniés , un peu velus ; rameaux florifères nus au sommet ; capitules terminaux ; fleurs extérieures blanches, ligulées, femelles; fleurs du disque

CAUVET. II. 35

614 GAMOPÉTLES PÉRlGYiNES A PÉK1SPERMÉES .

hermaphrodites; involucre à folioles peu nombreuses, imbriquées ; réceptacle conique, à paillettes concaves, lancéolées, obtuses, scarieuses sur les bords ; corolles cylindriques, élargies inférieurement

en une sorte de coiffe , qui enveloppe le sommet de l’ovaire ; akènes nus , obscurément tétragones.

La Camomille romaine est amère et odorante ; ses fleurs tubuleuses deviennent ligulées (i fleurs doubles) par la culture, et sont alors plus estimées dans le commerce.

Les Fleurs ( capitules ) de Camomille ont une odeur balsamique, pénétrante, agréable, et une saveur amère ; on les emploie comme stomachiques, carmin atives et antispasmodiques. Elles sont aussi réputées fébrifuges. On les administre sous forme d’infusion , de poudre , d’extrait, de sirop , d’huile ( huile de Camomille). Leur huile essentielle, qui est verte et non bleue , comme on le dit parfois , est prescrite à la dose de quelques gouttes. L’infusé, pris en grande quantité , est usité comme émétique en Suède et en Angleterre.

On trouve, dans le commerce, une Camomille à fleurs doubles , dite de Paris , et une Camomille à fleurs simples , dite du Nord ; la première est plus estimée , comme nous l’avons dit.

La Maroute ( Anth . Cotula L., Maruta Cotula DC.) ressemble beaucoup à la Camomille romaine; elle en diffère par son odeur désagréable, ses fleurs extérieures stériles. Cette plante est glabre; ses corolles sont comprimées , bi-ailées ; ses akènes tuberculeux et dépourvus d’aigrettes. Elle est usitée comme antihystérique.

Le Madi du Chili ( Madia sativa et Madia mellosa Molina) fournit de ses semences une huile qui, selon Molina et le P. Feuillée, serait préférable à l’huile d’olives ; cette huile est siccative , de couleur jaune foncé , rancit facilement et ne peut guère servir

Fig. 740. — Camomille, romaine.

SYNANTHÉRÉES.

qu’à l’éclairage ou à la fabrication du savon. Elle se distingue de l’huile d’olives en ce qu’elle se dissout dans 6 p. d’alcool bouillant et dans 30 p. d’alcool froid.

Le Guizotia oleifera DG., que l’on connaît dans l’Inde sous le nom de Ram-till et de Werinnua, fournit aussi une huile usitée dans l’éclairage.

Cresson de Para ( Spilanthes oleracea L. , Pyrethrùm Spilanthes Medic.). Plante annuelle originaire du Brésil ; tiges hautes d’environ 30 centim. , cylindriques , tendres , rameuses , diffuses ; feuilles opposées, épaisses, pétiolées, un peu dentées, cordiformes ; capitules terminaux , longuement pédicellés , coniques ,- à réceptacle paléacé et à involucre bisérié ; fleurs toutes hermaphrodites et tubuleuses, jaunes, rarement brunes sur le disque ; akènes comprimés, ciliés sur le bord, surmontés de deux arêtes nues.

Le Cresson de Para est doué d’une grande âcreté ; ses capitules surtout ont une saveur brûlante et excitent beaucoup la salivation. On en prépare un alcoolat, une alcoolature, une teinture alcoolique, et il fait la base du Paraguay roux ; ces diverses préparations sont des odontalgiques puissants.

Les Spilanthes Acmella L. , Sp. alba L’Hérit. , Sp. urens Jacq. etc. jouissent des mêmes propriétés.

Grand-Soleil (. Helianthus annuus L.). Les capitules très-voluinineux de cette plante annuelle contiennent une énorme quantité d’akènes assez volumineux, faciles à récolter, et dont on peut extraire par expression une huile propre à l’éclairage et à la fabrication des savons.

Topinambour ( Hèl . tuberosus L.). Plante vivace à rhizome traçant, duquel naissent un grand nombre de bourgeons souterrains tubéreux, pédiculês , gros comme une poire ou plus, couverts d’un épiderme rouge et vert, et marqués de franges circulaires (feuilles réduites à leurs gaines); tiges hautes de 1 à 3 mètres, raides, rudes ; feuilles alternes, opposées ou même ternées en apparence, pétiolées, ovales; dentées, rudes, triplinerves et à pétiole ailé ; capitules solitaires , plus petits que ceux de l’espèce précédente , non penchés et à fleurs jaunes.

Le Topinambour est cultivé pour ses tubercules sucrés, qui forment une 'bonne nourriture pour les Vaches , les Chevaux et les Porcs, quoiqu’ils ne renferment pas de fécule. Selon Braconnot, 100 p. de tubercules contiennent : eau 77,05 ; sucre incristallisable 14,8 ; inuline 3 ; gomme 1,22 ; albumine 0,99 ; etc.

Les racines de la Rhubarbe de la Louisiane {Silphium tere benthinaceum L.) sont substituées parfois, en Amérique, à celle de la vraie Rhubarbe , dont on leur accorde les propriétés.

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRISPERMÉES.

Astéroïdées.

Capitules généralement radiés ; style des fleurs hermaphrodites cylindrique supérieurement, divisé en deux branches un peu aplaties en dehors et pubérulées ; bandes stigmatiques saillantes, s’étendant jusqu’à l’origine des poils externes ; feuilles alternes ou opposées. (Aster Nees., Buphthalmum Neck., Pulicaria Gærtn. , Initia Gærtn., Conyza Less . , Solidago L. , Bellis L. , Eriger on DC. etc.).

Le Buphthalmum salicifolium L. est regardé comme un léger narcotique, utile contre la rage et le venin de la Vipère. Selon Pallas, ses feuilles sont substituées au thé, en Perse.

Aunée officinale (Inula Helenium L.) Plante vivace, haute de 10 à 16 décim., droite, velue; feuilles inférieures ou radicales longues de 3 à 4 décim., ovales-lancéolées ; feuilles caulinaires amplexicaules , ovales en cœur, fermes et chargées d’un duvet blanc cotonneux ; capitules solitaires, terminaux , très-grands, à réceptacle plan et nu ; involucre à bractées imbriquées : les extérieures larges, surmontées d’un appendice foliacé, les intérieures linéaires et obtuses; akènes glabres, tétragones, pourvus d’une aigrette de poils unisériés , libres ; fleurs extérieures femelles ; fleurs du disque hermaphrodites; loges anthériques prolongées à la base en un appendice filiforme , simple ou rameux.

La Racine d’Aunée , seule partie de la plante qui soit usitée , est longue, grosse, charnue, roussâtre au dehors, blanchâtre en dedans, d’une odeur forte, d’une saveur aromatique âcre et amère; elle conserve ces propriétés par une bonne dessiccation. Dans le commerce, elle est coupée en long ou en travers.

Elle contient : une résine molle âcre ; une huile volatile liquide ; un stéaroptène ( Hêlènine , Hélénol ou Camphre d’Aunée)] une matière particulière (Inuline , Alantine , Batiscine ou Bahline ), qui ne forme pas gelée avec l’eau, très-soluble dans l’eau bouillante, d’où elle se précipite, par l’évaporation, en une masse amorphe , gélatineuse ; environ 37 °/0 d’extractif amer ; etc.

L’Inuline (G12 H10 O10) est formée de granules analogues à ceux de l’amidon ; elle est insoluble dans l’eau froide et dans l’alcool ; l’iode ne la bleuit pas et lui communique une teinte brune fugitive; en présence de l’ammoniaque, elle réduit à chaud les sels de cuivre et d’argent ; le sous-acétate de plomb ne la précipite pas ; enfin elle est convertie en lévulose par une longue ébullition avec l’eau , ou par l’action des acides étendus.

L’ Aunée doit ses propriétés toniques et excitantes à l’Hélénine et à la résine molle ; on la prescrit dans l’atonie des organes digestifs,

SYNANTHÉRÉES.

dans les catarrhes sans fièvre, dans les catarrhes chroniques de la vessie et des voies urinaires ; elle agit comme diurétique et diaphonique ; on l'emploie à l’extérieur, en décoction concentrée , contre la galle. Elle apaise, dit-on, presque instantanément les démangeaisons dartreuses. On la prescrit sous forme de poudre, de vin, de teinture , d’extrait et de conserve.

L’Aunée antidysentérique ou Herbe de Saint-Roch ( Inula dysenterica L., Pulicaria dysenterica Gærtn.), jadis employée comme astringent , est inusitée.

La Conyze squareuse ( Conyza squarrosa L. , Inula Conyza DG.) passait autrefois pour emménagogue et vulnéraire.

Cette tribu renferme encore quelques plantes actuellement tombées dans l’oubli, et auxquelles on attribuait certaines propriétés. Telles sont la Verge d’or ( Solidago Virga aurea L.), la Pâquerette ( Bellis perennis L.) , YErigeron acris L. etc.

Eupatoriacées.

Capitules généralement radiée ; style des fleurs hermaphrodites cylindrique supérieurement, à branches longues, presque en massue, papilleuses extérieurement ; bandes stigmatiques étroites, peu saillantes , s’arrêtant ordinairement au-dessous de la partie moyenne des branches ; feuilles opposées ou alternes ( Tussilage t Tourn. , Eupatorium Tourn. , Mikania Willd. etc.).

Tussilage ou Pas-dAne ( Tussilago Farfara L.). Rhizome à jets traçants, duquel partent, avant l’apparition des feuilles, des hampes cotonneuses, écailleuses et monocéphales ; feuilles pétiolées, orbiculaires-cordiformes , anguleuses, sinuées, blanches et cotonneuses en dessous, vertes en dessus; capitules hétérogames, à fleurs jaunes : les centrales hermaphrodites, stériles ; les extérieures plurisériées , femelles et fertiles ; réceptacle nu; akènes oblongscylindriques , glabres, aigrettés.

Les Capitules de Tussilage possèdent une odeur forte , agréable et une saveur douce aromatique ; on les emploie comme béchiques, contre la toux, d’où le nom de Tussilage (tussis, toux ; agere, pousser).

On a employé la racine de l’Herbe aux teigneux ( Tuss . Pet asites L.), qui a une odeur forte, désagréable, une saveur âcre et amère.

Eupatoire d’Avicenne ou Eupatoire chanvrin (Eupatorium cannabinum L.). Plante haute de 10 à 15 décim., à tiges raides, rameuses, plus ou moins velues; feuilles opposées, à 3-5 folioles serretées, ovales-lancéolées ; capitules terminaux, pauciflores, en corymbes un peu serrés ; involucre cylindrique , glabre , à 10

GAMOPÉTALES PÉRIGYNES APÉRISPERMËES.

écailles; fleurs d’un pourpre pâle, à style saillant, profondément bifurqué , barbu à la base ; akènes obconiques surmontés d’une aigrette simple, à poils dentelés, incisés.

La racine d’Eupatoire paraît être assez fortement purgative ; ses feuilles, amères et aromatiques, passent pour détersives et apéritives.

Les feuilles de l’Aya-pana ( Eupatorium Aya-pana Vent.) ont des propriétés à peu près analogues à celles du thé. Elles sont longues de 6 à 8 centim. , lancéolées, entières, 3-nerviées, vert jaunâtre ; leur saveur est astringente , amère et parfumée ; leur odeur se rapproche de celle de la Fève tonka.

Ces feuilles , d’abord trop vantées , sont tombées dans un oubli sans doute immérité.

L’Herbe à, la fièvre ou Herbe parfaite (Eup . perfoliatum L.) est très-réputée, aux États-Unis, comme tonique, sudorifique, diurétique et purgative, selon les doses.

U Eup. teucriifolium Willd. parait avoir les mêmes propriétés.

Le Gravel-root ou Herbe à la gravelle {Eup. purpureum L.) est très-vanté contre la gravelle et les catarrhes chroniques de la vessie. Les feuilles de Y Eup. Dalea L., de la Jamaïque, exhalent une odeur de vanille très-suave. Celles de Y Eup. aromatisans DC., de Cuba, servent à aromatiser les cigares de la Havane.

Guaco ( Mikania Guaco H. B. , Eup. saturejœ folium L.). Plante grimpante, longue, rameuse, à branches rondes et poilues ; feuilles pétiolées ovales, subacuminées, hérissées en dessous, dentées, longues de 15 à 25 centim. ; involucre formé de 4 folioles épaisses , aiguës , hérissées en dehors ; fleurs au nombre de 4 seulement dans chaque capitule , hermaphrodites, à style et à stigmates très-longs ; akènes pentagones , glabres , surmontées d’une aigrette simple ; réceptacle nu.

Les Feuilles de Guaco fraîches ont une odeur forte, très-désagréable ; sèches , elles sont inodores , mais très-amères ; quand on les a pulvérisées, elles ont une légère odeur de semen contra.

Les Indiens s’inoculent le suc de ces feuilles et en boivent deux cuillerées , pour se prémunir contre les morsures des Serpents venimeux. Afin de proroger les vertus de la plante, ils prennent de ce suc cinq ou six fois par mois, et portent, en outre, habituellement sur eux une ou deux de ces feuilles, dont l’odeur seule suffit, dit-on, pour produire un effet stupéfiant sur les Serpents.

En 1831, M. Chabert, médecin en chef de l’armée mexicaine, fit connaître l’action prompte et presque miraculeuse du Guaco contre la morsure des Serpents, et proposa d’administrer cette substance contre la fièvre jaune, contre le choléra et contre la rage.

SYNANTHÉUÉES. (319

Les expériences faites en France, avec le Guaco, n’ont pas été assez nombreuses pour fixer sur la valeur thérapeutique de ce médicament. Toutefois les médecins américains se louent tellement de son administration qu’on ne saurait trop recommander de l’essayer à nouveau.

On prescrit le Guaco sous forme d’infusion et de teinture,

Vernoniacées.

Capitules généralement flosculeux ; style des fleurs hermaphrodites cylindrique, à branches longues, hispides ; bandes stigmatiques saillantes, étroites, s’arrêtant au-dessous de la partie moyenne des branches; feuilles alternes ou opposées ( Vernonia Schreb. etc.).

Semences de Galagéri. On désigne, sous ce nom, les akènes du Vernonia anthelminthica Willd. Ges akènes sont longs de 5 millim., étroits , amincis et coniques inférieurement , élargis par le haut en une sorte de disque blanchâtre, reste de l’aigrette simple qui les surmontait; leur surface est sillonnée , brune , légèrement velue. Les semences de Galagéri sont amères et inodores ; on les a préconisées comme anthelminthiques.

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