CONIFÈRES
Cette classe fournit un grand nombre de produits à la médecine. Elle se compose de végétaux ligneux, les uns très - humbles , quelquefois même réduits, pendant toute leur vie, à leurs seules feuilles cotylédonnaires (Wclwitschia Hook.), d’autres atteignant les plus grandes dimensions (Séquoia Endl.), et pouvant s’élever jusqu’à 100 mètres de hauteur. La majorité des Conifères se compose d’arbres élancés, de moyenne grandeur au moins.
Le tronc des Conifères est dépourvu de vaisseaux , sauf quelques trachées, qui en occupènt l’étui médullaire ; le bois se compose de fibres ponctuées , à ponctuations disposées sur deux séries
(*) m) Moelle. — h) Bois. —* ec) Écorce. — /) Bases de feuilles détruites.
APETALES DI CLIN ES GYMNOSPERMES.
rectilignes, occupant les deux côtés opposés de la fibre. Ges ponctuations sont dues à la présence d’un canal creusé dans l’épaisseur de la paroi , et qui se rend à un vide semi-lenticulaire situé vers la face extérieure de la fibre. Les vides semi - lenticulaires de deux fibres contiguës sont exactement juxtaposés ; ils résultent d’un épaississement en forme de bourrelet circulaire, qui se produit à la face interne de la paroi, dans le point où doit se montrer la perforation. Ce bourrelet grandit peu à peu, ses bords convergent l’un vers l’autre, sans toutefois arriver au contact, et circonscrivent , entre les parois propres du bourrelet et la paroi persistante de la fibre , un espace semi-lenticulaire ouvert du côté de la cavité cellulaire. Gomme la meme production s’effectue sur la paroi voisine de la fibre juxtaposée , on comprend que les deux vides semi-lenticulaires soient séparés d’abord par une double cloison formée par la paroi primitive de chaque fibre , non épaissie en ce point ; cette cloison se résorbe bientôt, et les deux cavités cellulaires communiquent. Les ponctuations aréolées des Gonifères correspondent donc à une perforation de la paroi.
Le calibre interne des fibres d’une meme couche est d’autant plus étroit que la fibre est plus extérieure, et* d’autant plus large qu’elle est plus intérieure.
On admet assez généralement que les feuilles sont de deux sortes: les unes minces, très-courtes et membraneuses; les autres tantôt aciculaires(fig. 462) et plus ou moins longues, tantôt élargies, elliptiques, ovales (Dammara, Podocarpus ) ou meme réniformes et comme
Fig. 463. — Extrémité d'une Ir anche fleune du Pinus Laricio , d’après P. Duchartrc.
bilobées ( Gingko ). Dans tous les cas, ces dernières naissent toujours à l’aisselle des premières , qui enveloppent leur base; elles sont presque terminales, par rapport aux rameaux très-courts qui les portent;
CONIFÈRES. To
jamais elles ne présentent de dents, ni de nervures anastomosées, et certains botanistes les regardent comme des feuilles réduites à leurs pétioles. Ne pourrait-on pas y voir quelque chose d’analogue aux cladodes des Asparagus ? Ces feuilles sont tantôt isolées, tantôt réunies plusieurs ensemble ou fasciculëes; il est fort rare qu’elles portent des bourgeons à leur aisselle ; celles qui en sont pourvues sont opposées ou verticillées ,. aussi les rameaux présentent-ils cette disposition.
Les fleurs sont unisexuées , monoïques ou dioïques , et dépourvues d’un périantlie proprement dit.
Les mâles consistent en chatons cylindriques, dont chaque écaille peut être considérée comme une étamine à une, deux ou un plus grand nombre de loges. Le pollen des Conifères est jaune, trèsabondant et généralement formé de trois portions : une centrale transparente* et incolore ; deux latérales , symétriques, ovoïdes, opaques, jaunes, réticulées à leur surface.
Les fleurs femelles sont disposées en épis , que la fructification transforme en un fruit agrégé , appelé Cerne , Strobile ou Galbitle. La nature des parties qui composent les fleurs femelles est encore à présent un sujet de discussion entre les organogénistes , aussi nous contenterons-nous d’exposer les faits observés.
A la face interne ou supérieure d’écailles , d’abord herbacées , puis ligneuses ou quelquefois charnues, on remarque un, deux ou plusieurs corps ovoïdes, amincis en un col vers une de leurs extrémités, qui est ouverte. Ces corps sont tantôt droits, tantôt renversés. Pour quelques botanistes , ce sont des ovaires formés de deux carpelles et dont l’ouverture serait un stigmate ; pour d’autres , cette ouverture est un micropyle, et le corps qui la présente est un ovule muni d’un ou de deux téguments. Dans cette dernière supposition , l’écaille protectrice serait un carpelle ouvert et étalé. Selon la première, l’écaille serait formée de deux parties soudées: une extétérieure dénaturé foliaire, une intérieure de nature axile et qui porterait une ou plusieurs fleurs, à l’aisselle de bractées rarement visibles et développées. Les remarques de M. A. Gris, relativement à la fleur femelle des Conifères et des Cycadées, nous semblent constituer un argument en faveur de l’opinion qui regarde les corps reproducteurs des Conifères comme des ovules nus.
Le développement des diverses parties de la graine, avant, pendant et après la fécondation, a donné lieu à des recherches intéressantes. Quand elle est arrivée à son complet développement, la graine renferme un embryon, qui occupe l’axe d’un périsperme huileux, avec lequel sa radicule est soudée ; les deux cotylédons, simples d’abord , se divisent ensuite en un certain nombre de segments, de manière à constituer un embryon en apparence polycotylédoné.
Cauvet. xi. o
74 APÉTALES DICL1NES GYMNOSPERMES.
M. Carrière a proposé de diviser les Conifères en six sous-ordres ou familles : les Cupressinées , les Abiétinées , les Araucariées , les Podocarpêes , les Taxinées elles Gnétacêes. M. Duchartre les divise en quatre familles : Abiétinées, Taxinées , Cupressinées et Gnétacées. Les trois premières seules fournissent des produits réellement utiles en médecine.
TAXINÉES.
Arbres ou arbrisseaux à feuilles alternes ; fleurs dioïques : les mâles en cliatons raccourcis, à anthères bi-quadri-multiloculaires ;
les femelles nues, solitaires , rarement agrégées en épi : elles consistent en un seul ovule dressé , entouré à sa base d’un disque cupuliforme accrescent , qui devient charnu et donne au fruit l’apparence d’une drupe. C: Taxus T ourn^PodocarpushAlèrit. , Salisburia Smith ( Gingko Kæmpf.) etc.
îf ( Taxus baccata L. , fig. 463) : Arbre de T 2 à 14 mètres de haut, trèsrameux ; feuilles linéaires, planes, aiguës, à peu près distiques ; fleurs dioïques; chatons mâles fort petits , sphériques, solitaires, sessiles à l’aisselle des feuilles supérieures, et formés de 6 à 44 écailles discoïdes, jaunâtres, qui sont autant d’anthères pluriloculaires ; fleurs femelles solitaires, plus petites et plus allongées que les fleurs mâles, garnies Fig. 463. — if , d’après Guibourt (*). inferieurement d écaillés
(*) A) Rameau d’If , portant des fruits. — IJ) Chaton mâle. — C , C’) Fleur femelle entière et coupée longitudinalement. — D) Fruit entouré par sa cupule et coupé longitudinalement. — D’) Fruit plus grossi et débarrassé de sa cupule.
CUPRESSINEES.
ro
imbriquées : la plus intérieure de ces écailles est monophylle, cupuliforrnc, s’accroît après la fécondation, et devient charnue. Cette sorte de baie est d’un beau rouge, visqueuse, de saveur sucrée agréable; elle peut être mangée sans inconvénient. L’écorce, la racine et les feuilles de l’If sont, au contraire, vénéneuses et l’on prétend même qu’il est dangereux de s’asseoir à l’ombre de cet arbre.
Arbres ou arbrisseaux à feuilles opposées (fig. 464) , verticillées.
CUPRESSINÉES.
ternées ou
rarement éparses, souvent squammiformes et imbriquées ; écailles du chaton femelle en général peu nombreuses, peltées , opposées ou verticillées autour d’un axe raccourci ; ovules dressés et en nombre indéterminé. G : Juniperus L., Callitris Vent., Cupressus Tourn., Thuia L. etc.
Cyprès ( Cupressus sempervirens L.) :
arbre élevé à rameaux dressés ; feuilles squammiformes , persistantes , imbriquées sur quatre rangs; fleurs monoïques : les mâles, en chatons assez semblables à ceux de l’If; les femelles, en cônes globuleux,
Eig. 464. — Hameau de Cyprès.
Eig. 465. — Fruit du Cyprès. — A. Entier. B) Une écaille isolée.
formés de 8 à 10 écailles peltées (fig. 465) , qui portent chacune inférieurement un certain nombre de fleurs femelles dressées. Les fruits sont presque sphériques, d’abord charnus, et appelés alors Noix de Cyprès ; on les emploie comme astringents.
g. Juniperus L.
Fleurs monoïques ou dioïques : les mâles en petits chatons ovoïdes, composés d’écailles, dont la face inférieure porte des anthères globuleuses, sessiles; les femelles réunies au nombre de trois, dans
APETALES 1)1 ELI NES GYMNOSPERMES,
une sorte d’involucre charnu, formé de trois écailles soudées. Après la fécondation, cet involucre devient succulent, globuleux et prend le nom de baie (faisons observer ici que c’est là un vrai cône , composé de trois fleurs et de trois écailles , que les écailles seules deviennent charnues , et que la prétendue baie est un fruit de même genre que celui du Morus alba).
Genévrier commun (Juniperus commuais L., fig. 406). Arbrisseau de 2 à 6 mètres de haut, à rameaux diffus; feuilles verti- ^ cillées-ternées, linéaires ,
très-aiguës et piquantes ; fleurs dioïques. Ses fruits, improprement nommés baies de Genièvre , sont charnus , d’un violet noirâtre et gros comme un pois; ils mettent deux ans à mûrir.
Les baies de Genièvre renferment de l’huile volatile, de la résine , du sucre etc.
Leur emploi communique aux urines une odeur de Violette; on les prescrit en infusion ou en fumigations.
On en prépare un extrait, une eau-de-vie, une essence. L’extrait doit être lisse , sucré , aromatique ; il constitue un excellent stomachique. L’eau*de-vie de Genièvre ( Gin ou Genièvre) est fort usitée en Belgique , en Hollande , en Angleterre , dans le nord de la France etc. On l’obtient en distillant de l’eau-de-vie de grains sur les baies du Genévrier, ou en mettant ces baies dans le moût en fermentation.
Selon Trommsdorf, l’huile volatile domine dans les baies non mûres ; à mesure que celles-ci mûrissent, elle se transforme partiellement
(*) A) Rameau femelle. — B) Rameau mâle. — C) Chaton mâle. D) Rieurs femelles entières et coupées longitudinalement. — E) Fruit entier et coupé en travers, pour montrer les graines.
Fig. 4GG. — Genévrier commun (*).
CUPRESS1NÉES.
nn résine. L'essence est incolore, peu soluble dans l’alcool, isomère avec l’essence de térébenthine ; elle ne donne pas de camphre solide, sous l’influence du gaz chlorhydrique. L’essence additionnée peu à peu d’iode ( essence iodée) ne réagit pas sur l’amidon , possède l’odeur des baies de Genièvre et ne détruit ni ne jaunit la peau ; mais on trouve de l’iode dans l’urine , dans la salive et dans le mucus nasal des malades qui en font usage (. Relier , cité par Borvault).
Le Cade ( Juniperus Oxycedrus L.), qui croît dans le midi de l’Europe, se distingue surtout du Genévrier commun par ses fruits rouges , deux ou trois fois plus gros 3 dont les osselets sont renflés à la base, comprimés supérieurement, tronqués au sommet et pourvus d’une petite pointe au milieu. Son bois , brillé dans un fourneau sans courant d’air, fournit un liquide noirâtre, fétide, nommé huile de Cade , et d’une saveur âcre, presque caustique.
L’huile de Cade a été beaucoup préconisée contre les maladies de la peau ; elle agit comme le goudron , mais avec plus d’énergie ; elle paraît efficace contre plusieurs manifestations de la scrofulose, particulièrement contre les ophthalmies chroniques.
Son emploi semble devoir être borné à l’usage externe. C’est un excellent parasiticide, mais qui a le défaut de sentir très-mauvais et de noircir la peau.
On lui substitue la matière huileuse , qui surnage le goudron, et plus souvent encore l’huile du goudron de houille.
La Sabine {Juniperus Sabina L. , fig. 467) est un arbrisseau dioïque , à feuilles ovales , petites, pointues, convexes sur le dos, imbriquées SUl quatre rangs, Fig. 407. — Sabine , d’après Guib’ourt (*).
(*) A) Sabine mâle. — B) Sabine femelle. — a) Chaton grossi. — b) Fruit coupé en Lasers, pour montrer qu’il renferme un seul osselet, par suite de l’avortement des deux antres.
APETALES PIC LIN ES GYMNOSPERMES.
les plus jeunes opposées, non épineuses; fruits pisiformes, charnus, d’un bleu noirâtre, portés sur des pédoncules recourbés.
Elle croît dans les lieux pierreux du midi de l’Europe. On en distingue deux formes ou variétés : mâle ou à feuilles de Cyprès , haute 3 à 4 mètres ; femelle ou à feuilles de Tamarisc , plus petite. Leurs feuilles sont d’un vert foncé ; elles ont une saveur âcre et amère , et une odeur fétide très-forte.
La Sabine est réputée emménagogue et meme abortive ; elle est très-énergique. On l’emploie en poudre à l’extérieur, comme escharotique, contre les végétations syphilitiques ; à l’intérieur, elle irrite fortement l’intestin , détermine de violentes coliques , des selles sanguinolentes, l’accélération du pouls etc. On ne doit s’en servir qu’avec une extrême réserve et à la dose de 1 à 3 décigr. au plus.
On prescrit surtout l’huile volatile (2 à 10 gouttes, dans une potion de 100 à 200 grammes).
Le Cèdre rouge (Junip. virginiana L.) paraît avoir les mêmes propriétés que la Sabine. On l’emploie aux mêmes usages aux États- Unis.
Le Callitris quadrivalvis Rich., arbre qui croît au Maroc, produit la résine Sandaraque. Cette résine est en larmes ovoïdes, d’un jaune pâle, fragiles, à cassure vitreuse, de saveur nulle et d’odeur faible. On la mélange au Mastic; cette fraude est décelée facilement.
La Sandaraque est en larmes plus allongées que celles du Mastic ; elle se réduit en. poudre sous la dent, se dissout à peine dans l’éther , et pas du tout dans l’essence de térébenthine , tandis que le Mastic se ramollit sous la dent et se dissout en entier dans l’éther et dans l’essence de térébenthine.
ABIÉTINÉES,
Arbres généralement élevés , à feuilles persistantes , aciculaires , alternes, éparses fasciculées ; chatons femelles à écailles nombreuses , disposées en spirale autour d’un axe commun, et portant chacune un, deux ou plusieurs ovules renversés (1 , 2 collatéraux, 3-5, 5-9); cônes plus ou moins ligneux; graines souvent ailées. G: Abies Tourn., Picect Link, Larix Tourn. , Cedrus Trew. , Pinus Tourn., Séquoia Endl., Bammara Rumph. etc.
La famille des Àbiétinées fournit un certain nombre de substances utiles, qu’il est bon d’étudier concurrement ; aussi donnerons-nous tout d’abord les caractères distinctifs des arbres les plus importants, au point de vue médical.
ABIÉTINÉES.
g. P inus Tourn.
Fleurs monoïques: les mâles en chatons écailleux et ovoïdes, réunis en grappes, dont les écailles constituent des étamines élargies, à deux loges; les femelles disposées en cônes (fig. 468), «à écailles imbriquées, portant à leur base interne deux ovules renversés , collatéraux : ces écailles deviennent ligneuses, épaisses, anguleuses et ombiliquées au sommet. Feuilles persistantes, subulées, réunies plusieurs ensemble dans une même gaine La graine est appliquée sur une sorte de bractée aliforme facilement séparable.
Pin de Russie, Pinasse etc.
(Pinus sylvestris L.). Arbre de 20 à 40 mètres , à feuilles longues de 3 à 5 centim. , géminées, glauques , roides , rudes ; cônes réunis par 2 ou 3 , ovoïdes , pointus , presque aussi longs que les feuilles ; écailles à massue pyramidale en losange, tronquée au sommet.
Ce Pin est commun sur les montagnes de l’Europe, surtout au Nord , où on l’exploite pour son bois et sa térébenthine.
Pin à pignons ( Pinus pinea L.). Arbre en tête arrondie, haut de 16 à 20 mètres ; feuilles géminées , subulées, étroites, longues de 8 à 15 centim. ; cônes très- • gros, ovoïdes -arrondis, formés d’écailles serrées ,# anguleuses et renflées au sommet; graines noirâtres, dures, osseuses, pourvues d’une amande blanche, huileuse, agréable à manger.
Pin de Bordeaux ( Pinus maritima Lamk.). Arbre de 20 à 40 mètres, à branches horizontales ; feuilles géminées, longues de 12 à 25 centim. , roides, étroites ; cônes oblongs, en toupie, roussâtres, luisants, longs de 13 à 16 centim. ; écailles à sommet renflé, terminé par. une sorte de pointe ou de crochet.
(*) Ce cône est fendu longitudinalement dans sa moitié supérieure, pour montrer les graines (g) à l’aiselle des écailles (sq, sq') : em ) embryon.
Fig. 468. — Cône de Pin , d’après P. Duchartre (*).
APÉTALES DICLINES GYMNOSPERMES.
Il est cultivé dans les Landes, entre Bayonne et Bordeaux ; on en retire la majeure partie des résines communes employées en France, et la Térébenthine dite de Bordeaux.
En 1854, M. Lecoy, inspecteur des eaux et forets, proposa contre les affections de la poitrine, et sous le nom de Sève du Pin maritime , le liquide qui découle des Pins soumis au procédé du docteur Boucherie, pour la conservation du bois. Ce liquide est lactescent, de saveur et d’odeur balsamiques et térébenthinées , non désagréables ; selon M. V. Guibert, il «.détermine, dans l’arrière-bouche et dans l’œsophage, une sensation de fraîcheur et meme de froid, analogue à celle que l’on ressent par l’ingestion des limonades minérales ; cette sensation persiste pendant près d’une demi-heure. »
A faible dose , la Sève du Pin maritime augmente l’appétit et facilite la digestion; à dose plus élevée, elle occasionne de la pesanteur à l’estomac. Elle a été préconisée contre la phthisie commençante, et, comme l’eau de goudron, a paru s’adresser principalement aux symptômes : douleur, toux, expectoration. Sous son influence, et dès le début, la toux et l’expectoration diminuent. M. Kérédan l’administre dans les cas où la toux est sèche , l’expiration prolongée , la respiration rude ; quand le malade présente une oppression caractéristique et surtout un crachement de sang. M. Kérédan dit qu’il n’est pas rare d’observer, en peu de jours, un amendement considérable des symptômes.
La sève des Conifères a été analysée par M. Hartig, qui l’obtint en décortiquait un arbre et raclant, avec un fragment de verre, la surface du bois mis à nu. Le liquide filtré donna de l’albumine , du sucre analogue au sucre de Canne , par sa composition et son pouvoir rotatoire, et des cristaux abondants d’un corps analogue à la salicine.
g. Abies Tourn.
Ce genre diffère du précédent, par ses feuilles solitaires, éparses ou distiques, par ses cônes à écailles lisses, minces, arrondies au sommet, non anguleuses, et par son fruit dont l’aile membraneuse est persistante.
Sapin argenté (Abies pectinata DG.). Arbre haut de 30 à 50 mètres, à feuilles linéaires, planes, coriaces, obtuses ou échancrées au sommet , éparses , mais paraissant distiques , d’un vert foncé en dessus, blanches en dessous, avec la nervure médiane verte; cônes cylindriques dressés , très-allongés, rougeâtres , à écailles terminées par une longue pointe sétacée.
Ce Sapin croît en France , sur les Alpes, les Cévennes, les Vosges, le Jura. On en retire une Térébenthine, dite de Strasbourg.
ABIÉTINÉES.
Il fournit à la pharmacie les Bourgeons de Sapin (fig. 470). Ceux-ci sont réunis au nombre de 5-6, dont un médian plus gros et terminal, coniques-arrondis, revêtus d’écailles rougeâtres agglutinées, et gorgés d’une résine, qui exsude à leur surface, sous forme de larmes. Ils ont une odeur et une saveur résineuses, légèrement aromatiques, et sont employés en infusion, comme excitants, balsamiques et diurétiques. En les faisant macérer dans de la bière, avec des feuilles de Gochléaria et des racines de Raifort, on obtient une bière anti-scorbutique, dite Sapinette. C’est avec une bière peu différente, que Cook préserva toujours ses équipages du scorbut. Les meilleurs bourgeons de Sapin viennent de Russie; ceux des Vosges sont moins aromatiques et plus facilement attaqués par les Insectes.
Epicéa ou Pesse ( Abies [ Picea Link.] excelsa DG.). Arbre d’environ 40 mètres de hauteur, à branches verticillées et à rameaux pendants de chaque côté des branches ; feuilles très-aiguës, éparses, subtêtragones , articulées sur un coussinet. Cônes pendants , ovoïdes-cylindriques , bruns , à écailles largement ovales, planes, un peu échancrées au sommet.
L’Epicéa est très-commun dans le Jura, les Alpes et les Pyrénées, moins commun dans les Vosges. Il produit une térébenthine épaisse et presque solide, appelée Poix de Bourgogne.
Baumier du Canada ( Abies balsamea Miller). Arbre du Canada et de la Sibérie, très-voisin du Sapin argenté, à feuilles distiques, ascendantes, vertes en dessus, avec deux lignes blanches en dessous; cônes dressés, violacés , ovoïdes, ellipsoïdes-arrondis. Il fournit une résine, connue sous le nom de Baume du Canada, à odeur suave et que l’on substitue trop souvent au Baume de la Mecque.
g. Larix Tourn.
Il ressemble au g. Abies , dont il diffère par ses feuilles caduques , d’abord réunies par touffes sur les jeunes rameaux , mais devenant solitaires et éparses par l’allongement de l’axe ; sur les rameaux anciens, elles sont et restent à peu près fasciculées ; cônes sessiles , à écailles persistantes ; écailles des fleurs femelles acuminées - cuspi dées au sommet.
Mélèze {Larix europœa D. C.). Arbre haut de 20 à 30 mètres, à branches horizontales , disposées par étages irréguliers ; feuilles linéaires, aiguës, assez molles, éparses sur les jeunes rameaux, fas-
Fig. 470. — - Bourgeons de Sapin.
APÉTALES DICLINES GYMNOSPERMES.
ciculées sur les autres, caduques en automne; cônes dressés, ovoïdesoblongs, obtus, longs de 3 centim. , à écailles assez lâches, minces, arrondies, avec une petite pointe à l’extrémité.
Le Mélèze fournit la Térébenthine de Yenise.
Pendant les jours chauds et secs de Tété, il découle des feuilles et des jeunes rameaux du Mélèze, une matière sucrée, blanche, laxative comme la manne des Frênes, et que l’on employait autrefois, sous le nom de Manne de Briançon.
Produits résineux des Conifères.
On retire des Conifères un certain nombre de produits résineux , que l’on obtient, soit directement, soit à l’aide d’opération spéciales. Les plus connus sont ceux que l’on désigne sous le nom de Térébenthines.
Les anciens appelaient seulement ainsi la résine du Térébinthe (Pistacia Terebinthus L.). Aujourd’hui, on applique le meme nom à tout produit végétal, coulant ou liquide, composé d’une résine et d’une huile volatile, sans acide benzoïque ou cinnamique. C’est ainsi que les baumes de Copahu, de la Mecque etc. sont rangés parmi les Térébenthines.
M. H. von Molli a publié, sur la répartition des matières résineuses dans les Conifères, une série d’articles, dont nous allons donner un résumé.
Dans l’écorce, les organes sécréteurs de la résine sont toujours des espaces intercellulaires, situés dans le parenchyme et environnés par une couche simple ou multiple de petites cellules étroitement unies , qui produisent la résine et la versent dans la cavité qu’elles entourent. Ces cavités sont de trois sortes : 1° des canaux résinifères , verticaux , rectilignes (un peu sinueux dans les tiges plus Agées), s’abouchant les uns dans les autres, situés en dehors du liber, dans la couche herbacée, souvent visibles à l’œil nu et disposés en un ou plusieurs cercles concentriques; 2° des cavités isolées , globuleuses ou lenticulaires, closes, situées aussi dans la couche herbacée, et entremêlées aux canaux résinifères ou les remplaçant; elles se forment plus tard que les canaux et manquent dans certaines espèces; 3° des canaux horizontaux , à direction radiale, ne communiquant pas entre eux, situés dans la zone libérienne , devant une partie des rayons médullaires corticaux, et plus larges que les grands rayons médullaires du bois, dont ils forment la continuation; ils manquent dans les Abies sibirica , pectinata etc., qui sont dépourvus de canaux résineux, dans leurs rayons médullaires ligneux. Les canaux de cette troisième catégorie s’élargissent à mesure que l’arbre
ABIÉTINÉES. 83
vieillit, tandis que ceux de la première tombent avec le périderme, par les progrès de l’âge.
Dans le bois, on trouve des canaux horizontaux et verticaux, sauf chez les Ab les pectinata et sibirica. Les canaux horizontaux occupent le centre des grands rayons médullaires et sont entourés de cellules sécrétantes à parois minces. Les canaux verticaux sont dispersés sans ordre , surtout dans les couches ligneuses moyennes et externes ; ils sont plus grands que les canaux horizontaux. La grandeur et surtout le nombre des canaux verticaux sont en rapport avec l’abondance de l’écoulement résineux. M. de Mohl a compté ces canaux, dans des sections égales, pratiquées sur le Pinus nicgricans , qui les a très-larges et fournit une énorme quantité de résine, et sur le Picea excelsa, qui les a fort étroits et donne fort peu de résine; il a trouvé que leur nombre, dans le Pinus , est à celui de ceux du Picea : : 190 : 78.
Dans les vieilles couches ligneuses , la résine pénètre la membrane des cellules , remplit par places la cavité des fibres et s’amasse dans les fissures du bois.
Gomme M. de Mohl, Schacht a soutenu que YAbies pectinata ne renferme pas de canaux destinés à servir de réservoir pour la résine.
Un botaniste distingué de l’Allemagne, M. Dippel, a publié, sur l’histologie des Conifères, un travail très -intéressant, dans lequel il parle des canaux résineux de YAbies pectinata et de l’origine de la résine qui s’y trouve. Selon lui, les réservoirs de la résine sont constitués, dans cette espèce, soit par des cellules isolées, soit par des cellules réunies en groupes, soit enfin par de vrais canaux. Les cellules isolées se trouvent dans cette partie des couches de l’année, qui est formée de cellules larges et à minces parois, presque jamais dans celle qui se compose de cellules épaissies et aplaties , suivant une direction rayonnante.
Les groupes de cellules sont accompagnés d’un parenchyme ligneux, qui transporte de l’amidon et quelquefois aussi de la résine, dans un âge très-avancé.
Les canaux résineux résultent de la résorption de parois cellulaires adossées ; ils sont entourés par un parenchyme , qui transporte de l’amidon, et affectent dans leur situation des rapports remarquables avec les rayons médullaires.
Selon M. Dippel , la résine prend son origine dans le parenchyme ligneux , et provient de la transformation de l’amidon, que les cellules renferment en hiver. Si la cellule se désorganise en même temps , c’est seulement dans les canaux résineux anciens et dans leur partie centrale. Le phénomène est secondaire ; il est la consé-
APÉTALES DICLINES GYMNOSPERMES.
quence et non la cause de la formation de la résine. Voici comment cette dernière se produit :
L’amidon , que les cellules des rayons médullaires et du parenchyme ligneux renferment en grande quantité , pendant l’hiver, se détruit pendant la période de végétation , perd de l’oxygène et se transforme en eau et en essence de térébenthine, d’après la formule : 5 (C*2 H 10 O10) = 3 (Q20 H16) + 2 (HO) + 48 O.
Une partie de l’essence se transforme immédiatement en résine, par absorption d’oxygène : 2 (C^o Hi6) + 60 = C*° H’30 0+2 (HO); l’autre partie est employée à dissoudre la résine, jusqu’à ce que (si cela arrive réellement) toute l’essence soit convertie en résine, et que celle-ci ait atteint sa plus grande densité; après quoi elle n’augmente plus de quantité (extrait du Bull, de la Société botanique de France , t. XI, 1864; Revue bibliographique , B. p. 55).
Selon M. Le Maout, les cavités lenticulaires, qui existent entre deux fibres juxtaposées, se remplissent de térébenthine ; celle-ci pénètre dans l’intérieur de la cavité des fibres, qu’elle détruit peu à peu ; il en résulte des dépôts résineux , qui forment dès lacunes souvent considérables dans le bois des arbres verts.
La Térébenthine du Méléze , appelée aussi Térébenthine de Venise, vient de la Suisse. On l’obtient en faisant à l’arbre, avec une tarière , des trous auquels on adapte un canal, qui conduit la résine dans des réservoirs. Quand elle a été filtrée ou reposée par grandes masses , cette térébenthine est assez liquide , un peu verdâtre, transparente; sa saveur est très-âcre et très-amère ; son odeur particulière, forte, mais non désagréable. Elle est soluble dans 5p. d’alcool et non solidifiable par 1/16 de magnésie ; étendue en couche mince , sur une feuille de papier, elle conserve sa consistance et ne se recouvre pas, en quinze jours, d’une pellicule sèche et cassante.
C’est la térébenthine la plus employée en pharmacie , en raison de la rareté de celle du Sapin. Elle renferme environ 20 % d’une huile volatile , qui dévie à gauche la lumière polarisée , mais dont le pouvoir rotatoire est très-faible : il n’est que de 5,24, pour l’essence retirée par la distillation avec de l’eau.
Térébenthine de Strasbourg, T. d’Alsace, T. au citron etc. Cette térébenthine forme , à la surface de l’écorce , des sortes de petites ampoules saillantes, que Ton crève avec un cornet en fer-blanc. Par la filtration au soleil, ou par un long repos, elle devient transparente et constitue un liquide à peine coloré, très-fluide, d’une odeur suave et citronnée , d’une saveur peu âcre et peu amère. Mise dans des vases non fermés , elle se colore en jaune et se couvre d’une pellicule dure et cassante ; étendue en couche mince sur du
ABIÉTINÉES.
papier, elle se dessèche complètement en quarante -huit, heures. Enfin l’alcool la dissout imparfaitement et elle est solidifiée par 1/1 G de magnésie calcinée. Il est donc facile de la distinguer de la térébenthine du Mélèze. M. Caillot a trouvé dans la térébenthine de Strasbourg un peu d' Acide Succinique ; 10,85 d’une résine non saponifiable , neutre , très-fusible , très-soluble dans l’alcool et facilement cristallisable , qu’il a nommée Abiétine ; 46,39 d’une résine acide, saponifiable , soluble en toutes proportions dans l’alcool , et qu’il a appelée Acide Abiétique ; 33,50 d’huile volatile etc.
La térébenthine de Strasbourg est rare et fort chère ; c’est la térébenthine officinale du Codex. Elle vient des Vosges et des Alpes. Le pouvoir rotatoire de son essence est de 11,69.
Baume du Canada. Cette térébenthine s’extrait de la même manière que celle du Sapin ; elle est liquide, à peine colorée , transparente ou un peu nébuleuse ; en vieillissant, elle prend une couleur jaune d’or et se recouvre d’une pellicule très-sèche. Sa saveur est âcre, un peu amère, et son odeur très-suave.
Le Baume du Canada est solidifiable par 1/16 de magnésie et imparfaitement soluble dans l’alcool. Son essence dévie à droite la lumière polarisée.
Poix de Bourgogne ou Poix blanche. Cette térébenthine est obtenue par des incisions faites à l’arbre ; d’abord incolore , demifluide et trouble, elle ne tarde pas à se solidifier, en coulant sur le tronc, se colore et prend une odeur assez forte, non désagréable. Détachée et fondue avec de l’eau dans une chaudière, elle donne une. résine opaque , solide et cassante à froid, d'une couleur fauve assez foncée ; elle prend , avec le temps , la forme des vases qui la contiennent. Son odeur est assez forte, presque balsamique , et sa saveur douce , parfumée , non amère.
Elle adhère fortement à la peau , mais coule en dehors du point d’application ; en y ajoutant de la cire ( cire 1 p., poix 3p.), on obtient une matière emplastique, qui ne présente plus cet inconvénient : c’est Y Emplâtre de poix de Bourgogne , du Codex.
On substitue souvent à la poix de Bourgogne, une poix blanche factice , que l’on prépare en ajoutant, soit à du galipot , soit à de la poix, résine, un peu de térébenthine de Bordeaux ou d’essence de térébenthine : on fond avec de l’eau et l’on brasse pour opérer le mélange.
Le produit est presque blanc ou jaune pâle , très-amer ; il a l’odeur forte de la térébenthine de Bordeaux ; enfin il est complètement soluble dans l’alcool , tandis que la poix blanche véritable s’y dissout imparfaitement.
La poix blanche artificielle est moins irritante que la poix blanche naturelle et ne peut lui être substituée.
APÉTALES DÏCLINES GYMNOSPERMES.
Térébenthine de Bordeaux. Elle découle d’entailles pratiquées au tronc, avec une hache, et s’accumule dans un trou fait au pied de l’arbre. On la filtre, soit au soleil, dans des caisses percées de petits trous, soit dans des filtres de paille, après l’avoir fait fondre dans une chaudière. Par le premier procédé, on obtient une térébenthine plus odorante, dite Térébenthine au soleil. La térébenthine de Bordeaux est généralement colorée , trouble , épaisse , grenue , entièrement soluble dans l’alcool, solidifiable par 1/32 de magnésie; son odeur est désagréable, sa saveur âcre, amère et nauséeuse. Elle se dessèche complètement en 24 heures, quand on l’expose à l’air en couche mince ; enfin, en vase clos, elle se sépare avec le temps en deux couches . une supérieure transparente et jaunâtre , une inférieure épaisse et comme cristalline.
En Angleterre , on emploie la Térébenthine de Boston , retirée du Pin des marais [Pinus palustris Mill.) et la Térébenthine de la Caroline, retirée du Pin d’encens {Pinus Tœdct Larnb.). Cette térébenthine est opaque, très-épaisse, coule difficilement, et possède une odeur forte, particulière ; étant filtrée , elle est transparente et un peu ambrée.
Elle dévie à gauche la lumière polarisée , tandis que son essence est dextrogyre.
On connaît quelques autres sortes de térébenthine : le Baume de Riga ou des Carpathes, qui est liquide transparent, et est obtenu des pousses du Pin Alviez ( Pinus Cembra L.) ; le Baume de Hongrie, fourni par le Pin Mugho (Pinus Mugho Mill.), qui donne , par la distillation , une sorte d’essence d’un jaune d’or et d’odeur agréable, nommée Huile de Templin ; la Térébenthine d'Amérique, fournie par le Pin Weymouth ( Pinus Strobus L.) etc.
Galipot ou Barras. Cette substance est surtout retirée du Pin maritime. C’est la térébenthine épaisse, qui découle des entailles de l’arbre, pendant l’arrière-saison , et se concrète à la surface de l’écorce. Le galipot se présente sous forme de croûtes épaisses, solides, sèches, à demi-opaques et d’un blanc jaunâtre. Il a l’odeur de la térébenthine , une saveur amère, et fournit, par la distillation, une essence connue sous le nom à' Huile de raze .
Essence de Térébenthine. Lorsqu’on distille la térébenthine , on en sépare un liquide un peu visqueux et coloré (. Essence brute) , qui , traité par le chlorure de calcium et redistillé avec de l’eau , donne un produit très-fluide, incolore, volatil, d’une odeur forte, désagréable et d’une saveur chaude : c’est YEssence de térébenthine rectifiée. Cette essence (C20 H16) est inflammable, insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool ordinaire, très-soluble dans l’étlier, et miscible en toutes proportions aux huiles grasses et volatiles ;
ABIÉTINÉES.
mélangée avec de l’alcool à 90° et de l’acide azotique, elle fournit des cristaux (Y Hydrate d’essence de térébenthine. Cet hydrate étant recristallisé dans l’alccol, donne des prismes droits à base rectangle, d’une limpidité parfaite ; sous l’action du gaz chlorhydrique , il se transforme en un produit identique avec le camphre de citron : si l’on traite ce dernier produit par le potassium, on obtient une huile qui a l’odeur et la composition de l’essence de citron.
Colophane, Brai-sec, Arcanson. Quand on distille la térébenthine, pour en extraire l’essence, il reste dans la curcurbite, comme résidu, une substance solide à froid , vitreuse, transparente, inodore, cassante, d’un jaune d’or, et qu’on a nommée Colophane.
La colophane est obtenue aussi par la distillation du galipot. Elle entre dans un certain nombre d’onguents ; sa poudre , qui est blanche , sert comme hémostatique sur les piqûres de Sangsues. En mélangeant à chaud trois parties de galipot et une partie de la colophane, on prépare une substance connue sous le nom de Poixrésine ou de Résine jaune. Selon Guibourt , on l’obtiendrait aussi en brassant, avec de l’eau, la colophane fondue. La présence de l’eau , dans cette résine et dans la poix de Bourgogne , est un indice de sophistication.
Si l’on fait bouillir la térébenthine dans de l’eau, pendant un certain temps , on obtient la Térébenthine cuite , qui est dure, sèche et cassante à froid , mais se ramollit dans l’eau chaude. On en prépare, par ce moyen, des pilules du poids de 20 centigr. , que l’on emploie contre les catarrhes de la vessie.
Les diverses térébenthines des Conifères sont des excitants énergiques , souvent employés dans les catarrhes chroniques de la vessie , et que l’on a conseillés aussi contre les catarrhes chroniques des poumons. L’essence a été préconisée comme anthelmintique. A l’extérieur , elle agit comme irritant et l’on s’en sert , pour cette raison, contre les douleurs rhumatismales.
Poix noire. En brûlant , dans des fourneaux sans courant d’air, les filtres de paille qui ont servi à l’épuration de la térébenthine , et les débris provenant des entailles, on obtient une matière résineuse noire, qui fond et coule, au moyen d’un conduit, dans une cuve a demi pleine d’eau. Là, elle se sépare en deux parties, dont une liquide qui surnage, et qu’on appelle Huile de poix ou Pisselœon ; l’autre plus épaisse et demi-solide. Celle-ci est mise à bouillir dans une chaudière, jusqu’à ce qu’elle devienne cassante par le refroidissement : c’est alors la Poix noire. Elle doit être d’un beau noir, lisse, cassante à froid , mais facile à ramollir par la chaleur des mains et y adhérant beaucoup.
Goudron, Le goudron est obtenu en plaçant dans un four co-
APETALES DICLINES GYMNOSPERMES.
nique, creusé en terre, le bois des arbres épuisés et réduits en copeaux. Le four, étant rempli , on dispose au-dessus , d’autre bois , que l’on arrange en cône et que l’on recouvre de gazon , puis on y met le feu par en haut. La combustion s’opère lentement ; la résine se charge d’huile et de fumée et coule jusqu’au bas du four , d’où elle sort par un canal, qui la conduit dans un réservoir extérieur.
Le goudron est semi-liquide , brun noirâtre , granuleux , d’une odeur forte et tenace, et d’une saveur âcre ; il est toujours surnagé, après sa préparation , par un liquide brun , très-fluide , empyreumatique, que l’on substitue fréquemment à l’huile de Gade. Le goudron colore l’eau en jaune , lui abandonne divers produits , et forme une dissolution connue sous le nom d'Eau de Goudron.
M. Péraire a retiré du goudron plusieurs produits, dont un, liquide, incolore, très-odorant, nommé Pœsinéone , et qui paraît, dans certains cas, pouvoir remplacer le goudron avec avantage.
On substitue souvent, au goudron et à la poix noire, la poix et le goudron de houille. Ces derniers produits ont une couleur noir verdâtre , vus en lame mince ; leur odeur est très-désagréable et leur réaction alcaline. La poix et le goudron véritables , vus en lame mince, sont de couleur brun rouge; leur odeur est forte, mais assez aromatique, et leur réaction est acide.
Le goudron de houille ou Coaltar donne, par la distillation, un grand nombre de produits solides, liquides ou gazeux, les uns neutres ( Benzine , Toluène , Naphtaline , Paranaphtaline etc.), les autres acides (Acides : Phénique , Bosolique etc.), ou enfin basiques (Ammoniaque, Aniline , Quinoléine etc.) ; il ne contient pas de paraffine. C’est à l’acide phénique qu’il doit sa puissance désinfectante et parasiticide. On l’emploie seul, ou mélangé au plâtre pulvérisé, ou enfin associé à la saponine (Coaltar saponiné).
On substitue également au goudron véritable, le goudron minéral et celui que, dans les fabriques d’acide pyroligneux, l’on retire de la distillation du bois. Celui-ci est moins résineux; il contient moins d’essence et d’huiles fixes. Le goudron minéral est fourni par les bilumes naturels (asphalte, pétrole, naplite etc.), et par la distillation des schistes bitumineux, ou de la tourbe. Ce dernier renferme, selon M. Yohl : résidu d’asphalte ou cambouis, créosote, paraffine, acide phénique et turfol ou huile de tourbe , composée elle-même de plusieurs hydrocarbures (Dorvault).
Créosote, On l’obtient par la distillation du goudron de bois. Convenablement purifiée , elle constitue un liquide transparent, trèsréfringent, d’odeur très-pénétrante et de saveur brûlante ; elle est soluble dans l’alcool, l’éther, les essences, et coagule l’albumine.
La créosote est un toxique corrosif violent et un antiseptique ex-
ÂMENTACÉES.
trêmement puissant; elle tue les êtres inférieurs, arrête la fermentation alcoolique , nuit à l’action de la diastase sur l’amidon etc.
On l’a préconisée contre la blennhorrhagie , contre la carie dentaire, les brûlures , la gale, les dartres , les ulcères de mauvaise nature etc. Il convient alors de l’étendre d’eau.
Noir de fumée. En brûlant les résidus résineux des Conifères, et recueillant la fumée dans une chambre , dont l’unique ouverture est fermée par un toile, on obtient une poudre noire , très-fme, nommée Noir de fumée. Étant calciné en vase clos, le noir de fumée se débarrasse de l’huile empyreumatique qu’il contenait et forme un charbon très-pur.
Les produits pyrogénés des Conifères , le goudron , le résinéone de goudron, ont été recommandés contre les maladies de poitrine et des muqueuses, et surtout contre les affections cutanées.
Plusieurs autres produits de même sorte ont été employés aussi : la Suie , contre les maladie de la peau; la Pyrotlionide ou Huile de papier , contre les catarrhes bronchiques et les ophthalmies ; le Coaltar ou Goudron de houille et Y Acide Phénique , comme désinfectants; la Naphtaline , contre les Yers, les catarrhes bronchiques et les maladies de la peau ; Y Huile de naphte et YHuile de pétrole , comme antispasmodiques et contre les maladies de peau. Nous regrettons que l’espace nous manque pour consacrer un court article à chacun de ces produits, qui trouveraient naturellement leur place, à la suite des médicaments tirés des Conifères.
Disons en terminant, que l’on attribue le Succin ou Ambre jaune à une Conifère fossile, le Pinites succinifer Gœppert.
APÉTALES DICLINES ANGIOSPERMES.
ÂMENTACÉES.
Dans le tableau de la division des végétaux en groupes ou classes (voy. t. I, p. 442), nous avons désigné, sous le nom générique d’Mrnentacées , toutes les familles à fleurs disposées en chaton (fig. 471). Dans le tableait ci-joint, le groupe des plantes amentifères comprend sept familles: Juglandées, Cupulifères , Myricées , Pipéraëées , Salicinées , Bétulinées , Liquidambaracées.
Bien que nous ayons mis les Pipéracées dans ce groupe, il est. incontestable que cette famille diffère notablement de ses voisines.
A vrai dire, elle devrait être placée en dehors des Amentacées, et nous l’eussions rangée dans la classe des Pipéritées , à côté des Saururées et des Chloranthées , si ces dernières familles eussent eu plus d’importance médicale.
APÉTALES DICLINES ANGIOSPERMES.
Les Amentacées -vraies comprennent les arbres forestiers et d’avenues , connus sous le nom commun d'arbres feuillus.
Elles se distinguent par leurs fleurs unisexuées (ïig, 472), généralement apérianthées : les mâles disposées en chaton ; par leur graine le plus souvent apérispermée , et par leurs ^ feuilles d’ordinaire simples et stipulées.
La plupart de ces familles sont intéressantes au point de vue économique, mais elles fournissent peu de substances médicinales ; aussi croyons-nous bien faire en nous
abstenant de donner $ les caractères génépi. raux de chacune d’el-
les en particulier.
e iiOTfflB! Nous ferons connaî-
tre les caractères des seules plantes dont les
Fig. 473. — Deux chatons Fig. 472. Fleur mâle P1 °duits Sont léellemâles du Noisetier cVÀlné- isolée du Noisetier d'A- ment utiles au point
rique, d’après P. Duchar- mérique (10/1) (*). de Vlie médical,
tre.
Dicotylédones apétales diclines, à fleurs disposées en chaton,
inul ; graine
dressée. . . Myeicées.
double; graine dressée. Pipéeacées.
uniloculaire, ( poly sperme; graines apérispermées, ascendantes, pourvues d’une arille soyeuse ;
. . fleurs dioïques SALICINEES.
blipcl V» \
1 monosperme; graine apérispermée, pendante; fleurs monoïques ; fruit indéhiscent - BÉTULACÉKS.
polysperme , graines peltées, x à périsperme charnu .... BALSAMIFLT7ÉES.
uniloculaire ; ovule ortho trope apérispermé, à cotylédons lobés ; drupe sèche (ou • noix) %
\ jnf(\re j sans induvie ; feuilles composées, JUGLANDÉES.
pluriloculaire ; ovule anatrope apérispermé, à cotylédons simples; gland induvié ; feuilles simples CupulifÈees.
MYRiCÉES.
Arbrisseaux rameux, à feuilles alternes, dentées et incisées, parsemées de glandes résineuses. Fleurs monoïques ou dioïques : les
(*) e) Etamines. — a) Ecaille externe. -- «’) Ecailles internes.