CHAPITRE V
La vue a pour organe Fceil. L'excitant fonctionnel de cet organe est la lumière, fluide subtil qui, suivant la théorie de Newton , émane des corps nommés lumineux , tels que le soleil , les étoiles fixes , les corps en ignition , les corps phosphorescents , et dont les molécules se meuvent si rapidement, qu'elles parcourent environ soixante-dix mille lieues par seconde. C'est la lumière qui, placée intermédiairement dans l'espace entre l'œil et le corps lumineux qui la projette ou qui la
réfléchit, produit la vision de ce corps, c'est-à-dire la sensation de certaines de ses qualités extérieures, et principalement de celles de sa couleur.
Suivant la théorie de Descartes , à laquelle on paraît revenir , les corps dits lumineux se borneraient à mettre en ondulations un ètfier répandu dans l'espace, lequel éther serait la lumière.
L'exercice modifie beaucoup la puissance de la vision ; il donne à l'œil le pouvoir d'embrasser un immense horiion ou de pénétrer dans le détails des objets les plus ténus. C'est à force d'exercer l'œil que les chasseur et le marin parviennent à distinguer les objets aux plus grandes distances, que le Hottentot du cap de Bonne-Espérance jouit de la faculté de découvrir , à l'œil nu, des vaisseaux en haute mer, d'aussi loin que les Hollandais avec leurs lunettes ; c'est , en partie , de l'exercice de l'œil que l'artiste tient le pouvoir d'apprécier , avec une rapidité qui nous étonne , les modifications les plus légères de la forme et de la couleur des Corps , les distances qui existent entre eux, etc. Mais pour que l'exercice des yeux ne soit pas préjudiciable à la conservation de la vue, ces organes ne doivent être impressionnés par une lumière ni trop éclatante ni trop faible; ils ne doivent pas être continuellement en action,. ni être exercés sur des objets trop petits ou trop éloignés ; ils ne doivent pas prendre un trop long repos , c'est-à-dire être trop longtemps soustraits à leur excitant propre ; enfin cet excitant , qu'il soit décomposé ou artificiel , requiert encore , pour le bon état de la vue, quelques conditions.
1° Effets a"une lumière trop vive, d'un exercice trop continu de VmL
Une lumière trop vive , directe ou réfléchie , surexcite l'organe de la vision, affaiblit la vue, et finit par produire la cécité. L'on sait avec quelle rapidité la pupille se contracte et se ferme presque entièrement, lorsqu'une lumière trop intense vient frapper l'œil. Cette contraction n'a d'autre but que de préserver la rétine d'un excitant trop actif pour sa sensibilité. Bien que ce soit sur cette expansion nerveuse qu'agisse le stimulus, ses effets n'en frappent pas moins, le plus ordinairement, les autres parties de l'œil, surtout la conjonctive, la glande lacrymale et quelquefois l'iris : c'est même par ces parties que commence la phlegmasie ; souvent elle s'y borne , et la rétine est épargnée. Suivant M. Rognetta, l'action d'une lumière trop intense ne provoquerait des larmes que par suite de la contraction spasmodique des muscles droits sur la sphère oculaire, contraction qui obligerait mécaniquement l'humeur aqueuse de sortir par les pores de la cornée ( Leçons d' ophthaltnologie , 1837.)
Les murs blanchâtres , le sol couvert de neige , d'une poussière
blanche, d'un sable fin, réfléchissent une grande quantité de lumière, et produisent sur l'œil l'effet de ce fluide venant directement du soleil ou d'un foyer incandescent quelconque. Rien n'est donc plus défavorable à la vue que tout travail exécuté à la clarté d'une lumière trop intense, en face d'un feu trop ardent ou sur des métaux incandescents. C'est à ce travail que doivent être attribuées les ophthalmies et les cataractes capsulaires qui surviennent aux cuisiniers, aux verriers, aux fourbisseurs et à beaucoup d'autres individus exposés, par des professions analogues, aux mêmes influences.
Si l'appareil de la vision est tout à coup frappé par une lumière trop intense à laquelle il n'est pas habitué, ou s'il est frappé de cette, lumière après être resté quelque temps dans l'obscurité, il peut perdre À jamais le pouvoir d'exercer ses fonctions. Dans ce cas, l'éclat subit de la lumière a paralysé la rétine. Ce fut, suivant M. Rognetta, le cas d'Attilius Régulus, aveuglé par les Carthaginois, qui l'exposèrent à une lumière vive après lui avoir retranché les paupières ; ce fut aussi le cas des coupables d'état de Denis de Syracuse , qui les faisait aveugler en les exposant à la vive lumière du soleil.
Un pareil accident peut aussi être produit par ces éclairs qui , dans les moments d'orage , succèdent tout, à eoup à la plus profonde obs- • curité. Bans tout autre cas , l'effet subit d'une lumière trop vive est une impression désignée sous le nom iïéblouissement , par laquelle la rétine, trop fortement choquée, perd, pour quelques instants, le pouvoir de transmettre au cerveau l'impression de la lumière.
L'exercice trop continu de l'œil à une lumière ordinaire a des résultats semblables à ceux que produit sur l'œil une lumière trop vive ; mais le mécanisme de leur production est différent. Il dépend d'une congestion sanguine analogue à la congestion encéphalique qu'on observe après de longs travaux de cabinet. Ainsi, les yeux se fatiguent, deviennent douloureux; leur surface se couvre de larmes; le bord des paupières devient piquant , rougit , se tuméfie ; on éprouve dans les yeux une sensation de pesanteur , une douleur obtuse et tensive ; on n'aperçoit plus les objets que d'une manière confuse , quelquefois ils paraissent doubles. Ces effets disparaissent si l'on accorde à l'œil le repos qu'il demande si clairement. Si au contraire on continue le travail, ils s'accroissent , et une inflammation se déclare. Si l'excès d'exercice est récidivé , il survient des ophthalmies chroniques, des ulcérations du bord libre des paupières, des cataractes, des amblyopies, des amauroses , etc.
L'exercice de l'œil peut , sans avoir lieu pendant un temps trop long , ou sur une lumière trop forte , épuiser la sensibilité d'une partie de la rétine. Cet effet a heu lorsqu'un même point de cette mem-
br a ne C6t seul et pendant un certain temps en action. Par exemple, lorsque l'œil reste pendant quelques minutes invariablement fixé sur une tache blanche placée au centre d'un fond noir, et qu'on le dirige ensuite sur un fond blanc, on voit sur ce fond une tache noire.^ Ce phénomène résulte de ce que le point de la rétine, qui avait été fatigué par les rayons lumineux que réfléchissaient la tache blanche, n'a plus le pouvoir d'être impressionné par les rayons lumineux du fond blanc. Alors il n'existe réellement pour ce point de la rétine, que du wwr, c'est-à-dire qu'il y a, pour ce point, privation de lumière, ou plutôt privation d'impression : la rétine est devenue insensible dans ce point . Sauvage pourtant explique autrement ce phénomène*
2° Effets d'une lumière trop faible, de f obscurité f etc.
Une lumière habituellement très-faible a pour effet de tenir la pupille continuellement dilatée, et peut, à la longue, occasionner la myopie. Mais ce sont les efforts seuls que l'on fait pour voir à l'aide d'une lumière trop faible, qui rendent celle-ci préjudiciable. Sans cela elle n'aurait d'autre effet que celui do reposer la vue et de conserver la sensibilité de l'oeil.
L'obscurité, étant la privation plus ou moins complète de l'excitant naturel de l'œil, repose cet organe et convient dans ses inflammations. Si l'obscurité dure trop longtemps , elle augmente la susceptibilité de l'œil, le rend plus impressionnable et plus disposé à s'irriter aussitôt qu'il est exposé à son excitant propre. C'est alors que, si Von vient à reparaître au grand jour sans ménagement , les rayons lumineux frappant la rétine devenue susceptible, et que ne garantit plus la pupille, qui ne se contracte alors que difficilement, peuvent occasionner dans cette rétine une paralysie subite d'où résultera une irrémédiable ceci te.
L'obscurité agit sur le cerveau d'une manière négative, et en le privant des impressions variées que lui fournit l'œil. De cette privation naît le sommeil, quand tous les organes de relation sont fatigués. Dans le cas contraire , et lorsque l'excitabilité cérébrale n'est pas épuisée, le cerveau, n'ayant plus à percevoir les impressions que lui fournissait la vue, n'ayant plus à répondre à ces impressions , concentre avec bien plus d'avantage toute sa puissance sur les objets de son attention, de ses affections ou de ses craintes, etc. Il résulte alors de cette concentration des facultés encéphaliques plus de facilité de conception, plus d'aptitude à produire; il en résulte l'explosion de beaucoup de sentiments que la lumière du jour eût contenus dans de justes bornes ; il en résulte enfin, chei certains hommes, une affection connue sous le nom de frayeur. Les autres effets de la privation
de la lumière seront indiques en parlant de la peau. (Voyez Appareil
sécréteur . j
3° Effets de t exercice de la vue, considéré relativement au volume et à la distance des objets sur lesquels s exerce Fœil.
Si les corps sur lesquels la vue s'exerce sont trop petits et trop rapprochés, et que l'exercice sur ces objets soit souvent répété , il en résulte la myopie ou l'amblyopie , ainsi que cela s'observe chez les horlogers , les bijoutiers , les brodeurs en or, les uiicroscopistes, les géographes.
Un exercice opposé produit la presbytie , et souvent aussi l'amblyopie , ainsi qu'on peut le remarquer chez les télégraphistes , les capitaines de marine, les astronomes, etc. Ces effets ne peuvent être dus qu'à ce que l'œil est différemment modifié par ces deux espèces d'exercices , et il est probable , en effet , que son diamètre antéro-postérieur est allongé ou raccourci pour s'accommoder à la distance des objets ; qu'il est allongé par les muscles obliques, pour la vision des objets trop rapprochés, et cela afin que la rétine, devenant plus éloignée de la cornée et du cristallin , ne soit pas frappée par les rayons lumineux avant que ceux-ci ne soient tous réunis pour former un sommet de cône ; qu'au contraire , il est raccourci par l'action des quatre muscles droits, pour voir les objets éloignés ; et cela, afin que la rétine se trouve précisément au point de réunion des rayons lumineux qui , sans ce raccourcissement , ne la frapperaient qu'après s'être croisés et s'être éparpillés. Quelques personnes attribuent aux seuls muscles droits ces effets opposés.
Quoi qu'il en soit de ces suppositions, c'est, la plupart du temps, l'exercice exclusif de l'œil sur des corps rapprochés , qui nous fait perdre le pouvoir de distinguer les corps éloignés. On trouve bien moins de vues courtes, si toutefois il en existe, chez les peuples barbares , chez les paysans et les marins, que dans les grandes villes et dans les quartiers destinés aux arts mécaniques. Ceux qui exercent ces arts ont continuellement la vue emprisonnée par les murailles de leur appartement, quand elle n'est pas dirigée sur des objets extrêmement ténus ; comment ces hommes ne perdraient-ils pas le pouvoir de distinguer des corps tant soit peu éloignés? « Les appartements étroits, la broderie, le dessin, chez les gens aisés, produisent la myopie. » (Rognetta.)
■\° Effets de la lumière décomposée.
Réfractés par un prisme, les rayons lumineux se décomposent en une infinité de couleurs qui se succèdent par des gradations insen-
sibles , et parmi lesquelles on distingue sept couleurs primitives , qui sont :1e rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu , Yindigo et le violet; de la réunion de ces couleurs naît le blanc , et de leur absence , le noir. Les couleurs ne sont donc autre chose que la lumière décomposée. Elles deviennent pour l'œil un excitant d'autant plus énergique, qu'elles sont plus éclatantes, c'est-à-dire qu'elles réfléchissent un plus grand nombre de rayons lumineux , ou bien que Pœil est moins habitué aux rayons réfléchis. Ainsi , à raison du plus grand nombre de rayons lumineux réfléchis , le blanc, réunion de toutes les couleurs , occupe la première ligne , fatigue la vue , et cause la rougeur des yeux et la cécité qui affecte si souvent les habitants du pôle , continuellement impressionnés par un sol couvert de neige. Relativement à la quantité de rayons réfléchis, le rouge , premier rayon du spectre solaire , ne vient qu'après le blanc ; cependant il fatigue davantage la vue , parce que l'œil y est moins habitué. Les couleurs éclatantes produisent doue des effets analogues à la lumière trop intense, de même que les couleurs obscures, telles que le violet, Yindigo, produisent des effets analogues à ceux de l'obscurité.
Le rapprochement de deux couleurs tranchées produit sur l'œil plus d'excitation et de fatigue que lorsque ces couleurs frappent ce sens isolément : aucune lecture ne fatigue plus la vue que celle qui a lieu sur ces belles éditions dont les caractères, bien noirs, forment un contraste marqué avec un papier très-blanc et satiné.
Conséquences déduites des quatre articles précédents.
De ce que nous venons de dire on peut conclure ce qui suit : l'exercice naturel de la vue est celui qui n'expose ce sens ni à une lumière trop intense , ni à une lumière trop faible. On devra toujours graduer, par quelques précautions, le passage de l'obscurité à la lumière. On s'opposera à l'action malfaisante d'une lumière trop intense par des rideaux , des persiennes , des voiles , des visières , des lunettesconserves. On donnera à ces objets, et même à ceux de l'ameublement, celles des couleurs qui occupent le milieu, du spectre solaire , c'està-dire le Jaune, le vert, le bleu, et l'on choisira de préférence le vert, qui est la couleur la plus douce , et qui se trouve sur notre globe le plus abondamment répandue. On ne fera usage de lunettes vertes que lorsqu'elles seront absolument indispensables, que lorsqu'on sera attaqué de photophobie, ' du que lorsqu'on ne devra être soumis que passagèrement à une lumière intense ; car s'habituer à leur usage serait le moyen de ne plus pouvoir supporter une lumière ordinaire , et, de plus, l'exercice de la vision avec des verres coloriés est pénible, et fatigue la rétine au point d'occasionner l'amblyopie.
Quant à la lumière trop faible, on y remédiera par ta lumière artificielle, dont nous allons bientôt parler.
Pour éviter l'inconvénient de l'exercice de la vue sur des objets rapprochés, l'œil devra être exercé de toutes manières, sans que 1 exercice soit jamais porté au point de produire les signes de fatigue indiqués précédemment. Ainsi , les hommes adonnés aux arts mécaniques, et forcés d'exercer la vue sur les objets les plus ténus, devront loger assex haut pour so conserver un point de vue un peu étendu , interrompre fréquemment leur travail par de courts intervalles, plutôt que de le prolonger longtemps pour se ménager ensuite un repos de plus longue durée. Ce précepte doit surtout être suivi quand on travaille à la lumière artificielle , c'est-à-dire qu'il vaut mieux travailler deux heures le soir et deux heures de grand matin , que de travailler quatre heures de suite le soir à la chandelle. Comme la fatigue et la congestion sanguiue se manifestent plus vite dans les yeux, si en exerçant ces organes sur des objets ténus on courbe beaucoup la tète, on obviera à ces inconvénients en ne travaillant qu'à une table, un établi ou un pupitre très-élevés. Cette position du tronc influera sur l'exercice des viscères de la poitrine et du ventre, d'une manière non moins avantageuse encore que sur l'exercice des yeux. C'est aussi pour diminuer l'afflux du sang vers ces organes, qu'on devra débarrasser le cou de toute espèce de compression.
5° Moyens de suppléer à la lumière des astres.
Diverses substances ont été mises en combustion pour remplacer îa lumière sidérale. Elles agissent sur l'œil de la même manière que la lumière naturelle ; mais elles présentent quelques inconvénients dont celle-ci est à l'abri. Ces inconvénients sont, dans certains cas , la vacillation continuelle du corps lumineux , l'inégalité dans la projection des faisceaux de lumière, le peu d'abondance de celle-ci, l'odeur désagréable du combustible destiné à l'éclairage , la fumée plus ou moins abondante qu'il répand en brûlant. Ces résultats des lumières artificielles fatiguent et usent prématurément la vue, en soumettant l'œil à un stimulant moins doux , moins uniforme que celui que nous, offre la nature, et en exigeant souvent de cet organe une action trop forte. La fumée, en irritant continuellement la conjonctive et les paupières, donne lieu à des phlegmasies chroniques de ces parties. Je ne fais pas ici mention de l'altération de l'air par la combustion des corps qui donnent la lumière : cet objet sera traité dans l'hygiène de Y Appareil respiratoire.
Lorsqu'on fait usage d'une lumière artificielle, on doit faire son possible pour se préserver des inconvénients précités et obtenir une
lumière abondante , égale , immobile , et fournie par un combustible qui dégage le moins possible de fumée. L'huile remplit assez bien ces conditions lorsqu'elle est pure , lorsque la lampe qui lui sert de réservoir est bien confectionnée. Le meilleur mode d'éclairage artificiel pour les appartements est donc celui qui résulte de la combustion d'une huile pure, placée dans une lampe mécanique. Cette espèce de lampes dans lesquelles l'huile monte d'une manière continue et uniforme , au moyen de ressorts intérieurs semblables à ceux dune pendule, a, sur les lampes ordinaires , l'avantage d'émettre une lumière toujours égale , toujours immobile , et qui , jaillissant d'un bec de dix lignes de diamètre , réunit une intensité égale à celle de onze bougies et demie. Le foyer lumineux de la lampe garnie de son rerre peut être recouvert d'un chapiteau opaque de tôle vernissée et blanche dans la partie concave destinée à réfléchir et à rassembler les rayons lumineux. De cette manière , la lumière , sans faire trop d'impression sur les yeux, auxquels elle n'arrive que plusieurs fois réfléchie , frappe pourtant plus directement les objets sur lesquels on dirige la vue. Si Ton a besoin d'une lumière moins rassemblée , et qu'on veuille la répandre plus généralement dans l'appartement, à la place du chapiteau opaque, on place sur le foyer de la lampe une demi-sphère de gaze ou de papier vélin , ou bien une sphère entière de verre dépoli*
Après l'éclairage par l'huile, vient celui des bougies. La lumière quelles fournissent est très-douce, très -égale; leur combustion n'exhale pas , comme celle du suif et de l'huile mal purifiée , une odeur qui porte à la tête.
Le gaz hydrogène semble plus convenable à l'éclairage des vastes appartements, des lieux publics, des salles de spectacle, des rues, etc., que des lieux circonscrits dans lesquels on se livre au travail. Sa lumière est d'une rare beauté, d'une pureté dont rien n'approche ; mais sou intensité , son éclat , l'oscillation qui l'accompagne , doivent produire une grande fatigue des yeux , si Ton ne mitigé pas l'action de cettte lumière par quelque corps transparent.
6° De la trop grande excitabilité dfi l'œU; de» moyens d'y remédier»
La trop grande excitabilité de l'œil est le résultat de certaines professions qui obligent à un séjour plus ou moins prolongé dans un lieu obscur. Les effets de cette trop grande excitabilité sont toutes les impressions pénibles indiquées comme signes de la fatigue des yeux . et ces impressions sont produites par une lumière un peu intense, par un travail un peu soutenu, etc. Cette excitabilité peut être portée nu point de donner la sensation visuelle d'objets placés dans les lieux
les plus obscurs, de faire discerner dans le faisceau des rayons solaires quelques-uns des rayons lumineux (le rouge et le violet , par exemple ) , qu'un œil ordinaire ne Saurait isoler des autre». Le moyen de remédier à cette trop grande excitabilité est l'exercice gradué de l'œil à la lumière naturelle. Si la vue est trop sensible, on usera préalablement de lunettes coloriées en bleu ou en vert , que l'on quittera pour s'accoutumer à la lumière ordinaire, toutes les fois qu'on ne sera pas exposé à une clarté trop vive ; en un mot, on mettra en pratique les préceptes précédemment indiqués pour se préserver d'une lumière trop intense.
7° Myopie et Presbytie ; moyens de remédier à ces dispositions de VceiL
Un homme doué d'une bonne vue distingue à la distance de six pouces , comme à celle d'un pied et demi, les caractères typographiques d'une édition ordinaire, par exemple ceux de V avertissement de cet ouvrage. S'il ne les voit qu'imparfaitement au delà de six pouces , il a la vue courte , il est myope ; s'il ne peut les distinguer qu'à la distance de deux pieds et demi , il est presbyte.
La myopie , suivant l'opinion généralement admise , est due à la trop grande force réfringente de l'œil , c'est-à-dire au pouvoir qu'il a de réunir les rayons lumineux avant qu'ils soient parvenus à la rétine.
La presbytie est due au trop peu de force réfringente de l'œil , à l'impuissance.où il se trouve de rapprocher assez les rayons lumineux, pour qu'ils forment sur la rétine le sommet du cône dont la base est à l'entrée de l'œil. Cette impuissance est une faiblesse réelle , une espèce d'atrophie de l'œil , principalement attribuée à la diminution de ses humeurs.
La myopie pouvant être , comme nous l'avons déjà dit, produite souvent par l'habitude de fixer de petits objets très-rapprochés , habitude qui résulte des professions d'horloger, de graveur, etc., etc. , on préviendra cet état de la vue par un exercice continuel sur des objets éloignés. Lorsqu'on s'apercevra qu'un enfant a de la tendance à rapprocher tous les objets de ses yeux (ce qui arrive souvent à cause de l'abondance , propre à l'enfance, des humeurs qui entrent dans la composition de l'œil ), on s'opposera à cette habitude, et à ce qu'il ne fixe ses yeux sur aucun corps trop petit. Lorsqu'on lui apprendra à lire, on rendra sa tête immobile , et on placera devant lui , à une certaine distance, le livre, qu'on éloignera graduellement jusqu'à . ce que la vue soit rendue à la portée ordinaire. Quand l'enfant aura atteint l'âge de raison, il prendra de lui-même l'habitude de considérer les objets lointains : mille jeux pourront être mis en usage pour cet effet. Dans ses voyages, Levaillant raconte que, dans sa jeunesse, il
avait la vue si faible et si basse , qu'il était obligé d approcher trèsprès de son nez le livre qu'il lisait , mais que les courses, la chasse et la nécessité où il se trouva de fixer de loin les objets qu'il désirait , lui rendirent la vue aussi bonne que celle de qui que ce soit. Si Ton oppose à l'exemple de Levaillant et de mille autres , que la disparition de la myopie est un effet naturel de l'âge , qui seul produit l'aplatissement de l'œil en on diminuant les humeurs, je citerai l'exemple des peuples nomades , chez lesquels , même dans l'extrême jeunesse , il est si rare de rencontrer des myopes.
La presbytie, lorsqu'elle est due à quelque cause qui a passagèrement diminué la quantité des sécrétions du globe de l'œil , disparait avec cette cause. Il suffit , par exemple , du retour de l'embonpoint après une grande maigreur. On peut aider, dans la presbytie qui survient chez les adultes , le retour de la vue à son point ordinaire par un exercice méthodiquement dirigé de l'œil. Dans le cas où la presbytie arrive par les progrès de l'âge, il faut se résoudre à l'emploi des lunettes.
Si les deux yeux ne sont pas égaux en force réfringente , et que cette inégalité , ne tenant point à un vice de conformation , soit telle, que l'un soit myope et l'autre presbyte , on les exercera séparément , c'est-à-dire qu'on tiendra l'un fermé , tandis qu'on fera entrer l'autre en action , ensuite , on exercera l'œil myope sur des objets éloignés, et l'œil presbyte sur des objets rapprochés.
Outre l'exercice de l'organe de la vue , il existe , pour remédier à son imperfection, des instruments analogues à ceux dont il vient d'être parlé en traitant de l'ouïe. Ces instruments sont les différents verres : on n'en doit faire usage que quand le besoin est devenu urgent ; car l'exemple de la plupart des hommes qui ne se livrent à leurs travaux qu'armés d'instruments d'optique , prouve que rien n'est plus propre à détruire la vue que ces instruments. L'exemple des conscrits qui , pour se faire réformer, usaient quelques années avant le tirage, de lunettes concaves , prouve qu'en peu de temps des yeux excellents peuvent parvenir à lire avec des lunettes destinées à constater la myopie la plus prononcée. Enfin , il existe des exemples de presbytes qui , pour avoir successivement et en trop peu de temps usé de verres de plus en plus convexes, ont été conduits, par cet abus, à ne pouvoir plus lire qu'avec des lunettes destinées aux personnes opérées de la cataracte.
m Nous avons dit dans quel cas on pouvait faire usage des verres coloriés. Ajoutons ici que ces verres ne doivent pas èlre fortement coloriés; car, en ne laissant passer qu'une très-petite quantité de rayons, et en n'admettant que ceux dont l'intensité est la plus faible, ils obli-
géraient l'œil, pour distinguer les objets, à une contention fatigante. C'est ce qui , suivant Beer , arrive aux dames qui , par coquetterie , font un usage habituel de voiles devant leur figure.
Lorsque par l'exercice des yeux sur des objets éloignés Ton n'a pu remédier à la myopie, la prothèse offre dans les lunettes à surfaces plus ou moins concaves un secours à l'aide duquel on peut voir les objets à la distance naturelle aux yeux bien conformés. Ces lunettes écartent les rayons lumineux , et les empêchent de se réunir avant d'être arrivés à la rétine et de produire une confusion dans la vision. « On choisira des verres qui permettent de lire facilement et sans fatigue à la distance de 18 pouces; on aura soin de ne les garder qu'autant qu'on en aura besoin , pour ne pas détruire l'espoir de voir un jour la vue se rétablir par les progrès de l'âge. » (Sanson, art. Myopie, Dictionnaire de médecine pratique.)
Les lunettes qui conviennent dans la presbytie sont les lunettes à verres convexes ; elles augmentent la convergence des rayons. On n'en doit faire usage que lorsque le point de vue commence à s'éloigner , que lorsqu'on place instinctivement les objets à une plus grande distance , afin de les mieux apercevoir ; que lorsque pour les voir on les approche tout près de la lumière ; enfin que lorsqu'après le moindre exercice , les yeux deviennent impropres à exercer leurs fonctions.
II est inutile de dire que si les myopes doivent quitter leurs lunettes pour regarder les objets rapprochés , les presbytes doivent quitter les leurs pour voir les objets éloignés.
Si une personne , myope ou presbyte , fait choix elle-même de ses lunettes, elle saura bien, en les essayant, si le sommet du cône oculaire, c est-à-dire du cône que forment les rayons lumineux dans l'œil , se trouve précisément sur la rétine, ou va plus ou moins loin; en un mot, elle pourra déterminer le point visuel de son œil , et choisira dans un grand nombre de verres de foyers différents, ceux qui lui font distinguer les objets avec le plus de netteté; mais il arrive souvent que des personnes éloignées des grandes villes ne peuvent elles-mêmes choisir leurs lunettes chez les opticiens : elles sont obligées de se servir des verres qu'on leur envoie sur l'indication qu'elles ont donnée du numéro dont efies font usage. Ce numéro désigne la distance à laquelle les rayons solaires sont rassemblés par un verre; c'est ce que l'on doit appeler le foyer. Si les opticiens s'assuraient , par une épreuve , du numéro de chaque verre qu'ila envoient , on pourrait ajouter une entière confiance à leurs indications numériques ; mais ils inscrivent ces numéros d'après la courbure du bassin où ont été confectionnés les verres; et comme cette courbure varie souvent , les indications sont quelque
fois inexactes. Il résulte de cette inexactitude que les personnes auxquelles sont envoyés ces verres , éprouvent , en s en servant , tous les phénomènes qui résultent de l'exercice trop continu des yeux, etc. Pour remédier à cet inconvénient, les personnes chargés d'acheter les Junettes devraient elles - mêmes vérifier le numéro des verres. Pour cela , elles approcheront ou reculeront le verre , d une surface blanche telle qu'une feuille de papier placée verticalement , jusqu'à ce que les objets éloignés soient nettement représentés sur Ta surface. Alors la distance qui existera entre l'image de ces objets le plus nettement dessinée possible , et le verre, constituera exactement le nu- , méro de celui-ci. Cette distance sera mesurée par pouces , quand elle en dépassera six, et par lignes lorsqu'elle se trouvera en deçà de six pouces.
Ce procédé est propre en même temps à indiquer si les verres sont bien travaillés , s'ils sont parfaitement diaphanes. S'ils ne jouissent pas de ces qualités , ils donnent aux rayons qui les traversent une fausse direction, l'image est mal représentée sur la surface , et de pareils verres ne sont propres qu'à altérer la vue. Ce qui précède n'est applicable qu'aux verres convexes , qui exigent plus de précautions , qui sont plus indispensables et beaucoup plus usités que les verres concaves.
Lorsque les deux yeux sont inégaux , on doit donner à chaque œil un numéro approprié. Sans cette précaution , l'un des deux yeux sera toujours en action, et l'autre en repos, et Ton sait ce qu'auront de préjudiciable pour la conservation de la vue ces deux excès opposés.
Si les yeux presbytes ou myopes sont en même temps doués d'une trop grande excitabilité, on devra colorier les lunettes convexes ou concaves , comme il a été dit.
L'usage des lorgnons, qu'on ne place que devant un seul œil, est préjudiciable en ce que c'est presque toujours l'œil le meilleur qu'on exerce de préférence.
Ajoutons à ce que nous venons de dire, que les lunettes affaiblissent la vue par l'aide qu'elles lui prêtent, de sorte que^ lorsqu'on est habitué à certains verres , on ne peut s'en passer sans éprouver une diminution sensible dans l'étendue delà vision. Souvent même, après un usage un peu continu de certains verres , on est obligé de leur en substituer de plus forts , pour que la vision ne s'exécute pas plus mal. 11 sera donc bon , dans l'emploi des lunettes , de commencer par les numérps les moins avancés , et de ne passer à des numéros plus forts que lorsque ceux dont on se sert fatiguent l'œil. Dans ce cas, il faut prendre le numéro qui vient immédiatement après celui auquel on est forcé de renoncer.
8° Strabisme, et moyens d'y remédier.
L'exercice de la vue dans le strabisme ou loucher demande des règles particulières. Les moyens que nous allons indiquer s'appliquent au strabisme par inégalité de force des muscles de l'œil. Dans les autres cas , on y a recours lorsque le traitement , dirigé vers les nombreuses causes de cette difformité , a été sans succès ; car alors, bien que déterminé par une cause étrangère aux muscles de l'œil , le strabisme qui dure depuis longtemps réclame les mêmes moyens que celui qui tient à l'inégalité de force de ces muscles. Si le strabisme dépend d'un vice du globe de l'œil , ou de la perte totale du mouvement d'un de ses muscles droits, il est impossible d'y remédier par l'exercice. S'il dépend d'une irrégularité dans la direction des parois qui constituent la pyramide de l'orbite , ou de l'insertion d'un des muscles droits dans un point différent de son attache habituelle ( circonstances révélées à M. le professeur Rossi par l'autopsie cadavérique de sujets affectés de strabisme congénial et morts dans l'âge adulte) , il doit être soumis aux mêmes moyens que celui qui dépend d'un excès d'action d'un des muscles moteurs de l'œil.
Cette espèce de strabisme se développe presque toujours dans la première enfance, et vient de ce que l'on oblige un des muscles droits à un exercice répété , en donnant, par exemple, à l'enfant, dans son berceau, une position telle que la lumière lui arrive latéralement , ou qu'il ne puisse voir que d'un seul œil les objets qui attirent son attention. Dans ee cas , si la lumière arrive à l'enfant du côté droit , le globe de l'œil de ce côté est , par un mouvement instinctif, fortement dirigé en dehors , et le muscle droit externe de l'œil droit acquiert une prédominance marquée sur le droit interne du même œil. Le moyen de remédier à cet inconvénient est de condamner au repos l'œil gauche , de faire venir la lumière du côte gauche, et de présenter de ce côté, aux regards de l'enfant , les divers objets sur lesquels on veut exercer sa vue. De cette manière , le droit interne recouvrera des forces assez considérables pour s'opposer à l'action de son antagoniste , le droit externe , et l'équilibre sera rétabti.
Si les deux yeux se dirigent en dedans , on fixe sur eux deux coquilles de noix , dans lesquelles on a pratiqué un trou correspondant au milieu de l'orbite. Si l'enfant tourne la tête de côté et ne lit que d'un œil , on enlève les coquilles , on condamne un œil au repos , et on place au côté externe de l'autre orbite un objet qui invite l'enfant à tourner l'œil de ce côté. Quand cet œil a acquis une assez grande divergence , on le condamne au repos , et on use de la même prati-
que pour l'autre œil. Si les deux yeux divergent , c'est en dedans et sur le côté du ne* qu'on place l'objet. On y fixe , par exemple , une mouche de taffetas noir.
Pour rétablir le juste équilibre entre les puissances musculaires de l'œil, M. Rossi conseille des lunettes ainsi confectionnées : les Terres sont planes, d'une circonférence égale à celle de la base de l'orbite, recouverts d'un vernis noir ou d'un carton mince de la même couleur ; sur chacun d'eux on pratique deux ouvertures linéaires dirigées de manière qu'elles se croisent au centre du verre dans le point qui correspond à la pupille. Une de ces ouvertures est dirigée horizontalement , tandis que l'autre est oblique dans le même sens que celui où l'œil est entraîné vicieusement, commençant du côté vers lequel le strabisme a lieu, et se prolongeant vers le côté opposé en s'élargissant progressivement, de manière à former de ce côté une ouverture arrondie de quatre à six lignes de diamètre. Par suite de cette disposition des verres de lunettes, la plus grande masse de lumière qui vient frapper l'œil pénètre par un point directement opposé à celui vers lequel il est habituellement porté; et comme les muscles moteurs de l'œil dirigent cet organe au-devant de la lumière, celui qui détermine le strabisme agira alors avec une force bien moindre que son antagoniste, qui ramènera et maintiendra ainsi le globe de l'œil dans une direction opposée à celle qu'il conserve dans l'état de strabisme. En outre, par la disposition des seules parties transparentes du rerre, la force contractile des muscles reprendra peu à peu son équilibre, et le strabisme se dissipera. Il est très-important que l'ouverture oblique corresponde exactement à l'obliquité causée par le strabisme ; autrement on n'obtiendrait aucun résultat , ou bien , en détruisant la déviation existante , on en ferait naître une autre non moins défectueuse. Quant à la durée de l'emploi des lunettes ainsi confectionnées , elle est prolongée selon la persistance du strabisme et les progrès de l'amélioration qu'on peut obtenir. {Mémoire de V Académie des sciences de Turin. )
M. Rognetta pense que les différents moyens énoncés ci-dessus, et à l'aide desquels on prétend remédier au strabisme par l'accroissement de force de ceux des muscles de l'œil supposés les plus faibles, échouent le plus souvent , parce que la cause la plus ordinaire du strabisme consiste dans une faiblesse de la rétine. Ce médecin adopte par conséquent les idées de Buffon à ce sujet. Il a néanmoins modifié le procédé curatif du grand naturaliste , en ajoutant la lecture latérale a la simple obturation temporaire de l'œil sain , conseillée par Buffon.
L'œil , dans certaines professions , dans celle des fondeurs , des
forgerons , des ouvriers employés à casser les pierres qui servent à l'entretien des routes, etc., peut être exposé à l'action de corps vulnérants. Pour l'en mettre à l'abri , il suffit de recouvrir la figure d'un masque fait entièrement en toile métallique, ou d'un masque ordinaire dont les ouvertures correspondantes aux yeux sont garnies d'un tissu de fil de fer ou de cuivre. Ce masque est attaché au moyen d'une charnière au chapeau de l'ouvrier , ou fixé à la tête par un fil de fer, comme les masques d'armes.
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DEUXIÈME SECTION
HTG1BSE DE L KUCÉPIULE.
L'hygiène de l'encéphale n'est autre chose que la direction des fonctions exécutées par la masse nerveuse contenue dans le crâne , fonctions qui constituent ce qu'on appelle le moral de l'homme.
Mais quelles sont ces fonctions ? comment les divise-t-on ? quel est leur nombre? quelles dénominations conviennent soit aux groupes principaux qu'elles peuvent former, soit à chacune d'entre elles prises isolément ?
Si l'on était d'accord sur tous ces points , nous procéderions à l'étude de la direction des fonctions encéphaliques , de suite et sans préliminaires, comme nous l'avons fait pour les fonctions des sens externes ; mais il n'en est pas ainsi, et nous devons préalablement faire connaître quelles fonctions encéphaliques nous nous proposons de soumettre aux préceptes de l'hygiène.
Les fonctions qu'aujourd'hui nous rapportons à l'encéphale, et auxquelles on a aussi donné une autre source , ont assez généralement été divisées en deux groupes :
L'un comprenant tous les sentiments qui , principaux mobiles de notre conduite, nous entraînent d'une manière analogue aux besoins des organes intérieurs, et constituent ce qu'on appelle le caractère. On l'a désigné sous les noms de qualités morales, qualités du cœur, qualités affectives, affections de Y âme, penchants, passions.
L'autre embrassant toutes les facultés par lesquelles nous acquérons nos connaissances et reproduisons les diverses idées qui en sont la représentation, facultés qui comprennent les aptitudes et les talents divers, et que l'on désigne sous les noms de facultés intellectuelles, facultés de l'esprit, ou sous les dénominations collectives : intellect, entendement, intelligence.
Cette première division établie , certains moralistes , Volncy , par
HYGIÈNE DE L'ENCÉPHALE . Tl
exemple , ont fait dériver tous les actes de la première classe d'un seul sentiment , Yamour de soi : cette idée , admise comme Traie , n'apprend rien sur les actes si différents que Yamour de soi fait exécuter à l'homme , et ne nous est conséquerament d'aucune utilité pour étudier la direction de ces actes. L'homme, en effet , vole , tue, se livre aux plaisirs de l'amour ou aux inspirations de la bienveillance , poursuit la gloire, et cela , toujours par amour de soi, et cependant tous ces actes sont d'une nature différente. On les a donc divisés en les désignant improprement sous les noms de passions et d'affections, en affections agréables ou pénibles, gaies ou ttistes; en passions qui résultent de V état social , et passions qui résultent des besoins animaux ; mais ces dénominations, comme ces divisions, sont également défectueuses. Les premières confondent avec les sentiments naturels Y exagération de ces sentiments , qui seule constitue les passions , ou leur modification accidentelle qui constitue les affections. Quant aux divisions , elles supposent certains sentiments résultant de Yétat de société, comme si la source de tout sentiment et l'état social lui-même n'étaient pas le résultat de l'organisation. Nous reviendrons sur tous ces points : passons aux divisions admises pour le second ordre de fonctions de l'encéphale.
A l'exemple des moralistes, certains idéologistes , Locke, par exemple, ont réduit à une seule faculté (celle de sentir) toutes les facultés intellectuelles ; cette idée est très-juste. Mais , de même que Yamour de soi n'expliquait pas les actes si différents du caractère de l'homme, de même aussi la faculté de sentir n'explique en rien la variété si tranchée des actes de son intelligence. Sentir est un acte de la totalité de l'encéphale ; mais l'encéphale produit des actes extrêmement différents , sons doute parce que chaque partie de cet appareil sent à sa manière , ou plutôt ne sent que les impressions qui sont de son domaine, de même que chaque système nerveux des sens externes ne reçoit que les impressions qui lui sont propres , et est insensible à celles qui sont destinées aux autres sens. Le nerf optique , en effet , ne reçoit pas l'impression des sons ; le nerf acoustique , celle des couleurs.
Les idéologistes ont donc aussi compris la nécessité de diviser les actes qui constituent l'entendement. Gondillac a admis comme facultés primitives, la sensation, Yattention, là comparaison, le jugement, la réflexion , Yimagination , le raisonnement; M. de la Romîguière , Yattention , la comparaison , le raisonnement; M. Destutt-Tracy , la perception , la mémoire , le jugement et la volonté.
Voilà où en était la science des facultés morales et intellectuelles de l'homme, lorsque Gall , qui déjà leur cherchait des signes extérieurs , s'apercevant qu'il ne pouvait vérifier , par l'observation de la nature,
HYf.IÈNE DE L'ENCÉPHALE.
les facultés décrites dans les ouvrages des métaphysiciens , et reçues par la philosophie des écoles, s'arrêta à la manière commune de saisir et do nommer les divers penchants , sentiments et talents des hommes et des animaux. « Jamais, dit ce physiologiste, je n'ai entendu parler autrement d'un homme à grand talent , d'un homme d'un caractère prononcé, qu'à peu près dans ces termes : C'est un musicien né , un poëte-né ; il a un talent inné pour les mathématiques ; il a la passion de bâtir , de voyager ; il est très-porté pour les femmes ; il a une ambition insatiable ; il est d'une fierté révoltante ; c'est un entêté , etc. » (Tome m , page 133).
Gall se résigna donc à laisser de côté les facultés admises par les moralistes et les idéologistes , à suivre une route plus rapprochée de la nature qu'ils n'avaient pu le faire , et à tenir compte des facultés par lesquelles se distinguent communément les hommes de toutes les classes, soit dans les familles , soit dans les collèges, soit dans les différents postes qu'ils occupent; il s'éclaira aussi de la comparaison de l'homme avec les animaux, et décrivit vingt-sept facultés fondamentales. Sans prétendre qu'il ait compris dans les facultés dont il donne l'histoire naturelle , tout ce qui a rapport au moral et à l'intelligence , nous pouvons pourtant dès à présent avancer, 1° qu'à l'aide des facultés admises par Gall, on explique plus complètement l'homme, on se rend mieux compte de ses diverses actions et des motifs de sa conduite, qu'on ne pourrait le faire à l'aide des facultés admises par ses prédécesseurs ; 2° que Gall nous parait n'avoir admis , pour la plupart au moins des facultés qu'il décrit comme fondamentales , que celles que tout le monde reconnaît sans effort de pensée , que tout le monde est à même d'observer journellement , dont le peuple se rend compte , par la simple observation , tout aussi bien que les gens les plus instruits ; que celles dont le plus simple bon sens ne peut contester l'existence , et que la nature nous offre en plus ou moins grande partie , et en des degrés plus ou moins élevés , dans les animaux les plus rapprochés de l'homme. H désigna ces facultés sous les noms de : instinct de propagation (amour physique) , amour de la progéniture , instinct de propre défense , sentiment de propriété, instinct de construction, etc., etc. Nous n'achèverons pas cette énumération de facultés, parce que nous serons obligé de faire une histoire sommaire de celles dont nous traiterons l'hygiène.
Mais , d'après les idées de Gall , et en admettant comme réellement existantes les facultés qu'il décrit , que sont donc la perception, Y attention , la mémoire, et les autres prétendues facultés admises par les idéologistes? Suivant le physiologiste allemand , au lieu d'être des facultés radicales , fondamentales , primitives , elles ne sont que les
attributs généraux des véritables facultés fondamentales. Laissonsle parler:
« La faculté des rapports de l'espace et la faculté des rapports des tons , sont deux talents particuliers , deux facultés primitives , fondamentales. Or , dans la faculté des rapports de l'espace , il y a perception , puisqu'il faut d'abord percevoir ces rapports ; il y a attention, sans quoi ces rapports ne fixeraient aucunement l'individu ; il y a souvenir et mémoire, autrement aucun animal ne retrouverait l'endroit de son séjour; il y a comparaison et jugement, autrement l'individu confondrait un lieu avec l'autre ; et le paysagiste, qui combine ou qui invente des sites, doit en avoir Yimagination. De même, le musicien ne serait pas musicien , surtout pas musicien compositeur , s'il ne percevait pas les rapports des tons, s'il n'en avait ni le souvenir ni la mémoire, s'il n'en jugeait pas les rapports ou la mélodie et l'harmonie, s'il n'avait pas l'imagination pour en inventer de nouvelles combinaisons.
« Ainsi , l'attention , la perception, le souvenir, la mémoire, le jugement , l'imagination , ne sont autre chose que les divers modes d'exercice d'une faculté fondamentale quelconque. Ils sont essentiels à chacune de ces facultés , quand elles sont graduées jusqu'à la puissance de créer, jusqu'à ce que l'on appelle génie. Quand elles sont faibles, il y a un faible degré d'attention, de perception, de mémoire, un jugement défectueux, et point d'imagination.
« Ceci explique comment l'on peut avoir une forte attention , une perception très-facile, une mémoire tenace, un jugement extrêmement juste, une imagination inventive et brillante dans un certain talent, et être presque imbécille dans un autre.
m 11 en est ainsi de tous les talents, de toutes les facultés. La perception, l'attention, le souvenir, la mémoire, le jugement , l'imagination, l'intellect, l'intelligence, la pensée, la comparaison, la réflexion la préférence, l'entendement , ne sont donc pas des forces existantes par elles-mêmes; elles sont nécessairement attachées à un objet, à un talent déterminé, et n'en sont que des attributs. >» (page 133.)
Ces attributs généraux manquent là où n'existe pas la faculté fondamentale , le talent déterminé dont ils ne désignent que des modes d'existence, d'activité, d'exercice. Le chien, qui n'a pas comme le rossignol ou le merle, le talent inné de la musique, ne peut être doue d'attention, de mémoire ni d'imagination pour la musique comme le rossignol et le merle.
Ce» attributs peuvent manquer relativement à une faculté , et se trouver tous réunis relativement à une autre. Un homme peut , on effet , sur un point, manquer de perception, de mémoire, de jugement, d'imagination, et jouir de tous ces attributs sur un autre point .
On peut avoir de la mémoire pour les nombres, et n'en point avoir pour les lieux. On peut avoir de l'imagination pour la peinture, pour la poésie, et n'en point avoir pour la musique, et vice versa. Si le mot imagination désignait une force fondamentale réelle, lorsqu'un homme aurait de l'imagination pour un objet, il devrait en avoir pour tous ; or, cela n'existe pas.
Ce que nous disons de l'imagination et de la mémoire peut s'appliquer également aux autres attributs ; ils sont comme les adjectifs, qui n'ont de valeur réelle qu'autant qu'ils sont joints au substantif, et ne désignent, nous le répétons, que les modes d'activité ou d'exercice d'une faculté quelconque.
1° Source des qualités morales et des facultés intellectuelles.
Exagérant les idées de Pythagore et de Platon , les métaphysiciens imaginèrent , pour la production des seuls actes moraux et intellectuels, une entité qu'ils dotèrent de qualités négatives, qu'ils firent invisible , impalpable , impondérable , sans étendue , insaisissable , immatérielle , entité qui est encore une idée sans modèle, ou plutôt une absence d'idées, et que repousse la sévérité de la science. Par une contradiction difficile à comprendre, les mêmes métaphysiciens qui rapportaient les actes intellectuels si divers de l'homme à une cause unique et surnaturelle , soutinrent que les mêmes actes chez les autres animaux étaient le résultat d'un aveugle mécanisme, et cela sans considérer que la raison et l'expérience veulent que les mêmes causes produisent partout les mêmes effets , que la bile soit produite dans le foie du chien comme dans celui de l'homme, et que celui-ci ne présente plus de sentiments et d'intelligence, que parce que son cerveau a un plus grand volume et un plus grand nombre de circonvolutions, que parce que, en un mot, la cause de ces facultés est plus manifeste. Avec un peu d'étude de la nature , ils eussent vu sans efforts, que depuis l'animal le plus simple , le zoophyte, jusqu'au plus compliqué, Yhomme, l'accroissement insensible et gradué des facultés, de quelque nature qu'elles soient , correspond toujours partout, et sans exception, au perfectionnement des organes.
Si nous admettions l'opinion des métaphysiciens , nous serions dispensés de faire l'hygiène des actes moraux et intellectuels ; car faire l'hygiène d'un acte veut dire faire l'hygiène de l'agent qui le produit donner le moyen de le modifier : or , il ne peut y avoir de prise sur un principe surnaturel , immatériel : l'éducation , les précepte» de la morale, ceux de la religion , f influence de l'exemple , tout donc deviendrait inutile. On voit dans quelles conséquences nous jetterait l'admission d'un pareil principe. Mais il n'en est pas ainsi : «ous
voyons, au contraire, les facultés intellectuelles et morales dans une grande dépendance de tous ces objets. Elles se développent avec un organe , se dérangent quand celui-ci s'altère , s'affaiblissent quand il se dégrade, sont influencée» quand il l'est par un peu de café, de vin, de calorique, d'électricité atmosphérique, etc.; cessent tout à fait pendant le sommeil, s'étendent quand l'organe prend plus de développement par l'exercice , variant dans chaque individu , homme ou animal, dans chaque sexe, cessent subitement quand l'action de 1 organe qui les produit est neutralisée par la compression, reparaissent quand l'organe cesse d'être comprimé, et cela sans laisser le moindre souvenir de ce qui s'est passé pendant la compression, etc., etc.
Tous les physiologistes sont aujourd'hui d'accord sur la source des facultés intellectuelles. Quant à ce qui est des qualités morales, quelques auteurs, au nombre desquels on doit citer Bordeu, Buffon , Lacaze, Gabanais, et avant eux Platon, ont prétendu en trouver la cause dans des viscères affectés aux fonctions nutritives et tout à fait automatiques. Ils ont lait dériver l'ambition du foie, le courage du cœur, etc. C'est là , suivant nous , une opinion erronée , bien qu'elle ait pour elle encore des penseurs distingués.
Gall a prouvé que l'encéphale est seul , et à l'exclusion des autres organes de l'écouornie, l'instrument non pas seulement des facultés intellectuelles, mais encore des qualités morales. On peut consulter dans ses ouvrages l'immense quantité de preuves dont il étaie cette opinion.
Mais cet encéphale est-il un organe unique, ou est-il composé d'un certain nombre d'organes ? en d'autres termes, agit-il tout entier pour produire un acte intellectuel ou moral quelconque , ou chacune de ses parties agit-elle séparément dans la production des actes essentiellement différents dont il est l'organe? Âlbert-le-Grand , évêque de Ratisbonne , Willis , Sœmmering ont laissé entrevoir cette dernière opinion ; Charles Bonnet l'a énoncée d'une manière assez précise. Les physiologistes n'en ont pas moins continué d'envisager l'encéphale comme un organe unique, et ne lui ont reconnu pour fonctions que les prétendues facultés élémentaires admises par les métaphysiciens. Alors Gall, le premier, a cherché à établir, d'après des observations faites sur l'homme et les animaux, que l'encéphale est composé d'autant d'organes qu'il existe de penchants et de talents essentiellement différents. Sans la pluralité des organes composant l'encéphale, comment, en effet, se rendre compte, dans le même individu, de la prédominance d'un talent, d'une faculté , et do l'infériorité des autres ; du pouvoir de suspendre la fatigue de certaines facultés en en exerçant d'autres j d'une folie partielle, c'est-à-dire roulant sur toute la
sphère d'une faculté, tandis que toutes les autres sont saines ; enfin, de la perte absolue d'une faculté par une lésion d'une partie de l'encéphale, tandis que les autres facultés restent dans l'état où elles se trouvaient avant la lésion, et de mille autres faits analogues à ceux-ci?
Relativement au mécanisme des opérations intellectuelles, Aristote, et, depuis lui, Bacon, Locke et Gondillac, ont regardé le cerveau comme une table rase, où ne s'imprime que ce qui arrive par les sens. Cabanis a ajouté aux impressions venues des sens externes celles qui viennent des sens internes , c'est-à-dire les impressions que donnent à l'encéphale les divers viscères. La première proposition n'expliquera jamais comment des individus , nés avec les mêmes sens, offrent des résultats si variés dans les opérations intellectuelles, surtout quand l'éducation a été la même pour ces individus. L'assertion de Cabanis n'ajoute guère de valeur à celle de Condillac ; car il nous vient bien peu d'idées des viscères , qui , dans l'état sain , n'avertissent l'encéphale de ce qui se passe dans leurs actes, que lorsqu'ils ont des besoins. Les résultats si variés que présentent les dispositions et les actes intellectuels et moraux chez les divers individus tiennent donc aux modifications qui existent dans l'organisation encéphalique ; et c'est encore là un point que Gall a mis hors de doute. Les dispositions intellectuelles et morales sont donc innées, et les sensations diverses qui résultent d'impressions reçues par les sens externes ou par les viscères , sont seulement pour l'encéphale, l'occasion , l'excitant propres qui font entrer cet organe en action.
Daus l'assignation de la source des qualités morales et des facultés intellectuelles , Gall a prétendu aller plus loin que ne l'avaient fait ceux de ses devanciers qui avaient énoncé, soit vaguement, soitd'une manière positive, la pluralité des organes. D abord il s'est efforcé de la prouver, ainsi que je viens de le dire; ensuite il a désigné vingtsept parties de l'encéphale comme affectées aux vingt sept facultés fondamentales différentes qu'il admet. De plus, il a donné les moyens de reconnaître à la surface du crâne , et par les saillies que le cerveau imprime à cette enveloppe le plus ou moins de développement de ces organes, et conséquemment le plus ou moins d'étendue des facultés auxquelles ils président. C'est là la partie des travaux de Gall sur laquelle on ne peut se prononcer de prime-abord, et pour la confirmation ou le rejet de laquelle il faut, comme il l'a fait, longtemps et attentivement observer. Comme dans cette partie il s'agit de faits et d'inductions, et non de raisonnement a priori, on ne peut opposer à Gall que des faits : or, toute la réfutation doit consister à lui en présenter de contradictoires à ceux qu'il émet.
Depuis Gall, la science des actes intellectuels et moraux n'est point
restée stationnaire. Si ses disciples ont religieusement adopté les principes fondamentaux de sa doctrine, s'ils ont respecté la distinction si lumineuse qu'il a établie entre les facultés spéciales et leurs attributs généraux ; s'ils n'ont rien retranché du nombre des facultés spéciales qu'il a admises, et rien changé relativement aux parties affectées à ces facultés , ils ont pourtant modifié sa nomenclature , établi parmi les facultés spéciales une sorte de classification , ajouté quelques facultés nouvelles à celles que Gall avait admises , restreint l'étendue d'action de quelques-unes de celles-ci , donné entrée définitive dans la science à quelques facultés que Gall ne regardait point comme suffisamment établies , mais dont il avait fait pressentir l'existence; enfin, moins difficiles peut-être sur les preuves que ne l'était le maître , ils se sont hâtés d'assigner à l'exercice de ces facultés quelques portions encéphaliques dont l'usage était resté indéterminé.
Quelques-unes des modifications précitées ont peut-être , pour nous servir de l'expression de M. Leuret, bourré la phrénologie de ridicule; mais certainement d'autres sont un progrès réel. Ainsi , pour citer un exemple de ces dernières , le sentiment , dans la sphère d'exercice duquel Gall a compris les actes de bienveillance et de justice , a été , avec beaucoup déraison, divisé, et l'étendue de son action restreinte; car , chaque jour , on rencontre des gens très-bienveillants qui n'ont pas le moindre sentiment de justice , et, vice versa, des gens extrêmement justes qui ne sont animés d'aucun -sentiment de compassion et de bienveillance, à la vue de la souffrance d'autrui lorsqu'elle est méritée.
Quant à l'ordre adopté aujourd'hui pour la description des facultés , c'est , à peu de modifications près , celui que , du vivant de Gall, avait établi Spurzheim , qui avait divisé toutes les facultés spéciales de l'encéphale en facultés affectives et facultés intellectuelles, subdivisé les premières en penchants et sentiments; les secondes en facultés perceptives et facultés réflectives.
2° Conséquence des deux articles précédents. Déterminations des attributs
des facultés intellectuelles et morales.
Des détails dans lesquels nous sommes entré sur les doctrines des facultés morales et intellectuelles , détails trop courts , trop imparfaits, relativement au sujet considéré en lui-même , mais trop longs déjà relativement au genre de travail qui nous occupe , on a pu inférer, 1° que les opinions de Gall sur les fonctions de l'encéphale sont celles qui nous paraissent se rapprocher le plus de la nature , et découler le plus immédiatement de l'observation ; 2" qu'avant les travaux de ce physiologiste , nous n'avions rien sur quoi nous pussions
raisonnablement baser une hygiène spéciale des fonctions encéphaliques, et que c'est là la raison pour laquelle cette partie était , avant la première édition de notre travail, ou omise , ou si incomplètement exposée dans les ouvrages d'hygiène , dont les auteurs se guidaient moitié sur les abstractions des métaphysiciens , moitié sur les opinions erronées reproduites par Cabanis ; S° enfin , que ce doit être des facultés admises par Gall , de celles du moins d'entre elles qui ne sauraient être méconnues , que nous étudierons la direction. Il nous reste maintenant, avant d'entrer en matière, à spécifier d'une manière bien précise différents termes qu'on emploie souvent sans y attacher de signification exacte.
Nous avons à étudier l'hygiène de l'encéphale , c'est-à-dire de l'organe le plus important de l'économie, composé d'un certain nombre de parties différentes , desquelles est dépendante la manifestation de tous les actes intellectuels et moraux.
L'excitant propre de l'encéphale est toute impression capable d'être perçue, c'est-à-dire reçue avec conscience par cet organe. Mais, comme chaque faculté essentiellement différente a, de même que chaque sens externe , son organe différent , clic a aussi un excitant fonctionnel différent. Les impressions, propres à mettre en jeu la vanité, ne sont pas celles qui mettent en jeu l'amour.
On entend par attribut général ce qu'il y a de commun dans les qualités et les facultés fondamentales, comme , par exemple , l'attention, la perception, la mémoire. Attribut général est, pour les facultés fondamentales de l'encéphale , ce qu'est pour les corps de la nature l'expression propriétés générales. Ainsi, pesanteur, étendue, impénétrabilité, indiquent des propriétés générales des corps , et ne désignent pas des corps particuliers , comme les mots fer, or, plomb , etc. De môme , attention, perception , mémoire , indiquent des attributs, mais ne désignent pas des facultés particulières , comme le font les mots sens de la musique , du calcul, etc.
Les attributs des différentes qualités morales et facultés intellectuelles sont les suivants :
Perception. C'est la réception , par une partio encéphalique quelconque , des impressions faites par les objets qui lui sont relatifs.
Attention. C'est la réaction active d'une faculté , sur un objet de son domaine.
( Quand je me sers des mots faculté ou qualité , c'est comme si je disais: partie ou organe encéphalique. Faculté est, en effet, le pouvoir qu'a un organe de fonctionner ; faculté intellectuelle , pouvoir qu'a le cerveau de comprendre ; faculté Higestivc , pouvoir qu'a l'estomac de digérer, etc.)
Aléatoire. C'est l'action par laquelle un organe renouvelle les modi < lications que lui ont imprimées les objets de son domaine , et cela sans nouvelle influence de la part de ces objets, ou lors même qu'ils sont absents.
Jugement. C'est l'action d'une partie encéphalique comparant entre elles les modifications qu'elle reçoit ou qu'elle réveille en elle-même, afin d'en découvrir les rapports et les effets.
Réflexion. Exercice du pouvoir qu a le cerveau de se modifier luimême et de considérer ses propres opérations.
Imagination. C'est le pouvoir qu'a une faculté de se former , de se créer , par sa propre énergie , par sa propre activité , des perceptions nouvelles (relatives aux objets de sa sphère), sur le modèle de celles qu'elle a reçues par l'action des objets extérieurs sur les sens.
Génie signifie à peu près la même chose : c'est le développement assex fort d'un organe pour découvrir, par sa seule énergie , les lois des objets qui lui sont relatifs.
V olonté. C'est la possibilité qu'a l'encéphale d'être dispose à l'action par des motifs , c'est-à-dire par des objets extérieurs , des idées ou des sentiments intérieurs qui font naître cette disposition.
Beaucoup d'hommes croient leur volonté parfaitement libre, parce qu'ils n'aperçoivent pas les motifs qui la déterminent , tandis qu'une volonté parfaitement libre , c'est-à-dire sans motifs , ne pourrait être le partage que d'un fou ; encore me trompé-je , car ce fou a , pour se porter à des actes de folie , des motifs qui, à la vérité, sont erronés , mais qui n'en sont pas moins des motifs. 11 croit voir un ennemi sur lequel il se jette, il croit être inspiré par un être supérieur, etc. : voilà les motifs qui le déterminent.
Désir. Ce mot dit moins que volonté ; il signifie même autre chose, suivant Gall. Le désir, dit ce physiologiste, n'est que l'impulsion résultant de l'activité d'un seul organe , tandis que, pour qu'il y ait volonté, il faut le concours de l'action de plusieurs facultés intellectuelles supérieures ; il faut que les motifs soient pesés , comparés et jugés , «t c'ast la décision résultant de cette opération qui s'appelle volonté.
Passion. Ce mot désigne le degré le plus élevé d'une qualité morale et même d'une faculté intellectuelle quelconque, degré porté jusqu'à l'état de souffrance (pati), et dans tous les cas, nuisible à l'individu qui éprouve cet état. .
Ce n'est ordinairement qu'à l'exaltation des qualités morales qu'on donne le nom de passion , cependant l'exaltation des facultés intellectuelles peut aussi être montée à un degré d'entraînement assez élevé pour faire souffrir , pour constituer une passion. Le sens du rapport
des tons, qui constitue le talent du musicien, ne peut-il pas être excité au point de pousser l'individu qui en est doué à faire continuellement de la musique? Il en sera de même pour la poésie , etc.
Goût, penchant, désir , passion , expriment donc des degrés divers d énergie d'un organe encéphalique quelconque.
Affection, C'est la modification d'une qualité morale par l'effet d'une influence venue du dehors ou née au dedans de l'individu. La peur est une affection de l'instinct de la propre défense; le repentir est une affection du sens moral; là jalousie est une affection pénible du sentiment de vanité, qui naît chez une personne à l'occasion d'une préférence dont une autre est l'objet. (Voyez ces mots dans les chapitres qui suivent. ) Le plaisir et la peine sont des affections communes à toutes les qualités fondamentales , parce que toutes peuvent s'exercer avec bien-être ou malaise. Et nous pouvons dire ici des affections ce que nous avons dit des passions, savoir: que les deux ordres de facultés ne peuvent , en quelque sorte , être atteintes ; que , par exemple , le sens du rapport des tons peut être affecté désagréablement chez le musicien qui entend de mauvaise musique. L'affection est une modification propre à toute la matière nerveuse; c'est le commencement de l'état pathologique ; c'est Virritation de M. Broussais.
Instinct. Ce mot, dans l'acception que lui donne Gall, est un sentiment , un mouvement intérieur indépendant de la réflexion et d'une véritable volonté, une impulsion qui pousse à certaines actions un être vivant, sans que celui-ci ait une idée distincte ni de moyens ni de but.
Il y a autant d'instincts que de facultés fondamentales spéciales : l'homme et tous les animaux ont Yinstinct de propagation; le lion a l'instinct carnassier ; l'homme et le castor ont Yinstinct de construction. Ce ne sont certainement point les mêmes organes qui déterminent des instincts si opposés, produisent des phénomènes si différents. Un effet particulier nécessite une cause particulière. Les instincts existent donc chez l'homme comme chez les animaux. Le mot instinct ne désigne donc pas une force générale créant les actes différents des animaux ; il ne désigne que l'activité des différentes facultés fondamentales.
Ce langage est différent de celui des métaphysiciens. L'instinct est, pour eux, quelque chose dyocculte, de mystérieux, qui produit tous les actes encéphaliques des animaux , quelque différents qu'ils soient , comme l'âme produit tous ceux de l'homme.
Maintenant que nous avons déterminé la valeur des mots qui désignent les attributs des qualités et facultés fondamentales, on peut sentir combien sont inexactes ces expressions passions gaies, passions tristes , ainsi que ces assertions banales dans lesquelles on regarde certaines passions comme un bien, une source de bien, une source de
ma/, comme affectant le cerveau , comme agissant sur le physique , etc. Une passion, n'étant que l'action trop élevée d'un organe, ne peut jamais être une disposition favorable a l'organisme , quand même ce serait la passion de la bienveillance (voyez ce mot). La qualité fondamentale , au contraire , dans son degré modéré , ne peut jamais être un mal , cette qualité fût-elle Vinstinct carnassier , source de tant de crimes. Mais ce qui est un mal, ce qui constitue les vices , Jes délits , les crimes , les maladies, ce sont les exagérations des facultés naturelles , ou plutôt les actions auxquelles nous entraînent de trop grands développements organiques. Ainsi l'instinct de propagation, mouvement intérieur qui rapproche un sexe de l'autre dans le but de la procréation , est un sentiment naturel aussi nécessaire à la conservation des espèces que la sensation de la faim l'est à celle des individus. On ne peut donc nier que, contenu dans de justes bornes, il ne soit un bien : cependant le même instinct exagéré constitue un mal , un vice , qu'on appelle libertinage , et devient la source d'une foule de désordres. Il en est demémede Yinstinctde propriété, sentiment naturel, et qui, porté trop loin, peut devenir passion et constituer l'avarice ou le vol , etc. , etc.
8° Effets de l'exercice encéphalique , considéré d'une manière générale.
L'encéphale est passible d'éducation et susceptible de perfectionnement : l'exercice le modifie profondément , lui donne une grande activité , rend faciles les actes qu'il exécute. Les parties encéphaliques les plus exercées augmentent de volume , comme les moins exercées en diminuent. Ce dernier fait est moins appréciable ici que dans les autres organes , parce que les changements dans l'organisation nerveuse sont loin d'être apparents comme dans l'organisation celluleuse musculaire , etc. Je n'ai pas besoin de dire que l'exercice de l'encéphale est nécessaire pour la conservation de l'individu et de l'espèce ; ce point sera mis hors de doute à mesure que nous avancerons dans l'étude isolée des diverses facultés encéphaliques.
L'exercice de l'encéphale , porté à l'excès , produit d'abord le développement et l'excitation exclusifs de cet organe ; il en dénature ensuite les fonctions , et jette le trouble dans celles du cœur , de l'appareil digestif, etc. Il est nuisible à la nutrition des muscles et à la nutrition générale , qui ne peuvent avoir lieu quand les organes nutritifs sont entravés dans leurs fonctions. 11 est nuisible aux actes de tous les organes , puisque ceux-ci ne peuvent se perfectionner par l'exercice , quand l'encéphale, concentré sur l'objet qui l'occupe, les force tous à une inaction plus ou moins complète , et quand , la plupart du temps , les besoins qu'ils manifestent ne sont pas écoutes.
L'espèce de phénomène d'érection qui a lieu dans l'encéphale pendant ses exercices divers, portés trop loin , détermine une irritation qui se manifeste de mille manières et à mille degrés différents. Chaleur , douleur de tête , phlegmasie aiguë ou chronique , folie , paralysie, apoplexie, et même épilepsie, tels sont les phénomènes qui peuvent survenir dans l'encéphale , suivant l'espèce d'impressions et leur manière d'agir lente ou rapide.
Les autres effets de l'exercice encéphalique porté à l'excès ont lieu dans les divers points de l'économie. Le premier de tous est une irritabilité plus grande de toutes les parties , tant de celles qui concourent aux fonctions de nutrition que de celles qui concourent aux fonctions de relation. Les viscères , comme les sens externes , deviennent susceptibles. A ces effets se joignent la faiblesse des muscles , la langueur ou le trouble des fonctions viscérales. Les organes thoraciques et abdominaux deviennent le siège d'affections d'autant plus difficiles à guérir qu'elles se forment plus lentement et qu'on y donne moins d'attention. Elles restent longtemps sans produire de fièvre, amincissent , épaississent , en un mot , désorganisent les tissus.
L'encéphale réagit de préférence sur ceux des viscères qui sympathisent le plus avec lui , et surtout sur ceux qui sont le plus irritables. Ainsi , chez les individus doués du tempérament sanguin , ce sont les poumons et le cœur qui deviennent malades ; chez les bilieux ce sont l'estomac, le duodénum, le foie, qui s'affectent de préférence ; chez les lymphatiques , les glandes mésentériques , et même quelquefois les glandes lymphatiques sous-cutanées. J'ai vu chez quelques personnes l'intestin s'irriter et la diarrhée continuer , tant que durait le travail intellectuel d'une manière trop active. Ce dernier cas est le plus rare.
Si l'encéphale , au lieu d'être exercé longtemps , est modifié subitement par une impression forte {affection) , les phénomènes sont différents , ou plutôt la marche en est rapide , instantanée ; elle revêt un caractère aigu. Ainsi , le cerveau , au lieu de s'échauffer et de s'irriter graduellement , devient de suite le siège d'une congestion qui peut donner la mort , comme le ferait un coup de massue ; le cœur , au lieu de devenir lentement anévrysmatique, peut se rompre dans une palpitation violente ; les petits vaisseaux du poumon , au lieu de rester longtemps injectés , peuvent se déchirer ; enfin , l'estomac , le foie et même l'intestin peuvent manifester les plus grands désordres : il n'est pas jusqu'aux reins qui ne puissent être affectés. La mort arrive d'autant plus subitement que les organes qui auront le moins résisté au choc reçu ou transmis seront plus importants.
Il est impossible de préciser davantage les effets de l'exercice encé-
phalique porté trop loin, quand on se borne à l'envisager d'une manière générale. Il y a une différence trop immense entre letat de l'encéphale mis enjeu par les impressions qui produisent la manifestation des actes moraux, et l'état de l'encéphale mis en exercice par les impressions qui donnent lieu à la manifestation des actes intellectuels.
L'inaction des organes encéphaliques rend leurs actes difficiles, et aucun usage n'est plus pernicieux aux facultés intellectuelles , que ces longues vacances qu'on donne dans les grandes institutions publiques. L'inaction encéphalique intellectuelle et morale ne se rencontre jamais complètement que chez un individu tout à fait idiot; mais quand l'encéphale forme rarement des combinaisons intellectuelles, quand ses actes moraux ne s'élèvent jamais à l'état de passion, quand il n'est pas ou presque pas susceptible d'éprouver ces modifications passagères appelées affections; quand, en un mot, il existe inactivité intellectuelle et morale , les fonctions assimilatrices possèdent alors la plénitude d'énergie que partageait ou que leur enlevait l'encéphale, dans les circonstances opposées. L'appétit est toujours complaisant, la digestion facile, le sommeil parfait , le pouls plein et régulier. C'est ce que l'on observe plus particulièrement chez l'enfant au berceau, dont les occupations consistent à boire, manger et dormir.
Mais ce dernier état doit cesser d'exister quand l'organisation est complète. L'homme se doit aux liens de la famille et à ceux de la société, parce que ses facultés sont disposées pour ce but (voyez Sociabilité). Il doit donc choisir un juste milieu entre les extrêmes opposés, et sagement combiner les exercices des facultés intellectuelles et des qualités morales avec ceux des organes de la locomotion et des viscères. Alors il n'en résulte aucun inconvénient pour l'économie , et Ton tend vers la seule perfection désirable. A combien d'avantages pour la santé, pour le bonheur et pour l'embellissement de la vie, ne faudrait-il pas renoncer s'il fallait laisser dans l'inaction les qualités morales, et négliger la culture des facultés intellectuelles !
On avance généralement que l'exercice de l'encéphale affaiblit les forces musculaires et les forces nutritives : c'est son abus seul qui cause cet affaiblissement ; car, en alternant les deux espèces d'exercices, on trouve le moyen de fortifier à la fois les deux ordres d'orga- • nés. Il y a plus : c'est que, si l'exercice des muscles est nécessaire pour les rendre forts, celui de l'encéphale ne l'est pas moins , je ne dis pas pour utiliser la force , ceci est trop clair , mais pour que la force, quelque grande qu'elle soit , ne fasse pas défaut dans certaines occasions. Ainsi , par exemple , si l'observation a démontré que les forces sont quelquefois anéanties par la peur, poussée à l'extrême,
n'est -il pas avantageux, pour prévenir un aussi fâcheux effet, d'exercer et de développer le sentiment du courage par une éducation cérébrale appropriée ? Cette opinion sera mise hors de doute aux articles Instinct de propre défense et Vanité*
Mais quand l'exercice de l'encéphale, alterné avec celui des muscles, s'opposerait au développement d'une constitution athlétique, ce qui peut être vrai, serait-ce une raison pour renoncer à établir le plus possible l'équilibre dans les forces organiques ? Non : cet équilibre seul fonde la santé et le bonheur : les développements partiels et extraordinaires de certains organes s'opposent à l'un et l'autre. Les peuples barbares et les nations qui croient avoir reculé la civilisation jusqu'à son dernier période, tombent les uns et les autres dans l'extrême. Chez les premiers , la perfection des forces musculaires et des sens externes est le premier mérite ; chez les seconds, le premier rang est départi au plus grand perfectionnement que puissent atteindre les facultés intellectuelles. Dans l'un et l'autre cas , le bonheur est limité par l'exercice trop borné des facultés; la destination de l'homme n'est pas remplie, et le problème de son perfectionnement n'est pas résolu.
L'homme qui médite n'est pas un animal dépravé , comme le prétend Rousseau. Si ce philosophe eût dit : « L'homme qui ne fait autre chose que méditer, etc., » l'assertion serait vraie, tandis qu'elle n'est que paradoxale, puisque l'homme a un cerveau pour méditer comme il a un estomac pour digérer.
Il n'est pas seulement utile d'alterner l'exercice de l'encéphale avec celui des muscles, il est encore utile d'alterner entre eux les exercices des différentes facultés encéphaliques, de varier l'objet des travaux intellectuels. C'est le moyen de donner aux différentes parties de l'encéphale le repos et l'action qui leur sont nécessaires, et d'économiser beaucoup de temps.
Avant d'entamer la direction spéciale des facultés fondamentales, disons que, si beaucoup d'elles se manifestent dès l'enfance, d'autres ne se manifestent que plus tard ; que , quelle que soit l'époque de leur manifestation , il importe d'abord qu'on se pénètre bien de ces vérités : que l'exercice ne crée aucune faculté , mais suppose l'existence de celle-ci, puisqu'on ne saurait exercer ou mettre en action ce qui n'existe pas ; ensuite qu'on ne doit tenter la direction d'aucune faculté sans que le plus ou moins de développement qu'elle manifeste, n'ait été apprécié et jugé dans l'état le plus parfait de liberté et d'indépendance. Pour savoir si vous devez développer ou réprimer chez un enfant Y instinct de propre défense ou bien la vanité, il faut que vous ayez laisse manifester en liberté ces sentiments, sans quoi vous vous
HYGIÈNE DE LUSNCÉPHALE, 85
exposerez à réprimer ce que la nature aura déjà fait trop faible , ou à développer ce qu'elle aura fait trop fort. Laissez donc l'enfant donner en liberté les premières manifestations de son caractère , de ses dispositions morales ou intellectuelles, après quoi tous ajouterez ou tous retrancherez. Mais ne hâtez rien : commencez par observer les dispositions de votre élève , et ne jugez jamais des siennes par les vôtres propres.
REMARQUE RELATIVE AU NOMBRE DES FACULTÉS DOHT L'flTGIÉNE VA ETRE