‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 16 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE L'iHSTISCT DE LA PROPAGATION.

Cet instinct est celui qui, dans chaque espèce animale, sollicite les individus de sexe opposé à se rapprocher pour effectuer l'œuvre de leur reproduction. La nécessité de cet instinct, aussi indispensable à la conservation des espèces que la sensation de la faim l'est à celle des individus, est trop évidente pour que nous nous arrêtions à prouver qu'il est indépendant de l'éducation , des circonstances extérieures, etc. Je pense que personne ne contestera à Gall que l'instinct de propagation ne soit véritablement une faculté fondamentale. Elle est, en effet, indépendante des autres facultés , se manifeste plus tard et disparaît plus têt qu'elles, peut être seule active au milieu des autres, ou seule languissante , etc.

On ne peut faire dépendre l'instinct de la propagation des organes génitaux externes ; car bien des différences dans ces organes n'en apportent aucune dans le penchant ; on voit souvent des enfants qui n'ont point ces organes développés, et chez lesquels il n'existe aucune sécrétion , être portés impérieusement vers un sexe opposé au leur , et s'adonner aveuglément à l'exercice de la volupté ; des vieillards chez lesquels la source du prétendu excitant est tarte , être tourmentés par des désirs que le flasque rétrécissement de leurs parties sexuelles ne permet plus de satisfaire ; des castrats et des eunu-

que8 continuer de rechercher avec ardeur les jouissances vénériennes; des femmes privées , par vice de conformation primitive , d'ovaires et de matrice , n'en ressentir pas moins l'aiguillon de la chair , etc. C'est sur ces faits et mille autres semblables , que Gall s'appuie pour ranger l'instinct de la propagation au nombre des forces fondamentales encéphaliques. Georget a soutenu cette opinion , en démontrant , dans sa Physiologie du système nerveux , la manière dont naissent la plupart du temps les désirs vénériens.

Gall regarde le cervelet comme l'organe de l'instinct de la propagation , et voici quelques-uns des faits sur lesquels il fonde son opinion. Les animaux dont la propagation ne s'effectue pas parle concours des deux sexes n'ont rien qui ressemble au cervelet. La partie encéphalique , placée immédiatement au-dessus de la moelle épinière , n'existe que chez les animaux qui se reproduisent par accouplement, et qui conséquemment doivent avoir l'instinct dont nous traitons. 11 . y a une parfaite coïncidence entre l'époque à laquelle l'instinct de la propagation se manifeste et le développement du cervelet. Il y a dans chaque espèce animale et dans chaque individu un rapport entre le volume du cervelet et l'énergie du penchant : il en est de même dans chaque sexe ; aussi le mâle a-t-il toujours le cervelet beaucoup plus volumineux que la femelle , et le penchant beaucoup plus impérieux. Le développement du cervelet est arrêté par la castration pratiquée dans la première jeunesse ; si la castration a lieu à une époque où le cervelet est en grande partie développé , elle n'empêche pas toujours la manifestation de l'instinct de propagation , ni ne détruit la faculté d'exercer le coït. En général, cependant, toutes les fois qu'on a enlevé un testicule à un animal de quelque espèce qu'il soit , le lobe du cervelet du côté opposé ( il y a entrecroisement des fibres qui remontent de la moelle épinière pour former le cervelet ) s'atrophie visiblement, ou est altéré dans sa substance , d'une manière quelconque. Des blessures du cervelet ont rendu impuissant , ont éteint les désirs amoureux , ainsi que le prouvent les observations de M. le baron Larrey , consignées dans l'ouvrage de Gall. Des lésions d'un côté du cervelet ont visiblement modifié la nutrition du testicule correspondant , etc. , etc. Les faits précédents expliquent pourquoi des vésicatoires placés à la nuque irritent les parties génitales , pourquoi des applications réfrigérentes, faites au même lieu, deviennent d'excellents moyens contre le priapisme, le satyriasis, la nymphomanie; pourquoi let^pendus ont de violentes érections ; pourquoi , chez les hommes morts d'une apoplexie occasionnée par les efforts d'un coït trop voluptueux , on trouve presque toujours du sang épanché dans le cervelet ; pourquoi , d'après les observations de M. Serres , confirmées,

depuis leur publication , par celles de beaucoup d'autres médecins , les personnes atteintes d'apoplexie ou d'inflammation cérébelleuse meurent en érection , etc. , etc.

C'est d'après une multitude de preuves de cette nature , que Gall établit que le cervelet est l'organe de l'instinct de propagation ; que les parties sexuelles , différentes dans les deux sexes, ne sont destinées qu'à l'exécution de la fonction ; qu'on reconnaît à l'extérieur de la tête le développement du penchant par la largeur et le renflement de la nuque , plus bombée chez les mâles que chez les femelles , chez les animaux non châtrés, les taureaux, par exemple , que chez les animaux châtrés déjeune âge.

Historien seulement , et rien de plus , pour ce qui a rapport à l'assignation des organes , je dois dire que si , depuis la publication des écrits de Gall , beaucoup d'observations ont encore concouru à établir que le cervelet a des rapports avec les organes génitaux , il est aussi quelques faits et quelques autorités qui sont moins favorables à cette opinion. Ainsi , Béclard citait dans ses leçons plusieurs exemples de lésions du cervelet sans phénomènes d'excitation des organes génitaux ; M. Olivier (d'Angers) a rapporté des cas d'érection du pénis dans les lésions traumatiques de la moelle épinière , sans altération du cervelet ; M. Duplay (Archives de Médecine, novembre i836),a rapporté quatre cas de maladies du cervelet observées chez des hommes, savoir , un ramollissement dans le lobe gauche , un ramollissement du lobe droit, un kyste rempli de pus , développé dans l'hémisphère gauche, des tubercules dans le lobe gauche coïncidant avec des tubercules dans les poumons , sans que , dans aucun de ces quatre cas , ce médecin ait observé de phénomènes particuliers du côté des organes génitaux. M. Rolando (de Turin) regarde le cervelet comme la source de toutes les contractions musculaires, pa/ce que les mouvements diminuent en raison de la quantité de cervelet enlevée , et cessent tout à fait quand tout l'organe est enlevé. L'expérience faite par M. Rolando ne serait pas , il est vrai , concluante contre Gall , même quand le résultat signalé se représenterait toujours ; mais , d'ailleurs, M. Magendie fait voir, dans ses cours, des animaux auxquels il enlève le cervelet et qui exécutent des mouvements très-réguliers , qui , par exemple , quand on leur met un flacon de vinaigre sous le nez , se le frottent avec leurs pattes de devant.

Quoi qu'il en soit du siège de l'instinct de la propagation , quel qu'en soit l'organe dans l'encéphale , comme cet instinct n'en est pas moins pour tout homme de bon sens une faculté fondamentale réelle , j'en dois examiner les effets et la direction dans toutes les circonstances possibles. J'étudierai ici les effets de l'instinct et de l'acte auquel il con-

DE L'INSTINCT DE LA rUOPAGATION.

duït, afin de traiter de suite tout ce qui , dans la reproduction, est du domaine des fonctions de relation , et de ne laisser pour la seconde partie de mon travail que ce qui , dans les actes de la même fonction , rentre tout à fait dans les fonctions végétatives. Je n'ai pas besoin d'avertir le lecteur qu'il ne peut être question dans ce chapitre , des effets et de la répression de ces attachements portés à l'extrême, qu'on appelle amour violent, passion de l'amour, etc. C'est d'un sentiment tout différent que nous traitons; c'est de celui que , dans le langage du monde , on nomme improprement amour physique , amour des sens.

L'organe que l'on assigne à l'instinct de la propagation n'acquiert tout son développement et ne remplit la fonction qui lui est départie, que beaucoup plus tard que les organes étudiés dans les chapitres précédents. Les fibres nerveuses du cervelet sont même , de toutes celles de l'encéphale, les dernières à se montrer bien distinctes. C'est ordinairement à l'âge de douze à seize ans que l'organe a acquis le développement suffisant pour produire ce penchant qui entraîne les deux sexes l'un vers l'autre. Son plus haut degré de développement n'est acquis que de la dix-huitième à la vingt-sixième année : ce développement varie, au reste, selon les climats, selon les individus.

L'excitant propre de l'instinct de la propagation est, chez l'homme, la femme ; et réciproquement , chez la femme, est l'homme.

1° Effets de Pinstinct de h propagation dans ses divers degrés

de développement.

Le but de l'instinct de la propagation contenu dans de justes bornes ne saurait être méconnu, c'est sur cet instinct que reposent l'existence et la durée des espèces, et l'on peutjuger quel intérêt le créateur attache à leur conservation , par le seul degré de plaisir qu'il a attaché , dans tous les êtres, à l'acte sans lequel elle ne saurait avoir lieu. Vainement quelques philosophes de l'antiquité, véritables apôtres du néant , ont voulu flétrir des épithètes d'impurs, grossiers, sensuels, animaux, les plaisirs que cet instinct fait goûter à l'homme ; vainement ils ont honoré du nom de vertu la transgression de l'une des plus douces lois de la nature et du premier commandement fait aux êtres créés : Fructifies et multipliez, et remplissez la terre. ( Genèse , chap. 1 , vers. 28. ) Les individus ne s'en reproduiront pas moins éternellement , parce que les rêveries creuses de quelques hommes doivent s'écrouler devant les lois immuables de la sagesse divine ; parce que la nature n'a point donné d'organes pour ne point entrer en fonctions , parce qu'elle n'a point placé sans but , dans le monde, les excitants propres de ces organes ; parce qu'elle n'a point , pour se jouer de l'homme et pour qu'il trouvât son malheur dans la satisfaction d'un besoin naturel ,

atlaché à l'accomplissement de la fonction la plus importante pour elle , le plus enivrant de tous les plaisirs.

Mais si l'instinct de propagation , développé dans do justes mesures, est un don précieux fait à l'homme pour devenir un germe de vie et une source de bonheur , le même instinct , lorsqu'il n'est pas contenu dans de justes bornes , a des effets bien différents. Il dégénère en lubricité désordonnée, en véritable manie; il n'est pas nuisible seulement à la santé des individus , il Test encore à celle de leur postérité : enfin , il produit le libertinage , l'adultère , l'inceste et autres turpitudes moins fréquentes heureusement de nos jours que chez nos aïeux , vérité dont on peut se convaincre en consultant l'histoire , et principalement en lisant l'article Libertinage ( Dictionnaire des Sciences médicales) dû à l'érudition de M. Virey.

Les individus chez lesquels l'instinct dont nous nous occupons est nul , comme les enfants et quelques adultes , sont tout à fait indifférents pour les femmes. Gall rapporte à ce sujet plusieurs observations prises chez des individus dont les organes génitaux étaient parfaitement conformés.

2° Effets des plaisirs de V amour, pris dans de justes mesures.

Le premier point qui doit régler la mesure dans laquelle l'homme doit user d'un agent quelconque est le besoin. Les plaisirs de l'amour ne doivent donc être goûtés que lorsque l'homme en éprouve un véritable besoin ; mais ce besoin doit venir naturellement et n'être pas éveillé par des excitants intérieurs , par des caresses indiscrètes , des images et des lectures lascives, des spectacles voluptueux, des conversations obscènes, etc. Sans cette précaution, le besoin trop souvent renouvelé donne lieu à des jouissances trop souvent répétées et aux effets nuisibles que nous en verrons résulter. Mais quels signes annoncent le besoin de la copulation ? Lorsqu'un homme est parvenu à l'âge de puberté , et qu'il s'est écoulé un intervalle plus ou moins long , selon l'organisation de l'individu , son tempérament , son genre d'occupation, la nourriture dont il fait usage , etc., depuis qu'il n'a éprouvé la sensation vénérienne , toutes ses pensées lui rappellent cette sensation , toutes ses idées sont absorbées par le désir de la renouveler. Il est tourmenté pendant la nuit par des érections continuelles ; son sommeil est agité, souvent perdu; il éprouve un désir brûlant de s'approcher des femmes ; toutes lui paraissent ravissantes. La moindre partie de leurs formes, restée à découvert , enivre ses regards ; leur approche fait palpiter son cœur et circuler dans ses membres un feu dévorant. Tels sont à peu près les phénomènes qui indiquent un véritable et urgent besoin de copulation.

Si ce besoin est satisfait, tout rentre dans le calme. Ainsi, les plaisirs de l'ara mir pris dans les circonstances que nous venons de mentionner, éteignent des désirs qui troublaient la raison , rendent aux facultés intellectuelles la possibilité de s'exercer et ramènent le sommeil. D'agité qu'il était , il redevient paisible et réparateur ; enfin, l'économie entière, qui était dans un état d'excitation, de souffrance, est rendue à une tranquillité parfaite.

S° Effets d'une trop grande continence.

Tous les organes sont créés pour être exercés. S'ils ne le sont pas, ils tombent dans l'atropbie ; la fonction dont ils étaient les agents s'éteint ; l'homme ne jouit plus du complément de ses facultés. Cette règle générale serait tout à fait applicable à l'exercice de la copulation , si , en condamnant à l'inaction les instruments destines à l'accomplissement de la fonction, on pouvait en même temps faire taire les désirs , les penchants , l'impulsion, qui entraînent à l'union des sexes. Dans ce cas, l'homme jouirait du repos, et tout l'inconvénient qui résulterait de la continence, qui porte alors le nom de chasteté, serait la perte d'une faculté , serait l'inaptitude à la génération. Les testicules s'atrophieraient , si on en croit les observations de Haller, faites sur de pieux cénobites , et celles de Galien , faites sur des athlètes , qui les uns et les autres observaient la continence et se gardaient d'aucune pensée voluptueuse.

Mais il n'en est point, toujours ainsi , et un autre cas se présente. Il existe une autre espèce de continence , qui est un état violent par lequel on résiste au penchant qui porte au plaisir de l'amour. Cette continence , résultat de la morale d'un peuple et de ses croyances religieuses, consiste donc à s'abstenir des plaisirs de l'amour , quand on sent le plus grand besoin de s'y livrer ; c'est là la continence qui, quand elle est observée par un sujet bien organisé sous le rapport de la faculté génératrice, produit les plus déplorables résultats. Ceux-ci seront d'autant plus prononcés , que la partie encéphalique qui préside à l'instinct de la propagation sera plus développée ; que le sujet sera doué d'un tempérament plus énergique , comme le bilieux et le sanguin ; que la diversion produite par les exercices musculaires ou les travaux intellectuels sera plus faible ; que les causes qui portent à l'amour se présenteront plus fréquemment ; qu'enfin l'individu aura déjà usé de la jouissance vénérienne, tous les actes nerveux ayant la plus grande tendance à devenir des habitudes difficiles à surmonter.

Dans ces circonstances , on remarque les effets suivants, qui pourtant sont loin d'exister chez tous les individus. Les érections sont presque continuelles, les testicules deviennent très-irritables, et la

HYGIÈNE DE L'E NCÉPHALE.

moindre cause y produit une inflammation ; la nuque devient chaude, brûlante, ainsi que je l'ai observé sur plusieurs célibataires déjà avancés en âge , qui , pendant la nuit, se trouvaient dans un priapisme continuel ; l'homme est en proie à des désirs effrénés qui le dévorent , qui ne lui laissent aucun repos ni nuit ni jour. Son attention ne peut bientôt plus être détournée des images voluptueuses qui le poursuivent. 11 tombe alors dans une manie partielle, qui dégénère souvent en manie générale, puis est suivie de la mort. D'autres fois, au lieu de monomanies et de manies , il survient d'autres maladies aiguè's , des apoplexies au cerveau , et particulièrement du cervelet, etc. Tels sont en général les accidents qui résultent d'une trop grande continence.

4° Effets d'une incontinence immodérée.

« Les plaisirs de l'amour , dit Georget , pris immodérément , et lorsque les organes nerveux n'ont pas acquis le complément de leurs forces , ou sont mal disposés pour supporter l'ébranlement qui les affecte, détériorent les facultés de ces organes, et par suite de toute l'économie, occasionnent des maladies graves, ou bien rendent telles celles qui chez tout autre individu ne seraient que locales ou sans symptômes cérébraux très -inquiétants... Gomme toutes les affections morales vives et soutenues, ils augmentent l'irritabilité cérébrale, et causent les vapeurs hystériques , l'hypochondrie , la chlorose, la folie, la démence, l'épilepsie n (i).

Les organes des sens partagent cette irritabilité maladive ; les nerfs ne peuvent être étrangers à l'irritabilité encéphalique. La vue s'affaiblit, les yeux deviennent ternes , se couvrent de larmes, sont importunés par l'éclat de la lumière, sont tourmentés par des b luettes, des objets qui semblent voltiger devant eux , et finissent quelquefois par cesser leurs fonctions : ce dernier effet n'est pas rare chez les hommes qui se livrent aux plaisirs de l'amour dans un âge avancé* Tissot cite un homme de soixante ans , devenu aveugle trois semaines après avoir épousé une jeune femme. M. Réveillé-Parise cite un sexagénaire mis en huit jours dans le même état par une jeune Messaline italienne. L'ouïe s'affaiblit comme la vue, et l'oreille est quelquefois tourmentée de bourdonnements. Les muscles deviennent faibles ; c'est le plus fréquent inconvénient de l'excès vénérien : c'en est le moindre, si la faiblesse n'est pas causée par une irritation viscérale, ce qui a souvent lieu.

Les fonctions assimilatriecs sont loin d'être soustraites aux troubles

(i) Physiologie du système nerveux , t. 1, p. 394 ; Paris 1832.

qui agitent toute la vie de relation. Les digestions sont perverties ; les aliments, mal digérés, ne sont point absorbés: de là une nutrition incomplète, une grande maigreur. Les fonctions pulmonaires et cardiaques, fréquemment troublées parles secousses qui, résultant du coït immodéré , donnent lieu à des hémoptysies , à des pneumonies aiguës ou chroniques , selon les individus , et aux anévrismes , maladies qui surviennent toujours par l'appel du sang, pendant le coït, dans les tissus du poumon et du cœur.

Chez les vieillards , souvent les accidents cérébraux ne donnent pas le temps aux troubles de la vie organique do se manifester. Des apoplexies foudroyantes leur ravissent la vie au sein même des jouissances qui la donnent, ou bien la démence sénile vient anéantir chez eux les plus nobles facultés.

Je dois observer que les plaisirs de l'amour n'occasionnent tous ces accidents que lorsqu'ils sont pris immodérément et dans un temps peu opportun; car leur effet le plus ordinaire , même quand ils sont fréquemment renouvelés , n'est souvent autre que celui que produit l'exercice trop continu des autres facultés encéphaliques, c'est-à-dire l'excitabilité du système nerveux et l'épuisement du reste de l'économie. Observons aussi qu'il est au moins inexact, pour ne pas nous servir d'une autre expression, d'attribuer aux pertes de liqueur séminale les accidents occasionnés par les excès vénériens. Ces accidents ne sont dus qu'à la fatigue , aux secousses , à la surexcitation qu'éprouve l'encéphale , et qu'il fait partager au reste de l'organisme. Depuis qu'on nattribue plus aux prétendues propriétés merveilleuses de la sécrétion spermatique les accidents énoncés, on se rend compte de leur mode d'action , et l'on peut mieux trouver les vrais moyens d'y remédier.

Les excès vénériens , comme tous les autres actes encéphaliques , peuvent être soutenus au moyen d'excitants, et voilà ce qui fatigue le plus. Ensuite , comme toutes les facultés s'influencent réciproquement , ils peuvent être prolongés par l'aide que la vanité ou rattachement prêtent à l'instinct de propagation. C'est, par exemple, un jeune vaniteux qui veut prouver à sa maîtresse combien il est puissant dans les combats de Vénus ; c'est un vieillard débile qui, craignant l'abandon et le mépris de la jeune épouse qu'on lui a sacrifiée , veut montrer qu'il peut encore faire entendre le chant d'amour quand l'âge de la retraite a sonné ; enfin, c'est un homme dominé par un préjugé universellement répandu, qui croit naïvement devoir, pour s'attacher une femme , satisfaire de prétendus dés'rs qu'il lui suppose. Voilà encore autant de causes d'épuisement.

ô° Effets de la masturbation; signes qui la font reconnaîtte.

Georget pense que la plupart des auteurs, et entre autres Tissol , ont beaucoup exagéré les effets de la masturbation ; que la cause de cette exagération vient de ce qu'on n'a constate ceux-ci que lorsqu'ils méritent de fixer l'attention du médecin : d'où Ton a inféré que le vice de la masturbation n'existe que lorsqu'il se présente entouré du cortège effrayant que certains auteurs lui ont donne. Suivant celui que nous citons , il est peu de personnes qui ne se soient adonnées à la masturbation, et la plupart n'en éprouvent point de grands inconvénients , si elles ne s'y livrent pas avec excès : les enfants s'adonnent ordinairement depuis longtemps à la masturbation quand on s'en aperçoit ; aussi les signes suivants , donnés par Georget , ne sont-ils propres à faire reconnaître que l'excès dans le vice. « Les petits enfants de quelques années, dit-il, sont pâles, malingres, maigres, quoique mangeant beaucoup ; ils ont la tète souvent chaude et douloureuse, les pupilles dilatées : le gland du garçon et la vulve de la fille sont ordinairement rouges et écorchés. J'ai vu une petite fille être affectée d'une inflammation assez intense de cette partie. Si Ton ignore la véritable cause de ces désordres , on les attribue le plus souvent à la présence des vers, et l'on médicamente en conséquence ; les accidents ne font qu'augmenter. Il survient des convulsions ; l'appétit et la digestion se dérangent , et une cachexie consomptive les entraîne au tombeau. Les enfants de djx , douze ans et plus , sont pâles , débiles , solitaires, peu aptes aux travaux de l'esprit; les filles ont des fleurs blanches , des gastralgies. Un accident très-fréquent , et qui ne m'a jamais trompé sur sa nature, ce sont des palpitations de cœur, accompagnées de gêne dans la respiration, de légers étouffe ments. Quelquefois d'autres symptômes hystériques ou hypochondriaques s'adjoignent à ceux-là : le moral tourne aux affections tristes ; les pleurs viennent souvent et sans sujet; des syncopes, des tremblements partiels ou généraux se manifestent à la moindre contrariété et souvent sans sujet ; enfin, dans des cas, la chlorose, l'hystérie, l'épilepsie, la démence , la folie stupide , la phthisic , naissent après un temps plus ou moins long \ »

Les suites des excès vénériens , qu'ils soient éprouvés dans le coït ou la masturbation , sont les mêmes. Si, comme l'ont observe la plupart des auteurs qui ont traité ce sujet , les excès de la masturbation sont plus nuisibles que les excès du coït , cela tient à ce que les raas- Mirbateurs ont plus souvent l'occasion de se procurer la sensation

(i) Physiologie du système un veux.

vénérienne que les personnes qui se livrent au coït , puisqu'il suffit aux premiers d'être un instant seuls ; cela tient encore à ce que chez ceux-ci l'encéphale est dans une tension prodigieuse , et forcé, pour éprouver la sensation vénérienne , de se créer un excitant qui lui manque , de se former des perceptions , d'éprouver des réminiscences , en un mot , de se représenter des peintures voluptueuses qui ne sont pas sous les yeux dans le moment pendant lequel a lieu la masturbation.

6° La sensation vénérienne produit-elle les mêmes effets chez la femme que

cfiez l'homme ?

Comme la fatigue éprouvée par la répétition de la sensation véné. rienne ne tient pas aux pertes de la sécrétion spermatique , sécrétion qui manque chez la femme , mais bien à l'exercice violent du système nerveux , il est claîr que, si cette sensation a chez les deux sexes le même degré d'intensité , et que la femme l'éprouve autant de fois que l'homme, soit par le coït, soit par la masturbation, il est clair, dis-je, qu'elle doit ressentir , comme lui, les effets pernicieux des excès vénériens. Mais c'est précisément ce qui n'a pas lieu, et nous devons établir ce point de physiologie, afin que , dans les applications des règles d'hygiène au sexe féminin , on ne commette pas la méprise d'attribuer à la privation du plaisir vénérien ce qui est dû au besoin d'attachement: les lois et coutumes ne créent pas les actes de nos organes; elles n'en sont que le résultat; elles peuvent cependant les modifier, mais toujours la nature a l'initiative. Or, qu'observons-nous dans les préludes du combat amoureux? Est-ce la femme qui provoque l'homme , et celui-ci fuit-il ses attaques? Non , généralement le contraire a heu: l'homme attaque , la femme se défend. Qu'on ne dise pas que c'est le résultat de nos coutumes; c'est évidemment celui de l'organisation. Pourquoi la femme n'attaque-t-elle pas l'homme? pourquoi celui-ci n'est-il pas réduit au rôle de la défense? et, dans les espèces animales qui sont sous nos yeux , pourquoi voyons-nous les choses se passer de la même manière ? pourquoi la jument se dérobe-t-elle d'abord aux caresses de l'étalon , qui franchit , pour l'atteindre, toute espèce d'obstacles? pourquoi est-on obligé de contenir cette génisse pour la soumettre aux étreintes amoureuses du raàle ? Pourquoi ce chien, toujours disposé à remplir l'acte de la copulation, poursuit-il avec tant d'ardeur sa femelle, souvent si froide? Pourquoi, dans beaucoup d'espèces], le mâle est-il toujours prêt à obéir à l'instinct de la propagation, tandis que la femelle ne peut le satisfaire et même ne l'éprouve qu'à certaines époques de l'année , qu'à celles qui causent dans tous les êtres animés une sorte de surcroît de vitalité?

Sont-ce aussi des convenances qui retiennent ces animaux ? ou plutôt ces prétendues convenances , attributs universels de tout un sexe, ne sont-elles pas le résultat des intentions immuables de la nature?

Par quelle fatalité l'homme seul, dans les deux sexes , ne peut- il comprimer cette impulsion dévorante qui le porte au plaisir , et à laquelle il succombe si souvent , lui dont la raison est plus forte que celle de la femme , ordinairement livrée à une vie plus sédentaire , et qui donne plus de prise aux désirs vénériens , lui qui ne languit point , comme sa compagne , étranger aux sciences , aux affaires publiques et privées, aux travaux corporels, et à tant de distractions qui peuvent faire une puissante diversion au penchant amoureux ?

S'il était vrai que le cervelet fût l'organe de l'instinct de la propagation , son développement plus ou moins considérable répondrait à toutes ces questions beaucoup mieux que les mots convenances et coutumes. Cet organe est en effet beaucoup plus développé chez l'homme que chez la plupart des femmes , ce dont il est facile de s'assurer , même à l'extérieur, en comparant la nuque des femmes avec celles des hommes.

Relativement aux divers degrés de la sensation, qu'observons-nous dans les animaux? Quand on les rencontre accouplés , on voit souvent la femelle chercher à s'échapper , par crainte des gens qui l'environnent , tandis que le mâle , absorbé par le plaisir , n'est plus accessible à ce qui se passe autour de lui. Les naturalistes disent que Ton peut couper ou brûler les pattes , chez les mâles du crapaud , de la grenouille , et de plusieurs insectes accouplés , sans leur faire lâcher prise , tandis que le moindre attouchement , le moindre bruit attirent , pendant l'acte même de la copulation , l'attention des femelles , qui se possèdent davantage que leurs mâles , fuient en emportant ceux-ci.

Nous retrouvons dans l'espèce humaine des faits du même ordre , et si, de quelque puissance de volonté que soit doué l'homme, il succombe néanmoins , quand la femme qui lui plaît commence à exercer sur lui la puissance magique de ses voluptueuses caresses ; il n'en est plus ainsi de la femme, qui , par la seule influence de sa volonté mise en jeu par le plus léger caprice , répudie le plaisir sans discontinuer l'acte , ou bien interrompt l'acte sans y avoir puisé le plaisir qu'elle avait droit d'en attendre , y renonce même souvent sans murmure et sans regret, pourvu que les désirs de l'homme aient été satisfaits et qu'elle l'ait vu tomber dans ses bras enivré de volupté.

Une femme éprouve rarement , à l'occasion d'une infidélité commise avec des prostituées , ce sentiment violent qui la déchire, si

l'homme auquel elle est liée ressent pour une autre femme qu'elle le moindre sentiment d'attachement.

Lo plus grand nombre des filles publiques reçoivent chaque jour dans leurs bras , chacune plusieurs hommes , sans participer le moins du monde aux sensations qu'elles excitent , sans altérer la fraîcheur de leur teint et sans éprouver de fatigue. Quels que soient leurs efforts pour persuader à l'homme qu'elles partagent les sensations qu'il éprouve , il ne faut pas s'en laisser imposer sur ce-point : grand nombre de femmes mariées ou non mariées usent de toutes les supercheries imaginables pour paraître ressentir les jouissances de l'homme , parce qu'elles savent fort bien qu'il aime à les croire partagées , à les procurer en même temps qu'il les ressent , et que sa passion pourrait diminuer ou se fixer sur un autre objet , s'il ne conservait l'illusion à cet égard. Georget (i) avance que plus d'une femme lui a fait l'aveu de cette supercherie.

Le plaisir d'attacher un homme fait succomber la femme qui aime véritablement ; la coquette ne cède que pour exploiter sa défaite au profit de sa vanité ; l'argent seul arrache les faveurs de la prostituée. C'est un préjugé de croire que ce soit le libertinage (activité désordonnée de l'instinct de propagation) qui détermine celle-ci à embrasser son métier. Parent-Duchatelet (2) met en première ligne, et comme cause générale de la prostitution , agissant sur toutes les prostituées indistinctement et avant les causes réelles : paresse , misère , salaire insuffisant , vanité , délaissement d'un amant , mauvais traitement de la part des parents , etc. , met , dis-je, avant ces causes réelles , ce qu'il appelle le premier oubli du plus important des devoirs (la perte de la virginité ) ; et cela parce que , dans l'espace de dix ans , on a à peine rencontré au dispensaire trois ou quatre filles qui sont venues se faire inscrire , n'ayant pas encore été déflorées ! Parent prend ici l'effet pour la cause ; aussi quelques pages plus loin , il se contredit et revient à l'opinion que nous exprimons : « Enfin , dit-il , il est des filles qui se livrent à la prostitution par suite d'un dévergondage qu'on ne peut expliquer chez elles que par l'action d'une maladie mentale qui diminue beaucoup la culpabilité aux yeux de celui qui les observe et qui les étudie de près ; mais , en général , ces Messalines sont rares. Je n'ai trouvé qu'une opinion unanime sur ce fait , que mes recherches particulières ont pleinement confirmée ;» (3). 11 n'en existe en effet pas une sur cent qui soit dans ce cas. Cette jeune fille qui débute dans la carrière de la prostitution , qui n'ose pas encore réclamer le prix

(1) Physiologie du système nerveux .

(2) De la Prostitution dans la ville de Paris, 2* édil., 1. 1, p. 90 ; Bruxelles, 1837.

(3) Ibid. , tome 1er, p. 98.

de ses charmes , cède ses faveurs sans résistance j mais , comme elle n'est pas encore inanégée , elle reçoit l'homme dans ses bras sans manifester aucun sentiment de plaisir. Elle ne feint d'en éprouver et ne joue la comédie usitée parmi ses compagnes , que lorsqu'elle a reçu quelques leçons.

Mais, comme l'attachement est une faculté étrangère à l'instinct qui nous occupe , le métier de ces filles ne les empêche pas d'être susceptibles d'attachements aussi et même bien plus violents que les autres femmes , chez lesquelles plus de motifs font contre-poids à ce sentiment. Aussi ces filles ont-elles presque toutes un homme favorisé. Mais la sensation vénérienne qu'elles éprouvent avec lui n'en change • pas pour cela de nature. Elles peuvent également être et sont susceptibles , comme toutes les autres femmes , de jalousie , parce que la vanité , d'où émane «Jette affection , est une faculté qui n'a rien de commun avec celle dont nous traitons.

De quelque côté donc que nous tournions nos regards , nous voyons la femme rarement échanger la volupté dont elle est dispensatrice, contre la seule volupté que procure l'instinct de la propagation. Toutes les femmes avoueront cette vérité , pourvu que l'homme ait assez d'esprit et d'adresse pour leur arracher cet aveu sans qu'elles puissent se douter de ce qu'elles ont laissé découvrir. Très-rarement une femme, quel que soit son rang et quoi qu'en aient dit des auteurs obscènes ( à moins que l'instinct de la propagation ne soit chez elle aussi aetif que je l'ai vu chez des nymphomanes de la Salpétrière) , presque jamais , dis-je , une femme , dans le but unique de satisfaire le besoin de copulation , ne prendra le premier homme qui se présente , pour le quitter, le renvoyer de suite, et même avec dégoût. Voila pourtant ce que l'homme fait , chaque jour , uniquement dominé par l'instinct du plaisir. Que la femme soit jeune ou vieille, belle ou laide , c'est ce dont il s'enquiert peu, quand le besoin le tourmente violemment : bien certainement , la femme n'agit jamais de cette façon.

Est-ce l'homme qui, plein de vigueur et de santé, pourra recevoir dans ses bras, sans être ému , les plus belles femmes dans mille attitudes voluptueuses, et qui, sans prendre nulle part au plaisir, pourra leur en procurer assez pour les énerver? Voilà pourtant encore ce que les prostituées font chaque jour.

Si l'opinion opposée à celle que nous développons ici , si l'opinion généralement adoptée était vraie, quelle image offrirait le monde ! S'il y avait non pas ces désirs extraordinaires que certains physiologistes ont la bonhomie de supposer aux femmes , mais seulement égalité de penchant dans les deux sexes , il y aurait une perversion absolue de l'ordre social tel qu'il existe ; les lois les plus essentielles

de la nature seraient changées , car non-seulement elle n'avait pas besoin qu'il y eut égalité de désirs et de plaisirs dans les deux sexes, pour que son but fût atteint, puisqu'il est parfaitement prouvé qu'une femme peut concevoir sans éprouver la moindre sensation vénérienne, peut concevoir pendant le sommeil, pendant un évanouissement, et même dans un état de léthargie ; mais cette égalité de désirs et de plaisirs eût même été contraire au but de la nature, et la conservation des espèces en eût reçu de fortes atteintes, car la stérilité suit d'ordinaire une part trop active à la copulation , tant chez la femme que chez beaucoup de femelles de nos animaux domestiques. Afin que la conception soit plus assurée chez leurs animaux, les paysans frappent ou effraient la femelle aussitôt que le mâle a consommé l'acte, sans savoir si celle-ci y a pris part , ce qu'ils jugent, comme on le voit, tout à fait inutile. Il faut avouer, au reste, que c'eût été une singularité plaisante de la nature de nos institutions, que le sexe qui manifeste le moins de penchant fût celui qui en éprouvât le plus ; que celui qui en éprouve le plus en manifestât le moins ; enfin, que le désir fût aussi violent chez l'être passif que chez celui qui attaque. Mais il n'en est point ainsi, et, sur ce point comme sur mille autres , la nature et les institutions des hommes sont d'accord.

Concluons donc que, dans la grande majorité des cas, ou la femme n'éprouve pas de plaisir dans la copulation , ou bien que, dans l'instant de cet acte où l'homme est plongé dans le plaisir, elle n'éprouve pas une jouissance aussi forte et aussi enivrante que lui. Cette conséquence nous explique la raison pour laquelle le coït, répété immodérément, n'a pas les mêmes effets pour la femme que pour l'homme. Elle nous permet aussi de tirer les inductions suivantes :

1° L'homme n'est pas aussi injuste qu'on pourrait le croire , en exigeant des femmes cette fidélité exclusive que , dans quelques circonstances ( l'éloignement, par exemple), il se trouve dans l'impossibilité de leur garder lui-même.

2° Ce n'est ni dans la continence , ni dans l'incontinence , que le médecin doit chercher la cause de beaucoup d'accidents qui surviennent aux femmes après la puberté, mais bien dans l'exaltation ou la non-satisfaction de sentiments d'une toute autre nature que l'instinct du plaisir vénérien.

â° Les maladies nerveuses , comme l'hystérie et autres , ne dépendent pas de la continence, quoique le mariage soit parfaitement indiqué dans ce cas , mais bien de la répression ou de la contrariété d'un autre sentiment qui sera bientôt examiné (rattachement). Ce qui prouve cette dernière assertion, c'est que le plus grand nombre des

filles devenues hystériques n'en usaient pas moins souvent et abondamment des plaisirs de l'amour, dans les temps mêmes où elles ont contracte cette affection. Beaucoup de filles publiques entrées à la Salpétrièrepour raison d'hystéries survenues à la suite d'attachements contrariés, présentent absolument ce cas.

7° Moyens de remédier à la faiblesse et à la trop grande activité de l'appétit vénérien, et de corriger le vice de la masturbation.

L'appétit vénérien a rarement besoin d'être excité chez l'homme, et il n'est sujet si froid qu'on ne tirât de son engourdissement et chez lequel on ne développât les facultés viriles en lui choisissant dans la milice de Vénus un partenaire expérimenté. Les aliments analeptiques, le bon vin peuvent encore, en excitant toute l'économie, contribuer à réchauffer les sens de la volupté (voyez Aliments, Assaisonnements).

Avec la faiblesse du penchant il ne faut pas confondre l'impuissance de consommer l'acte. Celle-ci tient à beaucoup de causes , et quelquefois, chose bizarre, à la trop grande vivacité du désir! « Catulle soupire pour Lesbie : au souvenir de sa maltresse, son esprit, échauffe par mille images voluptueuses, ne connaît pins de félicité que dans la possession de tant de charmes. Catulle plaît, Lesbie cède: mais le moment de la victoire est celui de la faiblesse et de l'humiliation. Rendu avant de combattre , Catulle se cherche et ne se trouve plus, il s'étonne de s'échapper à lui-même: affligé d'avoir tant promis, confus de tenir si peu et de n'accorder à l'amour que le prix que l'on garde à la haine , il gémit d'un triomphe qui le couvre de honte , et consumé désormais de l'ardeur et des vains efforts de sa flamme, adorateur sans culte et sans offrandes , il s'éloigne avec désespoir d'une beauté que ses serments et sa froideur ont doublement outragée. » (E. P., art. Aiggillettb , Dictionnaire des Sciences médicales.) J'ai été consulté par le meilleur ami de l'excellent homme auquel j'emprunte ces lignes séduisantes, et au sujet d'une disgrâce semblable à celle de Catulle. Le consultant était jeune et vigoureux. La défection qu'il venait d'éprouver lui causa un si cruel dépit, qu'il alla jusqu'à me dire que sa résolution bien arrêtée était de se brûler la cervelle, si pareil désappointement se renouvelait. Bien persuadé que le trouble éprouvé à l'approche du bonheur, et la vivacité même de la passion avaient seuls fait perdre au fougueux athlète la faculté d'en posséder l'objet, je lui conseillai de ne plus s'exposer à ce qu'il appelait une ignominie, à procéder comme le conseille Montaigne, par des essais graduels et bien ménagés, légèrement essayer, sans se piquer et opiniaslret à se convaincre définitivement soi-même, et à faire

fonds sur sa vigueur et sa jeunesse. J'appris effectivement qu'une complète victoire avait suivi de près mes conseils.

Des cas semblables se présentent quelquefois ; mais on est bien plus souvent consulté sur l'excès du penchant. Et nous allons passer à ce qu'il convient de faire dans cette circonstance :

L'homme doué d'un instinct de propagation trop actif doit éviter toute espèce d'excitant de cet instinct , comme la fréquentation des femmes dont les manières et le maintien invitent au plaisir, les conversations, lectures ou peintures propres à exciter des idées de volupté.

Il doit éviter de même ces stimulants généraux de toute l'économie, qui toujours exercent préférablenient leur influence sur l'organe le plus excité ; il doit donc renoncer aux vins généreux , aux aliments succulents et épicés , et se borner aux mets simples.

Il doit prendre , chaque jour, un exercice actif qui mette particulièrement en jeu les muscles des bras et du thorax , tel que la lutte, les armes, la natation, les exercices des gymnases, etc. La marche seule n'atteindrait nullement le but que nous nous proposons par l'emploi des exercices désignés.

Si , dans le repos , il jouit d'assez de liberté morale pour occuper son intelligence d'objets qui écartent toute idée de volupté, il le fera avec avantage.

Si , au contraire , les images voluptueuses assiègent de nouveau sa pensée , qu'il reprenne les exercices musculaires et laisse le cerveau en repos.

11 ne doit se coucher que lorsque l'exercice et la veille auront rendu uccesaires le repos et le sommeil. Son lit doit être dur, et il doit le quitter dès qu'i^ ne dort plus.

Les moyens de remédier au vice de la masturbation ne peuvent être d'une nature différente de ceux que nous venons d'indiquer ; ce sont les mêmes absolument: seulement, ils doivent être plus prononcés , plus suivis ; et leur emploi , sur lequel on doit insister sans relâche , n'est plus confié , comme pour le cas précédent , à la personne dont il s'agit de corriger le penchant, puisqu'elle est dans l'impossibilité d'y résister , mais bien aux parents et instituteurs.

Ainsi l'on fait prendre à l'enfant qui a contracté le vice de la masturbation, autant qu'on le peut et jusqu'à la fatigue, l'exercice des armes, de la lutte, de la paume; on y joint en été, à peu près trois fois par jour , celui de la natation ; on ne le laisse jamais dans l'oisiveté ; on le surveille pendant les courts instants de repos qu'on lui donne.

On le nourrit d'aliments doux, mais assez nourrissants pour fournir à la nutrition des muscles sur lesquels on dirige rcvulsivenient l'excès de vitalité qui excitait les organes générateurs ; on lui refuse les ali-

ments excitants et même les aliments trop substantiels, surtout pour le repas du soir.

Il ne faut lui permettre le repos qu'après beaucoup d exercice , beaucoup de fatigue; il faut lui faire quitter le Ut aussitôt qu'il est éveillé; le faire coucher, si son penchant est trop prononcé, avec une personne adulte du même sexe , qui pourra continuer la surveillance pendant la nuit , surveillance au reste tout à fait inutile , si Ton commence par observer ce qui précède. Enfin si la propension à la masturbation était portée jusqu'à un état maladif ; si les érections , malgré ce régime , importunaient le malade , ce serait le cas d'essayer , conformément aux données phrénologiques , l'application à la nuque , dans une vessie , de la glace pilée. Les différents bandages des parties génitales ne remédient pas à la source du mal. Le séjour à la campagne, et la chasse, si vantés, ne sont profitables que lorsqu'on y joint la surveillance la plus continue : sans cela, le jeune homme s'enfonce dans les bois, et trouve dans quelques minutes de cette solitude tout ce qui peut enivrer son imagination et le porter à satisfaire son déplorable penchant.

Si c'est chez une jeune fille qu'on a à réprimer la masturbation , les mêmes moyens devront être employés , à quelques modifications près dans les espèces d'exercices.

8° Dans quelles mesures doit-on 'user des plaisirs de l amour? Pendant quelle période de la vie etçUms quels instants peut-on en user?

Toutes les fois qu'un homme doué d'une bonne constitution, faisant de ses affaires domestiques une occupation assez majeure pour ne pas être en proie à l'oisiveté, se livrant aux exercices musculaires ou cérébraux, et s'abstenant de stimulants, se sentira entraîné à l'acte de la génération, qu'il s'y livre sans crainte. Il le peut, non seulement sans inconvénient pour sa santé , mais encore avec avantage pour elle. Mais qu'il se souvienne que, de même que la faim est l'assaisonnement de l'aliment , de même aussi l'observation d une continence raisonnable est l'assaisonnement du plaisir; que le désir plus vif rend la jouissance plus complète , et que l'instant qui suit celle-ci n'a rien de désagréable, si, en se désaltérant à la coupe de la volupté , l'on n'a point dépassé les bornes au delà desquelles se trouTe la satiété. Nous avons, précédemment exposé quels étaient les effets de la satisfaction du besoin vénérien, lorsqu'il est commandé par la nature : répétons ici que ce qui épuise , c'est le renouvellement do l'acte, sollicité par des habitudes pernicieuses, par des causes d'excitation de toute espèce. 11 est impossible d'assigner l'intervalle précis quidoitexi. ster entre le retour dn coït ; ce laps de temps dépend des individus et des

habitudes qu'ils ont contractées. Les constitutions chez lesquelles le système nerveux est le plus excitable et le plus exerce , devront se livrer moins souvent à l'exercice de la copulation que les individus de constitution opposée. L'habitude rendra plus fréquent le retour du besoin.

Pendant quelle période de la vie peut-on, sans inconvénient, se livrera l'exercice de la reproduction ? Il en est de cet exercice comme de tous ceux qui mettent fortement en jeu le système nerveux cérébral : l'homme ne doit s'y livrer que quand le système nerveux est suffisamment développé pour résister aux secousses que détermine la sensation vénérienne. Nous avons indiqué , au commencement de ce chapitre , quelle est cette époque et quels signes annoncent le besoin réel de copulation; nous ne reviendrons pas sur ces objets. Quant à ce qui est de l'époque à laquelle on doit renoncer aux plaisirs de l'amour , Georget (i) prétend que l'homme qui veut atteindre et passer une vieillesse exempte d'infirmités , posséder alors les facultés intellectuelles , motrices et digestives , douées de force et d'énergie , doit , vers sa cinquantième année , renoncer à la copulation. Ce précepte est sans doute très-sage ; cependant un organe ne doit pas être condamné au repos , préfërablement aux autres , quand l'homme jouit de l'intégrité de toutes ses facultés. Saint Augustin parle d'un vieillard de quatre-vingt-quatre ans , forcé d'acheter une jeune fille pour satisfaire ses besoins. Thomas Parr fut censuré publiquement , à l'âge de cent deux ans , pour motif d'incontinence. On ne peut donc guère assigner de règle fixe sur l'âge où il n'est plus permis à l'homme de se livrer à l'acte de la reproduction.

Relativement aux femmes , l'époque à laquelle elles doivent cesser de s'y livrer paraît indiquée par la cessation de l'écoulement menstruel. Si l'on peut s'en rapporter à cette indication , c'est encore une preuve qu'elles sont plus défavorablement partagées que l'homme , sous le rapport do l'instinct vénérien , puisque cette cessation a lieu liés l'âge de quarante à quarante-cinq ans , époque où l'homme jouit encore de ses facultés génératives. Cependant il resterait à savoir si le désir et le plaisir , chez les femmes qui ont quelquefois éprouvé l'un et l'autre, cessent subitement d'avoir lieu avec la cessation de l'exhalation utérine. Cette cessation peut bien indiquer que les femmes ont perdu le privilège de devenir mères ; mais elle n'implique pas contradiction avec la possibilité d'éprouver le désir de la copulation et le plaisir qui peut y être attaché. Si donc les femmes éprouvent, pendant quelles sont réglées, et continuent d'éprouver après cette époque le désir et le plaisir, le précepte émis généralement doit perdre

(i) Physiologie du syttrmc nrrrcvx.

de sa valeur aux yeux de l'homme qui compte pour quelque chose les sensations internes.

Le moment le plus propre à la copulation est le soir , lorsque la digestion est achevée: tout autre instant delà période dunyctéméron nejouiraitpasdes mêmes avantages. La fatigue légère que cause l'acte vénérien est amplement réparée pendant la nuit , et l'homme sort du lit plus dispos , pour s'occuper des affaires auxquelles il doit consacrer sa journée. Faisons observer que c'est porter une atteinte à sa santé que de passer une nuit entière avec une femme , à moins que le mariage ou l'habitude de vivre en étroite liaison n'ait émoussé la vivacité des désirs.

On a beaucoup exagéré les effets pernicieux des plaisirs de l'amour, pris pendant l'écoulement menstruel , pendant la grossesse , pendant l'allaitement. Le sang des règles n'a pas d'autres qualités irritantes que le sang qu'on soustrairait à l'économie par un moyen artificiel quelconque. La copulation n'a d'autre inconvénient pour l'homme que celui qui pourrait résulter d'une extrême malpropreté de la part de la femme. Relativement à celle-ci , si la sensation que perçoit l'encéphale pendant le coït était très-intense, elle pourrait agir dérivât ivement sur l'excitation utérine et supprimer les règles. Si cette sensation est peu considérable ou n'existe pas, la copulation peut encore , rigoureusementparlant, exciter assez l'utérus pour augmenter un peu l'exhalation sanguine ; mais ces effets sont rares. Cependant , comme l'écoulement menstruel ne dure que peu de jours , il est prudent de s'abstenir, pendant ce temps, des approches conjugales. Mais rien ne justifie , au moins dans notre climat , je ne dis pas les lois de Moïse (Lkvit., liv. xx, vers. 18) , qui condamnaient à la mort 1 homme et la femme qui usaient du coït pendant les règles , mais même ce que les auteurs écrivent à ce sujet.

Les effets attribués aux plaisirs de l'amour pendant la grossesse me paraissent encore exagérés. Je n'ai guère lu d'ouvrage dans lequel il ne fût recommandé aux femmes enceintes de vivre dans la plus sévère continence. Aussitôt , disent les auteurs , que la femme a conçu , le but de la nature est atteint. Les femelles d animaux qui viennent de concevoir s'éloignent des mâles : la femme doit les imiter et fuir les approches conjugales. Platon les regarde comme un homicide , les casuistes comme un crime ; Zacchias prétend que les femmes grosses ont droit de s'y refuser ; Levret prétend que la plupart des fausses couches dont la cause n'est pas patente , sont dues à l'acte vénérien ; M. Lachaise (i) demande si l'on peut croire raisonnablement que le

(i) Hygiène physiologique de la femme , in -8°; Paris , 1825.

fœtus , dont l'existence est si frêle , puisse supporter sans danger le désordre que produit souvent dans toute l'économie l'extase de la volupté: telle est la manière de s'exprimer des auteurs. A toutes ces assertions je répondrai par deux questions : 1° Ces femelles qui fuient les mâles après qu'elles ont conçu , sentent-elles encore le besoin de la copulation? Non sans doute ; car , si elles le ressentaient, rien ne les empêcherait de le satisfaire. Elles ne puisent pas, comme la femme , dans des raisonnements, dans des devoirs de morale ou dans la crainte de quelque danger futur , des motifs pour servir de contrepoids aux besoins qui les tourmentent. D'ailleurs , tout , jusqu'aux parties génitales externes , nous prouve que l'espèce d'animaux dont il est question n'a qu'un temps pour se livrer aux plaisirs de l'amour. Ce temps passé et les désirs évanouis , il n'est donc pas étonnant que la femelle fuie les approches du mâle. 2° La femelle est-elle dans le même cas ? non ; car , quels que soient ses désirs et le plaisir qui les suit, ils ont la même vivacité , ou, si l'on veut , la même tiédeur dans tous les temps. 11 y a plus: beaucoup de femmes disent en sentir de plus vifs pendant la gestation. Pourquoi donc maintenant , je le demande , la nature eût-elle rendu continus des désirs qui , pendant un temps , ne pourraient être satisfaits sans danger? Ce serait là une con. tradiction dont elle est incapable. Il est donc permis de croire que la femme qui ressentira d'impérieux désirs pourra les. satisfaire sans inconvénient ; que la femme habituellement froide pourra satisfaire les désirs de son mari, car , si elle ne partage pas la commotion qu'occasionne la volupté vénérienne , comment craindrait-elle d'en ressentir les effets? Si la grossesse est avancée , les époux , pour ne pas comprimer l'enfant, devront prendre dans leurs embrassements amoureux la position qui doit lui être le moins défavorable.

Nous pouvons faire à l'allaitement l'application de ce que nous venons de dire pour le cas de grossesse. C'est encore ici l'excès seul qu'il faut éviter. La femme qui ressent assez de plaisir dans la copulation pour que la sécrétion laiteuse en puisse être dérangée , doit ressentir des désirs assez violents pour troubler la sécrétion du lait , quand ils ne sont pas satisfaits. Gardien rapporte des exemples de ce dernier cas. Au contraire , chez la femme qui n'éprouve aucun plaisir , aucune excitation ne dérangera la sécrétion du lait: dans l'un et l'autre cas , on peut donc user des plaisirs du mariage, pourvu que ce soit avec modération. Si ce que nous avançons n'était pas prouvé sans réplique par l'observation de nos villageoises, qui donnent le jour à un enfant tous les ans , nourrissent pendant neuf mois , et dont les enfants les plus jeunes ne sont pas moins robustes que les aînés , nous pourrions nous etayer de l'autorité de Joubert : < La

femme de ce monde que je chéris le plus, dit-il naïvement , a nourri tous mes enfants tant qu'elle a eu du lait, et je n'ai pas laissé pour cela de coucher avec elle , et lui faire l'amour, comme un bon mari doit à sa bonne moitié , suivant la conjonction du mariage , et , Dieu mercy , nos enfants ont été bien nourris et sont bien avenus. Je ne donne point conseil aux autres, que je ne prenne pourmoy. »

Quand l'instinct de la propagation commence à se développer, il est peut-être convenable , afin de prévenir les écarts d'imagination auxquels il peut entraîner , de donner aux jeunes gens , sur le mécanisme de la reproduction chez les différents êtres , des explications à leur portée, et propres à arrêter des recherches que ne manquera pas de faire leur inquiète curiosité. La réserve que la routine adopte sur ces matières délicates est souvent le moyen de produire les plus nuisibles effets. Dans ce cas , comme dans mille autres , ce ne sont pas les lumières qui nuisent à l'homme , mais bien la manière dont il reçoit ces lumières. Les explications opportunes données par des personnes raisonnables , sur la nature et le but du penchant , sur les conséquences funestes auxquelles il peut entraîner, ne peuvent avoir qu'un résultat avantageux , puisque , pour éviter le danger , il faut le connaître ; mais la moindre découverte faite par un enfant , soit dans un livre obscène , soit dans la conduite trop peu réservée des gens qui l'environnent , peut avoir pour lui des suites préjudiciables.

L'avantage que l'instituteur ou le père de famille retire d'instruire lui-même l'adolescent sur la nouvelle faculté qui se développe en lui, est de l'empêcher de chercher , parmi des valets corrompus ou parmi des enfants de son âge, les confidents de ses désirs ou de ses plaisirs. Le second avantage , qui n'est que la conséquence du premier , est de posséder sa confiance entière , et de se mettre à même , par là , d'apprécier exactement le degré d'entraînement du penchant auquel il s'agit de faire diversion. Mais , si l'on veut obtenir pleinement cette confiance si utile , il faut se garder d'aucune espèce de réprimandes. Celles-ci seraient intempestives , ne serviraient qu'à rendre le jeune homme dissimulé et à lui faire choisir un autre dépositaire de ses secrets. L'instituteur doit écouter tout sans observation , puis agirt c'est-à-dire prendre , sans même que son élève en ait le soupçon , les mesures indiquées pour faire diversion au penchant. S'il veut moraliser , qu'il soit concis ; qu'il se borne à faire une peinture exacte et bien fidèle des effets de la débauche sur la force physique , sur le courage , sur la santé , etc. ; mais que le tableau n'ait rien d'exagéré. Si l'enfant aperçoit un seul point qui blesse la vérité , il en conclura que tout est faux, rira en secret des leçons de l'instituteur, ne feindra u*y ajouter foi que pour en être plus vite débarrassé, et courir se de-

DE L'AMOUR DE LA PROG ÉNIURE. 107

dommager, dans les bras du plaisir, des ennuyeuses maximes dont on l'aura assourdi.

Outre les moyens que j'ai déjà indiqués , il en est un qui pourrait peut-être servir à faire diversion à l'instinct de la propagation, c'est le sentiment d'amour (voyez Attachement, ch. III). Pour user de ce moyen , on cherche de bonne heure , d'après la connaissance du caractère de l'adolescent qu'on veut diriger, une personne qui , par ses bonnes et brillantes qualités, puisse lui inspirer de l'attachement. Ce moyen servira, plus qu'on ne peut imaginer, à préserver l'adolescent des attraits grossiers du libertinage ou des pièges plus dangereux de la coquetterie. Je me suis mal expliqué, si l'on croit que j'ai eu l'intention de parler de ces femmes qui font métier de former les jeunes gens : je parle d'une fille vertueuse et d'un attachement solide.

Enfin , si l'on a affaire à un jeune homme incapable de se laisser guider par des motifs élevés, de sentir le mépris du vice et l'horreur de la débauche , il reste un moyen qu'on raconte avoir été déjà mis en usage. Il consiste à conduire le jeune homme dans l'hospice où se trouvent rassemblés les plus tristes résultats de la débauche. Ce moyen moral peut laisser une impression assez profonde : il vaut toujours bien les leçons banales dont on assomme la jeunesse.

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