DE L'AMOUR DE LA PROGÉNITURE
si prononcée dans les têtes do nègres , chez lesquels l'infanticide est , dit-il, encore un crime inconnu, et dans les têtes de certains singes, que Ton sait tant aimer leurs petits. Nous ne saurions mieux faire que de renvoyer aux ouvrages de Gall pour les preuves de cette opinion , sur la valeur de laquelle nous nous gardons bien de prononcer.
1 0 Effets de V amour de la progéniture dans ses divers degrés de développement, — Direction de ce sentiment.
Dans son développement ordinaire , l'amour de la progéniture a pour destination d'assurer l'existence des nouveautés. Si ce sentiment intérieur n'existait pas , et n'existait pas indépendamment de tout calcul , de toute combinaison d'idées , où en seraient , je ne dis pas seulement la progéniture de l'homme, mais encore celle des mammifères les plus vivaces, celle des oiseaux, des insectes, et même celle des poissons ? Les espèces ne pourraient durer qu'une seule génération.
L'amour delà progéniture occupe efficacement les jours de la jeune femme qui devient mère : l'exercice de l'amour maternel met souvent une jeune épouse à l'abri des dangers qui peuvent résulter de la domination de divers autres sentiments trop exaltés. « L'attrait de la vie domestique, dit Rousseau, est le meilleur contre-poison des mauvaises mœurs. » Plus tard, les charmes de la maternité feront fuir l'ennui de la vieillesse , et , remplaçant l'abandon auquel laisse en proie le célibat , contribueront à la srfnté et à la longévité.
L amour de la progéniture peut, comme tout autre sentiment, être porté à un trop haut degré.
C'est chez la femme principalement que se rencontre cet état. L'homme n'en est pourtant pas exempt , et plus d'un époux a été réduit au désespoir par la stérilité de sa compagne. Ce trop haut degré dans le développement de l'amour de la progéniture fait trouver insupportable la privation des enfants. « Du moment , dit Gall , où la jeune personne chez laquelle cet organe a acquis un très-grand développement connaît sa destination , toutes ses idées ont pour base le désir d'être mère : chaque enfant qu'elle rencontre donne une vivacité nouvelle aux vœux que sans le savoir peut-être , elle forme au fond de sou cœur. Quelque bien assortie que puisse paraître l'union qu'elle a contractée , elle ne saurait y trouver le bonheur si elle n'est pas mère. Un époux estimable est sans doute un bien précieux pour une semblable femme ; mais rien n'approche à ses yeux du bonheur d'avoir des enfants. Que la bonne tarde quelques instants de rentrer avec le nourrisson chéri, l'imagination alarmée de la tendre mère lui peint mille dangers qui le menacent. » (sur les Fonctions du cerveau.) Les hommes chez lesquels ce sentiment est très-développé se char-
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gont avec plaisir du soin des petits enfants : c'est ce que font les nègres en Europe. Enfin, il résulte de ce sentiment trop excité ce qu'on appelle \à passion des enfants, et même quelquefois une monomanie dont toutes les idées délirantes roulent sur les enfants , et dans laquelle les filles les plus chastes ayant ce genre de folie , ne parlent que de leur prétendue grossesse, etc.
Le trop grand développement de cette faculté ne nuit pas seulement à la personne qui le possède , il nuit encore à celle qui en est l'objet : c'est ainsi qu'il peut conduire une mère à gâter ses enfants , par une tendresse mal entendu», et à leur préparer pour l'avenir des maux véritables, à force de les garantir pour le présent de maux imaginaires.
Si trop de développement dans l'amour de la progéniture tourne ce doux sentiment en une inquiétude continuelle qui peut aller jusqu'à la manie , un développement trop peu considérable produit des maux plus réels encore. D'abord, les femmes chez lesquelles ce sentiment est trop faible n'ont point le désir d'avoir des enfants ; car on ne peut souhaiter que ce que l'on aime ou que ce que l'on croit pouvoir aimer. Elles redoutent l'état de mère , et , trop souvent secondées par leurs maris, elles font, comme ledit Rousseau, un ouvrage inutile % afin de le recommencer toujours; elles tournent au préjudice de l'espèce l'attrait donné pour la multiplier. Ce premier mal est grand , il est une cause de dépopulation ; mais il en survient un bien plus grand encore, si la nature contrarie les vœux et rend inutiles les précautions de ces femmes imparfaitement organisées. Les enfants qui proviennent de cette union sans but ne peuvent être allaités par celles qui ne leur ont donné le jour que contre leur gré ; le plus sacré des devoirs est méprisé, et la compagne de l'homme souffre avec tranquillité une séparation qui , chez la femelle du tigre, excite le dernier degré de la fureur. Les enfants sont livrés à des femmes mercenaires : nous verrons dans un autre chapitre ce qui en résulte pour eux et pour celles qui leur ont donné l'existence. L'indiiférence, la négligence et même la haine pour les enfants, sont donc le résultat d'un trop faible développement de l'amour de la progéniture. Si la jeune fille, ainsi organisée, a cédé aux désirs d'un amant volage , et qu'elle craigne la misère et le mépris , elle abandonne sans regret et sans remords le fruit qu'elle a porté dans son sein. Si elle est provoquée par quelque circonstance à le détruire , elle a , dans le défaut d'amour de la progéniture, un motif de moins pour résister au crime. Le sentiment trop faible ne développe pas une résistance assez forte ; elle succombe , et commet un attentat contre la seule pensée duquel se serait soulevée toute autre mère. La
malheureuse organisation qui produit les marâtres se rencontre sans exception , disent les phrénologistes ( ce qu'il faudrait vérifier ) , sur toutes les têtes de femmes qui se sont rendues coupables d'infanticide , sans y être poussées par de puissants motifs .
De ce que nous venons d'exposer on peut conclure ce qui suit : si l'amour de la progéniture est trop exalté , on doit y faire diversion par toutes les distractions propres à l'atténuer , exercer les autres sentiments, exercer surtout l'intelligence, afin que l'amour delà progéniture n'agisse pas aveuglément , afin que, plus tard, les actes de ce sentiment destiné à protéger l'enfance ne tournent pas contre elle. Il faut faire comprendre que l'enfant dont on satisfait tous les caprices ne trouvera plus en entrant dans le monde, que d'amers mécomptes ; mais on ne doit jamais employer la contrainte pour priver la femme de ses enfants : ce serait le moyen de faire éclater la manie. Si ce sentiment est trop faible , le mari doit au contraire éloigner de sa femme tout ce qui peut la distraire de ses enfants , lui montrer l'amour maternel répandu dans toute la nature , exciter conti* uuellement ce sentiment par tous les beaux exemples qu'il pourra lui fournir , les faire valoir autant qu'il en trouvera l'occasion ; l'éclairer enfin sur les suites de son indifférence, lui montrer la haine et l'aversion remplaçant , chez les enfants maltraités , la reconnaissance et la piété filiale. On cultive ce sentiment de jeune âge en mettant à la portée de la jeune fille , dans ses amusements , tout ce qui peut lui faire aimer les enfants , en Ja rendant attentive à tout ce qui les concerne.