CHAPITRE III
Quand même nous n'aurions pas sous les yeux les preuves nom* breuses à l'aide desquelles Gall établit que la disposition à l'attachement est une faculté fondamentale , naturelle et innée , il nous serait impossible d'admettre l'opinion des auteurs qui soutiennent que c'est le seul besoin de, secours qui attache les hommes les uns aux autres, parce que nous pensons que beaucoup d'attachements ont lieu indépendamment de ces motifs , indépendamment même de la volonté. Nous n'admettrions pas davantage que les attachements soient fondés sur le besoin de l'union des sexes , parce qu'il est des hommes chez lesquels ce dernier 'besoin est impérieux , et qui n'ont jamais pu contracter aucun attachement durable; d'autres qui sont encore vierges,
112 HYGIÈNE DE I/ENCÊPHALE.
quoique d'un âge avance, et ont pourtant aimé jusque la folie. II serait d'ailleurs difficile d'expliquer , sans avoir recours à une partie organique spéciale , à une faculté particulière et distincte de l'instinct de la propagation ces attachements extrêmes de certains animaux entre eux et pour l'homme ; par exemple , l'attachement des perroquets , qu'on nomme inséparables , parce qu'ils meurent quand on les désunit ; celui du lion pour le chien ; celui du chien pour l'homme , etc. Certes , ces attachements ne sont pas fondés sur l'instinct de la propagation.
La disposition à l'attachement est en général plus prononcée chez la femme que chez l'homme , et cependant nous avons vu que l'instinct delà propagation est plus actif chez celui-ci que chez la première. Dans les liaisons d'amour , la femme , ainsi que nous l'avons dit en parlant des jouissances vénériennes, n'est souvent portée à accorder ses faveurs que par l'espoir et le désir de contracter un attachement, de fixer un homme , et c'est plutôt de sa bouche que de celte de son amant, trop occupé des plaisirs du moment, que sortent toutes les expressions qui semblent réclamer la constance.
La partie encéphalique assignée par Gall à la manifestation du sentiment d'attachement , détermine sur le crâne ( d'après ce physiologiste) , immédiatement au-dessus de l'amour physique et de chacun des côtés externes de l'amour de la progéniture , deux grandes proéminences en segment de sphère.
C'est le sentiment dont il est ici question , qui , lorsqu'il a pour obv jet un sexe différent, constitue Yamour : il me semble peu raisonnable d'attribuer ce sentiment au seul instinct de la propagation , au seul besoin de coït. Si cette opinion était fondée, lorsque l'amour est porté à un assez haut degré pour constituer une passion et causer des tourments, on pourrait calmer ceux-ci avec la première personne venue , et la jouissance vénérienne pourrait être suivie du repos. Mais il n'en est point ainsi : le plaisir , pris même avec l'objet aimé , ne diminue pas toujours les inquiétudes de l'amour , et l'on voit souvent cette passion exister après les jouissances vénériennes tout aussi ardemment qu'avant elle. 11 faut étudier l'amour chez les femmes , pour s'assurer de la vérité de cette opinion. Cette raison nous a engagé à placer dans ce chapitre ce que nous avons à dire de la passion de l'amour.
1° Effets du sentiment d'attachement, contenu dans de justes bornes.
Il n'est pas une faculté de laquelle ne dépende plus ou moins la conservation des individus ou des espèces. Celle dont il est ici question ne fait pas exception à cette règle. Elle parait être la source de
la sociabilité , qui produit les secours mutuels , et , dans quelques cas , du mariage, qui les concentre davantage. Sans le sentiment qui produit ces effets, l'homme vivrait isolé, dans le dénuinentle plus complet, ou plutôt ne pourrait subsister , car le sauvage isolé est une chimère , et la sociabilité est inhérente à la nature humaine. Au reste , tous les avantages de ce sentiment, dont l'éloge se trouve partout , ressortent de ce seul fait , que la nature , en organisant l'homme pour la société, Ta astreint a avoir continuellement besoin de son semblable. L'exercice de rattachement est la source des sensations les plus agréables , des jouissances les plus douces. Il contribue puissamment à l'entretien de la santé, par l'éloignement de toutes les affections tristes et de leurs pernicieux effets. En faisant partager les peines et les plaisirs , rattachement diminue les premières , augmente les seconds.
Les effets de l'amour contenu dans de justes bornes ne sont pas autres que ceux que nous venons d'énoncer : seulement ces effets sont plus prononcés.
2° Effets de la privation des sentiments d'amitié , d'attachement,
d'amour, etc.
Ou la privation de ces sentiments est causée par le peu de développement et d'énergie de l'organe chargé de les manifester, et dans ce cas, elle est dépendante de l'individu, elle est une conséquence de son organisation; ou bien cette privation est causée par les circonstances extérieures , et n'est pas le résultat de l'organisation.
Dans le premier cas , l'homme ne peut souffrir de la privation des sensations qu'il n'a pas éprouvées , et surtout qu'il n'est pas organisé pour éprouver et désirer. L'homme (s'il pouvait en exister) qui n'éprouve aucun plaisir dans le coït , aucun désir de cet acte , ne peut souffrir en observant la loi de continence. Il en est absolument de même de celui qui n'est pas organisé pour s'attacher. Cet hommepeut être plein de sensibilité , aimer à obliger ; mais à coup sûr il ne tiendra pas à ses amis. Ceux-ci ne seront pour lui que des objets de distraction. Les voyages qui éloigneront ses amis ne lui causeront aucune impression pénible. Il pourra ressentir vivement leurs souffrances ; mais , s'il les sait heureux , en fût-il séparé par mille lieues, il ne sera plus affecté de leur absence. Il ne connaîtra pas la peine causée par la désunion , la séparation , l'éloignement. Voir son ami souffrir, sera plus pénible à un tel homme que le savoir mort. De pareilles gens ne peuvent aimer les femmes qu'en vertu de l'instinct de la propagation, ils ridiculisent toute espèce d'attachement, et traitent d'insensés , de fous , de gens à sentiments , ceux qu'un lien unit trop fortement ou depuis trop longtemps. La constance n'est pas leur lof.
Les hommes dont nous parlons , éprouvent bien moins de peine que ceux qui sont susceptibles d'attachement ; mais aussi ils ont de moins une source de jouissances , et dans un âge avancé ils éprouvent un grand nombre de privations, car la nature a eu un but en nous organisant pour nous attacher les uns aux autres ; et ce but, c'est celui de nous ménager les secours qui naissent des rapprochements réciproques. Or , ces secours sont des moyens de prolonger l'existence , de conserver et de rétablir la santé.
Dans le second cas , c'est-à-dire celui où la privation d'attachement frappe un individu organisé pour en sentir le charme, les effets sont tout différents. Cet homme rentre dans le cas de celui dont l'estomac est énergique et sain , et que Ton prive d'aliments ; de celui dont les désirs vénériens sont portés à la fureur , et que Ton prive de femmes; en un mot, il manque à cet homme un objet du monde extérieur , désiré, souhaité , appété par un organe, créé pour cet organe. Cet homme ne le trouve pas , il devient inquiet , mélancolique; l'univers ne lui présente que du vide; il erre attristé et sans but, tout le dégoûte et l'ennuie ; il est souffrant , il s'achemine consumé vers la tombe , s'il ne rencontre l'attachement qui doit le réconcilier avec l'existence , rendre la vie à la nature , et compléter pour lui la création. Les effets du besoin non satisfait d'attachement sont précisément la plupart de-ceux que l'on rencontre dans cette série de phénomènes que tous les auteurs donnent comme signes moraux de la puberté chez la jeune vierge, mais que beaucoup d'entre eux , aussi peu logiciens que physiologistes, attribuent au désir seul du coït , tandis qu'aucun de ces phénomènes n'y a rapport , ainsi qu'il est facile de s'en assurer en comparant les effets de la continence forcée avec ceux qui résultent d'un amour contrarié.
3° Effets de t attachement, de V amour portés à un état exagéré ou contrarié.
Gall et Pinel citent plusieurs exemples de personnes devenues folles après avoir perdu l'objet de leur attachement; chez ces personnes, ]a facilité à s'attacher , le besoin et la violence de l'attachement étaient tels , que la première de ces personnes est devenue trois fois aliénée, à l'occasion de trois pertes successives, pour aucune desquelles il ne pouvait être aucunement question d'instinct de la propagation.
Quand le sentiment dont nous nous occupons est exagéré , il n'enfante plus, comme le fait l'exagération de l'instinct de la propagation, des discours obscènes , des gestes lascifs et provocateurs ; mais il donne lieu à quelque chose plus délicat, qu'on appelle érotomanie; c'est un amour violent, dirigé sur un objet réel ou imaginaire, qui fixe exclusivement toutes les idées du malade ; d'autres fois , c'est un
besoin d'attachement qui n'est fixé sur aucun objet , mais qui n'en est pas moins fortement senti , qui n'en occupe pas moins toutes les pensées. C'est ce besoin que beaucoup de médecins prennent, quand ils prescrivent le mariage, pour un désir de jouissances vénériennes, tandis que c'est seulement un besoin d'attachement , que , dans le langage du monde, j'appellerai besoin du camr.
La personne chez laquelle existe l'exagération du sentiment de l'attachement, croit souvent voir, entendre l'objet aimé; elle lui prête toutes les perfections imaginables, elle verse des larmes sur son absence, etc., etc. Ce sont particulièrement les femmes qui sont exposées à cette excitation morbide ; aussi est-ce d'elles qu'on doit plus .spécialement éloigner les causes qui y donnent lieu, et dont nous allons parler dans la direction de cette faculté.
Lorsque l'amour est contrarié, il peut produire la colère ; nous développerons plus loin les effets de cette affection. Sans faire naître la colère, l'amour contrarié, outre les effets cérébraux précités, agit encore sur les viscères, et même sur l'appareil musculaire de relation ; ainsi les aliments sont sans saveur, la digestion est lente, la gastroentérite chronique s'établit , le foie s'irrite consécutivement ; de là des vomissements, des hépatites, etc. ; la circulation et la respiration se font imparfaitement, leurs organes s'engorgent et deviennent anévrismatiques ; l'appareil musculaire et les sens externes sont affaiblis. Outre l'espèce de monomanie que nous venons de citer , j'ai vu souvent survenir chez les femmes douées d'une grande mobilité, ces contractions musculaires spasmodiques qu'on appelle hystérie, et qu'on croit à tort dues à l'utérus, puisqu'elles émanent bien évidemment de l'encéphale seul, comme l'a avancé et prouvé Georget, et comme j'ai eu occasion de m'en convaincre en observant avec lui, principalement à la Salpétrière, un grand nombre d'hystériques.
V De la direction des sentiments d'attachement , d'amitié, d'amour, etc.
Nos habitudes sociales prescrivent à l'un des sexes d'imposer silence à la manifestation du plus impérieux de ces sentiments, et l'éducation de ce sexe est précisément conduite de manière à le développer. On ne veut pas qu'une jeune fille avoue qu'elle éprouve le besoin d'aimer, de s'attacher, et l'éducation qu'on imprime à son cerveau tend à faire naître ce besoin. Nous venons de voir ce qui résulte du défaut et du trop d'activité de l'attachement : l'un et l'autre ont leurs inconvénients ; que faut-il faire pour atteindre le milieu désirable? Si la jeune fille ou le jeune garçon ( car les mêmes moyens sont applicables aux deux sexes ) donne des signes non équivoques d'un grand besoin d'attachement, montre une grande disposition à s'attendrir, à
se désespérer sur l'absence de ses amis , on aura le plus grand soin de bannir de ses lectures toute espèce de livres où sont peints les attachements exagérés, on éloignera d'elle toute musique qui porte à la mélancolie ; enfin il faudra apporter une attention extrême à écarter toutes les circonstances propres à faire naître ou à entretenir de tendres émotions, les circonstances même qui peuvent laisser assez de loisir pour permettre qu'on s'arrête aux sentiments qu'il convient d'éloigner. L'oisiveté doit être regardée comme pernicieuse ; il faut prescrire l'exercice de toutes les facultés auxquelles appartiennent le plus de raisonnement, le calcul, la mécanique et diverses sciences positives. Il faut prescrire des occupations continuelles ; la solitude est dangereuse aux personnes aimantes ; le tourbillon des affaires leur convient davantage. En fait d'amusements, il ne faut admettre que ceux qui portent avec eux un caractère maie , tels que les exercices gyranastiques, ou ceux qui sont empreints du cachet de la légèreté, tels que les spectacles gais. C'est dans la jeunesse, et même dans l'enfance, qu'il faut attaquer ce penchant à l'attachement excessif ; car l'homme et la femme qui sont dominés par lui à l'âge où ils ne sauraient plus plaire, deviennent un objet de ridicule, et restent, lorsqu'on ne feint pas de répondre à leurs sentiments, en proie à des tourments irrémédiables, qui font le désespoir de leur vie et ne tardent pas à détruire leur santé. Si un vieillard, encore tourmenté des désirs del'adolescent, se livre au libertinage et devient un objet de dégoût, au moins il sera peu à plaindre , car l'or corrupteur lui fournit toujours le moyen de satisfaire ses goûts ; mais il n'en est pas ainsi du vieillard amoureux : ( l'attachement ne s'achète pas ! ) l'inquiétude continuelle, la défiance, la jalousie, le désespoir mineront ses jours !
Lorsqu'on vient à dérober à la jeune fille des soupirs et des pleurs dont elle cache la cause, lorsqu'on aperçoit dans son caractère des changements, des irrégularités , lorsqu'on la voit rechercher la solitude, c'est alors qu'il faut insister fortement sur les moyens indiqués. Distractions fortes et soutenues, fréquentation de sociétés agréables, éloignement de la solitude oud'un genre de vie sédentaire et uniforme, exercice musculaire porté jusqu'à une légère fatigue, tels sont à peu près les moyens à mettre en usage. Les courses à cheval, les armes, la lutte, la chasse seront prescrits aux garçons. On a fait Diane ennemie de l'amour, dit J.-J. Rousseau, et l'allégorie est très-juste ; les langueurs de l'amour ne naissent que dans un doux repos ; un violent exercice étouffe les sentiments tendres. Souvent, pour empêcher le sentiment d'attachement de se porter sur des objets chimériques, il faudra marier la jeune fille ; ce moyen aura encore l'avantage d'eier ocr une révulsion sur d'autres organes. Si l'exagération des sentiments
d'attachement est très-forte , comme chex certains hommes en proie aux fureurs de l'amour , on peut ajouter aux moyens indiqués , en mettant en action un autre sentiment , pour obvier ou remédier aux pernicieux effets que pourrait avoir le premier. Ainsi on présentera à l'amoureux les spéculations de la cupidité , les prestiges de la gloire , les chimères de l'ambition ; on fera tour à tour briller à ses yeux les richesses et les dignités ; on lui fera valoir le bonheur d'être entouré de la considération de ses concitoyens , etc.
Si la personne est douée d'une organisation opposée à celle que nous venons de supposer , si elle est vive , légère et incapable d'attachement , il faut mettre en usage des moyens tout à fait opposés : il faut lui faire apercevoir le suprême bonheur dans la constance , dans un attachement durable ; l'entretenir des grands modèles d'amitié et d'amour , lui vanter sans cesse le bonheur de deux cœurs unis , et mettre en usage tous les moyens bannis de l'éducation de la première, la lecture des ouvrages qui présentent des modèles d'attachement, la musique tendre , etc. , etc.
5° Du Mariage,
Le mariage est l'union légale de l'homme et de la femme. Noua ne répéterons pas dans cet article tout ce qu'ont écrit contre les célibataires les divers instituteurs politiques et religieux , parce que noua ne devons considérer ici le mariage que par rapport à la santé et à la longévité de l'homme. Il nous importe en effet fort peu que Zoroastre, Gonfucius et Mahomet aient recommandé le mariage ; qu'il ait été permis dans Sparte de frapper les célibataires ; que dans beaucoup de républiques ces malheureux aient été privés des droits et emplois civils ; que dans la république romaine ils n'aient pu servir de témoins ; mais ce qui nous importe beaucoup plus , et ce que ne nous apprennent nullement ni les divers auteurs des articles Mariage de nos dictionnaires , ni les rigueurs exercées contre les célibataires , c'est de savoir si l'union à vie, qu'on appelle mariage, est ou n'est pas conforme à la nature humaine , est ou n'est pas en rapport avec l'organisation de l'espèce humaine , doit ou ne doit pas contribuer à la santé et au bonheur.
De même que dans la nature il existe des espèces carnivores , des espèces herbivores , et des espèces qui tiennent le milieu entre les précédentes , c'est-à-dire qui tantôt tuent des animaux et s'en nourrissent , d'autres fois se nourrissent des fruits de la terre ; de même aussi il existe des espèces qui ne contractent jamais de mariage ; d'autres qui vivent dans cet état; d'autres espèces, enfin, dont le& individus se marient ou ne se marient pas. Le mariage n'est donc*
plus , aux yeux de l'observateur , une institution seulement sociale , il est encore , dans certains cas , une institution de la nature. « Certains animaux , dit Gall , tels que le taureau , l'étalon , le chien /ne s'approchent de la femelle de leur espèce que lorsqu'ils ressentent le besoin de s'accoupler , ne satisfont pas leurs désirs exclusivement avec une seule , et , ces désirs satisfaits , il n'y a plus aucun attachement entre le mâle et la femelle : chacun d'eux va vivre de son côté.
« D'autres animaux , au contraire , dès qu'ils sentent naître les désirs amoureux, font choix, entre plusieurs femelles, d'une seule, vers laquelle ils paraissent attirés par une espèce de sympathie ; et jusqu'à ce qu'ils en aient acquis la paisible possession , ils combattent avec ardeur les autres mâles qui prétendent leur disputer la conquête de celle qu'ils ont choisie : dès ce moment , l'union est conclue pour la vie. Conjointement avec leur compagne , ils soignent les petits nés de cette union Jusqu'à ce que ceux-ci soient en état de pourvoir euxmêmes à leur subsistance. Lorsque le temps de la propagation est passé , le couple reste dans l'union la plus tendre ; il fait ensemble ses voyages : lorsque ce sont des animaux qui vivent en troupeaux , ils se tiennent toujours l'un près de l'autre. Au printempsàls se livrent de nouveau à l'amour , et ils continuent de même tant que l'un et l'autre existent. Ce n'est que lorsque l'un des époux a péri que l'autre fait un nouveau choix. C'est dans une union semblable qui vivent le renard , la martre, le chat sauvage , la taupe , l'aigle , l'épervier , le pigeon , la cigogne , le cygne ( on dit même que- chez le cygne sauvage l'attachement réciproque des deux époux est tel , que , lorsque l'un d'eux périt, le survivant se condamne à un célibat volontaire pour le reste de sa vie ), le rossignol, le moineau , l'hirondelle , etc. Le mariage pour la vie est donc commandé par la nature à tous ces animaux : il le serait aussi à l'homme , si notre espèce , en raison de la multiplicité de ses penchants , n'était pas sujette à tant de modifications. » (Sur les fonctions du cerveau, t. m, p. 481.)
Gall ne se prononce pas sur la partie organique qui fait vivre certaines espèces dans l'état de mariage. Spurzheim prétend que cette partie n'est autre que l'organe de l'attachement ; il pense que c'est ce sentiment que le mâle et la femelle ont l'un pour l'autre , qui les détermine à ne point se quitter quand l'instinct de propagation est satisfait , et à rester unis même hors le temps des amours. Gall, pour combattre l'idée si ingénieuse de son collaborateur , rappelle l'exemple du chien , modèle de l'attachement , qui ne vit pas dans l'état de mariage ; puis il cite le fait suivant qu'il a observé :
« Dans toutes les espèces où le mâle et la femelle concourent l'un et l'autre à soigner les petits , il y a mariage pour la vie; dans les es-
pèces , au contraire, où le mâle se contente de procréer les petits , sans concourir en rien à leur éducation, la première femelle venue lui sert à satisfaire ses désirs , et le but essentiel de la nature se trouve rempli sans le lien du mariage. >»
De ces divers faits on ne peut rien inférer relativement à l'homme, ou plutôt on peut conclure que, tenant le milieu entre les espèces qui contractent mariage et celles qui ne le contractent point , l'espèce humaine présente des individus nés pour cette union , et d'autres pour lesquels elle est un joug insupportable. Le mariage est donc une institution naturelle chez l'homme , pour celui qui peut y vivre; il n'est au contraire qu'une institution sociale. pour celui à qui son organisation ne permet pas de vivre dans cet état. Nonobstant cette opinion , indiquons les avantages qui ressortent de l'union conjugale , et tout ce qui doit la régler relativement à la santé.
Le premier avantage du mariage est l'exercice modéré d'une faculté (l'attachement) qui ne saurait rester sans objet. Combien de personnes de l'un et l'autre sexe le célibat ne fait-il pas tomber dans la mélancolie ! Un fait positif, c'est qu'il y a beaucoup plus de célibataires que de gens mariés qui deviennent fous(i). En Angleterre aussi, c'est panai les célibataires que se rencontrent les suicides.
Le second avantage du mariage est l'appui mutuel que les deux époux trouvent nécessairement dans ce lien.
Le troisième est de soumettre , par le fait même d'une cohabitation habituelle , à une espèce de régularité , l'exercice des organes générateurs , ou plutôt d'épargner aux époux l'épuisement qui suit l'aiguillon de la variété.
Le quatrième avantage du mariage consiste dans les soins , dans les secours que trouvent dans leurs enfants les époux parvenus à l'état de vieillesse. Quelque objection que l'on puisse apporter contre les avantages du mariage , considérés sous le point de vue hygiénique, il n'en est pas moins prouvé, par un grand nombre de tables exactes de mortalité, que les individus parvenus à l'âge le plus avancé étaient tous mariés.
Quelles' sont les conditions qu'il est nécessaire de remplir pour que le mariage soit heureux , pour que les parties contractantes en retirent l'avantage indiqué ? La première , ou plutôt la seule chose dont se soient occupés les législateurs , c'est de déterminer à quel âge les deux sexes sont propres au mariage. Lycurgue voulait que les hommes eussent trente-sept ans accomplis , et les femmes dix-sept. Platon assignait l'âge de trente ans pour les hommes , et dix-huit pour
(i) Voyez Desportbs , Rapport sur le service des aliénés; Pari» , 1823.
les filles. Aristote , trente-sept pour les hommes , et dix-huit pour les filles. La république romaine en état de guerre permettait les mariages à quatorze ans pour les hommes , et à douze pour les filles. Enfin , notre Code civil fixe l'âge du mariage à dix-huit ans pour les hommes , et à quinze pour les filles.
Les législateurs n'ont cru devoir ajouter à ces divers règlements aucune disposition légale propre à s'opposer aux disproportions d'âge dans le mariage. 11 eût été tyrannique , en effet , de porter atteinte au droit naturel que tout individu doit avoir de disposer de sa personne. Cependant, combien de jeunes filles l'apparente tyrannie d'une pareille disposition n'eût-elle pas soustraites à une tyrannie plus réelle, exercée tant de fois par d'injustes parents ! combien de victimes n'ont eu à choisir qu'entre les horreurs du cloître et le lit d'un vieillard dégoûtant et tyrannique !
Les législateurs n'ont pas cru davantage devoir s'occuper des maladies qui , suivant quelques auteurs , devraient , dans l'intérêt de l'hygiène publique, c'est-à-dire de la santé des enfants et de la vigueur îles races , mettre opposition au mariage.
Enfin , l'âge excepté , les seuls objets sur lesquels les législateurs aient porté leur attention , rentrent dans le domaine de la médecine légale, et ne doivent pas nous occuper. Examinons donc ceux qui sont de notre ressort :
1° L'âge ne peut être fixé d'une manière absolue; car tel individu est propre au mariage dès l'âge de dix-huit ans , tel autre n'y est propre que plus tard. Relativement à cet objet , les différents auteurs semblent n'avoir en vue que la faculté que les individus ont de se reproduire, et à ce sujet ils s'étendent sur les dangers des pertes séminales. Comme nous avons traité ce point dans le chapitre consacré à l'instinct de la propagation, nous n'y reviendrons pas ; mais nous devrons faire remarquer que , dans une union oû sont engagées pour la vie les propriétés et les personnes, il nous semble que ce ne devrait pas être seulement à cause de la faculté générative qu'il faudrait avoir égard à l'âge , mais bien encore relativement à d'autres facultés dont l'âge seul peut amener le développement : le plus ou moins de maturité d'un autre ordre de facultés , de celles qui constituent l'intelligence, ne devrait-il pas être pris en considération? et d'ailleurs, deux époux, quoique bien constitués, s'ils sont mariés trop jeunes, pourrontils se plaire et se suffire mutuellement pendant le grand nombre d'années qui doit s'écouler jusqu'à l'époque où cesse pour eux la faculté reproductive ? S'il est vrai de dire que la variété en amour, comme à la table , est le moyen de ranimer les désirs et de produire l'épuisement, n'y aurait-il point aussi quelque apparence de vérité à avan-
cer que beaucoup de nos organes ne sont pas créés pour être toujours mis en rapport avec les mêmes modificateurs , et que , jusqu'à certain point, la variété dans ceux-ci peut leur devenir avantageuse ? Je n'ose pas pousser trop loin cette idée. J'arrive à la disproportion des âges.
Tout le monde veut que la femme soit beaucoup plus jeune que le mari, et tout le monde se fonde sur les mêmes raisons. Je les passe sous silence parce qu'elles sont rebattues. Que résulte-t-il de cette disproportion dans les âges? que la chaîne de l'hymen, si légère quand l'amour en a formé les anneaux, finit par devenir incommode et pesante ; qu'un lien que la nature n'a pas formé, qui ne Test même que contre son vœu, se relâche, pour le malheur des époux , et souvent pour celui de leur génération. De là les séparations , les divorces et tous les scandales qui remplissent la société ; de là des chagrins domestiques de toute espèce, source des névroses, de la folie , et autres affections dont le cerveau est le point de départ.
Pour que le but de la nature soit atteint , il ne faut donc pas qu'il y ait entre l'homme et la femme une trop grande disproportion d'âge: c'est Tunique moyen d'assurer le bonheur des époux , autant pendant la jeunesse que dans un âge avancé.
2° Relativement aux maladies qui, suivant les divers auteurs d'Hygiène , devraient mettre obstacle au mariage , nous pensons que les législateurs ont encore usé d'une réserve bien sage en remettant le tout à la prudence et à la volonté des époux. Tous les médecins qui ont traité ce point d'hygiène ont présenté, comme devant être des motifs d'interdiction du mariage, une liste de maladies dont la plupart cèdent à un traitement assez simple , et dont beaucoup d'autres ne peuvent avoir aucun inconvénient , tant par rapport à la contagion que par rapport à l'hérédité. Tel médecin propose une loi qui interdise le mariage aux personnes affectées d'hémoptysie, parce que, dit- il , cette maladie est contagieuse et se transmet, comme l'on sait, jusqu'aux dernières générations, A cette assertion on peut opposer l'exemple de sujets qui , à l'époque de la vie où les poumons sont irritables , avaient de fréquentes hémoptysies , et qui , plus tard , ont cependant eu des enfants robustes et bien portants. Un autre auteur, s'étayant du même motif, veut que l'on interdise le mariage aux goutteux. Cependant les médecins qui ont observé beaucoup de ces malades savent que ce sont précisément les hommes le plus fortement constitués qui sont affectés de la goutte , et que leurs générations peuvent n'en être point atteintes , si elles évitent les causes qui l'ont produite et entretenue chez leurs pères. Enfin, d'autres médecins indiquent , comme motif d'interdiction du mariage, ces irritations si
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diverses de la peau qu'on désigne sous le nom commun de dartres , comme si l'homme affecté de certaines espèces de dartres ne pouvait donner le jour à des enfants exempts de cette maladie. Je n'en finirais pas si je voulais passer en revue toutes les maladies signalées aux législateurs, qui pourraient devenir cause d'interdiction dans le mariage. Il est fort heureux que ceux-ci se soient montrés sur ce point un peu moins difficiles que les médecins.
Il en doit être différemment des vices de conformation. Il existe, par rapport à ceux-ci, quelque chose de mieux fondé que tout ce qui a rapport aux maladies précitées. Le médecin pourrait , par exemple, non demander qu'on interdit le mariage , car la liberté ne doit jamais être limitée à ce sujet sous aucun prétexte; mais au moins faire observer à la femme dont le bassin est mal conformé, qu'en contractant le mariage elle s'expose à des douleurs atroces qui ne doivent avoir d'autre terme qu'une mort inévitable.
3° Relativement aux qualités soit morales , soit physiques de la femme, c'est un préjugé presque universellement répandu, surtout chez les gens qui s'occupent de sciences ou chez les gens de lettres, de croire qu'on ne doit rechercher dans une épouse que lea qualités morales qui constituent la bonne mère , la femme de ménage, etc. , et qu'un esprit cultivé doit être compté pour rien. Que résulte-t-il de ce préjugé? que ces hommes, obligés par état de rester chez eux, sont, faute de pouvoir s'y faire entendre à personne /forcés de penser seuls , de se renfermer en eux-mêmes , et ne tardent pas à devenir hypochondriaques comme les vieux célibataires qui exercent beaucoup leur cerveau.
4° Enfin , dans le mariage, on doit encore avoir égard aux moyens d'annuler, pour les enfants qui proviennent de cette union, l'effet des prédispositions héréditaires. Les lois ne s'occupent pas de ce point, et l'abandonnent entièrement à la sagesse des individus. H est fâcheux que l'homme , qui ne néglige rien pour l'amélioration des races de ses animaux domestiques , néglige tout quand il s'agit de la sienne propre. Il serait pourtant à désirer qu'on s'occupât aussi du moyen d'améliorer la constitution physique et morale de l'espèce humaine. Ce moyen consisterait peut-être à favoriser l'union de tempéraments différents, de prédominances organiques opposées. Ainsi, le bilieux s'unirait avec le lymphatique ou le sanguin ; la personne chez laquelle un organe a trop de développement et trop d'irritabilité , ne contracterait d'alliance qu'avec celle chez laquelle, ce même organe est inférieur aux autres en force ou en irritabilité. En agissant ainsi, et quand on pourrait bien juger les prédominances des organes cérébraux, on ferait disparaître les folies héréditaires; de même qu'en
donnant son attention à l'irritabilité des antres organes, on diminuerait le nombre de leurs affections.
Il est vrai que ce que l'homme ne fait pas par calcul raisonné, il le fait par une impulsion instinctive qui, pour ses unions d'amitié et d'amour, le porte vers ce qu'il ne trouve pas en lui , comme s'il voulait compléter son être, perfectionner son organisation. C'est ainsi que le faible recherche le fort ; le timide, le courageux ; l'hypochondriaque , l'homme énergique et gai ; la petite femme , l'homme de haute stature ; l'homme humble, celui qui a l'instinct du commandedément ; et que, par la même loi, deux êtres doués des mêmes caractères physiques et moraux, loin de se rechercher, se repoussent ; que deux vaniteux et deux orgueilleux, par exemple, ne peuvent se supporter et vivre ensemble.
5° L'al>olition du divorce, considérée sous le point de vue de l'hygiène publique, est en opposition avec les lois qu'elle prescrit, comme avec celle de la morale, qui ne peuvent être distinctes des premières ; elle est ujie transgression aux lois de l'Église ancienne ; enfin, la loi du divorce , telle qu'elle existait sous l'empire , n'est pas plus une transgres sion aux canons de la nouvelle Église que la loi de séparation qui existe aujourd'hui. Prouvons ces points.
Ou la loi actuelle ne prononce pas la séparation des époux qu'une cause quelconque empêche de vivre dans une bonne intelligence, ou la loi prononce cette séparation. Si elle ne la prononce pas , le but du mariage n'en est pas moins manqué. Là où existe le divorce du cœur et des sens , le divorce de la loi n'est pas nécessaire pour qu'il n'y ait ni procréation d'individus, ni réciprocité de soins, etc. Cette chaîne de fer , qui tient dans une intimité étroite deux êtres qui ne veulent qu'être séparés, devient la source d'une infinité de maladies, particulièrement des névroses , des folies , comme le prouvent journellement les relevés faits dans les maisons d'aliénés, sur les causes de ces maladies. Si au contraire la loi permet la séparation des époux, ceux-ci ne peuvent plus, sans blesser la morale, obéir aux impulsions de la nature, peut-être depuis longtemps enchaînées. Us sont obligés de vivre chacun de son côté, dans le concubinage, puisqu'on ne leur permet pas de recourir de nouveau à un mariage légitime. Voilà donc déjà les lois de l'hygiène et celles de la morale transgressées.
Pour ce qui a rapport à la transgression des lois de l'ancienne Église, je renvoie au Deutéronome, ch. xxiv, versets 1, % 8, 4, qui s'expriment positivement sur ce point.
Enfin, si l'on transgresse les nouvelles lois canoniques, ce n'est pas en se remariant, c'est en se séparant : Quod Deus conjungit, homo non separet, La permission de se remarier, après une séparation auto-
risée par la loi, loin de blesser la religion, est donc plutôt conforme à ses principes. Cette permission n'a d'autre but que de favoriser le renouvellement de la population , sans compromettre la morale , et Justinien nous semble avoir eu quelque tort en abolissant, le premier, le divorce. C'est pour éviter une infinité de causes , non-seulement scandaleuses, mais encore obscènes , outrageantes pour les "mœurs (accusations et preuves d'impuissance, etc.), que l'Assemblée constituante rétablit le divorce en 1790, sans que les époux eussent besoin d'alléguer d'autre motif que celui à' incompatibilité d'humeur.
6° De la Sociabilité.
La sociabilité est une faculté inhérente à l'espèce humaine comme à beaucoup d'espèces animales. Gall n'a pu assigner d'organe à cette faculté, bien qu'il ait comparé les crânes de beaucoup d'animaux vivant en société, avec les crânes de ceux qui vivent isolés. Ce physiologiste croit néanmoins probable que le penchant à vivre en société rentre dans la sphère de l'activité de l'organe de V attachement; il penche à attribuer au minimum de développement de cet organe la haine que prennent pour le commerce des hommes certains misanthropes. Cette misanthropie ne vient-elle pas plus souvent encore d'un excès de fierté ou d'une forte affection du sentiment de la vanité, dispositions qui peuvent fort bien coïncider avec un certain développement du sentiment de l'attachement? On pourrait citer, pour preuve de cette assertion, beaucoup d'hommes qui, [dès leurs premiers pas dans le monde, dédaignés et méconnus de la société, ont plus tard refusé de s'y encadrer, et qu'une vanité impitoyable et blessée a souvent plongés dans la solitude, ou déchaînés contre l'espèce hum aine. Quoi qu'il en soit, puisque la sociabilité est une faculté de l'homme, étudions-en les effets.
La sociabilité , chez l'homme , est la source d'une mutuelle bienveillance, d'une réciprocité de secours qu'il serait impossible de rencontrer dans la vie solitaire ; celle-ci ne saurait avoir lieu sans des privations de toute espèce, au milieu desquelles naîtraient bientôt le dégoût de l'existence et le penchant au suicide.
Les inconvénients de la vie solitaire sont très-différents, suivant l'organisation de l'individu. Si celui-ci est né avec un faible développement de la sociabilité, la solitude n'aura pour lui que l'inconvénient de certaines privations au-dessus desquelles il se placera bientôt. Cet individu sera tout aussi gai , dans sa solitude , que l'homme le plus folâtre au sein de la plus brillante société. La vie solitaire n'a donc pas 'plus d'inconvénient chez l'homme que son organisation y
appelle , que la privation des femmes n'a d'inconvénient chez l'homme qu'aucun penchant n'attire vers elles.
11 en est tout différemment chez l'homme fait pour sentir tous les charmes de la société , et qui ne l'aura abandonnée qu'après avoir eu à s'en plaindre. Il éprouvera bientôt toutes les horreurs de l'hypochondrie ; son imagination exagérera les moindres maux ; sa défiance sera bientôt portée à l'extrême , et le suicide terminera des jours qu'il croira continuellement menacés par tout ce qui l'entoure.
Les effets généraux de la solitude sont de faciliter la réflexion , c'est-à-dire de permettre au cerveau de s'occuper des idées qu'il a perçues. La solitude est donc utile à l'homme qui travaille et qui médite ; elle est nuisible à celui que poursuit une série d'idées contraires à la santé de son cerveau et au bien-être de toute l'économie : à l'hypochondriaque , par exemple , que l'état de sa santé inquiète continuellement ; au monomaniaque , que poursuivent des idées exclusives , de vains fantômes , etc. Tout le secret de la guérison de pareils malades consiste à faire diversion aux idées qui les tourmentent , à mettre chez eux en action la sociabilité.
Direction de la sociabilité. C'est ici qu'il doit être fait mention de ce moyen , employé tantôt comme prophylactique , tantôt comme thérapeutique , désigné sous le nom générique de distractions, et recommandé aux personnes tristes, ou dans certaines maladies cérébrales.
Tant qu'un homme chez lequel commence à se manifester l'éloignement pour la société jouit encore néanmoins d'assez de liberté pour choisir entre la solitude et le commerce des hommes, le médecin peut se borner à lui faire envisager les dangers de la vie solitaire ; mais sitôt que cet homme vient à être entraîné irrésistiblement vers la solitude , à se plaindre des hommes, de l'état de sa santé, et à laisser apercevoir les écarts précurseurs de l'hypochondrie , alors ce n'est plus à lui que le médecin doit adresser des conseils , c'est aux parents. Le malade ne doit plus être aucunement entretenu de ses idées relatives à sa santé. Jamais il ne doit être contrarié sur les sensations dont il se plaint et sur ses craintes chimériques. Le médecin ne doit surtout jamais laisser échapper cette phrase si banale : V ous n'êtes pas malade.. .. vous avez besoin de distractions,. . . il faut vous distraire, etc. D'abord, la première assertion est fausse; car, si l'homme qui éprouve les accidents dont nous parlons n'est pas malade de cœur, d'estomac ou de poumon, bien certainement il l'est du cerveau : si ce dernier organe était daus un état parfait d'intégrité , la pensée serait saine ; celle-ci est dérangée , donc le cerveau est dérangé. Ensuite , c'est évidemment une niaiserie de dire : Fom avez besoin de distractions ; il faut en prendre, etc. , à un homme dont la ma-
ladie est principalement caractérisée par 1 eloigneraent pour la société. 11 s'agit , au contraire , de lui donner des distractions sans qu'il s'en doute : c'est donc seulement aux parents qu'il faut s'adresser , lorsqu'on a à traiter un homme qui commence à éprouver l'éloignement pour la société et les premières atteintes de l'hypochondrie. Il faut que , de concert avec ceux-ci , le médecin fasse jouir le malade de la fréquentation d'une compagnie gaie , récréative , et assez raisonnable pour ne pas le tourmenter sur son état. Nous aurons encore occasion de revenir sur cet objet en traitant des voyages.
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