‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 20 sur 106 · PENCHANT AUX RIXES, COURAGE · texte numérisé non relu

PENCHANT AUX RIXES, COURAGE

L'observation des tètes d'hommes remarquables par la passion de rechercher les dangers , de quelques hommes du peuple cités comme intrépides parmi leurs compagnons , d'animaux pris même parmi les frugivores, etc., a porté Gall à l'admission de cette faculté , distinguée avec beaucoup de raison de V instinct carnassier. Il existe , en effet , des animaux frugivores et herbivores extrêmement eourageux ; quelques-uns même sont plus courageux que les carnivores ; tout le monde sait aussi qu'il existe des assassins très-lâches et des hommes courageux d'un caractère bienveillant. L'organe de la défense de soi-même , organe qui , par son exagération seulement , porte aux combats, est, suivant Gall, placé chez l'homme, derrière l'angle postérieur-inférieur des pariétaux : sa position varie chez les divers animaux. Les chevaux qui ont les oreilles très-rapprochées sont toujours , suivant Gall , ombrageux et craintifs ; ceux , au contraire, qui ont les oreilles très -distantes à leur origine , sont sûrs et courageux. Gall rapporte , pour confirmer l'admission de cette faculté morale fondamentale , une infinité d'exemples pris dans les mœurs des animaux , dans la biographie de certains hommes.

Lorsque l'instinct de propre défense est peu développé, il constitue la poltronnerie, la pusillanimité, ce qui n'est pas la même chose que la peur. Un homme très-courageux peut avoir peur à l'aspect d'un grand et inévitable danger , mais il n'en conservera pas moins assez de présence d'esprit pour calculer les moyens de remédier à ce danger, et c'est là ce que ne fera pas à coup sûr le poltron. La peur est une affection subite de l'instinct du propre défense. Elle peut , comme nous venons de le dire , avoir lieu chez l'homme doué du plus grand

courage. II n'en est pas de même de la poltronnerie, de la timidité, de la pusillanimité ; elles sont un état habituel de l'individu , provenant du défaut de développement de l'instinct de la défense de soimême. Or , ce défaut de développement , des effets duquel nous devons parler, rend la peur plus fréquente, et ses effets plus prononcés.

1° De Vinstinct de propre défense développé dans une juste mesure.

L'homme , comme tout autre animal , devait être pourvu par la nature , de l'instinct de propre défense , pour ne pas devenir la proie d'un autre animal. Cette faculté de résister aux dangers , de les repousser, de les envisager avec un certain sang-froid, est un moyen de défendre et de prolonger l'existence , d'éloigner certains accidents et même certaines maladies. Il est rare en effet de voir la peur , chez l'homme doué d'un certain courage, produire les maladies qu'elle cause chez l'homme pusillanime. Le courage, dans un degré modéré, laisse au. jugement toute la liberté nécessaire pour estimer les moyens les plus propres à nous soustraire au danger; et , répétons-le, c'est , en santé comme en maladie, un bien précieux avantage.

Effets du trop peu de développement de Vinstinct de propre défense;

poltronnerie ; pusillanimité, etc.

« Un poltron , dit Gall , a beau être convaincu qu'il n'y a rien à craindre, il a beau raisonner , il n'en est pas plus le maître de ne pas trembler.... » Le poltron, ajoute plus loin le même auteur, prend la fuite, abandonne son entreprise, se livre au désespoir, se rend et meurt comme un lâche : le courageux s'emporte , résiste et combat avec d'autant plus d'audace que le danger est plus imminent ; et quand il doit succomber , il venge encore sa défaite par la mort de ses ennemis. » (Fonctions du cerveau , tome iv. )

La pusillanimité exagère le danger, le rend irrémédiable , ou au moins affaiblit toutes les ressources à l'aide desquelles on aurait pu s'y soustraire ; tantôt elle y présente l'homme dans un état de débilité qui le fait succomber plus facilement ; c'est ce qui arrive dans les épidémies auxquelles succombent les gens les plus timides ; d'autres fois elle place les dangers là où il n'en existe pas , montre partout des ennemis , et détermine , sous l'influence de la moindre cause , l'hypochondrie , la lypémanie et autres affections. Enfin, cette malheureuse disposition cérébrale , qui produit le défaut de courage est toujours funeste à l'organisme , tant en santé qu'en maladie , puisque le moindre froissement physique ou moral abat l'existence de l'homme pusillanime.

3° Effets de l'affection de l'instinct de propre défense (peur).

La peur est une affection de l'instinct de propre défense, affection à laquelle donne lieu la présence réelle ou supposée d'un danger* De cette affection pénible résultent les phénomènes suivants, tracés par M. J. Franc : « L'innervation est comme tout à coup sidérée, la peau se crispe, les follicules s'érigent, les poils et les cheveux se dressent, le sang abandonne la peau? et les organes de la périphérie du corps , pour s'accumuler vers le cœur et les gros vaisseaux, qui fonctionnent mal et tumultueusement: la face est pâle , les yeux tendus et immobiles: un frisson glacial parcourt rapidement la peau dans plusieurs régions du corps et dure plus ou moins longtemps. Habituellement , après quelques instants d'angoisse, soit que l'on reconnaisse le défaut de réalité du danger, soit que le courage excite à le braver, les fonctions se rétablissent vivement, et il se fait une réaction d'autant plus forte que la compression de l'innervation et de lacté circulatoire a été plus prolongée, n ( Effets de la frayeur , Journal de connaissances médico-chirurgicales, avril 18S5, p. 265.) Les phénomènes énoncés, de même que quelques autres, tels que l'impossibilité de mouvoir les muscles, la soustraction momentanée de leur action à l'empire de la volonté, le relâchement des sphincters , ne surviennent pas , on le conçoit bien, chez tout le monde, car la peur diffère d'intensité et a des effets différents, suivant l'organisation de l'individu. Chez l'un, la peur n'est qu'une affection passagère ; la légère suspension ou plutôt le léger trouble des fonctions cesse bientôt ; il semble n'exister que pour donner lieu à une réaction plus énergique : l'homme, courageux qu'étonne un instant le danger, est un ressort qui ne cède que pour reprendre à un plus haut degré sa force élastique. En effet, si l'homme courageux juge à propos de combattre , il retrouve à l'instant son intelligence pour combiner des moyens de défense , et ses forces musculaires, doublées d'énergie, pour exécuter la résistance qu'il a calculée.

Il en est tout différemment chez le poltron : la peur , qui s'était bornée chez l'homme courageux à un sentiment passager d'étonnement, parcourt chez le poltron toutes les nuances depuis l'émotion jusqu'à l'effroi, la terreur; la peur, qui n'avait causé au premier qu'un trouble passager des phénomènes vitaux, peut causer chez le second uue foule de désordres.

Si la peur n'est pas portée à un degré extrême , et que l'homme puisse fuir l'objet qui l'a causée, les pernicieux effets de cette affection sont promptement annihilés par l'action révulsive portée sur les muscles; alors la concentration dangereuse qui s'était faite surd'impor-

tanls organes cesse ; la chaleur , le sang et la vie reviennent dans les muscles, dans les sens externes, à la peau, etc.

Si la peur est portée à un plus haut degré , elle cause l'impossibilité de se servir de ses muscles et de ses organes vocaux , les tremblements , l'aphonie , la décoloration de la peau , le trouble des sens , la suppression des règles , l'oppression , l'anxiété , la petitesse du pouls, et la mort ; des phénomènes morbides variés , comme les anévrismes du cœur, l'épilepsie , la jaunisse , les céphalites , l'apoplexie , la folie la chorée , l'hystérie.

M. Franc rapporte dans son mémoire deux cas d'érysipèle gangreneux et phlegmoneux produits par la peur , et dont un se termina par la mort. Le même auteur pense que souvent la frayeur produit chez les enfants l'inflammation phlegmoneuse de la peau de la face , qui donne lieu à la formation de croûtes nombreuses ;j que quelquefois la peur détermine une espèce de dissociation dans les éléments qui entrent dans la composition du sang, et il cite à l'appui un œdème survenu chez une ipetite fille , par la peur des gendarmes. J'ai vu chez deux personnes un ictère se manifester sous la seule influence de l'effroi.

Répétons , pour terminer , que les effets de la peur seront d'autant plus prononcés et funestes , que l'instinct de propre défense sera moins développé , moins exercé , que l'individu sera plus impressionnable. Ces effets seront au contraire moins dangereux, et se manifesteront plus rarement , dans des circonstances opposées.

4° Effets d'un trop grand développement ou d'une trop grande excitation

de rimtinct de propre défense.

Le penchant pour les rixes, les querelles, les combats, est l'effet nécessaire du trop grand développement de l'instinct de la défense de soi-même , surtout quand cette disposition organique n'est pas contrebalancée par de hautes facultés. Ce penchant pour les rixes n'est que le degré exagéré d'une faculté fondamentale naturelle , commune et nécessaire à tous les êtres , qui devaient avoir en eux , et dans des degrés différents , suivant leur condition de vie , la faculté de se défendre , de résister aux attaques dirigées sur eux ou sur leurs propriétés. « L'individu, dit Gall, qui, avec un développement médiocre de l'organe , se fût borné à se défendre, lui et sa propriété , attaquera du moment où l'organe sera plus développé ou plus fortement excité. Le penchant aux rixes est plus puissant dans la même proportion que ce développement ou cette excitation augmente; ce penchant finit par dégénérer en désir, en besoin, en passion. On recherche les rixes et les combats, on aime les dangers, on affronte les périls, et

l'on s'en crée. >» ( Sur les Fonctions du cerveau, tome iv.) Ce penchant surexcité tout à coup par une violente congestion cérébrale, à la suite d'une blessure , etc. , ou livré depuis l'âge le plus tendre à un exercice continu, par la négligence de parents trop indulgents pour leurs enfants, etc. , peut être porté jusqu'à la manie , ainsi que le prouvent les nombreuses observations de Pinel et de M. Esquirol. On conçoit alors combien cette fâcheuse disposition organique est funeste à celui qui en est atteint, ainsi qu'à l'ordre social, et combien on doit prendre de précautions pour la réprimer de jeune âge.

8° Direction de Hnstinct de propre défense , moyens de développer le courage, de s'opposer à la poltronnerie et à ses effets, de réprimer le penchant

aux rixes.

Ce n'est pas en donnant de bons aliments à l'individu qui manque de courage , ni en agissant sur l'estomac , de quelque manière que ce soit , ainsi que le conseille Percy ( art. Pusillanimité , Dictionn. des Sciences mèd. ); ce n'est pas davantage en exerçant les muscles, ainsi que le conseille M. Virey {même mot, même ouvrage), qu'on parvient à développer le courage. S'il en était ainsi, combien d'hommes timides , livrés aux délices de la table ou aux travaux des champs , n'éclipseraient-ils pas en bravoure le frugal Spartiate nourri de brouet noir ! Les faits se présentent de tous côtés pour réfuter ces assertions. C'est à l'encéphale seul qu'il faut s'adresser quand il est question de diriger une qualité morale. Les moyens à mettre en usage sont ceux qui agissent directement sur cet appareil , et , de plus , ceux qui sont les stimulants spéciaux de la faculté que l'on veut influencer. Ainsi il est bien clair qu'on ne vantera pas les jouissances de la volupté , pour exciter et faire entrer en action l'instinct de la propre défense , comme on aurait pu le faire pour mettre en action le sens de l'appétit vénérien. On puisera des impressions propres à développer le courage , dans les récits continuels des actions héroïques , les chants patriotiques, la vue, l'apprentissage des dangers de toute espèce, etc., et surtout dans les situations propres à mettre en exercice le sentiment de propre défense. L'habitude du danger est, pour atteindre le but , plus efficace que toutes les leçons de la philosophie , car le moyen le plus direct de développer une faculté est de la mettre en action.

Quelques sentiments autres que l'instinct de propre défense , par exemple ceux de la vanité , de l'attachement , de l'amour de la progéniture, etc. , peuvent concourir à la manifestation de grands actes de courage. Ce résultat s'explique par l'influence mutuelle qui existe entre les parties de l'encéphale , dont toutes les circonvolutions forment un tout non interrompu. La qualité dont nous parlons est au

nombre de celles qu'on doit développer de bonne heure , parce que , ainsi que nous l'avons vu , son affection dès l'âge le plus tendre peut donner lieu aux plus funestes effets.

Application à l'enfance. Que , sous quelque prétexte que ce soit , il ne soit fait à l'enfant qui commence à comprendre le langage ou seulement la mimique des personnes qui ^entourent , aucun des gestes enrayants ou de ces contes ridicules qui tendent à affecter le courage ou à comprimer sa manifestation et son développement. Qu'on corrige l'enfant, si le cas l'exige , mais jamais en excitant sa frayeur par des motifs dont il n'aperçoit pas la cause , et même dont la cause n'est pas réelle. Point de coups aux portes, point de cris d'alarme. Qu'on ne lui fasse point peur des revenants , des spectres , des loupsgarous , de croquemitaine , des sorciers , du diable et autres sottises de cette nature, qui le rendent poltron, et ont, de plus , l'inconvénient de fausser son intellect , comme toutes les causes imaginaires et occultes dont on entretient les hommes. Qu'on aguerrisse au contraire l'enfant à tout. Qu'il soit calme au milieu des ténèbres comme en plein jour.

«c Pourquoi donc , dit Rousseau , l'éducation d'un enfant ne commencerait-elle pas avant qu'il parle et qu'il entende , puisque le seul choix des objets qu'on lui présente est propre à le rendre timide ou courageux? Je veux qu'on l'habitue à voir des objets nouveaux, des animaux laids , dégoûtants, bizarres , mais peu à peu , de loin, jusqu'à ce qu'il y soit accoutumé, et qu'à force de les voir manier à d'autres, il les manie enfin lui-même. Si , durant son -enfance , il a vu sans effroi des crapauds, des serpents, des écrevisses, il verra sans horreur , étant grand, quelque animal que ce soit. Il n'y a plus d'objets affreux pour qui en voit tous les jours.

« Tous les enfants ont peur des masques. Je commence par montrer à Émile un masque d'une figure agréable ; ensuite quelqu'un s'applique devant lui ce masque sur le visage ; je me mets à rire , tout le monde rit , et l'enfant rit comme les autres. Peu à peu je l'accoutume à des masques moins agréables, et enfin à des figures hideuses. Si j'ai bien ménagé ma gradation , loin de s'effrayer au dernier masque , il en rira comme du premier. Après cela je ne crains plus qu'on l'effraie avec des masques.

« Quand, dans les adieux d'Andromaque et d'Hector, le petit Astyanax , effrayé du panache qui flotte sur le casque de son père , le méconnaît, se jette en criant sur le sein de sa nourrice, et arrache à sa mère un sourire mêlé de larmes , que faut-il faire pour guérir cet effroi? précisément ce que fait Hector , poser le casque à terre , et puis caresser l'enfant. Dans un moment plus tranquille on ne s'en

HYGIÈNE DE I/F.NCÊPIIAXE.

tiendrait pas là ; on s'approcherait du casque , on jouerait avec les plumes ; on les ferait manier à l'enfant ; enfin la nourrice prendrait le casque et le poserait en riant sur sa propre tête , si toutefois la main d'une femme osait toucher aux armes d'Hector.

« S'agit-il d'exercer Émile au bruit d'une arme à feu? je brûle d'abord une amorce dans un pistolet. Cette flamme brusque et passagère, cette espèce d'éclair le réjouit : je répète la même chose avec plus de poudre; peu à peu j'ajoute au pistolet une petite charge sans bourre , puis une plus grande; enfin je l'accoutume aux coups de fusil , aux boîtes , aux canons , aux détonations les plus terribles.

« J'ai remarqué que les enfants ont rarement peur du tonnerre, à moins que les éclats ne soient affreux et ne blessent réellement l'organe de l'ouïe ; autrement cette peur ne leur vient que quand ils ont appris que le tonnerre blesse ou tue quelquefois. Quand la raison commence à les effrayer , faites que l'habitude les rassure. Avec une gradation lente et ménagée, on rend l'homme et l'enfant intrépides à tout. » (Émile, tome Ier. ) Avec une gradation lente et ménagée: qu'on fasse bien attention aux expressions de Jean- Jacques , car il en est ici encore comme des bains , dont il dit de graduer le froid, tandis que ses détracteurs l'accusent de vouloir plonger dans l'eau glacée les enfants sortant du sein de leur mère. En effet , si vous voulez précipiter l'éducation du courage , si vous ne laissez pas à l'expérience de l'enfant le temps de coordonner peu à peu , d'analyser les impressions reçues , si vous commencez par placer le masque le plus hideux devant les yeux de l'enfant , ou par lui tirer à l'oreille un coup de pistolet , ou par l'effrayer d'un fantôme dans l'obscurité , vous le ferez probablement succomber victime des plus graves accidents; mais alors accusez votre inconséquence, et non les préceptes de Rousseau.

S'il est injuste de se moquer de la pusillanimité de l'enfant , il est tout aussi inutile de raisonner avec lui sur la peur. On ne raisonne pas avec les affections ; on agit: allez donc vers l'objet qui fait peur à l'enfant, revenez en riant, puis conduisez-le vers cet objet. Voulei* vous le prémunir contrel a peur qu'ont naturellement les enfants dans les ténèbres? accoutumez-le de bonne heure à se trouver dans l'obscurité. Mais il ne faut pas pour cela lui commander , sans préalable, de monter dans un grenier; il ne faut pas que ce soit la crainte du châtiment qui surmonte celle que causent les ténèbres : il faut habituer votre enfant , du plus jeune âge possible , à se trouver dans l'obscurité , d'abord avec sa mère , puis , quand il peut marcher , le faire jouer , avec d'autres enfants , aux jeux de nuit. Ces différents jeux auront le double but d'habituer l'enfant aux ténèbres , et de lui apprendre à se servir du toucher pour apprécier les corps. 11 résultera

de tout ceci de grands avantages : d'abord son imagination ne travaillera plus dans l'obscurité ; il n'y verra pas de fantômes , parce qu'il a l'habitude d'y être , et que l'habitude tue l'imagination ; en second lieu, il appréciera à leur juste valeur les objets qui existent réellement ; et quand un objet quelconque viendra frapper sa vue ou son toucher, il n'éprouvera plus ces surprises qui causent tant d'accidents funestes.

On fermera l'oreille aux doléances de l'enfant poltron qui vient se plaindre de l'injuste agression d'un plus faible. On approuvera le bon droit et la justice de sa cause, et on l'engagera à repousser l'agression par la force.

Les exercices qui, sans être dangereux, présentent l'apparence du danger, comme ceux dont nous avons fait mention dans notre Gymnastique médicale ( la marche sur une poutre élevée, etc. ), apprendront encore à l'enfant à* surmonter ce qui effraie et fait reculer d'ordinaire les enfants trop choyés.

Si l'enfant a, au contraire, un grand penchant à la rixe, et que l'instinct de propre défense soit porté à un degré trop élevé, il faut, pour atténuer ce penchant, exercer fortement le sentiment du juste et de l'injuste, faire sentir à l'enfant combien est odieux l'abus de la force, cultiver de bonne heure et souvent ses facultés intellectuelles et tous les sentiments d'un ordre élevé; défendre aux gens qui l'entourent de le piquer par des agaceries , le priver de la société des autres enfants aussitôt qu'il aura été l'occasion d'une rixe, etc.

Nous venons de dire que c'est en habituant de bonne heure l'homme aux dangers qu'on parvient à lui apprendre à ne pas les redouter ; c'est également en l'habituant à l'idée de la mort, qu'on parvient à en diminuer la crainte ; et comme la sensibilité est émoussée par la continuité d'une même sensation , de même aussi la pensée de la mort, quand on s'est longtemps familiarisé avec elle, perd ce qu'elle a de nouveau, d'étrange et d'effrayant pour l'homme qui n'ose pas la fixer.

Ce n'est pas avec l'homme malade qu'on doit raisonner sur les craintes de la mort , c'est avec l'homme bien portant. Toutes les leçons sur le mépris de la vie ne valent pas, pour un homme pusillanime , le plus mauvais argument qui peut encore lui donner l'espoir de recouvrer la santé. Il ne faut pas même mettre en pratique, au lit du malade, ces banales exhortations de courage : elles ne font qu'exciter sa défiance. Il faut agir comme si l'on ne supposait pas qu'il pût exister de danger imminent. C'est surtout lorsque le malade est désespéré, lorsqu'on ne compte plus sur les moyens de l'art, qu'il faut le plus mettre en usage ce précepte. Si l'on se relâche sur )a sévérité des prescriptions faites au malade, il faut avoir soin de lui per-

suader que cette conduite a pour motifs les nécessités de sa position ; et, pour entretenir sa tranquillité morale, qui, dans les circonstances graves, a tant d'influence sur la terminaison plus ou moins prompte de la maladie, feindre toujours d'attacher de rimportanoe à la prescription même la plus insignifiante.

Ne terminons pas ce chapitre sans dire un mot de l'influence attribuée aux boissons spiri tueuses sur le courage.

L'influence d'aucun stimulant ne peut produire une faculté, si l'organe de cette faculté n'existe pas. Ainsi , ni les circonstances extérieures, ni les liqueurs excitantes introduites dans nos fluides circulatoires, ni le sang, modificateur ou stimulant général de tous nos organes, ni le fluide biliaire, auquel on a attribué de si merveilleuses qualités, aucune cause, en un mot, autre que les organes , ne peut donner naissance à une faculté. Sans cela , il ne se passerait jamais plusieurs siècles sans que l'homme n'acquit quelque faculté nouvelle, et pourtant, depuis qu'il habite le globe, il a toujours été doué des mêmes facultés, des mêmes qualités , des mêmes vertus, des mêmes vices, etc. Il en est de même des animaux. Gomment agissent donc les stimulants? Ils excitent les facultés que tous les hommes ont en partage à un plus ou moins haut degré. Si l'homme, stimulé par une légère dose de boisson spiritueuse, a plus de courage que quand il est à jeun, il a également plus de facilité à se mouvoir, plus de propension aux plaisirs de l'amour, aux épanchements de l'amitié ; il compose plus facilement , etc. Enfin , les stimulants exagèrent toutes les facultés ; mais c'est là que se borne leur puissance ; et pour ne pas revenir sur ce sujet dans les subséquents chapitres qui traitent des fonctions cérébrales, notamment dans celui où il est question de la ruse et de la circonspection, donnons ici l'interprétation de l'adage in vino veritas. Cet adage ne signifie pas que l'homme ivre dit la vérité ; car un hâbleur hâble encore davantage quand il est ivre ; mais bien que le vin laisse voir l'homme tel qu'il est , parce que ce stimulant , en' excitant l'organisme , renforce toutes les qualités, et les met toutes à découvert. Ainsi , si le vaniteux laisse échapper les projets sur lesquels il fonde son élévation, on ne peut plus arracher un mot à l'homme très-circonspect, dès qu'il a bu quelque liqueur stimulante. Quel est celui qui n'a pas vu souvent des gens ivres lui dire à l'oreille, avec un grand mystère, des choses insignifiantes, qu'ils eussent pu, sans inconvénient, dire à voix haute? Nous avons du reste, dans un autre travail, fait justice des erreurs reproduites sur la source du courage, attribué tantôt à toute l'économie , tantôt aux stimulants, tantôt au sang, tantôt aux muscles. (Voyez Journal complémentaire, numéro d'octobre, 1822.)

INSTINCT CARNASSIER , DESTRUCTIVITÊ. 135

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