‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 21 sur 106 · INSTINCT CARNASSIER , PENCHANT AD MEURTRE } DESTRUCTIVITÊ · texte numérisé non relu

INSTINCT CARNASSIER , PENCHANT AD MEURTRE } DESTRUCTIVITÊ

Un cri de réprobation s'éleva contre Gall , quand il proposa l'admission de l'instinct carnassier parmi les facultés de l'homme ; indignation, outrage , ridicule , rien ne fut épargné à la soi-disant bosse du meurtre : quand enfin aux clameurs de l'intolérance et aux plaisanteries succéda l'observation calme des faits , il fallut bien convenir que tout ce qui vit , végétal ou animal , ne finit pas toujours par usure , si je puis m'exprimer ainsi , et que la destruction rapide , ou la mort violente , est aussi d'institution naturelle. Mais le point en litige ne remontait pas jusque-là. Fallait-il admettre chez l'homme l'instinct auquel on était forcé de recourir pour expliquer les actes du lion ? c'était là la question. En procédant par voie d'observation , elle eût été bientôt résolue. On peut en effet distinguer , dans la nature , trois classes d'animaux : les frugivores , les carnivores , les omnivores. L'homme est rangé parmi ces derniers ; or , puisqu'il est à la fois frugivore et Carnivore , qu'il occupe le milieu entre ces deux espèces , qu'il a en un mot, la possibilité de se nourrir de tout; il devait , jusqu'à un certain point , tenir des carnivores une partie de cette impulsion intérieure qui les porte à tuer , et c'est aussi ce que démontrent les faits. S'il en était autrement , il se laisserait mourir de faim plutôt que de tuer un animal pour sa nourriture, et c'est ce qu'il ne fait jamais.

L'instinct qui nous occupe établit , suivant Gall , une différence tranchée entre les carnivores et les frugivores. Les phrénologistes modernes en font , d'après le docteur Hope , de Copenhague , deux facultés différentes, et ne manquent pas, bien entendu, de diviser en deux la portion cérébrale que Gall y avait affectée. Ainsi , suivant eux , Valtmentivité aurait pour objet d'indiquer aux animaux s'ils doivent se nourrir de chair ou de végétaux , et la de&tructivitè n'aurait d'autre objet que de porter les animaux à la destruction sans aucun but. Le premier organe produirait , par son grand développement , la gloutonnerie, l'ivrognerie , « serait généralement assez prononcé, dit M. Yimont , chez les personnes qui aiment beaucoup à fumer. » Je crains bien qu'on n'objecte à M. Vimont qu'il n'y a généralement pas de peuple moins ivrogne et plus sobre que l'Espagnol , qui cependant fume du matin au soir ; mais revenons aux idées de Gall :

Les naturalistes , avant Gall , cherchaient , par des caractères tirés de la forme du canal digestif, des dents et des griffes , à expliquer ce

qui différencie les animaux frugivores des animaux carnivores ; mais ils oubliaient le point essentiel suivant : c'est que , pour se nourrir d'un animal , il faut le tuer, et c'est à cette impulsion à tuer qu'ils n'assignaient pas la véritable source ; ils ne faisaient pas attention à ce que , par exemple , privé de ses dents et de ses griffes , le tigre n'en conserverait pas moins son sanguinaire instinct ; et que , munie de ces armes de destruction, s'il était possible de l'en doter , la douce brebis se laisserait plutôt mourir de faim que de s'en servir : c'est que tout doit être en harmonie dans la machine animale, et que la force extérieure , qui exécute , ne peut rien sans la force intérieure , qui dirige ; c'est que les griffes données à la brebis seront innocentes comme l'épée donnée au lâche ; c'est qu'enfin les dents et les griffes ne sont que des instruments d'exécution.

Gall , qui fait remonter cet instinct à l'encéphale , en place l'organe au-dessus du méat auditif. Suivant ce physiologiste , les circonvolutions qui le constituent manquent dans les herbivores et les frugivores : c'est à la physiologie à vérifier ce point.

1° Effets de l'instinct carnassier; de la destructivité , etc. , dans ses divers

degrés de développement.

Dans l'état naturel , suivant Gall , ainsi que nous venons de le dire, l'instinct de destruction n'a d'autre destination que de rendre un animal , quel qu'il soit , quelque degré qu'il occupe dans l'échelle , homme ou brute , capable de se nourrir de chairs. Suivant les phrénologistes , qui ont succédé à Gall , cet instinct porte à détruire , sans diriger l'homme dans le choix de ses aliments.

Quoi qu'il en soit de cette différence d'opinions, il existe une disposition organique qui , suffisamment développée , ou plutôt un peu saillante , imprime à tous les actes de l'homme un caractère de vigueur qui constitue ce qu'on appelle Yhomme d'action; qui , plus développée, les empreint d'impatience et d'emportement; qui, associée dans un degré convenable à de hautes facultés intellectuelles et au courage , à l'opiniâtreté , à l'estime de soi , etc. , donne à Napoléon ce caractère qui le fait remarquer dans tous les actes de sa vie, perce dans sa menace, revêt de force ses injonctions , qui , au début de sa carrière, lui fait couvrir de mitraille les bataillons sectionnaires attaquant la Convention , étouffer la voix du Tribunat , briser comme un fragile verre' tout ce qui gêne sa course rapide , etc., etc. ; donne à toutes ses paroles ce cachet de violence qui foudroie les résistances (u Allez dire à Santerre que je le fais fusiller , s'il bouge , etc. ») ; caractère enfin qui fait pour lui de l'inaction le plus grand des suppli*

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