‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 22 sur 106 · INSTINCT CARNASSIER , DESTRUCTI VITÉ · texte numérisé non relu

INSTINCT CARNASSIER , DESTRUCTI VITÉ

ces , celui-là même que choisissent ses lâches ennemis pour mettre fin à sa vie.

Cette faculté est très-saillante chez tous les hommes de guerre, principalement chez ceux que les gouvernants trouvent bons pour un coup de collier. Elle est utile à l'acteur tragique ; elle empreint d'une mâle énergie les compositions des écrivains les plus célèbres , etc.

L'animal chez qui la destmcti vite existe à un faible degré ne chasse pas les autres animaux; l'homme, qui se trouve dans ce cas, est à peine capable de tuer un animal pour s'en nourrir , trouve à peine , au besoin, assez d'énergie pour se protéger lui-même. Il ne tue jamais d'animaux sans nécessité; s'il le fait à la chasse , ce sera pour signaler son adresse et satisfaire sa vanité; encore éprouvera-t-il du malaise , s'il est obligé d'achever un animal qu'il aura blessé ; et , s'il est bienveillant, il ne tardera pas d'éprouver le vif remords d'avoir enlevé une mère â ses petits, une femelle â son mâle, etc. Ce même homme, comme le bon Montaigne , «ne prendra guère bête en vie , à qui il ne redonne les champs , ou , comme Pythagoras , les achètera des pêcheurs et des oiseleurs pour en faire autant. » Si cet homme est bon pour le conseil, il n'en est plus de même quand il s'agit de l'exécution : il redoute tout ce qui est action, et ne prendra jamais un parti au moment décisif, surtout lorsque, pour la réussite, il faut mettre en avant la violence , la destruction , et sacrifier des existences.

Il est à croire que c'est une pareille manière de sentir qui a inspiré au sensible Jean-Jacques son passage, imité de Pythagore, contre l'habitude de se nourrir de chair; passage si beau, si éloquent, quoique tant soit peu paradoxal. Je connais plusieurs personnes auxquelles le peu de développement de ce penchant a fait regarder la chasse avec horreur, et qui se croiraient responsables devant Dieu de tuer un animal sans nécessité.

L'instinct carnassier trop développé produit différents résultats , suivant ses différents degrés d'exagération. Ainsi, d'abord, simple indifférence à voir souffrir ; puis, penchant à détruire, â tuer. Certains animaux ne tuent que ce qui est nécessaire à leur subsistance ; d'autres, comme la belette et le tigre, tuent tout ce qu'ils rencontrent d'animaux. Certains hommes sont indifférents aux souffrances de leurs semblables ; d'autres goûtent du plaisir à tourmenter les animaux , à les voir torturer* Ces dispositions s'observent chez les enfants comme chez les grandes personnes. Ce penchant, développé à l'extrême, produit une impulsion irrésistible aux actes de violence et au meurtre, qui souvent dégénère en manie. On peut, à ce sujet, consulter dans Gall plusieurs observations tirées des causes criminelles , ainsi que de l'histoire ou des mœurs des animaux.

2° Direction de cette faculté.

Les facultés de l'homme ont toutes son bonheur pour objet ; et nous voyons, dans chaque chapitre, que ce n'est que dans l'exagération en plus ou en moins , qu'elles peuvent être nuisibles à lui ou à la société. Ces facultés ne peuvent donc jamais être appelées bonnes ou mauvaises dans leur destination primitive. Elles sont alors toujours bonnes , relativement à l'individu ; elles peuvent , tout au plus , être mauvaises relativement à des espèces différentes. Ainsi , l'instinct carnassier du lion n'est pas mauvais, relativement à lui, puisqu'il est un moyen de conservation ; il ne peut être mauvais que relativement aux espèces destinées à servir de pâture à cet animal. Il en est de même de l'instinct carnassier dans l'espèce humaine , tant que cet instinct n'est pas assez développé pour faire jouir l'homme de la souffrance des animaux dont il le porte à verser le sang pour ses besoins. S'il en est autrement, cet instinct devient nuisible. Celui qui verse avec plaisir le sang d'un animal est bien près d'en éprouver en voyant une victime humaine se débattre sous ses coups. Par la même raison , si cet instinct est trop peu développé, l'homme mourra de faim dans les pays où la nature n'aura pas pourvu à sa conservation par des fruits : c'est ce qui arriverait probablement aux paisibles Indous, si, tout à coup éloignés de leurs palmiers et de leurs bananiers, ils se trouvaient transportés dans l'âpre climat des Tartares sybériens. L'instinct carnassier doit donc être, comme les autres facultés, un objet d'éducation. Peut-être faudrait-il accoutumer au sang l'enfant qui se trouve mal en le voyant couler, parce qu'il y a dans la vie telle circonstance où, faute de cette force, on peut faillir et manquer à ses concitoyens, à ses amis et à son devoir. Au reste, il est bien rarement nécessaire , dans l'état social , de développer l'instinct carnassier. S'il n'est pas, dès la naissance, plus développé que les autres facultés, l'homme ne choisira, par vocation, ni la profession de boucher ni celle de bourreau. Je passe sous silence quelques professions dans lesquelles il n'est pas inutile que l'instinct de propre défense soit un peu soutenu par un certain développement de l'instinct carnassier , et dans lesquelles il devient nécessaire à l'homme qui les exerce d'avoir encore autre chose que du courage. ( La combativité désire des ennemis, des obstacles pour les combattre et en triompher. Sa sphère d'action ne s'étend pas au delà, et le besoin est satisfait. L'instinct qui nous occupe s'étend plus loin; il lui faut l'anéantissement des ennemis ; il n'est satisfait qu'en les détruisant.) Ces professions agissant sur 1 organe dont il est question, comme moyen d'éducation, je n'ai aucun conseil à donner à ceux qui les veulent embrasser,

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