CHAPITRE VI
ntSE, FINESSE, SAVOIR-FAIRE.
Suivant Gall, l'observation des animaux, comme celle des hommes, prouve que la ruse est le résultat d'un organe particulier siégeant sous la partie osseuse qui se trouve au-dessus de l'instinct carnassier, et se prolongeant jusqu'à un pouce de l'are superciliaire supérieur. Il est impossible de ne pas croire cette faculté, quel qu'en soit le siège, indépendante de l'éducation, de la volonté, et même des facultés intellectuelles , quand on songe qu'elle se rencontre quelquefois chez les animaux les moins intelligents comme chez les plus intelligents ; chez les gens sans éducation , chez les enfants , et même chez les gens les plus stupides , chez les idiots , les imbéciles , comme dans les circonstances opposées , et que d'autres fois elle n'existe pas chez les hommes doués de grandes facultés intellectuelles.
Effets de la ruse dans ses divers degrés de développement; direction de
cette faculté.
Nous avons vu la nature pourvoir à la conservation des espèces par l'amour physique et l'amour de la progéniture ; pourvoir à la conservation de certains individus par l'instinct carnassier; nous allons ici la voir suppléer à la faiblesse ou au défaut de courage de quelques autres individus , en leur donnant , soit pour éviter les embûches de leurs ennemis, soit pour leur en dresser et s'emparer d'une proie nécessaire, un instinct, un génie particulier, connu sous le nom de ruse. C'est en vertu de cet instinct, que, pour se dérober à la vue du chasseur, l'écureuil et le pivert tournent autour de l'arbre, et que la martre s'étend immobile sur une branche ; que d'autres animaux feignent d être morts, lorsqu'ils sont menacés par un ennemi. Cette même organisation offre à l'homme les mêmes avantages. Souvent, par elle, il supplée à la force, au courage et à l'intelligence, soit qu'il s'agisse de se défendre contre les animaux, ou de les attaquer , soit qu'il s'agisse de faire réussir ses entreprises, etc.
Si la ruse est peu développée ches l'homme, il est franc, droit dans ses discours comme dans ses actions, souvent dupe dans le monde , peu propre au commerce , aux intrigues, aux missions diplomatiques. Ses réponses, lorsqu'on l'interroge, sont, comme ses écrits, toujours raarquecs au coin du vrai. Jamais il ne sera le fauteur scient de quelque fourberie que ce soit, quelque puissant intérêt qu'il ait à la soutenir.
L'homme, au contraire, chez lequel la ruse est très-développée , trouve un grand plaisir a faire des dupes, à tromper les personnes méfiantes. « Chez l'homme , dit Gall , la ruse se manifeste de différentes manières dès l'enfance. Il y a des enfants, par exemple, qui, sans avoir contracté cette habitude par leur éducation, mentent à tout propos et sans nécessité , dénaturent tous les faits, et ne font jamais que des rapports controuvés, quoiqu'il fût plus commode pour eux de dire la vérité. »
« L'homme rusé, dit La Bruyère, tâche d'être maître de son geste, de ses yeux et de son visage; il est impénétrable, il dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis , contraint son humeur, déguise ses passions, dément son caractère, parle , agit contre ses sentiments. »
« Que l'on observe , dit encore Gall , les personnes dont la tète est très-proéminente sur les côtés et aplatie par le haut, on leur trouvera toujours un caractère faux, astucieux, perfide, vénal, vacillant et hypocrite. » Gall n'accumule pas sans dessein ces différentes épithètes: chacune d'elles ou désigne l'absence des organes qu'il place sur le haut de la tête, tels que ceux de la bonté, de la fermeté, de Y ethnie de soi, absence qui produit l'aplatissement de cette région , ou bien indique la présence d'organes latéraux qui rendent la tête renflée vers les tempes , tels que la ruse, le sentiment de propriété, etc.
Il y a bien cependant une petite objection à cette dernière proposition de Gall, c'est que la tête peut être rendue plus large par le développement des circonvolutions, à usage encore non déterminé , qui sont situées au point de contact des deux hémisphères et descendent jusque sur le corps calleux, et cela sans que , considérées séparément, les circonvolutions que Gall affecte à la ruse, au sentiment de propriété, etc., en soient plus développées et concourent à la largeur de la tête.
Si le développement de la ruse coïncide avec de grandes facultés intellectueUes, il produit les grands diplomates, etc., etc.
Dans les maisons de correction ou d'aliénés , on trouve souvent la ruse avec absence de facultés intellectuelles , et il n'en résulte pas moins des tours de filouterie inouïs , qui chez les fous , se font particulièrement remarquer pendant l'excitation cérébrale que produit l'accès.
Les organes, par leur simultanéité d'action et les diverses combinaisons qui en résultent, produisent une infinité de facultés mixtes sur lesquelles nous ne pouvons nous arrêter, mais dont le lecteur fera facilement l'analyse ou la synthèse, surtout quand nous aurons fait connaître la direction de toutes les facultés primitives du cerveau» Passons donc à la direction do la ruse.