AMOUR DE L'APPROBATION, VANITÉ, ETC
tentrionale , suffisent pour démontrer combien est peu fondée l'assertion des auteurs qui veulent faire de la vanité une passion artificielle, un produit social. Il n'existe de différence entre les hommes, relativement à ce sentiment fondamental , que celle qui consiste dans le plus ou le moins , ou dans les objets sur lesquels ce sentiment s'exerce. Ainsi le sauvage est quelquefois plus vain que l'homme civilisé ; il passe à sa parure et à son tatouage plus de temps qu'une petite-maîtresse n'en passe à sa toilette. Tel individu tire vanité de sa force corporelle ; tel autre , de ses hauts faits en matière de bravoure , de la ruse , etc.
1° Effets de la vanité, de l'ambition, de V amour de la gloire, dans un
degré modéré,
La vanité , comme toutes nos qualités morales fondamentales , est utile tant pour notre propre bien-être que pour celui de nos semblables : son trop peu de développement ou son exagération seuls sont nuisibles. Dans toutes les conditions sociales elle ne produit que du bien, lorsqu'elle est modérée : elle soutient le savant dans ses travaux; elle est, dans le guerrier, la source des actions les plus héroïques; , elle arrache, chaque jour , môme à l'avarice des grands et à leur insensibilité , des aumônes et autres bienfaits ; la considération publique, qu'elle fait désirer et acquérir, est, pour une grande partie de l'espèce humaine , une source de bonheur dans la vie ; enfin la jouissance qu'elle donne, quand elle est satisfaite, est utile à la santé. Cette jouissance est bien réelle , et produit tous les phénomènes d'expansion dus au plaisir.
u Ce sentiment (la vanité) est aussi général, dit Gall, qu'il est bienfaisant, et pour l'individu et pour la société ; c'est un des ressorts les plus puissants , les plus louables , les plus nobles , les plus désintéressés , qui déterminent-le choix de nos actions. De combien de faits éclatants , de généreux dévouements , d'efforts admirables , l'histoire de l'espèce humaine ne serait-elle pas privée, sans l'influence de cette qualité ! » ( Fonctions du Cerveau. )
Il n'y a pas un seul cas où la vanité modérée , dans quelque individu qu'elle se rencontre, dans quelque profession qu'on la découvre f ne soit la sourco du bien.
Quand on parcourt, dans l'organisation sociale , tous les avantages qui résultent de ce sentiment, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il est un des plus beaux et des plus utiles dons que la nature ait faits à l'homme , lorsqu'elle le destina à vivre en société.
« Rectifies , dit Gall,' les notions sur la valeur réelle des choses, et la société se trouvera toujours mieux de cette prétendue faiblesse des
hommes , que de l'apathie et de l'indifférence de ces philosophes qui affectent de mépriser les intérêts humains. » {Fonctions du Cerveau.)
La vanité n'excite pas seulement les différents actes émanés du cerveau, elle stimule encore agréablement tous les viscères ; et les organes de la locomotion , qui sont sous la dépendance de l'encéphale, reçoivent du sentiment de la vanité en action une influence égale à celle produite par tout autre sentiment. Voyez combien l'énergie musculaire est augmentée chez l'athlète , par l'espoir d'être applaudi !
2° Effets du trop peu de développement de la vanité.
Tous les êtres, l'homme comme la femme, manquent d'un puissant levier, quand le trop peu de développement delà vanité les rend indifférents au plaisir d'être approuves, de plaire, etc. Vous ne pouvez tirer aucun parti de l'enfant qui n'est pas sensible à la louange ou au mépris : l'émulation ne peut plus être excitée chez lui i vous n'avez plus que de misérables motifs pour le déterminer à se bien conduire. Cet enfant, devenu grand , ne sera sensible qu'à l'intérêt , ne sera mû que par la crainte. Les mots d'honneur et d'estime publique ne sonne' ront point à ses oreilles. S'il est frappé publiquement par le glaive des lois, ses regards effrontés sembleront défier le déshonneur et l'ignominie. Un pareil homme sera difficile à corriger. Quel fléau qu'un ministre déhonté, qui n'est plus sensible * l'opinion publique, et qui ne voit dans le poste éminent qu'il occupe , qu'un moyen certain de faire une fortune rapide!
3° Effets du trop de dévehppeinent de la vanité.
Le trop de développement de ce sentiment fait , de la vanité , de l'ambition, de l'amour des honneurs , etc. , une véritable passion , source de grands tourments et de grands vices, comme l'envie, la calomnie;, la haine. L'exagération d'une qualité que nous avons vue si utile à l'homme, devient aussi contraire à la santé que nuisible à la société. L'inquiétude, la tristesse, tous les soucis remplissent d'amertume les jours de l'homme dont l'ambition n'est plus contenue dans de justes bornes. Esclave du pouvoir , et souvent abreuvé d'humiliations , il trafique de son indépendance et de sa propre estime , et les livre contre des objets, qui, loin de satisfaire sa passion, ne font qu'y fournir un aliment nouveau. Le sommeil fuit la paupière de l'ambitieux , et les traces du tourment dont il est dévoré ne tardent pas à se manifester: ses yeux s'enfoncent dans leurs orbites, son teint se décolore , ses digestions se troublent, son appétit se perd, son embonpoint disparaît. L'influence de l'excitation cérébrale se fait sentir d'une manière si funeste sur le foie et l'estomac , que les physiolo-