AMOUR DE L'ÀPFROBATION, VANITE, ETC
gistes , avant Gall , regardaient comme l'organe de l'ambition le premier de ces deux viscères, qui n'a d'autres usages que de fournir un suc nécessaire à la digestion. Les maladies que produisent les tourments de l'ambition sont donc le plus ordinairement des gastrites , des hépatites , qui souvent dégénèrent en altérations organiques irrémédiables.
Souvent l'encéphale devient irrité seul , ou du moins le premier , chez un homme, par exemple , dont les viscères précités sont peu irritables ; alors l'affection concentrée sur cet organe produit une monomanic dans laquelle toutes les idées du malade se rapportent aux honneurs ; il se couvre de décorations , se croit roi , général , annonce à tout le monde sa haute naissance , promet à tous ceux qui l'approchent des postes importants, s'empresse même de les leur offrir. Cette monomamie, dont on trouve tant d'exemples dans toutes les maisons d'aliénés , est tout à fait différente de celle que cause l'excitation de l'estime de soi.
«4° Direction de la vanité.
Chez l'enfant insensible à l'approbation, et qui a trop peu de vanité, il faut alimenter ce sentiment par l'éclat des récompenses , par des louanges publiques ; diriger sa conduite de manière à ce qu'on puisse citer ses actions avec éloge, en relever l'éclat.
Chez l'enfant, au contraire, qui annonce un grand développement de la vanité, qui manifeste à chaque instant le désir d'être admiré, il faut employer des moyens opposés aux précédents. Cet enfant ne doit jamais , comme on le fait chaque jour , être ldué sur sa figure , sur ses habits, sur les riens qu'il débite, etc. ; car toute louange ne fait qu'exciter la vanité. Le moindre inconvénient de la flatterie, quand ce sentiment de vanité est trop développé, est de disposer l'homme à la servitude, en le rendant trop dépendant de l'opinion de ses semblables. Quand on voudra obtenir de l'enfant trop sensible à la louange une action quelconque , il faut employer , pour la lui faire faire, tout autre levier que celui de la vanité. Malheureusement les instituteurs et les parents font précisément tout le contraire ; en voici la raison : quand ils ont découvert que l'enfant est sensible à l'amour de l'approbation , ils trouvent plus commode de se faire obéir en intéressant ce sentiment, qu'en prenant toute autre marche qui présenterait plus de difficulté ; ils cultivent une disposition qu'ils devraient étouffer, ou du moins affaiblir. Ils se vantent de connaître la manière de prendre, comme ils le disent , leur élève , et ne s'aperçoivent pas qu'en continuant cette routine , ils entretiennent dans ce malheureux un désir insatiable qui , un jour peut-être , le conduira , à travers mille bas-
sesses , à la perte de la santé et de la vie. Cette manière d'agir des parents et des instituteurs est fort innocente en elle-même, ou lorsqu'on ne l'applique qu'à un enfant peu sensible à l'approbation ; mais elle est extrêmement blâmable et nuisible , lorsqu'on l'applique à celui dont la vanité est déjà trop active.
Lorsque le vaniteux sera capable d'entendre le langage de la raison, on pourra tourner en ridicule devant lui les hochets de la vanité, ou plutôt lui en démontrer le néant ; relever sa fierté en lui montrant avec dédain les bassesses que commettent les hommes , et la peine qu'ils prennent de s'avilir aux yeux des gens sensés, pour avoir le ridicule plaisir de se chamarrer devant la multitude. Pour un pareil homme, rien n'est plus funeste que les succès et les flatteurs ; on doit donc mettre tout le soin possible à les éloigner de lui* Son intel. ligence doit être exercée principalement sur ce qui a rapport au raisonnement ; c'est encore un moyen de soumettre sa vanité, et de lui épargner tous les froissements auxquels elle sera exposée dans les relations sociales. Si sa vanité ne peut être suffisamment réprimée , elle devra être au moins dirigée sur des objets dont la possession n'expose pas à tous les maux qui découlent d'une trop grande concurrence.
C'est en gâtant les enfants, en souriant, en applaudissant à toutes les sottises qu'ils font ou qu'ils débitent , qu'on accélère le développement du sentiment qui nous occupe. On leur prépare, par ce moyen, des maux immédiats ou éloignés. Si l'amour-propre a pris un trop grand degré de développement chez ces enfants, ils deviennent, dès leur entrée au collège, enbutte à la malveillance de leurs compagnons. De là les maux de toute espèce, tels que l'envie, la haine, etc. Si les germes de la vanité ne sont pas développés pour attirer sur l'enfant ces maux présents, les instituteurs achèvent ce qu'ont commencé les parents , et les maux dont je parle , pour être plus éloignés des enfants, ne les accableront pas moins dans un âge plus avancé. Celui dont le maître excite les moindres actions par l'éclat des louanges, des récompenses publiques, des distinctions , peut devenir un homme instruit ; mais, à coup sur, il deviendra un homme présomptueux, et l'amour qu'on lui aura inspiré pour les distinctions ne se ralentira pas dans un âge où il prend d'ordinaire un surcroit d'énergie si fatal à la santé de la plupart des hommes.