‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 31 sur 106 · DES AFFECTIONS DE QUELQUES-UNS DES SENTIMENTS DECRITS · texte numérisé non relu

DES AFFECTIONS DE QUELQUES-UNS DES SENTIMENTS DECRITS

En traitant de l'instinct de propre défense, nons ayons parlé de la peur, qui en est une affection. En traitant ici delà vanité, nous devons, par la même raison, parler de la jalousie , de la colère et de la haine. Nous eussions pu placer ces deux dernières affections après l'instinct de propre défense ou de fierté , tout aussi bien qu'ici , puisque la fierté blessée peut, comme la vanité blessée, produire la colère et la haine ; mais nous avons cru qu'il était plus convenable de décrire d'abord tous ceux des sentiments à l'occasion desquels pourraient se manifester ces différents états qui portent un si grand trouble dans le cerveau, et même dans toute l'économie.

Jalonne. — C'est une affection pénible de la vanité , qui naît chez une personne à l'occasion d'une préférence quelconque dont une autre personne est l'objet. Cette affection produit sur la santé les mêmes désordres que l'ambition contrariée. C'est toujours le cerveau qui est le siège primitif du désordre , qui bientôt irradie sur les viscères abdominaux.

La jalousie se développe souvent chez l'enfant , ainsi que je l'ai observé plusieurs fois, à l'occasion de la naissance d'un frère ou d'une sœur , quelquefois à l'occasion de caresses que la mère prodigue à un autre enfant. Les moindres préférences suffisent pour la faire naître chez un enfant sensible. Quelquefois il se plaint ouvertement de ces préférences, pleure, sanglotte, ou frappe l'objet de sa jalousie ; mais d'autres fois, et ceci est bien plus dangereux , il dissimule son chagrin , et les effets de ce chagrin dissimulé ne sont que plus rapides dans leur marche. Cette affection déchirante fait perdre à sa victime la gaîté, qui est remplacée par une sombre tristesse , par de la haine pour l'objet qui lui est préféré , par un mélange de colère et d'amour pour la personne qui donne la jalousie. Les yeux de l'enfant , lors même qu'il témoigne de la colère et repousse cette personne, se remplissent de larmes comme ceux de l'amant qui veut, sans le pouvoir, rompre avec une maîtresse adorée à laquelle il vient de reprocher ses torts. Si lorsque ces symptômes se manifestent, on ne remédie promptement à leur cause , le marasme, des désordres cérébraux et gastrointestinaux conduisent rapidement l'enfant au tombeau.

Aussitôt donc que les moindres symptômes de jnlousie se laissent apercevoir chez l'enfant , revenez à lui sans trop d'affectation, cessez pour l'objet de sa jalousie toute espèce de préférence ; qu'il ne le voie plus, s'il est possible. Bientôt tous les signes de santé reparaîtront sur son visage : le voilà guéri. Mais n'oubliez pas qu'il rentre dans la classe de ceux qui sont très-sensibles à l'approbation, et que c'est en lui ap-

pliqnant les principes énoncés ci-dessus, que tous préviendrez, pour le présent, le retour du mal , et pour l'avenir, tous les effets attachés à l'exagération de la vanité.

Colère. — La colère reconnaît aussi pour cause la plus ordinaire les blessures faites à l'amour-propre , quoiqu'elle puisse être aussi l'effet de toute autre cause ; c'est donc le cerveau qui est son point de départ, quoique le cœur et quelques autres organes s'adjoignent presque instantanément au premier. Elle reçoit différents noms suivant ses différents degrés : ainsi elle est appelée fureur et rage lorsqu'elle est portée à son apogée, etc.

La colère ébranle toute l'économie , et produit des désordres plus ou moins graves suivant ses causes , et plus encore suivant la susceptibilité individuelle. Pendant la colère , les facultés intellectuelles et les sens sont troublés , les muscles sont agités , les viscères de la poitrine sont jetés par l'influence cérébrale , dans les plus tumultueux désordres , et les opérations qu'exécutent ceux du ventre sont plus ou moins perverties. Bientôt ce bouleversement général est terminé par un instant d'abattement auquel succède un mal de tête. D'autres fois le cerveau est si fortement ébranlé , qu'il résulte de cet état une apoplexie , des convulsions, la catalepsie , l'épilepsie , la céphalite, le tétanos , la syncope et la mort. Le cœur et les gros vaisseaux peuvent éprouver une rupture, ou rester anévrysmatiques ; l'estomac , le foie peuvent être affectés de manière à produire , le premier , des vomissements , le second , la jaunisse ; les règles peuvent se supprimer, et , chez l'enfant dont les cris occasionnent de violentes pressions abdominales , les viscères du bas-ventre peuvent s'échapper par les ouvertures naturelles ; enfin la sécrétion laiteuse peut être dérangée par la colère.

Les moyens hygiéniques à opposer à l'habitude de la colère, doivent remonter à la cause organique qui y prédispose. Si l'homme se montre susceptible, impatient , s'emporte quand on blesse sa fierté, diminuez la trop grande activité de ce sentiment par les moyens que nous avons indiqués. Agissez sur celui de la vanité ou sur l'instinct de propre défense , etc. , si la colère naît à l'occasion du trop de développement de ces facultés, etc. Mais surtout n'imitez pas ces parents qui , pour apaiser la colère de leurs enfants , non - seulement font semblant de battre les personnes qui y ont donné lieu , mais encore excitent les enfants à frapper les objets inanimés qui ont pu être la cause de leur colère, comme les tables sur lesquelles s'est heurté l'enfant, etc. Cette manière d'agir n'est propre qu'à le rendre despote et vindicatif.

Haine. — La haine ne diffère de la colère que parce q*e ses causes.

sa nature et ses effets sont plus lents et plus prolongés. Sa source est la même , et les moyens hygiéniques sont les mômes que pour l'affection précédente.

Les qualités fondamentales que nous avons décrites peuvent toutes être affectées de mille degrés différents. Quelques auteurs de physiologie et d'hygiène ont eu le tort de vouloir décrire ces degrés ; nous ne suivrons pas cette marche , parce que c'est seulement en remontant à la cause des désordres , c'est-à-dire aux facultés fondamentales , qu'il est possible de trouver les moyens de remédier à toute espèce d'affection. Ainsi , l'homme éprouve-t-il du chagrin , c'est ou l'amour, ou la fierté , ou la vanité , ou le sentiment de propriété , etc. , etc. , qui sont affectés , et qui causent à cet homme le malaise cérébrale qu'on appelle chagrin.

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