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SEHS DU LANGAGE DES PAROLES ; TALENT DE LA PHILOLOGIE

Gall avait d'abord considéré la faculté précédemment décrite, comme n'étant qu'un fragment du sens du langage de parole ; mais des différences et dans l'anatomie des parties, et dans la manière dont elles se manifestent à l'intérieur, et dans la sphère d'activité des fonctions de ces parties, ont conduit ce physiologiste à la distinction de ces deux facultés. L'organe de la mémoire des mots repose , suivant Gall, sur la moitié postérieure de la voûte orbitaire $ il déprime seulement la partie postérieure de l'orbite, et pousse l'œil en avant. L'organe du sens du langage se manifeste par quelque chose de plus que le précédent : il pousse l'œil en avant et en bas. Lorsque, suivant Gall, la plus grande partie de la portion moyenne des circonvolutions inférieures antérieures placées sur le plancher supérieur de l'orbite ou sous la voûte, est très-développée, cette paroi est non-seulement aplatie, mais même déprimée ; il en résulte une position particulière des yeux. Dans ce cas , ils sont à la fois à fleur de tete et déprimés vers les joues, de façon qu'il se trouve un certain intervalle entre le bulbe et l'arcade supérieure. Le bulbe , ainsi déprimé , agit sur l'arcade inférieure, et en augmente l'échancrure. Cette forte échancrure produit chez le sujet vivant , lorsqu'il a les paupières ouvertes l'apparence d'une petite poche remplie d'eau : de là le nom d'yeux pochetés.

Les personnes qui ont les yeux ainsi conformés possèdent donc, suivant Gall, non-seulement une mémoire des mots excellente, mais elles se sentent une disposition particulière pour l'étude des langues, pour la critique, en général pour tout ce qui a rapport à la littérature. Elles rédigent des dictionnaires, écrivent l'histoire; elles sont très- propres aux fonctions de bibliothécaire et de conservateur ; elles

rassemblent les richesses éparses de tous les siècles ; elles compilent de savants volumes; elles approfondissent les antiquités, et, pour peu qu'elles aient d'autres facultés encore , elles étonnent par leur vaste érudition. Baratier était doué de cette faculté. A l'âge de six ans, il savait déjà plus de six langues ; dans un âge si tendre , il traduisit les auteurs grecs et corrigea les traductions de ses devanciers. Cette faculté se trouvait jointe à des facultés supérieures, éminentes, chez Galilée , Bacon , Rabelais , Voltaire. Elle était également trèsmarquée chez Desgenettes, Percy et Boisseau. Rien n'est plus curieux que ses résultats chez Pic de la Mirandole, Milton, et beaucoup d'autres hommes cités par Gall.

Les animaux sont doués du langage de la parole , si l'on en croit Georges le Roy (i) et Gall. Cette faculté leur est essentielle comme à l'homme ; sans elle comment s'entre-avertiraient-ils des dangers qui menacent leur vie? comment conviendraient-ils de ce qu'ils ont à faire pour la conserver? Pense-t-on que parmi les oiseaux il n'y ait qu'un même caquetage pour exprimer l'amour, la frayeur , pour dire aux petits de fuir ou de se cacher à l'approche du danger, etc. ? Si le langage d'action ou le geste suffit dans beaucoup de ces cas , il est une infinité de situations dans lesquelles il n'en est pas de même.

Il est inexact de soutenir avec Condillac que , sans le langage de parole , nous ne penserions point , et qu'il n'y a que les mots articulés qui puissent nous conduire aux idées abstraites , etc., etc. Antérieurement à tout langage , nos facultés sont développées , et le langage n'est qu'un moyen de les communiquer. L'abondance , la richesse des expressions est en raison directe de l'abondance et de la richesse de nos sensations , de nos pensées , de nos affections.

Direction du sens du langage.

Le- moyen de développer cette faculté , si utile dans tant de circonstances de la vie, est d'exercer de bonne heure l'enfant à l'étude des langues , non en l'ennuyant avec des dictionnaires et des grammaires, mais en le plaçant, quelques instants par jour, au milieu de personnes auxquelles, pour ses propres besoins , il soit forcé de parler dans une langue différente de la sienne. De cette manière , les langues vivantes lui seront bientôt familières, parce qu'il sentira la nécessité de les apprendre , et qu'il aura du plaisir à les parler. Plus tard on lui donnera des grammaires, si l'on veut ; mais dans ce moment elles ne serviraient qu'à le dégoûter. C'est à peu près là les

(i) Lettres philosophiques sur l'intelligence et la perfectibilité des animaux; in-8°. Pari» , 1802.

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