CHAPITRE XV
SEKSDES RAPPORTS DBS TOUS ; TA LEST DE LA MUSIQtE.
Le talent de la musique ne dépend que de l'oreille. Celle-ci est tout au plus l'une des conditions pour exécuter les compositions musicales ; mais elle peut être considérée comme la cause du sentiment de la musique et de l'invention musicale. Il en est de même du gosier , qui n'est pour le chant qu'un moyen d'exécution , comme Test la main pour la peinture et la sculpture. Gall base ses opinions sur les faits suivants :
Il est un grand nombre d'animaux doués d'une oreille plus fine que celle de l'hommè, qui cependant ne témoignent pas la moindre réceptivité pour la musique. On connait des oiseaux qui ne chantent pas, doués d'une oreille aussi fine que les oiseaux chanteurs. Dans les espèces des oiseaux chanteurs, la femelle, privée de la faculté de chanter, est douée des mêmes organes auditifs et d'une oreille aussi fine que celle du mâle...
Si l'oreille était la cause matérielle du chant chez les oiseaux , et de la musique chez l'homme , les oiseaux et l'homme ne pourraient, en fait de chant et de musique , que répéter ce qu'ils ont entendu. Or, comment chacun des oiseaux chanteurs a-t-il acquis son chant? où est celui qui a donné des leçons à la première grive ( tordus mu-
sicus) et au premier rossignol ? comment se fait-il que les oiseaux couvés et élevés par des oiseaux dune espèce différente de la leur, et qui n'ont jamais entendu chanter leur père , entonnent cependant lé chant propre à leur espèce?...
Comment concevoir chei l'homme l'invention en musique, s'il faut que le musicien ait entendu auparavant tout ce qu'il rend ? Qui ne sent que le créateur en musique puise ses inspirations dans sa tête? que tout ce qu'il exprime sur le papier par des notes , il l'avait senti, il l'avait conçu au-dedans de lui-même? Pourquoi donc les personnes douées de l'oreille la plus fine ne sont-elles pas douées du talent le plus distingué pour la musique ?
Le talent de la musique ne rentre non plus nullement dans la sphère d'action des propensions imita tives (mimique), comme le suppose * M. Landouzi (i) ; car il est des hommes chez lesquels ces propensions sont très-développées, et qui n'ont pas la moindre aptitude pour la musique. Nous pouvons, à cet égard, certifier que nous connaissons un homme chez lequel ces propensions sont prononcées autant que chez qui que ce soit au monde , et qui , malgré une belle et forte voix, une oreille extrêmement fine, n'a jamais pu chanter juste, retenir un air, et prendre à la meilleure musique le plus léger intérêt. Il y a plus : la musique est la seule chose que cette personne ne puisse imiter.
L'organe du sens de la musique est , suivant Gall , formé par des circonvolutions placées en zigzags , dont les allées et les venues vont en diminuant. Elles forment une pyramide ou un cône dont la base est placée immédiatement au-dessus de l'angle externe du plancher orbitaire , et qui , en faisant des zigzags toujours plus étroits , s'élève à un pouce ou à un pouce et demi, et se termine en pointe. Lorsque ces circonvolutions sont très-développées, surtout dans leur partie inférieure, il en résulte que le cerveau et le crâne en deviennent plus larges dans la région qu'elles occupent ; la partie externe de la paroi orbitaire supérieure est complètement remplie par la masse cérébrale, et il n'y a alors dans le crâne qu'une très-petite partie de la paroi orbitaire externe qui se trouve placée au-dehors du cerveau.
Il est impossible de ne pas admettre une organisation spéciale pour la musique, quand on connaît l'histoire des hommes qui ont excellé dans cet art. A peine Haendel comraence-t-il à parler , qu'il essaye de composer de la musique. Son père éloigne de la maison tous les instruments ; mais l'enfant trouve bientôt moyen de s'exercer. A l'âge de dix ans , il compose une suite de sonates à trois parties. Mozart père, parcourant l'Europe dès l'âge de six ans, jouant du piano non-
(i) Presse médicale, 1837, tome I", p. 249.