REMARQUES SL'R LES OBJETS CONTENUS DANS CETTE SFCTIOU
Nous terminons ici l'hygiène de l'encéphale. Pour compléter le nombre des facultés que Gall admet , il nous en resterait encore quel' ques-unes à étudier. Nous les passons sons silence , i° parce que nous ne sommes pas assez convaincu de l'existence des unes ; a° parce que , comme les antres ne tiennent que d'une manière fort éloignée à la conservation de l'individu , on trouvera , pour les diriger d'une manière convenable à la santé , des indications suffisantes dans les généralités placées en tête de cettes ection. Passons donc à un autre objet.
Les moyens que nous avons indiqués pour diriger les facultés , réprimer les passions , remédier aux affections , paraîtront peut-être incomplets ; car les seuls agents dont on tienne compte dans les traités d'hygiène , aux articles où l'on traite de la direction des passions et de l'intelligence , sont précisément ceux dont j'ai cru devoir négliger Faction comme impuissante. Avant donc de terminer cette section , je dois expliquer cette opposition évidente qui existe entre ce travail et ceux qui en précèdent la publication. Les moyens dont je conseille remploi pour la direction des fonctions encéphaliques sont les impressions morales, c'est-à-dire les impressions qui agissent directement et immédiatement sur l'encéphale , qui en sont les excitants fonctionnels , en modifient , par l'exercice , les différentes parties , étendent ou restreignent les divers actes que produisent cellesci. Les moyens d'hygiène indiqués par l'un des auteurs les plus suivis sont les aliments , leurs assaisonnements , les évacuations de toute espèce. Comment agissent ces derniers moyens ? Ils agissent tous en augmentant ou en diminuant le développement et l'excitation de tous les organes du corps , sans exception ; et l'estomac , sur lequel ils portent leur première et leur plus forte action , est précisément celui dont l'énergie et le développement sont le plus opposés à l'accomplissement et au perfectionnement des actes encéphaliques. Rendons ceci plus clair : une alimentation animale , certains stimulants développent, excitent , dit-on , le cerveau et les actes qui en émanent ;
«oit ; mais ces agents ne développent et n'excitent pas moins tons les viscères, tons les muscles , etc. Les saignées, une nourriture faible, etc., ajoute-t-on, diminuent les passions, et Cabanis nous apprend qu'on saignait les moines quatre fois par an pour les rendre plus continents : soit ; mais une nourriture faible, la saignée diminuent également la force de la locomotion , celle de toutes les autres fonctions et de tous les organes; et si, quand ils venaient d'être saignés, les révérends pères n'étaient pas portés à se livrer aux plaisirs de l'amour, certes, ils ne l'étaient pas davantage à se livrer aux exercices musculaires. Mais cependant , ajoute-t-on encore , on a remarqué que les gens qui se nourrissent de chair sont plus féroces , moins doux que ceux qui se nourrissent de lait, etc. : d'accord ; mais nous avons ici une distinction à faire : si les hommes qui se nourrissent de chair commettent , pour se la procurer , des actes de carnage , comme le font les lions , les anthropophages , les peuplades chasseresses , les bouchers , etc., nul doute que ces individus , quand on pourrait supposer que, pour commettre de tels actes, ils ne fussent pas nés moins sensibles que les autres hommes, nul doute, dis-je, que ces individus n'acquissent par ces habitudes meurtrières une certaine dureté de caractère. Mais ici c'est l'habitude de tuer et de faire souffrir, comme nous l'avons vu en traitant de l'instinct carnassier , et non la chair mangée , qui produit la modification des habitudes morales.
On comprend maintenant que ce n'est pas à l'occasion des modificateurs spéciaux de l'encéphale , qu'on doit examiner l'influence des aliments, puisqu'ils n'agissent pas plus sur cet organe que sur un autre ; mais qu'au contraire, cette influence doit être examinée en traitant de l'appareil organique (le tube digestif), dont ils sont les modificateurs propres et immédiats.
Ainsi donc, règle générale, il n'y a pas d'autre agent de ï hygiène propre à développer, réprimer ou diriger une faculté, que l'excitant fonctionnel de cette faculté. Pour la développer , il faut la mettre en action , au moyen de son excitant fonctionnel ; pour la réprimer, il faut la laisser en repos, en lui soustrayant son excitant fonctionnel. Les excitants généraux, le sang , ou bien ce qui le produit ou l'excite, comme les aliments ou assaisonnements, n'exercent rie» spécialement (j'excepte , bien entendu , le tube digestif, dont les aliments sont l'excitant fonctionnel). Qu'un homme use d'une nourriture abondante et condamne son œil à l'inaction, en lui soustrayant toute espèce d'objets lumineux, sa vue n'en deviendra pas plus parfaite; qu'un autre se nourrisse aussi bien , et condamne ses muscles au repos absolu, ses mouvements n'en acquerront pas plus de force ou plus de prestesse. Croit-on que la même règle ne soit pas applica-*
bie aux organes encéphaliques ? Qu'un troisième individu condamne à l'inaction, par l'absence de tout excitant fonctionnel encéphalique, ses facultés intellectuelles et morales; qu'il soigne tant qu'il voudra son estomac et s'engraisse autant que possible , j'aurai bien de la peine à croire que cette riche alimentation étende beaucoup les domaines de son intelligence, ou monte à un bien haut degré ses passions. Toutes les facultés , répétons-le encore, ne peuvent être développées que par leur propre activité, et restreintes que par l'oubli dans lequel on les laisse. ?') Je quitte les domaines qu'a fertilisés le génie de Gai I. En faisant quelques applications d'hygiène à ses découvertes, je n'ai pas prétendu épuiser le sujet; je n'ai voulu que rompre la routine adoptée, et indiquer le nouveau chemin que doivent suivre ceux qui s'occupent de l'hygiène des (acuités, intellectuelles et morales. Il a été suivi récemment par un jeune auteur qui vient de publier sur cette matière un livre remarquable, et c'est une véritable satisfaction pour nous , de voir entrer M, Casimir Broussais dans la route que nous avons tracée.
'liant*
TROISIÈME SECTION
L'hygiène de l'appareil locomoteur n'est autre chose que la direction des mouvements divers. Ceux-ci ont pour organes les différentes parties du cerveau (suivant nous), la moelle épinière, quelques parties de la moelle allongée , les nerfs cérébro-spinaux , les muscles et les os. On peut ajouter à ces parties les aponévroses , les membranes synoviales , les tendons et les cartilages.
Voici comment je conçois le mécanisme des mouvements. Les 'dif« férentes parties du cerveau ayant leur moi propre, leur volonté propre, ordonnent, d'après la notion qu'elles ont des corps extérieurs , et d'après le sentiment de leurs besoins et de ceux des viscères, des mouvements qui mettent ces corps extérieurs en relation , soit avec elles-mêmes, soit avec les autres organes dont elles perçoivent les privations. Cet ordre est transrais à la moelle épinière , qui , au moyen des cordons nerveux, le fait exécuter aux muscles. Les excitants propres des organes de la locoraotilité sont donc toute espèce de besoins , d'impressions qui peuvent solliciter des actions cérébrales. Cette manière de présenter l'action du cerveau , dans le mécanisme des mouvements, est un peu différente de celle de quelques auteurs , qui cherchent une portion du cerveau exclusivement attachée à la
production de ces actes : il reste à savoir si l'opinion que nous émettons est admissible.» t. u , i -m , . .*t|kitt
L'exercice de la locomotiiité doit être, comme l'exercice de toute autre fonction, dirigé convenablement , tant pour rendre les mouvements les plus parfaits possible, et en perfectionner les organes, que pour contribuer à la santé générale. Cette direction constitue une branche spéciale de l'hygiène , la gymnastique , art très-cultivé des anciens , et dont nous avons traité ailleurs dans un ouvrage spécial. Nous rapportons a la locomotiiité les divers mouvements d'expression tels que la parole et le chant ; les différents moyens de translation, à l'aide desquels l'homme supplée , en tout ou en partie , à l'exercice de ses muscles. Ne pouvant entrer ici dans le détail de tous les exercices gymnastiques auxquels peut être soumis le corps de l'homme, nous nous bornerons à indiquer l'influence générale des trois classes d'exercices admises dans la gymnastique , et l'influence particulière de ceux de ces exercices qui se rapprochent le plus de la nature de l'homme , servent le plus ses besoins , ou contribuent le plus ordinairement à ses amusements.