CHAPITRE PREMIER
Lès exercices actifs sont ceux dans lesquels notre Corps se meut de lui-même en totalité ou eh partie, mais dans lesquels il est toujours Je seul agent du mouvement.
Leurs effets sont ceux de toute autre action organique, c'est-à-dire locaux ou bornés à l'organe , et généraux , c'est-à-dire étendant leur influence sur diverses autres parties du corps.
L'effet local que produit en général l'exercice d'une partie quelconque, a été indiqué dans les régies générales exposées en tête de ce travail : l'exercice des muscles ne fait pas exception à ce qUe nous avons dit ; le membre exercé devient le siège d'une innervation plus active ; augmente momentanément le volume , par l'afflux plus fréquent et plus considérable du sang ; la chaleur s'y développe avec plus d'abondance ; si le mouvement est continué quelque temps, le membre s'engourdit ; on y éprouve un sentiment pénible, connu sous le nom de lassitude (premier degré de la douleur musculaire ), et une difficulté de contradiction qui en est le résultat. Si le mouvement était excessif, et que les éléments organiques fussent appelés dans le membre au delà de toutes les lois physiologiques , il y surviendrait une
véritable inflammation, et ses fonctions deviendraient plus ou moins difficiles. Mais si , au contraire , après certains intervalles de repos, nous répétons plusieurs fois les mêmes mouvements , nous voyons se développer dans la partie qui en est le siège, une perfection d'action dont elle ne jouissait pas auparavant. Il s'y manifeste , en outre , un surcroit de nutrition et d'énergie et un développement de formes, dus à l'assimilation plus active des matériaux nutritifs.
L'effet général des exercices actifs est d'autant plus marqué, que plus de parties entrent en mouvement et sont dans une action plus énergique. Dans ce cas , l'augmentation d'action organique ne se passe pas seulement dans les parties qui sont le Biége de contractions musculaires ; elle se répète dans toutes les parties de l'économie, et influence toutes les fonctions. Ainsi , les exercices pratiqués hors le temps de la digestion excitent les facultés digestives; pris pendant la digestion, ils troublent cette fonction ; pris hors le temps de l'absorption intestinale , ils préparent un enlèvement plus rapide des matériaux aux surfaces muqueuses de l'intestin , rendent également pins énergique l'absorption interstitielle. Les circulations artérielle et veineuse deviennent plus actives par 1' exercice actif, qui finit par donner au tissu du cœur une plus grande force.
M. Nick, dans son mémoire sur les conditions qui font changer la fréquence du pouls dans l'état de santé , prétend déterminer de quel nombre de pulsations chaque exercice augmente cette fréquence. Suivant cet auteur , l'équitation au pas produit une accélération de dix à quinze pulsations ; et au trot, de quarante à quarante-cinq ; la marche sur un plan horizontal , à raison de soixante à soixante-dix pas par minute, augmente la rapidité du pouls de six à huit pulsations; si l'on double le pas, le pouls s'élève de dix à seize pulsations, et même de vingt-six à vingt-huit, si la marche est continuée au delà d'une demi-heure (Archives, mai 1831 , page 114), etc., etc. Nous ne prolongerons pas davantage cette citation, parce que les nombres donnés sont tout à fait illusoires, et que la fréquence du pouls, dans quelque exercice que ce soit, varie d'un individu à un autre, nonseulement suivant la force de l'individu , mais encore suivant l'habitude qu'il a de l'exercice , etc. , et , bien plus , varie, chez le même individu, suivant les conditions diverses dans lesquelles il se trouve. A quelque exercice que l'on se livre , en effet , le cœur bat d'autant plus vite , qu'on éprouve plus de difficulté à le pratiquer , et cette difficulté n'est pas seulement en raison du genre d'exercice , considéré d'une manière absolue ; elle est encore, et bien plus encore, en raison directe de la faiblesse du sujet qui pratique l'exercice, ou du peu d'habitude qu'il en a , peu d'habitude qui , du reste , équivaut à
Une faiblesse relative des parties qui exécutent les mouvements. Une personne d'une constitution faible , ou même d'une constitution forte, mais étrangère à la natation , à la lutte, à l'escrime, etc., se livre-telle , une seule minute , à ces exercices , son cœur bat tumultueusement et met dans l'impossibilité de compter les pulsations du pouls ; la fréquence du pouls, au contraire, n'est plus la même , si le sujet est habitué à ces exercices , et , au lieu d'une minute , il pourra les continuer une demi heure et plus. Au reste , toutes les autres indications fournies par M. Nick (je suppose exact l'extrait de son mémoire, couronné par la Faculté de médecine de Tubingen) , touchant la variation du pouls , quelle qu'en soit la cause , du moment que la variation est précisée numériquement, donnent lieu aux mêmes objections. Ainsi , avancer que « l'application , l'étude et la colère «produisent une accélération du pouls de quatre à six pulsations par minute ; » indiquer également par des chiffres les pulsations , en plus ou en moins , produites par le vin , la bière , le thé , c'est méconnaître les plus importantes circonstances qui font varier sur l'homme l'effet des modificateurs hygiéniques, savoir la force, le tempérament, l'idiosyncrasie , l'habitude , toutes les circonstances individuelles et autres , en un mot , dont nous avons tenu compte dans nos Prolégomènes. L'étude peut-elle accélérer les battements du cœur chez cet homme à cerveau vaste , et habitué à l'exercice intellectuel, comme chez ce sujet dont le cerveau étroit et inexercé doit faire des efforts continuels pour produire le moindre travail? Et cet homme habitué au café et à tous les stimulants , ou ce lymphatique habitant des marais , sentiront-ils leurs pouls s'accroître du même nombre déterminé de pulsations , que cet homme irritable inhabitué aux boissons fortes, chez lequel elles causent l'insomnie et une véritable fièvre? Non , certainement ; et nous verrons de même les variations de santé , les changements dans la surexcitation physique ou morale , produire des différences importantes dans l'accélération du pouls , que tel ou tel exercice peut déterminer.
Les mouvements respiratoires augmentent également de fréquence par les exercices actifs ; les poumons paraissent absorber plus d'oxigène , puisque , suivant les expériences d'Allen , de Pepys et de Jurnie, l'air qui en est expulsé contient moins d'oxygène et plus d'acide carbonique. La chaleur animale , quelle qu'en soit la source , se développe en plus grande abondance , les sécrétions synoviales et cutanées sont également augmentées.
La même chose a lieu pour la nutrition , fonction que l'exercice augmente non-seulement dans les muscles en mouvement, comme nous venons de le voir , mais encore dans les os , dont il développe
visiblement les saillies , dans les vaisseaux , les nerfs , la moelle épinière.
Les exercices actifs musculaires laissent dans le repos les différentes parties encéphaliques affectées aux qualités morales et aux facultés intellectuelles, de sorte qu'ils calment la violence des passions , amortissent l'activité de la pensée ; car la seule action de l'encéphale , pendant la plupart des exercices , semble se borner à ordonner et à diriger les mouvements.
1° Effets des exercices exagérés.
Ces effets sont encore locaux ou généraux.
Les effets locaux, ou ceux qui se passent dans les membres en action , sont , comme nous venons de le dire , l'inflammation des muscles , un rhumatisme véritable , comme celui qui serait causé par le froid , l'inflammation des membranes séreuses articulaires.
Les effets généraux des exercices musculaires trop continués sont : l'épuisement du système nerveux cérébral et rachidien , l'épuisement des organes de relation et des viscères , la gastro-entérite qui naît sous l'influence de l'alimentation stimulante administrée à l'estomac après une grande fatigue , ou qui nait même sans l'influence des stimulants, et causée par la seule fatigue $ enfin, d'autres fois , l'inertie de l'estomac dont les plans musculeux ne se contractent plus qu'imparfaitement pour opérer la digestion , et dont la membrane muqueuse peut rester saine et dans l'état normal.
Si l'exercice est porté trop loin , mais d'une manière moins continue , il vieillit prématurément les individus ; il dessèche leurs muscles, rend leurs vaisseaux variqueux , cause des rhumatismes chroniques. Ces effets se font sentir non-seulement sur l'homme, mais encore chez les animaux que celui-ci emploie pour ses besoins. Il suffit , pour se convaincre de cette vérité , de jeter un coup d'oeil sur les chevaux qui courent journellement la poste , et sont pourtant pourvus d'une nourriture réparatrice abondante. Suivant M. Dupuy , le sang pris sur des chevaux que l'on a fait courir à dessein pendant quelque temps , contient beaucoup moins de fibrine après la course achevée, qu'il n'en contenait avant.
Pour prévenir l'excès d'exercice , la nature nous offre le repos et le sommeil. Elle nous avertit du besoin que nous avons du premier de ces deux états , en nous faisant éprouver le sentiment de lassitude. Nous devons y donner attention comme a toute sensation interne ; car si cette sensation pénible est bravée, il en résulte toujours un mal quelconque.
2° Effets du repos musculaire.
On peut appliquer au repos des muscles prolongé outre mesure , ce que nous avons dit du repos de tout organe dans les généralités qui précèdent ce travail , ce que nous avons dit du repos des sens dans la lre Section, ce que nous avons dit du repos de l'encéphale dans la 2" Section : ainsi , le repos continué d'un membre y diminue l'innervation, l'activité d'assimilation, et conséquemment la nutrition. L'espèce d'irritation physiologique causée par le mouvement n'ayant plus lieu, l'afflux des éléments organiques qu'elle déterminait cesse aussitôt. A la diminution de nutrition se joint l'affaiblissement de la fonction : le membre resté un certain temps dans le repos n'a plus la même force. Pour peu que ce repos dure plus longtemps , le mouvement devient impossible ; car , avec l'affaissement des muscles et la diminution du calibre des vaisseaux, survient aussi (toujours par l'absence du mouvement) un défaut d'exhalation dans les membranes synoviales , qui amène la rigidité , puis la soudure des articulations. Voilà pour l'effet local.
Mais , de même que l'exercice actif qui met en jeu un certain nombre de muscles , ne borne pas ses effets aux organes locomoteurs , et porte son influence sur les viscères , de même aussi le repos de tous les muscles du corps influe ( mais d'une manière opposée ) sur tous les organes de la vie assimila trice. Ainsi , toutes leurs fonctions sont diminuées d'énergie, à l'exception de la sécrétion graisseuse chez quelques individus. Le repos des muscles favorise au contraire l'exercice des fonctions encéphaliques , que font toujours languir les exercices musculaires très-violents et trop répétés.
Si , au contraire , le repos est intermittent , il favorise la nutrition et le développement de la force dans les muscles ; il'est le, meilleur moyen pour rappeler dans ceux-ci l'excitabilité épuisé par la continuité des mouvements; il favorise également l'assimilation dans les divers tissus de l'économie. L'homme qui se livre à des exercices musculaires d'une manière trop continue n'acquiert jamais une grande force. Si ces exercices continus sont violents , la restauration ne peut suffire aux pertes ; il s'use promptement. L'homme qui devient le plus robuste est celai qui se livre à des exercices musculaires exigeant un certain emploi de forces , mais suffisamment interrompus par des intervalles de repos.
Le repos musculaire est donc et fortifiant et débilitant, selon la , manière dont on en use. Il doit être proportionné à la violence des exercices, à la force des individus, à leur tempérament. L'excès du repos est très -contraire au tempérament lymphatique; il favorise,
chez les personnes de ce tempérament , les irritations des glandes raésentériques et de tout le système blanc , que l'exercice préviendrait en appelant révulsivement les fluides à la peau et dans les muscles* Les tempéraments bilieux , dont les muscles sont secs et les fonctions douées de beaucoup d'énergie , les mouvements rapides et forts , sont ceux auxquels le repos est le moins défavorable. L'inaction musculaire est contraire au tempérament pléthorique, qui, parla continuité d'exercices modérés , doit perdre, s'il veut prévenir les apoplexies et autres affections, le superflu du fluide sanguin qui colore tous ses tissus. Le repos est indispensable dans lés maladies aiguës.
3° Examen de quelques exercices actifs.
De la marche. — Cet exercice met particulièrement en action les muscles extenseurs et fléchisseurs des cuisses et des jambes, un grand nombre de deux du tronc , et plus ou moins ceux de l'épaule suivant la rapidité de la marche et la projection plus ou moins grande imprimée au bras , qui , dans cet exercice , sert au corps de balancier , et dont le mouvement se fait en sens contraire de celui de la jambe correspondante.
Exécutée sur des plans inclinés, la marche détermine dans la machine animale des effets plus marqués que lorsqu'elle a lieu sur un sol plane. Si l'on monte , le corps est fortement courbé, le haut du tronc porté en avant, l'action des muscles antérieurs de la cuisse, considérable ; enfin , la circulation et la respiration sont bientôt accélérées par la violence des contractions musculaires. Si l'on descend , l'effort consiste à retenir le corps , qui tend à projeter en avant son centre de gravité, le tronc est porté en arrière, la masse sacro-spinale et les muscles postérieurs du cou sont fortement contractés, les genoux fléchis et les pas beaucoup plus courts.
La marche modérée exerce la plus douce influence sur toutes les fonctions. Elle se trouve indispensablement liée , cheitous les individus, à l'exercice d'un ou de plusieurs sens externes. Elle reçoit des facultés cérébrales une influence puissante, par laquelle elle est accélérée ou prolongée. Elle attire davantage les fluides dans les membres inférieurs que dans les membres supérieurs; elle donne peu de forces à ceux-ci; elle n'est guère propre à opérer une puissante diversion aux idées des mélancoliques, et conseiller, comme on le fait quelquefois , la promenade aux hypochondriaques , c'est leur dire do se livrer sans contrainte aux idées qui les tourmentent , et leur donner les moyens d'aggraver leurs maux. La marche sur un terrain plane et doux f st un exercice qu'on peut faire sans inconvénient et même
avec avantage après le repas. Elle convient aux convalescents , auxquels des exercices plus forts ne sont pas encore permis. Je n'ai pas besoin de dire , que dans les promenades que Ton fait, on doit avoir égard au choix des lieux.
2° De la darsi. — La danse ne diffère , pour le médecin, de la marche ordinaire, qu'en ce que les extensions et les flexions sont plus vivement répétées , et que le corps se trouve à tout moment détaché du sol , et comme suspendu en l'air par le redressement subit des articulations : aussi , les commotions qu'occasionne ce genre d'exercice sont-elles plus fortes que celles qui ont tieu dans la marche , et leurs effets sur les viscères, beaucoup plus sensibles. Quelques fonctions sont bientôt portées au delà de leur rhythme habituel : la circulation devient plus rapide, la respiration plus fréquente , l'exhalation cutanée plus abondante , etc.
Quant à son influence sur les muscles, la danse n'exerce beaucoup que ceux de la partie inférieure du tronc, ceux des cuisses et des jambes , qui ordinairement prennent un accroissement marqué aux dépens de la partie supérieure du torse, du bras et de l'avant-bras. Cet exercice donne aux hommes qui en font leur état habituel, des formes qui se rapprochent infiniment de celles de la femme : leur bassin paraît considérable par le développement prodigieux des muscles qui l'entourent ; leur cou et leurs bras sont peu développés , leurs épaules peu charnues, paraissent fort étroites, et contrastent avec la largeur du bassin, et surtout avec l'énorme proéminence des fesses. Les danseurs présentent une constitution totalement opposée à celle des forgerons ou des forts des halles , qui tous ont les épaules, la poitrine et les bras développés aux dépens des fesses et des membres abdominaux. Tout ce que je viens d'émettre touchant cet exercice se rencontre exactement chez les danseurs et danseuses des théâtres ; c'est pourquoi les jeunes gens devront toujours associer à la danse un autre exercice qui ait pour but le développement presque exclusif des membres thoraciques. L'exercice de la danse ne convient guère aux hommes, qui ne manquent pas d'occasions d'exercer leurs jambes, et qui , à moins qu'ils n'exercent un métier, en ont si peu d'exercer leurs bras.
La danse, pour être utile à la santé , ne doit pas être exécutée, comme on a l'habitude de le faire , immédiatement après le repas, ni se prolonger pendant des nuits entières , et dans des lieux peu spacieux relativement au nombre des danseurs. Dans ces lieux il s'élève souvent une poussière abondante qui , jointe aux émanations animales et portée dans les voies respiratoires , contribue avec la plus légère cause, le moindre refroidissement, par exemple, à déterminer dans
ces parties des irritations. Celles-ci deviennent ensuite d'autant plu» graves, que les jeunes personnes, celles du seie féminin surtout , de peur de contrarier leurs vues de plaisir , prennent un grand soin de cacher à leurs parents le début de ces affections. La danse est l'exercice des dames 5 elle contre-balance les effets de leurs occupations sédentaires : on l'a vantée comme un moyen propre à contribuer à l'établissement de la fonction périodique de l'utérus.
8° De la cocese. — Dans la course, la masse de nos organes est agitée, comme dans l'exercice précédent , par de forts et continuels ébranlements qui se succèdent avec rapidité ; mais les membres abdominaux ne sont pas les seuls.en mouvement, quoiqu'ils soient ceux chez lesquels le développement devient le plus considérable. 11 existe en effet, pendant tout le temps que dure la course , une contraction forte et permanente des muscles de l'épaule , du bras et de l'avantbras ; contraction qui, bien que très- violente, sert moins pourtant à des mouvements étendus, qu'à assurer l'immobilité du thorax, contre lequel est rapproché tout le membre thoraeique , dont les fléchisseurs et les adducteurs sont fortement contractés.
La course est liée à l'exercice des organes de la respiration , d'une manière plus essentielle que la danse. Elle est en rapport de vitesse et plus encore de durée avec le développement de ces organes, et conséquemment avec le volume d'oxygène et de sang dont ils peuvent opérer la combinaison dans leur parenchyme , à chaque mouvement respiratoire. Ainsi, de deux hommes dont l'un a les membres abdominaux développé, et dont l'autre possède de vastes poumons, le premier peut parcourir plus vite que le second un espace de peu d'étendue, mais, si la course continue, il sera bientôt gagné de vitesse par celui-ci. Le coureur, après avoir franchi un certain espace, est abattu par la difficulté de respirer, bien avant que la répétition des contractions ait déterminé la fatigue des membres abdominaux. La course demande donc , comme la marche et la danse , un exercice spécial , lorsqu'on veut y exceller. La physiologie nous fournit aussi quelques préceptes dont l'observation peut contribuer à la vitesse et à la durée de cet exercice. Ainsi , porter en arrière la tête et les épaules, non -seulement pour corriger la propension de la ligne de gravité à s'iucliner antérieurement, mais encore pour que la portion cervicale du rachis , les os de l'épaule et les humérus , retenus immobiles , puissent fournir un point plus fixe à l'action des muscles auxiliaires de la respiration ; ne point détruire par un trop grand balancement des bras , la fixité du thorax , puisqu'il devient le point d'appui des puissances qui retiennent le bassin , et empêchent que cette partie ne présente elle-même aux membres abdominaux un
point d'appui chancelant ; ne point multiplier inutilement les contractions musculaires en relevant les jambes sur les parties postérieures et supérieures des cuisses , etc. , sont autant de règles qu'on peut indiquer aux jeunes gens qui se livrent à la course , et dont l'efficacité leur est bientôt démontrée par l'expérience.
La course ne développe pas seulement les membres abdominaux, elle a encore une influence marquée sur le développement de l'appareil respiratoire. Cet exercice, plus encore que les autres , exige que Von y procède d'une manière progressive. Si , dès les premières fois que l'on s'y livre , on court trop vite et trop longtemps , il peut survenir des crachements de sang ou des maux de tête , des altérations organiques du cœur et des gros vaisseaux. Les effets de la course varient, comme ceux de la marche , suivant qu'elle a lieu sur un terrain ascendant ou plane. Cet exercice convient particulièrement aux jeunes gens, et à ceux surtout d'un tempérament lyrapathique; il ne doit pas être pratiqué après le repas.
4° Du sAtii, — Le saut consiste principalement et le plus ordinairement dans l'extension subite et brusque des articulations du tronc et des membres inférieurs préalablement fléchis.
Le saut simple , produit principal de l'extension des membres abdominaux qui projettent le corps , soit directement en haut ( saut vertical ), soit obliquement en haut et en avant (saut horizontal , ou mieux, parabolique) , nécessite, surtout lorsqu'il est exécuté à pieds joint*, une contraction de tous les muscles extenseurs du corps , et principalement de ceux qui déterminent l'extension de la jambe sur le pied. Les épaules, les bras et les muscles du ventre sont également le siège d'une action assez forte : le sterno-pubien et le dorso-sousacromien sont surtout très-douloureux le jour qui suit celui où l'on a pris cet exercice.
Les sauts que, dans ma Gymnastique, j'ai nommés composé et compliqué , sont ceux dans lesquels les membres thoraciques, après une impulsion préalable communiquée au corps par les membres abdominaux , prennent, avec les mains , un point d'appui soit sur l'objet même qu'on se propose de franchir , soit sur le sol au moyen d'une longue perche. Ces sauts joignent à l'exercice des membres abdominaux une action forte des muscles du thorax , de ceux des bras et avant-bras, et même de ceux de la paume de la main. Le corps ne reçoit plus des membres abdominaux, qu'une demi impulsion qui est rendue complète par l'effort considérable des membres thoraciques. Ceux-ci, dans le saut compliqué vertical, prenant leur point d'appui sur la base étroite et mobile que leur fournit la perche , contribuent fortement à élever le corps , et même le maintiennent un
moment suspendu pour le passage des jambes ( si l'objet à franchir est très-élevé), avant de lui permettre d obéir à la force de gravité qui doit l'entraîner.
Le saut communique au corps , comme les deux exercices précédents, ce qu'on appelle une grande légèreté , une grande souplesse, c'est-à-dire une grande force relative des membres abdominaux ; mais il est déjà un des exercices qui développent les parties supérieures. Il convient aux tempéraments lymphatiques et aux jeunes gens ; il ne doit pas être pris immédiatement après les repas. Il peut occasionner des accidents vers le cerveau, la moelle épinière et le foie, si Ton n'a la précaution de fléchir toutes les articulations en retombant sur le sol. Outre ces accidents, il peut encore résulter du saut en profondeur, espèce de chute sans élan , des ruptures du diaphragme. Lorsque l'élévation d'où l'on s'élance est graduellement augmentée, ce saut accoutume l'œil à mesurer sans épouvante les distances les plus considérables, en même temps qu'il façonne, par l'habitude, des articulations abdominales à fléchir convenablement sous le poids du tronc, et à préserver par là les organes contenus dans celui-ci des lésions les plus graves.
5° De Là chasse. — La chasse exerce les mêmes parties que la marche, la course et le saut, puisque ces derniers exercices peuvent être pratiqués par le chasseur ; de plus, elle endurcit les organes aux vicissitudes de l'atmosphère, exerce l'ouïe et surtout la vue. Ce dernier sens est souvent en action, puisqu'il s'agit de suivre de l'œil le vol ou la course du gibier , dont la couleur fauve se distingue avec tant de peine de celle delà terre dépouillée de ses productions. La chasse n'exerce guère, dans les facultés cérébrales, que l'instinct de destruction, quelquefois celui de propre défense et le sentiment de la vanité. Elle a semblé à quelques auteurs un moyen efficace d'étouffer les sentiments tendres, comme l'attachement, l'amour, etc.
La chasse n'est guère propre à communiquer une grande force au système musculaire. Elle le forme , par une espèce d'habitude , à résister à la fatigue, plutôt qu'elle ne le rend capable de vaincre de grandes résistances. Bien que le fusil ou toute autre arme dont le chasseur est nécessairement pourvu, mette en action les membres thoraciques , cette action est néanmoins si faible en raison de celle qui se passe dans les membres abdominaux , que ni les uns ni les autres ne retirent de cet exercice une grande vigueur matérielle. Si, d'un coté, les premiers sont soumis à une action trop faible pour acquérir un grand développement , de l'autre, les seconds deviennent, par une fatigue trop continue, par une situation verticale trop prolongée, le siège de stagnations sanguines, de dilatations variqueuses , etc., sans
acquérir la force qui résulte des exercices dans lesquels les muscles subissent d'énergiques contractions suffisamment entremêlées d'intervalles de repos. La jambe d'un vieux chasseur est loin d'être développée comme celle d'un danseur ; elle est même souvent grêle et couverte de nodosités variqueuses; il en est ainsi de celle des fantassins vétérans , des rouliers ou des hommes qui ont toujours fait le métier de distribuer les lettres. Une autre cause de la constitution généralement sèche des chasseurs , se déduit d'une assimilation insuffisante à la réparation des abondantes excrétions cutanées auxquelles les expose la continuité de leurs mouvements , souvent exécutés dans les saisons chaudes et pendant les heures où le soleil darde ses rayons sur l'horizon. Les viscères pectoraux ne reçoivent , la plupart du temps , de la chasse , qu'une influence peu considérable. Cet exercice convient au tempérament sanguin, bien plus qu'au bilieux. Les chasses de nuit laissent le corps dans l'inaction , l'exposent au froid humide, et cela pendant les heures qui doivent être consacrées au sommeil ; elles sont donc nuisibles à la santé.
6° Di l'iscrimb. — L'escrime est un des exercices qui mettent le plus vivement en jeu un grand nombre de muscles , et un de ceux qui déterminent l'action la plus violente des viscères de la poitrine. 11 n'exige ni un aussi grand concours d'efforts , ni un aussi grand déploiement de forces , que le fait la lutte , parce qu'il y a dans l'escrime peu de résistance extérieure à vaincre, mais il demande une action prompte et presque continue.
Dans cet exercice, en même temps que le bras qui tient le fleuret est dans une contraction et un mouvement perpétuels, le torse, supporté par les membres inférieurs, également fléchis, est, pour l'attaque , projeté vivement en avant par l'extension subite d'un des membres inférieurs et l'abaissement simultané du membre supérieur correspondant , et tout aussitôt aussi vivement reporté à sa place pour la défensive , par le concours simultané d'un bras , des muscles postérieurs du tronc et des deux membres inférieurs. Il y a dans ce déplacement une certaine force employée pour lancer en avant le haut du corps, beaucoup pins pour le reporter à sa place , surtout quand on se fend trop : c'est principalement la rapidité du grand mouvement déployé pour cette alternative et de la fente et de la reprise de la position dite en garde, qui accélère si considérablement la circulation et la respiration , et détermine une exhalation cutanée si abondante. Si Ton reste sur la défensive , il n'y a plus d'action forte que celle des muscles de l'avant-bras et de la main , et cette action est trop locale pour déterminer une grande augmentation des phénomènes organiques.
Dans l'escrime comme dans tous les exercices violents qui établissent une rivalité directe entre deux individus , le désir du triomphe ajoute quelquefois à la vivacité apportée dans cet exercice, et contribue encore à l'accélération de la circulation et de la respiration.
La violence des mouvements et plus encore l'action trop exclusive dans laquelle l'escrime met certaines parties, l'éloignent des exercices que nous pourrions appeler naturels, et nous empêche de le regarder, ainsi qu'on le fait d'habitude, comme susceptible de produire un développement complet et parfaitement régulier de formes. On peut même rigoureusement prouver que , tout en les rendant en général belles , elle en altère pourtant Jusqu'à certain point, l'harmonie primitive et la régularité. Ainsi, quoique les deux membres thoraciques et abdominaux soient bien manifestement mis en mouvement, la cuisse , l'avant-bras et le bras du côté droit , chez le tireur droitier , prennent un développement bien supérieur à celui qu'acquièrent les mêmes parties du côté gauche , tandis qu'au contraire c'est à l'avantage de ces dernières qu'a lieu la nutrition dans le gaucher. Ce développement dans le membre qui fait agir le fleuret, résulte de ce que ce membre se fléchit et s étend fréquemment , et de ce que l'avantbras se porte continuellement de pronation en supination, d'adduction , en abduction , etc. Du coté opposé, le membre thoracique n'est en action que pour servir de balancier au corps , n'exécute aucun de ces mouvements partiels si multipliés dans l'autre membre , et n'est guère soumis qu'au mouvement de totalité , dont l'articulation scapulo-humérale est le centre , ainsi qu'à une extension et à une demi-flexion qui n'exigent pas d'efforts.
Quant aux membres abdominaux sur chacun desquels, dans la position en garde, repose également le haut du corps ^ ils sont aussi , dans les mouvements de fente et de replacement en garde , soumis à une action différente. Ainsi , la force principale est déployée par le membre qui occupe le plan antérieur : il supporte entièrement le tronc lorsqu'on est fendu , repousse avec force le sol lorsqu'on se relève , et acquiert un développement plus considérable que celui du côté opposé, qui n'est soumis qu'à des mouvements de flexion et d'extension , qui n'exigent pas d'aussi grands efforts.
Nous avons depuis longtemps (Influence de V exercice, thèse , 1819; Gymnastique médicale, 1821 ) et avec exactitude , constaté ces effets partiels de l'escrime sur des tireurs droitiers et gauchers.
Pour remédier en partie à ce qu'a d'incomplet cet exercice , et prévenir les développements partiels qu'ils déterminent , il fautle pratiquer des deux mains , en commencer l'apprentissage avec celle dont on ne se sert pas naturellement , la gauche , si l'on est droitier , la
droite , si l'on est gaucher , et ne changer de côté que lorsque la leçon sera facilement prise avec celui par lequel on aura débuté. Pris ainsi , cet exercice remédiera à l'état de faiblesse et d'inaptitude dans lequel se trouve chez la plupart des hommes l'un des membres thoraciques , il établira une symétrie de formes , de forces et d'adresse, entre la partie droite et la partie gauche.
Pour nous résumer et finir , disons que l'escrime développe plus particulièrement les muscles des membres , que ceux du tronc , développe moins les jambes que les cuisses , donne une grande souplesse aux ligaments articulaires , et une extension remarquable à la cavité thoracique. Cet exercice n'est peut-être pas sans action sur certains sens externes et sur certaines facultés cérébrales : il exige un coup d'œil sûr , une détermination rapide , contribue peut-être à donner à certains hommes un juste sentiment de leurs forces.
L'escrime convient aux jeunes gens , aux tempéraments lymphatiques , aux tempéraments sanguins , aux personnes dont les professions exigent une attitude dans laquelle le tronc est fléchi , la circu» lation pulmonaire gênée, comme les gens de bureau, les horlogers, etc. 11 est propre à dissiper l'excès d'embonpoint général , il ne doit pas être pratiqué quand la température est très-élevée, il ne doit jamais l'être immédiatement après les repas ; nous indiquons plus loin pour quel motif (Voy. Remarques relatives à l'emploi des différents exercices).
Les précautions à prendre dans la pratique de l'escrime sont les mêmes que pour les autres exercices actifs violents qui déterminent une grande exhalation cutanée. Certaines précautions sont cependant particulières à l'escrime , et ont pour but de mettre le tireur à l'abri de contusions trop fortes et de blessures. Ainsi , il n'est pas sans avantage d'être vêtu, quand on fait assaut, d'un gilet de buffle , et l'on doit toujours être muni d'un masque à mailles bien serrées et d'un gantelet bien rembourré.
7° De la vatatio!i. — 11 existe une multitude de façons de nager , et l'influence qu'exerce la natation sur le système musculaire , varie suivant le procédé dont on use.
Dans la natation sur le ventre, dite en brasse, il y a 1° extension , flexion , abduction et adduction des membres ; 2° dilatation presque soutenue de la poitrine , pour diminuer la mobilité du point d'attache des muscles qui s'insère aux parois élastiques de cette cavité , et rendre en même temps le corps spécifiquement plus léger ; 3° action constante des muscles postérieurs du cou , pour soulever la tête ( dont la pesanteur relative est très-considérable) , afin de donner à l'air une libre entrée dans les poumons.
Dans la natation sur le dos , l'action des membres thoraciques est
plus faible , puisque le nageur peut se soutenir sur l'eau sans leur secours. Les contractions musculaires se passent principalement dans les muscles des membres abdominaux et dans ceux de la partie antérieure du cou.
Dans le mode de nager sur le ventre , appelé la coupe , les membres thoraciques et abdominaux sont en action ; mais comme les premiers sortent alternativement de l'eau , il y a déploiement d'une plus grande somme de force musculaire. Aussi, ce mode de nager , ordinairement rais en usage quand il s'agit de parcourir avec rapidité un espace peu étendu , cause beaucoup plus de fatigue que les deux précédents , et surtout que le second.
Ce n'est pas la peur seule qui empêche l'homme de nager ; la natation est un art qu'il doit apprendre , mais à l'apprentissage duquel la peur peut , il est vrai , apporter obstacle.
La natation , considérée sous le point de vue des mouvements combinés qu'elle exige , est propre à donner une grande force musculaire ; mais les bons effets de la natation ne sont pas seulement le résultat de l'exercice que prennent les muscles , ils sont encore dus au milieu dans lequel ceux-ci se meuvent. Cependant il ne faudrait pas expliquer par la réaction seule qu'occasionne l'eau froide appliquée à la peau , les effets bien réellement fortifiants produits par la natation. Cette explication serait erronée : C'est principalement en effet dans des mouvements qui n'occasionnent aucune perte , à cause du milieu froid et dense dans lequel ils ont lieu , que sont dues , dans la natation, et l'augmentation considérable des forces générales et la sédation du système nerveux. L'effet tonique du bain froid sans mouvement ne serait que momentané, ou plutôt ce bain froid ne serait que stimulant, si l'on ne considérait que la réaction , puisque Sanctorius a prouvé qu'après le bain froid les corps transpirent davantage , et deviennent sensiblement plus légers.
On conçoit maintenant de quelle utilité la natation doit être, lorsque la température atmosphérique très-élèvée commande l'inaction , à cause des pertes excessives qu'entraîne le moindre mouvement. C'est alors qu'elle devient une ressource extrêmement précieuse , la seule même qu'on ait en son pouvoir , pour remédier à la faiblesse musculaire , relever l'énergie des fonctions nutritives , etc. Disons donc que la natation est un des exercices les plus avantageux qu'on puisse prendre en été ; qu'elle doit avoir lieu dans les eaux courantes et dans la mer , et qu'elle convient particulièrement à ces jeunes gens qu'un malheureux penchant entraîne à faire, aux plaisirs solitaires, le sacrifice de leur vigueur. Cet exercice , qui agit si puissamment sur les muscles et sur les poumons , et qui n'occasionne pas de pertes cuta-
nées, appliqué aux jeunes gens dont nous parlons, jouit de l'avantage de les fortifier sans les échauffer , sans exciter ceux de leurs organes qui sont trop irritables , comme le feraient des toniques internes les moins stimulants. Qu'on joigne à tout cela la distraction, l'appel dans les membres , des fluides qui étaient dirigés vers un autre système d'organes, l'espèce d'atrophie de ceux-ci, que cause un exercice aussi énergique , et l'on verra quel avantage on peut tirer de la natation, particulièrement dans le cas que je viens de spécifier.
Il est quelques précautions auxquelles on doit avoir égard quand on se livre à l'exercice de la natation. Ainsi , 1° il est prudent de ne pas se mettre à l'eau avant que la digestion ne soit entièrement achevée. 2° On ne doit jamais entrer dans l'eau pendant une transpiration quelque peu abondante qu'elle soit. 8° Les personnes douées d'un tempérament pléthorique et sujettes à des évacuations périodiques, telles que des hémorrhoïdes , ou bien à des éruptions cutanées , doivent s'abstenir de la natation lors de l'apparition de ces affections. Les personnes disposées à l'accident connu sous le nom de crampe, devront avoir égard au choix des lieux où elles se baignent , si elles ne sont assez exercées dans l'art de nager, pour varier leurs attitudes et pouvoir se passer momentanément du membre où survient la crampe. Elles peuvent encore user du nautil , ceinture imperméable qu'on peut remplir d'air à volonté, à l'aide de trois robinets communiquant avec trois compartiments séparés , suivant le modèle donné par la Société générale des naufrages ( voyez le Mémoire du 1er mai 1837, page 148). 4° H ne sera pas sans utilité pour les personnes délicates, surtout lorsqu'elles se disposent à plonger, de mettre dans leurs oreilles, avant d'entrer dans l'eau, du coton préalablement imprégné d'huile et fortement exprimé. Cette précaution peut épargner des affections de l'organe de l'audition. 5° Quand on se livre à la natation pendant les heures du jour où la chaleur du soleil se fait le plus vivement sentir, et qu'on a une épaisse chevelure , il est bon de la mouillera chaque instant. Si l'on n'a pas de cheveux, il faut s'entourer la tète d'un mouchoir et le mouiller souvent. Cette pratique peut préserver le nageur d'une phlegmasie de la peau du crâne ou même des méninges et du cerveau. L'heure de se livrer à la natation est le matin, avant le premier repas, c'est-à-dire de sept à huit heures. Le soir , on ne sèche qu'imparfaitement sa chevelure , et l'on contracte des coryzas.
8° De la lotte. — Cet exercice, pratiqué entre deux individus dans le but de se terrasser, réunit, à lui seul, les mouvements de préhension , de répulsion , de constriction , etc., etc. Les lutteurs , en effet, se saisissent corps à corps , se serrent de leurs bras entrelacés , s'e-
branlent par de fortes secousses , se raccourcissent , se soulèvent de terre, se plient en avant, en arrière et sur les côtés. Dans ces divers mouvements, les muscles du tronc et des membres sont à la fois dans une contraction forte et continue. Chaque fois que le lutteur se prépare à un effort violent, son inspiration est profonde , son expiration suspendue par l'occlusion de la glotte, afin que le thorax puisse présenter un point fixe d'attache aux muscles qui vont entrer en action, et que la force des muscles auxiliaires de la respiration , devenue inutile à l'accomplissement de cette fonction , puisse être employée en totalité dans les efforts de la lutte. Quand l'effort est terminé , la circulation et la respiration sont grandement accélérées.
Il résulte de ce qui vient d'être dit, que les hommes adonnés à un exercice aussi violent, ont bientôt acquis une force musculaire étonnante , quand les réparations sont en proportiou des pertes , et qu'il existe assez de sucs dans l'économie pour fournir au développement énorme des muscles et à cette grande dépense d'action. La lutte, qui, comme l'escrime, aiguillonne puissamment l'amour-propre par l'attrait d'une victoire due à la fois à la force et à l'adresse , est un fort bon moyen de soustraire les jeunes gens réunis dans les collèges, aux pernicieuses habitudes auxquelles ils ne s adonnent que trop souvent à l'époque de la puberté.
Cet exercice, en faisant refluer le sang des gros troncs veineux dans toutes les parties du corps , et surtout dans la tète , peut occasionner des congestions cérébrales et des ruptures de vaisseaux. Ces effets sont si rares, néanmoins, que je n'en ai pas à citer un seul exemple, quoique j'aie vu pratiquer bien souvent cet exercice. 11 peut aussi donner lieu à des fractures. On peut mettre les jeunes gens à l'abri de ces dangers en ne permettant la lutte que sur un terrain profondément sablé , et entre des antagonistes de forces à peu près égales. Cet exercice convient particulièrement aux tempéraments lymphatiques, et ne saurait être exécuté après le repas.
0° De la. phoiiacie, ou de l'exercice des ORGANES DR la voix. — En parlant des facultés cérébrales, nous avons dit que la nature a donné à certains animaux la faculté du langage, pour qu'ils puissent se communiquer leurs sentiments divers. Les organes dont nous allons examiner l'exercice, servent a cette communication ; en les développant et en les perfectionnant, l'homme ajoute aux moyens dont il est doué pour sa conservation.
On exerce les organes de la voix par la conversation, la lecture à haute voix, le chant et la déclamation»
Les effets primitifs des exercices de la voix en général se portent d'abord directement sur l'appareil vocal (larynx et dépendances ); et
à cause de la liaison intime qui existe entre la formation de la voix et l'accomplissement de la respiration , ils se portent aussi sur les organes respiratoires. La voix est rendue plus forte , plus sonore , plus étendue , plus flexible , par le jeu plus complet et plus répété des cordes vocales et des muscles intrinsèques du larynx ; la respiration est rendue plus libre, plus accomplie, plus grande, par les inspirations plus fréquentes et plus profondes , par les contractions plus répétées du diaphragme. Les effets secondaires des exercices dont nous traitons, se portent sur l'appareil digestif. Si ces exercices sont portés à un haut degré, leurs effets s'étendent à toutes les fonctions.
La conversation est l'exercice le plus modéré des organes nerveux. Assaisonné par la gaîté , il est le plus salutaire dont on puisse user après le repas et pendant le séjour des aliments dans l'estomac; il est aussi le plus avantageux dans les premiers moments de convalescence des maladies qui n'ont pas intéressé les organes vocaux et respiratoires.
La lecture à haute vois diffère un peu de l'action de parler. Cet exercice cependant ne procure pas, comme la conversation, des intervalles de repos; certains ouvrages, dont les périodes sont très-longues, ne laissent pas même au lecteur la faculté de renouveler assez fréquemment ses inspirations. Les effets de cet exercice sont donc un peu plus marqués que ceux du précédent.
Le chant exige plus d'efforts et de mouvements que les deux exercices précédents, et quoiqu'on ne puisse le pratiquer avec une grande perfection dans l'état de plénitude de l'estomac, parce qu'alors cet organe ne permet au diaphragme que des contractions imparfaites , le chant modéré n'en contribue pas moins cependant, après le repas, à l'accomplissement de la digestion.
La déclamation exerce encore à un plus haut degré que les précédents exercices, les organes de la voix et de la respiration : elle exige souvent des efforts violents qui peuvent devenir nuisibles. On ne peut et on ne doit s'y livrer que fort modérément quand on vient démanger, à cause de la diminution de capacité que la poitrine éprouve par la distension de l'estomac. La déclamation est, de tous les exercices vocaux, celui qui contribue le plus à rendre l'articulation facile et correcte , et à en corriger les vices.
Pour terminer maintenant ce qui a rapport aux exercices appartenant d'une manière spéciale aux organes de la voix, nous dirons qu'ils produisent à un haut degré sur les fonctions nutritives, tous les bons effets qu'on peut attendre des exercices modérés ; qu'ils paraissent très-convenables pour se reposer de la fatigue produite par les exercices violents, et très-propres à disposer, quand on vient de se livrer
à ces derniers, l'estomac à recevoir des aliments. Si les exercices des organes delà voix durent longtemps et avec quelques efforts, ils peuvent déterminer, chez les personnes qui présentent une grande irritabilité du système capillaire sanguin, la laryngite, la péripneumonie, l'hémoptysie, l'apoplexie, etc. C'est pourquoi Von doit s'en abstenir lorsque l'on a quelque disposition à ces affections.
Lorsqu'on se livre aux exercices de la voix , il faut avoir soin de dégager le cou, de tout ce qui peut le serrer : la voix perd la moitié de sa force et de son étendue si les organes où elle se forme sont comprimés et ne peuvent exécuter librement les divers mouvements dont ils deviennent le siège pendant toute espèce de phonation. Mais outre le défaut d'agrément , de force et d'harmonie de la voix , qui résulte toujours , et même nécessairement de la compression du cou pendant les exercices que nous venons d'examiner, il peut encore survenir, par l'effet de cette compression , les accidents les plus graves. La rupture des vaisseaux céphaliques ou thoraciques , une apoplexie foudroyante, peuvent frapper de*mort le chanteur ou déclamateur imprudent, qui , sacrifiant à notre mode absurde et dangereuse , et craignant de porter atteinte à l'arrangement de sa toilette, a négligé de prendre une précaution toujours utile et souvent indispensable aux individus pléthoriques.
Nous venons de dire que la déclamation est celui des exercices vocaux qui contribue le plus à rendre l'articulation facile et correcte, et à en corriger les vices. Celui qu'on connaît sous le non de bégaiement , semble exiger, pour sa guérison, que l'exercice des organes vocaux soit rendu plus difficile dans son exécution, par quelque entrave artificielle ; et de même qu'autrefois les hommes qui voulaient devenir d'habiles coureurs, s'exerçaient d'abord à la course avec des chaussures lourdes et des poids aux pieds , de même celui qui veut se délivrer du bégaiement parait devoir apporter à l'exercice de la parole, des obstacles, et exercer ses organes vocaux à les surmonter. Autrefois, dit-on , Démosthène remplissait sa bouche de petits cailloux, et s'exerçait, sur le rivage de la mer, à dominer par sa vois le mugissement des flots. Cependant les médecins qui , de nos jours , s'occupent du bégaiement, n'ont pas tous pour but unique d'augmenter les obstacles , mais bien encore de placer la langue dans chacune des positions qu'ils croient propre à opposer à chaque espèce de bégaiement. M. Itard laisse à demeure dans la bouche du bègue , une fourchette métallique à deux branches qui refoule fortement la langue on arrière, puis il le force à articuler une langue étrangère ; M. Arnolt fait parler les bègues sans leur permettre aucun repos entre les mots et les phrases ; madame veuve Leight , dont le procédé a été confié
à MM. Malbouche, exige du bègue qu'en parlant il relève le bout de la langue, et tienne la pointe constamment appliquée à la voûte palatine ; M. Golombat fait placer la pointe de ta langue au-dessous et en arrière de la voûte palatine, etc., etc. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces divers procédés, dont le plus accrédité, par 1 éloge qu'en font MM. Duméril et Magendie, a pour règle invariable et infaillible : d'articuler le plus nettement possible en détachant du palais la langue le moins possible»
10° EuaCICES PRATIQUÉS DANS LIS GYMNASES HO DEMIS. Les princi-
paux exercices spéciaux à ces gymnases , dont j'ai tracé l'histoire ailleurs (voyez Gymnastique médicale, page 211), sont :
1° Une série de mouvements dits élémentaires.
Pour les membres thoraciques, ce sont des mouvements de projection en avant et en arrière , d'élévation et d'abaissement alternatifs , de circumduction , etc.
Pour les membres abdominaux, ce sont des piaffer, espèce de sautillements sur place, exécutés de trois manières différentes , et dans lesquels la flexion de la cuisse sur le bassin, est telle , que les genoux frappent, à chaque mouvement, l'épaule située du côté correspondant.
Tous ces mouvements sont accompagnés de chants , et peuvent être rendus d'une difficulté croissante si Ton en augmente la vitesse. Ils sont exécutés à temps égaux, avec la plus grande simultanéité ; ils mettent dans une action modérée les muscles des membres thoraciques et ceux de la poitrine, les muscles des membres abdominaux et ceux de l'abdomen , et sont une sorte de prélude à des exercices plus compliqués.
2° Une série d'exercices dits du portique. On les appelle sans doute ainsi parce que les machines à l'aide desquelles on les exécute, sont fixées à une poutre transversale maintenue à dix-huit ou vingt pieds du sol par trois autres poutres verticales, construction qui simule un portique. Ces exercices consistent à monter au sommet d'une échelle par le revers , et sans appuyer les pieds; à s'élever au sommet d'une perche par l'action réunie des membres thoraciques et abdominaux ; *a monter l'échelle de corde mobile, à de minces câbles , également mobiles , à nœuds ou lisses ; à s'élever entre deux perches accrochées à des anneaux dans la partie supérieure, libres et mobiles en bas, sans prendre aucun appui pour les pieds , en se tenant alternativement d'une main à l'un des mâts, de l'autre main, à l'autre ; à passer, lorsqu'on est ainsi élevé, d'un lieu à un autre , au moyen d'une corde tendue horizontalement et par la seule action des bras, etc., etc. Ces exercices et quelques autres se résument, pour le physiologiste, dans
l'action de grimper à l'aide ou sans l'aide des pieds, et sont variés de -vingt manières différentes. Cette seconde série développe principalement les muscles du bras , de l'avant-bras , de l'épaule, et tous ceux qui, des parois de la poitrine , viennent s'insérer à l'humérus ou au scapulum; par exemple , les sterno- humerai , costo-scapulaire , scapulo-huméral , etc.
Il résulte de l'action forte de ces muscles une augmentation d'étendue des axes costal et sterno-costal de la poitrine, plus de vigueur et de liberté pour les poumons , plus d'amplitude pour l'acte respiratoire. Les autres résultats de ces exercices rentrent dans les effets généraux des exercices actifs.
Les exercices des gymnases ont , relativement à la régularité des formes, un inconvénient analogue à celui que nous avons reproché à l'escrime: ils sont trop partiels, trop exclusifs aux parties antérieures du corps. Il conviendrait de contre-balancer leur effet par d'autres exercices qui pussent mettre dans une action exclusive les muscles postérieurs du torse, et malheureusement , il faut bien le dire, si ce genre d'exercices se rencontre dans les gymnases modernes, il n'y est pas multiplié comme le précédent.
Les autres exercices pratiqués dans les gymnases, ne sont pas spéciaux à ces établissements ; ce sont la course , le saut , etc. : nous en avons traité précédemment.