CHAPITRE IL
DBS EXERCICES PASSIFS.
Les exercices passifs sont ceux dans lesquels notre corps , placé dans un réceptacle quelconque , est mû aveo ce réceptacle par une force étrangère, et n'est plus l'agent du mouvement qu'il éprouve.
\° Effets des exercices passifs.
Dans les exercices passifs, le mouvement n'a plus son point de départ dans le cerveau, puisque l'homme ne se meut plus; le cœur n'est plus ni influencé ni influençant , puisqu'il n'existe pins de contractions musculaires \ les effets des exercices passifs enfin ne peuvent plus être, comme ceux des exercices actifs , divisés en locaux et en généraux , puisque la totalité de l'économie reçoit d'une impulsion étrangère , des secousses auxquelles aucune partie ne peut plus se soustraire.
L'influence des exercices passifs sur les fonctions est bien différente
de celle des exercices actifs. La digestion, que nous avons vue troublée par les mouvements actifs un peu énergiques , ne Test plus par les mouvements imprimés ; ceux-ci pourtant , mais lorsqu'ils sont doux et uniformes plutôt que violents , déterminent, chez quelques personnes, des contractions antipéristaltiques de l'estomac. Mais ces contractions n'ont rien de commun avec les troubles produits par les exercices actifs : elles ont lieu dans l'état de vacuité comme dans l'état de plénitude de ce viscère.
L'absorption paraît augmentée par les exercices passifs , mais seulement à la surface des membranes muqueuses intestinales , et non dans le tissu lamine ux intermédiaire aux muscles. La circulation, la respiration, la calorification ne sont nullement dérangées.
11 en est de même des sécrétions intérieures ; et si celle du rein semble augmentée, c'est probablement parce qu'on ne compare l'état de cette sécrétion pendant l'exercice passif , qu'avec ce qu'elle est pendant le mouvement nécessité par les occupations ordinaires de la vie. Il en serait peut-être autrement si l'on comparait l'état de la sécrétion rénale et pendant les exercices passifs et pendant le repos complet , à l'air extérieur ; alors peut-être on verrait que pendant l'exercice passif, rorgauisme ayant à se débarrasser de ce qui lui est superflu, et n'ayant plus pour cet objet l'exhalation cutanée qui résulte de l'exercice actif, ne fait autre chose que de choisir, comme pendant l'inaction musculaire , le rein dont alors la fonction est en quelque sorte rendue supplémentaire de celle de la peau. Les exercices passifs paraissent avoir une action réelle sur la nutrition. Elle parait au moins favorisée par ces secousses qui se réfléchissent sur tous les points de la machine animale ; celles-ci semblent , en effet, en pénétrant les molécules les plus intimes des tissus , y donner entrée à une somme de vitalité, et y faciliter Tinte rcalation d'une quantité de matériaux nutritifs, qui n'y eussent point pénétré sans ce petit dérangement moléculaire et expansif du canevas de nos organes. Sans chercher d'ailleurs à expliquer comment et pourquoi cette fonction s'exécute avec plus d'énergie , et devient , pour ainsi dire , plus générale, il nous suffit de citer l'exemple des personnes qui voyagent habituellement en voiture, et y acquièrent une complexion plus riche et des organes dont les tissus sont beaucoup mieux nourris. Si, dans les exercices actifs, la nutrition est répartie de manière que, plus certaines parties sont exercées , plus elles acquièrent de prépondérance, relativement à d'autres qui perdent dans la proportion de ce que les premières gagnent en puissance ; dans les exercices passifs, où la distribution du mouvement a lieu d'une manière égale , c'est aussi dans la plus parfaite égalité qu'a lieu la nutrition. L'exhalation
graisseuse est augmentée par ce mode d'exercice. Quant à son influence sur les fonctions de relation, elle est toute négative.
2° Examen de quelques exercices passifs.
1° Pbogrbssior ik voitubb. — Cet exercice, prisa l'aide de voitures bien suspendues , ne transmet aucun choc à nos organes , et ne peut avoir une grande utilité comme moyen d'hygiène ; si la voiture est fermée , il devient nuisible. Pour qu'il procure des résultats véritablement avantageux, il doit être pris dans des voitures dont les ressorts ne soient que médiocrement élastiques , et dont les soupentes soient fortement tendues ; car si d'un côté la colonne du mouvement doit être assez rompue pour épargner les rudes commotions imprimées par la charrette, de l'autre , elle ne doit pas l'être assez pour annuler les légères secousses qui constituent précisément les avantages hygiéniques de l'exercice en voiture. Il convient aussi d'imprimer à la voiture un certain degré de vitesse, car les chocs sont d'autant plus répétés dans un temps donné , que les roues auront rencontré sur le sol plus d'éminences et d'enfoncements.
L'exercice de la voiture , donnant plus de vigueur à nos organes sans ajouter à l'activité de leurs fonctions , facilitant l'assimilation d'une plus grande quantité de matériaux sans occasionner de pertes, jouissant , en un mot, dans le degré le plus élevé , de tous les avantages départis aux exercices passifs, est très-favorable au rétablissement des convalescents qui ne peuvent encore prendre d'exercice actif, aux personnes affectées d'irritations chroniques, surtout de celles de l'estomac. Cet exercice peut être mis en usage avec beaucoup de succès par ces constitutions sèches, irritables, douées d'une trop grande activité sensitive, pourvu, je le répète encore , que leur délicatesse, contraire aux vues du médecin , ne leur fesse pas rejeter ce qu'il y a vraiment de salutaire dans cet exercice , parmi les bons effets duquel ondoit compter encore le renouvellement continuel de la masse d'air et la distraction qu'il procure.
Db la wavicatiow. — La navigation , considérée seulement comme mouvement imprimé, n'a pas sur l'économie un aussi grand effet que l'exercice delà voiture. Ce sont moins des secousses que des balancements qu'éprouve le navigateur. Quand ces balancements sont trèsprononcés, ils donnent lieu, chez certains individus, à des accidents connus sous le nom de mal de mer : ces accidents sont des nausées, des vomissements, accompagnés de sueurs froides, d'anxiété, et d'un abattement qu'il faut avoir éprouvé pour s'en faire une juste idée.
La navigation, considérée seulement comme exercice passif, n'est donc guère propre à développer, à perfectionner la constitution. Celle
des gens de mer , que nous voyons toujours si belle et si forte , ne tient pas au mouvement passif communiqué par le vaisseau , mais bien au genre d'exercice qu'ils prennent au milieu d'une atmosphère toujours pure, genre d'exercice qui porte son influence sur les bras, la poitrine , les lombes , etc. , et qui est si avantageux pour développer une santé robuste et de grandes forces musculaires; mais considérée sous le rapport de l'influence qu'elle exerce sur le cerveau et sur les poumons | la navigation a , même sur le passager inaotif, d'incontestables avantages : elle contribue au développement du courage , par l'habitude des dangers ; à la guérison de certaines monomanies , par les impressions multipliées et nouvelles auxquelles elle donne lieu chez le malade qui n'a jamais voyagé sur mer : la bruyante agitation des vagues , les cris des matelots , l'activité presque continuelle de l'équipage , les évolutions, les manœuvres qui se font à bord , le spectacle si imposant de l'immensité î voilà autant d'impressions qui transportent le navigateur dans un autre monde , et font diversion à la série d'idées fixes dont s'occupait le malade. Ces effets seront plus prononcés encore , si le calme de la navigation vient à être rompu par quelques orages : les commotions qui frappent alors le cerveau forcent le monomaniaque le plus profondément affecté, à s'arracher à l'objet qui le domine habituellement , pour donner son attention au spectacle terrible qui l'entoure. Qu'on joigne à ces impressions l'effet du mal de mer, perturbateur révulsif, puissant dans les affections mentales , et dans celles auxquelles ne participent ni l'estomac ni le foie.
La navigation modifierait bien plus puissamment encore l'organisme , si l'on pouvait faire partager au passager uue partie de l'exercice des matelots.
Enfin, la navigation agit sur l'économie par la voie des poumons en exposant ces organes à un air frais , pur , d'une température uniforme , mais non en les soumettant à l'action de certains corps de bitume , de soufre et d'iode , que Gilchrist et autres auteurs supposent gratuitement contenus dans les vapeurs de l'Océan.
On pourrait ajouter aux avantages de la navigation la facilité qu'elle offre d'atteindre plus rapidement les pays les plus favorables à la constitution des individus et à la guérison des affections auxquelles on a pour but de remédier.
La navigation doit être de courte durée , lorsqu'on y soumet un raonomaniaque ou un hypochondriaque; car les longues croisières déterminent quelquefois l'hypochondrie chez les officiers de marine.
Les inconvénients delà navigation sur mer sont le scorbut, maladie due à l'ennui et à (altération des aliments végétaux et animaux , ainsi qu'à celle de l'eau ; les affections gastro-hépatiques , causées , chez
quelques individus , parle mal de mer prolongé. On prévient la première de ces affections en relevant, pendant les trop longs calmes, le moral des marins par la musique , quelques jeux propres à éloigner l'ennui, etc., etc., en renouvelant les approvisionnements du vaisseau, en les conservant d'après divers procédés , qui seront indiqués plus loin (voyez l'article Aliments , â" Partie , 1" Section) ; enfin , en appliquant strictement les lois générales de l'hygiène à l'assainissement du bâtiment (voyez Renouvellement de Pair, 2« Partie, 2" Section). Quand l'habitude ne met pas à l'abri des récidives du mal de mer , on le diminue en se couchant dans les hamacs , parce que la position horizontale de ces lits suspendus ne varie guère dans les mouvements du vaisseau.
La crainte de la submersion prive quelquefois les personnes craintives , de l'avantage des promenades sur mer , pendant la saison des bains. Nous devons donc répéter ici que la ceinture dont il a été parlé à l'article Natation , met tout à fait à l'abri de la submersion , et dire aussi que , grâce à la philantrophie de la Société générale des naufrages , les moyens de sauvetage se multiplient chaque jour sur les principaux points des côtes de France.
Si la navigation sur les fleuves offre quelque avantage , c'est en soumettant l'organisme à l'action d'une atmosphère plus rafraîchie et plus renouvelée , et en procurant une distraction agréable. Du reste, les hommes qui naviguent par état sur les fleuves sont exposés aux affections causées par l'application du froid humide à la peau , telles que les rhumatismes , les catarrhes , etc.