CHAPITRE III
DBS EXERCICES MIXTES.
On range ces exercices , comme les précédents , dans l'hygiène de la locomotilité , parce qu'ils sont un moyen de progression à l'aide duquel l'homme supplée , non en totalité , comme dans les exercices passifs , mais en partie seulement , à l'exercice de ses muscles. Le» exercices mixtes sont donc ceux dans lesquels quelques parties de notre corps entrent d'elles-mêmes en action , quoiqu'il soit mû en totalité par une force étrangère. Ils se composent de deux ordres de mouvements : le premier est communiqué à l'individu par cette puissance étrangère ; le second a son principe dans l'individu même, et n'est le plus ordinairement exécuté que pour régler le premier.
EXERCICES MIXÎES. 239
Les effets de ces exercices ne seront autres que ceux des deux ordres précédents réunis.
De L'tQoiTàTiow. — L'équitation nous fournit l'exemple de ce que nous venons d'avancer : elle nous présente deux actes bien distincts : l'un , passif, par lequel l'homme , placé sur l'animal , reçoit , comme le ferait un corps privé de vie , la somme de mouvement que cet animal lui communique chaque fois qu'il se déplace ; l'autre, actif, en vertu duquel l'homme se maintient sur l'animal , se prête à ses mouvements ou les contrarie , et le dirige. Dans le premier cas , l'équitation communique à l'économie ou de légers ébranlements ou de violentes secousses , suivant l'allure du cheval et le terrain sur lequel il marche ; dans le second , l'équitation exige des contractions musculaires qui ont lieu dans la partie postérieure du tronc interne des cuisses , et de plus dans les bras et les jambes. L'homme qui s'est longtemps promené à cheval éprouve , après le repos qui suit sa promenade , de légères douleurs dépendantes des deux ordres de mouvements que nous avons assignés à cet exercice. Elles sont d'autant plus prononcées , qu'on a moins d'habitude de l'équitation , qu'on emploie trop de forces pour se maintenir à cheval , et que l'animal a l'allure plus dure.
Le mouvement général qu'imprime l'exercice modéré du cheval est un des moyens les plus propres à fortifier la presque universalité des organes du corps humain , et c'est cette propriété , tonique par excellence , qui le rend si avantageux aux personnes faibles , aux convalescents , surtout à ceux chez qui de longues maladies auraient occasionné une diminution générale des forces. Ce sont surtout les gens de lettres qui doivent pratiquer cet exercice : ils y trouveront un moyen propre à opposer aux dangers de leur genre de vie ; car la position qu'exige l'équitation et les mouvements qu'elle détermine, étant très -favorables à la libre expansion des poumons , détruisent avec efficacité l'effet nuisible delà position nécessitée parles travaux de cabinet. C'est pour cette raison qu'elle convient à toutes les personnes sédentaires, à celles surtout qui exercent un état dans lequel le tronc est habituellement courbé , comme les gens de bureau , les horlogers, les bijoutiers, etc., etc. Cet exercice est d'ailleurs l'un des plus propres à reposer le cerveau, puisque, sans fatiguer beaucoup les membres, sans consumer beaucoup d'influx nerveux , quand il est pris modérément et qu'on en a l'habitude , il apporte dans les mouvements vitaux qui se dirigent vers l'encéphale une diversion salutaire , mais trop peu considérable pour empêcher cet organe de reprendre bientôt avec la même énergie son action accoutumée.
L'équitation peut causer des hémorrhoïdes , si elle est immodérée ;
elle pourrait aussi donner lieu à des hématuries et déterminer des hernies, si le cheval avait l'allure trop dure (i). Nous avions, dans notre Gymnastique , traité avec de grands détails les effets qu'on attribue à l'équitation ; nous nous bornerons ici à dire qu'elle convient
aux personnes peu surchargées d'embonpoint et peu pléthoriques; que l'équitation au pas est la seule allure qu'on puisse se permettre immédiatement après le repas ; que cette allure est aussi venable aux personnes faibles ou atteintes de maladies chroniques, aux convalescents et aux vieillards ; que les allures qui sont les plus douces après celles-ci , sont l'amble , si le cheval y est dressé , ensuite le galop , qui ne fait éprouver au cavalier que d'agréables mouvements ondulatoires.
L'état de maigreur de quelques postillons ne peut prouver contre les avantages que nous avons assignés à l'équîtation , parce que ces hommes en font un usage immodéré , sont presque toujours soumis à l'allure la plus fatigante , le trot , passent une grande partie des nuits à cheval , et abusent des liqueurs spiritueuses.