REMARQUES RELATIVES A L'EMPLOI DES DIFFÉRENTS EXERCICES
De ce que nous avons avancé sur les trois classes d'exercices, on peut déduire , pour leur emploi, les règles suivantes :
1° Les exercices actifs doivent être dirigés de manière à entretenir la régularité de toutes les parties musculaires , à solliciter l'action de celles qui sont le moins développées. L'attention donnée à ce précepte est le moyen de prévenir ces déviations de la colonne vertébrale, si fréquentes chez les jeunes filles des grandes villes ; c'est aussi pour remédier à ces difformités , lorsqu'elles sont légères et indépendantes du mal de Pott , un moyen qui jouit de beaucoup d efficacité, ainsi que , dans ces derniers temps , l'a prouvé le premier M. Lachaise (de la Courbure de la colonne vertébrale; Paris , 1826).
2° Les exercices actifs doivent être proportionnés aux dépenses que peuvent faire les organes en faveur des actions musculaires, sans que ce détournement de matériaux épuise la source des forces nécessaires à l'intégrité des fonctions. « Il convient de n'employer la force active, disent Halle et M. Thillayc, qu'à mesure que la force matérielle se reproduit par les aliments et le repos , et d'en maintenir alors l'exer-
(i) Le bandage , connu sous le nom de suspensoir, à Paide duquel ou relète les testicules et les bourses dans lesquelles ils sont contenus , est d'une nécessité indispensable pour ceux qui, par plaisir ou par profession , montent fréquemment à cheval. (Noie de VÉdit. belge.)
cice extérieur dans des limites qui ne l'empêchant pas de suffire aussi aux fonctions intérieures , et surtout de concourir au succès de l'alimentation, à la perfection de laquelle elle est également nécessaire. » [Diclionn. des Sciences médicales.)
3° On doit procéder avec gradation aux exercices actifs ; on ne doit passer à ceux qui exigent un grand déploiement de forces, que lorsque l'habitude a naturalisé ceux qui en demandent un peu moins.
4° Les exercices passifs , mixtes , et actifs modérés , sont ceux qui conviennent au tempérament bilieux , caractérisé par la sécheresse et l'extrême rigidité de la fibre. Il doit faire usage d'un exercice modéré et soutenu, plutôt propre à régler qu'à accélérer la marche déjà très-rapide de ses fonctions.
Les exercices actifs conviennent à l'individu d'un tempérament lymphatique, naturellement engourdi, lent et paresseux: la chasse , la lutte, la course, les armes, en été comme en hiver, voilà les exercices dont il doit faire usage. Us donneront lieu au développement du système musculaire, qui , pour s'accroître , déterminera l'absorption de l'énorme quantité de sucs qui remplissent les vaisseaux blancs des personnes de ce tempérament. La force et la résistance de la fibre s'augmenteront à mesure que se dissipera cette pléthore graisseuse ou sérieuse qui rend les lymphatiques si impropres aux actes physiques et moraux.
L'individu doué du tempérament sanguin doit faire un usage constant des exercices actifs. Si la sa n gui fi cation est très-active , il peut , sans inconvénient, les porter jusqu'à la transpiration. C'est le meilleur moyen de dissiper, à l'avantage de la nutrition des muscles, l'excès de pléthore, la surabondance des sucs nutritifs, qui tourmentent les personnes de ce tempérament. Elles doivent s'abstenir des exercices qui demandent de grands efforts, à cause de la disposition qu'elles ont aux anévrysmes , aux hémorrhagies, aux congestions cérébrales. Les exercices passifs ne peuvent aucunement leur convenir.
Le tempérament appelé nerveux réclame les exercices les plus soutenus. La natation en été, les exercices des gymnases en hiver , donneront aux organes musculaires un surcroît de puissance et d'activité, en même temps qu'ils émousseront la sensibilité.
o° L'exercice doit varier selon les âges. La nature nous annonce , par l'extrême mobilité qu'elle imprime à l'enfant , le besoin pressant d'exercice actif que son organisation réclame. C'est la grande liberté de se mouvoir, accordée aux enfants des campagnes, qui leur donne en grande partie la forte constitution qni les distingue de ceux des villes. L'exercice qu'on fera prendre aux enfants qui ne peuvent se sou-
tenir sur leurs jambes ne doit pas consister à les suspendre , comme on en a la mauvaise habitude, par les aisselles, pour leur faire raboter la terre avec leurs pieds: tout cet attirail de lisières, au moyen duquel on a la ridicule prétention de les faire marcher avant le temps prescrit par la nature, comprime la poitrine , dont il diminue l'aie antéro-postérieur, soulève les épaules, gêne souvent le cours du sang dans les vaisseaux de l'aisselle, nuit à la respiration et à la circulation.
La déviation latérale du genou , celle de l'articulation de la jambe avec le pied, peuvent aussi être le résultat de l'empressement qu'on a de faire marcher les enfants avant que leurs membres abdominaux soient assez solides pour supporter le poids disproportionné que le tronc présente à cet âge.
L'enfant doit être promené souvent , surtout s'il est nourri à la ville ; mais on ne doit pas le tenir assis sur un seul avant-bras : cette manière de le porter expose à des déviations sa colonne vertébrale, qui est encore dans un état presque cartilagineux. La mère ou la nourrice doit donc porter sur ses deux bras et à demi couché l'enfant, de telle façon qu'elle puisse présenter un soutien égal à toutes les parties de sa faible colonne vertébrale. Elle ne doit pas abandonner à son propre poids la tête , dont le volume est si considérable relativement à tout le reste du corps ; car cet abandon pourrait occassionner des luxations et des accidents cérébraux. On peut encore faire prendre aux enfants l'exercice passif de la voiture , en fixant la corbeille qui leur sert délit, sur les deux essieux d'un charriot à quatre roues; mais c'est surtout le mouvement que les enfants se donnent d'euxmêmes qui leur devient le plus utile, parce que la célérité de leurs actes doit suivre la vivacité de leurs sensations.
L'exercice qui convient le mieux à l'enfant est celui qu'on lui laissera prendre sur une natte ou sur un vaste tapis étendu à terre; qu'il s'y agite tout nu , s'y exerce de lui-même en se tournant et retournant à sa fantaisie ; bientôt il trouvera des forces dans la série des efforts généralement répartis sur tous les muscles à l'aide desquels il se soulève et se redresse ; en peu de temps ses reins et ses membres acquerront de la souplesse et de l'agilité , si toutefois la nature seule est son guide et qu'on ne lui apprenne à marcher à l'aide d'aucune invention que ce soit. Que, dans ses premiers exercices l'enfant soit donc abandonné aux inspirations de son instinct ; point de maître pour la marche ni pour aucun autre mouvement; qu'on le laisse se traîner pendant quelques mois sur ses mains et ses pieds: cet exercice, le seul naturel à cet âge , est , par cela même , le plus salutaire et le plus propre à commencer le développement de belles formes; il ouvre la poitrine, met simultanément en action et fortifie la presque
totalité des muscles du corps. L'enfant , après l'avoir quelque temps pratiqué , se dresse sur ses pieds, retombe sur ses mains, se redresse et retombe de nouveau ; puis , après avoir répété pendant quelques jours ces essais, se hasarde à parcourir debout une petite distance. D'abord il le fait par amusement ou pour se faire remarquer, et lorsqu'il est pressé , il prend sa course à l'aide des mains et des pieds ; mais après quelques semaines , il renonce à ce dernier mode de progression, et se livre sans retour à l'exercice de la marche. L'enfant qui a lui-même appris ainsi à marcher, court bientôt sur la terre ou sur le pavé , sur un terrain droit ou incliné , uni ou raboteux, sans qu'il en résulte jamais pour lui le moindre accident. S'il perd le centre de gravité, il se laisse tomber sur ses mains ou sur ses fesses ; il parait même souvent le faire dans l'intention de se reposer. Par cette adresse naturellement et spontanément acquise, il arrive à l'âge de deux ans , sans avoir jamais éprouvé ces contusions et autres petits accidents qui causent tant de pleurs à la première enfance. Au contraire, l'enfant auquel on a appris à marcher à l'aide de lisières ou de tout autre artifice, contracte l'habitude d'une pernicieuse sécurité; tombe comme une masse inerte, lorsqu'il est abandonné à lui-même, et, si vous ne voulez le voir toujours meurtri de contusions et baigné de pleurs, il vous faudra annuler les résultats du mauvais moyen que vous avez employé, par un autre qui n'est guère moins mauvais, l'usage d'un bourrelet sur la tête. Arrivé à trois ans, l'enfant commence à s'exercer à l'aide de sa brouette et de ses jouets, qu'il porte ou traine d'un lieu à un autre ; puis vient l'époque des exercices de la balle, du cerceau, etc. ; enfin ceux des gymnases, de la natation, etc.
Les exercices actifs sont utiles , dans l'adolescence, pour attirer dans les membres ces principes vivifiants qui souvent se dirigent avec trop d'activité vers les organes reproducteurs et respiratoires. Lorsque l'accroissement est extrême et accompagné de faiblesse, c'est servir les intentions de la nature, que de supprimer les exercices trop violents et de ne permettre que ceux qui sont nécessaires pour faciliter l'assimilation des matériaux nutritifs. L'accroissement rapide du corps peut, par la débilité musculaire qui en est le résultat, donner lieu à des déformations nombreuses. On doit donc , à cette époque, surveiller les exercices et les attitudes que prend l'adolescent.
Dans l'âge adulte, l'exercice offre l'avantage de distribuer dans les membres ces principes vitaux que nos pernicieuses habitudes concentrent continuellement sur les organes abdominaux ou sur l'encéphale.
Enfin, dans la vieillesse, l'exercice délivre les principales fonctions, de ce sentiment de gène dont elles sont accompagnées, et prévient souvent les raptus mortels qui se font à cet âge, sur le cerveau.
6° Les exercices doiveut varier suivant le sexe ; mais ce serait une erreur préjudiciable , de croire que la femme ne doit être soumise qu'aux exercices passifs. Ses occupations , trop sédentaires , lui imposent , au contraire , plus encore qu'à l'homme la nécessité de se livrer aux exercices actifs. Ceux-ci seulement doivent être plus modérés chez la première que che* le dernier. Elle fera, avec avantage, usage de ceux qui mettent en action les muscles thoraciques, que sou genre de vie lui donne trop peu d'occasions d'exercer. Le jeu de volant ( voyez cet article dans notre Gymnastique ) réunira, surtout pour elle , un grand nombre d'avantages.
7° Relativement aux moments les plus convenables à l'exercice , on peut avancer ce qui suit : les exercices actifs tels que les armes, le saut , la lutte , etc. , ne doivent être pris que lorsque la digestion est achevée, parce que l'organisation ne peut convenablement accomplir plusieurs actes à la fois. L'exercice très-modéré, comme la promenade à pied ou en voiture, celle à cheval au petit pas , la lecture à haute voix ( pourvu que l'ouvrage qu'on lit soit gai , et n'exige aucune contention d'esprit) , le volant, etc. , peut être mis en usage immédiatement après le repas ; cependant, il n'est ni naturel, ni utile aux personnes qui jouissent d'une santé parfaite, et font un usage habituel des exercices du corps, de se livrer à ces mêmes exercices, quelque modérés qu'ils puissent être, dans la vue d'aider l'accomplissement d'aucune espèce de fonction de la vie organique. L'indispensable nécessité du mouvement , pour faciliter l'action des organes digestifs, est une preuve, ou du mauvais état de ces organes , ou d'une vie habituellement trop sédentaire hors le temps de leurs fonctions. Cette vie sédentaire n'occasionne en effet aucun besoin dans les organes de relation j ceux-ci exigent moins de matériaux des or* ganes de la vie intérieure , et ces derniers , par cette raison même, deviennent plus paresseux. Si les médecins prescrivent aux personnes livrées aux travaux de cabinet , une promenade , ou quelque autre exercice modéré après le repas , c'est parce qu'ils pensent , et avec raison , que les fonctions gastriques sont loin d être aussi dérangées par ces mouvements doux , qu'elles le seraient par l'exercice des facultés intellectuelles. Si la même prescription est faite aux personnes qui n'exercent pas leur cerveau , et qu'elle leur soit Avantageuse , ce résultat vient de ce qu elles languissent trop habituellement dans un pernicieux repos, dont l'effet se trouve alors en partie neutralisé par l'exercice, bien qu'il ne soit pas pris en temps convenable.
8° Les repas ne doivent jamais suivre immédiatement les exercices très- violents. La stimulation toujours durable que ceux-ci déterminent dans l'économie, pervertit l'ordre des mouvements vitaux , et enlève
momentanément à l'estomac les forces nécessaires à la fonction qu'il doit remplir. Il faut donner le temps aux phénomènes produits de rentrer dans Tordre naturel, et attendre que l'équilibre soit parfaitement rétabli, sans quoi les aliments placés dans l'estomac n'y pourraient de suite subir l'altération convenable.
9° Il faut faire précéder de l'excrétion des matières alvines, des mucosités nasales ou pulmonaires , les exercices actifs auxquels on va se livrer. Quand ces exercices exigent des mouvements violents et variés , on doit se couvrir de vêtements légers , à moins que l'on n'ait en vue de provoquer la sueur pour obtenir une révulsion. Ces vêtements doivent être larges , exempts de tous ces liens qui nuisent à l'action musculaire, à la circulation du sang veineux, et s'opposent au libre développement des cavités thoraciques et abdominales.
10. Lorsqu'après les exercices violents, les vaisseaux exhalants de la peau sont devenus le siège d'un mouvement fluxionnaire, et que la sueur ruisselle de toute la surface du corps , il faut prendre garde d'arrêter subitement ce travail: l'économie en a besoin pour se débarrasser du calorique excédant , et si son interruption brusque venait à avoir lieu, le mouvement fébrile occasionné par l'exercice, ne trouvant plus , dans les exhalants cutanés , de voie à une crise salutaire, pourrait porter le trouble sur les viscères, et y donner naissance à la fluxion qu'il venait de déterminer à la peau. Alors seraient affectés de préférence les organes qui, à raison du tempérament, ou de quelque autre cause prédisposante , seraient le plus disposés à l'irritation. Pour obvier à cet inconvénient , et donner le temps à la fluxion dont nous parlons de diminuer graduellement et de ne cesser que quand le but de la nature sera atteint , il faut tout simplement se couvrir de ses vêtements , s'ils ont été quittés pendant l'exercice , ou bien en changer, si on les a conservés pendant celui-ci, et qu'ils aient été imprégnés de sueur.
Avant de terminer ce qui a rapport à l'appareil locomoteur , indiquons d'une manière générale le parti qu'on peut tirer de l'exercice, soit comme moyen d'aider le traitement des affections de nos organes, soit comme moyen de remédier aux difformités.
L'exercice musculaire, considéré thérapeutiquement, peut remplir un grand nombre d'indications qui sont différentes et même opposées, suivant l'espèce d'exercice qu'on emploie et la mesure dans laquelle on en use. Actif, passif ou mixte , pris eu plein air avec modération et gradation, il agit comme excitant et tonique dans les divers états morbides caractérisés par la prédominance lymphatique, la décoloration des tissus et la faiblesse de l'organisme, lorsque celle-ci est directe et ne dépend point d'une irritation viscérale. L'exercice agit de la même
manière dans les cas de paralysie incomplète et d'atrophie; c'est enfin comme excitant général et même local qu'il rétablit la menstruation.
Dans un grand nombre de cas, les exercices actifs agissent comme de puissants révulsifs ; ils sont le moyen le plus énergique et presque le seul que Ton puisse employer dans les nombreuses affections que l'on désigne sous le nom de névroses. C'est encore révulsivement qu'ils agissent lorsqu'ils tarissent la source des affections catarrhales, chroniques , leucorrhées , bronchites , diarrhées , etc. D'après les relevés comparatifs du nombre de phthisiques existant dans les professions qui réclament un exercice actif et dans les professions sédentaires, on peut regarder comme probable que les exercices actifs combattent la prédisposition à la phthisie. Quand on les emploie dans ce but, il est clair que Ton doit choisir ceux que nous avons désignés comme propres à étendre les divers axes de la poitrine. On peut aussi user de î'équitation dans le même but.
Dans quelques inflammations aiguës, l'exercice musculaire peut agir efficacement , s'il est suivi d'une exhalation cutanée assez abondante pour produire une grande révulsion. J'ai vu plusieurs fois disparaître entièrement , dans une heure, un coryxa très-intense , sous l'influence d'un exercice asseï violent pour faire ruisseler In sueur de toute la surface du corps.
Dans les inflammations qui enchaînent l'action d'organes importants, et peuvent être aggravées par l'exercice , on éprouve d'ordinaire une sensation de répugnance pour toute espèce de mouvement, et cette répugnance doit être écoutée comme doivent l'être toutes les inspirations de l'organisme clairement exprimées.
L'exercice est un puissant moyen de remédier à l'altération des formes extérieures ; dans ce cas , il agit évidemment comme fortifiant général et spécial : général , en développant les forces musculaires et accroissant l'énergie des viscères , comme nous l'avons démontré précédemment; spécial , en faisant disparaître la faiblesse relative des parties qui entrent comme élément dans la cause de la difformité, en produisant des attitudes favorables au redressement de ces difformités, en restaurant, en un mot, simultanément la force et la forme. Le mode d'action général constitue la gymnastique proprement dite , telle qu'elle est pratiquée dans le vaste gymnase fondé par M. Amoros, dans les gymnases des collèges et des casernes de sapeurs-pompiers. Le mode d'action spécial est la véritable gymnastique orthopédique qu'on trouve appliquée avec les lumières réunies de la physiologie et de la mécanique dans beaucoup de maisons orthopédiques, à la tête desquelles est désormais placé, par la sanction récente de l'Institut , le magnifique établissement de la Muette.
Dan» la cure de l'altération des formes extérieures, l'exercice peut quelquefois réussir seul; d'autres fois il doit être secondé parles moyens mécaniques , ou seconder ces moyens. Dans tous les cas , il est indispensable , et jamais il n'y a redressement parfait et durable par les seuls moyens mécaniques»
Lorsqu'une déviation de l'épine est légère, reconnaît pour cause le relâchement des ligaments, la faiblesse . et la paralysie incomplète des muscles situés du côté opposé à l'inclinaison, et, au contraire, la prédominance, le raccourcissement, l'état spasmodique, la rétraction, par une cicatrice extensible, des muscles situés du côté de l'inclinaison, ou bien encore le poids des parties inclinées, trop considérable relativement aux forces de l'individu , on peut , jusqu'à un certain point , replacer les parties dans leur état régulier , par la seule influence de l'exercice des muscles opposés à l'inclinaison. Exemple : la natation dite en brasse suffit pour redonner aux muscles postérieurs du cou la force dont ils ont besoin pour redresser la tête, chez les sujets qui la portent habituellement inclinée du côté de la poitrine. Un moyen mécanique , le redressement de la tête à l'aide d'une lanière de cuir fixée au dos par son extrémité inférieure, produirait un effet •dut opposé , augmenterait l'inclinaison, par la raison que , remplis- * sant les fonctions des muscles, il faciliterait leur repos et l'accroissement de leur faiblesse.
Lorsqu'une déviàtion est considérable, lorsque les rapports articulaires sont chargés, lorsqu'à la suite de cette déviation il s'en est formé une seconde en sens contraire pour le rétablissement de l'équilibre; on ne peut plus, comme dans le cas précédent, agir simplement par voie d'antagonisme ; il n'y a plus possibilité de mettre en action des muscles antagonistes aux forces qui ont opéré la première déviation, d'abord parce qu'ils sont trop faibles, ensuite parce qu'en supposant même qu'ils ne le fussent pas, leur action sur des parties fortement incurvées n'est plus comparable à celle que les muscles exercent sur des parties bien conformées, pour en opérer la courbure : les éléments du problème sont tout à fait changés, et les effets de la contraction musculaire seraient , non de redresser , mais de produire de nouvelles courbures ; car, pendant la station, ainsi que le dit fort judicieusement M. Bouvier ( Dict. de mèd. pratique), et comme l'avait démontré M. Lachaise [Nouvelles preuves des avantages de la gy mnastique, dans le traité des Difformités de la taille, 1828 ), la contraction de ces muscles (ceux du tronc, situés du côté convexe de la courbure) n'aurait d'autre effet que de fléchir les articulations placées au-dessus ou au-dessous des parties déviées, et beaucoup plus disposées que cellesci à céder à leur action. Dans l'impossibilité donc de tenter le redres-
sèment par la simple action des muscles opposés à ceux de déviation, on a recours à des mouvements pratiqués dans des conditions toutes spéciales, et pendant lesquels les parties incurvées doivent être soustraites à la pression exercée par les parties situées au-dessus d'elles. On remplit , jusqu'à certain point , cette double indication, soit au moyen de la suspension par les bras , soit au moyen de mouvements qui, exécutés tandis que le corps est dans la position horizontale , sont propres à éloigner l'une de l'autre les deux extrémités de l'incurvation.
Voici comment M. Duval, l'orthopédiste des hôpitaux, emploie la suspension par les bras : dans le cas de déviations latérales de l'épine dont la concavité ne présente pas encore une profondeur de six lignes, • il faut, dit ce praticien, exercer les enfants deux fois par jour, une grande demi-heure chaque fois , à monter sur la concavité d'une échelle située obliquement. Quand les jeunes malades commencent à* se livrer à cet utile exercice , ils doivent se servir tout à la fois de leurs deux mains et de leurs pieds, mais toujours employer la main du côté de la petite épaule, c'est-à-dire du côté concave, pour saisir l'échelon supérieur; la main du côté de la convexité doit toujours être placée un échelon ou deux au-dessous de l'autre. Quand le malade est arrivé au haut de l'échelle, les pieds doivent abandonner celle-ci, et le malade en descendre avec les mains seulement. La main du côté de la convexité , à son tour, doit descendre la première, de manière à ce que les muscles du côté de la petite épaule exercent une action beaucoup plus forte que ceux du côté opposé. » (Aperçu sur les principales difformités, page 97.)
Les exercices doivent être aidés par des moyens mécaniques, toutes les fois qu'on ne peut obtenir autrement l'équilibre entre les puissances qui déterminent les mouvements.
Employée sans l'exercice dans les cas curables, les moyens mécaniques n'ont, sur le redressement des difformités, qu'une action qui ne s'étend guère au delà de leur emploi. M. Pravaz, qui a parfaitement fait la part de la gymnastique et celle de la mécanique, dans le traitement des difformités, énonce en ces termes le problème de l'orthomorphie : u Combiner simultanément avec l'action mécanique d'une force prise hors du sujet et destinée à opérer le rétablissement des leviers solides, dans leurs rapports naturels et réciproques, l'influence physiologique du mouvement spontané. »
Ne terminons pas ces applications générales de l'exercice à la thérapeutique des difformités , sans mentionner spécialement , à cause de sa simplicité, le procédé conseillé par Dupuytren pour remédier à la dépression congénitale latérale de la poitrine , difformité dange-
reuse observée cheï les enfants lymphatiques , qui fait perdre aux diamètres latéraux delà poitrine un tiers et quelquefois la moitié de leur étendue , produit la brièveté de la respiration et de la voix , un état d'angoisse et d'anxiété inexprimable , et plusieurs autres accidents mentionnés par le célèbre chirurgien (Répertoire général d'Anatomie, 1828). Les exercices qu'il conseille ont pour but et pour résultat de soulever les parois de la poitrine , de les écarter , de les porter en dehors , et de les ramener enfin à leur conformation naturelle. Ces exercices consistent à soulever pendant plusieurs heures par jour, à l'aide des mains et des bras, un poids suspendu à une corde passant à travers deux poulies , une de suspension , l'autre de renvoi : l'extrémité de la corde destinée à être saisie doit être attachée au milieu d'un levier que saisissent les deux mains ; l'autre extrémité doit soutenir un poids proportionné à la force de l'individu qu'on ▼eut exercer. Cet individu , placé debout , élevé même sur la pointe des pieds pour atteindre le levier placé à l'extrémité de la corde . doit le saisir avec ses deux mains , et , employant l'effort des muscles des avant-bras , des bras , du col et de la poitrine , pour fléchir tout à la ibis la tète , la poitrine et le corps , et les incliner vers le sol , il doit faire élever le poids suspendu à l'autre extrémité de la corde, et employer alternativement les muscles fléchisseurs à relever le poids , et les muscles extenseurs à redresser le corps. Dupuytren joint à ce moyen les pressions , à l'aide de la paume de la main , sur le point le plus saillant du sternum , tandis que Tentant a le dos appuyé contre un mur* Ces pressions ont lieu pendant le temps de l'èxpiration , sont suspendues pendant celui de l'inspiration , sont continuées chaque fois pendant plusieurs minutes et répétées dix et cent fois par jour , si c'est possible (i). Dupuytren dit avoir obtenu, par ces moyens , une amélioration marquée au bout de six mois , et la disparition complète de la difformité au bout de deux ans. ( Voir le Mémoire sur la Dépression congénitale latérale, par Dupuytren, Archivez, tome xvi , page 556, avril 1828.)
TROISIÈME SECTION
En traitant de l'hygiène des différents organes de relation , nous avons tenu compte du repos isolé de chacun d'eux; ici nous devons
(i) II est permis de constater Futilité de ces pressions , et il pourra paraître surprenant qu'un homme comme Dupuytren les oit conseillées.
examiner les effets du repos général et simultané de tous ou de pres^ que tous ces organes. Quand ce repos simultané des organes de relation est complet , c'est-à-dire frappe tous les organes de relation sans exception, il y a sommeil complet; quand au contraire, il y a persistance de quelques fonctions de relation , production de quelques actes intellectuels, en un mot, éveil de quelques organes, il peut encore y avoir sommeil , mais sommeil incomplet, sommeil accompagné de rêves.