BOUCHE, DENTS, ETC
syphilis traitée par le mercure , les dents sont quelquefois , dans le premier cas, noircies vers le collet ; dans le second , vacillantes ; elles doivent donc être l'objet de soins tout particuliers.
Il faut prendre l'attention de porter la brosse jusque derrière les dernières molaires , et ne pas se borner , comme on le fait souvent , à agir sur les dents de devant. « On doit même la porter suivant la longueur des dents , parce qu'alors les soies de la brosse sont comme autant de petits cure-dents qui se glissent entre les dents et enlèvent jusqu'à la dernière trace du limon , tandis qu'en dirigeant la brosse de droite à gauche, elle ne passe que sur les parties les plus saillantes de l'arcade dentaire , et , de plus , détache cette pointe conique des gencives , qui sépare les dents , y est adhérente, et en forme la solidité et l'ornement. » (Dentiste de la Jeûneuse, page 104.)
Si , malgré les précautions indiquées , il s'est formé sur les dents , des concrétions , il ne faut pas négliger de les faire enlever , car elles occasionnent un suintement purulent des gencives , détachent des dents la membrane gengivale, en s insinuant sous celle-ci, déchaussent les dents , causent la puanteur de la bouche , et souvent des accidents plus graves , tels que des ulcères des gencives.
Les différentes poudres et opiats qu'on emploie pour conserver la blancheur des dents , sont inutiles et doivent être bannis du domaine de T hygiène : ces préparations , en augmentant la blancheur des dents , agissent presque toujours sur leur tissu jîar une espèce de combinaison chimique ; elles sont alors nuisibles , et le sont d'autant plus qu'elles sont plus acides. L'oseille ou le citron , dont se servent quelques personnes, ne sont pas exempts de cet inconvénient. Ils produisent une sensation désagréables qu'on appelle agacement des dente y pendant laquelle elles glissent moins aisément les unes sur les autres , parce que l'acide enlève le poli de l'émail , corrode cette substance , rend plus âpre sa surface. Si donc l'oseille blanchit les dents en enlevant le limon jaune qui en ternit la blancheur, elle n'enlève pas ce limon tout seul , elle agit aussi sur l'émail , en diminue peu à peu l'épaisseur , rend la dent plus sensible au froid et finit par la gâter sans ressource.
« Tous les acides, dit M. Duval , ont la propriété de prêter de la blancheur aux dents , comme l'eau-forte l'imprime sur le marbre de couleur , c est-à-dire en détruisant son poli et sa solidité Les acides , en faisant perdre le poli des dents , finissent par leur donner une teinte noire. Le dentiste anglais Berdmore dit que , dans l'espace d'une heure , il a usé la plus grande partie de l'émail d'une dent , en la frottant avec une brosse mouillée et chargée de poudre dentifrice. » (Ouvr. cité.) Si pourtant on veut blanchir des dents noircies
par l'usage de la pipe ou toute autre cause , on peut user d'une poudre de charbon bien fine , bien tamisée , ou de pierre-ponce , lavée, porphyriséc, qu'on a l'habitude de teindre en rouge avec une pincée de laque ou de carmin. On appliquera l'une ou l'autre de ces poudres avec une brosse molle ou avec le doigt. Ce dentifrice , qui n'agit que par le frottement , est innocent , lorsqu'il est assez fin pour ne pas rayer les dents.
M. Donné , auquel la science est redevable d'une Histoire complète de la satire , et qui poursuit ses recherches sur tous les fluides organiques , propose les poudres dentifrices alcalines , dans les cas où les dents s'altèrent par le contact des sécrétions acides de la bouche ou de l'estomac.
On doit éviter , pour conserver les dents , l'abus des liqueurs fermentées , des assaisonnements salins } rejeter cet usage absurde qui prescrit de boire , après un potage souvent brûlant , un verre de vin, que, dans les contrées méridionales, on sert souvent à la glace, comme pour ajouter encore à l'effet pernicieux qu'il doit produire.
Nous verrons (Section des organes sécréteurs ) quelle influence ont sur les dents , diverses sécrétions , la transpiration surtout , jouet des vicissitudes atmosphériques et des modes , c'est-à-dire du costume , de la mauvaise habitude ou de porter alternativement la barbe trèslongue ou de se raser. Dans le même article, nous parlerons des cheveux , vêtement si'précieux auquel on fait subir tant de modifications dangereuses, sans faire attention à ce que, outre l'abri qu'ils donnent au cerveau par leur masse, ils sont le siège d'une sécrétion grasse, huileuse, qui leur est commune avec celle de la laine , des poils et des plumes des animaux, sorte d'onction naturelle , rempart puissant contre l'humidité et contre les variations brusques de l'atmosphère.
L'habitude de fumer avec quelque instrument que ce soit , noircit les dents , et comme en fumant Ton boit souvent des liquides froids, qui forment un contraste avec la chaleur que contient la fumée , il doit en résulter les inconvénients produits par le froid qui succède instantanément à la chaleur.
L'usage journalier d'une pipe de terre use , à la longue , les dente sur lesquelles appuie le tuyau, les incisives latérales droites supérieures et inférieures , souvent les quatre à la fois. L'usage de ces pipes de terre dont le tuyau court permet au fourneau de toucher aux lèvres {brille-gueule) peut déterminer l'engorgement des gencives , et , par suite , l'ébranlement des dents ; la proximité du fourneau fait fendre leur émail. L'oukas des Turcs , dans lequel la fumée traverse une sorte de bain-marie et parcourt un tuyau de dix à douze pieds avant d'arriver à la bouche , enlève à la fumée son calorique , la dé-
pouille de sa mordacité , sans exiger plus d'efforts d'aspiration que les pipes de nos contrées. Les longs tuyaux de jasmin , de lilas et d'érable , dont on fait généralement usage en Pologne et en Prusse , jouissent du même avantage. L'extrémité qu'on place dons la bouche est surmontée d'un tuyau d'ambre ou de plume à écrire. Cette dernière addition ,. si simple , est pour les dents la plus convenable , parce que la plume est souple et peut être renouvelée à volonté.
Le cigare, qui, comme on le sait, consiste en des feuilles de tabac roulées sur elles-mêmes, est exclusivement à la mode aujourd'hui chez les gens riches. Fait avec le tabac commun, il commence, dans les classes du peuple , à remplacer la pipe ; il n'use point les dents et n'a que les effets communs au tabac fumé. Ces effets, chez celui qui n'en a pas encore contracté l'habitude, sont une abondante salivation promptement suivie de phénomènes tout à fait analogues à ceux de l'ivresse: malaise, faiblesse, vertiges, mal de tête, décoloration complète de la face, sueur froide, impossibilité de se tenir sur ses jambes, anéantissement complet; envies de vomir , vomissements et quelquefois évacuations alvines ; disparition de ces accidents et retour à l'état normal après une heure, plus ou moins. Ces phénomènes, à l'exception de la salivation , ne se manifestent plus chez les personnes qui ont l'habitude de fumer: chez beaucoup d'entre elles les glandes salivaires cessent d'être impressionnables à l'action du tabac, et il n'y a réellement guère plus de salive sécrétée chez elles pendant qu'elles fument, que dans tout autre instant.
L'habitude de mâcher du tabac n'agit pas sur les dents ; mais cette habitude, comme celle de fumer, en excitant continuellement les glandes salivaires , rend , indépendamment des pertes inutiles de salive qu'elle occasionne hors le temps de la mastication , ces glandes moins impressionnables, moins sensibles à l'action stimulante des aliments, qui pourtant, comme on le sait, doivent être imprégnés de salive pour être bien digérés.
L'abus de la pipe peut contribuer à l'amaigrissement, déterminer l'irritation des poumons, de l'estomac et des intestins , produire des congestions cérébrales chez les personnes qui ne sont pas habituées à fumer. La pipe a l'avantage de chasser l'ennui et d'agir un peu comme narcotique. L'homme qui se crée le besoin de fumer s'expose à l'inconvénient que causent toutes les habitudes, à une grande privation, s'il ne peut le satisfaire.
L'hygiène doit s'occuper de rendre la sortie des premières dents le moins pénible, possible , car la souffrance que cause l'éruption dentaire détermine souvent des accidents. On appliquera donc des topiques émollients sur la gencive pour en faciliter la déchirure; mais
en même temps il faudra distraire fortement l'attention de l'enfant par tout les amusements possibles, afin que l'impression douloureuse qui frappe la mâchoire soit moins perçue par le cerveau. . L'hygiène doit s'occuper aussi de diriger la seconde dentition. 11 peut être quelquefois utile d'enlever une dent infantile qui ne s ébranle pas, pour faire place à une dent de seconde dentition. Il faut attendre que cette dernière annonce sa sortie par un engorgement douloureux et qu'il y ait nécessité , car la nature conserve quelquefois les dents de lait, sans donner celles de remplacement. D'autres fois on extrait les dents voisines d'une dent secondaire dont la trop grande dimension empêche la sortie. Cette opération doit être faite avec beaucoup de réserve, car il peut arriver qu'en arrachant les dents voisines d'une dent secondaire qu'on veut mettre à l'aise, on donne à celle-ci , pour se jeter de côté, une facilité qu'elle n'avait pas tant que les dents voisines existaient. Lorsqu'on se détermine à pratiquer cette opération, il faut attendre que la dent qui pousse montre la moitié de la longueur de la couronne.
« Il faut , dit M. Duval , examiner souvent la bouche des enfants, depuis six ans jusqu'à quatorze ans, pour s'assurer si quelques dents ne prennent point une direction oblique, ne s'entrecroisent point, ne tournent point de manière à présenter un de leurs cotés, ne soulèvent point la lèvre Quelquefois il peut être nécessaire de sacrifier une ou plusieurs dents de remplacement. Dans cette fâcheuse nêcessité( on aura soin de conserver celles qui sont le plus en évidence.... Quelquefois c'est l'incisive du milieu de la mâchoire inférieure oui est en avant, alors il faut l'extraire; tout comme il convient de la sacrifier, quoique bien rangée, lorsque c'est une incisive latérale qui se trouve en avant ou en arrière , parce que , étant la plus longue et la plus forte , celle-ci remplit le vide : à la mâchoire supérieure, on conserve celles du milieu, de préférence aux incisives latérales. Celle» qui le plus souvent sont hors de rang , sont les canines supérieures et inférieures. La difformité qui résulte de cette déviation semblerait devoir promptement déterminer à leur extraction, si, en raison de ce qu'elles sont moins susceptibles de se carier que les petit es molaires qui les touchent, on ne devait plutôt faire le sacrifice de ces dernières et conserver les canines, qui, en même temps, sont les plus visibles quand on rit ou qu'on parle. » ( Ouvr. cité , pag. 81 et 82.)
« Ce n'est point assez, dit M. Duval, que les dents soient bien rangées les unes à côté des autres, il faut encore que celles de la mâchoire supérieure soient avec leurs opposites , dans un rapport spécial; car le moindre défaut delce rapport diminue la beauté de la denture, rend quelquefois ses fonctions laborieuses, et peut souvent nuire à sa
conservation. Il existe bien peu de ressources contre ces difformités, quand elles dépendent d'un vice de conformation des mâchoires ellesmêmes, ou lorsque les dents sont renouvelées et les huit grosses molaire sorties. Si , au contraire , la difformité tient à la seule direction des dents, reconnue dès le principe, il est facile d'y remédier. Si les incisives supérieures se dirigent en dedans, la pression souvent répétée du doigt ou de la langue suffit pour les diriger en avant ; si elles sont d éjà.assez poussées pour toucher postérieurement les incisives inférieures, on annule la résistance que ces dernières opposent à la direction des incisives supérieures , en enlevant avec la lime ces petites dentelures dont les unes et les autres sont garnies ; le doigt et la langue font le reste Quand la déviation des dents est telle , qu'elles
se touchent sur une ligne de hauteur, on tient écartées les dents qui se heurtent de manière à en empêcher le contact, à l'aide d'une plaque d'or ou de platine recourbée en forme de gouttière, et fixée sur une des molaires. ( Ouvr. cité, page 91.)
La solidité de l'émail n'étant à son dernier degré que lorsque l'organisation dentaire approche de sa fin , c'est-à-dire quand il y a vingthuit dents , on doit user de beaucoup de précautions pour enlever des cercles ou points noirs qui quelquefois se forment sur l'émail et que l'eau n'enlève pas. Il est prudent de ne s'attachera faire dis paraître que ce qui est trop apparent. (Ouvr. cité, page 97.)
Souvent il est important de remplacer des dents perdues : c'est le moyen d'assurer la mastication , d'empêcher la perte de la salive , et de contribuer à la perfection de l'acte digestif. Malheureusement ce remplacement ne peut guère s'exécuter avec avantage, que lorsqu'il reste des racines assez fortes pour fournir un point d'appui au pivot de la dent nouvelle ; car , dans tout autre cas , les moyens d'attache prennent pour base les dents voisines , les ébranlent bientôt , et en amènent rapidement la carie et la perte entière.