CHAPITRE II
RÈGLES CENTRALES DE RÉGIME, RELATIVES AUX ORGANES DIGESTIFS ET A L'INFLUENCE QU'ILS EXERCENT SUR L'ÉCONOMIE.
Si nous ne nous répétons pas , nous avons bien peu de choses à dire dans ce chapitre : nous avons traité des effets des aliments pris dans toutes les quantités ; de l'observation de ces effets , nous avons de suite tiré des conséquences relatives à la quantité et à l'espèce d'aliments convenables à l'homme considéré dans les différences qu'il présente , suivant le tempérament , l'âge , le sexe , l'habitude , la profession , le climat, la saison. Que dire de plus? faire, à l'exemple de certains auteurs , l'éloge de la sobriété ? mais nous venons de tracer les effets de l'abus de tous les aliments , assaisonnements et boissons. Indiquer l'heure des repas? mais la nature n'a-t-elle pas ûxé
cette heure en établissant dans notre estomac le point de départ de cette sensation intérieure qu'on appelle faim , sensation qui indique un besoin dont la non-satisfaction devient une torture , et dont la satisfaction nous fait éprouver un plaisir? ne percevons-nous pas également dans la membrane muqueuse pharyngienne , cette autre sensation qu'on appelle soif, avertissement non moins impérieux que le précédent, et qu'on doit satisfaire aussitôt qu'il parle? {voyez ce que nous avons dit dans les Prolégomènes. )
Le repas ne doit donc jamais avoir lieu sans qu'il y ait appétit, c'està-dire sensation de plaisir résidant dans l'organe du goût , et sensation de besoin paraissant émaner de l'estomac. Cet appétit renaît à des intervalles qui sont en raison directe de l'activité des organes gastriques, de l'exercice musculaire, etc.; ce qui doit rendre le nombre et le retour des repas différents pour chaque individu. Avant de présenter des applications, je dois faire remarquer que, pour que l'appétit soit naturel , il ne faut pas qu'il soit provoqué par cet art qui consiste à porter au delà de toute borne les jouissances du goût, en multipliant à l'infini l'attrait des saveurs : dans ce cas , l'appétit n'est plus naturel, et dépasse le besoin réel de réparation qu'ont nos organes. S'il n'est au contraire, réveillé par aucun artifice, il donne une mesure exacte et précise pour régler le nombre des repas, l'intervalle qui doit exister entre eux, la quantité d'aliments propres à satisfaire les besoins de l'organisation.
11 ne faut pas prendre de repas immédiatement après une forte émotion morale ou une action musculaire violente , et chercher a vaincre la répugnance naturelle qu'on éprouve toujours en ces circonstances pour ces aliments ; la physiologie peut interpréter ainsi les conséquences qu'aurait la violation de ce précopte : nous avons établi que le suc gastrique est nécessaire à la dilution des aliments, que sa sécrétion progressive est sous l'influence nerveuse , et déterminée par la stimulation qu'ils exercent sur l'estomac : nous devons ajouter ici que la sécrétion de ce suc se supprime comme celle des fluides de la peau, lorsqu'une excitation subite quelconque frappe un organe éloigné. La digestion s'arrête donc ou devient imparfaite ; souvent les aliments sont rejetés ; il ne convient donc pas d'en prendre dans ces circonstances.
Ce n'est jamais le raisonnement fondé sur l'évaluation des pertes que nous avons faites ou que nous devons faire , qui doit régler la mesure de notre alimentation; c'est, je le répète, la sensation interne que donne à tous les auimaux la nature, c'est-à-dire ce rapport établi de toute éternité entre les agents destinés à satisfaire nos besoins, et les organes qui éprouvent ces besoins. S'il en était autre-
ment , nous pourrions bien , comme Fa dit, je crois , Jean- Jacques , mourir mille fois de faim ayant d'avoir appris à nous nourrir. D'ailleurs, souvent nos raisonnements auraient de funestes conséquences. Par exemple , un homme , à la suite de grands travaux musculaires et de grandes pertes de transpiration, règle la mesure de ses aliments sur le besoin apparent de réparation que , d après le raisonnement qu'il fait, doivent avoir tous ces organes. Cet homme éprouve une indigestion : pourquoi? c'est qu'il a excédé la mesure des forces de ses facultés digestives* qui ont partagé l'épuisement des autres facultés. Cet homme n'eût pas eu d'indigestion, si , au Heu de raisonner , il n'eût écouté, en prenant son repas, que le sentiment de plaisir qui l'invitait à manger, et le sentiment de satiété, qui l'avertissait que le besoin était satisfait. Ces deux sentiments intérieurs sont les plus sûres de toutes les règles , puisque la nature les proportionne toujours aux facultés des organes.
S'il se trouvait, dans certaines maladies ou convalescences , des cas où la sensation interne de la faim et le plaisir que nous éprouvons à la Satisfaire , excédassent les facultés de l'estomac , on mesurerait alors la quantité des aliments sur l'étendue naturelle des facultés de cet organe. Pour reconnaître l'étendue de ses facultés , il suffirait d'observer le plus ou moins de facilité et de promptitude avec lesquelles s'exécute la digestion , et le plus Ou moins d'aisance et de liberté que l'exercice de cette fonction laisse aux autres actes de l'or* gnnisme : à l'exercice de la pensée , par exemple , ou à celui de la locomotion.
Comme les facultés de l'estomac ne sont pas resserrées dans des mesures fixes , on peut quelquefois se permettre , lorsque la santé n'est pas chancelante, quelques écarts de régime : c'est le moyen de faire conserver à cet organe le pouvoir d'étendre son énergie , quand l'occasion se présente , sans qu'il en résulte rien de fâcheux pour la santé.
Il ne faut pas s'imaginer , comme on le répète dans beaucoup de livres d'hygiène , que la mesure des aliments doive être réduite au strict besoin , qu'on ne doive manger que pour faire cesser la souffrance de la faim. Raisonner ainsi , c'est prouver qu'on entend mal la voix de la nature , qui ne nous présente la coupe du plaisir que pour que nous en usions. 11 n'y a pas d'inconvénient pour l'homme sain à céder à l'attrait d'un plaisir naturel; car si la cessation de la peine émanée du besoin suffit à la conservation de la vie, la plénitude de la jouissance , qui ne va pas jusqu'à la satiété , a des effets moins restreints : elle agrandit, elle perfectionne cette vie , en laissant plus d'essor a l'exercice des organes ; seulement n'oublions pas qu'il est
dangereux de dépasser les limites du plaisir naturel et d'en solliciter d artificiel ; celui-ci est toujours payé par l'irritation ou par l'insensibilité prématurée des organes , par leur destruction ou leur impuissance.
L'habitude d'une tempérance exagérée , de l'abstinence absolue de liquides fermentes , par exemple , n'est même rien moins que conforme aux lois d'une sage hygiène. D'abord , l'usage d'une boisson fermentée quelconque n'est pas plus contraire aux vues de la nature que celui des préparations culinaires : le premier sans doute est la conséquence du second ; et si l'eau fraîche suffit à la digestion de mets simples comme les fruits et le pain, elle diminue la digestibilité et rend certainement moins parfaite la digestion des mets plus composés ou plus résistants dont nous usons journellement. Ensuite , l'usage exclusif de l'eau , tout en étant un excellent moyen de prolonger la vie quand il est continué sans interruption, est pourtant rendu pernicieux par les nécessités sociales ; car, si dans beaucoup de circonstances , il est difficile de se refuser à user d'une boisson fermentée , les effets de celles-ci deviennent alors d'autant plus nuisibles, que par leur abstinence habituelle on a doté l'appareil digestif d'une plus grande susceptibilité. Enfin, cet état, pour ainsi dire, vierge de l'estomac et de tous les tissus, prive, dès qu'il survient une maladie, d'une véritable ressource , ou plutôt nécessite un surcroît de moyens thérapeutiques ; ainsi , si pour faire céder une légère inflammation , il suffit de retrancher les boissons fermentées aux personnes habituées à leur usage, il faudra faire davantage à l'égard des personnes qui vivent dans l'abstinence de boissons fermentées, il faudra leur retirer du sang ou user de tout autre moyen. Rien ne justifie dune, pas plus pour la membrane digestive, qui est la peau intérieure , que pour la peau extérieure, les extrêmes précautions que quelques personnes exagérées prennent pour maintenir cet organe à l'abri de tout excitant, et de même qu'on doit éviter de rendre le tact trop impressionnable à force de le soustraire aux vicissitudes atmosphériques ; de même on doit éviter de rendre trop irritable la. membrane muqueuse digestive par un soin trop minutieux à la préserver d'excitants devenus naturels dans l'état social où nous vivons.
Pour que les organes digestifs fassent bien leurs fonctions, les conditions dans lesquelles doivent se trouver les autres organes ne * sont pas à négliger : ainsi , nous avons vu , en parlant des organes cérébraux et de l'appareil musculaire, que trop d'activité dans l'action des premiers et des seconds apporte des troubles dans la digestion. Il est donc important, quand cette fonction s'exécute, de ne se livrer à aucun exercice intellectuel ou musculaire trop actif: une conver-
sation agréable, une promenade modérée sont les meilleurs exercices à mettre en usage pour permettre à la digestion de s'exécuter. L'homme adonné à une profession pénible doit se reposer après le repas.
La femme grosse doit, pour se mettre au lit, attendre que sa première digestion soit achevée. Elle ne doit pas user de boissons spiritueuses; car, outre les effets nuisibles qu'elles ont pour elle-même, elles sont de véritables poisons pour l'enfant qu'elle porte dans son sein (voyez page 3-41 et le chapitre Allaitement), Elle doit également se garder d'ajouter foi à ce misérable préjugé qui prescrit de manger pour deux: la suspension des pertes mensuelles subvient aux frais qu'exige la nutrition du fœtus. Ne voit-on pas même quelquefois la pléthore survenir pendant la grossesse; et, d'ailleurs, comment concevoir qu'il soit nécessaire de manger davantage, quand il ne survient pas plus d'appétit?
Il convient d'apporter un certain ordre dans les repas. L'habitude suffit pour cet effet ; elle naturalise le retour du besoin d'aliments comme celui des autres besoins. Quand la digestion n'est pas arrêtée par une action quelconque d'un autre organe, et que l'on a mangé modérément, la faim chez un adulte se fait ordinairement sentir de cinq à six heures après l'ingestion des aliments. S'il en est autrement, l'estomac est malade, ou les conditions nécessaires à une bonne digestion n'ont pas été remplies.
Nous pouvons maintenant faire une application à la dernière règle générale que nous avons établie dans nos prolégomènes, et poser en principe que les deux repas de la journée doivent être également éloignés du milieu du jour. Cet ordre est le plus naturel , et correspond à celui que nous avons dit devoir être établi, à l'article Sommeil, en avançant que le lever et le coucher doivent être également distants du milieu de la nuit. Ce précepte est applicable aux personnes dont le genre de travail n'exige que deux repas: celles dont le travail musculaire en exige trois , devront en faire un à midi , et les deux autres également distants de cette heure; par exemple, l'un à sept heures du matin, l'autre à cinq heures du soir. Enfin, si ces personnes font quatre repas , elles devront s'arranger de façon que le premier soit aussi distant du milieu du jour que le dernier.
Quand les devoirs sociaux s'opposent à l'ordre naturel dans la distribution des repas, il faut établir un ordre contre la nature, et le rapprocher le plus qu'on peut de l'ordre naturel ; mais il convient toujours d'établir un ordre quelconque et de n'en pas briser la régularité: l'habitude, en le naturalisant , lui enlève une partie de ces inconvénients. 11 n'y a pas de règles à indiquer pour cette espèce d'ordre: elle dépend des circonstances.
Faut-il régler les repas de l'enfant? La mamelle doit lui être présentée chaque fois qu'il la réclame. Dans les six premières semaines il demande souvent le sein et tette peu à la fois. Qu'on n'aille pas prendre ceci pour du caprice : il n'en existe pas a cet âge ;, ces repas courts et répétés sont commandés par l'organisation de l'enfant, dont tous les actes sont empreints d'une extrême faiblesse jointe à une étonnante activité. Cette extrême faiblesse empêche ses organes d'élaborer à la fois une grande quantité d'aliments, et des aliments trop consistants; mais , en même temps , l'activité des fonctions nutritives, à une époque de la vie où l'enfant a besoin d'assimiler , non-seulement pour sa conservation , mais encore pour un accroissement rapide , renouvelle , après de courts intervalles , le besoin de manger. Si Ton écoute ce double vœu de l'organisation , si clairement et si fortement exprimé pendant les six premières semaines , on évite de fatiguer les organes digestifs de l'enfant; si l'on agit autrement, on le fait dépérir de faim et d'i ndigestions, et on le dispose à toutes les affections du tube digestif.
L'habitude de régler les repas de l'enfant peut bien avoir sa commodité pour les mères et pour les nourrices ; mais , à coup sûr , elle est au moins inutile et souvent pernicieuse à celui-ci. Point de règles donc autres que le besoin ; mais qu'on ne provoque pas ce besoin , qu'on le laisse naître ; qu'on n'offre point le sein à l'enfant ; que ce soit , au contraire, lui qui le demande. Celui-là n'a pas besoin de teter, qui prend le sein avec nonchalance et comme par grâce. Celui qui a faim agit tout différemment : tous ses gestes expriment clairement le besoin et le désir ; son œil suit la nourrice , et cherche à interpréter ses moindres mouvements. S'il crie , ses cris cessent à l'approche de celle-ci ; le sourire les remplace. Si vous lui accordez le sein , il s'en saisit avec ardeur , et vous n'avez cédé qu'a un besoin réel. Que si vous agissez autrement , vous surchargez les organes digestifs de l'enfant ; il éprouve des régurgitations , et bientôt une irritation véritable de tout le canal alimentaire: alors il faut recourir à la diète.
Les animaux se laissent tourmenter avant que d'accorder la mamelle. Pourquoi l'homme ne fait- il pas de même? Ses préjugés seuls l'en empêchent: il s'imagine qu'une substance liquide comme le lait passe trop facilement pour occasionner le moindre travail des organes digestifs ; il ignore que quiconque mange du lait digère du fromage , comme le dit Rousseau. S'il savait que le lait parvenu dans l'estomac se coagule , se sépare en deux parties , dont une liquide , le sérum , est absorbée , tandis que l'autre , très-compacte , forme une masse qui exige beaucoup de travail de la part de l'estomac pour être ré-
m HYGIÈNE DE L'APPAREIL DIGESTIF.
duite à lëUt de chyme ; s'il savait , dîs-je, que les choses se passent ainsi , il ne s'empresserait pas de renouveler cette masse avant que la précédente ne fût entièrement élaborée.
Pendant les trois ou quatre premiers mois , lenfont ne doit recevoir d'autre nourriture que le lait de sa mère ; c'est après cette époque , qu'on pourra commencer à lui donner , suivant ses forces digestives . un peu de lait sucré , des biscotes bouillies. Quand le temps du sevrage sera arrivé (Y. Sécrétion laiteuse) , on donnera des bouillies au lait, peu épaisses et très-cuites; des bouillies faites avec les farines torréfiées, c est -à-dire mises au four dans un plat de terre , puis ensuite broyées et tamisées ; enfin , on en viendra aux panades , à la chicorée , aux épinards cuits au lait , puis à la soupe ordinaire. Plus le régime alimentaire sera simple , mieux il vaudra. Il ne doit entrer de viande dans le régime de l'enfant que lorsqu'il aura toutes ses dents ; encore cette substance ne doit-elle y entrer qu'en bien faible proportion , et ne subir que le plus simple apprêt , c'est-à-dire être grillé , rôtie ou bouillie. On doit bannir du régime de l'enfant les bouillons de bœuf concentrés , les ragoûts , le café , le vin , la bière et toute espèce de liqueur iermentée , quelle qu'elle puisse être ; car , en supposant que l'usage de cette nourriture stimulante n'occasionnât aucune maladie , ce qui est rare, il a toujours au moins l'inconvénient d'accélérer les actes de l'organisme et d'abréger la vie , en la faisant , dès le principe, marcher avec trop de rapidité. Si donc les aliments doivent être nutritifs, ils doivent en même temps être assez doux pour se trouver en harmonie avec la grande excitabilité des organes de l'enfant: c'est assez dire qu'on doit bannir de son régime les épices , les aromates et toute espèce de stimulant.
Faisons néanmoins observer que la plupart des enfants élevés dans Paris doivent être l'objet d'une exception aux préceptes que nous traçons ici , et que la soupe faite avec le bœuf remplace avec avantage, pour beaucoup d'entre eux , le lait et les bouillies au lait ( coyea ce que nous avons dit précédemment en parlant des circonstances où l'on doit user du lait , article Aliments caséeus).
En terminant la section relative à l'hygiène des organes sécréteurs, et en traitant la sécrétion du lait , nous reviendrons nécessairement sur le régime alimentaire de la première enfance ; car, tant que l'enfant tette, il est en quelque sorte, par la succion qu'il exerce, l'excitant propre des glandes mammaires, et, dans la solution de plusieurs questions , de celles, par exemple , relatives à l'époque à laquelle il convient de donner le sein au nouveau-né, à la quantité de repas qu'il doit faire, aux obstacles à l'allaitement, aux précautions à reprendre pour le sevrage, etc., l'enfant et la nourrice ne pourront être envisa-
gés isolément : l'hygiène de l'un est , pour un temps , inséparable de celle de l'autre; elles sont dans une dépendance mutuelle, et en quelque sorte enchevêtrées, si Ton peut se servir de cette expression. Nous reviendrons donc nécessairement sur l'hygiène des organes digestifs de l'enfant, en parlant des organes sécréteurs de la mère, à la fin de la III* Section.
Quatre repas seront nécessaires aux jeunes gens. Tout en usant de mets simples , ils devront varier autant que possible leurs aliments , et ne jamais s'astreindre à un régime spécial, à moins qu'il ne soit impérieusement prescrit pour neutraliser une prédominance organique trop fortement prononcée. Celui , en effet , qui s'habitue à une seule classe d'aliments, devient incapable d'en supporter une autre.
Deux repas suffiront aux vieillards ; ils pourront cependant en faire trois et même quatre, si leur estomac est faible et qu'il ne puisse en une seule digestion fournir à la réparation de l'économie. Ils devront, à cause de la perte de leurs dents , de préférence user d'aliments doués de peu de cohésion, comme les soupes de bœuf, les gelées de viande , ou bien les légumes et fruits cuits , selon qu'ils auront besoin d'aliments plus ou moins réparateurs. Leur régime alimentaire, comme toute habitude depuis longtemps contractée , ne devra être changé, lorsque le cas l'exige, que par une gradation lente et bien ménagée. S'ils sont forcés de renoncer à des excitants sans l'aide desquels leur digestion ne pouvait se faire, et que ce changement soit subit, leurs aliments séjourneront dans l'estomac, ne seront pas assimilés, etc.; il en résultera des régurgitations, des vomissements, etc. : car le propre des excitants appliqués à l'estomac est de diminuer son aptitude à digérer, de le rendre insensible et paresseux à force d'aiguillon ( Je suppose le cas rare où les excitants ne produisent pas d'irritation. ) Pour prévenir donc ces accidents , il faut user de certaines précautions( voyez\es préceptes que nous avons donnés p. 349 , en parlant des assaisonnements, et p. 872, en parlant de l'eau). Si, au contraire, les vieillards sont habitués aux aliments doux, tels que le lait, les farineux, etc., et qu'ils soient forcés d'user d'excitants, tout le précepte qu'ils ont à suivre est de graduer la mesure de ceux-ci ; car procéder par des doses trop fortes, serait le moyen de déterminer des inflammations d'autant plus violentes et d'autant plus irrémédiables, que l'estomac est resté plus longtemps vierge de toute stimulation, conséquemment plus sensible , et qu'en même temps les forces générales sont moins considérables» Les aliments sapides, les toniques, et même les stimulants, conviennent néanmoins dans la vieillesse plus qu'à toute autre époque de la vie.
Nous ne répéterons pas ici , relativement aux tempéraments , ce que
nous avons mentionné en parlant de chaque espèce d'aliment , que
le tempérament caractérisé par l'abondance et la richesse du sang doit préférer une nourriture végétale à toute autre, exclure de son régime les épices et autres excitants ; que le lymphatique doit user d'une alimentation opposée, etc., etc.: nous nous sommes longuement arrêté sur ces objets ; nous terminerons ici cette Section.
DEUXIÈME SECTION
UYG1ÉXE DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE.
Les poumons constituent principalement l'appareil respiratoire, l/cxcitant naturel de ces organes est l'air atmosphérique. Ce fluide se précipite dans le poumon a l'instant où cet organe éprouve une augmentation de sa capacité intérieure, produite par l'écartement des parois du thorax, dont il suit les mouvements ; subit dans les cellules pulmonaires une modification qui change la proportion de ses éléments, puis est expulsé par le rapprochement des parois du thorax. De l'action réciproque de l'air et des poumons résulte doue la fonction de respiration, dont le but est la conversion du sang noir ou veineux, apporté au poumon, en sang rouge ou artériel exporté de cet organe à toutes les parties du corps. Ce transport est effectué au moyen des organes circulatoires, cœur, artères et veines, qui, pour leur étude hygiénique, ne pourraient pas plus être isoles de ceux de la respiration, que les organes d'absorption intestinale ne le sont de ceux de la digestion.
Nous ne devons pas revenir , dans cette section , sur les exercices musculaires les plus propres à développer les poumons et le cœur, sur les impressions encéphaliques propres à troubler les fonctions de ces organes, sur les stimulants gastriques qui peuvent produire le même effet; nous renvoyons, pour ces objets, à l'hygiène des organes par les excitants propres desquels sont exercées ces influences , c'est-àdire à l'hygiène des organes encéphaliques, de Y appareil locomoteur, de Y appareil digestif.
Les maladies du cœur et du poumon ont des résultats plus promptement funestes que celles des autres organes, parce que 1 état ordinaire, l'état normal du cœur et des poumons étant un état continuel d'action sans repos pendant toute la vie, ils ne peuvent , quand ils viennent à être fatigués ou irrités, comme ont la possibilité de le faire les sens, les muscles ou l'estomac, se reposer complètement pour lais-
ser disparaître, avant de reprendre leur exercice, l'irritation dont ils sont le siège.
Si donc les maladies des organes contenus dans la poitrine présentent cette particularité funeste, on sent de quelle importance est l'hygiène de ces organes.