DE L'AIR ATMOSPHÉRIQUE ET DE SES DIFFERENTS EFFETS
L'air atmosphérique est ce fluide élastique qui enveloppe de toutes parts notre globe, et le revêt d'une couche transparente de quinze à seize lieues d'épaisseur. Cette couche, quoique infiniment mince, si on la compare au diamètre du globe lui-même , dont elle ne forme guère que la deux centième partie , n'en exerce pas moins , sur les divers phénomènes qui se passent à la surface de ce globe , une influence immense.
L'atmosphère forme donc une véritable sphère creuse dans Tintérieur de laquelle est placé le globe ; aussi les mouvements de rotation sur l'axe et la translation dans l'espace sont communs à tous deux.
Bien que les mots air et atmosphère soient synonymes dans le langage ordinaire, il convient de dire que la masse qu'on appelle atmosphère renferme, indépendamment de l'air, de l'eau sous tous ses états et imprime aux rayons lumineux et calorifiques des modifications qui jouent un grand rôle dans la météorologie.
L'air, comme tous les gaz, est pesant, compressible, élastique. Jusqu'à présent il est encore dans le petit nombre de ceux que la science n'a pu liquéfier. Il n'a d'ailleurs point de couleur en petite masse, et la nuance bleue que présente l'espace que nous désignons sous le nom de ciel, parait due aux modifications que la réflexion imprime aux rayons lumineux.
L'air est composé de 21 volumes de gaz oxygène et de 79 de gaz azote ; on y rencontre de plus une très-petite proportion de gaz acide carbonique. Suivant M. Théod. de Saussure , la moyenne de ce gaz serait de 0,00049. M. Boussaingault est , dans ces derniers temps, parvenu à démontrer la présence dans l'air , d'un principe hydrogéné , probablement carboné, qui s'y trouverait à peu près dans la proportion de 0,0001.
Les proportions dans lesquelles l'oxygène et l'azote sont unis pour former l'air pur ont toujours été trouvées les mêmes en tous lieux, sur mer comme sur terre , sur les montagnes comme dans les vallées
Les différences qui existent entre l'action de l'air des différents lieux, des différents climats, des différentes saisons, ont donc une autre cause. En effet, elles sont dues à son poids plus ou moins considérable, aux modifications que l'air éprouve de la part de la chaleur, de la lumière, de l'électricité, aux variations de son état hygrométrique ; enfin ces différences résultent de l'introduction de principes nouveaux comme cela a lieu dans le voisinage des eaux stagnantes, dans leslieux où sont rassemblés un grand nombre d'animaux, etc., etc. Examinons isolément ceux de ces effets qui portent plus spécialement leur influence sur le poumon : ceux qui agissent plus particulièrement sur d'autres organes ont été étudiés ou le seront ultérieurement ; c'est ainsi qu'en traitant de la vue, nous avons déjà parlé de la lumière, et qu'en envisageant la peau comme organe de sensation, nous avons parlé des impressions causées par le froid , par le fluide électrique.
§ 1er. Effets de la pression de l'air.
Si , au moyen de la machine pneumatique , on enlève la presque totalité ou seulement une partie de l'air qui se trouve sous une cloche de verre , celle-ci adhère fortement au plateau. Ce phénomène est dû à la différence artificiellement établie entre la force élastique de l'air qui reste dans la cloche, et celle de l'air extérieur. Si l'on fait une ouverture à celle-ci, l'air y rentre avec force , quel que soit le lieu où ait été faite l'ouverture, et l'équilibre se rétablit ; alors la cloche peut facilement être enlevée de dessus le plateau. Ce second phénomène prouve que la pression de l'air s'exerce sur les corps en tous sens, de côté et de bas en haut, comme de haut en bas.
Que l'on remplisse de mercure un tube de verre long de trente et quelques pouces, scellé à l'une de ses extrémités ; qu'on le renverse sur une cuve pleine du même métal, le mercure du tube s'écoule en partie, oscille , et s'arrête à peu près à la hauteur de vingt-huit pouces au-dessus du niveau du vase. Ce phénomène est dû à ce que la colonne d'air qui presse sur le bain de mercure fait équilibre à une colonne de mercure de même base, et devingt-huit pouoes dchauteur.
D'après cette explication des causes qui maintiennent le mercure dans le tube au-dessus de son niveau, on pressent déjà que cet instrument, qui n'est autre chose que le baromètre, nous fournira un moyen facile d'estimer la pression que l'air exerce sur tous les corps et sur celui de l'homme en particulier ; il est également facile de se rendre compté des variations de la colonne barométrique à mesure que Ton monte et que l'on descend dans l'air : dans ces mouvements, on fait varier la hauteur de la colonne d'air par laquelle on est dominé : la colonne de mercure qui lui fait équilibre doit subir des variations
correspondantes ; et la connaissance des changements qni se sont opérés dans celle-ci, permet d'apprécier avec rigueur le chemin que Ton a parcouru dans la verticale. Mais hâtons-nous d'ajouter que les déplacements dans cette direction ne sont pas les seules causes des variations barométriques : celles-ci se produisent encore , dans le même lieu , sous diverses influences que nous examinerons par la suite.
A la température de la glace fondante , la pesanteur spécifique de l'air est à. celle de l'eau, comme 1 est à 770 ; c'est-à-dire qu'un litre d'air pèse 1 grara., 2991,
Pour évaluer la pression que ce fluide exerce sur le corps de l'homme, il faut d'abord se rappeler que l'air, comme toute masse de fluide élastique , exerce également , comme nous venons de le dire , cette pression , dans tous les sens , se moule également sur tous les contours du corps humain, en comprime la surface de bas en haut, comme de haut en bas, de gauche à droite, comme de droite à gauche. D'après cela , il suffit de décomposer la surface du corps de l'homme en un certain nombre d'unités , en décimètres carrés par exemple, d'évaluer la pression que supporte l'une d'elles, et de multiplier la quantité obtenue par le nombre que représente la surface totale. Ainsi on sait déjà que la colonne d'air , au niveau de l'Océan, fait équilibre à une colonne de mercure de 28 pouces (76 centimètres), ou bien à une colonne d'eau de 32 pieds (10 mètres 8 décimètres , ou 103 décimètres). Soit maintenant une surface égale à 1 décimètre carré, elle supportera une colonne d'eau de 103 décimètres: or, 103 décimètres en hauteur, avec 1 décimètre en base , ne sont autre chose que 10S décimètres cubes, c'est-à-dire 103 litres d'eau pesant 102 kilogrammes. Donc le corps de l'homme supportera autant de fois 108 kilogrammes, qu'il présentera de décimètres carrés en surface; et comme la surface de l'homme adulte représente 180 à 200 décimètres carrés , le poids total qu'il supporte variera entre 150 et 200 fois 103 kilogram., c'est-à-dire 15,650 et 20, 600 kilogrammes.
Pour se rendre compte maintenant de la possibilité de supporter ce poids énorme, et de la facilité avec laquelle , malgré sa pression, nous exerçons nos mouvements, il faut se rappeler: 1° que toutes les parties du corps sont remplies de liquides peu compressibles ou de fluides élastiques dont la tension est propre à contrebalancer cet effort; 2° que le pression s'exerçant également dans des sens diamétralement opposés, la réaction est égale à l'action : ainsi, par exemple, la main qui tend à se mouvoir de bas en haut est poussée dans cette direction , par le ressort de l'air , avec une force égale à celle que ce fluide lui imprime dans le sens opposé. Tout ce qu'ont d'étonnant ces
faits disparait au reste, si nous songeons que, placés au fond des mer», des animaux de la texture la plus délicate y supportent un poids beaucoup plus considérable , sans en éprouver la plus légère altération.
Quels sont maintenant les effets des variations de pression atmosphérique? Avant d'entamer ce sujet , disons d'abord que , dans l'état normal , la pression de l'air, d'après les recherches de M. Barry , de M. Poisseuille (voyez Journal universel et hebdomadaire, t. 1 et 111; Archives, t. xxvi , p. 404), et de M. Bérard {Archives, t. xxi, p. 74), concourt abcessoirement à la circulation veineuse. Disons ensuite, et par anticipation , que nous ne tiendrons compte d'une expérience récente faite par M. Magendic, pour déterminer l'effet des variations de pression, qu'après avoir exposé les faits et les théories généralement admises, parce que cette expérience ne nous parait pas les infirmer.
Hygiéniquement considérée , la pression produite par une forte colonne d'air procure une respiration facile , grande, abondante en principe réparateur , et communique par suite à l'économie les avantages qui résultent de l'énergie de cette fonction , c'est-à-dire une aptitude à soutenir des exercices violents et continus, une réparation prompte du sang artériel dépensé, une vigueur remarquable de tous les organes dont ce fluide est le stimulant commun. On éprouve d'ordinaire, quand le baromètre est très-élevé, un sentiment indicible de bien-être et de contentement ;on peut alors dire qu'on sent du plaisir à vivre, car, en effet, l'énergie vitale est doublée.
On ne peut guère observer les effets d'une colonne d'air plus pesante que celle qui fait monter le mercure de 28 pouces quelques lignes; car cette colonne d'air ne pouvant se rencontrer que dans des lieux fort au-dessous du niveau de la mer , et dans des raines profondes , les effets qui en devraient résulter pour les poumons, c'est-à-dire une plus abondante quantité d'air sous un même volume, ou plutôt un air plus dense, plus comprimé, des inspirations moins renouvelées, etc. ; ces effets, dis-je, seraient bientôt annihilés, dans de pareils lieux, par la prompte altération de l'air respira ble.
Sous la pression d'une colonne d'air un peu moindre que celle du niveau des mers, de celle, par exemple, qui repose sur des montagnes d'une hauteur moyenne , la respiration, sans être moins ample, devient plus fréquente; la circulation plus rapide, les mouvements sont plus prompts , l'embonpoint est moins considérable , le visage plus coloré, l'appétit plus vif et la digestion plus facile. Les habitants de pareils pays sont généralement plus remuants que ceux des basses terres, dont ils semblent dédaigner l'apathie. Ils sont disposés aux héinoptysics et aux inflammations de poitrine.
Cette supériorité de vigueur du montagnard sur l'habitant de la plaine me paraît due à ce que le désavantage de la diminution de pesanteur de l'air qui résulte de l'élévation du premier , est plus que compensé par la condensation qu'éprouve en réalité ce fluide , à raison de la température généralement plus basse et de la plus grande sécheresse ; de sorte que, tout balancé , l'habitant des montagnes de hauteur moyenne respire , malgré son élévation , une masse plus considérable d'air que l'habitant de la plaine. Je ne parle que de la cause de vigueur puisée dans la respiration , dans la quantité et la qualité de l'air inspiré ; je sais qu'il en est beaucoup d'autres , telles que l'exercice plus violent , etc. ; mais je ne dois pas m'en occuper ici.
S'il existe une diminution très-notable dans le poids de l'air , comme cela arrive à l'homme qui s'élève à quelques mille mètres au-dessus du niveau des mers, la respiration devient fréquente, pressée, pénible, haletante ; le pouls s'accélère; on ressent un malaise général joint à une extrême débilité.
Ces phénomènes peuvent être ainsi interprétés: en s'élevant dans l'air on arrive dans des couches de plus en plus raréfiées ; les poumons se dilatent moins complètement , et la circulation capillaire ne s'exécutepas avec la même facilité ; d'un autre côté, cetair contenant, à cause de sa raréfaction, moins d'élément respirable , il en résulte que , pour introduire dans les poumons la quantité d'oxygène nécessaire à l'hématose , il faut réitérer plus fréquemment les mouvements d'inspiration ; et ceux-ci ne peuvent s'accélérer sans que les mouvements du cœur ne prennent aussi un accroissement de vitesse.
Un autre phénomène, signalé par les observateurs qui se sont élevés à de grandes hauteurs , est la sécheresse de la gorge. Ce phénomène est du à la rapide évaporation qui a lieu dans les hautes régions de l'air. II était tellement insupportable à M. Gay-Lussac , dans la célèbre ascension aérostatique qu'il fit en 1804, que c'était pour lui une opération douloureuse que d'avaler un peu de pain. M. de Saussure , qui , dans son voyage aux Alpes, ressentit également cet effet , éprouvait un soulagement marqué lorsqu'il venait à être enveloppé d'un nuage; la sensation douloureuse se faisait sentir de nouveau, quand le nuage était passé.
Les phénomènes précités , accélération de la respiration et de la circulation , sécheresse douloureuse de la bouche et de la gorge , furent les seuls éprouvés par M. Gay-Lussac , bien qu'il fût parvenu à la plus grande hauteur qu'où eût jamais atteinte, à 7000 mètres audessus du niveau des mers, près de la dixième partie de la hauteur totale de l'atmosphère ; mais remarquons que M. Gay-Lussac était, dans son voyage aérien, dispensé de toute action musculaire et à peu près
immobile dans la nacelle de son ballon ; et qu'à cause de cela, son expérience est extrêmement importante, puisqu'elle présente dans leur plus grande simplicité les éléments propres à la solution du problème de la pression atmosphérique.
Mais ce problème devient plus complexe, si Ton s'élève par l'action musculaire: aussi tous les voyageursqui ont gravi de hautes montagnes, parlent-ils d'une grande gêne dans la respiration, dune grande lassi tude(i), quelquefois d'hémorragies par le nei, les yeux, les oreilles. Cette seconde série de phénomènes signalés par MM. de Saussure, de Humboldt et autres voyageurs, a été attribué par M. Guérard, dans ses cours d'hygiène, à ce que les gaz qui circulent avec le sang, cessant d être comprimés avec la même force, ne peuvent bientôt plus être tenus en dissolution, et tendent à s'échapper en le poussant hors des vaisseaux , absolument comme les gaz s'échappent des liquides placés sous le récipient d'une machine pneumatique. Peut-être aussi lorsque la diminution de pression extérieure cesse de faire équilibre à l'effort que le sang exerce sur les parois des vaisseaux, cet effort acquiert une prédominance qui fait transsuder le sang à travers ces mêmes parois.
Après néanmoins quelque temps de séjour (un ou deux jours) dans les hautes régions de l'atmosphère , on s acclimate/m quelque aorte, et les accidents énoncés ne se manifestent plus : le sang perd peu à peu l'excès de gaz qu'il avait, eu égard à la diminution de pression ; il ne tend plus à être chassé hors des vaisseaux, une fois que l'équilibre s'est effectué entre la force élastique du gaz et celle du nou-
(i) Suivant une observation de MM. Weber (R echerches mathématiques et physiologiques sur le mécanisme des organes locomoteurs do L homme) , recommandée par M. de Humboldt (séance du 23 janvier 1837) a fatteution de l'Académie de* sciences, la lassitude musculaire que l'on éprouve dans un air des Alpes qui n'exerce que la moitié de la pression correspondante aux basses régions du littoral , ne résulterait pas seulement des modifications de la respiration , de la moindre absorption d'oxigène, etc., niais encore de ce qu'uue moindre pression extérieure de 1 air soutient moins la cuisse dans l'articulation de la hanche. Suivant MM. Weber, le bourrelet orbiculaire et ligamenteux fait fonction de soupape. La jambe ne tombe pas, lorsque sur un cadavre tous les muscles el la membrane capsulaire ont été coupé» : elle ne descend même pas d'une fraction de millimètre; la jambe tombe , au contraire , dès que , par un trou pratiqué sans toucher au ligament rond ni à la membrane capsulaire, on fait arriver de l'air dans la cavité cotyloïde : c'est donc la près sion extérieure seule qui soutient la jambe dans l'articulation de la hanche. — Autre expérience faite par MM. Weber et par MM. Magnus et Muller : Une jambe tenant à l'articulation de la hanche fut placée sous une cloche pneumatique; à mesure qu'on faisait le vide dans la cloche, on qu'on y faisait entrer l'air stniosphérique , la jembe s'élevait ou descendait et se détachait.
Ces curieuses expériences ont été faites a Berlin, en l&3b.
AIR ATMOSPHÉRIQUE. 43t
veau milieu atmosphérique. Ne voit-on pas, en effet, sous une faible pression, sur les plateaux des plus hautes montagnes des Andes, par exemple, de nombreuses populations pleines d'activité et d'énergie ?
Si Ton suppose la colonne d'air encore moins considérable , alors la vie doit cesser par défaut d'aliment respirable ou par rupture des vaisseaux, dont les parois insuffisamment protégées par la pression atmosphérique, cèdent enfin à la dilatation des gaz et des fluides qu'ils contenaient.
Il faut, pour que les phénomènes énoncés aient lieu d'une manière saillante, chez l'homme sain, dont le cœur et les poumons sont en bon état, qu'on s'élève à de très-grandes hauteurs. J'ai gravi les pics les plus hauts des Pyrénées, et divers lieux fort élevés dans les Alpes, sans éprouver autre chose qu'un froid excessif, et j'ai vu cesser, par le repos du corps, l'accélération de la respiration et celle du pouls, ce qui prouve que ces effets n'étaient dus qu'à l'exercice violent auquel j'avais été obligé : ce qui prouve aussi que, dans l'appréciation de toutes ces influences , il faut tenir compte des différences individuelles.
La pesanteur de l'air varie dans un même lieu, d'abord par des causes périodiques qui, dans certains climats, sous les tropiques, par exemple, agissent avecassez d'énergie pour établir des différences importantes dans la hauteur du baromètre aux diverses heures de la journée. Ce sont ces changements qui constituent les variations diurnes ; en second lieu, divers phénomènes météorologiques, tels que la pluie, le vent, etc., déterminent un autre ordrede variations barométriques qui n'offrent aucune régularité dans leur retour, et sont, parce motif, qualifiées d'accidentelles. On attribue généralement aux diminutions de pression la sensation de gêne, de malaise, de fatigue, d'accablement, qu'on éprouve à la suite du moindre mouvement : on accuse alors le temps lourd, quoique, dans ce cas , l'air soit infiniment plus rare, . moins pesant, et qu'il n'y ait que nous de lourds , c'est-à-dire de moins propre aux mouvement. L'état de l'organisme est une espèce des pléthore passagère; les liquides du corps tendent à se dilater , font effort contre les parois de leurs vaisseaux ; les veines sont gonflées ; on sue à l'occasion du moindre exercice. Enfin, Duhamel a remarqué qu'au mois de décembre 174-7, le baromètre ayant baissé, en moins de deux jours , d'un pouce quatre lignes , ce qui produisait pour l'homme 1400 livres de moins dans le poids de l'air, il y eut beaucoup de morts subites. M. Guérard n'attribue point aux variations accidentelles de pression ces phénomènes qu'on en fait dépendre d'ordinaire : « Aux approches des orages , dit-il (Élbctbicitê , Dict. de Mèd. ), on éprouve une gène souvent considérable de In respiration,
HYGIENE DE L'APPAREIL RESriîlATOIllE.
attribuée par les uns à une augmentation , et 'par les autres à une diminution de la pression atmosphérique. Nous ayons assez souvent suivi la marche du baromètre dans cette circonstance , pour nous convaincre que le phénomène dont nous parlons est indépendant des causes qu'on lui assigne et qu'il résulte de l'influence de l'électricité. » Il est probable, en effet, que les variations accidentelles de pression ne sont pas la seule cause des phénomènes mentionnés, parce qu'elles n'ont pas lieu sur une échelle suffisante, et qu'il existe des jours d'hiver pendant lesquels le baromètre descend très-bas , sans que nous éprouvions aucun de ces phénomènes.
Arrivons maintenant à l'expérience de Mi Magendie ( 1), et nous verrons facilement qu'elle ne contredit qu'en apparence les faits depuis longtemps et journellement observés , ainsi que la théorie qu'on en a déduite. M. Magendie fixe une grenouille dans le porte-objet pneumatique de M. Poiseuille (q). L'instrument est disposé sous le microscope. L'air est extrait delà caisse : la circulation continue à s'effectuer avec la même liberté. « Ce résultat est fort curieux , dit M. Magendie, et jamais la théorie n'aurait pu le faire soupçonner... » L'expérience inverse est ensuite faite : au lieu de retirer l'air de la caisse, M. Magendie accumule dans sa cavité plusieurs atmosphères ; le sang traverse avec une égale liberté les petits vaisseaux pulmonaires. A quoi faut-il attribuer ces résultats, qui paraissent inexplicables à M. Magendie et assez extraordinaires pour lui faire croire « erronées les influences qu'on attribue aux variations de pesanteur atmosphérique, sur la production des malaises de l'appareil respiratoire? » A la manière avec laquelle a été faite l'expérience? impossible pour qui connaît l'habileté de l'expérimentateur. A la torture de l'animal, solidement fixé sur la plaque de liège ? pas davantage. C'est tout simplement à l'organisation de ce reptile; car, ainsi que Ta dit lui-même M. Magendie , la grenouille ne respire pas , comme l'homme , en dilatant sa poitrine : elle avale l'air par une véritable déglutition. Mais , pour mettre hors de doute ce point , savoir , que l'expérience, d'ailleurs très-curieuse de M. Magendie , ne peut infirmer en rien la théorie admise sur les variations de pression , je rappellerai que la grenouille vit encore alors que ses poumons ont été arrachés, je rap-
( i ) Leçons sur les Phénomènes physiques de la vie , tome 11 , p. 210.
(a) « Cet instrument consiste en une caisse très-solide, susceptible de supporter des pressions considérables ; ses parois latérales sont en cuivre, les parois supérieure et inférieure sont en verre , de sorte que leur transparence permet à l'œil de voir dans la cavité de l'instrument. Celui-ci est muni d'un manomètre qui indique le degré de pression de Pair contenu dans la caisse : à Tune de ses extrémités est adaptée une pompe que Ton rend foulante ou aspirante à volonté, de manière à accumuler ou à soustraire le fluide élastique. »
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pellerai que M« Edwards a pour un autre genre d'expérience, scellé ces animaux dans du plâtre , et qu'il les a trouvés vivants , lorsqu'il est venu à briser le plâtre , après plusieurs heures ; je rappellerai enfin qu'ils vivent un temps assez long sous le récipient delà machine pneumatique.
Quelles applications pouvons-nous maintenant faire aux divers individus, de ce qui a été précédemment exposé sur les influences des diverses pressions ? D'après l'observation desfaits qui nous apprennent que certaines villes sont placées à des hauteurs prodigieuses , il est impossible d'assigner les limites les plus favorables à l'entretien de la vie, en tant que l'on reste au-dessous des neiges perpétuelles; nous pouvons seulement poser en principe, que, lorsque l'on change de lieu, le choix d'une localité élevée offre des inconvénients réels pour les personnes qui présentent quelques troubles dans les fonctions du cœur et des poumons : les plaines et les vallées leur conviendront beaucoup mieux.
Les habitations situées sur des hauteurs assez considérables pour déterminer une légère accélération des mouvements respiratoires et circulatoires, seront au contraire très-convenables aux tempéraments lymphatiques, aux personnes dont la peau a besoin d être excitée, aux scrofuleux, etc.
Les personnes disposées aux congestions cérébrales, devront, dans les grands abaissements barométriques , éviter tout ce qui pourrait apporter des obstacles à la circulation , comme des vêtements trop étroits, une trop grande réplétion de l'estomac , des efforts musculaires, etc.
§ II. Effets de la fluidité de /air.
•C'est à sa fluidité que l'air doit les mouvements dont il est agité ; tî'est en vertu de cette propriété physique, quil est susceptible de changer autour de nous à chaque instant, et de se renouveler avec une grande promptitude. Les mouvements de l'air , qui constituent les vents, dépendent des variations de la température et de la rotation du globe. Ils seraient encore, suivant quelques auteurs (MM. Beudant, Pelle tan, etc., etc.), dus à l'attraction planétaire; mais cette opinion n'est pas partagée par tous les physiciens.
Nous voyons chaque jour, sous nos yeux, que, lorsque le calorique dilate une couche d'air, cette couche, plus légère, gagnele point le plus élevé du lieu où le phénomène se passe, et est remplacée de suite par une autre couche plus froide, conséquemment plus pesante, qui se précipite à la place de la première. Ce qui se passe en petit dans nos appartements se passe en grand dans l'atmosphère. C'est
par l'application de ce principe, que Ton se rend compte des vents réguliers qui soufflent entre les tropiques, dont ils imitent les saisons, et qu'on désigne sous le nom de moussons. Les brises qui se montrent sur les côtes de la mer, ne reconnaissent pas non plus d'autre cause ; enfin , cette théorie nous servira plus loin à expliquer le renouvellement de l'air au moyen du feu. Si une foule de vents semblent naître au changement de température, ou si celle-ci varie sans qu'on voie survenir de mouvements dans l'air, c'est que ce n'est pas seulement dans le lieu où la température change, que ces mouvements sont sensibles.
La rotation du globe donne lieu à des vents réguliers appelés tenté alises, produits par le retard qu'éprouve l'air dans son mouvement, comparé à celui de la terre. U en résulte qu'en réalité , celle-ci s'avance au-devant de ce fluide qui semble alors souffler en sens inverse de la rotation.
Les effets des vents sur les poumons sont dus aux modifications que ceux-ci apportent dans la température ( voyez le § III et le chapitre Peau); à celles qu'ils déterminent dans les qualités hygrométriques de l'atmosphère, lorsque, après avoir balayé les vapeurs des mers et les avoir rassemblées en nuages, ils distribuent ceux-ci aux diverses régions de la terre (voyez les mêmes articles ) ; à l'influence nuisible ou utile qu'ils exercent en apportant ou en dispersant les émanations délétères {voyez les moyens indiqués pour se préserver des émanations inappréciables à l'eudi orné trie ) ; enfin , certains effets des vents sont dus au choc que ceux-ci produisent sur les voies aériennes , principalement lorsqu'ils sont très-denses et contiennent peu de. caloriques ce choc peut déterminer , chez l'individu qui court contre le vent, des angines, des laryngites, des bronchites.
Il existe des effets produits par certains vents , qui sont assez remarquables pour être mentionnés ici : h'karmatan souffle de Tintérieur de l'Afrique, vers l'océan Atlantique, de la partie de côté, comprise entre le cap Vert ( latit. 15° N. ) et le cap Lopez ( latit. 1° S. ). Il se fait principalement sentir dans les mois de décembre, de janvier et de février... Un brouillard d'une espèce particulière , et assez épais pour ne donner passage , à midi, qu'à quelques rayons rouges de soleil, s'élève toujours lorsque l'harmatan souffle. Les particules dont ce brouillard est formé se déposent sur le gazon, sur les feuilles des arbres et sur la peau des nègres, de telle sorte qu'alors tout paraît blanc... •
u L'harmatan, à raison de sa sécheresse et de sa température ( sa température est de ■+• 29° à l'ombre, et de -+- 40° au soleil ), accélère singulièrement l'évaporation de l'eau. Si ce vent a quelque durée, les
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branches des orangers, des citronniers, se dessèchent et meurent; les reliures des livres, sans excepter même ceux qui sont contenus dans des malles bien fermées, se courbent comme si on les avait exposés , à un grand feu. Les panneaux des portes et des fenêtres, les meubles, dans les appartements, craquent et souvent se brisent.
» Les effets de ce vent sur le corps humain ne sont pas moins évidents : les yeux, les narines, les lèvres, le palais deviennent secs et douloureux. Si rharmatan dure quatre ou cinq jours consécutifs, les mains et la face se pèlent ; pour prévenir cet accident , les habitants du pays se frottent tout le corps avec de la graisse.
» Les fièvres intermittentes sont radicalement guéries au premier souffle de rharmatan ; les malades exténués par l'usage excessif que l'on fait de la saignée dans ces climats , recouvrent bientôt leurs forces; les fièvres rémittentes épidéraiques disparaissent aussi comme par enchantement ; et telle est l'influence de ce vent , que , pendant sa durée, l'infection ne paraît pas pouvoir être communiquée même par l'art. Voici le fait sur lequel on fonde cette assertion :
« En 1770, il y avait à Whydale un bâtiment anglais , VUnity, chargé de plus de trois cents nègres. La petite vérole s'étant déclarée chee quelques-uns de ces esclaves , le propriétaire se décida à l'inoculer aux autres. Tous ceux chez lesquels on pratiqua l'opération avant le souffle de rharmatan , contractèrent la maladie. Soixanteneuf furent inoculés le deuxième jour après que l'harmatan avait commencé à se faire sentir ; aucun d'eux n'eut ni maladie nréruption ; toutefois , quelques semaines après, à une époque ou l'harmatan ne régnait plus , ces mêmes individus prirent la petite vérole , les uns spontanément, les autres par une nouvelle inoculation. Ajoutons aussi que, pendant cette seconde éruption delà maladie, l'harmatan ayant commencé à souffler, les soixante-neuf esclaves qui en étaient attaqués guérirent tous (1). »
Le simum, qui soulève en nuages les sables du grand désert de Sahara, et emporte souvent les molécules les plus ténues jusque sur les côtes de l'Italie et de l'Espagne, est sec et chaud comme l'harmatan ; il détermine sur la peau des picotements douloureux, que quelques ▼oyageurs attribuent à l'électricité, alors abondamment répandue dans l'atmosphère. Ce vent est le même que celui qui est désigné en Italie sous le nom de siroco.
Les collas des Philippines, « vents du sud-ouest, pendant lesquels la pluie tombe par torrents , la mer se soulève avec furie , les rivières
(>) Premier Compte rendu des travaux de l'Académie royale de médecine , pnr M. Double (Mémoires de V Académie royale de médecine , tome 1er; Taris, 1828, iu-4», page 299 et suiv.).
débordent, la terre reste couverte d'un brouillard épais , et le sol est agité de légers tremblements , » sont regardés comme propres à rétablir l'équilibre de l'atmosphère. Pendant le séjour du capitaine La Place dans les parages deLuçon , en 18âl , une épidémie de grippe se déclara à terre et à bord de la Favorite, fit de nombreuses victimes , et fut prorapteroent suivie de l'apparition du choléra. Ce fléau décimait la population de Luçon quand le colla survint : le choléra disparut et la grippe diminua beaucoup.
Les moyens propres à mettre obstacle à la violence des vents et aux ravages qu'ils causent, sont les grandes plantations. Autant les bois placés dans les lieux inférieurs peuvent être nuisibles lorsqu'ils entretiennent une humidité constante et funeste , et interceptent la circulation de l'air , autant sont utiles ces vastes forêts qui couronnent les montagnes : elles alimentent les sources , tempèrent l'action des vents, abritent les contrées et contribuent à l'amélioration du territoire et à la conservation de l'espèce humaine.
S III, — Effets déterminés primitivement sur les organes respiratoires, par les diverses températures de l'air et par ses qualités hygrométriques.
Bien que la quantité de chaleur émise par le soleil soit probablement invariable , il est néanmoins une infinité de circonstances qui en modifient l'accumulation dans les divers points de la surface de notre planète. C'est ainsi que l'obliquité, toujours croissante des rayons solaires, à partir de l'équateur, est la principale cause de la diminu- * tîon progressive qu'on observe dans la température, à mesure que la latitude augmente; mais dans une même zone, les dispositions suivantes exercent une influence analogue ; ainsi :
1° Un sol calcaire et sablonneux , réfléchissant avec énergie les rayons solaires, contribue puissamment à l'accroissement de la chaleur.
2° La température décroit à mesure qu'on s'élève au-dessus du niveau de la mer : sous l'équateur , il se rencontre telle montagne dont la base est dévorée de feux brûlants , dont la partie moyenne offre les conditions des zones tempérées , et dont le sommet est en tout temps couvert de neiges. On a calculé qu'il existe un abaissement d'un degré pour 175 à 200 mètres d'élévation ; que cette diminution de température se continue ainsi jusqu'à S000 mètres environ, et qu'au delà de cette hauteur elle diminue plu8 rapidement.
â° L'inclinaison des terrains influe encore en plus ou en moins sur la température , suivant qu'elle diminue ou augmente l'obliquité des rayons solaires.
4° L'évaporation des eaux rafraîchit les lieux qu'elles avoisinent :
ainsi la chaleur ne s'élèvera jamais autant dans une ile que dans un continent, quand même Tune et l'autre seraient sous la même latitude et à la même élévation au-dessus du niveau des mers.
5U Enfin , les vents font varier la température de l'atmosphère , suivant la nature des pays qu'ils ont traversés, et qui leur ont enlevé ou cédé du calorique , donné ou soustrait de l'humidité.
Toutes ces influences, auxquelles on pourrait joindre une infinité d'autres qui ont été énoncées en parlant des climats dans nos Prolégomènes (voyez t. 1er, p. 18 et suiv.), impriment à la chaleur de l'air les modifications les plus variées ; mais sans nous arrêter à les étudier en elles-mêmes, nous les accepterons comme un fait, et nous chercherons à déterminer les effets qui peuvent en résulter sur l'appareil respiratoire.
< Dans les circonstances ordinaires, l'air que nous respirons peut varier, dans le cours d'une année, de — 15° à h- 80°; nous partagerons cette échelle de variation en trois sections: la première, s'étendant de — 15° à 0°, sera désignée sous le nom d'air froid; la deuxième comprendra l'intervalle qui sépare le 0° du 15« degré au-dessus, et sera désignée sous le nom dW tempéré; et enfin le nom d'air chaud s'appliquera à celle dont la température dépassera ce second terme. 11 en est de même pour 1 état hygrométrique, avec cette différence cependant , que les effets sur l'économie dépendent moins de la quantité absolue d'humidité, que du rapport entre cette quantité et celle qui pourrait exister eu égard à l'état thermométrique. C'est ainsi qu'un air chaud produira sur nous les effets d'une grande sécheresse, accusée elle-même parles indications de l'hygromètre, bien qu'il renferme une quantité absolue d'eau beaucoup plus considérable que celle qui se trouverait mêlée à de l'air très-froid au sein duquel l'hygromètre marcherait vers l'humidité extrême.
Il est encore à propos de remarquer que les effets que nous éprouvons de la température de l'air sont subordonnés à la température qui l'a précédée, et conséquemment à l'état dans lequel se trouvent nos organes au moment où cet air vient à les frapper. Nous verrons par la suite, que c'est à cette cause qu'on doit rapporter les effets si différents de la même température aux diverses époques de Tannée. Cette considération est d'une haute importance pour l'étiologie de certaines affections pulmonaires, puisque le même air pourra exciter ou calmer , suivant la température de l'air qui Va précédé. Cette observation mérite d'autant plus d'être prise en considération, que, malgré les divisions établies ci-dessus, il n'y a réellement pas de parité entre l'air de 0° à 2° et celui de h- 1 S° à ■+- 1 S°, bien qu'ils soient renfermés dans In même section.
438 UrGIÊNE DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE.
1° Air tee et chaud. — Le premier effet, sur le poumon, de la chanteur sèche, est de fournir à cet organe un air plus dilaté, un air qui, sous un volume donné, est plus rare, plus léger, et contient moins de matériaux respirables que l'air froid , qui est plus rapproché , plus dense et spécifiquement plus pesant.
Quand la température n'est pas montée à un haut degré , ce n'est guère sur les fondions du poumon que l'air chaud et sec fait sentir ses effets d'une manière marquée ; il agit beaucoup plus par voie de sensation ; il détermine sur les nerfs de la peau une impression excitante, agréablement perçue par le cerveau. Cependant la légère accélération des fonctions respiratoire et circulatoire peut tenir aussi à ce que le poumon , recevant , à chaque inspiration , un aliment raréfié et insuffisant, se trouve obligé de répéter plus souvent le mouvement inspira toire, pour recouvrer, par la multiplicité de ses actes , ce qu'il perd par leur peu d'étendue.
Les effets d'une température de 15 à 20 degrés sont donc, pour l'habitant de nos climats, une augmentation de l'activité organique, une accélération de tous les mouvements, une exécution plus prompte et plus facile de toutes les fonctions: ce sont là les effets qu'on observe au retour du printemps, après un hiver froid et humide. Ces effets varient, au reste, suivant les individus. Il est des hommes ardents sur lesquels une température de-*- 20° produit des effets à peine déterminés chez des hommes apathiques par une température de ; je veux dire que les premiers ressentent déjà l'effet stupéfiant de la chaleur, quand les derniers en sentent à peine l'effet stimulant.
Si la chaleur est plus considérable, qu'elle arrive, par exemple, à 80°, l'air se trouve considérablement raréfié ; il survient une diminution très-notable dans la quantité des principes propres à la respiration: or , comme la sensation du besoin de respirer est la plus impérieuse de l'économie, l'homme est en proie à la souffrance, parce que le sens pulmonaire ne trouve pas , dans la masse atmosphérique, la quantité d'aliment qui lui est nécessaire; il multiplie les inspirations, il élève fortement la tête , comme pour donner accès à un volume plus considérable d'air , il s'inquiète, s'agite, éprouve en partie l'angoisse de l'animal qui, rapidement privé d'air, se débat sous le récipient de la machine pneumatique. Cet état est d'autant plus déchirant, qu'à la souffrance du sens pulmonaire se joint l'exaspération dn cerveau, le désespoir de trouver autre part l'air qui manque dans le lieu où l'on est.
Une température de 2o° produit, sur l'homme qui n'y est pas habitué, un état de pléthore factice : les liquides animaux paraissent
entrer en expansion ; les veines sont gonflées , les congestions cérébrales imminentes , les maux de tête fréquents.
Si le calorique est encore plus abondamment répandu dans l'atmosphère , l'homme éprouve une véritable asphyxie.
Il est assez rare que les choses arrivent à ce point , à moins que l'homme ne soit subitement soumis à une haute élévation de température à laquelle il n'est pas habitué. On voit , dans les années trèschaudes, des moissonneurs tomber morts de chaleur ; mais ces morts subites sont-elles dues à l'asphyxie ou à une congestion cérébrale? c'est ce qu'il faudrait éclaircir. Le plus ordinairement , sous l'influence d'une haute température habituelle, les besoins des poumons diminuent peu à peu ; ces organes semblent se rétrécir, devenir moins vivants ; le thorax perd de sa largeur, et l'homme n'éprouve plus le même besoin d'un air riche de principes respirables.
Par une conséquence nécessaire de cet effet consécutif, une chaleur habituelle fait perdre à l'homme, comme à tous les animaux à sang chaud, un peu de sa faculté de produire de la chaleur, de même qu'un froid modéré accroît cette faculté: c'est pour cela que les baissements subits de température sont plus préjudiciables en été qu'en hiver. Ce résultat auquel conduit le raisonnement , et que l'observation de tous les temps a rais hors de doute, est encore appuyé par les expériences de M. Edwards. Ce physiologiste a soumis, pendant l'été, des oiseaux adultes à l'action d'un froid artificiel, et a reconnu qu'au bout de trois heures ils avaient perdu , terme moyen , de 5 à 6° de leur température primitive, tandis qu'en hiver le refroidissement n'atteignait pas un demi degré.
Georget prétend que la difficulté de respirer et l'étouffement, qui surviennent dans une température chaude, ne doivent pas être attribués à la raréfaction de l'air, mais à l'affaiblissement des muscles ins. pirateurs. Les effets de la chaleur sont , pour ce physiologiste , des effets cérébraux déterminés par la perception d'impressions transmises parles extrémités nerveuses cutanées (i). Les phénomènes cités plus haut peuvent bien reconnaître en partie pour cause une action énervante; mais la dilatation de l'air nous a semblé jouer, dans leur production, le principal rôle ; sans cela nous aurions rapporté ce passage à l'hygiène de la peau.
Les effets de la chaleur de l'atmosphère sur les autres organes paraissent résulter, plus que les précédents , de l'impression faite à la peau, considérée soit comme organe de tact , soit comme organe de sécrétion ; comme nous ne les avons point mentionnés en traitant du
(>) Physiologie du système nerveux.
sens du tact, nous croyons pouvoir le faire ici. Nous eussions de même pu reporter rénumération de ces effets dans la section où la peau est considérée comme organe sécréteur. Ce sont les suivants : faiblesse musculaire , oppression de facultés intellectuelles ; quelquefois, surtout pendant les nuits , excitation cérébrale, portée au point de produire l'insomnie; exhalation cutanée abondante, urine plus rare et plus colorée ; renouvellement fréquent de la soif; répugnance pour les aliments tirés du règne animal ; préférence marquée pour les végétaux , pour les fruits acides , pour les boissons fraîches et aigrelettes; appétit moins vif; action assimilatrice de l'estomac moins énergique ; diminution de l'embonpoint ; disposition aux affections du foie.
Si la température de l'air est continuellement très^élevée , comme cela a lieu dans les climats chauds , le cerveau et les autres organes perdent leur énergie: on devient indolent, paresseux, peu propre aux travaux de l'esprit et aux exercices du corps ; 1 épuisement du système nerveux commande le sommeil, même au milieu du jour; la force assimilatrice de l'estomac , considérablement affaiblie , ne peut plus supporter que les végétaux et les boissons. Une autre cause de débilité est la déperdition excessive des fluides perspiratoires. Cette cause, néanmoins, n'entre pas pour autant qu'on le pense dans la production de l'accablement, de la stupeur, de rabattement qui résultent d'une température embrasée ; car on est abattu par la chaleur , avant que l'effet des déperditions perspiratoires ait pu se faire sentir, ainsi que j'en ai moi-même fait l'expérience, en passant, traîné dans une voiture douce et rapide, des sommets frais des montagnes dans une plaine aride et très-chaude.
Les effets énervants attribués à une haute température, tant chez les personnes qui n'y sont pas habituées que che* celles qui y sont continuellement exposées, ne sont pas toujours aussi prononcés. Lorsque le ciel est parfaitement pur, lorsqu'il ne s'y rencontre aucun nuage, on peut conserver , malgré une très-haute température , beaucoup d'énergie et d'activité. Nous pouvons quelquefois vérifier cette observation dans nos climats, et nous convaincre, d'après ce qui se passe à l'approche des orages, que les effets énervants de l'air chaud peuvent être en grande partie attribués à l'électricité.
Une température chaude a encore pour résultat de compliquer de symptômes cérébraux la plupart des maladies , de multiplier les accès des hystériques et des épileptiques.
Le passage d'une température moyenne à une température élevée est très-favorable au développement de la folie et de l'hypochondrie.
Une température chaude et sèche ayant, pour résultat de dévelop-
per cette constitution sèche qui fait un des attributs du tempérament bilieux , convient mi tempéraments lymphatiques et aux personne* affectée» de scrofules ; elle est également favorable à celles qui sont atteintes de douleurs rhumatismales. Elle est éminemment nuisible aux tempéraments bilieux, secs, aux personnes irritables, surtout lorsqu'elles sont habituées de vivre dans des climats froids.
On conseille journellement aux individus affectés de maladies de poitrine, l'habitation des pays chauds ;mais si ce conseil est salutaire pour les personnes atteintes d'affections calarrhales (et on ne saurait le nier), rien ne prouve encore qu'il soit avantageux aux phthisiques. On sait que la phthisie est loin d'être rare dans certains pays chauds, tels que Naples , Home i Gibraltar , les Indes-Orientales, et qu'ils ne sont nullement propres à arrêter la marche de ta maladie ehez les individus qui en font leur séjour habituel j mais ce que Ton ne sait pas, et ce que M. Gostallat a dernièrement demandé à faire expérimenter , c'est si un phthisiqnc d'un pays tempéré trouverait quelque soulagement en changeant son séjour pour un pays chaud. En supposant qne la question fiât résolue affirmativement, il ne faudrait pas oublier que dans un pays très-chaud l'accélération de la respiration , produite par la raréfaction de l'air , ne peut qu'être funeste aux affections de poumon , et que si les pays chauds sont convenables pendant l'hiver, il est nécessaire de leur préférer en été des pays tempérés, qui n'accélèrent pas autant les actes de l'appareil pulmonaire.
On se procure artificiellement un air chaud et sec à l'aide du feu ( voyex Habitation )•
Ou diminue la chaleur, 1° en empêchant les rayons du soleil de pénétrer dans les appartements ; en faisant de fréquentes aspersions d'eau Sur le sol , sur les murs et même à l'extérieur de l'habitation; en établissant des jets d'eau au milieu de salles spacieuses : par ces moyens la température est abaissée de tout le calorique qne l'eau enlève à Ysàr pour passer à l'état de vapeur j 2° en établissant des communications avec des caves : on tait que dans nos climats la température de celles-ci se maintient à peu près à -h 11», quelle que soit la température extérieure; 8° enfin, en usant d'une ventilation convenablement ménagée : par ce moyen, qui, sans abaisser réellement la température , nous communique pourtant une sensation de fraîcheur très-réelle, la couche d'air qui nous touche immédiatement est assez souvent enlevée pour n'avoir pas le temps d'arriver au niveau de ht température de notre corps.
On diminue la production de la chaleur animale en évitant toutes le* causes qui activent la circulation ; il n'est nécessaire, pour cela
que d'écouter les sensations de l'organisme. On s'abstient donc de tous les modificateurs gastriques qui développent beaucoup d'excitation , tels que les aliments tirés du règne animal, les boissons spiritueuses, etc.
On facilite l'expulsion du calorique animal , 1° en satisfaisant la soif à l'aide de boissons rafraîchissantes abondantes : elles fournissent des matériaux à l'évaporation cutanée et pulmonaire, sécrétions qui, comme nous le dirons dans une autre section , ont principalement pour usage de débarrasser l'économie de l'excès de calorique qu'elle peut contenir j 2° en prenant un peu d'exercice musculaire : il agit à peu près de la même manière : lorsque j'ai habité des pays chauds, j'ai remarqué que si, contre l'avis des gens du pays, je déterminais, par des exercices pris même en plein jour, une abondante exhalation cutanée, je faisais disparaître cette difficulté de respirer et cette pléthore passagère que produit un excès de calorique ; 3° en usant de bains frais, et en portant des vêtements légers et d'une couleur claire ( voyez la troisième Section ).
On trouve un exemple de la température chaude et sèche , à un degré extrême, dans les déserts de Sahara et de l'Arabie.
2° Température chaude et humide. — Sur tous les points du globe, les masses d'eau cèdent insensiblement à l'atmosphère, qui les rend d'une autre manière, en une plus ou moins grande quantité des molécules qui les composent : ce phénomène se nomme évaporation. Il dépend du calorique qui met en expansion les molécules de l'eau ; il n'est point dû, comme on le croyait, à la faculté qu'a l'air de dissoudre l'eau, puisque 1 evaporation a lieu dans le vide bien plus promptement que dans l'air.
L'évaporation est d'autant plus considérable que ce fluide est plus chaud, plus agité, et en contact avec des surfaces d'eau plus étendues.
L'eau en vapeur augmente le volume de l'air et diminue sa pesanteur spécifique.
Quand l'air est très-chaud , il peut se saturer d'une très-grande quantité d'eau , sans que celle-ci soit sensible à nos instruments hygrométriques ; dans ce cas, il parait chaud et sec : l'eau est alors à l'état latent.
Mais si l'air reçoit plus d'eau de la surface des mers qu'il n'en peut contenir à cet état latent, ou bien si la température de l'air sec diminue, et n'est plus assez considérable pour conserver la vapeur dontil s'était emparé; en un mot, si une caisse quelconque fait que la quantité de vapeur surpasse la capacité de saturation de l'air , cette vapeur se condense ; alors la présence de l'eau dans l'air devient sensible, sans qu'il soit nécessaire de recourir à des instruments particuliers.
Ensuite , suivant son degré de condensation , cette eau , on reste suspendue dans l'air , et se montre sous la forme de brouillards , de nuages, ou, se condensant davantage et reprenant 1 état liquide, elle se précipite sous la forme de pluie, de grêle ou de neige.
L'air chaud est donc celui qui peut contenir le plus d'eau. Alors même qu'il nous parait sec, il en contient encore plus que l'air trèsfroid et humide. L'air froid et sec est celui qui contient le moins d'eau et qui est le plus dense. Celui dont nous allons examiner les effets est le plus chargé d'eau , puisque la quantité de ce liquide excède la saturation de l'air chaud, celui qui peut en oontenir le plus. La conséquence que nous devons tirer de ce qui précède, c'est qu'une température chaude et humide est celle qui contient le moins d'air respirable.
Les effets de cette température sont donc sur les poumons les mêmes que ceux de la précédente ; seulement ces effets sont beaucoup plus prononcés : sous son influence débilitante, l'homme respire avecpeine; tous les organes sont jetés dans une langueur excessive ; le sang artériel est moins vivifiant, ou n'est pas suffisamment renouvelé; le système nerveux est comme frappé de stupeur: aussi le moindre mouvement est pénible. Souvent on éprouve dans les oreilles des bourdonnements semblables à ceux qui précèdent une syncope. L'habitant du nord de la France, transporté sur les bords de la Méditerranée, à Montpellier , par exemple, pendant le mois d'août , y peut éprouver ces effets, quand le vent qu'on appelle le marin vient à régner. Dans cette circonstance, V air perd un peu de sa transparence ; les vêtements , surtout le feutre des chapeaux, deviennent mous ; la chaleur est accablante , et les habitants du pays prétendent qu'il n'est pas sans danger, à cause du voisinage des étangs qui fournissent les vapeurs, de sortir, par cette température, le matin ou le soir. La température chaude et humide s'observe dans les pays tropicaux pendant la saison des pluies.
Comme l'air chaud et humide est la condition la plus favorable à la décomposition des substances végétales et animales , et qu'en même temps cet air est le plus propre à se charger des émanations putrescentes qui en résultent, il peut devenir , sous ce rapport, une des causes prédisposantes de deux redoutables affections , la fièvre jaune et la peste ; c'est aussi sous son influence que se développent les lièvres intermittentes et beaucoup de maladies épidémiques et contagieuses.
La température chaude et humide ne convient plus, comme la température chaude et sèche, aux tempéraments lymphatiques ; elle paraît même développer ce tempérament chez les hommes qui mènent
nue vie sédentaire. Elle peut être avantageuse aux personnes d'une constitution sèche, dont les organes sont irritables, aux individus atteints de phlegmasies aiguës.
Cette température, si l'on s'en rapporte à l'expose donné par M. Moreau de Jonèsdans son Tableau du climat des Antilles, serait favorable, sinon à l'activité, du moins à la régularité des fonctions de l'organe respiratoire ; car les maladies qui les atteignent ne sobserveut guère pendant l'hivernage, durant lequel on a tant d'occasions de remarquer des phlegmasies cutanées. Celles-ci, au contraire, se dissipent au retour de la saison sèche, sont remplacées par les angines gutturales, les catarrhes pulmonaires, les coqueluches, les pleurésies, etc.
On produit artificiellement une température chaude et humide en vaporisant de l'eau , à l'aide de la chaleur , dans les appartements. On ne se soustrait complètement aux effets de cette température qu'en changeant de pays.
On peut , en médecine , tirer parti d'une température chaude et humide, dans los bronchites et les pneumonies aiguës. Elle parait nuisible dans les névroses de la poitrine ; du moins elle ne parait fournir qu'un aliment insuffisant à la respiration des asthmatiques qui, dans leurs attaques éprouvent tous un vif besoin d'air frais.
3° Température moyenne. — Nous avons désigné sous ce nom, en commençant ce chapitre, celle qui n'est pas supérieure à h- lô°, ni intérieure à 0°. C'est en général pour Paris la température de l'automne et du printemps, et même d'une partie de l'hiver. Ce qui montre jusqu'à quel point il est nécessaire de tenir compte, comme nous l'avons proposé, des conditions antérieures dans lesquelles l'homme se trouve, c'est la différence d'effets que présentent, sur les phthisiques, par exemple, les mois d'octobre et d'avril, dont la température moyenne est sensiblement la même. On sait que la mortalité est beaucoup plus grande parmi ces malades pendant le premier que pendant le second de ces mois, bien qu'Hippocrate ait dit : Auiumnus tabidis pessimus , proposition qui, sans doute, était vraie pour les pays dans lesquels observait ce grand homme. Quoi qu'il en soit, la température dont nous parlons est sans contredit , celle qui maintient les fonctions des organes respiratoires dans le plus juste équilibre, et assure le mieux la plénitude et l'énergie de l'ensemble des fonctions. Si elle ne fait point acquérir à l'homme cette charpente osseuse et musculaire qu'on trouve dans le Nord , elle le préserve de la sensibilité convulsive des peuples méridionaux. C'est dans cette température moyenne qu'on retrouve ce tempérament mélangé, qui tient à la fois du bilieux et du sanguin, cet heureux équilibre de la vigueur des muscles et de l'activité du système nerveux, cette heureuse alliance des dons de
l'esprit et de ceux du corps. On comprend, d'ailleurs, sans qu'il soit nécessaire d'insister sur ce point , que , pour certaines personnes , l'air humide est moins avantageux que l'air sec, en ce qu'il prédispose aux affections oatarrhales , et qu'il favorise le développement des scrofules et du rhumatisme, par conséquent la péricardite.
C'est en général en Europe et dans la partie septentrionale de l'Amérique que se rencontre cette température.
4° Température froide et sèche. — C'est celle de l'hiver dans nos climats. Ses effets sur le poumon se rapprochent de ceux que nous avons exposés en parlant de la pesanteur de l'air. Le froid , condensant donc l'air , que dilatait le calorique , fournit, lorsqu'il ne contient pas d'humidité, une abondante alimentation aux poumons , développe ces organes, et donne pour résultat une constitution riche de sang artériel , des muscles colorés , des organes athlétiques , en un mot , les attributs du tempérament sanguin.
L'hématose abondante qui résulte d'un air dense par une température froide et sèche, n'est pas la seule cause de la pléthore et de l'augmentation de la force musculaire ; il faut encore tenir compte de la diminution de la transpiration, de la plus grande fréquence des mouvements, de l'appétit plus vif, de la digestion plus prompte, des excrétions alvines moins répétées , etc. Cependant, quelques excrétions se manifestent plus abondamment pendant une température froide : ce sont les exhalations des membranes muqueuses , principalement de la nasale et de la bronchique, et l'excrétion rénale.
Pour que le froid sec produise des effets toniques , il faut que les individus qui y sont soumis aient de bons vêtements et une bonne alimentation , et qu'il ne soit pas assez considérable pour empêcher les organes de réagir vivement. Sans cela, le froid serait débilitant, comme cela a lieu chex les individus d'une constitution lymphatique nerveuse, chei les personnes mal nourries, mal vêtues, affaiblies par l'âge ou les maladies, chet les nouveau-nés : il est nuisible à tous ces individus. Dans les hôpitaux de vieillards , on observe toujours une coïncidence marquée entre l'abaissement de température et l'élévation du chiffre des maladies aiguës, dont les cinq sixièmes sont des pneumonies, et l'on doit se rappeler ce que nous avons dit (art. Tact% lre partie) de la mortalité chex les enfants du premier âge , pendant les mois froids de l'année et dans les départements du nord.
La température froide et sèche prédisposeaux congestions sanguines du cerveau, aux phlegmasies de poitrine, aux hémorragies, etc. Pendant cette température il y a pléthore réelle de tous les organes intérieurs, parce que les pertes sont moindres et les matériaux réparateurs plus abondamment introduits , peut-être aussi parce qu'il existe
une diminution presque permenante du calibre des vaisseaux extérieurs; pendant les chaleurs, au contraire, la pléthore n'est que factice, et résulte d'un sang plus dilaté, mais moins abondant. La constitution atmosphérique froide et sèche est nuisible dans les maladies aiguës.
On favorise le développement d'une réaction propre à lutter contre l'impression du froid, au moyen de l'exercice musculaire ( voyez lre partie, 3e section), au moyen des aliments fibrineux , des boissons fermentées, etc. (voyez les sections précédentes). On s'oppose à l'enlèvement du calorique de l'économie au moyen de vêtements chauds ( voyez le chapitre Peau); on élève la température au moyen d'appartements convenablement construits , et d une bonne disposition des feux ( voyez Habitation).
Nous ne pouvons nous étendre ici davantage sur l'air froid et sec ,* car, quel que soit son mode d'agir, que son action soit resserrante , répercussive, enfin mécanique, comme la présentent tous les auteurs, ou qu'elle soit, comme le prétend Georget, une simple sensation , toujours est-il vrai que jamais les poumons n'en éprouvent d'autres effets que ceux que nous venons d'énoncer, et l'on peut assurer que, dans l'état sain, la texture de ces organes est disposé de manière que les nerfs pulmonaires n'éprouvent nullement la sensation désagréable produite par l'air froid. Nous renvoyons donc à l'article Peau ce qui a rapport aux congélations, ce qui enfin nous reste à dire de l'air froid et sec ( voyez Organes sécréteurs).
b*° Température froide et humide, — L'air froid et humide, qui a sur toute l'économie et même sur les organes respiratoires une influence si marquée, exerce principalement cette influence par l'intermédiaire de la peau , qu'il affecte, soit en modifiant ses fonctions sécrétoires , c'est-à-dire celles des fonctions de cette membrane qu'on appelle organiques, soit en produisant sur la peau une impression perçue douloureusement, c'est-à-dire en agissant sur ses fonctions animales, en agissant par voie de sensation. Nous avons traité de ce dernier objet à l'article Tact (lre partie); nous nous occuperons du second en parlant des organes sécréteurs (voyez plus loin l'article Peau, section des organes sécréteurs).
§ IV. — Effets déterminés par les propriétés chimiques de Voir et par les causes qui peuvent altérer ou vicier ce fluide.
Nous avons dit précédemment que l'air n'est point un corps simple, mais qu'il est composé de soixante-dix-neuf parties de gaz azote , et de vingt-une parties de gaz oxygène; que ces deux éléments sont presque toujours mêlés à une très-petite quantité d'acide earbonique ; établissons maintenant les changements que l'air subit dans la respi-
ration. Ils consistent , 1° dons la disparition d'une portion de son oxygène; 2° dans la formation d'une certaine quantité d'acide carbonique ; 3° dans un dégagement de vapeur d'eau ; enfin, l'absorption et l'exhalation d'azote , pendant la respiration , ne peuvent plus aujourd'hui être contestées, et , suivant une foule de circonstances dépendantes ou non de l'individu , la proportion de ce gaz, dans l'air expiré, se trouvera augmentée , invariable ou diminuée.
Pour bien apprécier les troubles organiques qui résultent des altérations de l'air, en saisir bien la cause, il faut se rappeler que les effets principaux produits par l'air non altéré, sont: 1° la conversion du sang veineux, qui est d'un pourpre noirâtre, en sang artériel, qui est d'un rouge vermeil ; 2° la formation complète ou partielle de la chaleur animale, qui est toujours en raison directe de l'étendue de la respiration. Bichat, pour prouver le premier de ces deux effets, adapte à l'artère crurale ou à la carotide d'un animal vivant un tube à robinet , en adapte un autre à la trachée-artère, au moyen duquel il peut interrompre à volonté l'entrée de l'air ; le sang qu'il fait couler de l'artère est ou vermeil , ou noirâtre , suivant que le robinet de la trachée est ouvert ou fermé. Le second effet de l'air sur l'économie est constaté par l'observation des animaux : ceux dont la respiration est très-étendue, comme les oiseaux, sont doués de beaucoup de chaleur animale ; ceux qui respirent très-peu et que l'on appelle animaux à sang froid, sont doués de très-peu de chaleur ; ceux qui, seulement pendant la moitié de l'année, ne respirent pas, comme les marmottes et les loirs, ont, pendant ce temps, le sang froid ; il redevient chaud quand la respiration reprend son cours.
Les deux phénomènes dont nous venons de parler, changement du sang et formation do la chaleur, sont d'autant plus prononcés que l'air que l'on respire est plus pur , plus dense , conséquemment plus frais. Ces phénomènes se prononceraient encore davantage , et l'on périrait par un véritable excès de vie , si l'on augmentait dans l'air la proportion d oxygène. Ils diminuent , au contraire , par toutes les causes qui diminuent les proportions de ce gaz , parce que cette diminution rend l'air plus ou moins irrespirable.
Ceci reconnu , passons en revue les causes qui altèrent la pureté de l'air , et indiquons les moyens de les éloigner. Ces causes pourraient être divisées en trois classes. La première comprendrait les causes qui privent simplement l'air de son principe respirable ; la seconde classe, celles qui ajoutent à l'air, des gaz, des vapeurs ou des émanations délétères; la troisième classe comprendrait les causes qui mêlent à ce fluide des corps irritants, mais qui n'agissent que mécaniquement. Il n'est guère possible de suivre strictement cette division,
parce que souvent plusieurs de ces causes se réunissent ; nous ne nous y astreindrons pas, mais nous nous en éloignerons le moins
ARTICLE PREMIER
De l'air altéré par les produits de la fermentation alcoolique, dans la préparation du vin, du cidre et de la bière, etc.
Le gaz acide carbonique , que l'on rencontre aussi dans les foors a chaux, dans certaines cavités souterraines , etc., etc», est parmi les produits de la fermentation spiritueuse, le seul agent dont nous ayons à nous occuper iei. Lorsque ce gaz forme seulement la cinquième partie de l'air atmosphérique, il asphyxie en deux minutes. Les accidents qu'il produit sont la pesanteur de tète, suivie le plus ordinairement d'une vive céphalalgie, un sentiment de compression à la région des tempes , l'engourdissement des membres , on serrement de poitrine, des étourdissements , la perte de connaissance, la suspension de la respiration, puis de la circulation. Le cadavre des personnes qui ont succombé à ce genre d'asphyxie, conserve pendant longtemps sa chaleur et sa flexibilité; à l'ouverture , on trouve les poumons et le cerveau gorgés de sang noir.
On reconnaît la présence de ce gaz aux caractères suivants : il éteint les corps en ignition, précipite l'eau de chaux en blanc (précipité de carbonate de chaux), et rougit Ytnfumsm de tournesoL Four constater ces caractères, on recueille le gaz, en vidant, dans le lieu où Ton présume sa présence , une bouteille remplie de sable seo , pais on la bouche : le gaz prend la place du sable.
On prévient les accidents qu'il détermine , en ne multipliant pas trop les cures des celliers, en pratiquant aux murs de ces lieux, des portes et des fenêtres opposées et propres à entretenir mt courant d'air assez rapide pour enlever le gaz à mesure qu'il se produit ; en recommandant aux ouvriers de ne jamais baisser la téte sur la cuve, de travailler toujours plusieurs ensemble afin de pouvoir s'entresecourir, et de ne jamais entrer sans précaution dans une cave où la fermentation des vins nouveaux aura défoncé plusieurs tonneaux. Des précautions analogues seront prises relativement aux tours à chaux. Enfin , on ne pénétrera dans les lieux qui ont été longtemps fermes . dans les cavités souterraines, qu'après qu'on se sera assuré qu'un corps enflammé y peut continuer de brûler sans diminution sensible d'intensité dans la flamme.
Outre le renouvellement de l'air par les procédés qui vont être exposés dans l'article suivant, on peut détruire une partie du gar.
acide carbonique en le faisant absorber par des lessives alcalines, du lait de chaux. Pour cela, il suffit de plonger, pendant deux minutes, dans l'eau cinq à six livres de chaux vive; quand la chaux est réduite en poudre, on ajoute de l'eau pour la délayer, et on lance ce liquide, bien reukué et troublé, dans les lieux chargés du gax méphitique. Une livre de potasse ou de soude caustique, dissoute dans une grande quantité d'eau, produit le mêmé effet.
Si, pour sauver une personne asphyxiée, l'on avait à pénétrer dans un lieu où l'air est vicié par ce gaz , on devrait user d'un appareil respiratoire. Indiquons, dans cet article, en quoi consiste cette sorte de moyen hygiénique que l'on met en usage dans une infinité de circonstances.
Appareils respiratoires, — Tous les appareils respiratoires ont pour but de faire arriver un air pur dans les poumons lorsque l'on est plongé dans un milieu délétère .
Les appareils respiratoires sont modifiés selon les lieux et selon le méphitisme qui y règne.
Quand le milieu irrespirable se trouve à une petite distance de l'atmosphère respirable, l'air est conduit de l'atmosphère à la bouche, au moyen d'un tuyau plus ou moins long. Parent Duchâtelet avance que si la longueur des tubes respiratoires n'est que de 20 à 30 mètres, un diamètre de 20 millimètres sera suffisant ; mais que, pour les 20 mètres en longueur qui suivront, le diamètre devra être augmenté de 20 autres millimètres , et successivement, de manière à ce que le ttiyau aille toujours croissant en diamètre de la bouche jusqu'à l'endroit qui est fixé au dehors, et où on puise l'air qui est destiné à la respiration (Annales d'Hygiène, 1. 1, p. 440). Mais il est plus que douteux que la respiration puisse s'effectuer , même pendant quelques instants, à* l'aide d'un appareil semblable : aussi a-t-on proposé de refouler l*air dans l'intérieur du tuyau par un mécanisme quelconque ; et le mérite principal de l'invention de M. Paulin, lieutenantcolonel , commandant le corps des sapeurs-pompiers de Paris , est d'avoir fait servir à cet usage la pompe ordinaire à incendie.
Quand le milieu irrespirable est à une très-grande distance de la surface du sol, par exemple , dans les profondes galeries des mines , le tube qui est appliqué sur la bouche communique à un réservoir d'air que l'ouvrier porte sur son dos, comme un sac de soldat, ou qu'il traîne après lui , sur un léger chariot , dans le cas où il aurait besoin de séjourner et de travailler au milieu du mauvais air. Quand le réservoir doit être porté sur le dos , sa capacité est ordinairement de 6 pieds cubes et demi ; savoir : S pieds de long , 22 pouces de large, 14 pouces d'épaisseur. Le volume d'air contenu dans un pareil
réservoir est à peu près celui qui est nécessaire à un homme pour respirer pendant quinze à seize minutes.
Si Ton a pour objet de faire servir à la respiration la portion d'air qui se rencontre dans des lieux remplis de poussières ou de vapeurs nuisibles , ou même méphitisés par des gaz dangereux , on a recours à un autre système d'appareil, dont les uns tamisent simplement l'air, et le purifient des corps qui l'altèrent d'une manière mécanique, et dont les autres neutralisent , au passage , les gaz délétères , abaissent sa température , etc. Nous reviendrons en autre lieu sur ce système d'appareils.
Ceux des appareils respiratoires dans lesquels l'air ne subit aucune modification chimique ont été connus de toute antiquité , et décrits par des écrivains du ive siècle.
L'appareil de Pilâtre de Rosier est une application du premier système. Il consiste en une espèce de masque ou de nez en fer blanc , qui se fixe au-dessus de la bouche et qui s'attache solidement à la tête , par une double courroie de cuir ; à ce masque est adapté un tuyau de plusieurs mètres de long, fait en taffetas ciré, et tenu dilaté par une spirale de fil de fer. La commission chargée de suivre les expériences de Pilâtre de Rosier , l'a vu , muni de son appareil , pénétrer et circuler, sans éprouver la moindre incommodité , dans une cuve de brasseur où il avait h à 5 pieds de gaz acide carbonique audessus de la tête , y rester plus d'une demi-heure , tandis que des animaux qu'on y descendait , tombaient asphyxiés à ses pieds. L'appareil de Pilâtre de Rosier sert également à plonger au fond des eaux. Oreilly rapporte {Annales des Manufactures) qu'en 1787 , Klinger , ainsi que plusieurs ouvriers, descendit, à Breslaw, dans l'Oder, aune profondeur de 6 à 7 mètres, y scia des troncs d'arbres , attacha avec des cordes, des masses pesantes englouties au fond du fleuve, etc. , tandis qu'un aide , placé sur le rivage , tenait les tubes respiratoires ouverts pour l'entrée de l'air.
M. le lieutenant-colonel Paulin, que nous avons cité plus haut, a imaginé de re vêtir 'le sapeur d'une blouse en peau qui lui couvre la tête armée du casque , et le corps , dont les manches se fixent au poignet par des bracelets, et qui s'arrête au-dessus des hanches par une ceinture. Cette blouse est armée d'un masque en verre qui permet au pompier de se diriger; elle est percée immédiatement au-dessous du masque, pour le passage d'un sifflet à soupape qui ne permet pas à l'air de pénétrer sous la blouse , mais avec lequel le pompier peut faire des commandements ; au milieu de la partie qui recouvre la poitrine, elle est encore percée pour le passage d'un tuyau de 6 lignes de diamètre et de l pied de longueur. Ce tuyau se visse par l'extré-
mité libre sur une lanterne qui est fixée à la ceinture par une largo agrafe soudée à f arrière de la lanterne; enfin, pour l'objet important, l'arrivée de l'air sous la blouse, celle-ci présente du côté gauche et à la hauteur de la poitrine, une ouverture avec raccordement en cuivre, sur lequel vient se visser le tuyau qui, par l'autre extrémité, est fixé sur la bâche de la pompe ordinaire à incendie ; de sorte que c'est avec celle-ci, vide d'eau, que l'air est lancé sous la blouse, tant pour alimenter la respiration du pompier que pour entretenir la flamme de la lanterne. Si trop d'air était lancé et que la pression fût trop considérable , le fluide en excès pourrait s'échapper par les plis de la blouse , au-dessous de la ceinture et aux poignets. Une fois gonflée , la blouse contient assez d'air pour qu'un homme puisse y respirer sans gène pendant six ou huit minutes ; ainsi, en admettant un accident dans le service de la pompe, le pompier aurait toujours le temps de revenir en lieu de sûreté. Le tuyau est même assez résistant pour qu'on puisse s'en servir comme d'une corde pour retirer le sapeur du milieu où il se trouve , s'il s'y trouvait indisposé. Pour plus de garantie , le tuyau qui lance l'air a été bifurqué , et il sert toujours à alimenter deux pompiers : tandis que l'un d'eux marche au feu t l'autre reste en arrière prêt à lui porter secours. Au moyen de quelques modifications apportées à cet appareil (la substitution à la blouse, d'un casque qui, comme celle-ci, communique avec le tuyau de la pompe), M. Paulin fait exécuter sous l'eau tous les travaux que nous avons mentionnés ci-dessus : ainsi, l'homme revêtu de l'appareil ainsi modifié, « cloue une caisse , scie une planche,' écrit aux personnes qui sont sur le rivage et leur demande ce dont il a besoin pour travailler ; on lui répond, il lit ce qu'on lui écrit, et reçoit les objets qu'on lui envoie ; il emporte avec lui une lanterne au moyen de laquelle il s'éclaire dans les lieux obscurs.
» Le plongeur ne peut être chassé de l'eau que par le froid, et, en le couvrant d'un vêtement imperméable très-facile à confectionner, on peut le faire rester sous l'eau tout le temps qu'on voudra.
» Le 20 août dernier, un sapeur qui ne sait pas nager est resté une heure sous l'eau à 10 pieds de profondeur ; là, corps nu, il s'est promené dans une étendue de 150 pieds de long sur 60 de large, voyant parfaitement tous les objets qui étaient auprès de lui. » ( Débits du 18 septembre 1837.)
L'appareil dont M. de Humboldt a fait usage dans 1rs mines du Hartz rentre dans le second système. Le réservoir est composé d'un sac de taffetas ciré bien souple, garni d'une tubulure à laquelle U; tuyau vient s'adapter. 11 est enfermé dans une cage d'osier qui lui conserve la forme aplatie et le met à l'abri des chocs et des froissements.
La personne qui en fait usage le place sur son dos et fixe sur sa bouche l'embouchure, en forme de porte-voix, d'où part le tube qui va communiquer avec le réservoir. Ce tube, de 6 lignes de diamètre , passe par-dessus l'épaule et n'a que 14 à 15 pouces de longueur. La lanterne destinée à éclairer la personne qui fait usage de l'appareil , se fixe à une boutonnière du vêtement et reçoit, par un tube, l'air expiré des poumons, encore assez pure pour entretenir la lumière. La disposition des tubes et de l'embouchure est telle intérieurement , que deux petites soupapes jouent en sens inverse, de manière àsce que celle d'expiration, qui laisse passer l'air destiné à la lanterne, se ferme, quand relie d'aspiration vient à s'ouvrir. Les narines sont rapprochées au moyen d'une pince à ressort , afin d'empêcher toute respiration par le nez. Le réservoir est un peu chargé , de manière à ce qu'il puisse s'affaisser de lui-même à mesure qu'il se vide.
L'appareil de M. de Humboldt a été modifié par M. le maire d'Angerville qui a tiré parti de la compressibilité de l'air et a accumulé dans le réservoir , qui alors est en cuivre, de l'air réduit au quatorzième de son volume. Ce premier réservoir communique par un tuyau garni de robinets à un second , auquel l'inventeur donne le nom de réservoir pectoral, et où l'air reprend son expansion naturelle , avant de servir à la respiration de la personne qui use de l'appareil. Un masque exactement appliqué sur la figure au moyen d'un mastic mou communique au réservoir pectoral dans lequel on fait passer à volonté, au moyen d'un robinet, la portion d'air que l'on veut extraire du réservoir dorsal. Quant à l'air qui a servi à la respiration, il sort du récipient pectoral, au moyen d'une soupape. A l'aide de cet appareil de M. le maire d'Angerville, on peut, comme avec les précédents, pénétrer et travailler dans des lieux infectés de gaz délétère, exécuter sous l'eau divers travaux, communiquer, en un mot, au moyen de petites plaques fixées à des morceaux de liège , avec les personnes qui sont à la surface de l'eau. Le plongeur peut rester vingt et quelques minutes au fond de l'eau , revenir à la surface sans aucun secours, et nager tout à son aise, quoique chargé, avec son appareil.
ARTICLE II
De Voir non renouvelé.
Les accidents que cause l'air non renouvelé sont dus principalement à l'action de deux gaz : 1° le gaz acide carbonique ; 2° le gaz azote. Nous ne reviendrons pas sur les effets du premier ; nous dirons un mot de ceux du second, car nous le verrons encore altérer l'air dans
d'autres cas qui méritent une grande attention de la part du médecin hygiéniste.
Le gaz azote est impropre à la respiration. L'air qui contient au delà des deux tiers en sus de la quantité d'azote qu'il renferme habituellement, devient très-dangereux à respirer. Il résulte des expériences de Nysten, que les quadrupèdes de moyenne stature ,comme les chiens et les cabiais , sont asphyxiés au bout de quatre ou cinq minutes par l'azote, et que ce gaz agit avec plus de promptitude encore sur l'homme que sur les animaux.
A l'ouverture des cadavres, on trouve le système artériel rempli de sang noir.
Les premiers accidents que produit la respiration du gaz azote sont, dès la quatrième ou cinquième inspiration, la gène de la respiration, des vertiges, de la céphalalgie, une teinte livide des lèvreset de tout le visage. Si Ton pousse l'expérience plus loin on tombe asphyxié. On reconnaît le gaz azote aux caractères suivants : il est incolore, il éteint les corps enflammés, ne trouble point l'eau de chaux, ne rougit pas la teinture de tournesol.
« L'air non renouvelé est incolore et transparent ; il éteint le plus souvent les corps en combustion; il rougit faiblement la teinture de tournesol, il précipite abondamment l'eau de chaux en blanc. » (0r6la, Mèd. lég. , t. m, p. 519. )
Les accidents produits par l'air non renouvelé tiennent donc , disons-nous , principalement à l'action des deux gaz précités , acides carbonique et azote, réunie à l'absence du gaz oxygène. La vie peut être entretenue tant qu'il reste encore, dans le lieu où l'on est, j'QO d'oxygène ; mais en deçà l'asphyxie a lieu. Cet état est produit nonseulement par défaut d'une suffisante quantité d'oxygène , mais encore par une véritable intoxication due au gaz acide carbonique. La rapidité avec laquelle marchent ces accidents est en raison du nombre d'individus rassemblés dans le même espace , ou de la petitesse de cet espace. A quatre heures cinquante-deux minutes du soir , je fois entrer sous un verre de pendule , que je place sur une table, un chat mâle vigoureux. Ce verre a 19 pouces 5 lignes en hauteur, et 30 pouces 7 lignes en circonférence , prise à sa base, qui est de 2 pouces plus évasés que le sommet. Une demi-heure après être entro sous la cloche, l'animal éptouve de l'accélération dans la respiration, crie , s'agite et fait des efforts pour sortir de sa prison. A six heures trente-cinq minutes, sa respiration devient bruyante ; il pousse des cris plaintifs , se place la tète contre la table , et le derrière au Haut de la cloche. A sept heures, j'intercepte , autant que possible, 1« peu d'air qui pouvait avoir accès entre le verre et la table. A
huit heures, la respiration est très-embarrassée, les mâchoires écartées ; Tanimal se redresse et retombe presque instantanément. A huit heures et demie, la respiration est suspendue; mais pendant cinq minutes, à de longs intervalles on entend un bruissement dans la poitrine de l'animal qui, à huit heures trente-cinq minutes , ne donne aucun signe de vie. Il eût certainement, dans le volume d'air au milieu duquel il était , vécu moitié et demie moins de temps , si j'eusse été plus soigneux d'intercepter l'air extérieur dont il favorisait un peu Tentrée par les secousses qu'il imprimait à la cloche. Resté sous ce réceptacle jusqu'au lendemain huit heures, son corps présente les fléchisseurs contractés, la cornée plissée, les poumons violets, le cœur et les gros vaisseaux remplis de sang noir, ce qui prouve qu'il y a eu asphyxie à peu près semblable à celle qui a lieu dans le vide. On trouve citée partout l'histoire suivante : Cent quarante-six Anglais, assiégés en 174 5 dans le fort de Galcuta,se rendant au vice-roi de Bengale, sont enfermés dans une prison de dix-huit pieds carrés, qui n'a d'autre ouverture que deux petites fenétresgarnies de fer et placées à l'orient. Ils éprouvent de la soif, une sueur abondante et une difficulté de respirer que la chaleur du climat contribue encore à augmenter. Aux gémissements, aux cris de rage, à l'expression du plus affreux désespoir, aux combats livrés pour se disputer l'air, succède bientôt le plus morne silence. Avant minuit, c'est-à-dire durant la quatrième heure de leur réclusion , ceux de ces infortunés qui étaient encore en vie , et qui n'avaient pas respiré aux fenêtres, étaient tombés dans une stupidité léthargique. A deux heures du matin (six heures après la réclusion ), il n'existait plus que cinquante personnes»; enfin le lendemain matin la prison fut ouverte et de cent quaraute*six hommes qui y étaient entrés la veille, il n'en sortit que vingt-trois vivants, parmi lesquels plusieurs moururent bientôt de la fièvre maligne des prisons. On ne peut guère aujourd'hui observer les effets de l'air non renouvelé , portés aussi loin, que dans les vaisseaux destinés à la traite des nègres, et dan» les éboulements qui ensevelissent les mineurs ; celui de la houillère du bois Monzil laissa huit ouvriers ensevelis pendant cent trente-six heures dans une galerie où l'eau n'avait pas pénétré, et dont l'espace présentait un volume total de 375 mètres cubes.
M. le docteur Suviche , à la relation duquel nous empruntons ce qui suit, évalue à un tiers de mètre cube J'air que chacun des mineurs a eu à respirer par heure pendant sa captivité ; mais il suppose dans cette évaluation , qu'au moment de leur délivrance , ils avaient absorbé tout l'oxygène contenu dans les 375 mètres cubes de l'espace dans lequel ils étaient renfermés ; or , cette absorption n'était point et ne pouvait être complète.
Quant aux proportions d'oxygène , d'azote et d'acide carbonique que contenait chaque tiers de mètre cube de l'air de la galerie au moment où les huit ouvriers y ont été ensevelis , on en peut juger approximativement, car leur lumière s'éteignit à la fin de la deuxième heure de leur réclusion , et l'on sait que la composition de l'air , au moment où la combustion cesse de pouvoir s'y opérer , est de 0, 10 d'oxygène , 0, 80 d'azote , 0, 10 d'acide carbonique.
Mais l'air, refoulé par une forte colonne d'eau , pouvait être à l'état de compression et contenir davantage de principes respirables: mais il pouvait s'en échapper , ou il pouvait en arriver quelque peu par les fissures des rochers.
Quoi qu'il en soit, après cent trente-six heures de cette réclusion, et au moment de leur délivrance, ces mineurs présentaient une respiration pénible , stertoreuse , et ne pouvait articuler aucune parole : leur tête était le siège de vives douleurs. Un assoupissement s'empara d'eux ; quelques-uns même délirèrent.
L'abstinence d'aliments ne leur futjpoint pénible ; ils n'éprouvèrent pointles angoisses de la soif et ne songèrent à boire, que le quatrième jour de leur emprisonnement.
Ils furent vivement tourmentés par la sensation du froid, ce qui peut être expliqué par l'humidité du lieu où ils se trouvaient, la longue abstinence , et la respiration d'un air de plus en plus dénué d'oxygène.
Il existe beaucoup d'autres exemples des effets délétères de l'air non renouvelé : les malheurs des assises d'Oxford; les tourments et l'anxiété queM.de Ségur nous dit avoir été éprouvés, dans la retraite de Moscou, par ces braves qui, après avoir atteint, le soir, à grand'peine, une malheureuse cabane déjà envahie par leurs frères d'armes , s'élancaient bientôt vers les fenêtres en foulant aux pieds leurs compagnons d'infortune, et se cramponnaient à ces ouvertures pour y respirer un air glacé.
M. Guerard dit avoir vu mourir en moins d'un quart d'heure une souris renfermée dans une large bouteille de chimie , appelée col droit, bien qu'on en laissât le goulot ouvert. L'animal périssait avant d'avoir usé, à beaucoup près, tout l'oxygène de l'air qui l'environnait. M. Guerard est porté à croire que la raréfaction de Fair entre pour beaucoup dans les malheureux événements dont le Champ de Mars a été récemment le théâtre. Cette opinion est probable , et si on lui oppose ce fait résultant des travaux de M. Dalton , que tous les gaz peuvent se mêler , quoique leurs poids spécifiques soient différents, et que l'oxygène , seize fois plus pesant que l'hydrogène , s'élève contre son propre poids pour prendre la place de ce gaz lorsqu'il y a coramu-
nicaticn entre les flacons qui les renferment, il n'en restera pas moins, en faveur de l'opinion de M. Guerard , cette observation , que fles individus ont été asphyxiés en plein air par l'acide carbonique , pour s être couchés près des fours à chaux.
On peut observer les effets de l'air non renouvelé , à un degré moindre, parce qu'il n'agit que passagèrement , dans les salles de spectacle où l'on voit , chaque jour encore , des femmes éprouver des syncopes et des défaillances dues à cette seule cause. Ces accidents, qui sont ordinairement de peu de durée , peuvent avoir des suites mortelles pendant la grossesse.
Si l'air imparfaitement renouvelé n'est pas aussi rapidement mortel, il l'est d'une manière non moins certaine. Plusieurs staticiens ont mis hors de doute son influence dans l'augmentation du chiffre de la phthisie. MM. Baudelocque et Papavoine ont établi , sur des faits , qu'une alimentation vicieuse est moins puissante pour amener le développement des tubercules , que ne l'est un air non suffisamment renouvelé. Enfin , Lind , Blanne et beaucoup de chirurgiens de marine, regardent l'air insuffisamment renouvelé des entreponts comme la principale cause du développement du scorbut , des fièvres typhoïdes, des pneumonies et des dyssenteries qui moissonnent les marins. Combien , d'ailleurs , ne voit-on pas , chaque jour , de maladies qui rebelles à toutes les ressources de la pharmacie , disparaissent par le seul changement d'habitation ? et qui peut douter qu'un air pur ne soit la première condition de la santé?
Les accidents produits par l'air non renouvelé sont aisés à éviter: il suffit presque d'en signaler la gravité ; cependant nous commettrions une omission en négligeant de faire connaître les procédés suivants :
1° On renouvelle l'atmosphère des appartements au moyen d'ouvertures pratiquées de manière à donner un libre accès à l'air extérieur et une issue facile à l'air intérieur. Pour atteindre ce but, les ouvertures seront opposées entre elles , afin que le courant qui s'établit , enlève rapidement l'air vicié, et lui substitue de l'air pur. Cette disposition doit surtout être mise en usage dans les lieux destinés à contenir beaucoup de monde, et qui sont exposés à se remplir d'émanations malfaisantes, tels que les salles de spectacle, celles qui sont destinées à des cours publics, et principalement les amphithéâtres d'anatomie et de chimie; tels sont encore les ateliers, les vaisseaux, les hôpitaux, les prisons, etc. Ces ouvertures ne consisteront pas toujours en des fenêtres ; ainsi, on pourra pratiquer au niveau du sol ou des planchers, de simples trous en forme de ventouses ; ils auront l'avantage de favoriser le balayage du gaz acide carbonique, qui est plus pesant que l'air.
D'autres foi», quand la différence de température entre l'air extérieur et celui d'un appartement vaste, est telle qu'on a lieu de redouter pour les personnes qui doivent séjourner dans celui-ci, l'impression trop subite du froid, produite par le courant d'air qui serait établi au moyen de fenêtres opposées, le renouvellement- de l'air peut être effectué insensiblement, en tirant parti de la seule différence de température. Ainsi , on perce une ouverture à l'extrémité la plus élevée de la voûte de l'appartement ; l'air raréfié s!échappe par cette ouverture , et est renouvelé par l'air plus dense qui se précipite par les portes.
C'est par un mécanisme analogue qu'agit le feu dans le renouvellement de Tair. La colonne de ce fluide qui occupe le tuyau de la cheminée, devient plus légère en s'échauflant, s'échappe par le tuyau, est remplacée par la couche d'air qui était placée à l'ouverture du foyer. Toutes ces couches disparaissent successivement, et sont remplacées par l'air plus dense auquel on donne accès par les portes ou les fenêtres. C'est sur ce mécanisme que sont fondés les tuyaux d'appel , à l'aide desquels M. Darcet a banni de tant d'ateliers les redoutables affections causées par les émanations métalliques du plomb, du mercure, etc. Les feux employés comme moyen de déterminer la ventilation doivent être faits avec des copeaux bien secs , ou tout autre combustible propre à produire une flamme claire sans fumée.
2° On renouvelle encore une masse d'air circonscrite, au moyen des ventilateurs. Ces machines produisent le même effet que le procédé que nous venons d'indiquer; mais elles le produisent avec plus d'activité et de promptitude. Le ventilateur de Haies agit à la manière d'un véritable soufflet. Il est abandonné , parce qu'il faut , pour le mettre en action, au moins deux hommes qu'on est obligé de remplacer. Celui dont on se sert dans la marine est la manche à vent; c'est une espèce de grand' tuyau conique, fait en toile de voile, et maintenu dilaté par des cerceaux placés de distance en distance: il est suspendu entre les mâts. Son extrémité* supérieure , évasée, qui répond au-dessus de la hune, est fendue en forme de gueule suivant sa longueur, de manière à être présentée du côté du vent ; son extrémité inférieure descend par une écoutille dans la cale ou dans l'entre-pont. L'air extérieur s'engouffre dans cette espèce d'entonnoir avec d'autant plus de vitesse que le vent est plus fort et que l'atmosphère dans laquelle plonge l'ouverture inférieure est plus raréfiée. La manche à vent doit avoir asseï de longueur pour qu'on puisse en porter l'extrémité inférieure dans les soutes et dans tous les lieux les plus profonds. On reproche à la manche à vent 1° de ne pouvoir servir pendant le calme; 2° de porter dans l'entre-pont , quand il vente trop frais , un courant d'air assex froid pour causer des accidents. On pourrait peut-être , si l'on
ne craignait de courir le risque d'exciter un incendie , remédier au premier inconvénient en transformant la manche en tuyau d'appel, au moyen d'un petit réchaud. Quant au second inconvénient , le froid , on y remédie en évitant de se trouver dans la direction de l'ouverture inférieure de la manche.
Le fourneau ventilateur du docteur Wuettig est ùn fourneau de tôle dans lequel est placé un ballon de cuivre laminé. Deux tuyaux aspirateurs, dont la longueur peut être portée de 4 à 6 toises, partent de la partie inférieure. Une douille d'évacuation part de sa partie supérieure. Lorsqu'on allume le feu, la douille commence à souffler, et son souffle est d'autant plus fort, que l'air du ballon est plus échauffé et plus dilaté , et que l'air extérieur est plus dense. En allumant ce fourneau pendant une heure ou deux , on peut renouveler l'air d'un espace de 3 à 400 toises cubiques.
ARTICLE III
De l'air altéré et vicié par les végétaux vivants ou qui n'ont subi aucune
putréfaction .
Les végétaux ont besoin d'air, et altèrent ce fluide d'une façon peu différente des animaux. Si l'on met une plante sous le récipient de la machine pneumatique et qu'on fasse le vide, cette plante ne tarde pas à périr. Si l'on place une plante sous une cloche pleine d'air, niai* disposée de manière qu'il ne puisse s'y renouveler, la plante périt encore. Si l'on examine l'air de la cloche, on voit 1° qu'il est diminué; 2° qu'il a perdu une portion de son oxygène , et que celle-ci est remplacée par une portion à peu près égale de gaz acide carbonique. Si Ton place une plante dans du gaz acide carbonique pur, elle y périt promptement. Jusqu'ici tout se passe comme chez les animaux; mais il existe d'autres phénomènes desquels on a cru devoir inférer que si les végétaux altèrent l'air dans certaines circonstances particulières, ils sont cependant destinés, dans les cas les plus ordinaires , à le purifier , c'est-à-dire à s'emparer , pour s'accroître , de ce qui nuit à la respiration des animaux, et à leur donner en échange le gaz qui doit y servir.
Ainsi, 1° toutes les parties vertes des plantes, frappées par les rayons solaires et mises en contact avec un mélange d'air et de gaz acide carbonique, décomposent celui-ci, en absorbent le carbone et une portion d'oxygène, augmentent de poids, et mettent à nu l'autre portion de gaz oxygène: à l'ombre, ce phénomène n'a plus lieu, et la présence du gaz acide carbonique fait languir les plantes. 2° Pendant
la nuit, les végétaux absorbent le gai oxygène de l'air et en transforment une partie en gaz acide carbonique ; mais aussitôt que leurs parties vertes sont frappées par les rayons du soleil , le gaz oxygène absorbé pendant la nuit se dégage en grande partie ; l'acide carbonique qui se trouve dans l'atmosphère est décomposé; son oxygène est mis à nu, et le carbone est absorbé par le végétal, à l'accroissement duquel il sert. 8° Enfin, suivant un mémoire de M. Boussaingault, présenté à l'Institut, le 29 janvier 1838, les plantes s'emparent d'une partie du gaz azote répandu dans l'air et exhalent de l'oxygène; ainsi, encore, si ce fait est exact, l'azote que rejettent incessamment les animaux servirait à la végétation des plantes , comme l'oxygène que celles-ci rejettent entretiendrait la vie des animaux ; de cette manière, l'équilibre serait constamment rétabli dans les proportions relatives des principaux éléments de notre atmosphère.
De ce qui précède on peut conclure, l°que les végétaux renfermés pendant la nuit dans les appartements où Ton se livre au sommeil, sont nuisibles ; 2° qu'ils le sont même encore dans des cours qui ne reçoivent pas les rayons du soleil ; 8° qu'au contraire, il est doublement avantageux d'en placer dans des lieux échauffés par cet astre ; -4° que l'air qu'on respire le soir dans les bois est malsain, parce qu'il est peu • riche en oxygène et chargé d'acide carbonique ; 5° qu'il est nuisible de laisser ouvertes, après le coucher du soleil, les fenêtres des appartements dominés par de grands massifs d'arbres; 6° qu'il est, au contraire, très-avantageux de respirer le matin, dans les bosquets, un air purifié par l'action des rayons solaires sur les parties vertes des plantes, et devenu plus riche en oxygène.
Toutefois, si Ton remarque qu'en hiver la proportion d'acide carbonique contenu dans l'air est moins considérable qu'en été , comme l'ont prouvé les recherches de M. de Saussure, tandis que le contraire devrait avoir lieu par suite de l'absence des parties vertes des végétaux et de l'activité des feux destinés à nous faire supporter l'intempérie de cette saison ; on sera disposé à admettre, avec M. Guerard, auquel nous empruntons cette observation, que les effets des plantations doivent être principalement attribués aux variations qu'elles apportent dans l'état hygrométrique de l'air.
Ce que nous venons d'exposer n'a trait qu'aux parties vertes des végétaux: il nous reste à dire un mot des fleurs. Celles-ci , de même que les feuilles , allèrent l'air, c'est-à-dire absorbent le gaz oxygène, exhalent du gaz acide carbonique , mais elles ne paraissent pas jouir du privilège d'exhaler de l'oxygène sous l'influence des rayons solaires. L'air d'une cloche sous laquelle on place une rose devient, le jour comme la nuit , au bout d'un certain temps , assez privé de son
HYGIÈiNE DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE.
gaz oxygène pour éteindre une bougie allumée. Sous ce premier point de vue, je veux dire celui de la consommation de l'air respirable, les fleurs enfermées dans les appartements ne le cèdent donc en rien, pour les propriétés malfaisantes, aux autres parties du végétal.
Mais les fleurs ont un autre effet qu'il est impossible d'attribuer à la privation de l'oxygène et à la formation du gaz acide carbonique ; car il se manifeste d'une manière prompte, et alors même que l'air n'est point modifié dans ses principes constituants. Cet effet est dû aux émanations odorantes des pétales : elles causent à certains individus des angoisses inexprimables, des céphalalgies, des défaillances, des syncopes , des étouffements. Dans quelques cas , il survient de l'engourdissement dans les membres , de l'aphonie, des convulsions ; mais le plus ordinairement , les personnes frappées par les émanations dont il est question tombent dans un état de faiblesse, de somnolence, avec diminution des mouvements du pouls, du cœur, et ces accidents pourraient amener la mort si les causes persistaient. Dans ce cas, la cause délétère agit sur le centre nerveux , qui, une fois frappé, cesse d'influencer le cœur, les poumons, etc. Ingenhousz prétend que les fleurs ont fait périr plusieurs personnes, dont on avait attribué la mort à toute autre cause.
Les émanations du rhus toxicodendron et celles de l'upas tieuté , causent, dit-on, à très-peu de 'distance de l'arbre, des érysipèles. Je tiens de M. Chervin, que le mancenilier, accusé de produire le même accident, ne le détermine que lorsque le suc, qu'on obtient par incision du tronc , a été mis en contact avec la peau ; ou que la pluie s'est chargée de la matière irritante qui se trouve sur les feuilles de l'arbre et l'a déposée sur quelque partie du corps.
C'est presque toujours pendant la nuit , conséquemment hors le temps de l'exercice volontaire de l'odorat, que surviennent les accidents causés par les fleurs. C'est ce qui nous a fait reporter ici quelques détails que nous avons passés sous silence à l'article Odorat ( 1" partie ), où l'on trouvera ( p. 42 ) le nom des fleurs dont on doit le plus redouter les émanations.
Signaler les accidents produits par les fleurs , c'est indiquer les moyens de s'en préserver. Nous dirons, à l'article Habitation, le parti qu'on peut tirer des grands végétaux pour l'assainissement de l'air.
ARTICLE IV
De Pair vicié par les émanations des corps en combustion, tels que le charbon , la braise, le bois, etc.
Si nous avons cru devoir traiter à part des émanations produites par les corps en combustion, c'est parce qu'elles ne sont pas uniquement formées par le gaz acide carbonique.
Les produits de la combustion du charbon varient aux diverses époques de l'opération. Dans les premiers temps, le gaz qui s'échappe d'un fourneau allumé contient, sur cent quatre-vingt-huit parties en volume, vingt-six parties de gaz acide carbonique, trente-huit parties d'air atmosphérique , quatre-vingt-dix-huit parties de gaz azote, et vingt six de gaz hydrogène carboné. Lorsque la combustion est à son maximum d'activité , l'acide carbonique qui se produit n'est plus mélangé d'hydrogène carboné.
Les accidents produits par cette viciation de l'air, ainsi que les lésions cadavériques, sont les mêmes à peu près que ceux qui résultent de l'asphyxie par le gaz qui se dégage de la fermentation alcoolique. Ils sont rapidement mortels, et Ton doit éviter avec soin de placer des réchauds de charbon dans des appartements où le courant d'air établi n'est pas suffisant pour enlever le gaz délétère que produit la combustion de cette substance. Comme celle de la braise donne lieu à des accidents analogues à ceux qui sont produits par le charbon, nous devons dire que c'est une habitude dangereuse de fermer, avant de se coucher, pour concentrer la chaleur dans les appartements, les soupapes des tuyaux de poêle ou de cheminée à la prussienne. Il est arrivé souvent que des personnes sont mortes victimes de cette imprudence.
ARTICLE V
De Fair altéré par Vèclairage artificiel.
Les corps destinés à l'éclairage artificiel sont solides , liquides ou gazeux. Ils modifient l'air: 1° en élevant sa température ; 2° en changeant ses principes constituants ; 8° en y mêlant des gaz ou autres corps plus ou moins nuisibles. Ces divers changements apportés aux propriétés physiques et chimiques de l'air, sont le point de départ d'influences remarquables sur la santé. Nous prendrons pour guide , dans l'exposé de ces modifications et de leurs effets , la dissertation présentée au concours d'hygiène ( 1838) par M. le docteur Briquet.
Pour être propres à fournir la matière de l'éclairage , les corps so-
lides ou liquides doivent être décomposables par la chaleur et susceptibles de se réduire en gaz.
Si la combustion des corps employés à l'éclairage est complète , il en résulte de l'eau et de l'acide carbonique : une partie de l'oxygène de l'air a été absorbée. Si leur combustion est imparfaite , il en résulte, en outre, des produits volatils différents , selon les corps employés , mais susceptibles d'être portés dans les voies aériennes avec l'air, et d'agir d'une manière plus ou moins nuisible, sur ces parties. Les corps qui brûlent le plus complètement , et qui sont le moins susceptibles de fournir ces produits nuisibles , sont ceux qui , pour leur combustion , exigent la température la plus élevée : nous dirons plus loin pourquoi.
1° Corps solides. — L'éclairage par les corps solides a principalement lieu avec la chandelle et la bougie.
Tout le monde sait que la chandelle se prépare avec des graisses de bœuf et de mouton auxquelles on ajoute quelquefois des huiles , et dont on forme des cylindres au centre desquels est placée la mèche que Ton enflamme.
La chandelle , fondant à une température peu élevée , brûle incomplètement , parce qu'une partie du suif se décompose et se volatilise avant de se trouver en contact avec la portion de la mèche où s'opère la combustion. La portionde la chandellequise trouve brûlée, laisse échapper, comme nous venons de le dire, pour produits , de l'eau et de l'acide carbonique formés aux dépens de l'oxygène de l'air. Pour constater ce fait , Lavoisier met une chandelle sous une cloche contenant 283 pouces cubes d'oxygène; la lumière s'éteint lorsqu'il ne reste plus que 1-40 pouces cubes de gaz composés de 90 pouces d'acide carbonique et de 50 pouces d'oxygène ; les parois de la cloche sont tapissées de gouttelettes d'eau.
La portion de graisse qui se volatilise donne lieu à divers produits pyrogénés dont l'analyse n'a point été faite d'une manière spéciale , mais que, par analogie, on peut supposer consister en acides gras, en stéarone, margarone, etc.
Enfin ce mode d'éclairage influe à tel point sur l'élévation de la température , qu'une chandelle de 6 à la livre , brûlant pendant une heure , porte 27 mèt. cub., 29 d'air de 0 à 100°. L'échauffement produit par minute, est de près de deux degrés, l'air étant supposé non renouvelé.
Il résulte des effets de ce premier mode d'éclairage: 1° que l'air est plus raréfié, 2° qu'un de ses éléments, l'oxygène , est dans une proportion moindre que dans l'état normal ; conséquemment que cet air fournit aux poumons un aliment moins riche : mais il en résulte
en outre que la proportion manquante de l'oxygène est remplacée par un gaz éminemment délétère, l'acide carbonique, et que, de plus l'air est altéré, soit par des corps irritants capables d'agir directement sur les voies respiratoires ; soit par d'autres corps (les gaz hydrogénés et carbonés) susceptibles d'être absorbés par la membrane muqueuse bronchique , et de modifier l'oxygénation du sang. Disons en outre que les molécules de charbon , qui sont versées avec abondance et tenues en suspension dans l'air, sont inspirées avec le gaz, déposées à la surface des fosses nasales , de l'arrière-gorge , des bronches et mêmes des cellules pulmonaires, se dissolvent dans les mucosités de ces parties, et sont mouchées et expectorées sous forme de sécrétions noirâtres tout à fait semblables à ces excrétions pulmonaires lobuleuses noircies parla partie colorante du sang. On est à même de vérifier cet effet lorsque Ton crache ou qu'on se mouche après avoir passé quelques heures de la nuit à lire à la lumière d'une chandelle.
La bougie, préparée comme la chandelle, sous la forme de cylindres au centre desquels se trouve une mèche, se fait : 1° avec la cire d'abeilles , et en Amérique avec la cire du myrica cerifera ; 2° avec l'acide stéarique ; 3° avec la cétine.
La fumée de la bougie se compose de produits analogues à ceux que nous avons mentionnés plus haut.
La cire , en brûlant , n'altère pas l'air autant que le fait la chandelle, 1° parce que, ne se fondant qu'à une température plus élevée, elle ne se décompose qu'au lieu même de la combustion, brûle beaucoup plus complètement , donne lieu conséquemment à fort peu de volatilisation ; 2° parce qu'elle ne renferme pas , parmi ses produits volatils, l'acide sébacique, qui donne l'âcreté au suif; 3° enfin, parce que ses produits contiennent une moindre proportion d'huile empyreumatique. La bougie donne plus de chaleur que la chandelle, puisque, brûlant pendant une heure, une bougie de même volume porte 82 met. cub., 83 d'air de 0 à 100°. Il faut remarquer que, dans la chandelle, le volume de la mèche et le champignon que forme par instants celle-ci contribuent à la perte du calorique, comme tout corps solide interposé dans les flammes ; que la bougie n'est jamais pourvue d'une mèche aussi volumineuse que la chandelle, et que cette mèche se détruit spontanément au fur et à mesure que s'opère la combustion de la cire.
A l'époque où l'on commença à confectionner des bougies avec l'acide stéarique et la cétine, on ajoutait à ces substances, pour en faciliter le moulage, une certaine proportion d'oxyde d'arsenic. L'odeur d'ail était sensible lorsqu'après avoir éteint la bougie on se trouvait dans la direction de la fumée. On connaît assez les terribles effets qui
résulteraient de la combustion de pareilles bougies, si, dans un espace très-circonscrit, elles brûlaient en très-grand nombre. L autorité a donc eu raison d'interdire ce mode de préparation.
Ce n'est que dans les pays fort pauvres qu'on s'éclaire avec les résines et les tiges de sapin. Ces substances donnent lieu , pendant leur combustion, à une fumée épaisse et piquante , formée par la volatilisation dë la portion d'huile volatile non brûlée : cette fumée a, sur les voies respiratoires, un effet irritant.
Les lampions et les torches , fabriqués de graisses impures et de résines, altèrent l'air, de tous les produits qui résultent de la combustion imparfaite des corps gras , provoquant , chez certaines personnes, de la toux et des étouffements.
2° Matières liquides, — Les matières liquides le plus ordinairement employées à l'éclairage, sont les huiles de colza, d 'œillette , de cbènevis et de noix, qu'on met en ignition au moyen d'une mèche baignant dans ses liquides.
La fumée qui résulte de la combustion de ces huiles est à peu près formée des mêmes principes que celle de l'une des espèces de gaz employés à l'éclairage. Il en sera fait mention plus loin.
La fumée des huiles altère l'air à la manière des corps gras soumis à la combustion , colore, comme la fumée de suif, les mucosités nasales, bronchiques et pulmonaires.
Quant à la chaleur produite par la combustion de l'huile, on a calculé qu'une lampe Carcel élève, dans une heure, 45ulèl-Cttb-» 48 d'air deOà 100°.
Les effets de l'air altéré par l'éclairage à l'huile sont à peu près les mêmes que ceux qui résultent de remploi du suif. Rammazzini prétend que des hommes , éclairés par une lampe dans laquelle brûlait de l'huile de noix , ont éprouvé des maux de tête et des engourdissements, comme s'ils eussent été exposés à la vapeur du charbon. On peut mettre en doute que ces phénomènes tinssent exclusivement à l'huile de noix, si l'on fait attention à ce que, dans quelques contrées de la France, on ne s'éclaire qu'avec cette huile.
3° Ga*. — Les gaz employés à l'éclairage sont extraits des huiles, des houilles ou des huiles de houille, des résines ou de leurs huiles, des eaux de savon qui ont servi au dégraissage.
Dans rétablissement du faubourg Poissonnière, le gaz n'est extrait que de la houille. Celle-ci est décomposée dans des espèces de cylindre de fonte, au nombre de plus de soixante , un peu aplatis, de six pieds et demi de long sur un de hauteur, deux de largeur, et qui sont portés au rouge, par un fourneau placé au-dessous de chacun d'eux. Les gaz qui résultent de cette décomposition traversent des conduits
dans lesquels ils se purifient ; de là ils se rendent dans le gazomètre où ils séjournent , et d'où ils sont extraits pour l'usage ; le gaz part du gazomètre par des tuyaux en fonte enduits de goudron qui le conduisent jusqu'aux lieux où il doit être enflammé. Dans d'autres établissements il est porté à domicile ( gaz portatif) dans des réservoirs. Quelquefois il est réduit, dans ces réservoirs, au trentième de son volume (gaz comprimé).
Le gaz fourni par les huiles est composé d'hydrogène bicarboné , d'hydrogène protocarboné, d'hydrogène pur, des carbures hydrique, sesquihydrique etdihydrique, de l'oxide de carbone et d'un peu d'azote.
La houille fournit le même gaz que les huiles, et de plus, des acides sulfhydrique et carbonique libres ou unis à l'ammoniaque, et du sulfite de carbone.
En passant à travers un tuyau froid, le gaz est débarrassé du goudron qu'il contient , et des acides sulfureux , hydrosulfurique et carbonique , en traversant l'épuratoirc dans lequel on a mis plusieurs couches de mousse saupoudrées de chaux ; enfin l'eau qu'il traverse en dernier lieu , lui enlève un peu de carbone , d'hydrosulfate d'ammoniaque et d'huile pyrogénée.
Pendant la préparation du gaz, les ouvriers qui chargent les cylindres où est décomposée la houille, sont exposés à la flamme très-intense qui se produit au moment où ils ouvrent l'appareil, ainsi qu'à une épaisse fumée. Tous ces hommes, sans exception, m'ont affirmé n'en avoir jamais éprouvé aucune espèce de malaise, et il se trouve dans l'établissement des ouvriers qui font ce métier depuis dix-sept ans. Ceux qui enlèvent les lits de chaux des réservoirs sont exposés à l'action irritante de l'ammoniaque, et m'ont dit éprouver une toux intense.
Une fois préparé, le gaz est sujet à fuir des tuyaux qui le conduisent. La fuite a lieu au point de réunion de ceux-ci , ou lorsque le gaz est arrivé chez le consommateur. Dans la fuite qui a lieu au point de réunion des tuyaux, le gaz s'infiltre dans le sol et ne produit d'autre résultat, si l'on ouvre une tranchée sur le lieu de la fuite, qu'une odeur désagréable due au sulfite de carbone (il est clair que s'il rencontrait un corps en ignition il produirait de terribles détonations ) ; mais il peut aussi cheminer à travers les terres, arriver dans des caves, et même des appartements, et déterminer de graves accidents. Nous n'entendons point parler ici des explosions si fréquentes et si dangereuses auxquelles il donne lieu, par l'approche d'un corps en ignition, lorsqu'il est mêlé à l'air en certaine quantité : nous ne voulons nous occuper que des asphyxies dont on a eu , dans ces dernières années , l'occasion d'observer quelques exemples.
MM. A. Devergie et Paulin ont donné, avec de grands détails , la relation d'un événement de cette natnre arrivé à Paris, rue de Bussy ( 1 ) , chez un marchand de nouveautés. Les phénomènes éprouvés par les asphyxiés ont été les suivants : suffocation, étourdissements, perte de connaissance, et, chez l'un d'eux, vomissements, mouvements convulsifs violents, avec écume à la bonche et raideur du corps, respiration stertoreuse, injection de la face, dilatation des pupilles. Ces phénomènes ont été suivis de la mort.
Les lésions cadavériques sont celles qu'on rencontre dans les asphyxies qui forment l'objet des articles précédents.
Les fuites de gaz qui s'opèrent soit par des fissures, soit parles robinets qu'on a négligé de fermer, se décèlent par l'odeur du sulfite de carbone, appréciable lors même qu'il n'entre dans l'air que dans la proportion d'un millième.
La combustion du gaz altère l'air à la manière des corps précédents, mais plus considérablement qu'aucun d'eux. Ainsi, d'après des calculs établis sur les tableaux de M. Dumas , « un bec de gaz à l'huile consomme 38 litres de gaz par heure : il y a absorption de 63 litres un tiers d'oxygène et production de -42 litres et demi d'acide carbonique ; un bec de gaz de houille consomme 158 litres de gaz par heure; H y a, pendant ce temps, absorption de 234 litres d'oxygène, production de 128 litres un tiers d'acide carbonique. » Indépendamment de cettedestructionde la partie respirable de l'air, de cette rapide production d'un gaz délétère, il se répand encore dans l'air , 1° de la vapeur d'eau , qui résulte de la combustion ; 2° des quantités variables d'acide sulfureux et de sulfite de carbone ; 8° une quantité énorme de charbon qui se sépare de l'hydrogène échappé à la combustion, et va noircir la surface des lieux où l'on consomme le gaz. Qu'on joigne à ces produits l'élévation de température, plus considérable qu'avec aucun autre mode d'éclairage que ce soit , et l'on aura une idée de la promptitude avec laquelle l'air est altéré. Ce mode d'éclairage deviendrait très-promptement dangereux dans un lieu dont l'atmosphère ne serait point fréquemment renouvelée ; et une lumière au gaz dans une chambre close y ferait périr d'asphyxie, d'une manière tout aussi certaine, les personnes qui s'y trouvent, que le fait le gaz non enflamme. Mais lors même que l'asphyxie, les maux de tète et les étourdissements qui précèdent cet état n'ont pas lieu , les surfaces muqueuses respiratoires n'en reçoivent pas moins une atteinte réelle des gaz sulfureux , sulfite de carbone , acide hydrosulfurique qui échappent à la combustion , et même du charbon que nous avons vu plus haut pé-
( I ) Annales d'Hygiène publique et de Médecine légale, Paris, 1830 , t. m, p. 437.
nctrer avec l'air dans la poitrine. Le gaz est donc un mauvais mode d'éclairage dans les maisons particulières ; il ne convient qu'en plein air ; mais là il y jouit d'une supériorité marqué, car sa lumière est éclatante et magnifique, et les produits délétères que sa combustion répand sont rapidement dispersés. Le gaz peut encore être employé dans ces vastes magasins où des courants d'air continuels renouvellent à tout instant l'oxygène, en balayant les gaz délétères à mesure qu'ils se produisent ; mais , dans ce cas, lorsque l'on a éteint les lumières , il faut , avant de fermer les magasins , bien s'assurer qu'il n'existe aucune fuite.
11 résulte de ce chapitre, que l'air altéré par l'éclairage artificiel prend une part très-réelle dans les nombreuses influences qui détruisent prématurément la santé des personnes habituées à faire de la nuit le jour et du jour la nuit.
ARTICLE VI
Altération de tair dans les mines.
La nature de l'air des mines varie suivant la mine que l'on exploite. Bien que nous ayons visité quelques mines, nous avons dû pour suppléer à ce qui manquait à notre expérience, puiser beaucoup dans les Élément. pratique, d'exploitation, par M. Brard, ingénieur en chef des mines d'Alais. Nous le déclarons ici, regrettant d'avoir dénaturé peut-être, en n'en donnant que des extraits, quelques détails importants à la conservation des mineurs, mais qui eussent trop augmenté cet article.
Les gaz acide carbonique, azote et hydrogène carboné, sont les trois principaux qui altèrent l'atmosphère des mines. On sent bien qu'il en est plusieurs autres , mais les mêmes moyens de précaution leur sont applicables.
Le gaz acide carbonique pouvant, ainsi que nous l'avons vu dans les articles précédents , se dégager spontanément de l'intérieur de la terre, est susceptible de se rencontrer dans une infinité de lieux différents, et quelle que soit la nature des roches et des minerais dans lesquels on travaille. C'est lui que les mineurs de la Loire appellent/» force. Il est le seul des trois qui soit plus pesant que l'air ; aussi au lieu détendre à s'échapper, comme le font les deux premiers, par la partie supérieure des galeries inclinées, il tend à s'écouler dans le fond, à la manière d'un liquide. Il s'amasse dans les galeries tortueuses, dans les descende ries ou dans les puits. C'est de lui probablement que Fodéré veut parler , lorsqu'il dit : « Les mines de charbon , principalement
celles qui ne sont pas bien conduites, laissent souvent échapper une vapeur tellement assoupissante , que les ouvriers ont de la peine à l'éviter, et qu'ils tombent de l'échelle par laquelle ils veulent se sauver s'ils ne montent pas assez vite. » (Dictùmn* des Sciences médicales,) Nous avons indiqué (p. 448) les moyens de recueillir ce gaz, ainsi que les caractères qui lui sont propres ; nous avons fait connaître la promptitude avec laquelle il asphyxie ; nous ne reviendrons pas sur ce sujet.
Quand il se rencontre en quantité moindre de oelle qui est nécessaire pour produire sur-le-champ ce résultat , on s aperçoit de sa présence dans les mines, aux signes suivants : légère odeur de pomme, rougeur de la flamme des lampes qui malgré la précaution qu'on prend d'en écarter la mèche , s'éteignent par le moindre mouvement ; mal de tête plus ou moins intense.
Lorsque la lumière ne s'éteint pas subitement , et qu'elle ne cède que par suite d'un léger mouvement, on peut rester et même travailler au milieu de cet air , qui est mauvais cependant , mais qui n'est point encore assez chargé d'élément délétère pour pouvoir causer l'asphyxie.
M. Brard s'est trouvé forcé de relever une galerie dans laquelle il lui était impossible de conserver de la lumière, où il éclaira le limbe de sa boussole avec quelques vers luisants. Dans une circonstance semblable , M. l'ingénieur Ryan fit usage de phosphore de Canton ( sulfure de calcium ). En pareil cas, il ne faut point entrer seul dans la mine ; il faut même se faire attacher pour en pouvoir être retiré au besoin.
« C'est particulièrement pendant les jours chauds et orageux de l'été , que le gaz acide carbonique s'élève davantage dans les puits, tandis qu'il descend et disparait quelquefois complètement en hiver, pendant les nuits fraîches ou dans les jours de grand vent. » (Brard.)
Le gaz azote ( mofette ) s'accumule quelquefois dans les mines et devient tout aussi funeste que le précédent , bien qu'il n'agisse pas comme lui par une action délétère, mais seulement comme rendant l'air insuffisant à la respiration ; nous avons indiqué ( p. 453) les caractères propres à le faire reconnaître. Un petit cabiai , placé sous une cloche remplie de ce gaz » est asphyxié en cinq minutes et demie. Suivant Dupuytren , l'animal plongé dans une atmosphère d'azote pur, éprouve de la gêne dans la respiration , s'affaiblit progressivement , mais sans aucune lésion des fonctions nerveuses. Si on le ramène à l'air libre avant que l'asphyxie soit complète, ses fonctions se rétablissent très-promplenient, et il ne se ressent aucunement de ce qu'il a éprouvé. Quand la mort a lieu , on trouve tout le système artériel rempli de sang noir.
Le mélange des gaz acide carbonique et azote , dans diverses proportions , et , dans le langage des mineurs , désignée sous le nom de mouquet, se rencontre dans les mines de lignite de la Provence , se manifeste principalement pendant les chaleurs , dans le voisinage des vieux travaux , des eaux croupissantes et des amas de lignites terreux; il est plus fort, toutes choses égales d'ailleurs, dans le voisinage des charbons argileux , etc. On le reconnaît à la flamme de* lampes qui devient rougeâtre , allongée , vacillante , et qui finit par s'éteindre. « Les mineurs le distinguent à son odeur piquante , à la pesanteur de la tète , au sifflement des oreilles , au gonflement et à l'endurcissement du bas-ventre , à l'oppression de la poitrine , à une espèce de tremblement dans les muscles des cuisses et des jambes, à un affaiblissement qui réclame les secours les plus prompts , etc. Les victimes du mouquet ont toujours offert le ventre gonflé et tendu, comme celui des noyés. Le chlorure de chaux humide , placé à plusieurs reprises dans les travaux infectés par le mouquet, a produit une amélioration sensible. » ( Note de M. Communeau , ingénieur.)
u Le gaz hydrogène carboné des mines , que Ton nomme grisou , feu grisou , ou feu sauvage, suivant les pays , est presque toujours mêlé à une certaine dose d'azote ou d'acide carbonique qui le rend moins combustible. Il s'échappe ordinairement de la houille avec un petit bruissement et un léger pétillement, non •seulement quand ce combustible est en couche , mais encore quand il est détaché , et que la tombée est faite. Il sort quelquefois de certaines places avec une telle abondance , que l'on peut adapter des tuyaux sur ces souffleurs et le conduire dehors avec des boyaux de cuir, d'où il jaillit en produisant un jet que l'on peut allumer. Il se rencontre aussi dans quelques salines , mais c'est plus particulièrement des houilles très-grasses et très-friables qu'il transsude avec le plus d'abondance. » (Brard.)
L'hydrogène augmente d'intensité lorsqu'on approche d'une faille (interruption de la couche ou des filons qu'on exploite), d'un brouillage (blocs de houille isolés et sans suite), d'un renflement, et eu général de toutes les places où la houille et le schiste qui lui sert de toit sont friables et fendillés. Alors il devient sensible à l'œil : il se présente sous la forme d'une légère vapeur blanchâtre qui se tient au plafond des galeries, comme étant plus léger que l'air atmosphérique ; d'autres fois il donne lieu à l'apparence de pellicules voltigeant de manière à simuler des toiles d'araignées, et que les mineurs s'empressent d'écraser entre leurs mains, avant qu'ils ne passent au-dessus des lumières, où ils feraient explosion. Eufin, suivant les expériences de sir H. Davy , foutes les fois que ce gaz s'accumuie dans une partie des travaux où l'air est stagnant , et que le mélange d'air et de
gaz est dans des proportions entre 6 et 12 dair atmosphérique , contre 1 de gaz inflammable , il devient susceptible de produire , par l'approche de la flamme des lampes , ces explosions qui brûlent les ouvriers, bouleversent les travaux, et qui, après avoir causé tous ces désastres, transforment subitement l'air des galeries en gaz délétères , ou au moins impropres à entretenir la respiration, bien loin de le purifier, ainsi que Ta avancé ( Dictionn. des Sciences médicales, t. xxii , p. 421 ) le savant Fodéré. « Soixante-huit mineurs qui avaient échappé à la commotion et à l'inflammation du grisou, qui eut lieu , le 10 janvier 1812, dans la houillère de Uorloz, près Liège, furent asphyxiés par le gaz résultant de la combustion, qui s'était répandu dans les travaux. » (Brard.j Ce nouveau gaz doit être l'acide carbonique, puisque la combustion de l'hydrogène carboné donne lieu à de l'eau et à de l'acide carbonique.
Au-dessus et au-dessous des proportions indiquées entre le grisou et l'air atmosphérique , l'inflammation peut avoir lieu , mais sans explosion.
Le meilleur moyen de remédier à l'altération de l'air des mines , est une bonne ventilation. Les gaz des mines , en effet , sortant du sein de la terre, s'accuroulant et se renouvelant rapidement, doivent être entraînés au dehors. A plus forte raison le même moyen doit- il être employé contre les vapeurs arsenicales et mercurielles, particulières aux mines qui contiennent ces métaux , puisque ces vapeurs ne sauraient être neutralisées.
L'aérage des mines se fait à l'aide des moyens que nous avons indiqués en traitant de l'air non renouvelé. Ils ont tous pour but d'introduire de l'air extérieur dans les travaux par une ouverture quelconque, et de le forcer à en sortir par une autre, conséquemment de noyer et d'entraîner avec lui les gaz impropres à la respiration et les vapeurs nuisibles. Il suffît quelquefois, pour que cette circulation de l'air ait lieu, d'élever artificiellement la température d'un des puits de la mine ; mais comme on rencontre les gaz nuisibles en commençant les travaux, et avant que plusieurs puits ou galeries , communiquant ensemble et débouchant à la surface du sol, puissent donner à ces gaz uue issue naturelle, on a recours aux cloisons, au* conduits, aux ventilateurs, aux fourneaux d'appel.
Les cloisons séparent la case des échelles par lesquelles montent ou descendent les ouvriers, de celle des Unes, espèces de tonnes dont on se sert pour élever au jour les produits de la mine. Les cloisons dépassent de 2 mètres la bouche du puits; l'air entre par une case et sort par l'autre.
Les conduits ou tuyaux d aérage se font avec des planches jointes
ensemble ou avec des arbres forés ; ils sont également élevés au-dessus de la boucbe du puits , et ils sont terminés par une espèce de girouette qui présente une ouverture au vent.
Les ventilateurs servent a chasser de bon air dans les travaux. Ce sont de gros soufflets ou autres machines remplissant la même indication. Dès que les travaux sont étendus, dès que l'espace est considérable, les ventilateurs deviennent insuffisants.
Les fourneaux d'appel dont nous avons (art. Air non renouvelé) indiqué la théorie , agissent d'une manière opposée aux ventilateurs : ceux-ci sont des appareils soufflants ; les fourneaux d appel sont des appareils aspirants. Ils se placent à l'extrémité supérieure des tuyaux d'aérage , se composent d'un cendrier , d'une grille , d'un foyer et d'une cheminée plus ou moins haute. Le tuyau d'aérage , dont l'extrémité inférieure plonge jusqu'au fond du puits ou jusqu'au bout de la galerie , vient déboucher sous la grille qui porte le combustible, et se termine par un bout en fer , afin qu'il ne s'enflamme pas : on bouche exactement le cendrier et la chauffe avec des portes lutées de terre grasse et de crotin de cheval, de manière à ce que l'air , indispensable à la combustion, ne puisse être fourni que par le tuyau qui va l'aspirer au fond delà mine, où il est aussitôt remplacé par de l'air pur qui se précipite dans les travaux.
Si l'on remplaçait ce petit appareil par une simple grille à feu, suspendue au puits d'aérage , il faudrait, pour éviter les détonations du grisou, la garantir avec un châssis garni de toile métallique de la même finesse que celle des lanternes de Davy, dont nous allons parler ci-dessous.
Les autres précautions relatives à l'aérage consistent à diriger les travaux avec la plus grande régularité possible, à éviter les galeries tortueuses , à forcer la totalité de l'air qui se précipite par l'un des puits, à passer sur toute la surface de la taille qui est en exploitation et où se trouvent réunis tout à la fois le plus grand nombre d'ouvriers, le plus grand nombre de lumières et la plus forte émission d'hydrogène. On parvient à ce résultat en s'op posant par des remblais à ce que le bon air introduit dans la mine, aille se perdre, et s'éparpiller dans les fissures.
Malgré toutes ces précautions propres à entraîner au dehors les gaz délétères, ils parviennent souvent (particulièrement les jours de fête et quand les travaux sont suspendus) à s'accumuler , et peuvent causer la mort si l'on n'est averti de leur présence, soit pour les neutraliser, soit pour user d'appareils, à l'aide desquels on peut impunément pénétrer dans le lieu méphitisé. 11 est donc important d'arriver dans les galeries des mines sans craindre les explosions, et d'en examiner
l'atmosphère. La lampe , ou plutôt la lanterne de sir Humphry Davy, donne ce moyen. Sa construction repose sur ce fait qu'une trame métallique assez fine pour porter sept cent quarante-huit ouvertures par pouce carré , et dont le fil ait de à de pouce d épaisseur, suffit pour arrêter la flamme peu chaude du gai inflammable des mines, de sorte que, lorsqu'on porte cette lanterne allumée au milieu des proportions d'air et de gaz hydrogène carboné, susceptibles de faire explosion, le gaz^entre bien à travers les interstices des mailles, s'allume à la flamme de la lampe , rougit le tissu métallique , mais l'inflammation ne se propage pas au dehors.
La lampe de Davy se compose donc, 1° du réservoir d'huile ou de la lampe proprement dite ; 2° de l'enveloppe de toile métallique en fil de fer ou de cuivre rouge ; 8° de la cage qui sert à fixer l'enveloppe avec le réservoir et à la garantir des chocs, au moyen de cinq montants de fer et du chapeau en tôle qu'ils supportent.
Mais comme la lampe s'éteint quand le gaz hydrogène carboné forme les -J de l'atmosphère des mines , H. Davy a imaginé de suspendre dans l'intérieur du tube de toile métallique, un fil de platine roulé en spirale, qui, étant rougi parla flamme de la lampe , opère la combustion lente des gaz inflammables , avec une quantité d'air atmosphérique beaucoup moindre que celle qui est nécessaire pour faire brûler la mèche. Le calorique dégagé par cette combustion lente du gaz hydrogène carboné , maintient à la chaleur rouge le fil de platine, qui, dans cet état, répand assez de lumière pour que l'ouvrier porteur d'une telle lanterne, puisse se diriger dans les galeries, et lorsqu'il arrive dans une atmosphère contenant plus d'oxygène, la combustion du grisou recommence à être plus rapide dans l'intérieur du cylindre, et la mèche se rallume spontanément. M. Chevremont a porté à huit le nombre des fils de platine en les tournant ensemble en spirale, de manière à conserver une plus grande clarté. Enfin , le corps de la lampe est garni d'un crochet avec lequel , sans ouvrir l'enveloppe de toile métallique , on peut élever , baisser et moucher la mèche.
La lampe de Davy, dont les ouvriers répugnent à se servir , parce que , revêtue de la toile métallique , la flamme éclaire peu , est à prosent remplacée en Belgique et en Angleterre, par une lampe due à Béai, fondée sur le principe de celle de Davy, mais dans laquelle un cylindre d'un verre épais et sans défaut remplace le tissu métallique, qui n'existe alors qu'au-dessus de la cheminée et à la partie inférieure de l'appareil par laquelle entre l'air.
M. Ajasson de Grandsagne a bien voulu mettre à ma disposition la lampe dont il se sert dans les mines de Chagny. Voici en quoi con-
listent les modifications qui la distinguent de celle de Davy : 1° Un bec d'Argantest substitué à la mèche pleine; 2° le tube centra) par où l'air traverse la flamme est garni, à son orifice intérieur, de plusieurs toiles métalliques destinées à empêcher le contact immédiat de l'air extérieur avec la flamme, et à s'opposer en même temps à l'inflammation du grisou, accident qui pourrait avoir lieu par une espèce de recul de la flamme ; 3° la partie correspondante à la flamme même est formée d'un cylindre de verre ou de cristal enveloppé extérieurement d'un treillage à grandes mailles , absorbant peu de lumière , et seulement destiné à préserver le verre des éclats de pierre ou de houille qui s'envolent sous le choc du marteau ; 4° au-dessus de la portion occupée par la flamme , se trouve un tuyau en cuivre rouge , percé à sa partie supérieure, de petits trous qui laissent échapper le résultat de la combustion. Ce tuyau est étroit et détermine un tirage qui aspire l'air et lui fait traverser la mèche. Il est enveloppé luimême d'une gaze métallique, remplissant les mêmes fonctions que la toile de la lampe de Davy. On voit que cet appareil présente un double moyen de sûreté.
Comme toutes les lampes s'éteignent par la présence d'une certaine proportion de gaz acides carbonique ou sulfureux dans l'air des mines , M. Ajasson de Grandsagne a présenté à l'Institut ( séance du Savril 1838) une mèche dont il suffit de briser l'extrémité pour qu'elle s'enflamme , et qui, portant avec elle l'oxygène nécessaire à sa combustion , continue de brûler dans les gaz acide carbonique et sulfureux , et permet aux mineurs de se sauver alors que la lampe de Davy s'est éteinte au milieu de ces gaz délétères. Nous avons nousmême enflammé cette mèche, nous l'avons plongée dans l'eau, et nous avons constaté que , retirée de ce liquide, elle a continué de brûler.
Quels sont maintenant les moyens de neutraliser les gaz des mines ? Nous avons indiqué (page 448 ) le moyen d'assainir un lieu où se rencontre le gaz acide carbonique. Ajoutons ici qu'en Angleterre M. Finchama fait répandre, avec succès , pour détruire le gaz hydrogène carboné, du chlorure de chaux dans la mine de Bradfort, où les ouvriers ne pouvaient pénétrer qu'avec la lanterne de Davy. Un ouvrier entra dans la mine avec une chandelle sans avoir préalablement répandu de chlorure, et fut victime de l'explosion qu'il détermina. M. Fincham lit répandre de nouveau chlorure dans le lieu même où l'accident était arrivé, et l'on y porta une chandelle sans qu'il survînt de nouvelle explosion. Ce fait ne serait pas , il est vrai , concluant pour prouver la destruction du grisou par le chlorure de chaux , puisqu'après l'explosion il ne reste que du gaz acide carbonique et de l'eau ; mais, plus tard, et dans le lieu même où se dégageait
le gaz hydrogène, des expériences avec le chlorure furent continuées avec succès.
Quant aux appareils à l'aide desquels on peut pénétrer dans les raines méphitisées , soit pour en retirer des ouvriers asphyxiés , soit pour tout autre objet, ils ont été indiqués page 4-49.
ARTICLE VII
De Vair vicié par les émanations des fosses d'aisances.
Il résulte des expériences de MM. Thénard et Dupuytren, que c'est au gaz hydrosulfïirique ( appelé plomb par les vidangeurs ) que sont dus les plus graves accidents auxquels donne lieu les émanations des fosses d'aisances. L'ammoniaque qui ne s'écarte presque pas de l'endroit où est placée la lunette, ne détermine guère qu'un picotement des yeux, du nez, de la gorge , suivi quelquefois de l'inflammation de ces parties. Il n'en est pas de même de l'acide hydrosulfurique. Les expériences de MM. Thénard et Dupuytren établissent que les chiens les plus vigoureux n'ont jamais résisté à une partie de gaz hydrosulfurique mêlée à cent parties d'air. Ordinairement une partie de ce gaz mêlée à deux cent quatre-vingt-dix-neuf parties d'air suffit pour asphyxier les chiens en quelques secondes. Les expériences de Chaussier prouvent que le gaz produit le même effet, mais d une manière beaucoup plus tardive , lorsqu'on y expose une grande surface de la peau.
Les vidangeurs , atteints par ce gaz au moment où ils rompent la croûte des fosses d'aisances, sont saisis tout à coup comme par un poids qui les retient, éprouvent une toux suffocante, jettent un cri involontaire, sont atteints de mouvements convulsifs au milieu desquels ils expirent.
Les propriétés désinfectantes depuis longtemps reconnues au gai acide muriatique oxygéné (chlore) ont porté MM. Thénard et Dupuytren à employer ce gaz pour neutraliser les effets délétères dont il est question ici. M. Labarraque a substitué au chlore le chlorure d'oxyde de sodium , qui n'a pas , comme le premier , l'inconvénient d'irriter les organes thoraciques.
Pour prévenir les accidents auxquels expose le métier de vidangeur , voici donc ce qu'il convient de faire : 1° 11 faut choisir , quand on lu peut, pour vider les fosses , un temps sec et froid j 2° ouvrir la fosse en ôtant la pierre placée au milieu de la voûte ( clef) douze ou vingtquatre heures avant de commencer à la vider; 3° se servir , pour l'éclairage, d'une lampe de sûreté, ou si l'on n'en a point à sa disposi-
tion, se garder d'approcher de l'ouverture les chandelles ou lampes ordinaires, qui pourraient enflammer des gai et donner lieu à des accidents graves ; 4° boucher tous les sièges des divers étages de la maison , excepté le plus élevé , sur lequel on place un fourneau dont le fond est formé par une grille , et qui est rempli de charbons bien allumés ; 5° placer dans la fosse, sur un trépied, un semblable fourneau , qui doit être entouré d'un grillage semblable à la lampe de Davy : la manière d'agir de ces fourneaux a été exposée page 457 ; 6° percer avec une longue perche la croûte, de loin, et en détournant la téte, puis remuer toutes les matières pour faire dégager , avant de descendre dans la fosse , le plus possible d'exhalaisons méphitiques ; 7° ceindre l'ouvrier qui descend , d'une double courroie en cuir , à laquelle s'attache une longue corde tenue par les hommes placés en dehors de la fosse ; 8° placer un nouveau fourneau bien allumé, et disposé, comme le précédent, sur le bord de celle-ci pendant qu'on la vide.
Pour empêcher les émanations des vidanges de pénétrer dans les appartements, il faut, comme l'a fait M. Labarraque, dans sa propre maison, placer sous les portes une traînée de chlorure de chaux sec, de l'épaisseur d'un pouce , et tendre derrière elles , sur des cordes , un linge épais trempé dans du chlorure liquide.
Si la quantité du chlorure de chaux nécessaire à la désinfection d'une fosse entière ne se montait pas à un prix trop élevé, nul moyen ne lui serait comparable pour préserver les vidangeurs des accidents auxquels les expose leur dégoûtant métier. Si les latrines sont pourvues d'un tuyau d'évent dominant le toit de la maison, il est clair que c'est dans ce tuyau que sera fait l'appel à l'aide du fourneau. Dans ce cas alors, les ouvertures de tous les sièges seront closes. Avec une livre de chlorure de chaux sur 60 litres d'eau, on ferait des arrosages renouvelés; par ce moyen, toute espèce d'émanation fétide serait promptement détruite. Pour désinfecter deux tinettes à moitié pleines , de manière à ce que , remuées en tous sens , elles ne présentassent plus d'odeur, il a fallu que M. Labarraque employât 75 grammes de chlorure sec. L'adoption usuelle de ce procédé augmenterait donc trop les frais de vidange. Mais ce qu'il serait facile et utile de faire, et ce à quoi l'autorité devrait obliger les maîtres vidangeurs, ce serait d'ajouter, ainsi que le conseille M. Labarraque, à leurs équipages, comme objet essentiel , une bouteille de chlorure d'oxyde de sodium concentré, afin de faire respirer cette liqueur aux ouvriers asphyxiés. Il serait même convenable qu'on joignît aux précautions indiquées plus haut pour la vidange de la fosse , celle de fixer sous le nez et la bouche de l'ouvrier qui travaille à l'intérieur, des éponges imbibées de chlorure.
La présence, dans les fosses d'aisance, de l'ammoniaque jointe au gaz hydrosulfurique (hydrosulfure d'ammoniaque), ne change rien au procédé de désinfection: le chlore, employé plus abondamment, neutralisera l'alcali.
Toutes les précautions que nous venons d'indiquer dans cet article vont bientôt devenir superflues, et Ton sera délivré, de la dégoûtante cause de mortalité qui les nécessitait , dès qu'on aura entièrement adopté l'utile invention des fosses mobiles inodores, de MM* Caseneuve, dont nous parlerons à l'article Habitation. . - joj
ARTICLE VIII
De Voir vicié par les émanations des tueries, des salles de dissection
et des cimetières.
Les émanations du sang et des chairs palpitantes , loin d'être malfaisantes, sont sans doute, avec l'exercice pris de très-grand matin et en plein air, la cause principale de ce teint fleuri et de cette coloration des tissus que l'on remarque chez les bouchers. Les émanations du sang et des parties solides du corps, altérées par la putréfaction, présentent un résultat bien opposé.
Lorsque le lavage des tueries a été négligé, et que le sang et les autres débris d'animaux se sont putréfiés par une haute élévation de température, les bouchers sont sujets à des inflammations viscérales miasmatiques, dans certains cas, accompagnées de charbon, d'anthrax, de pustule maligne , etc.
L'innocuité des émanations animales , alors que les cadavres ne sont point putréfiés , ou qu'il existe une bonne ventilation , explique comment, sous le décanat de J.-J. Leroux, dans une. seule année scolaire de la Faculté de Paris, seize cents cadavres de tout âge, de tout sexe, ont été disséqués par cinq cents étudiants, qui, chaque jour, passaient cinq à six heures à ces dissections, sans qu'un seul de ces jeunes gens ait été victime d'un zèle qui, dans ces salles humides et froides, expose à tant de causes débilitantes. Il n'en est plus de même à une certaine époque de la putréfaction quand les effluves putrides animales ont de l'intensité et frappent directement les voies aériennes. Le docteur Chambon fut obligé, au rapport de Percy , de faire la démonstration anatomique du foie et de ses annexes, lors de sa licence à l'ancienne Faculté de Paris. La décomposition du cadavre qui devait servir à cette démonstration était avancée, Chambon en fit l'observation ; mais l'obstiné doyen voulut, malgré les représentations de celui-ci et celles des professeurs , que l'on fît usage de ce sujet.
L un des quatre candidats (Corion) , frappé par les émanations putrides qui s en échappèrent aussitôt qu'on l'ouvrit, tombe en syncope, est reporté chez lui , et meurt en soixante-dix heures ; un autre ( le célèbre Fourcroy) est atteint d'une éruption exanthémateuse des plus ardentes et des plus complètes ; les deux derniers , Laguerenne et Dufresnoy, restèrent longtemps languissants ; ledernier ne put jamais se rétablir. Quant à Chambon, tout en proie à l'indignation que lui causa l'entêtement du doyen , il resta inébranlable à sa place, y termina sa leçon au milieu des commissaires inondant leurs mouchoirs d'eau aromatique , et dut sans doute son salut à cette exaltation cérébrale, qui lui procura dans la nuit, après quelques mouvements de fièvre, une exhalation de sueur abondante.
Quand la putréfaction est plus avancée, ou plutôt quand ses produits longtemps concentrés dans les tombeaux, viennent à se faire jour, ils altèrent l'air aussi dangereusement que quelque émanation que ce soit. En 1713 , à Dijon, le brisement fortuit d'une bière mise en terre depuis six semaines cause de graves maladies à cent quatorze personnes sur cent vingt qui se trouvent à portée de la fosse , et en fait mourir dix-huit. De semblables exhalaisons , échappées d'une tombe mal scellée dans l'église de Saulieu , frappent soixante-six enfants qui s'y trouvent ; trente-quatre périssent , ainsi que le curé et le vicaire. Des fossoyeurs ont été frappés de mort pour avoirdonné des coups de bêche sur des corps déposés en terre depuis longtemps.
Les émanations dont nous traitons ici sont loin d'être entièrement connues dans leur nature. On sait seulement que dans la putréfaction d'un cadavre, il y a absorption d'oxygène atmosphérique et dégagement d'une plus ou moins grande proportion d'ammoniaque libre ou combinée aux acides carbonique, hydrosulfurique, acétique, etc., et que plusieurs de ces acides eux-mêmes apparaissent mêlés aux gaz oxyde de carbone , hydrogène carboné, hydrogène phosphoré : mais ce qu'on ne connaît pas , ce sont les effluves* fétides que tous ces gaz entraînent avec eux, effluves dont l'odeur change aux diverses périodes de la putréfaction. Ainsi, bien que les émanations qui nous occupent, produisent des réactions analogues à celles des combinaisons fétides inorganiques, elles ont cependant quelque chose de spécial, et diffèrent de celle-ci, d'après l'opinion même d'un des plus grands chimistes modernes, M. Berzélius.
Avant de terminer ce que nous avons à dire des effets des émanations animales, nous devons tenir compte de recherches qui ont fait £rand bruit dans ces derniers temps, et ont ébranlé l'opinion généralement adoptée sur la puissance délétère de ces émanations : on comprend qu'il s'agit des recherches de Parent-Duchâtelet. Ce médecin,
par les mémoires qu'il a publiés dans* les Annales d'Hygiène publiquet semble avoir eu pour but, en entassant un grand nombre de faits, de prouver qu'un air chargé d émanations putrides et un air pur n'ont pas plus d'influence sur la santé l'un que l'autre.
11 est possible que , d'un côté , l'on ait trop attribué à ces émanations, mais certainement Parent a tiré, des faits qu'il présentait, des inductions dont un esprit plus logique se fût abstenu. La nocuité ou l'innocuité des émanations putrides , en effet, se réduit , comme l'a parfaitement compris M. Guerard (Thèse pour le concours d'hygiène), à une question de concentration, et il ne répugne pas plus de croire que Corion, dans le fait que nous venons de rapporter, ait pu tomber en syncope, frappé, dans un amphithéâtre, en aspirant directement les émanations putrides très-concentrées du cadavre sur lequel il faisait une démonstration , ou encore , qu'un fossoyeur ait pu tomber mort frappé par la vapeur délétère s'échappant avec explosion du cercueil qu'il ouvrait d'un coup de bêche , il ne répugne pas plus, disons-nous , de croire à ces faits , qu'il n'est difficile d'admettre que les habitants de la Villette jouissent d'une bonne santé, quoiqu'ils reçoivent de Mont faucon, portées sur les flots d'un air libre , des émanations odorantes infectes. Si Parent eût su interpréter les faits qu'il entassait , il eût trouvé le secret de la dissidence qui régnait sur ce point entre lui et ses devanciers : dissidence dont la cause et l'explication sont , au reste , renfermées dans la phrase suivante de cet auteur : « Los émanations fétides qui sortent de ce lieu ne se concentrent pas dans la voirie et son voisinage ; elles sont disséminées au loin... » Si elles ne se concentrent pas dans la voirie elles ne peuvent y avoir de résultat sensible , et quant à celles qui sont disséminées au loin, il n'est pas étonnant que leur puissance délétère soit nulle. C'est l'histoire de tous les gaz délétères qui ont fait l'objet des articles précédents.
Ainsi, reconnaissons d'abord avec les observateurs de tous les temps, que les effets des émanations putrides animales varient suivant leur plus ou moins de concentration, et produisent depuis un léger vertige, un sentiment de malaise, de défaillance, des nausées suivies de perte d'appétit (accidents qui durent quelques heures), jusqu'à l'asphyxie et la mort.
Disons ensuite qu'il est, sinon certain, du moins très-probable que c'est en grande partie aux effluves putrides animales, abondamment répandues dans l'air , que sont dues beaucoup de fièvres typhoïdes. « M. Nathalis Guillot nous u rapporté, dit M. Guerard, avoir visité à Rome, l'église de Santa-Maria-in-Lucina, où Ton a encore conservé l'usage d'inhumer les morts ; le sol est ondulé par les soulèvements qu'y produit l'expansion des gaz émanés des corps qui se pourrissent
au-dessous de la surface : l'odeur la plus infecte est répandue dans tout 1 édifice , et l'opinion des médecins de la ville , est qu'il suffit d'y séjourner quelque temps pour y contracter des fièvres graves. >• (Ouvr. cité. )
Disons encore qu'il est difficile de ne pas admettre , lorsqu'on a lu l'admirable description ( i) queM. Pariset trace desembaumementsanciens et des sépultures actuelles en Egypte , cette opinion : Que les émanations cadavériques infectes abondamment répandues dans l'air , sont la cause de la peste qui ravage cette contrée depuis la cessation de l'ancien mode de conservation des cadavres. Cette opinion de l'éloquent secrétaire de l'Académie royale de Médecine, ne saurait être infirmée par les observations de M. le docteur Brayer (a), car, si pendant son séjour à Constantinople , cet auteur n'a pas vu la peste sévir sur ces familles franques , pérotes et arméniennes , qui habitent les maisons élégantes situées dans la partie la plus élevée du champ des morts , cela tient sans doute à la rapide diffusion des émanations cadavériques, à l'aisance dans laquelle vit cette portion de la population, à la différence de beaucoup d'autres conditions, telles que la direction habituelle du vent , la qualité de la terre du cimetière , la manière dont s'y fait la décomposition des corps, etc. , etc. , et une foule d'influences éventuelles qui enchaînent , précipitent , ou dispersent les émanations.
Disons , enfin , pour terminer ce qui a trait aux effets des effluves putrides animales , que , suivant certaines observations , les émanations cadavériques de sujets qui ont succombé à des maladies spécifiques, auraient le pouvoir de reproduire des maladies, ou en d'autres termes , que la putréfaction ne détruirait pas les virus ; que , par exemple , l'air chargé des émanations du cadavre putréfié d'un varioleux , reproduirait la variole. Ces observations ne sont peut-être pas très-authentiques , aussi ne faisons-nous qu'énoncer sous forme de doute , l'opinion qu'on en a fait découler. Nous devons pourtant mentionner que , pendant une épizootie , Vicq-d'Azir recueillant dans une vessie les émanations putrides qui s'échappaient des intestins des animaux , et les faisant inspirer à des animaux bien portants, frappait ces derniers de la maladie à laquelle avaient succombé les autres.
Quels sont maintenant les moyens de prévenir les dangers causés par les émanations cadavériques putrides?
1° Si l'on se rappelle ce que nous avons dit de la puissance des gaz qui sortent des intestins à la rupture de l'abdomen , on pourra facile-
(1) Mémoire sur les causes de la peste {Annales d'Hygiène publique, Paris , 1831 , tome vi , page 243.) (a) Neuf années à Constantinople , Paris, 1836, 2 vol. in 8°.
ment admettre qu'il n'est pas sans utilité pour celui qui porte le scapel sur les parois de cette cavité , de se détourner un peu à l'instant où les gaz s'en échappent avec explosion.
2° D après l'incertitude qui règne sur la transmissibilité des maladies contagieuses par les émanations cadavériques , il serait prodent, lorsqu'on n'a point été vacciné, ou que l'on n'a point eu la petite vérole , d'éviter de disséquer des sujets qui auraient succombé à cette maladie.
8° Les pavillons de dissection doivent être journellement lavés à grande eau. Aucun débris cadavéreux devenu inutile ne doit y séjourner. Les macérations, dontleremuageest toujours dangereux, doivent être faites en plein air, dans des lieux écartés : enfin, on peut employer les désinfectants dont nous avons parlé dans le chapitre précédent.
4° Il existe aujourd'hui un procédé peu coûteux (un franc par cadavre), qui met à l'abri des émanations putrides , à l'aide duquel on conserve frais les sujets , en hiver, pendant trois mois , de manière à ce qu'ils puissent être soumis à une facile dissection. Ce procédé, dû à M. Gannal , consiste à les injecter avec un kilogramme de sulfate simple d'alumine dissous dans deux litres cf eau. Il n'est même pas nécessaire, suivant M. Gannal , pour conserver un cadavre pendant un mois ou six semaines , de faire pénétrer l'injection par les systèmes artériel ou veineux ; un lavement d'un litre par l'anus , un autre par la bouche , suffisent pour cette conservation limitée. Ce procédé est appliqué à Clainart pour la totalité des cadavres destinés à la dissection (i).
Si Ton a à les conserver par une haute température, on injecte un autre sel , l'acétate d'alumine à vingt degrés , et comme ils sont exposés à se dessécher prompteraent, on les recouvre d'une couche de vernis qui empêche l'évaporation et les conserve frais.
8° Un autre moyen propre à mettre à l'abri des émanations cadavériques dans l'étude de l'anatomie , est celui des pièces artificielles , comme les avait conçues , dans le seul intérêt des élèves , un homme de bien par excellence , feu Ameline, professeur d'anatoraie à Caen. Un seul mannequin , construit avec un squelette naturel sec et une substance solide qui ne redoute ni l'influence de la température , ni les attouchements réitérés , ni les chutes , représente toutes les parties du corps humain , dans leurs dimensions et rapports naturels, de telle façon qu'en détachant et replaçant ces parties , on peut, avec ce seul mannequin, répéter un cours complet de toute l'anatomie. Cette invention si avantageuse, qui enlève à une science indispensable ses
(i) Comparez : Annales d' Hygiène publique , tome m , p. 16; tome v, p. 243. — Histoire des embaumements , par J. N. Gannal, Paris, 1838, in-8. —Nouveau Sytième de Chimie organique, par F. V. Raspail, 2«édil., Paris, 1838, t. m, p. 575.
dangers et ses dégoûts, qui remporte sur toutes les préparations, conservations ou représentations usitées avant le procédé de M. Gannal, parce qu'elle reproduit fidèlement et rapidement les impressions dont les pièces les mieux disséquées ont frappé la mémoire , supplée aux cadavres lorsqu'il y a pénurie de ceux-ci ; mais, dans aucun cas, elle ne doit dispenser des dissections, parce que rien n'en peut dispenser. Ces pièces artificielles seront, avec avantage , employées dans les villes comme Montpellier, où le nombre des cadavres ne doit pas être en proportion du besoin des élèves. C'est, au reste, ce qui a lieu aujourd'hui, grâce au zèle et à l'activité qu'a mis M. Auzoux à répandre la méthode de M. Araeline, à l'aide d'un procédé beaucoup plus expéditif (le moulage) que ne l'était celui du professeur de Caen.
6° Si, sur la réquisition de l'autorité, l'on est obligé de faire l'examen d'un cadavre dont la putréfaction est déjà avancée , comme il est de toute impossibilité, dans ce cas, d'user du procédé de M. Gannal, et qu'on doit n'employer qu'avec beaucoup de réserve la solution de chlorure de chaux, puisque , modifiant la couleur des parties , ce liquide peut nuire aux recherches qu'on se propose ; on se bornera à répandre fréquemment le chlorure sur la table où l'on place le cadavre; on évitera l'inspiration des gaz intestinaux dont nous avons signalé le danger ; enfin, si les circonstances le permettent, on placera le cadavre dans une salle à autopsie, pourvue d'un tuyau d'appel : le mieux disposé pour cet objet, consiste en un vaste entonnoir conoïde en toile cirée distendue par des cerceaux , dans lequel on suspend un réchaud propre à dilater Pair, et dont la base , placée à une certaine distance au-dessus du cadavre , est assez étendue pour aspirer toutes les émanations qui en partent , tandis que le sommet se porte au dehors, comme celui de tous les tuyaux d'appel ( voy. les articles précédents).
7° Si le cadavre que l'on est requis d'examiner a déjà été enterré depuis longtemps, et qu'il faille l'exhumer, on peut, lorsqu'on a déjà enlevé de la fosse une certaine quantité de terre , arroser le sol avec une solution de chlorure, répéter ces arrosements jusqu'à ce qu'on nit rais la bière à découvert , arroser celle-ci avec précaution et se garder de la briser , pour ne ne pas faire pénétrer le liquide dans son intérieur. Un moyen fort convenable dans ce cas, si l'on pouvait y astreindre les fossoyeurs, serait l'appareil de Grosse de Genève, qui consiste dans l'application sur le nez et la bouche, de plusieurs tranches d'éponge superposées et cousues ensemble , et dont les plus superficielles seraient imbibées de chlorure de chaux dans la proportion de deux onces par litre d'eau : c'est le moyen de décomposer les émanations à mesure qu'elles se présentent avec l'air à l'entrée des voies
Gi
respiratoires ; les mouchoirs trempés dans du vinaigre et dont M. Orfila donne le précepte de garnir la bouche et les narines des fossoyeurs qui pénètrent dans les caveaux, sont un moyen insuffisant ; il pourrait être utile si les émanations n'étaient formées que de gaz ammoniaque.
8° Si Ion a à pénétrer dans une cave sépulcrale profonde , depuis longtemps fermée, il faut en faire ouvrir la porte ou faire ôter lu pierre qui ferme la voûte, quelques heures avant d'essayer d'y pénétrer ; le fossoyeur chargé de cette première partie de l'opération doit, de toute nécessité , avoir le nez et la bouche couverts des éponges mentionnées, à moins qu'on ne veuille le revêtir de l'appareil de M. Pau* lin (voy, page 450), ce qui serait trop embarrassant; il faut ensuite s'assurer si une lumière brûle dans le caveau avec activité r et , dans le cas où elle s'y éteindrait , y faire lancer une solution de chlorure de chaux ; on peut aussi y faire faire des fumigations de chlore assez longtemps avant d'y pénétrer, pour n'être pas incommodé par ce gaz. Le meilleur moyen, enfin, si l'on est obligé de séjourner quelque temps dans le caveau , est d'y faire arriver l'air extérieur jusqu'à la partie la plus profonde, à l'aide de la manche à vent dont nous avons parlé (art. Air non renouvelé ) , et d'en faire sortir le mauvais air, à l'aide d'un tnyau d'appel construit en toile , comme la manche , mais dont l'extrémité supérieure est garnie d'un tuyau de tôle communiquant à la grille d'un réchaud. Pour cela, il est nécessaire qu'une seconde ouverture ait été pratiquée au caveau.
9° Dans le cas où il s'agit de transporter à la fois un grand nombre de corps , comme on l'a fait après les combats de juillet , on use des moyens qui ont été employés dans cette circonstance : on couvre les corps avec de la paille sur laquelle on répand du chlorure de chaux sec et en poudre.
On peut encore laver avec des solutions de chlore , avant de les ensevelir, les cadavres exposés à répandre sur le trajet du domicile au cimetière, des émanations infectes; il est même prudent d'user de cette pratique avant l'exposition des personnes qui auraient succombé à la variole. Quant au transport des cadavres à de très-grandes distances , il pourra toujours être effectué sans inconvénient , si , au préalable, on les a convenablement embaumés.
Les mesures d'hygiène publique, relatives aux inhumations, sont les suivantes (î):
1° Maintenir dans toute sa rigueur le décret du 33 prairial anxu qui défend toute inhumation dans les églises, dans les lieux où l'on se
(i) V oyez A. Trebuchet, Jurisprudence delà Médecine , de la Chirurgie et delà Pharmacie, Paris , 1834, p. 129 et 552.
rassemble pour l'exercice des cultes, dons l'enceinte des villes ou des bourgs. L'exception en faveur des grands hommes , auxquels , en France , sont accordés les honneurs du Panthéon , n'a nul inconvénient si , préalablement à la sépulture , les cadavres sont embaumés par un bon procédé , celui de M. Gannal, par exemple. Nous ne pouvons l'indiquer, puisqu'il reste la propriété de l'auteur, mais, suivant les rapports qui en ont été faits , il conserve indéfiniment les corps toujours frais avec V apparence du sommeil.
jL° Eloigner les cimetières des sources ou des rivières propres à déborder. Cette précaution a pour but d'obvier à la destruction des sépultures et aux émanations qui en résulteraient ; car, d'après l'examen fait par MM. les membres du conseil de salubrité , de l'eau du puits creusé au milieu du cimetière de l'ouest, cette eau, au lieu d'être crue comme la nature calcaire du sol le faisait supposer, dissout le savon, cuit les légumes, est limpide, inodore et de bon goût. M. Barruel, en lui reconnaissant ces qualités , a préjugé quelle les devait à ce que, dans sa filtration à travers un terrain imprégné de sels ammoniacaux , le sulfate calcaire qu'elle renfermait avait été décomposé. L'analyse faite séparément par MM. Guerard et Barruel confirme l'induction de celui-ci.
3° Consacrer aux cimetières un terrain cinq fois aussi étendu que l'espace nécessaire aux inhumations d'une année , afin de ne pas enterrer dans le même lieu avant la fin de la cinquième année. Il ne faut généralement pas plus de dix-huit mois pour la réduction à l'état de squelette d'un cadavre enterré à la profondeur de cinq pieds , quand toutefois il n'est point entouré d'enveloppes trop nombreuses et trop résistantes à l'action des agents extérieurs ; cependant, comme certaines circonstances, l'imperméabilité du sol, sa saturation de matières animales, etc., etc., retardent quelquefois l'entière décomposition fort au delà de ce terme, on ne peut qu'approuver le règlement qui assigne l'intervalle de cinq ans.
4° Donner aux fosses la profondeur exigée par le décret ( quatre à cinq pieds ). Plus profondes , les fosses retardent la décomposition des cadavres en les privant de l'air, du calorique , etc. ; moins profondes, elles permettent aux exhalaisons de traverser la terre et d'infecter l'atmosphère.
5° Établir des cimetières sur des lieux élevés , inclinés , à l'exposition du nord.
6° En éloigner les maisons , non-seulement dans l'intérêt des personnes qui les habitent , mais encore pour que rien ne s'oppose à la dissémination des émanations du cimetière.
7° Planter dans celui-ci quelques végétaux assez isolés pour qu'ils
puissent laisser circuler l'air, reoevoir les rayons solaires et fournir de l'oxygène (voy. l'art. m,p. 468 ).
8° Ne pas donner plus de dix pieds d'élévation au mur qui entoure le cimetière.
9° Interdire , au moins pendant quelques années , l'usage de celui dont le sol trop saturé de matières hydrogénées ne peut plus concourir à la fermentation putride , transforme les cadavres en gras , et
les conserve en cet état.
ARTICLE IX
Altération et ttciation de l'air dans les égouts.
L'air des égouts n'est sensiblement altéré et vicié que par instants; ainsi, sur vingt-une analyses faites par M. Gaultier de Claubry, la diminution dans la proportion de l'oxygène a varié dans le rapport d'un à quatre centièmes : l'azote s'est trouvé six fois dans les mêmes proportions que dans l'air atmosphérique, et treize fois diminué d'un centième. La diminution dans la proportion de ces deux parties constituantes de l'air a été constamment remplacée par une augmentation notable d'acide carbonique. On a trouvé de plus une quantité d'hydrogène sulfuré qui s'est élevée deux fois à un centième, et a varié , dans toutes les autres analyses entre vingt-cinq et quatre-vingt millièmes.
Cette minime altération dans la proportion des principes constituants de l'air , qui avait échappé à M. Julia Fontenelle , cette viciation si faible par 1 hydrogène sulfuré, n'ont aucun effet sensible surles ouvriers qui se trouvent plongés dans l'atmosphère des égouts pour poser les barrages ; elles ne peuvent expliquer les accidents qu'ils éprouvent pendant le remuement des matières. C'est qu'en effet, dans le moment du curage , l'altération de la proportion des principes constituants de l'air, et sa viciation par un gaz délétère, sont portées beaucoup plus loin. Cet air , alors analysé par M. Gaultier de Claubry, s'est trouvé composé de 13 ,79 d'oxygène; de 81 ,21 d'aiole; de 2 , 01 d'acide carbonique , de 2 , 99 d'hydrogène sulfuré.
Les immondices qui donnent lieu à ces produits sont formées de matières putréfiées entraînées par les eaux pluviales et ménagères. Dans un égout de Paris , d'après un rapport fait au préfet de la Seine, indépendamment des fanges ordinaires , qui renferment plusieurs centaines de mille pieds cubes d'urine et de matière liquide provenant des fosses d'aisance de cette ville , viennent se vider les eaux vannes de la voirie de Montfaucon ; celles des bains sulfureux do
l'hôpital St.-Louis , qui fournissent par an, à cet égout, d'après calcul fait, 1937 livres d'hydrosulfure de potasse , une masse de sang, de fumier et de meuus débris résultant de l'abattage et de la préparation de plus de cent soixante mille animaux par abattoir ( les eaux de plusieurs se rendent dans le même égout ).
Les accidents les plus communs qu'éprouvent les égoutiers sont les oph thaï mies, les unes déterminées par Faction directe de la boue des égouts, les autres par Fini pression des gai échappés de cette boue, lorsqu'on la remue ou qu'on la transporte.
Quelquefois ce genre d'accident se borne à une violente cuisson et à une rougeur assez intense, que les lotions fraîches- et une courte interruption des travaux suffisent pour dissiper. Dans beaucoup de cas, la terminaison n'est ni aussi prompte ni aussi facilement amenée . Quelquefois la cuisson des yeux et le larmoiement sont si considérables, qu'il y a cécité complète, qu'il faut tendre la main aux ouvriers pour les faire sortir de l'égout, et qu'on est obligé de les reconduire chez eux.
Outre les ophthalmies, on a encore observé chez les égoutiers tous les symptômes que les auteurs présentent comme caractéristiques d'un embarras gastrique et intestinal. M. Ghervin et beaucoup d'au* très médecins pensent queleségouts mal entretenus dans les lieux où la température est élevée (Cadix, Gibraltar), ne sont point étrangers à la production de la fièvre jaune. Les émanations des égouts causent enfin l'asphyxie et tous les accidents qui l'annoncent, tels que la faiblesse, le malaise général, les vertiges.
La quantité d'hydrogène sulfuré nécessaire pour produire l'asphyxie chez l'homme, est trop mal déterminée pour que nous puissions émettre rien de positif à cet égard. Les expériences précédemment citées ( art. vu ) de Ghaussier, Dupuytren, Nysten, suivant lesquelles il ne faut, pour donner la mort aux animaux, que quelques minimes quantités d'hydrogène sulfuré ( 1 partie sur 399 parties d'air pour tuer un chien ; 1 partie sur 250 d'air pour tuer le cheval le plus fort ), paraissent même être infirmées par quelques faits récemment observés par M. Gaultier de Glaubry et Parent- Duchàteie t.
On prévient les accidents qui surviennent aux égoutiers par les moyens suivants, dont nous extrayons analytiquement l'exposé, d'un rapport à MM. de Chabrol et de Laveau par Parent-Duchâtelet (i).
Avant de pénétrer dans un égout , on s'assurera si l'air en est ou simplement vicié par des gai délétères , ou si l'oxygène y manque ; «:ar on sait que, dans le premier cas, il suffitd être muni des appareils
(0 Annales d'Ihjgtv ne publique , Paris, 1829, tome il , page 113 et suiv.
propres à neutraliser les gaz et les empêcher de pénétrer dans les voies aériennes, ou d'être absorbés par la peau ; mais que, dans le second cas, ces appareils ne suffisent pas et sont parfaitement inutiles, puisque là où manque l'air vital , Jous les désinfectants imaginables ne sauraient le créer.
On introduira donc une lumière dans l'égout ; si elle brûle avec vivacité, on sera certain qu'il existe assez d'oxygène pour qu'on n'ait pas à redouter d'être asphyxié par défaut d'air vital. Dans ce cas, on se munira de tous les appareils nécessaires pour prévenir un autre genre d'asphyxie, celle qui peut être produite par des gaz délétères ; on se munira d-i masque de Robert, des coiffes, des éponges imbibées de chlorure, etc., et autres moyens indiqués ailleurs {voyez page -481).
Dans le cas contraire, celui où la bougie ne brûle pas avec vivacité, il faut employer un moyen propre à introduire de l'air vital là où il n'en existe pas. Ce moyen est la ventilation.
La ventilation, comme on le sait, s'effectue à l'aide du feu ou des moyens mécaniques. Appliquée aux égouts, la ventilation à l'aide du feu dans une cheminée , est le moyen le plus sur dans son action.
« Cette cheminée, formée de lames de tôle aura 1 mètre de largeur et S de hauteur ; elle portera des poignées pour faciliter son transport, et sera percée de deux ouvertures ayant chacune 0 m* 50 de largeur et de hauteur. Elle sera placée sur le regard qui se trouvera en amont de celui pour lequel se fera le service d'extraction ; on lutera sa base avec de l'argile ou du sable, et on suspendra dans son intérieur un réchaud de -4 à 5 décimètres de largeur et de 6 de profondeur; on descendra ce réchaud dans le regard, le plus profondément possible, mais jamais au-dessous du niveau de la voûte ; on y entretiendra continuellement un feu assez actif en l'alimentant, non avec de la houille ou du coke , mais avec du bois bien sec et bien flambant ; il faudra mérae avoir auprès de la cheminée du bois fendu en morceaux trèsminces pour activer subitement le feu quand cela sera jugé nécessaire. Chaque jour le réchaud devra être allumé une heure au moins avant le commencement des travaux. Cette cheminée n'aurait aucune action si on n'empêchait pas l'air d'arriver de la partie de l'égout qui se trouve en amont de la cheminée ; il faudra donc boucher cette partie, ce qu'on fera aisément à l'aide d'une simple toile plus longue et plus large que l'égout, et que Ton attachera à la voûte à l'aide de quelques doux, en la laissant flotter sur la vase. Un seul barrage ne sera pas toujours suffisant : il faudra en établir un autre en aval du regard, par lequel se fait l'extraction, Chaque fois qu'on aura curé deux ou trois cents mètres. Ce barrage se placera de la même manière que le premier, et forcera l'air du dehors de pénétrer dans l'égout par le regard
AIR ATMOSPHËRIQUF. 487
d'extraction pour traverser l'égout et sortir par le ventilateur. Pour placer le premier de ces barrages , il faudra nécessairement qu'un ouvrier pénètre dans l'intérieur de l'égout , ce qu'il ne fera qu'après avoir tenté l'essai indiqué précédemment. Si la lumière ne s'éteiot pas, il pourra y descendre impunément à l'aide de l'appareil préservateur; mais, pour plus de précautions , il sera muni d'un bridage , et on répandra autour de lui du foin saupoudré de cblorure de chaux.
» Si la lumière s'éteint et que cette extinction soit due au défaut d'oxygène , ce qui arrive le pkis souvent , comme il n'y a rien que l'on puisse neutraliser dans cette circonstance, on ouvrira alors largement les regards , on tentera d'y faire pénétrer l'air extérieur, et d'y conduire le vent à l'aide d'une toile convenablement placée ; on y descendra, à plusieurs reprises, un réchaud allumé. Par la réunion de ces moyens, on changera la proportion de l'air de l'égout, mais il ne faudra y pénétrer qu'après des essais multipliés, et en redoublant de soins et de précautions, et, pour plus de sûreté, on ne le fera qu'avec un tube respirateur ; dans ce cas même , nous recommanderons encore l'emploi du sondage , moyen de sûreté qui ne doit pas être négligé.
» Les barrages étant placés , et le fourneau en activité, on commencera les opérations du curage ; mais , avant , il faudra s'assurer si le tirage se fait bien à l'endroit où doivent pénétrer les ouvriers ; il suffira, pour cela, d'y enflammer quelques corps qui produisent de la fumée, ou d'en approcher une lumière ; la direction que prendront dans ce cas , soit la fumée , soit la flamme , indiquera la direction et la force du courant.
» 11 est indispensable, pour le succès du curage, d'aller toujours de l'aval à l'amont , surtout quand on est obligé de laisser aux eaux leur écoulement habituel. Deux ouvriers descendus dans l'égout chargeront les matières dans des seaux, d'autres porteront ces seaux sous les regards, par lesquels ils seront amenés à la surface à l'aide d'une poulie.
» En s éloignant de l'orifice d'extraction , il faudra faire descendre dans l'égout un nombre d'hommes suffisant pour que , sans changer de place , ils puissent se passer les seaux de main en main , en forint une chaîne comme pour un incendie ; si ces hommes étaient obligés de marcher dans la vase, chargés des seaux, ils se fatigueraient promptement , et favoriseraient le dégagement des gaz délétères , ce qu'il faut éviter, h
On n'admettra aux travaux que les hommes en bonne santé ; on ne les laissera jamais descendre dans l'égout lorsqu'ils sont dans un état voisin de l'ivresse ; on leur distribuera des bottes et des habits de travail d'une bonne qualité, et quelques rations de vin.
On réglera les heures de travail de manière que les ouvriers se reposent trois fois dans la journée et montent plus ou moins fréquemment respirer l'air pur , selon qu'ils travaillent plus ou moin» courbés au milieu d'émanations abondantes et susceptibles de leur causer des faiblesses et des maux de cœur.
On placera , tant à l'entrée de l'égout , que dans le lieu destiné au repos , plusieurs baquets d'une solution de chlorure de chaux , dans la proportion d'un kilogramme de chlorure pour trente litres d'eau , et on exigera des ouvriers qu'ils s'y lavent les mains et les bras, soit en entrant dans l'égout , soit en en sortant.
On donnera à chaque ouvrier , pour qu'il le suspende à son cou , un flacon à large ouverture rempli de chlorure , et dont l'orifice corresponde à la boutonnière la plus élevée de la veste.
On fera jeter dans l'égout du foin saupoudré de chlorure sec. Les fumigations de chlore ont l'inconvénient d'incommoder les ouvriers et on doit faire sortir ceux-ci de l'égout si l'on croit devoir pratiquer ces fumigations. Elles se font, du mélange d'un kilogramme d oxyde de manganèse et de deux kilogrammes d'acide hydrochlorique , que l'on descend par le regard d'amont.
ARTICLE X
De l'air vicié par les émanations des marais, mares, étangs, routoirs, rizières , et de toute collection à* eaux stagnantes recouvrant un limon imprégné de débris végétaux et animaux.
La composition de ces émanations , auxquelles on donne le nom d'effluves, est encore complètement inconnue. On a d'abord remarqué que , par l'agitation de la vase des marais, il se dégage de l'hydrogène protocarboné , presque toujours mêlé de 14 à 15 centièmes d'axote , de plus ou moins d'acide carbonique , d'hydrogène sulfuré , et, dans certains cas , de traces d'hydrogène phosphoré; mais on n'a plus retrouvé ces gaz dans l'analyse que l'on a faite de la couche d'air qui repose sur les marais ; ainsi, l'air recueilli au-dessus des marais du fort Fuentes s'est trouvé , suivant Guttoni , aussi pur que l'air recueilli au sommet du mont Leguone ( Alibert , Fièvres pern.). Ainsi, M. Julia Fontenelle ( Archives , t. vin , p. 146 ) dit avoir prouvé , par plus de soixante analyses , que l'air des marais, des étangs , des égouts, des écuries et des hospices, même pendant que la fièvre jaune y régnait, ne donnait que les mêmes principes constituants, et dans les mêmes proportions, que celui qu'il avait recueilli dans les lieux les plus sains et sur les montagnes les plus élevées des Pyrénées.
Ajoutons maintenant ici, que, comme les gaz mentionnés ne produisent rien de semblable aux émanations marécageuses, lorsqu'ils sont préparés dans les laboratoires à l'aide de substances inorganiques, on n dû conclure qu'il doit exister, pour la production des maladies dues à ces émanations, autre chose que les gaz et que les différences qu'on avait d'abord pu supposer dans la proportion des principes constituants de l'air. Pour saisir cet agent inconnu , Rigand (i) plaça au milieu des marais Pontins un cadre en bois supporté par quatre pieds dont l'inégale hauteur donnait une inclinaison de 30 à 40 degrés. Ce cadre était garni de quatre grands carreaux de verre disposés en losange et sous forme de toit , de manière que les vapeurs , se con^ densant, pussent couler jusqu'au dernier carreau, à l'extrémité duquel se trouvait un grand flacon muni d'un entonnoir. Deux bouteilles de liquide furent recueillies par ce procédé. Vauquelin, par une analyse faite six mois après, y reconnut, en l'agitant, des flocons légers et une odeur légèrement sulfureuse, analogue à celle du blano d'œufcuit; enfin, soumise à différents réactifs, cette eau parut au célèbre chimiste, contenir : « 1° de la matière animale, dont la plus grosse portion s'était séparée sous forme de flocons, pendant que l'eau a été enfermée dans les bouteilles ; 2° de l'ammoniaque ; 3° du muriate de soude ; 4° du oarbonatede soude, n (Ann. de la Soc* de méd. de Montpellier ). M. Moscati , professeur à Milan , condensa les émanations des rizières, en suspendant, le soir, à trois pieds du sol, des globes de verre remplis de glaoe : l'eau condensée et recueillie fournit une matière floconneuse très-putrescible qui répandait une odeur cadavérique. Dupuytren et M. Thénard virent le gaz carboné des marais laisser déposer dans l'eau , à travers laquelle ils le faisaient passer, des flocons de matière animalisée, ce qui n'a pas lieu quand on fait passer dans l'eau le gaz hydrogène carboné , dégagé par les procédés ordi* naires. M. Boussaingault enfin, a, dans l'air même des marais d'Amérique, saisi des principes organiques. Voilà où en est maintenant la science. Ce qu'il y a donc de prouvé, c'est l'existence d'une émanation de nature organique, provenant de la fermentation putride de la vase, s'élevant avec les gaz et avec les vapeurs, et accompagnant ces véhicules, dans la dilatation ou la condensation qu'ils subissent parles variations diurnes de la chaleur atmosphérique, c'est-à-dire augmentant d'intensité suivant que les vapeurs et les gaz des marais sont plus condensés et apparaissent , par exemple , sous forme de brouillards et de rosée , comme cela a lieu le soir , la nuit et le matin , et se dispersant, au contraire, vers le milieu du jour, quand les vapeurs se
(i) Recherché» sur le mauvais air et ses effets, Paris , 1832, in-8.
dissipent. On voit parce qui précède combien peu on est avancé dans la connaissance de la composition des effluves marécageux. Les conditions dans lesquelles ils naissent ; la manière dont ils se comportent, les effets qu'ils produisent suivant les climats et les individus, les moyens que l'hygiène emploie pour les combattre , sont les seuls points connus.
Lorsque la température est très-basse , les marais ne fournissent à l'air aucun principe nuisible; c'est ce qui a lieu dans le Nord, pendant une grande partie de l'année et dans nos contrées, pendant l'hiver , et au commencement du printemps. Mais lorsque la température, suffisamment élevée , a rendu l'évaporation plus active, et que la vase est à nu, alors les débris macérés des végétaux de toute espèce et des myriades d'animaux aquatiques, infusoires , vers , mollusques , insectes batraciens et autres , qui naissent , se nourrissent ou meurent dans la vase des marais, sont laissés à découvert, se décomposent sous l'influence de la chaleur et de l'humidité (causes les plus actives de la fermentation putride) et donnent naissance aux effluves qui infectent l'air. C'est là ce qui se passe en été et en automne dans nos contrées ; la même chose a lieu après l'hivernage , dans les pays équatoriaux, qui ne présentent que deux saisons, celle des pluies et celle de la sécheresse. Lorsque enfin la température extrêmement élevée dessèche complètement le terrain, le marais, recouvert momentanément par une croûte solide et épaisse, ne fournit plus d'émanations; mais lorsque la pluie vient à délayer cette croûte, les émanations n'en sont que plus infectes.
Les effluves marécageux ne sont portés qu'à de très-petites distances, qui varient, au reste, suivant beaucoup de circonstances faciles à apprécier. Suivant M. de Prony ( Rapport sur les marais Pontins), les maisons que les Romains avaient bâties à cent mètres du littoral des marais Pontins n'en ressentaient plus l'influence. On conçoit fort bien que dans d'autres cas, les effluves puissent être portés plus loin; au reste, une colline, un bois, suffisent pour les arrêter. La hauteur à laquelle les effluves parviennent, varie sans doute aussi, puisque la ferme de l'Encero, suivant M. de Humboldt, élevée de 928 mètres au-dessus de la Vera-Cruz, marque seulement la limite de la fièvre jaune dans ces contrées, et qu'au contraire , Serre, élevé seulement de $06 mètres au-dessus des marais Pontins, n'en éprouve pas l'effet pernicieux.
Les effets des effluves marécageux ont été parfaitement signalés par Hippocrate: « Dans les lieux où se trouvent des eaux marécageuses, dit ce grand homme, Tété est fécond en dyssenteries , en diarrhées et en fièvres quartes de longue durée: ces maladies, en se
prolongeant, amènent des hydropisies et causent la mort ; les femmes sont sujettes aux œdèmes et aux leucophlegmaties... leurs enfants sont d abord gros et boursouflés, puis maigrissent et deviennent chétifs. »(Z?a l'Air, des Eaux et des Lieux.) L'intermittence est le caractère des affections fébriles produites par les émanations marécageuses, ces maladies sont endémiques dans les pays qui contiennent un grand nombre de marais. Au reste , et comme nous allons bientôt le dire , les accès se prolongent et revêtent un caractère pernicieux, à mesure que Ton s'avance vers les pays chauds.
Il suffit pour contracter les maladies dues à l'influence des marais , de séjourner quelque temps au milieu de ceux-ci , ou simplement de les traverser, ou même d'en recevoirles effluves aune petite distance. Le germe une fois reçu, l'effet en est ressenti plus ou inoins rapidement, c'est-à-dire tantôt immédiatement, tantôt après quelques heures, quelques jours, tantôt même suivant quelques récits , après plusieurs mois. Ainsi , au rapport de Caillard, des soldats de marine ne pouvaient s'appuyer sur le garde-fou d'un pont sous lequel passait un marais, sans éprouver des vertiges ; ainsi, d'après M. Ferrus, de trois cents chasseurs de la vieille garde qui passèrent douze jours près des marais de Breskens ( rive gauche de l'Escaut ), dix contractèrent dès la première journée une fièvre violente ; le lendemain il y eut plus de vingt malades avant d'arriver à Anvers ; et pendant les deux jours passés dans cette ville, leur nombre s'éleva après de quatre-vingts. L'un de nous, dit M. Ferrus, ne fut pour la première fois atteint delà fièvre que sur les bords du Niémen, dans un pays fort sain, et six mois après
avoir quitté la Hollande.
L'homme ne reçoit pas seul l'atteinte des effluves marécageux , ils agissent encore sur les animaux ; et bien qu'un auteur ait écrit que les fièvres intermittentes n'attaquent jamais les quadrupèdes, l'assertion contraire ressort d'un fait observé par M. Dupuy : le savant professeur de l'école vétérinaire d'Alfort a vu périr, de tous les phénomènes delà fièvre intermittente, suivie d'engorgement de la rate, un troupeau de moutons qui avait pâturé dans un marais, près de Perpignan.
Le séjour habituel au milieu de l'air vicié des marais , détermine les caractères et les maladies attribués à la constitution scrofuleuse : empâtement des tissus, teinte blafarde, lenteur des mouvements, impressions peu senties, manifestation peu énergique des actes intellectuels et moraux dont les instruments, quelque bien conformés qu'ils soient , semblent trop étouffés sous le lymphatisme général pour exprimer plus d'activité que n'en manifestent les organes de la locomotion ; passage fréquent des fièvres intermittentes à un type continu, diarrhées, dyssenterics, engorgement morbide des tissus glanduleux,
œdèmes, hydropisies , hypertrophie et ramollissement de la rate; mortalité grande, surtout chez les enfants, d'après les calculs de M. Villermé, vie moyenne , de courte durée (elle est de 20 à 22 ansen Bresse , tandis qu'elle est de 27 ans dans le reste de la France) ; longévité très-rare et diminution toujours croissante de la population. Os caractères physiques et moraux de l'habitant des marais diffèrent suivant les climats : la faiblesse est le seul qu'on retrouve toujours.
Les accidents dues aux effluves marécageux varient également, suivant les climats , qui changent si notablement la puissance des effluves et modifient à un si haut point les dispositions individuelles. Si les maladies contractées dans les marais delà Suède, du Danemark* de la Hongrie, de la Hollande et du nord de la France, sont des fièvres intermittentes bénignes ; dans les marais de Cette et de Frontignan,ce sont déjà des fièvres intermittentes graves : l'endémicité de celles de Frontignan finira même par dépeupler entièrement cette dernière ville où, si j'en crois ce qui m'a été dit sur les lieux mêmes, peu d'habitants passent cinquante ans.
Si l'on s'avance davantage vers le midi , les émanations donnent lieu à ces fièvres intermittentes pernicieuses auxquelles on échappe si difficilement que , suivant un fait rapporté par Lancisi , de trente personnes qui se promenaient vers l'embouchure du Tibre , vingtneuf forent prises de fièvre double tierce. Ce sont ces fièvres pernicieuses qui ravagent les campagnes de Home ,et tout ce qui se trouve exposé aux effluves des marais Pontins; elles enlèvent le malade après deux ou trois accès compliqués de phénomènes cérébraux , et dont les apyrexies sont très-courtes. Les émanations sont déjà si actives en ce pays, que plus d'une fois , dit M. de Prony (ouvrage cité) , on a trouvé , sur les chemins et dans les champs , des paysans qui sera» blaient être endormis et qui avaient cesse de vivre. C'est à ces émanations et aux ravages qu'elles produisent, qu'est due, suivant Lancisi, la dépopulation d'Aquilée, autrefois si puissante ; c'est à elles encore qu'est due, suivant Thouvenel , la transformation de Massa , jadis si florissante, en une pauvre bourgade, qui ne compte aujourd'hui que quelques centaines d'habitants.
En Espagne, il existe encore moins d'intermittence dans les affections fébriles des marais, et la violence des phénomènes cérébraux, la prostration des forces, la couleur jaune de la peau et le vomissement noir semblent établir une transition entre les maladies de cette contrée et les affections inter tropicales.
Si l'on s'avance enfin jusque sous les tropiques, on voit l'influence des effluves se faire sentir dans toute sa puissance. Là, les effets sont rapides, instantanés, les symptômes graves, les victimes multipliées.
AIR ATMOSPHÉRIQUE. 4i)3
« En 1762, dit Lind, les émanations des marais déterminent, au Bengale , des fièvres intermittentes qui frappent de mort trente mille nègres et huit cents Européens. Soixante personnes envoyées dans la Floride habitent un coteau marécageux ; en juillet elles sont frappées de la fièvre intermittente des marais ; en octobre il n'en reste plus que quatorze. * Enfin c'est à ces effluves combinés avec une température extrêmement élevée qui, comme nous l'avons vu ailleurs , a pour effet d'exciter l'action du foie , que sont dues ces affections qui dévorent l'Européen sur la côte de Guiné ; c'est, suivant Lind , Sinclair , Valentin , Humboldt , Fournier , Thomas , Ghervin , etc. , dans toutes les localités infectées par les eaux stagnantes , soit dans des ports de mer, soit dans des plages marécageuses, que naît la redoutable fièvre jaune. Cette affection , malgré la violence extrême qui la distingue assez de la fièvre intermittente de nos contrées, conserve encore pourtant quelques traits propres à montrer qu'une cause analogue, dans des circonstances différentes, donne naissance à l'une et à l'autre.
Une circonstance autre encore que la température , signalée par M. Giorgini (Archives, t. x , p. 449 ), et sans doute , avant lui , par d'autres observateurs , paraît accroître la viciation de l'air par les marais ; cette circonstance est le mélange des eaux douces et salées. La simple séparation de ces eaux , au moyen d'une écluse , a (ait cesser des fièvres qui ont reparu aussitôt que la détérioration de Técluse en a de nouveau permis le mélange. Cet effet peut tenir à ce que l'un des deux liquides contient des substances qui ont la propriété de faire fermenter celles que renferme l'autre , ou tout simplement , comme le dit M. Serre (Instruct. mëd. pour la commission scientifique d'Afrique), à ce que le mélange des eaux produit la mort des infusoires et des mollusques qui vivent dans leur sein.
Les moyens d'hygiène propres à combattre la viciation de l'air , qui fait l'objet de cet article, consistent: 1° à détruire la cause de cette viciation , c'est-à-dire à dessécher ou à submerger les marais; 2° à se garantir contre son action , ou à se rendre moins sensible à cette action lorsqu'elle ne peut être évitée.
Le dessèchement repose sur ces deux points: empêcher l'eau des lieux voisins d'arriver au marais , donner issue à l'eau qu'il recèle.
On empêche les eaux affluentes d'arriver au marais en creusant une 8ériede canaux qu'on appelle décembre; leur capacité est proportionnée à l'étendue de la surface du terrain , dont ils sont susceptibles de recevoir les eaux , et à la promptitude avec laquelle se forment les torrents qui viennent se jeter sur le marais.
On donne issue à l'eau que recèle le marais en creusant dans la partie la plus basse du bassin et dans la direction de la pente suivant laquelle
les eaux accumulées tendent à s écouler , un canal central. Si les eaux
qui recouvrent les parties latérales du marais sont trop éloignées de ce canal principal d'écoulement pour s'y rendre , on les y amène par une suite de rigoles très-rapprochées et disposées de manière à former le plus petit angle possible avec la direction de celui-ci.
La profondeur de ces canaux doit être telle que l'eau qu'ils contiennent dans les temps où elle est le plus haut, soit toujours au moins à un demi-mètre au-dessous du niveau des campagnes environnantes.
Si un canal central ne suffit pas , il faut en construire plusieurs : j'ai vu dans diverses parties de la Hollande , ceux-ci si multipliés, que le sol ne présentait exactement à l'œil , que des bandes alternatives d'eau et de prairies. J'ai vu dans les mêmes lieux épuiser le sol, à l'aide de machines hydrauliques mises en mouvement par des moulins à vent. Le même but sera atteint aujourd'hui avec beaucoup de facilité à l'aide de la vapeur.
Souvent un lieu n'est marécageux que parce qu'il est encombré de végétaux qui retiennent le liquide , s'opposent à son écoulement et à son évaporation. Dans ce cas , on facilitera la circulation de l'air, et l'on détruira l'humidité du sol , par la coupe des forêts , ou seulement par de simples percées pratiquées dans des directions convenables.
On dessèche encore quelquefois un marais par le procédé d'attérissetnent. Si le terrain marécageux est peu étendu et qu'on puisse disposer d'un cours d'eau constamment chargé d'un limon abondant , on conduit par un ou deux canaux le liquide limoneux sur le sol du marais , et quand il y a déposé sa vase , on le reprend par d'autres conduits qui le portent au dehors. Si le terrain a moins d'étendue encore , on en élève le sol en y rapportant des terres.
La submersion continuelle des marais et leur conversion en étang, doit avoir lieu quand il y a impossibilité de les dessécher , et s'effectue en noyant le marais au moyen dune rivière voisine. Dans ce cas, on entourera les étangs d'uu cordon d'arbres élevés , susceptibles d'un accroissement rapide et pourvus d'un feuillage étendu tels que les peupliers de Hollande : ils s'opposeront au passage des effluves qui pourraient encore s'élever et les absorberont avec l'humidité qui leur sert de véhicule.
Les travaux de dessèchement devraient être exécutés pendant l'hiver dans nos climats, pendant l'hivernage dans les contrées équatoriales ; malheureusement on est obligé de choisir l'époque de la plus grande diminution des eaux, qui est, comme nous l'avons vu, la plus dangereuse.
Les ouvriers employés à ce travail devraient commencer leur jour-
née seulement après que le soleil a dispersé les vapeurs , et la terminer avant qu'elles ne soient condensées par le frais du soir. Toutes les autres précautions consistent à fortifier le système nerveux et à faire dominer le mouvement vital qui a lieu du centre à la périphérie, le mouvement de réaction; ainsi ces hommes devraient être nourris de substances propres à développer la chaleur animale ( voyez Aliment* fibrineux ) , user de boissons toniques et même excitantes ; ils doivent être pourvus de bons vêtements , bien que l'absorption des effluves n'ait guère lieu que par la surface pulmonaire; la laine appliquée immédiatement sur la peau leur est presque indispensable , parce que les refroidissements disposent singulièrement à contracter les maladies causées par les effluves , et s'opposent à «-expulsion du poison introduit dans l'économie. La chaussure de ces hommes devrait être haute et imperméable.
11 sera avantageux enfin d'allumer des feux dans le voisinage des ■ travaux ; ils ébranlent un peu la colonne d'air , lui impriment quelque mouvement t et si, sous ce rapport , ils ont peu d'effet , ils servent au moins à sécher les ouvriers. Il faut éviter toutefois d'enflammer le terrain où l'on dépose le combustible, comme cela peut arriver dans les tourbières; car, dans ce cas, on cause précisément le mal auquel on voulait remédier : on détruit la superficie du sol, souvent dans une très-grande étendue, on l'abaisse et on y facilite le séjour de l'eau.
Lorsqu'on est forcé d'aller habiter un pays marécageux , il ne faut y arriver qu'à l'époque à laquelle il est le moins soumis à l'action des causes de son insalubrité; par là on a le temps le plus long possible pour habituer ses organes à l'action du climat et les disposera supporter l'atteinte que doivent leur porter les effluves. On doit prendre d'autant plus de précautions dans cette transmigration, que la différence des climats sera plus grande ; les étrangers qui arrivent dans des contrées insalubres pendant l'existence des endémies , non- seulement périssent en plus grand nombre que les indigènes , mais sont encore d'autant plus violemment frappés qu'ils sortent de climats et de localités plus différents de ceux où ils arrivent. Ce que nous avançons est journellement mis hors de doute par ce qu'éprouvent, en arrivant aux Antilles, les Européens en général et les Européens du Nord, comparativement aux Européens du Midi. Le régime à adopter doit tout simplement consister à s'astreindre , plus sévèrement que dans toute autre circonstance, aux règles d'hygiène indiquées dans les divers articles relatifs surtout aux aliments y aux exercices corporels , aux sensations, au sommeil , et à celles que nous tracerons en traitant de la peau et des sécrétions. Il est clair que tout ce qui jettera dans l'é-
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pulsement, comme des écarts de régime, l'abus desplaisirs del'amour. l'insuffisance du sommeil, les chagrins et les inquiétudes), etc., etc. , disposera à contracter les maladies dues aux effluves. Il en sera de même du passage subit du chaud au froid, auquel on est si exposé dans les climats où la température des nuits contraste si fort avec celle du jour, vicissitude dont on ne saurait, comme nous l'avons déjà dit, se préserver qu'en portant delà laine sur la peau. C'est pour cet objet, autant que pour s'opposer à l'action directe des effluves, qu'on évitera avec grand soin de sortir le soir et de trop grand matin; quand on sera forcé de s'établir tout près d'un marais et qu'on pourra choisir la position de sa demeure, on évitera de se placer sous le vent, qui apporte le plus habituellement les effluves ; s'il n'en peut être ainsi , on tiendra fermées les fenêtres placées du côté où viennent les émanations, et l'on ouvrira celles du côté opposé. Enfin, si l'on a à traverser seulement un pays marécageux, on peut placer au-devant de l'entrée des voies respiratoires une gaze fine, imbibée d'un chlorure alcalin , d'un liquide aromatique , ou même sèche , s'il est vrai , comme on la prétendu, qu'un simple tissu suffise pour arrêter les effluves.
Moyens de suppléer aux routoirsou d'en diminuer la nocuité. Le chanvre et le lin donnent, dans l'opération du rouissage, pour produits de leur décomposition, des miasmes fétides, dont la nature est aussi ignorée que celle des marais et qui peuvent avoir les mêmes effets , tant pour les personnes occupées à l'opération du rouissage, que pour les voisins des routoirs, lorsqu'une atmosphère chaude et humide favorise les décompositions organiques. Pour empêcher le rouissage d'être nuisible, il faut ne le permettre qu'à l'eau courante , où , à chaque instant, une nouvelle portion d'eau vient rem placer celle qui s'écoule, et ne permettre, à la fois, le rouissage que d'une quantité de chanvre trop peu considérable pour donner Heu à des émanations nuisibles. Il existe d'ailleurs plusieurs moyens proposés depuis 1827, pour suppléer le rouissage. L'un est dû à M. Joseph Merk, pharmacien a Brumath, qui est parvenu à rouir du chanvre en quelques instants, en l'exposant à l'action d'un courant de vapeurs. L'autre est de M. Lafo rest , qui a vu qu'en laissant sur pied le chanvre femelle, coupant toutes 863 sommités après la maturité des graines , et l'abandonnant ainsi aux intempéries de l'air pendant quinze jours , il arrivait que par l'action successive de l'humidité et de la chaleur. Tépiderme et 1* chènevotte tombaient d'eux-mêmes par suite de la destruction de In matière glutineuse qui maintient réunies les fibres textiles, et qu'ainsi le rouissage s'opérait à sec, et sans aucune macération préalable. La* chanvres obtenus par une broyé mécanique sont plus forts et supportent un poids plus considérable que ceux obtenus par le rouissage. Il
AIR ATMOSPHERIQUE. 497
convient donc d'abandonner ce dernier moyen lorsqu'on n'a pas d'eau courante à sa disposition.
ARTICLE XI
De Voir vicié par les émanations d'individus vivants.
Nous ne comprenons point ici les émanations des animaux , parce que l'homme doit être rarement exposé à la viciation de l'air qu'elles seraient susceptibles de produire. La modification qu'elles apportent dans celui des étables est employée comme moyen thérapeutique dans la phthisie ; mais on peut dire que les bouviers , les vachers , les bergers, les palefreniers, pour lesquels les émanations d'animaux vivants constituent véritablement un modificateur hygiénique, n'en ressentent jamais aucun effet désavantageux, à moins pourtant que l'élévation de température quelles déterminent ne rende plus sensibles à l'action du froid ces nommes qui sont une grande partie du temps, exposés à leur influence. C'est donc des émanations de l'homme vivant que nous devons faire mention dans cet article.
Ces émanations ne doivent pas être confondues avec Y air non renouvelé, dont nous avons traité ailleurs ( page 452 ): celui-ci, en effet, est altéré dans ses principes constituants, et si les émanations qui nous occupent, et par lesquelles il est également vicié, jouent un rôle dans la production des accidents qu'il détermine, il faut pourtant reconnaître que , lorsqu'il cause la mort , c'est principalement par son irrespirabilité, due à une trop grande proportion d'acide carbonique et d'azote, et à l'insuffisance d'oxygène. Il n'en est plus de même ici : l'air vicié par les individus sains ou malades est à peine altéré dans ses principes constituants , et il est tout aussi respirable que l'air le plus pur ; mais la vapeur d'eau qu'il tient en suspension sert de véhicule à une matière analogue à l'effluve marécageux, c'est-à-dire inconnue comme lui dans sa composition chimique, et suivant à peu près les mêmes lois , tant dans sa diffusion que dans les autres manières dont elle se comporte.
Les émanations d'hommes vivants sont désignées sous le nom de miasmes ; elles proviennent principalement des surfaces pulmonaire et cutanée ; leur abondance , leur accroissement, leur intensité , leur nocuité , sont en rapport avec le nombre des individus rassemblés, avec le peu d'espace que présentent les lieux, avec tout ce qui tend à accroître la température animale, avec tout ce qui en accélère la production, comme les diverses maladies fébriles, celles surtout qui paraissent nécessiter une sorte de dépuration. Les émanations sont
également accrues par l'élévation de température extérieure : elles diffèrent donc , 1° suivant les circonstances individuelles : tempéraments, sexes, âges, état de santé et de maladie ; 2° suivant les circonstances extérieures : climats, saisons, sécheresse ou humidité de l'atmosphère, etc. ; elles ne sont donc pas identiques.
L'action des miasmes est, suivant leur intensité, leur nature, et les individus qu'ils frappent , tantôt lente , insensible , tantôt prompte, vivement sentie. Ainsi, quelquefois, l'incubation des miasmes dure, comme celles des effluves marécageux, sept à huit jours et même davantage ; et ce n'est enfin qu'après un temps assez long, que se développe la maladie dont ils ont donné le germe : d'autres fois, les personnes exposées à l'action des miasmes sont tuées en quelques heures. Fournier a entendu raconter à J. P. Frank, « Que l'un de ses fils , après s'être livré à quelques fatigues pendant la nuit , arrive le matin à l'hôpital près du lit d'un homme attaqué du typhus. Dans ce moment on découvre le malade, l'effluve qui s'échappe de son corps frappe le jeune étudiant comme un coup de pistolet ; il se met sur-le-champ au lit pour n'en plus sortir : peu d'heures suffirent pour qu'il fût enlevé à son père, et à la science qu'il eût honorée. » (Article xwmvis, DkU des Sciences médicales. )
Certaines circonstances font varier chez les individu s l'aptitude à être affectés par les miasmes. Les circonstances qui semblent diminuer cette aptitude sont la force, l'exercice du corps, les bons aliments, l'habitude d'être impressionné par ces émanations. L'aptitude est augmentée par les circonstances opposées.
Une masse d'air imprégnée de miasmes les conserve pen de temps, quand le foyer d'infection est détruit, à moins que cette masse d'air n'éprouve aucune variation dans sa température , dans ses qualités hygrométriques , et à moins qu'elle ne soit limitée en tous sens par des hauteurs. On cite pourtant des faits propres à prouver que des colonnes d'air chargées de miasmes peuvent être transportées dans la direction des vents dominants, loin du foyer de l'infection.
Les miasmes , comme les effluves marécageux , causent une impression de dégoût sur l'odorat , pénètrent par absorption dans nos organes , modifient l'innervation , altèrent le sang , pervertissent le mouvement nutritif, quelquefois enfin subissent dans l'économie, comme le grain dans la terre, une véritable germination.
Les miasmes doivent être distingués pour l'objet qui nous occupe, en miasmes simplement délétères, et en miasmes contagieux. Les premiers agissent comme des poisons en raison de la dose.C'està eux principalement que se rapportent les caractères que nous venons d'attribuer aux miasmes en général ; ce sont eux dont l'intensité est en
rapport avec le nombre d'hommes réunis, avec la température extérieure et avec tout ce qui tend à accélérer la production de la chaleur animale. La distance à laquelle ils peuvent agir n'est pointexactement déterminée ; mais elle est assez circonscrite. Au reste , ils ne produisent de maladies qu'autant qu'on est placé dans leur sphère d'activité ou sous leur vent ; et ni les malades , ni les objets dont ils ont fait usage ne renferment le germe des affections produites. Agglomérés , les malades sont des foyers d'infection ; disséminés , ils n'ont plus d'action, au moins à une certaine distance : ils sont de trop minimes foyers d'infection pour déterminer aucun effet. Ces miasmes enfin donnent lieu à des maladies différentes , et dont souvent aucune d'elles n'existait dans le rassemblement d'hommes sains ou malades qui est devenu le foyer d'infection. Ces maladies sont , suivant la concentration des miasmes et les dispositions individuelles, tantôt cet état désigné sous le nom d'embarras gastrique , tantôt les diverses espèces de typhus.
Les miasmes contagieux , au contraire , jouissent , quelle que soit la dose , et indépendamment des conditions atmosphériques , de la propriété essentielle de reproduire spécialement la maladie qui leur a donné naissance : par exemple , l'atmosphère d'un seul varioleux reproduit, la variole ; l'atmosphère d'un seul individu atteint de scarlatine reproduit, dit-on , cette affection , etc. Ce sont ces derniers qui , susceptibles d'être portés, par des vêtements ou autres corps contaminés, à des distances immenses, ont le pouvoir de reproduire encore , quelque disséminés qu'ils soient , et quoique probablement ils aient subi quelque altération , la maladie à laquelle ils sont dus.
Il est très-essentiel de distinguer ces deux ordres de miasmes, ou plutôt les deux ordres de maladies qui leur donnent naissance ; car, sur cette distinction , sont fondées quelques différences importantes dans les mesures hygiéniques. L'air est-il, par exemple, vicié par un grand nombre d'individus atteintsd'une maladie non contagieuse ; en disséminant ces individus, on fait cesser, par la division que subissent les miasmes, le danger de la viciation. L'air est-il, au contraire, contaminé par des individus atteints d'une maladie contagieuse ; en dispersant les malades, et les laissant communiquer avec des individus sains , on multiplie le mal. La distinction est donc très-importante à établir ; malheureusement elle n'est pas moins difficile dans certains cas où il s'agit de distinguer de l'infection , la contagion par voie de l'atmosphère. Et par exemple, lorsqu'un sujet sain contracte le typhus en restant exposé aux émanations d'un sujet atteint de cette maladie, ne peut-on pas également dire que le premier a contracté le typhus parce que cetteaffection est contagieuse, ou parce que les émanations
du malade étaient suffisamment concentrées pour agir comme foyer d'infection ? Les émanations très-concentrées de plusieurs individus atteints de maladies autres que le typhus ne déterminent-elles pas, en effet, aussi cette maladie? Ce que nous disons du typhus peut s'appliquer à toutes les affections que nous avons vu, dans les articles précédents, pouvoir se développer sans l'intervention des miasmes émanés d'individus vivants, par exemple, s'appliquer à la peste.
Quels sont maintenant les moyens à employer contre l'air vicié par les émanations d'individus atteints de maladies non contagieuses? Ces moyens, les mêmes au fond que ceux indiqués dans chacun des articles précédents, c'est-à-dire, renouvellement de l'air, etc., ne doivent nous arrêter ici , que pour l'exposition de quelques détails pratiques. Ainsi , pour détruire le foyer de viciation , on dispersera les hommes accumulés ; on les placera sous des tentes si les salles des hôpitaux sont encombrées, et si la température le permet. Que la maladie soit ou non contagieuse, ce précepte est de rigueur, et prétendre détruirele mal dansle foyer même de l'infection serait une dangereuse absurdité. Seulement , dans le cas de contagion , les malades dispersés seront en outre isolés. Les tentes seront établies de préférence sur des hauteurs, dont l'air sec, frais et un peu raréfié, est plus propre à disséminer les miasmes et à les laisser se précipiter s,ur le sol ; on usera, dans les établissements où se sont développés les miasmes, de lavages répétés : enfin on pratiquera les fumigations de Guyton* Morveau. Pour une salle d'hôpital de 40 pieds sur 20 , dans laquelle il ne se trouve plus personne, on mêlera ensemble, dans une capsule de terre cuite dure, dix onces d'hydrochlorate de soude, d'eux d'oxyde de manganèse, six d'acide sulfurique et quatre d'eau ; on abandonnera le vase au milieu de la salle, dont on aura fermé toutes les issues, et Ton n'y rentrera qu'après dix ou douze heures. Les proportions devront être plus faibles, si on le place sur un bain de sable échauffé : il en sera de même si les salles sont occupées. Dans ce cas , la personne chargée des fumigations tiendra d'une main la capsule qui contient le mélange d'hydrochlorate de soude et d'oxyde de manganèse, et de l'autre un flacon contenant de l'acide sulfurique délayé , dont elle versera, de temps en temps, de petites quantités dans la capsule, en la promenant dans les salles ; elle suspendra pendant quelques instants l'opération dès qu'elle s'apercevra que les vapeurs provoquent la toox.
On évite cet accident en remplaçant les fumigations de chlore par celles d'acide nitrique employées par James Carmichael Smith. On les obtient en versant sur quatre gros de nitrate de potasse, quatre gros d'acide sulfurique pour une chambre de dix pieds en toutes dimensions. Si Ton opère pour un lieu plus vaste, il faut multiplier
les capsules et se garder de réunir les quantités dans le même vase.
Les fumigations faites arec des substances purement aromatiques ne sont propres qua masquer l'odeur , sans détruire les émanations. Elles peuvent répandre dans l'atmosphère un principe stimulant, avantageux aux malades, mais leur combustion altère la respirabilité de l'air, et en résultat , elles sont peu utiles. Il ne faut pas se dissimuler que Jes fumigations Guy toniennes n'échouent aussi quelquefois. Cela surtout a lieu lorsqu'il existe dans le voisinage du lieu où on les emploie, un foyer sans cesse renaissant d'infections ; mais si elles ne détruisent pas entièrement les émanations délétères , elles les affaiblissent et paraissent en outre exciter sur la surface des voies aériennes une sorte de réaction du mouvement excrétoire , propre à s'opposer à l'absorption.
On prévient la*viciation de l'air par les émanations d'individus vivants, en prenant des mesures contre l'encombrement des hôpitaux (une salle longue de treize toises , large de quatre , et haute de quatorze pieds, ne doit jamais, contenir plus de dix-huit malades ) , et en aérant et ventilant souvent ces salles, ainsi que nous l'avons dit (art. h). Les mêmes précautions auront lieu pour les vaisseaux ; on en laissera ouverts, le plus qu'on pourra, les sabords et les écoutilles , et Ton y pratiquera les fumigations de chlore, et les lotions avec les chlorures alcalins. Dans les villes peuplées, les rues seront élargies , droites , percées dans la direction des vents dont l'effet peut être le plus favorable, les impasses supprimées, les places et fontaines publiques multipliées, les maisons bornées dans leur élévation; les murailles, dont quelques-unes de ces villes sont enceintes, abattues ou percées.
Les préservatifs propres à fortifier l'organisme contre l'action des émanations, lorsqu'on est obligé de vivre au milieu d'elles, comme le fait le médecin ou l'étudiant , sont les moyens moraux qui développent le courage , les exercices propres à augmenter les exhalations , les bons aliments, les boissons fermentées propres à exciter l'ensemble de l'organisme : ils ont été mentionnés ailleurs ; nous ne devons pas nous y arrêter. Les circonstances opposées , c'est-à-dire , toutes les circonstances débilitantes, favorisent l'absorption des miasmes et doivent être soigneusement évitées.
Mais si lés émanations d'individus vivants et malades sont susceptibles de donner lieu à des maladies bien réellement contagieuses, dont la transmission puisse avoir lieu loin du foyer de l'infection, non pas seulement par le simple contact d'un individu malade (ce point sent traité à l'hygiène de la Peau), mais encore par l'air qui l'entoure, par les objets imprégnés de ses émanations, alors il faut joindre aux préservatifs précédents, 1° les moyens propres à s'isoler de cet individu
et de l'air qu'il a vicié, et dont les uns sont destinés à empêcher l'absorption des miasmes par les voies aériennes (coyes p. 482), dont les autres, empruntés à Yhygiène de la Peau , sont les frictions d'huile, les vêtements de toile cirée , les ablutions fréquentes avec l'eau vinaigrée, en un mot, tout ce qui peut empêcher de contracter la maladie par contact ; 2° les moyens propres à isoler cet individu lui-même de la vie commune, et à purifier les objets que ses émanations ont pu contaminer : c'est pour remplir cette dernière indication , que l'hygiène publique, ou plutôt l'autorité , prescrit les quarantaines,
La quarantaine est la séquestration à laquelle on soumet, dans des cas déterminés , les provenances ( hommes , animaux , effets , marchandises) arrivant par terre ou par mer , afin de reconnaître si elles ne recèlent pas de germes contagieux , et de détruire par des purifications ou par d'autres mesures , ceux qu'elles pourraient contenir. Cette séquestration s'effectue, 1° au moyen des lazarets, enceintes isolées et destinées à la désinfection des objets apportés de lieux suspects, et à l'observation des individus ; 2° à l'aide de cordons sanitaires, c'està-dire de lignes de troupes destinées à empêcher les habitants des pays infectés, de communiquer avec ceux des pays qui ne le sont pas.
Nous avons tracé avec beaucoup de détails (i) toutes les dispositions prises par l'autorité contre l'importation des maladies. Nous ne reproduirons pas ces dispositions, d'abord parce que nous croyons en avoir établi sans réplique l'inutilité, les inconséquences, les dangers et la barbarie ; ensuite, parce que, grâce aux assauts que leur livre, avec une ardeur et une persévérance sans relâche et sans exemple, M. Ghervin, ces dispositions subissent, depuis 1834, par des ordonnances successives, de telles réformes , que nous avons tout lieu d'espérer de voir les nations civilisées entièrement délivrées de ces mesures, ou, du moins, de les voir réduites à ce qu'elles pourraient avoir de raisonnable et de vraiment utile.
ARTICLE XII
De l'air vicié par les émanations métalliques et quelques autres vapeurs
minérales.
Les émanations métalliques auxquelles expose la profession de divers arts et métiers, sont principalement celles du mercure, du plomb, de Yarsenic, du cuivre, de Y antimoine, du zinc.
(i) Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, art. Qimaantaim, t. xrv, page I ctsuiv.
Mercure. — Les personnes exposées à ses émanations sont principalement les mineurs qui opèrent l'extraction de ce métal, les ouvriers qui le séparent de l'or par la vaporisation , les fabricants de baromètres , les doreurs sur métaux , les étameurs de glace , etc. On peut, sans se livrer à aucune de ces professions, être atteint parles émana- • tions mercurielles : un vaisseau chargé de mercure doublait les côtes d'Espagne ; les coffres qui contenaient le métal se brisent , le mercure se vaporise , tout ce qui se trouvait sur le vaisseau est atteint d'accidents mercuriels.
Les émanations du mercure employé à rétamage des glaces produisent des douleurs aux articulations des poignets , des coudes, des genoux, des pieds, puis enfin des phénomènes cérébraux et des tremblements. Les ouvriers languissent quelques années dans ce misérable état morbide , puis meurent de consomption ou d'apoplexie. A la manufacture des glaces de Paris , il ne leur est permis d'étamer qu'une fois par semaine. 11 n'y a pas d'exemple qu'un ouvrier miroitier ait exercé sa profession plus de douze ans. Les mêmes accidents frappent les doreurs sur métaux : lorsque l'amalgame de l'or et de mercure est approché du feu, sur la pièce qu'on veut dorer, le mercure se volatilise, s'introduit dans les voies aériennes de l'ouvrier , et rend , en peu de temps, ses membres si tremblants et si impropres au moindre mouvement , qu'il ne peut rien porter à sa bouche, et qu'on est obligé même de le faire manger. Quelques doreurs m'ont dit avoir eu toutes les dents ébranlées: je cite à part ce fait, bien qu'aussi commun que les autres, parce que certains médecins ont nié que la vacillation des dents affectât les doreurs.
Plomb. — Les émanations du plomb affectent une classe nombreuse d'ouvriers, au premier rang desquels sont ceux qui travaillent ce métal à chaud : par exemple ceux qui le purifient, le coulent en lames, en balles ; ceux qui en préparent des produits propres aux arts, comme les potiers , qui font le protosulfure de plomb pour vernir l'intérieur des vases de terre ; les plombiers qui préparent leur soudure, formée de deux parties de plomb et d une d'étain ; les fondeurs en caractères d'imprimerie, qui forment leurs alliages avec vingt parties d'antimoine et quatre-vingts de plomb ; ceux qui préparent le métal fusible de M. d'Arcet, alliage formé par la fusion de huit parties de bismuth , cinq de plomb et trois d'étain ; les fabricants d'oxydes de plomb ( litharge, massicot, minium), de carbonate de plomb (blanc de plomb, céruse ) , de jaune de Naples , etc. On peut ranger dans le même cas les ouvriers qui emploient ces composés , comme les peintres en bâtiments, les broyeurs de couleurs ; en un mot , tous les individus exposés aux vapeurs que le plomb exhale. Les ouvriers qui travaillent le
plomb à froid, en le battant et le limant , en reçoivent aussi quelques émanations mêlées à l'atmosphère; mais l'effet de ces émanations est nul ou n'est pas à comparer à celui que produit le plomb dont on élève la température à un degré propre à l'oxyder. Telles sont les circon* stances dans lesquelles se manifeste l'effet délétère des émanations de plomb. Quoique différentes , elles ont pour résultat des effets identiques ; ces effets sont les suivants : coliques autour du nombril, avec rétraction du ventre , soulagées dans le commencement de la maladie par une forte pression sur cette partie ; perte d'appétit , constipation opiniâtre; paralysie saturnine , hémiopie , diplopie , amaurose, surdité , anasthénésié cutanée , épilepsie , troubles intellectuels, hypertrophie du cerveau.
On ne peut douter que les vapeurs du plomb pénètrent dans l'économie par inhalation pulmonaire ; car , au dire de M. Trousseau (leçon orale dans un concours pour une chaire de clinique) , les chats qui restent quelque temps dans une fabrique de minium périssent tous, sans exception, attaqués de tournis et de paralysies; les rats des fabriques de blanc de céruse, d'après les observations de M. Leblanc, vétérinaire, offrent des paralysies du train de derrière, au point que les ouvriers les tuent facilement ; les chevaux employés à tourner les moulins destinés à pulvériser le minium , éprouvent des symptômes semi-convulsifs , et finissent par se donner des efforts de boulet , qui occasionnent une claudication ; d'autres sont pris de cornage , c'està-dire d'une grande difficulté de respirer, attribuée par M. Trousseau à l'occlusion des voies aériennes , produite par la paralysie du nerf récurrent laryngé. Dans tous ces cas de paralysies, on est obligé d'admettre, comme le remarque avec beaucoup de justesse, M. Tanquerel des Planches, qui cite ces faits dans sa Thèse sur la paralysie de plomb, que le poison s'est introduit par inhalation pulmonaire , car les poils dont sont recouverts ces animaux empêchent l'absorption par le système cutané ; ensuite ces bêtes ne se nourrissent pas , ou du moins prennent peu d'aliments dans les ateliers. Cette voie d'introduction du plomb dans l'économie , n'exclut pas celle qui a lieu chez l'homme parles absorbants cutanés, mise hors de doute par Percival etSmel, qui rapportent divers accidents produits par l'application de topiques dans lesquels entraient des préparations de plomb.
L'action stupéfiante du plomb ne se fait pas toujours sentir iinmé* diatement; dans la grande majorité des cas, les ouvriers qui l'éprouvent ont déjà eu plusieurs fois la colique; cependant, il est beaucoup de cas dans lesquels la paralysie, l'amauroseet la surdité n'ont jamais été. précédées de coliques et sont le symptôme primitif de l'empoison nement saturnin. La paralysie produite par les émanations du plomb
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consiste, tantôt dans l'abolition de la motilité et de U sensibilité, tantôt seulement dans l'absence de la première de ces facultés. La para* lysie la plus fréquente est celle des membres supérieurs. Celle des membres inférieurs et des muscles vocaux n'a guère lieu que dans un quart des cas.
Chez tous les ouvriers qui travaillent le plomb , les gencives sont d'un gris ardoisé dans la portion la plus voisine des dents ; dans le reste de leur étendue , d'un bleu rouge. Les dents sont brunâtres à leur base, et jaunâtres à leur sommet. M. Tanquerel, qui a seul signalé ce fait, l'explique par la présence d'un sulfure de plomb, formé aux dépens du soufre qui se trouve dans la salive, et des particules de plomb, réduites en vapeur et en poussière, qui se sont introduites dans la bouche. Disons , pour terminer cette énumération des accidents saturnins , qu'ils se manifestent d'abord sans fièvre , que les garde-robes deviennent de plus en plus rares, que cet empoisonnement finit par détériorer tous les organes , produit une bouffissure et une couleur jaune de la face, et conduit à une mort prématurée avec des douleurs insupportables , ou au moins détermine une ca«lucité précoce. L'ouverture des cadavres présente une diminution plus ou moins grande dans le volume des intestins, et en particulier, dans celui du colon.
Arsenic. — Les émanations arsenicales frappent les ouvriers employés aux mines de cobalt , à la fusion du platine , à la fabrication des couleurs arsenicales. C'est avec l'acide arsénieux combiné à la potasse, qu'on fait le mordant dont on se sert pour fixer la garance sur les toiles de coton : cet acide est employé aussi comme an fondant dans les verreries, et entre dans la composition de quelques vernis. Les émanations d'oxyde d'arsenic causent, pour l'ordinaire, la mort , à la manière d'un empoisonnement prompt , et accompagné de symptômes effrayants, tels qu'un resserrement de gosier, une ardeur brûlante de la gorge, le hoquet, des syncopes, et le refroidissement des extrémités. Inspirées à moindre dose , elles produisent la phtbisie et un empoisonnement qui conduit à la tombe par un chemin plus lent.
Lés personnes exposées aux émanations cuivreuses sont les ouvriers qui extraient le cuivre de la mine, ceux qui le travaillent, tels que les chaudronniers , les épingliers , les fabricants d'instruments de physique , les bijoutiers , les polisseurs, lamineurs et tourneurs en cuivre, mais principalement les ouvriers chargés du grillage ou de la fonte de ce métal. Nulle preuve positive ne démontre que ces individus aient été sujets à aucune maladie particulière, tant qu'ils n'ont opéré que sur le cuivre pur. Les observations de Bordeu , celles de M. Hetlinger, chirurgien des mines de Baygori, et ce qu'a avancé
M. Guersant , dans son article Cuivre , sur la santé florissante des ouvriers qui travaillent ce métal, paraît être parfaitement exact; tout ce qu'a écrit le docteur Dubois sur les infirmités des chaudronniers de Yilledieu provient, sans doute, d'une fausse interprétation. Les vapeurs qui s'exhalent du grillage et de la fonte du cuivre n'ont produit des accidents graves que lorsqu'elles étaient mêlées de parties arsenicales ou raercurielles ; dans tout autre cas , la vapeur pure du cuivre, échappée des creusets au moment du coulage, ne produit aucun effet. Les coliques aiguës que lui a, quoique rarement, attribuées M. Guersant , ne paraissent pas dues au cuivre. J'ai interrogé plusieurs fondeurs de Paris, et entre autres M. Macquet, auquel je donne habituellement des soins , et tous m'ont assuré qu'il n'y a que le cuivre jaune qui ait produit des accidents. Ceux qui m'ont été signalés sont : la sensation d'un corps sucré dans la gorge, des étouffements et le rejet des aliments ; mais on ne peut pas regarder ces accidents comme dus au cuivre, puisque ce prétendu cuivre jaune est un alliage de deux tiers de cuivre et d'un tiers de zinc ; puisque le cuivre rouge , qui est le cuivre pur , ne les produit pas ; puisqu'enfin le zinc seul , en fusion , les produit. Sa vapeur (qui n'est que l'oxyde) détermine une âcreté et un picotement de l'arrière-gorge insupportables, une toux violente. M. Macquet m'a encore assuré que lorsque les ouvriers, ou lui-même , ont fait entrer en fusion un mélange d'une livre de zinc et d'une once de bismuth , ils ont éprouvé des coliques, facilement, il est vrai, combattues par les adoucissants.
Les ouvriers qui pilent et broient le vert-de-gris destiné aux peintures, éprouvent une irritation douloureuse des narines; aussi la propriété vénéneuse de ce sel de cuivre n'est-elle pas contestée.
Le meilleur moyen de prévenir les dangereux accidents produits par l'air d'émanations métalliques , est encore celui de M. Darcet ; ainsi , toutes les fois qu'on vaporise ou qu'on fond un métal dangereux, on doit placer le fourneau sous le manteau d'une cheminée munie du tuyau d'appel. La table, par exemple, qui supporte la lame d'étain et le mercure sur lesquels on couche horizontalement le verre à étamer, doit être placée assez près de la cheminée à tuyau, pour que les émanations soient emportées par le courant qui y est établi. Si l'autorité, qui prend sous sa surveillance tant d'autres objets, faisait fermer tous les ateliers où ne seraient pas établis, suivant les besoins , un ou plusieurs tuyaux d'appel , on aurait moins à gémir sur les calamités qu'engendre le luxe. Cette mesure , déjà prise pour les ateliers de doreur, a rayé du tableau des maladies, le tremblement mercuriel.
Les autres moyens qu'on a opposés à l'inspiration des émanations
métalliques se réduisent à placer devant la bouche soit les éponges de Gosse ou des linges qu'on imbibe tantôt simplement d'eau froide, tantôt d'un liquide propre à neutraliser les vapeurs, et qui ne doivent livrer passage qu'à l'air purifié, soit les tuyaux respiratoires a l'aide desquels on fait respirer aux ouvriers l'air du dehors de l'atelier. Les premiers de ces moyens sont incommodes, les seconds, impraticables. Les éponges de Gosse , pourtant , doivent être mises en usage toutes les fois qu'il n'y a pas possibilité d'établir une cheminée d'évent.
On peut appliquer tout ce que nous avons dit des émanations métalliques , aux vapeurs que répandent les fabriques d'acides minéraux, aux vapeurs de chlore dans les fabriques d'eau de javelle, aux vapeurs d'acides sulfureux dans les ateliers d'affinage, à celles d'acide nilreux dans les laboratoires d'essayeurs , d'acide hydrochlorique dans les fabriques de soude. Les symptômes que font éprouver ces vapeurs sont différents de ceux que produisent les émanations métalliques ; par exemple , les vapeurs d'aeide sulfureux agissent comme irritants des voies pulmonaires , celles d'acide hydrochlorique, indépendamment de cette première action , dissolvent la matière terreuse des dents , etc. ; mais les moyens préservatifs sont les mêmes que ceux employés contre les vapeurs minérales. Si l'on se sert des éponges de Gosse, on peut, pour se préserver de l'acide sulfureux, les imprégner d'une eau alcalisée d'une dissolution de soude ou de potasse ; mais l'eau fraîche suffit dans tous les cas ; enfin quelques-unes des fabriques doivent être éloignées des villes. C'est pour remplir cette indication qu'a été rendu le décret du 18 septembre 1810. »
ARTICLE XIII
De Vair vicié par des matières pulvérulentes, végétales, minérales et
animales.
Les matières pulvérulentes qui peuvent vicier l'air et nuire aux organes respiratoires sont de deux ordres: les unes, innocentes par ellesmêmes, ne nuisent que parce qu'elles pénètrent dans des parties qui ne sont point organisées pour supporter leur présence, les autres exercent, indépendamment de ce premier mode d'agir, une action malfaisante qui tient aux propriétés dont elles sont douées.
Premier ordre. — Dans le premier ordre se rencontrent la matière amylacée , à laquelle sont exposés les meuniers , les boulangers, les pâtissiers, les amidonniers, etc.; les poussières que respirent les batteurs en grange, les vanneurs, les mesureurs de grains, les batteurs de plâtre, les ouvriers qui font la pointe des aiguilles, les tailleurs de
grès, le» statuaires, les ouvriers qui, dans les filatures, travaillent le coton, les mesureurs de charbon sur les bateaux de Paris , les mineurs dans les houillères , les individus qui taillent ou broient le chanvre , les scieurs de long , etc. Quelques-unes de ces poussières, quoique innocentes par leur nature, peuvent bien quelquefois n'être pas assez fine pour agir seulement comme corps étranger dans les voies aériennes ; elles y agissent en outre, comme corps vulnérantsà cause de leurs fragments anguleux.
La plupart de ces poussières déterminent des irritations plus ou moins graves du pharynx , des bronches et des poumons , mais leur action, toute mécanique, se borne aux organes sur lesquels elles sont déposées : elles n'agissent jamais par absorption. Nous avons dit, en parlant de la vue, qu'elles en irritent l'organe parle même mode d'action, et conséquemment leur effet n'a jamais lieu que sur les parties qu'elles atteignent. Il en est tout autrement du second ordre. Noos devons dire encore que , parmi les poussières du premier ordre , les unes produisent un effet beaucoup plus actif que les autres : ainsi, par exemple, les hommes qui travaillent le coton , la laine, le crin , sont plus rapidement atteints de toux, de crachements de sang, d'affections chroniques de poitrine, que les charbonniers et les meuniers , dont beaucoup n'éprouvent jamais aucune de ces maladies. M. Lombard (de Genève) et M. Benoiston (de Chàteauneuf), qui ont fait beaucoup de recherches sur la fréquence de la phthisie (1) dans certaines professions (i ), ont cherché à établir par des chiffres le danger relatif ou plutôt le rapport exact qui existe, relativement aux accidents qu'elles déterminent, entre les poussières minérales, végétales et animales. C'est ainsi que, suivant M. Lombard, par exemple, la fréquence des décès par phthisie, est à Genève de 0,20 chez les meuniers, et de 0,67 chez les plâtriers. Sans contester la vérité de cette assertion, nous dirons que si la phthisie est plus rare chez les meuniers que chez les plâtriers (ce qui est bien certain), cela tient peut-être moins à la différence de nature des substances qu'ils respirent , qu'à certaines particularités dont n'ont pas tenu compte les chiffres , telles qu'une meilleure nourriture, moins de continuité dans l'inhalation des matières respirées, l'habitation de lieux plus salubres, une meilleurediV tribution des exercices , une attitude différente pendant leurs tra-
(i) J'emploie ici le mot de phthisie, dont ce sont servit les auteurs que je cite, tout en conservant des doutes sur la justesse de cette expression , qu'on a appliquée s presque tous les cas dans lesquels les individus succombeut d'affection chronique du poumon.
(a) Annales d> fly g ivne publique, Paris, 1831, tome vi, page 5 et suiv. ; et 1834, tome xi . page 5 et suiv.
vaux , etc. La statistique n'a pas tenu compte de ces influences , les données qui lui serrent de base ne sont donc pas complètes : malheureusement l'arithmétique, en hygiène comme en thérapeutique, cesse d avoir des résultats aussi rigoureux qu'on le suppose , par cela seul que Ton grouppe souvent comme étant de nature identique des unités qui ne le sont pas sous tous les rapports. Quoi qu'il en* soit , les effets sont évidemment différents, même dans celles des diverses espèces de poussières qui n'ont qu'une action mécanique. Depuis longtemps on a remarqué que les tailleurs dè grès ne dépassent pas quarante à cinquante ans. Le docteur Johnston, dès 1799, a signalé la fréquence de la phthisie chez les ouvriers occupés à faire la pointe des aiguilles sur des meules de grès, et j'ai obtenu de M. Pastor, fabricant d'aiguilles à Aix-la-Chapelle, dont j'ai visité l'établissement en 1829, la confirmation de ce qui avait été observé, savoir que les ouvriers qui font la pointe des aiguilles ne prolongent guère leur carrière au delà de quarante à cinquante ans ; qu'ils succombent à la phthisie ; que cette maladie est déterminée chet eux par la respiration d'un air chargé de la poussière d'acier qui s'échappe des aiguilles , et plus encore de celle de la meule qui est sèche et qu'ils sont obligés de tailler toutes les heures. Mais jetions aussi du même fabricant, que ces ouvriers, dont le genre de travail est le plus dangereux , gagnentcinq francs par jour tandis que ceux qui percent l'aiguille ne gagnent que viugt-quatre sous, et qu'il résulte de cette différence de salaire, que les premiers, mieux payés , se livrent à des excès qui hâtent les progrès de la phthisie. Voilà encore une circonstance dont les statistiques imparfaites ne tiennent pas compte, et que je n'admettrai cependant d'une manière définitive que sur une statistique bien exacte.
Second ordre. — Les matières pulvérulentes du second ordre, indépendamment de l'action irritante qu elles produisent , comme corps étrangers, sur les voies respiratoires , donnent lieu, par leur absorption ou par l'impression qu'elles font sur les extrémités nerveuses, à d'autres effets en quelque sorte secondaires , qui varient suivant les propriétés différentes des substances dont émanent ces poussières. Dans cette catégorie se placent principalement letabac, la jusquiame, l'aconit, les cantharides, etc. Les effets produits par l'inspiration des trois premières substances sont, en somme, des maux de tète, des vomissements, des vertiges, de la somnolence, du narcotisrae, en un mot, un empoisonnement véritable, qui peut avoir des résultats plus ou moins funestes. Les cantharides agissent comme vésicants, et comme irritants des organes génito-urinaires. Les personnes exposées à ces poussières sont les ouvriers employés dans les manufactures de tabac, les élèves en pharmacie, et surtout les hommes de
force qui travaillent au pilon chez les droguistes. Pour ce qui est des premiers , Parent-Duchâtelet , regardant comme supposés les effets attribués au tabac par Rammazzini, Fourcroy , Cadet-Gassicourt , Tourtelle , Percy, MM. Pâtissier et Mérat, a pris un grand nombre de renseignements près des employés aux diverses manufactures de France , et il résulte des réponses faites à ses questions, que presque tous les ouvriers s'habituent au bout de très-peu de temps à l'influence de l'atmosphère chargée des émanations de tabac , que les ouvriers employés dans les manufactures ne contractent pas de maladies particulières à leur état, et que le travail dans les manufactures de tabac ne nuit en rien à la longévité. Cependant les réponses arrivées de Lyon et de Toulouse diffèrent un peu de celles qui ont été reçues des autres villes. A Lyon, où Ton n'a connaissance que de trois ou quatre individus qui, n'ayant pas pu s'accoutumer au tabac, sont sortis de la manufacture peu de temps après y être entrés , le médecin de l'établissement signale des affections des voies respiratoires , des dyssenteries, ophthalmies, douleurs de tète, anthrax, panaris, observés dans la manufacture: mais ces maladies s'y présentent-elles plus fréquemment que dans les autres parties de la ville ? A Toulouse, les chefs d'établissements comparent l'action du tabac sur les personnes non accoutumées, au roulis d'un vaisseau, et assurent que celte action devient nulle en très-peu de temps. Cette comparaison nous parait très-juste ; mais de même qu'il est des personnes qui ne peuvent jamais s'habituer au roulis du vaisseau, il en peut bien être aussi qui ne peuvent s'habituer aux émanations du tabac. Je me suis placé dans une position en quelque sorte analogue à celle des écoteun (ouvriers chargés d'enlever les côtes et les nervures des feuilles humectées du tabac), c'est-à-dire que j'ai manié et laissé séjourner près de moi, pendant une nuit, des feuilles de tabac humectées, et j'ai éprouvé des nausées et des vertiges. Au reste, le tabac n'agit, dans ce cas, que par absorption cutanée; car les accidents ont été produits quoique j'aie soigneusement préservé les voies respiratoires.
Nous avons traité, dans le chapitre précédent, des émanations auxquelles exposait la fabrication des caractères d'imprimerie; nous devons ajouter ici qu'il résulte des recherches de M. Chevallier que les imprimeurs apprentis qui nettoient les cassetins où sont placés les caractères d'imprimerie, sont exposés, par l'introduction des parcelles de métal ou d'oxyde métallique, à la colique de plomb; qu'il est difficile, à cause de cette poussière, d'élever des chats dans les imprimeries ; que l'oxydation des caractères et la production d'une poudre métallique est quelquefois très-considérable, comme le prouve le fait suivant : u Lors de l'expédition d'Égypte, on avait embarqué des presses
et des caractèresdestinés à monter une imprimerie. Les presses ayant été détruites , les caisses de caractères ne furent ouvertes que plus tard. Lorsqu'on les ouvrit , on ne trouva plus ces caractères , mais une matière pulvérulente. On pensa alors que , par fraude , on avait substitué à ces caractères une poudre de peu de valeur ; mais l'analyse faite par M. d'Arcet, prouva que cette poudre provenait évidemment des caractères, qui, par suite d'une action galvanique , avaient passé à l'état pulvérulent (1). » Disons, pour terminer, que les questions, adressées par M. Chevallier aux divers chefs d'imprimeries, prouvent que la colique est très-rare chez les ouvriers , et qu'aucun d'eux n'a présenté la paralysie saturnine.
On peut prévenir en partie l'action nuisible des deux ordres de substances pulvérulentes mentionnées, 1° par l'emploi d'une voile de mousseline fine , propre à tamiser l'air que Ton respire , et par l'emploi des éponges de Gosse , imbibées d'eau et placées devant les narines et la bouche ; 2° par la manière dont se placent , par rapport à la direction du vent, les ouvriers qui travaillent en plein air. On pourra faire passer dans quelques ateliers de forts courants d'air, propres à emporter les matières pulvérulentes à mesure qu'elles sont formées. 8° Les ouvriers qui travaillent au pilon ne doivent jamais manquer de couvrir, comme beaucoup le font, le mortier, d'une peau percée dans son milieu pour le passage du pilon, auquel elle doit être intimement collée, mais assez grande pour se prêter aux mouvements du pileur. Les ouvriers qui font la pointe des aiguilles pourraient interposer entre eux et la meule une lame de verre comme l'a imaginé M. Vord. Si quelques-uns des artisans désignés ci-dessus peuvent travailler sous le vaste manteau d'une cheminée , munie d'un ou de plusieurs forts tuyaux d'appel , ils obtiendront encore de ce moyen de grands avantages. 4° On évitera l'action des matières amylacées, par l'emploi du pétrisseur mécanique , à l'aide duquel se font successivement toutes les opérations qui constituent la fabrication de la pâte. On évitera les poussières du grain et du chanvre par les deux machines de M. Lorilliard: l'une, de laquelle le grain sort battu, vanné et criblé , l'autre, qui sert à tiller et peigner le chanvre et le lin, qui évite le rouissage, dont nous avons exposé les dangers, enlève entièrement, et sans qu'il soit besoin d'aucune opération chimique, la partie gommo-résineuse du chanvre , de telle façon que celui-ci sort de la mécanique net et prêt à être filé , beaucoup plus beau et plus fort que celui qui a été altéré par l'eau.
Nous devons, avant de terminer cet article, faire mention d'une
(i) Annales iïlfygwne publique, ParU , 1835 , tome xm, p. 304 et suiv.
substance pulvérulente végétale dont la nocui té est connue des paysans, mais a été passée sous silence par les hygiénistes. Dens ces derniers temps . M. Morren , professeur de botanique à l'université de Liège , a remarqué que les jardiniers, après avoir procédé à la taille des platanes, éprouvent un prurit désagréable , dans le nez, dans l'arrièrebouche, suivi d'une inflammation des voies respiratoires, de laryngites, de bronchites ; que les expectorations se répètent , et que le plus souvent il y a hémoptysie plus ou moins inquiétante. La cause de ces accidents est dans le duvet du platane, uniformément répandu sur les jeunes feuilles , les jeunes branches et le dessous des feuilles plus âgées. Les accidents n'ont lieu qu'au printemps, parce que le duvet tombe aussitôt que les feuilles sont parvenues à leur entier développement et que les branches ont acquis une certaine grosseur.
« Sur la jeune feuille, dit M. Morren, quand on le voit en masse, le duvet présente un amas effrayant de pointes hérissées, divariquées, acérées, se pressant fortement les unes contre les autres. Al'aspect de cette forêt de dards aigus, on conçoit comment les voies bronchiques doûrent s'irriter, quand des pelotes aussi horriblement épineuses séjournent sur la muqueuse. Chaque poil a souvent vingt ou trente pointes des plus aiguës, et sur un millimètre carré, j'ai compté jusqu'à quarante de ces poils, ce qui fait de huit cents à douze cents pointes qui constituent autant de foyers d'irritation. Ces corps sont siliceux ; les acides n'ont aucune influence sur eux ; l'acide nitrique bouillant ne les modifie guère. Brûlés, ils deviennent un peu bruns, mais leur forme ne change pas. Ce sont donc comme autant de pointes de verre très-ténues que le jardinier respire quand il taille les platanes. Ces poils concourent à la fonction respiratrice de ces arbres et sont remplis de gaz. Leur inaltérabilité rend plus pernicieux les effets qu'ils produisent sur les voies aériennes des jardiniers. Ceux-ci doivent donc, avec grand soin, s'opposer par une gaze placée au-devant de la bouche et du nez, à l'entrée des poils dangereux (i).» M. Morren fait observer fort judicieusement qu'il importe que les platanes soient éloignés des hôpitaux, des hospices, des refuges pour la vieillesse, et en général de tous les établissements dans le voisinage ou les jardins desquels les convalescents ont l'habitude de se promener.
M. Raffeneau de Lille, dit aussi (ouvr. cité) éprouver une toux fort incommode pendant plusieurs jours, chaque fois qu'il remue, dans son herbier, le verbascum.
(i) Gazette des hôpitaux.