‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 78 sur 106 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le» habitations noua défendent des influences de l'atmosphère, et sont un puissant moyen de modifier les qualités de l'air. Tout ce qui les concerne n'est que la conclusion de ce qui a été dit dans les articles précédents. Cette vérité doit ressortir de l'examen des divers objels qui forment ce chapitre.

S Ier. Choix des lieux.

L'homme est presque toujours déterminé, dans le choix des lieux propres à son habitation , par des motifs étrangers à la salubrité. La fertilité du sol fixe les regards de l'agriculteur, l'industriel porte les siens vers les points propres à établir des relations commerciales, l'artiste et le savant viennent faire valoir leurs talents dans les lieux où se trouve réuni le plus de monde propre à les apprécier ; mais dans bien peu de cas , l'homme est dirigé par l'intérêt de sa santé. Cependant, comme cet intérêt puissant vient quelquefois à fixer son attention, l'hygiène doit l'éclairer sur les objets que, dans ce choix, il doit prendre en considération : ces objets sont les suivants :

1° Climat, — Tous les climats et toutes les localités sont généralement propres aux habitations de l'homme , quand quelque accident de sol, comme un marais, ou tout autre foyer délétère, ne détermine pas une insalubrité manifeste, ou quand quelque phénomène physique, comme l'éruption d'un volcan , ne fait pas craindre un danger toujours imminent. Mais si tous les lieux sont habitables, ils ne peuvent pas être habités tous par les mêmes individus : la différence des tempéraments, des dispositions morbides, etc., forcent les individus à habiter des climats et des lieux différents.

En appliquant ici ce que nous avons dit des effets des différentes qualités de l'air , et notamment de sa température , on saura que s'il est nuisible à l'actif bilieux de fixer son habitation dans les climats méridionaux, si propres à exagérer sa constitution sèche et irritable, il sera très-avantageux à l'indolent lymphatique d'être longtemps exposé à l'ardeur de ces contrées, qui seront pour ses organes le meilleur et le plus efficace des stimulants.

1° Degré d'élévation des lieux. — Il en sera de même du degré d'élévation des lieux. Ces hauteurs dont on vante l'air vif, pur et sec, ne devront pas être habitées par des personnes d'un tempérament san-

su

guin , d'une constitution sèche , irritable , en un mot , par celles qui ont une disposition aux irritations du poumon ou aux anévrismes : le développement de ces affections et leur marche rapide seraient le résultat d'une méprise à cet égard, et bientôt les personnes ainsi prédisposées trouveraient, dans l'habitation de lieux regardés comme si salubres , le terme d'une existence qu'elles auraient pu longtemps prolonger par un séjour dans les vallées, où l'air plus calme , moins actif, moins raréfié, accélère moins les actes du poumon et du coeur. Les personnes irritables seraient encore exposées , par l'habitation des lieux élevés, aux phénomènes électriques qui y sont si commuas et ont sur elles tant de prise.

Au contraire, les personnes d'une constitution lymphatique, qui languissent dans ces lieux bas, dans ces vallées étroites, où l'air encaissé se trouve borné dans ses mouvements et imprégné d'humidité , sortent tout à coup de leur apathie lorsqu'on transporte leur habitation sur les montagnes. Naguère engourdis et semblables aux mollusques, ces individus se traînaient à peine dans leur atmosphère humide pour satisfaire les plus impérieux besoins ; maintenant, actifs et laborieux au milieu d'un air sec et mobile, ils s'agitent , se livrent à des exercices salutaires, perdent leur disposition aux engorgements blancs, changent en belle couleur rosée la nuance blafarde de leur peau, et renouvellent entièrement leur existence. Après les plaines sèches et brûlantes , les montagnes , dénuées de forêts et d'humidité , sont les lieux que doivent préférer les lymphatiques.

3° Accidents du sol : volcans , marais, etc. — Que dirais-je des accidents du sol qui ne soit connu, ou qu'on ne puisse facilement inférer des principes précédemment exposés? Tout le monde sait combien est à craindre le voisinage des volcans. Des villes ensevelies par des tremblements de terre, des générations dévorées par les brûlantes laves , attestent le danger de ce formidable voisinage $ mais ces témoins parlent en vain. La cupidité de l'homme, excitée par la fertilité du sol, méprise les leçons d'une expérience récente : de nouvelles cités s'élèvent sur les cités englouties ; des villages sont bâtis sur des toits de villages ; et l'homme , assis sur ces débris , dans une inexplicable sécurité, savoure, jusqu'à l'heure de l'explosion, les jouissances de la vie.

Parlerais-je de la proximité des marais ? Il a été question , dans le chapitre précédent, des épidémies auxquelles ils donnent lieu, de l'effrayante et périodique mortalité qu'ils répandent au retour des chaleurs ; cependant l'homme ne se montre guère plus prudent sur ce point que sur le précédent ; et, ici, nul prétexte d'incertitude sur l'époque du danger ne peut excuser son insouciance.

•4° V oiêinage des forêts y de la mer et des rivières,. — Ce que nous avons dît ailleurs de l'effet des végétaux montre assez que, pour qu'une habitation située dans le voisinage d'une forêt soit salubre, il faut que la forêt soit peu épaisse et suffisamment percée ; qu'elle ne soit pas plantée sur un sol bas et naturellement humide; qu'elle laisse autour de l'habitation un espace assez considérable pour que l'air puisse y circuler en tous sens, pour que les rayons du soleil puissent facilement frapper les arbres les plus voisins, décomposer l'acide carbonique qu'ils exhalent, et s'opposera l'humidité qui pourrait résulter de leur proximité des appartements. Lorsque ces conditions sont remplies , les forêts ne nuisent plus à l'air des habitations , elles lui fournissent de l'oxygène, offrent, dans certaines contrées, un ombrage contre les ardeurs du climat, et conservent les sources ; élèvent, dans d'autres , une barrière contre l'éruption d'émanations délétères ; enfin , quelquefois, procurent un abri contre la violence des vents. Si les conditions émises sont négligées, que les forêts soient épaisses et entourent les habitations de trop près , elles déterminent la stagnation de l'air, augmentent et concentrent son humidité ; les feuilles mortes , et les autres débris de végétaux , se putréfient sur le sol, chargent de leurs émanations nuisibles une atmosphère de tous côtés circonscrite ; et ces causes réunies rendent les appartements insalubres , produisent des rhumatismes, des affections catarrhales, des irritations du système lymphatique , et souvent des fièvres intermittentes.

Le bord de la mer est très-sain , excepté dans le cas où des plages étendues n'ont pas une pente suffisante pour permettre l'écoulement des eaux qiû les recouvrent dans les grandes marées.

On peut dire la même chose du voisinage des rivières et de toutes les eaux courantes: elles n'ont d'autre inconvénient que de communiquer à l'air un peu de fraîcheur et d'humidité : mais l'atmosphère est continuellement renouvelée , et leur voisinage est sain , à inoins que les eaux, en se retirant, ne laissent beaucoup de vase à découvert.

5° failles, — Les habitations construites dans les villes sont celles qui se trouvent dans la position la plus désavantageuse pour la salubrité (i) Quelque soin que l'autorité prenne pour maintenir la propreté dans les grandes villes, il se trouve toujours des rues étroites on l'air est difficilement renouvelé , où la lumière ne pénètre pas ( coyez son

(i) Il résulte des recherches de M. Quetelet sur la mortalité en Belgique, qu'on y compte dans les villes un décès sur 36,9 habitants, cl dans les campagne» un sur 46,9 habitants seulement. Ces chiffres prouvent à I évidence l'insalubrité des villes.

L'histoire de toutes les épidémies nous apprend que e'est toujours dans les quartiers pauvres et encombrés , qu'elles ont fait le plus grand nombre de victimes. Ou en comprend la raison. {ISote de V Éditeur belge.)

influence dans la section suivante ) , où le sol reste toujours humide; des impasses , où une masse d atmosphère reste stagnante ; des coudes et des angles qui s'opposent aux courants d'air , et concentrent cette multitude de miasmes continuellement élevés de tant de substances végétales et animales dont le détritus forme la boue des rues. Qu'on joigne à cela le retard dans l'enlèvement de ces immondices , le trop peu de pente des ruisseaux , leur éloigneraent des égonts , le défaut de fontaines , et l'on aura une grande partie des causes qui produisent, dans les grandes villes , cette population chétive , composée d'êtres maigres , pâles , bouflis , scrofideux , rachitiques , toujours malades, et rarement atteignant làge de l'adolescence: beaucoup de quartiers de Paris ne fournissent que des enfants de cette nature. Gependant les villes ont aussi quelques avantages : l'air , pendant l'hiver, est moins agité, moins froid, et ses variations frappent moins que dans les campagnes , où certaines épidémies semblent être plus fréquentes , où les phénomènes électriques sont plus dangereux et plus répétés. Quand on habite une ville, un doit choisir un quartier où les rues soient assez droites pour que l'air en soit bien renouvelé , et assez larges pour que la lumière puisse frapper les parties les plus basses de la maison, où le sol soit assez incliné ou asseï bien pavé pour que jamais l'eau fétide des ruisseaux ne puisse y séjourner. Si Ton peut joindre à ces avantages le voisinage d'une de ces bornes-fontaines d'où l'on fait, une fois par jour, jaillir l'eau pour le lavage de la rue ; celui d'un jardin public, où l'on puisse se livrer à l'exercice, on aura réuni , dans le choix de son séjour , les principaux moyens de salubrité que comportent les villes.

Disons, pour terminer ce paragraphe, que le vieillard ne doit changer le climat et les localités au milieu desquels il a passé sa vie, qu'en prenant la précaution d'éviter les transitions trop brusques.

S II. Choir des matériaux et mode de construction des diverses pièces qui composent les habitations. Destination de ces pièces , et précautions qui leur sont relatives.

Après le choix des lieux on doit avoir égard au choix des matériaux. On ne doit employer ni les pierres qui s'emparent facilement de l'humidité, comme celles qui sont trop nouvellement extraites des carrières , ni la brique mal cuite , susceptible de se déliter. Le mortier de chaux, avec lequel on scelle les briques bien cuites, est très propre à conserver la sécheresse des appartements ; les quantités de plâtre dont on couvre les moellons à Paris sont une cause d'humidité qui dure longtemps. On a , dans ces derniers temps , pour se préserver de cette influence, étendu sur les murailles , des feuilles de plomb

laminé, qu'on a recouvert ensuite de papier de tenture. On peut mettre en usage, pour les appartements bas , des boiseries , qu'on aura soin de vernir, afin qu'elles retiennent moins les émanations animales, et afin qu'on puisse les laver sans inconvénient.

Après le choix des matériaux viennent les considérations relatives au mode de construction.

1° Hauteur des maisons, — Elle est tout à fait indifférente quand le bâtiment est isolé , à moins qu'il ne soit situé dans un lieu où l'on ait à redouter les ouragans, les tremblements de terre, etc.; mais si plusieurs bâtiments sont réunis , comme dans les villes , et qu'ils aient une grande hauteur, ils se privent mutuellement de l'influence si avantageuse de la lumière; de sorte que les personnes qui habitent les étages inférieurs de ces bâtiments n'ont pas encore reçu les bienfaits de ce fluide, quoique souvent le soleil soit déjà fort avancé sur l'horizon ; enfin, ces bâtiments trop élevés empêchent le renouvellement de l'air, entretiennent l'humidité, deviennent la principale cause du carreau et de toutes les maladies du système lymphatique chez les enfants qu'on élève dans les boutiques des rues étroites , déterminent aussi ces douleurs rhumatismales qui affectent si souvent les portiers et les divers artisans logés au rez-de-chaussée des mêmes rues. L'autorité, pénétrée de ces résultats, a fixé (ordonnance royale de 1783 j la hauteur des maisons en pierre, dans Paris , à soixante pieds, dans les rues de trente-huit pieds de large; et celle des maisons en bois, à quarante-huit pieds , y compris le comble.

2° Caves, — Les caves préservent de l'humidité les pièces situées au rez-de-chaussée , en les éloignant du voisinage de la terre. On y pratiquera plusieurs ouvraux propres à donner accès à l'air extérieur. Elles ne doivent jamais être employées à aucune opération capable de développer des gaz nuisibles, et l'on n'en doit jamais faire un dépôt de substances végétales ou animales susceptibles d'une prompte putréfaction.

3° Fenêtres, — La principale façade de la maison doit être tournée , dans les pays froids et humides , vers le sud et l'est; les croisées seront percées dans cette direction, la plus propre à fournir la sécheresse , la lumière et la chaleur. Dans les contrées méridionales , ce sera , au contraire, vers le nord qu'on devra pratiquer le plus grand nombre de fenêtres, afin de pouvoir se procurer des vents frais , capables de rafraîchir l'atmosphère des appartements. Toutes leurs ouvertures devront être assez vastes pour donner accès à la lumière , à l'air, et ne devront pas l'être assez pour nuire à la conservation de la chaleur. Ce qui est important, c'est de les pratiquer dans des dimensions qui soient dans un juste rapport avec celles des appartements ,

avec la quantité de lumière dont ont besoin ceux-ci, et avec la masse d'air qu'il importe d'y renouveler. On devrait encore placer les fenêtres dans un tel rapport de direction avec les portes et les cheminées, qu'on puisse être à même d établir à volonté, dans certaines circonstances impérieuses, un courant assez rapide pour renouveler, en quelques secondes , la masse d'air d'un appartement.

4° Dimension des appartements. — Lorsqu'on s'occupe de la dimension des appartements, il ne faut pas perdre de vue que , suivant un mémoire publié par Lavoisier et De Laplace , l'homme adulte consomme 84 pieds cubes d oxygène en 24 heures , et qu'il existe beaucoup d'autres sources de viciation de l'air exposées ailleurs. Si les appartements sont trop vastes, il est difficile de les échauffer ; s'ils sont trop étroits, on n'obtient pas un volume d'air suffisant ; l'atmosphère est promptement viciée. Cet inconvénient est beaucoup plus préjudiciable que le premier ; la santé se détériore promptement dans de pareils lieux, et les maladies les plus simples s'y aggravent rapidement. Un grand nombre de constructions sont, sur ce point , à Paris , tout ce qu'on peut imaginer de plus insalubre. La cupidité des propriétaires, éveillée par Taffluence de population qui a lieu dans cette ville, fait diviser en pièces resserrées des espaces qui n'étaient pas, il y a vingt ans , occupés par le tiers des individus qui s'y concentrent aujourd'hui. Cette cause d'insalubrité est encore accrue par la suppression de beaucoup de cours, à la place desquelles sont élevés de nouveaux corps de bâtiments. Le moyen de neutraliser l'effet de ces inconvénients est d'augmenter le nombre des places publiques , ou mieux encore , comme on le fait journellement, de percer de nouvelles rues et d'élargir celles qui existent ; car comme le dit Husty, « les rues sont aux villes ce que les poumons sont au corps humain. »

Ce que nous avons dit sur la disposition des lieux où l'on doit se livrer au sommeil (page 255), nous dispense de parler spécialement des pièces destinées à servir de chambres à coucher.

5° Disposition des feux; construction des cheminées, poêles, etc. ; choix des combustibles. — Les parois des appartements ne suffisent pas pour soustraire l'homme aux rigueurs du froid; il doit donc, dans la construction de ses habitations, avoir égard à la disposition des moyens propres à influer sur la température intérieure et la charger de calorique : ces moyens sont les cheminées et les poêles. Le but que l'on doit se proposer, dans leur construction, est d'obtenir, avec le moins de combustible possible , beaucoup de chaleur sans fumée.

Les poêles atteignent ce but lorsque le tuyau qui transporte au dehors la fumée, parcourt l'appartement dans sa plus grande dimension. Les poêles qui chauffent le plus sont ceux qui sont composés desub-

stances métalliques, parce que ces substances sont les meilleure conducteurs du calorique. Ceux de brique ou de faïence leur sont néanmoins préférés , quoique transmettant moins vite le calorique , parce qu'on accuse les premiers de dégager une odeur métallique qui cause des maux de tète. Les poêles dessèchent l'air et favorisent peu son renouvellement. On rend à l'air son humidité en plaçant sur le poêle un vase contenant de l'eau ; celle-ci s'évapore d'autant plus vite que le vase présente une surface plus étendue. On ne peut opérer le renouvellement de l'air sans perdre la chaleur , car c'est parce que l'air ne s'est pas échappé à mesure qu'il a été chauffé , que l'appartement se trouve chaud.

Les cheminées renouvellent mieux, et en masses plus considérables que ne le font les poêles , l'air de l'appartement ; mais c'est précisément à cause de ce grand renouvellement qu'elles chauffent moins, plus inégalement, et avec beaucoup plus de dépense de combustible. Quoique construites de manière à ce que l'entrée et l'issue du foyer soient proportionnées à la grandeur de celui-ci et à la quantité de combustible qu'il doit contenir , elles donneront cependant d'autant plus de chaleur à l'appartement , que les parois du foyer seront plus concaves, plus polies, plus luisantes, conséquemment , plus propres à réfléchir les rayons calorifiques. Ces parois , d'une forme semi-elliptique , devront être revêtues en faïence blanche , et ne jamais être peintes en noir. Les tuyaux de chaleur dont le foyer se trouve hors de l'appartement qu'ils échauffent , ont l'avantage de ne rien enlever , pour la combustion , à l'air de l'appartement ; mais aussi ils ne peuvent contribuer à son renouvellement.

Les réchauds, à l'aide desquels on élève quelquefois la température des appartements, les chaufferettes, qu'on place sous les pieds, répandent dans l'atmosphère des gai nuisibles qui peuvent exposer à l'asphyxie lorsque l'air n'est pas renouvelée. On accuse les chaufferettes de produire chez les femmes des leucorrhées, des règles excessives , et même des hémorrhagies utérines, des hémorrhoïdes, des varices, des ulcères atoniques, des rhumatismes aux jambes, et même la stérilité. Beaucoup de ces effets sont exagérés : ainsi , par exemple , les chaufferettes produisent bien des vergetures, des marbrures de la peau des jambes et des cuisses, mais ne déterminent jamais d'ulcères de ces parties.

Les cheminées et les chaufferettes, précisément parce qu'elles agissent plus localement , sont les foyers qui conviennent le mieux aux vieillards. Les poêles, qui échauffent l'atmosphère d'une manière uniforme, sont nuisibles en ce qu'ils dilatent trop l'air , et en ce que le calorique qu'ils dégagent agit également sur la tète comme sur les

autres parties du corps, et peut déterminer des attaques d'apoplexie -

Les divers combustibles employés pour chauffer les appartements sont les bois de chêne, de charme, de hêtre ou d'orme (1), les divers charbons de terre et la tourbe. Le bois qu'à Paris on appelle neuf , c'est-à-dire celui qui est bien sec et n'a pas flotté sur l'eau , est , de tous les combustibles usités, le plus agréable : il n'est peut-être pourtant pas celui qui chauffe le plus. Le charbon de terre fournit une épaisse fumée, une odeur désagréable , mais il est tout aussi salubre que le bois. Le charbon dont on a extrait l'hydrogène, et qu'on vend sous le nom de coke, est sans odeur , chauffe beaucoup moins que le bois, et, quoiqu'il paraisse ne donner lieu à aucune fumée, il noircit en peu de temps le linge et la peau. C'est un préjugé d'attribuer le spleen des Anglais à la combustion du charbon de terre,

6° Toit des maisons, — Le toit des habitations est ordinairement de chaume ou de roseau, de tuile ou d'ardoise. Le chaume ou le roseau est mauvais conducteur de calorique, conséquemment il garantit plus que les autres substances de la chaleur en été , et du froid en hiver ; néanmoins, pour quelques raisons étrangères à l'hygiène, pour éviter, par exemple, les incendies, on doit donner la préférence aux autres substances. Il ne faut pas, quand on le peut, négliger de surmonter le toit d'un paratonnerre. Voici le prinoipe sur lequel est fondé ce précieux préservatif :

La résistance que mettent les corps électrisés à céder leur électricité est d'autant moindre , que les conducteurs qu'on présente à ces corps sont terminés par des pointes plus aiguës. Ces conducteurs ne se chargent point de l'électricité, ou plutôt ne la conservent pas quand ils ne sont point isolés, quand ils communiquent avec le globe , qui est le réservoir [commun. Un paratonnerre n'est donc autre chose qu'un conducteur métallique, qui soustrait au nuage l'électricité, qui ne la conserve point, qui ne s'environne point d'une atmosphère électrique, mais qui transmet de suite, et à mesure qu'il le reçoit, le fluide électrique à la terre.

La pointe des paratonnerres doit être en laiton doré, ou mieux en platine ; les pointes en fer s'oxydent facilement et perdent leur pro priété conductrice. La partie verticale doit s'élever à dix ou douie pieds au-dessus du toit, dont toutes les parties saillantes doivent communiquer avec le conducteur. La partie inférieure de celui-ci doit se

(i) Les bois blancs et léger» , qui brûlent vite et donnent beaucoup de flamme, sont moins estimés et donnent en effet infiniment moins de chaleur, puisqu'un kilogr. de ebéne peut porter au degré d'ébullition 31,7 kilogr. d'eau ; tandis qu'un kilogr. de sapin n'élète à ce même degré que 20,1 kilogr. de ce liquide.

(Notederéd*. Mo*.)

terminer à quelque distance des fondations de la maison , et pénétrer de deux ou trois pieds dans l'eau ou dans un sol humide. La sphère d action d'un paratonnerre étant bornée à un rayon double de sa hauteur, il faut multiplier ces conducteurs selon 1 étendue des habitations qu'on veut mettre à l'abri de la foudre.

7° Latrines. — Les lieux d'aisances devront être établis à une certaine distance du logis , quand cela est possible. Dans les grandes villes, il en est autrement: le tuyau parcourt tous les étages de la maison , s'ouvre , moyennant de courts conduits obliques , pour les personnes de chaque étage , et se termine à la fosse, qui est une espèce de cave construite au-dessous du rez-de-chaussée. Nous avons vu à l'article vu , p. 474, où sont traités les effets des émanations des fosses d'aisances , combien ceux-ci sont terribles ; nous avons indiqué les moyens propres à se garantir le plus possible de ces effets , qui résultent nécessairement de la manière dont étaient , il y a peu d'années, construites toutes les latrines, et dont le sont encore aujourd'hui beaucoup d'entre elles. Ici, nous devons faire connaître les procédés nouveaux d'après lesquels ou doit établir les latrines.

Le procédé de M. d'Arcet consiste à empêcher les exhalaisons de revenir, par la lunette, infecter les habitations. Avant M. d'Arcet, les architectes construisaient bien, à la vérité, des tuyaux d'évent, c'està-dire des tuyaux partant de la voûte de la fosse, et allant se terminer au sommet de la maison pour y donner issue aux exhalaisons ; mais voici ce qui avait souvent lieu: l'air s'engageait aussi bien par le tuyau de vent que par celui que surmonte la lunette, et souvent il revenait par celle-ci, chargé des émanations de la fosse. M. d'Arcet a imaginé de tenir raréfié, à l'aide du calorique, l'air du tuyau d'évent. De cette manière, cet air léger s'échappe par le tuyau , est remplacé par celui qui s'engage dans la fosse par la lunette, et ne peut jamais revenir sur ses pas. Pour établir ce courant , cet appel de l'air, il suffit de placer un lampion allumé dans le tuyau d'évent; mais on atteint bien mieux le but encore en y faisant passer ou le tuyau d'un poêle, ou le conduit d'une cheminée. L'ouverture du tuyau d'évent doit être presque égale aux ouvertures réunies des diverses lunettes. Pour aider Pair à s'engouffrer par la lunette, il suffit d'établir des vasistas dans les cabinets d'aisances.

Ce procédé, mis seul en usage, préserve les appartements des émanations désagréables et dangereuses des fosses d'aisances , mais ne change rien aux dangers qui résultent de leur vidange , et à la mortalité des hommes employés à ce dégoûtant travail.

Le procédé de MM. Caseneuve et compagnie ne laisse plus subsister ni danger , ni travail dégoûtant. H consiste tout simplement à substituer à la fosse ordinaire à laquelle le tuyau transmet des matières ,

àeêfoBses mobiles, c'est-à-dire des tonneaux qu'on place à l'extrémité du tuyau, et qu'on déplace lorsqu'ils sont pleins. Ainsi, on fixe arec une courroie, à l'extrémité du tuyau ordinaire des latrines, composé de pièces de poterie, un bout de tuyau mobile en cuir, qui transmet les matières fécales dans un tonneau placé verticalement sur un chantier élevé. Du fond de ce tonneau partent trois cylindres, qui versent, an moyen d'un vaste entonnoir, dans un second tonneau placé de champ au-dessous du premier, les matières les plus liquides. Le second tonneau s'emplit plus proraptement que le premier, parce que les liquides sont plus abondants que les matières consistantes. Lors donc qu'il est plein, ce dont on s'aperçoit par la percussion , on le bonde , on l'en» lève , on le vide et on le replace , ou on y en substitue un autre. Quand la matière solide a rempli le premier tonneau , on ferme le bout du tuyau mobile , pour que rien ne s'écoule, on bouche le tonneau, on l'enlève et on le nettoie pour le replacer, ou bien on en substitue de suite un de rechange , comme on a fait à l'égard du précédent. Le transport des tonneaux pleins , au dépôt des gadoues, se fait en plein jour, comme un transport de futailles remplies de toute autre matière ; il ne s'exhale aucune espèce d'odeur; et ces ouvriers, naguère exposés , pendant les heures destinées au sommeil , à une atmosphère mortelle , ne s'occupent plus qu'en plein jour à un métier qui n'a rien d'insalubre, ne troublent plus la tranquillité publique par leur travail, n'empoisonnent plus toute une rue des exhalaisons empestées qui en résultent ; enfin , ces affections redoutables connues sous les noms de plomb, de mt'/fe, les asphyxies et la mort, auxquelles elles donnent si souvent lieu , ne seront plus connues que de nom , grâce à ce nouveau procédé.

On peut joindre aux avantages que présente, pour la salubrité, cette invention ai simple, quelques avantages économiques; par exemple, l'appareil des fosses mobiles coûte cent écus à établir, et coûtera sans doute encore moins après l'expiration des quinte années du brevet d'invention: cet appareil n'exige presque aucune dépense de terrain; les anciennes fosses coûtent , au contraire , six mille francs , exigent un emplacement qui pourrait être employé à tout autre usage : enfin l'abonnement par année , pour le nettoyage des fosses mobiles , n'est en rien à comparer aux frais de vidange des anciennes fosses dont les réparations exigent en outre des dépenses considérables.

Il serait donc vivement à désirer que l'autorité, qui exerce un droit de surveillance et de répression sur les causes qui peuvent nuire à la salubrité publique, proscrivit entièrement, dans la construction des habitations, et cela, comme étant une cause d'infection , l'établissement des anciennes (bases* Il n'y aurait en cela d'exercé qu'un acte

bien juste, puisque, malgré les précautions qu'on prend dan» la construction des fosses , malgré les enduits de terre glaise et de mastic dont elles sont rerètues, les émanations des matières qu'elles contiennent se font jour, à la longue, à travers les pierres et les terres qu'elles imprègnent , infectent les puits, les caves, les pièces les moins élevées , non pas seulement de l'habitation , mais encore des maisons voisines ; puisque enfin, indépendamment de la mortalité que causent ces vidanges, elles empoisonnent encore la voie publique et troublent le repos des nuits.

Les fusses existantes peuvent être supprimées. En les nettoyant, les recrépissant, les blanchissant à la chaux, ou en les arrosant du chlorure de cet alcali, elles pourront servir de bûcher ou de cave, à moins qu'on n'y place l'appareil des fosses mobiles , ce qui , encore , sera moins commode pour monter et descendre les tonneaux , que le plus simple hangar au rez-de-chaussée.

Depuis l'invention de M. Caseneuve , on a imaginé divers procédés qui consistent à désinfecter complètement, à transformer en poudrette et en eau pure , dans les fosses d'aisances elles-mêmes , les matières fécales et les urines, à l'aide d'appareils qui les séparent les unes des autres, et de noir animal ou de toute autre poudre absorbante d'un prix moins élevé, comme les cendres de tourbe, la tourbe carbonisée, la sciure de bois , le tan qui a servi à préparer les cuirs et dont on fait les moites, etc., etc. L'idée de l'application d'une poudre de charbon à la désinfection des matières fécales est due à M. Salmon. L'idée de les désinfecter sur place, ainsi que l'invention d'un appareil propre à ce procédé sont de M. Alphonse Sanson.

8° Puits. On ne doit employer à leur construction que des pierres de nature siliceuse jointe sans mortier. Les pierres calcaires communiquent à l'eau une altération que nous avons signalée ( art. Eau de puits, p. S77). L'endroit où l'on construit le puitsdoitètre éloigné des creux où s'achève de pourir le fumier, des écuries, des lieux d'aisance, et , en général, de tous les endroits où il peut se rencontrer des matières animales ou végétales en putréfaction.

9° Jardins anglais et jardins potagers. Si l'on applique ici ce que nous avons dit des émanations végétales (p. 458), et ce que nous avons dit du voisinage des forêts (p. olb*), on saura que les massifs d'arbres qui composent les jardins anglais doivent, pour contribuer à la salubrité des habitations, recevoir l'influence de la lumière et des rayons du soleil ; que lorsque ces conditions ne sont pas remplies, ces massifs sont insalubres. Dans le cas donc où l'espace qu'on veut destiner à la végétation est trop circonscrit, comme cela a souvent lieu dans les grandes villes, il faut préférer aux jardins, des cours nues et

pavées, car ce n'est guère que dans les grandes places publiques qu'on peut modifier, parle moyen des plantations, la composition chimique de l'atmosphère , et il est beaucoup d'endroits à Paris où les arbres sont, pour les maisons, une cause réelle d'insalubrité.

Si Ton se rappelle maintenant ce que nous ayons dit des émana* tions animales putréfiées , on saura que les jardins potagers, qui clans aucun cas , ne peuvent beaucoup contribuer à la salubrité de l'air, altéreront évidemment ce fluide toutes les fois qu'on ne les rendra productifs qu'à force d'engrais et d'arrosements. On en a unepreure dans les fièvres intermittentes des jardiniers qui cultivent les plantes potagères dans les anciens marais des faubourgs de Paris.

10U Précautions relatives au maintien de la salubrité dans les maisons. Les maisons ne doivent être habitées que quand l'eau qui entre dans les matériaux de construction est parfaitement évaporée, que lorsque les peintures et les vernis sont parfaitement desséchés. Cette précaution négligée donne lieu à des rhumatismes, à des oppressions de poitrine, et à des coliques qui résultent des émanations des peintures; dernièrement, enfin, elle a donné lieu à la mort d'un médecin dans les environs de Paris. On ne peut indiquer l'époque fixe à laquelle une nouvelle maison peut être habitée sans inconvénients. Cette époque dépend de la saison , du climat , des matériaux de construction , du degré d'épaisseur des murs , de la nature du sol , de l'élévation du terrain, et de l'exposition du bâtiment, circonstances qui toute* accélèrent ou diminuent la rapidité du dessèchement.

Ce que nous avons dit ailleurs du renouvellement de l'air (p. 452), prouve assez combien il est utile d'ouvrir les croisées chaque jour : celles des chambres à coucher ne doivent être refermées que le soir. Si l'atmosphère est humide, on ne doit les ouvrir que pendant le temps nécessaire au renouvellement de l'air.

Enfin , ce que nous avons dit des différentes altérations de l'air prouve avec quel soin on doit éloigner des habitations tous les ré* ceptacles de matières animales et végétales en décomposition , ainsi que ceux de beaucoup de produits minéraux.

L'insalubrité bien reconnue de ces réceptacles a fait rendre le décret du 15 octobre 1810, et les ordonnances royales du H janvier 1815, 29 juillet 1818, 25 juin et 2 avril 1824, et 30 octobre 1824, qui présentent la liste très-longue des établissements 1° dangereux, 2° insalubres, et 8° incommodes , qu'on ne peut établir sans p ermission. Nous ne transcrirons par cette nomenclature; nous renvoyons au travail de M. Trébuchet (î).

i) Dictionnaire de l'industrie manufacturière f commerciale et agricole , article Etablissements insalubres. Paris, 1835, tome îv, p. 538 et suit.

TROISIÈME SECTION

HYGlÉlE DES ORGANES SÉCRÉTEURS.

Les organes sécréteurs ont, en général, pour fonctions, la confection de certains fluides dont les usages sont différents, dont les matériaux sont pris dans la masse du sang artériel, et quelquefois dans celle du sang veineux. Cet acte élaboratoire de l'organe sécréteur parait se passer aux extrémités vasculaires, situées dans le parenchyme de l'organe: on n'en sait pas davantage sur cette transformation organique.

On distingue trois sortes d'organes sécréteurs : les exhalants , les folliculaires et les glanduleux.

Les organes sécréteurs exhalants ont la forme d'une toile. Us versent, par des orifices, ouverts a celle de leurs faces qui est libre, le produit sécrétoire dont les matériaux ont été apportés par des vaisseaux sanguins, que ces orifices exhalants paraissent continuer, et dont ils ne «e distinguent que parce que le sang n'y pénètre plus.

Les folliculaires, plus compliqués, ont la forme d'ampoule, de vésicule et sont situés dans l'épaisseur de la peau et des membranes muqueuses.

Les glanduleux, plus compliqués encore que les précédents , sont des corps sphériques plus ou moins réguliers, qui ont pour caractère distinctif de verser leur produit par un ou plusieurs canaux excréteurs distincts.

On divise aussi les fonctions de ces trois ordres d'organes en deux grandes classes propres à indiquer leur destination. Ces classes sont : 1° les excrétions excrèmentitielles , c'est-à-dire celles dont les produits doivent être rejetés au dehors de l'économie ; 2° les sécrétions récrèmentitielles, c'est-à-dire dont les produits doivent être repris par l'absorption interne, et rentrer dans le torrent de la circulation.

Les organes sécréteurs ont donc deux destinations bien différentes : la première, que M. Broussais a si justement nommée dépuration, est l'élimination des matériaux dont la présence pourrait être une causs de désordre dans l'économie. La seconde destination , à laquelle le même auteur a conservé le nom de sécrétions, a pour but la formation de certaines humeurs qui doivent concourir à l'accomplissement de diverses fonctions.

EFFETS DE f/EXERClCE DES ORGANES SÉCRÉTEURS GÉXÉRAL, ET MOYENS DE I.E DIRIGER POUR LE MAINTIEN DE LA SANTÉ.

L'exercice d'un appareil sécréteur a, comme celui de tous les organes, pour premier effet, d'y appeler le sang en plus grande quantité, d'aug-

mériter le volume de cet appareil et la somme du produit qu'il confectionne. Si cet exercice est porté trop loin, ses effets n'ont lieu qu'au détriment des organes, dont les uns, non sécréteurs, comme les muscles, etc., deviennent simplement plus faibles; dont les autres, les sécréteurs , deviennent plus faibles et en même temps fournissent moins de produits. Si l'exercice est encore porté plus loin dans l'organe sécréteur, celui-ci, dans certains cas, s'irrite, s'enflamme, donne un produit dénaturé doué de propriétés irritantes et quelque* fois manifestement contagieuses.

Le défaut d'exercice d'un organe sécréteur produit des effets absolument inverses de ceux que nous venons d'énoncer. L'organe sécréteur qui reste en repos perd l'aptitude à agir, s'affaiblit, reçoit moins de sang pour sa nutrition et pour la confection de son produit ; et , d'une autre part, les autres organes recevant le sang destiné à celuici, s'enrichissent en proportion de ce que le premier s'affaiblit, quoiqu'il ne soit pas introduit plus de matériaux dans l'économie. Si l'organe sécréteur, laissé en repos, est de nature à donner beaucoup de produit , il s'établit une pléthore générale abondante. Les organes sécréteurs dépensent donc continuellement une certaine dose de matériaux organiques, et cette dépense constitue pour l'économie une habitude déplétive sans inconvénient, et même nécessaire.

Si l'action sécrétoire est subitement interrompue dans un organe, il survient de deux choses l'une : ou le sang qui devait continuer de servir à la sécrétion se porte sur un organe quelconque , sécréteur ou non sécréteur, et y détermine une irritation (dans ce cas , la congestion de sang a toujours lieu sur l'organe le plus propre à l'attirer, sur l'organe le plus irritable), ou bien la sécrétion d'un autre organe est considérablement augmentée.

C'est donc encore une des conditions nécessaires au maintien de la santé, que les sécrétions soient en équilibre. Cet équilibre s'obtienten maintenant dans une juste mesure, au moyen d'une application bien ordonnée de leurs modificateurs naturels, les actes des organes sécréteurs. Examinons maintenant chaque appareil sécréteur concurremment avec les corps qui agissent immédiatement et primitivement sur lui.

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