CHAPITRE V
Lorsque la conception est opérée, c'est aux dépens de la mère que le fœtus, chez les mammifères, prend les matériaux de son accroissement. Le temps de cet accroissement, qu'on appelle grossesse, rend , comme nous l'avons démontré, plus indispensable qu*à toute autre époque de la vie, l'observation des règles de l'hygiène , mais n'exige aucune règle à part. Il n'en est pas de même de l'accouchement : tributaire de l'hygiène, cette fonction douloureuse astreint la femme à des soins spéciaux qui sont surtout nécessaires dans notre état de civilisation et plus particulièrement encore dans l'enceinte des villes.
Pour administrer convenablement les soins hygiéniques de l'accouchement, il faut connaître les phénomènes qui annoncent le moment où doit commencer cette fonction.
La durée de la grossesse est ordinairement de neuf mois. A l'expiration de ce temps, le produit de la conception est expulsé. Les signes
DK L'ACCOUCHEMENT.
précurseurs de cette exonération se tirent de l'état du col de la matrice.
Le toucher apprend qu'il est totalement effacé ; ses parois sont devenues assez minces pour permettre de sentir aisément au travers, par le fond du vagin, la partie que le fœtus présente; son orifice s'arrondit, ses lèvres se ramollissent, s'engorgent légèrement, s'écartent et permettent l'introduction du doigt qui sent alors les membranes à nu. Celles-ci sont alternativement tendues ou relâchées sous l'influence des contractions utérines rares encore et peu douloureuses , enfin, les organes génitaux externes et le vagin s'humectent de mucosités abondantes.
La personne appelée pour donner ses soins à une femme doit reconnaître à ces signes que le travail de l'accouchement va bientôt avoir lieu. Ce travail consiste dans une suite de douleurs et de contractions utérines qui augmentent graduellement jusqu'à ce que l'enfant ait franchi la vulve et que l'accouchement soit terminé.
Les phénomènes de ce travail sont les vraies douleurs, toujours subordonnées aux contractions utérines, la dilatation du col utérin, Y apparition des glaires sanguinolentes , la formation et la rupture de la poche des eaux, la sortie de V enfant, puis, après quelques minutes de repos , de nouvelles contractions de l'utérus pour t expulsion de l arrière- faix.
Le premier soin de celui qui assiste une femme chez laquelle il a reconnu que le travail de l'accouchement est commencé, est d'éloigner d'elle les personnes dont la présence pourrait lui imposer quelque contrainte. Après quoi il s'assure par le toucher , des progrès qu'a déjà faits le travail, et procède à différentes pratiques ou manœuvres qui sont du ressort de l'art des accouchements.
Le lit destiné à la femme en travail consistera en un fond sanglé çur lequel sera placé un matelas avec des alèzes et des couvertures , plus ou moins chaudes , suivant la saison. On donnera à ce lit , à l'aide d'oreillers ou de tout autre moyen, une inclinaison telle que la tête soit plus élevée que le reste du corps , et l'on fournira aux pieds un point d'appui par une planchette convenablement fixée.
H est utile de débarrasser l'intestin des matières qu'il contient, à l'aide d'un lavement.
Quant à la position que la femme doit garder , elle varie aux différentes époques du travail : l'immobilité , convenable pour les derniers moments , offre moins d'avantage au début, qui réclame, au contraire , un peu d'exercice.
La femme devra modérer ses efforts , surtout dans les premiers temps , et les faire coïncider avec les contractions utérines : on a vu la rupture de l'utérus être le résultat d'efforts violents et de mouvements désordonnés.
Lorsque , dans les dernières douleurs , le périnée , distendu par la
pression de la tète de l'enfant , menace de se rompre , l'accoucheur le soutiendra à l'aide de la main.
Quand enfin l'enfant est entièrement dégagé, on coupe et on lie le cordon à deux pouces à peu près de l'ombilic.
Le nouveau-né, supposé bien conformé, sera essuyé avec un linge fin, de manière à ce que la majeure partie de l'enduit sébacé soit enlevée, sans que pourtant il soit nécessaire de s'attacher d'une manière minutieuse à en débarrasser complètement la peau encore si tendre. Des lotions d'eau tiède et la fixation d'un bandage médiocrement serré autour du ventre pour maintenir le cordon, compléteront ces premiers soins. Il ne restera plus qu'à couvrir l'enfant de vêtements assez chauds pour le soustraire aux intempéries de l'air, et assez lâche pour ne point çêner ses fonctions. On le couchera sur le côté droit , d'une part à raison de la pesanteur du foie, de l'autre, pour faciliter l'écoulement des mucosités buccales.
Quant à la mère, elle ne tarde pas à être en proie à de nouvelles douleurs , dues aux contractions de l'utérus tendant à se débarrasser de l'arrière -faix. Dans le plus grand nombre des cas, de légères tractions exercées sur le cordon suffisent pour amener le placenta au dehors; mais lorsqu'il n'est point encore détaché et qu'on éprouve une certaine résistance, on court moins de risques à attendre, qu'à vouloir hâter la délivrance par des manœuvres dont le moindre inconvénient serait d'opérer la séparation du cordon et de rendre plus difficile l'extraction du placenta.
Après avoir replacé la femme dans son lit, on lui appliquera autour du ventre une serviette qui remplacera par sa pression celle à laquelle les viscères étaient depuis longtemps accoutumés et dont la brusque cessation pourrait amener quelques résultats fâcheux. Des lotions adoucissantes sont préférables à celles que l'on pratique dans quelques pays avec du vin ou d'autres préparations stimulantes, à moins toutefois d'indications particulières qui se lient à un état maladif, et qui ressortent complètement du cadre que nous nous sommes tracé.
Le repos le plus absolu, une douce température autour de la malade, l'éloignement de tout ce qui peut lui causer quelque émotion, des boissons délayantes et légèrement diaphoniques , des aliments d'abord légers , puis , lorsque la fièvre de lait est déclarée , une diète sévère, doivent composer le régime auquel l'accouchée sera soumise.
Pour ce qui est de l'enfant , dans le cas où la mère le nourrit , il pourra être approché du sein une couple d'heures après l'accouchement. Déjà, en effet, il y puisera un liquide que Ton s'accorde à regarder comme propre à favoriser l'expulsion des matières accumulées dans l'intestin pendant la vie intra-utérine, matières auxquelles on donne le nom de mèconium. Si pour présenter le sein on attend ledé-
veloppement de la fièvre de lait, il peut arriver que l'extrême tension de cet organe le rende très-sensible , efface le mamelon en le tiraillant par sa hase, empêche l'enfant de le saisir ou de le conserver après l'avoir saisi, etque la succion cause de vives douleurs à la mère, quelquefois des gerçures, les accidents, en un mot, que nous verrons pouvoir se manifester chez la femme qai ne nourrit pas. Lors même que la femme n'aurait pas de lait dans les premières heures qui suivent l'accouchement,la stimulation exercée sur le sein, par les tentatives de succion , pourrait encore avoir l'avantage d'activer la sécrétion de ce fluide.
Si l'enfant doit, au contraire, être confié aux soins d'une nourrice étrangère, et que celle-ci ne soit point encore à portée de les lui donner, il recevra, pour toute nourriture, une petite quantité d'eau de gruau sucrée, à laquelle , dans les jours suivants , on devra ajouter un cinquième environ de lait. Peut-être serait-il mieux encore que la mère commençât l'allaitement : si ce moyen d'éviter au nouveau-né les effets du lait trop consistant d'une nourrice anciennement accouchée , offre pour la mère l'inconvénient d'appeler vers les seins une excitation qu'on se propose d'éteindre plus tard , il a pour l'enfant l'avantage très -réel de préparer ses organes digestifs à la nourriture qui va y être déposée. Dugès affirme au reste que cette pratique est également avantageuse pour la femme, et qu'on s'en est bien trouvé à l'hospice de la Maternité à Paris, pendant une épidémie de péritonite puerpérale.
Si pourtant la mère ne pouvait , même pendant ces premiers instants , présenter le sein , et que les boissons données à l'enfant ne produisissent' pas l'évacuation du méconiura , on pourrait lui administrer quelques cuillerées d'eau miellée ou de sirop de chicorée composé étendii de partie égale d'eau : par là on se conformerait au précepte des auteurs qui prescrivent de ne laisser prendre à l'enfant le sein d'une nourrice trop anciennement accouchée, que lorsque le méconium est évacué.
Nous avons pour tout ce qui précède , supposé que la femme est bien constituée et que tout se passe régulièrement : dans l'hypothèse contraire, nous renvoyons aux ouvrages spéciaux destinés à l'art des accouchements.