CHAPITRE VI
de l'allaitemeut ou lactation.
Les glandes mammaires commencent à entrer en activité dès les premiers temps de la gestation ; mais le fluide qu'elles sécrètent alors et plus particulièrement encore dans les derniers jours de la grossesse,
offre des caractères fort différents de ceux qu'il présentera parla suite. Ce liquide qu'on appelle colostrum, est jaunâtre , de saveur sucrée, albuminenx, coagulable par la chaleur, et ce n'est qu'après la fièvre de lait, qu'il offre les propriétés dont nous avons ailleurs fait mention (page $35), propriétés qui deviennent de plus en plus tranchées, à mesure qu'on s'éloigne de l'époque de l'accouchement.
Le stimulant propre qui sollicite les glandes mammaires à entrer en fonction, est la succion opérée par la bouche de l'enfant.
Si cette stimulation du mamelon vient à manquer, la sécrétion cesse. Elle est également supprimée quand un organe quelconque de l'économie vient à être irrité plus que ne te sont les seins, et devient le siège d'une congestion.
1° Avantages de l'allaitement maternel pour la mère et pour V enfant.
A moins d'une cause majeure une mère ne peut , sans exposer sa santé et celle de son enfant, se dispenser de l'allaiter. Elle trouve dans ce devoir les avantages qui doivent accompagner le cours natureld'une fonction qui ne saurait être supprimée sans inconvénients ; elle s'épargne plusieurs accidents qui atteignent fréquemment celles qui se placent dans une condition opposée : ainsi , lorsque le nouveau-né est vigoureux, la fièvre de lait manque ou est à peine sensible ; on n'a point à redouter les accidents inflammatoires qu'elle peut amener à sa suite ; la pléthore, qui peut devenir dans cette circonstance une cause de péritonite, de métrite, de manie, etc., etc.; les sueurs abondantes et les éruptions qu'elles déterminent ; les rhumatismes ; enfin des lochies excessives et de trop longue durée.
Les avantages de l'allaitement maternel ne sont pas moins réels pour l'enfant. Le premier lait qui se trouve sécrété après l'accouchement est, mieux que tout autre, approprié aux organes du nouveauné. Mais celui-ci ne reçoit pas de sa mère que la simple nourriture ; il trouve auprès d'elle une véritable incubation, des soins attentifs, cette sollicitude que rien ne remplace ; aussi n'est-ce guère qu'en parcourant les inconvénients de l'allaitement étranger, qu'on s'aperçoit de la réalité des avantages de l'allaitement maternel. Si l'on pouvait trouver une femme accouchée en même temps que la mère, qui pût réunir à toutes les qualités physiques qui constituent une bonne nourrice, le bon sens, la docilité, l'active surveillance, l'affection sincère, etc., certes les inconvénients de l'allaitement étranger seraient moins réels : malheureusement la nourrice, comme nous la voulons, ne peut pas exister. « Celle , dit Jean-Jacques , qui nourrit l'enfant d'une autre au lieu du sien, est une mauvaise mère : comment sera-telle une bonne nourrice? elle pourra le devenir , mais lentement ; Û faudra que l'habitude change la nature , et l'enfant mal soigné aura
le temps dépérir cent fois ayant que la nourrice ait pria pour lui une tendresse de mère.» (Emile. )
L'examen qu'on fait généralement des nourrices est trop superficiel: la plupart des gens jugent de leur état de santé par quelques signes extérieurs , prennent quelques informations sur leur moralité , leur adressent quelques questions, et, suffisamment rassurés, ils livrent leur enfant. Mais je suppose que les nourrices ne soient attaquées d'aucune maladie contagieuse, qu'elles aient suffisamment de lait au moment où on les choisit, ne peut-il pas, lorsqu'elles sont éloignées, survenir bien des circonstances funestes au nourrisson, bien des causes qui peuvent diminuer la quantité du lait, telles que la grossessç, la mauvaise nourriture, l'excès du travail, enfin tout ce qui peut détourner des glandes mammaires la quantité de sang qui doit être employé pour la sécrétion du lait ? Beaucoup de causes aussi ne peuvent-elles pas donner, par la suite, au lait, de mauvaises qualités qu'il n'avait pas dans le principe ? Or , dans ces cas , la nourrice aura-t-elle assez de bonne foi , ou assez de pénétration pour avertir
les parents?
2° Causes qui s'opposent à l'allaitement maternel.
Peu de causes s'opposent à l'allaitement maternel ; mais comme on en admet beaucoup, il sera nécessaire qu'avant d'énoncer les réelles, nous discutions celles dont les préjugés ont fait des obstacles.
La trop petite quantité de hit ne doit pas d'abord empêcher de nourrir, parce que cette sécrétion peut s'augmenter au point de devenir, dans la suite, suffisante à la nourriture de l'enfant : le chatouillement que celui-ci exerce sur le sein par la succion, détermine une excitation qui, entretenue par un régime analeptique , remédie souvent au défaut d'action des seins. Si malgré tout cela , le lait est sécrété en trop petite quantité, la mère n'en devra pas moins encore continuer de nourrir; mais seulement on suppléera au trop peu de lait de la femme, par le lait coupé d'un animal.
La présence des règles contre-indique-t-elle l'allaitement? La réponse à cette question ne peut être faite qu'après l'examen de l'enfant et de la femme. Si celle-ci est assez forte pour fournir aux deux actions vitales qui passent en même temps dans l'économie, si l'enfant n'est point incommodé par un lait devenu trop séreux, en un mot, s'il ne dépérit pas , la femme devra continuer de nourrir ; car si les règles paraissent , c'est une preuve qu'elle peut fournir aux deux fonctions à la fois. On sait bien que la plupart des nourrices ne sont pas dans ce cas ; mais aussi toutes les fois que l'enfant dépérit , il faut renoncer à l'allaitement. Si le lait n'incommodait pas fe nourrisson , mais seulement était sécrété en trop petite quantité, on y suppléerait comme dans le cas précédent. Si l'enfant, bien portant habituellement, venait
à éprouver, seulement pendant les jours où l'écoulement menstruel a lieu, des coliques ou autres symptômes dus à une altération du lait, on remplacerait, chaque mois, pendant les jours que durent les règles, l'allaitement maternel par un lait étranger, et ces jours passés, on reprendrait l'allaitement. Cependant , ainsi que nous le dirons en parlant du choix de la nourrice, la présence des règles chei une nourrice à laquelle on n'a pas encore confié l'enfant, est un motif pour ne le lui pas confier à moins qu'on ne se soit bien assuré de la quantité de lait qu'elle peut fournir.
La grossesse doit-elle faire cesser l'allaitement ? On peut répondre à cette question en disant, comme nous Tenons de le faire pour la précédente , que c'est l'examen de la femme et de l'enfant qui peut seul décider à faire continuer l'allaitement ou à y faire renoncer. Cependant on objecte que la mère et le nourrisson peuvent bien ne pas souffrir, tandis que l'enfant renfermé dans l'utérus peut dépérir, sans qu'on s'en aperçoive, par la soustraction que les mamelles lui font des matériaux que son accroissement réclame. Je doute que cette supposition ait été vérifiée, et l'observation de nos villageoises qui donnent le jour à un enfant tous les ans , et nourrissent pendant neuf mois , prouve que l'objection n'est que spécieuse, puisque les enfants les plus jeunes ne sont pas moins robustes que les aînés. Quand la femme et l'enfant se portent bien, il n'existe donc nulle raison pour discontinuer l'allaitement pendant la grossesse. Cet état, pourtant, étant déjà une présomption qu'il existe trop peu de lait, sera, comme la présence des règles, un motif pour ne pas admettre une nourrice.
La mauvaise conformation du mamelon est-elle un obstacle à l'allaitement ? Sans doute que cela a souvent lieu ; mais il est beaucoup de cas dans lesquels on peut vaincre l'obstacle à l'aide de bouts de sein.
Est-il prudent de remédier à la mauvaise conformation des mamelons, en commençant, un mois avant l'accouchement, à faire opérer la succion par une personne adulte , ou par des chiens nouveau -nés"* C'est aux accoucheurs qui conseillent cette manœuvre à décider si ces titillations du sein ne peuvent point troubler la vie du fœtus- Toutefois, cette succion produit un allongement des mamelons, qu'on peut alors soustraire à la pression des vêtements, au moyen de bouts de sein, plus fermes que les précédents.
Quant à la succion exercée après l'accouchement, à l'aide de bouts de sein artificiels, il est clair qu'elle développe le mamelon, et qu'elle ne saurait plus avoir d'inconvénient. 11 est donc plus prudent de s'en tenir à cette dernière pratique. Si la nourrice se présente avec trop de développement du mamelon, il faut la rejeter.
Les gerçures du mamelon ne sont jamais un obstacle à l'allaitement. Cependant, dit-on, lorsque ces gerçures sont très-considerabics. l'in-
térèt de l'enfant et celui de la nourrice se trouvent en opposition ; car si, dans l'intérêt de celle-ci, le dégorgement des seins est nécessaire, la succion peut causer à l'enfant des aphthes ; on conseille donc d'employer, pour le dégorgement des seins, un autre moyen. A cela nous répondrons: d'abord, on peut presque toujours prévenir, comme nous l'avons vu , les gerçures du sein ; ensuite quand elles existent, si la mère peut souffrir la succion , il n'y a pas autant d'inconvénient qu'on le pense à la laisser opérer par l'enfant, pourvu qu'on recouvre le mamelon gercé, d'un bout de sein. Ce moyen arrête la douleur, et pendant ce temps la guéri son de la gerçure s'effectue.
Les maladies contagieuses que la mère contracterait après l'accouchement doivent, dans l'intérêt de l'enfant, faire suspendre l'allaitement; mais dans le cas où elles seraient contractées avant l'accouchement, la mère allaitera, et les moyens de traitement qui lui seront appliqués agiront sur son enfant. L'opinion de Rousseau, qui met en doute si l'enfant a quelque nouveau mal à craindre du sang dont il est formé, n'est pas aussi paradoxale , lorsqu'il s'agit de maladies vénériennes, qu'on se plaît à le répéter dans les livres de médecine : dans beaucoup d'hospices, en effet, les femmes atteintes de ces affections allaitent elles-mêmes leurs enfants, et ceux-ci sont guéris par les remèdes administrés à la mère ; à Paris, on envoie, delà Maternité, dans d'autres établissements , les nouvelles accouchées infectées de maladies vénériennes , afin quelles y nourrissent des enfants étrangers attaqués de la même maladie. On tire par là double profit du traitement qu'on administre à ces femmes.
La phthisie s'oppose à l'allaitement ; car, par l'épuisement qu'il détermine dans ce cas , il hâte la terminaison d'une maladie incurable, et ne fournit à l'enfant qu'un aliment imparfait.
Les maladies qui surviennent pendant l'allaitement et qui troublent la sécrétion- du lait exigent que l'enfant soit séparé de la mère. Cette séparation a lieu plus dans l'intérêt du premier que dans celui de la seconde ; car la succion agit comme une dérivation salutaire pour l'extinction des irritations siégeant dans différents organes. Dans ce cas, ce qu'il y a de plus convenable, est de faire opérer par une personne adulte une succion artificielle à l'aide d'uue espèce de tuyau dont on applique sur le sein la portion évasée. Cette pratique , combinée avec les antiphlogistiques, pourra encore être employée avec succès dans le cas d'inflammation du sein , cas dans lequel on devra encore séparer l'enfant de la mère.
La personne sujette à des accès de colère ou adonnéeà une passion violente quelconque ne doit pas nourrir; car son lait s'altère et cause à l'enfant de violentes irritations de canal intestinal et du cerveau. Voila donc encore des motifs pour rejeter une nourrice. Les affections ou pas-
sions de la personne qui allaite ne causent pas seulement à l'enfant des coliques ou des convulsions , elles peuvent agir encore sur son caractère. Les anciens disent que l'enfant tient de sa nourrice ; les poètes font allaiter leurs héros par des lionnes, etc. Ces faits, traités de préjugés dans les livres d'hygiène , ne sont pas absolument faux; la manière de les expliquer seule est fausse. Une nourrice craintive, courageuse, méchante, peut, jusqu'à certain point, rendre son nourrisson craintif, courageux, méchant. Si l'on attribue au lait celte influence exercée sur l'enfant par la nourrice, on avaucera une propo* sition absurde, j'en conviens ; mais si l'on ne reconnaît, pour expliquer le fait dont il estquestion, que l'influence de l'éducation, de l'exemple, c'est-à-dire, l'influence de causes morales agissant directement sur un tendre cerveau et modifiant l'organisation de cet appareil, alors le fait cesse d'être absurde, il devient un phénomène physiologique naturel, et facile à concevoir.
Souvent, sans qu'il y ait maladie déclarée, la femme éprouve, toutes les fois qu'elle donne le sein, une telle fatigue, des douleurs dorsales si vives et si profondes , que cet indice suffirait pour faire interdire l'allaitement, si, d'un autre côté, on n'y était déterminé par l'état de santé de l'enfant, qui, dans ce cas, est languissant, décoloré, et dans un état de dépérissement manifeste.
Il est encore d'autres circonstances qui doivent faire préférer l'allaitement étranger : telles seraient l'existence chez la mère de prédispositions évidentes à certaines maladies dont on pourrait craindre que l'enfant ne suçât le germe avec le lait.
À part les causes dont nous venons de parler et qui interdisent à la mère l'accomplissement d'un devoir aussi sacré, le médecin n'en peut reconnaître aucune autre. Dans les grandes villes telles que Paris , cependant , les femmes d'artisans ne sont point logées asseï à l'aise pour que l'enfant jouisse de toute la salubrité d'air qu'il trouvera au village. Les calculs de mortalité prouvent que , dans le cas même où elle pourrait nourrir , la femme de l'ouvrier pauvre , logée dans les rues étroites et humides du centre de Paris, n'en devrait pas moins encore confier son enfanta une nourrice de campagne. En agissant ainsi, c'est à la vie de son fils qu'elle sacrifie sa santé, puisque dan» la classe dont il s'agit, les trois quarts des individus élevés dans les grandes villes meurent avanttrois ans, tandis que, dans les campagnes, la même proportion n'a payé le fatal tribut qu'après plus de trente ans.
Au contraire, la mère qui ne peut nourrir et qui jouit d'une fortune suffisante, doit faire allaiter son enfant sous ses yeux. L'inconvénient qui résulte pour celui-ci, de ne pas habiter la campagne, est racheté par mille avantages. Est-ce d'ailleurs dans les premiers mois que le nourrisson jouira du bienfait des champs, lui qui est, la plupart du
temps , abandonné dans son berceau , enseveli dans ses langes salis , en contact avec ses excréments , tandis que sa nourice se livre aux travaux de la campagne? cette même nourrice, au contraire, à la ville et sous les yeux de la mère , sera surveillée et attentive ; elle n'aura d'ailleurs autre chose à faire que de soigner sa santé et celle de son nourrisson; celui-ci ne sera jamais seul. Je suppose que cette mère prenne la peine de placer la nourrice et l'enfant dans un local sain. L'exécution de ce soin est essentielle; elle n'est pas moins facile: de l'air et de la lumière solaire , voilà tout ce qu'il faut. Quant à l'exercice dont elle doit user, la nourrice pourra trouver dans les promenades publiques toute l'activité de son genre de vie habituelle ; qu'elle y transporte, chaque jour, l'enfant, dans la belle saison, et l'on n'aura plus à regretter pour celui-ci , aucun des bienfaits de la campagne.
2° Moyens de suppléer à V allaitement maternel.
Si, dans l'allaitement étranger, l'on ne considérait que la nourriture, nul doute que celle qui est puisée par l'enfant dans le sein de sa nourrice, ne fût préférable à toute espèce d'alimentation artificielle; mais les soins que réclame l'enfant ne sont pas d'une moindre importance; aussi, dans un grand nombre de cas, les avantages qu'on retire de l'allaitement par nourrice sont-ils, et au delà, compensés par les inconvénients qui résultent de ce manque de soins.
Quoi qu'il en soit , comme ce n'est qu'après l'allaitement par la nourrice, que d'ordinaire on range l'allaitement à l'aide d'animaux , et à raison de la difficulté de ce procédé , les différents moyens propres à administrer leur lait, examinons en premier lieu l'allaitement par la nourrice.
4° Choix d'une nourrice ; — précautions qu'elle doit prendre en offrant le sein; causes qui le font refuser par l'enfant.
Après avoir précédemment indiqué les cas dans lesquels une mère doit ou ne doit pas allaiter , les circonstances où elle doit continuer l'allaitement ou bien y renoncer, il nous restera bien peu de choses à dire; car toutes ces règles relatives à la mère s'appliquent à la nourrice; c'est donc sur elles que sera basé le choix de celle-ci. Nous pouvons pourtant ajouter à ce qui a été dit, les propositions suivantes: la nourrice devra être âgée de vingt à trente ans ; elle devra être accouchée depuis le moins de temps possible : nous en avons donné la raison en parlant des avantages de l'allaitement maternel. Le lait d'une femme accouchée depuis plus de six mois est généralement hors de proportion avec les forces digestives du nouveau-né. La glande mammaire de la nourrice doit être développée , le mamelon, assez saillant pour être facilement pris ou retenu par la bouche de l'enfant ; le lait doit être sans odeur, d'une saveur très-douce, légèrement sucré,
assez consistant pour se maintenir en gouttelettes sur une surface unie inclinée. Ce dernier caractère varie , au reste, suivant l'époque plus ou moins éloignée de l'accouchement, et la composition du lait pourra être modifiée parles aliments dont on fera faire usage aux nourrices.
L'examen du sein ne doit pas dispenser la personne qui choisit la nourrice, de s'assurer de la quantité du lait qu'elle peut fournir ; car le yolume du sein n'annonce pas toujours que la sécrétion du lait soit abondante.
Quelquefois l'enfant refuse de prendre le sein de sa nourrice, bien que celle-ci semble présenter toutes les conditions désirables et que lui-même ne soit affecté d'aucun vice de conformation. Cette répugnance instinctive, dont la cause échappe souvent, mais qui peut être due à une saveur désagréable du lait ou du mamelon , impose l'obligation de changer la nourrice. II ne faut pourtant pas regarder comme refusant le sein, un enfant qui s'en retire pour reprendre haleine, à raison de l'écoulement trop abondant du lait : il ne tarde pas à le saisir de nouveau pour l'abandonner, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait satisfait sa faim. 11 ne faut pas non plus confondre avec la répugnance pour le sein , l'impossibilité congéniale de succion , dont sont atteints les enfants affectés de quelque vice de conformation de la bouche, de la langue et de son frein, ou dont les fosses nasales sont bouchées par quelque tumeur, ou déformées ; ni encore l'impossibilité passagère de succion chez ceux auxquels surviennent des in- • flammations de la pituitaire , de la gorge , des amygdales , etc. Sous le titre modeste de Note sur le Coryza des enfants à la mamelle, M. Rayer a publié une brochure dans laquelle il a parfaitement saisi les vrais caractères qui distinguent cette maladie chez le nouveau-né : la gène qu'apportent à la succion les vices de conformation , date du moment de la naissance, tandis que les enfants atteints du coryza refusent de teter après l'avoir fait pendant plusieurs jours , ou au moins plusieurs heures; il est facile de distinguer le défaut de succion provenant de l'anorexie, symptôme commun dans les maladies graves, de l'impossibilité physique d'exercer la succion, accompagnée du désir manifeste de prendre des aliments , qu'atteste l'avidité avec laquelle les enfants avalent les liquides donnés par cuillerées ; la toux fréquente des inflammations de poitrine peut être confondue avec les quintes de toux que les enfants atteints du coryza éprouvent seulement toutes les fois qu'on veut les faire teter; dans l'angine, enfin, la déglutition des liquides donnés par cuillerées est aussi pénible que la succion ; le coryza, au contraire, n'apporte obstacle qu'à celle-ci ; alors on fait avaler à l'enfant, avec une petite cuiller, un peu de lait coupé, un peu d'eau sucrée, on le tient chaudement, et, bientôt guéri , il reprend de nouveau le sein.
Ajoutons, maintenant, pour revenir à la nourrice, que, dansée qui la regarde, nous avons supposé quelle est exempte de tout mal transmissible par contagion, qu'elle est bien constituée , d'une santé parfaite, dune humeur douce et égale, qu'elle jouit, dans son intérieur, d'une aisance suffisante , et que l'on n'a point à redouter pour elle, dans la conduite de ceux qui l'entourent, des causes d'altération de sa santé : émotions, mauvais traitements, etc. ; nous supposons enfiu que le lieu qu'elle habite est parfaitement salubre.
Les précautions qu'elle doit prendre lorsqu'elle donne le sein à l'enfant, sont de conserver à celui-ci une position telle qu'il puisse avaler; cette position sera, par conséquent, plus verticale qu'horizontale. Il faut prendre garde de boucher ses narines avec le sein ; ne pas donner à teter deux fois de suite du même côté, afin que les canaux lactifères des deux seins puissent être également désemplis ; ne jamais attendre, pour faire teter, que les seins soient douloureux à force d'être distendus: nous avons vu précédemment que la succion elle-même pourrait alors augmenter la douleur et causer des accidents inflammatoires.
5° A quelle époque faut-il ajouter quelque aliment au lait ?
L'époque à laquelle on peut ajouter quelque aliment au lait qu'on donne à l'enfant ne peut être fixée; ou ne changera le régime que quand le lait ne sera plus suffisant, que quand l'estomac pourra digérer un autre aliment. Du reste, il n'y a pas d'avantage à donner prématurément un nouveau genre d'alimentation. Si la nutrition souffre par l'insuffisance du lait, ce cas sort de la question ; et cet inconvénient survînt-il dès les premier jours de la naissance, on y doit remédier, soit en changeant la nourrice , soit en ajoutant au lait de la mère le lait d'un animal. La distribution des repas, les signes qui annoncent le besoin d'aliments , ont été indiqués (p. 416) à l'article où se trouvent les règles du régime qui concernent Yappareil digestif.
6° Régime de la personne qui nourrit.
La personne qui nourrit n'a pas à suivre de règles particulières de régime ; seulement elle doit être plus attentive que toute autre, à l'observation des règles générales de l'hygiène, parce que son état demande un peu plus de ménagement que dans les circonstances ordinaires, et, qu'en outre, c'est en grande partie de sa santé que dépend celle de son nourrisson.
La composition du lait variant suivant le régime alimentaire, certains principes médicamenteux se conservant même jusque dans le lait, il n'est pas indifférent de porter son attention sur les aliments dont la femme doit faire usage, et sur ceux auxquels elle doit renoncer. Certains auteurs ont prétendu que la personne qui allaite ne doit user que de substances végétales; d'autres, se fondant sur ce
m HYGIÈNE DES ORGANES SÉCRÉTEURS.
fait quelle dépense beaucoup, et doit, pour ne pas dépérir, beaucoup réparer, conseillentl'usage des substances animales réparatrices. On ne saurait avancer de préceptes absolus à cet égard ; ceux qui doivent guider l'alimentation de la personne qui nourrit , seront déduits de l'examen de son tempérament, de sa constitution, de son irritabilité, etc. Cet objet rentre, comme on le voit, dans les règles générales d'hygiène, indiquées dans la section première (voyez Appareil digestif).
Quelques précautions de régime alimentaire doivent néanmoins être prises ou recommandées dune manière absolue, à cause de l'enfant. Ainsi, quelle que soit la constitution de la mère, les alcooliques, passant dans le lait et étant transmis avec ce liquide aux organes sensibles du nourrisson, agiront sur eux comme de véritables poisons, et lui causeront des coliques, des convulsions, l'ivresse, peut-être même la mort (voy. l'article Lait, p. 285). Quelques autres substances, bien qu'ayant un effetmoins dangereux que les alcooliques, seront cependant encore trèsdéfavorables au nouveau-né ; telles sont : les épices, le café, le thé, etc.
La nourrice devra faire assez d'exercice pour entretenir sa santé , et ne pas le pousser jusqu'à détourner sur les muscles les matériaux destinés à la confection du lait.
Ce n'est pas seulement des aliments excitants que doit s'abstenir la personne qui nourrit; elle doit encore éviter tout ce qui peut exciter violemment tout organe de l'économie : car toute excitation trouble la sécrétion du lait, et même la fait cesser entièrement. Ainsi, point de spectacles tragiques, point de jeux de hasard, point de lectures tristes ; qu'elle fuie tout ce qui peut amener des passions violentes ou des affections trop vives; qu'elle se garde de tenir les sens et le système nerveux dans un état d'excitation, et qu'elle goûte pendant la nuit un repos parfait. Si elle se livre aux plaisirs conjugaux , et nous avons indiqué (pages 102 et suiv. ) la conduite qu'elle doit tenir à cet égard, qu'elle ne présente pas le sein à son enfant immédiatement après le trouble occasionné par le plaisir.
Relativement à ses vêtements , que la nourrice évite, avec grand soin, de comprimer le sein ; qu'elle prenne garde de l'exposer au froid: la soustraction du calorique agit comme répercussif de toutes les actions vitales.
7° Du sevrage» A quelle époque il doit avoir lieu ; quelles précautions il
réclame pour V enfant et pour la mère.
L'époque du sevrage est indiquée par l'apparition des dents, au moins généralement parlant. C'est ordinairement à la fin de la première année qu'on cesse l'allaitement : cette époque est trop rapprochée ; le terme moyen de la durée de l'allaitement devrait être de quinze mois au moins. Cependant il ne peut y avoir de règles fixes à
cet égard; car si l'état de la mère fait prévoir qu'il sera impossible de prolonger l'allaitement jusqu'au terme prescrit, on devra préparer l'enfant au sevrage avant que les douleurs de la dentition ne viennent se joindre au chagrin que lui fait éprouver la privation du sein.
L'influence sur la constitution des enfants, d'un allaitement de trop peu de durée, est facile à apprécier: il suffit , pour cela , de se rappeler quelle mortalité règne sur ceux qu'on élève par l'allaitement artificiel. On doit donc continuer d'autant plus longtemps l'allaitement, que l'enfant est né avec une constitution plus faible.
L'allaitement trop prolongé a aussi son inconvénient , soit parce qu'il fatigue la mère , soit parce que ce mode d'alimentation n'est bientôt plus en rapport, chez l'enfant, avec les besoins d'un accroissement rapide : aussi voit-on des enfants qui , dans les premiers mois de la naissance, jouissaient d'une santé robuste , tomber dans le dépérissement , qui periste jusqu'à ce que le sevrage les ait fait soumettre à un régime mieux approprié à leurs besoins.
Quelles sont les précautions à prendre lorsqu'on doit sevrer? L'allaitement ne doit pas être brusquemenHnterrompu; on doit préparer les organes de l'enfant, en ajoutant, chaque jour, au lait quelque aliment, dont on augmente graduellement la quantité, tandis qu'on diminue celle du lait. Cette gradation apportée dans le sevrage est avantageuse à l'enfant et a la mère : les organes digestifs du premier s'accoutument sans inconvénient à une nourriture nouvelle, et la mère chez laquelle la sécrétion laiteuse, moins sollicitée, diminue par degrés , n'a point à redouter les résultats qu'entraîne toujours ou la brusque suppression d'un travail organique quelconque, ou la rétention du produit de ce travail. C'est la mauvaise habitude de sevrer brusquement l'enfant, qui lui occasionne des indigestions, du dévotement, des vomissemeuts, accidents qui sont dus à l'impression subite d'un genre d'aliment tout à fait nouveau pour lui. Cette mauvaise habitude peut n'être pas inoins pernicieuse à la mère , puisque , outre les affections auxquelles elle donne journellement lieu , et que les gens étrangers à la médecine appellent lait répandu, elle peut encore causer tous les accidents dus à la pléthore.
Avec l'addition de nouveaux aliments se manifestent chez l'enfant le désir et le besoin de l'exercice. Que ce vœu de l'organisme soit écouté ; car si l'enfant a besoin d'exercice pour assimiler les nouveaux matériaux qui pénètrent l'économie, il en a encore souvent besoin pour être distrait de la privation qu'on lui impose en lui supprimant le sein. La mère a aussi besoin d'exercer ses muscles pour attirer ou pour dissiper, par la respiration cutanée, ce superflu de sucs vitaux qui se diri. geaient vers les glandes mammaires. Souvent elle a moins d'appétit ; ce qui vient de ce qu'elle ne fournit plus à la dépense occasionnée
par une grande sécrétion , ou ce qui dépend de ce que l'excitation supprimée des seins se reporte sur la muqueuse digestive. Dans ces cas, il ne faut pas chercher à provoquer l'appétit par des amers ou des purgatifs; il faut tout simplement diminuer la quantité des aliments , car les besoins de l'économie étant moins considérables que pendant l'allaitement, il serait dangereux que Ton mangeât davantage; il faut donc se guider sur la sensation qu'on éprouve.
Une précaution qu'on ne doit pas manquer de prendre quand on sèvre un enfant, c'est d'éviter d'offrir en sa présence le sein à d'âutres enfants.
Les aliments qui conviennent à l'enfant qui vient d'être sevré ont été indiqués dans les applications faites du régime alimentaire aux divers âges (voyez page 421 ).
8° De V Allaitement artificiel.
Quoiqu'il puisse se présenter quelques cas dans lesquels on soit forcé de nourrir l'enfant sans lait , comme ces cas sont rares , on a donné le nom d'allaitement artificiel à tous les moyens qui peuvent suppléer le sein de la femme.
On est forcé d'employer l'allaitement artificiel :
1° Lorsque les causes qui gênent ou qui rendent impossible la succion ne peuvent être détruites ;
2° Lorsque l'enfant naît affecté de maladie contagieuse ou, privé de sa mère, et qu'on n'a â sa disposition que des nourrices saines , à moins, toutefois, qu'elles ne consentent à donner le sein à l'enfant , en se garantissant d'un contact immédiat, au moyen d'un bout de sein; 3° Enfin , dans tous les cas qui s'opposent à l'allaitement maternel , si l'on ne peut trouver de nourrices.
Dans ces diverses circonstances on administre le lait avec le biberon ou la eu i lier , suivant que l'enfant peut ou ne peut pas exercer la succion .
Il conviendra sans doute de faire usage dans les premiers mois , des espèces de lait qui, par leurs propriétés, se rapprochent le plus de celui de la femme ; on leur préfère néanmoins celui de chèvre ou de vache, qu'on se procure plus facilement ; seulement on prend la précaution de le couper. Dans les derniers mois on le donne pur, et quelquefois alors, pour lui conserver ses propriétés, on fait teter l'animal par l'enfant. Dans ce cas , et malgré la différence reconnue dans le lait de ces animaux , on a l'habitude de choisir la chèvre , à cause du peu de grosseur de ces trayons et de la facilité avec laquelle on la dresse. On la prend blanche quand on le peut : son lait a , diton, moins d'odeur que celui des chèvres de couleur ; il est essentiel encore qu'elle soit jeune, et même, après avoir rempli ces conditions, on doit goûter le lait de l'animal et étudier son influence sur l'enfant.
Lorsqu'on coupe le lait c'est ordinairement avec la décoction d'orge
de riz, do gruau, etc., avec l'infusion de capillaires, avec l'eau sucrée. On a encore conseillé, et pour couper le lait et pour le rendre enracine temps plus semblable à celui de la femme, d'ajouter au lait de Tache, du petit- lait préparé sans acides. L'âge de l'enfant et la force de ses organes digestifs décideront des proportions dans lesquelles doivent être employés les liquides mêlés au lait. Leur dose est d'abord de deux tiers ; on la diminue ensuite graduellement jusqu'à ce que l'enfant ait atteint l'âge de six mois, époque à laquelle on donne le lait pur.
Vauquelin ayant reconnu dans le lait de femme la présence de principes étrangers au lait des herbivores, recommande, pour imiter celui de la femme, un mélange de trois parties de lait de vache, et de deux parties de bouillon faible.
Quant à ce qui est du mode d'administration, l'usage de la cuiller est fort incommode, Raulin a imputé à celui du biberon les coliques, flatuosités et diarrhée survenues à deux de ses propres filles. Ces accidents cessèrent lorsqu'on discontinua l'usage de cet instrument, et qu'on se servit d'une cuiller. Une troisième fille de ce médecin fut nourrie a la cuiller, et fut exempte des accidents qu'avaient éprouvés ses sœurs aînées. On attribua ceux-ci à l'air avalé par la succion, et des commissaires de la Faculté condamnèrent l'usage du biberon. On y est aujourd'hui revenu parce qu'il est plus commode que la cuiller, et plus propre que celle-ci à imiter ce qui se passe dans l'action de teter ; c'est-à-dire à faire arriver dans l'estomac, en détail et mélangé à la salive, le lait que la cuiller y précipitait en masse et sans l'imprégnation d'un fluide si nécessaire à la digestion. Les biberons ordinaires consistent tout simplement en une bouteille d'une forme quelconque , dont on garnit le goulot avec une éponge fine , taillée en forme de mamelon. On doit avoir soin de nettoyer chaque jour cette éponge, ainsi que le vase, avec de l'eau tiède. Il faut aussi, avant de commencer à se servir de l'éponge , la débarrasser exactement des petits graviers qu'elle contient quelquefois. Le biberon de madame Lebreton diffère des précédents, en ce qu'au lieu de l'éponge placée au goulot du flacon , on y a adapté un bouchon percé d'un étroit perluis et recouvert d'un mamelon artificiel, et en ce que, vers les trois quarts de sa hauteur, le flacon est percé d'un trou, par lequel la colonne d'air extérieur presse et fait monter jusque dans l'espèce de bout de sein le liquide contenu dans le flacon.
Le lait que contiennent les biberons doit être souvent renouvelé ; il ne doit être préparé qu'à mesure que l'on en a besoin ; sans cette précaution il perd sa qualité. Il convient de l'administrer à la température de celui qui sort des couloirs naturels ; c'està-dire tiède. Pour cela on fait chauffer un peu le liquide avec lequel on coupe le lait le plus récemment trait qu'il est possible , et
Ton verse le tout dans le biberon , que Ton présente à l'enfant.
Si le régime influe sur la composition du lait de la femme, il n'influe pas moins sur la composition de celui des animaux. Ceux-ci seront de préférence alimentés avec des végétaux verts , quand leur lait est destiné à l'enfant qui vient de naître; c'est le moyen de rendre ce lait plus séreux et plus approprié aux organes du nouveau-né (voyez page 341). Ils devront prendre leur nourriture en plein air et en liberté , coucher sur de la paille renouvelée chaque jour. Si , à défaut de pâturages, l'on était forcé de les nourrir renfermés comme on le fait dans les villes , on aurait soin de les étriller exactement , afin de rendre plus facile l'action perspiratoire de la peau ; il serait même utile de les promener un peu. On ne doit plus changer l'animal que Ton a une fois reconnu propre à fournir le lait convenable. Il sera urgent de le débarrasser du superflu de son lait, s'il n'a à nourrir qu'un enfant à la fois. Nous avons vu quelle est l'influence des affections morales de la femme sur la sécrétion du lait,et quel pernicieux effet produit sur les organes de l'enfant cette sécrétion mal élaborée : tout ce que nous avons dit, dans ce cas , de la femme , doit être appliqué à l'animal qui nourrit ; ainsi, qu'on se garde bien de lai faire subir de mauvais traitements, de lui inspirer de la crainte; qu'on sache qu'il suffit même de maltraiter le nourrisson d'un animal de* vant lui, pour qu'il donne de mauvais lait, pour que l'excrétion de ce fluide ne puisse avoir lieu. Tout ce qui a rapport aux travaux, aux fatigues de l'animal, etc., peut être déduit de ce que nous avons dit en parlant du régime de la femme qui nourrit.
A défaut de lait, la nourriture artificielle de l'enfant sera composée des aliments indiqués précédemment (voyez page 422).
9° Quels sont les moyens d'arrêter la sécrétion du lait chez la femme qui
ne nourrit pas?
Nous avons vu plus haut à quels inconvénients s'expose la femme qui se soustrait à l'accomplissement du devoir que lui impose la nature, d'allaiter son enfant : nous ne reviendrons pas sur cet objet ; nous nous bornerons à indiquer ici, que , pour elle , la diète devra être absolue et plus prolongée que si elle eût nourri ; les précautions les plus sévères devront également être prises sous le rapport de la température ambiante, du repas, des émotions morales, etc., et lorsque l'engorgement des seins se sera dissipé , on devra recourir à l'usage de quelques purgatifs, tels que les sels neutres, qui pourront même être répétés plusieurs fois avant que Ton permette à la femme de reprendre peu à peu ses habitudes premières.