DES PERSONNES LIVRÉES AUX TRAVAUX DE L'ESPRIT
DK l'action des principaux agents modificateurs de l'économie ,
CONSIDÉRÉS DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA CONSTITUTION DES PERSONNES QUI SE LIVRENT AUX TRAVAUX DE ï/ ESPRIT.
ARTICLE I"
Atmosphère, climat, électricité.
— Omitte mirari beat et Fumum et opes, strepitumque Homce.
— Hobat., lib. 3, od. ag. —
II était généralement admis en Grèce, que Pair de l'Attique rendait philosophe. La prodigieuse influence de l'atmosphère sur nos corps n'avait point échappé aux anciens , et le Traité d'Hippocrale , des eaux, des airs et des lieux , rend témoignage de cette vérité. En effet, ce Suide qui nous enveloppe de toutes paris, qui agit sur nous mécaniquement par la pression , physiquement par sa température, chimiquement par les gaz qui le constituent, fait partie de notre substance par la revivification du sang, but de la respiration. Dès lors il est évident que plus il sera pur, plus il influera sur l'économie, et même sur l'intelligence. Aussi ce même Hippocrate a-l-il dit : Aer sapientiam cerebro et motum me m bris exhibet (De Morb. sacro, cap. iv.). Il ne faut donc pas s'étonner, si les facultés de l'esprit ont été poussées à leur plus haut degré de supériorité dans certains climats , et si après trente siècles , malgré l'étendue de nos connaissances , nous ne sommes encore que les disciples de Platon , d'Arislote, des poètes et des artistes grecs. La forme des gouvernements, les mœurs, la civilisation de l'heureux pays qu'ils habitaient, dépendaient elles-mêmes du climat. Si les hommes do Nord ont conquis le Midi, les opinions du Midi ont toujours conquis le Nord. Soyez convaincu que le génie, celle plante céleste, ne porte ses plus beaux fruits que sous l'influence d'un soleil ardent, d'une atmosphère pure et brillante. C'est dans les climats chauds et tempérés que la nature et la vie sont prodigues de leurs trésors: c'est là qu'on crée, partout ailleurs on ne fait qu'imiter, à l'exception des sciences physiques, résultat d'une suite d'observations.
D'ailleurs une terre fertile, un ciel doux, délivrent l'homme, dans les contrées méridionales, des soucis du présent, des inquiétudes sur l'avenir , et lui procurent cet heureux calme de l'âme si favorable à l'essor de l'imagination. Mais dans nos climats brumeux, cœ/t*m nebulis fœdum, selon l'expression de Tacite, il faut lutter sans cesse contre les intempéries de l'atmosphère ; dès lors l'intelligence perd la moitié de sa force. Cette lutte est presque toujours au désavantage de*
HYGIÈNE. - SUPPLÉMENT
hommes éminemment impressionnable! , souvent réduits à un état d'énervatiou musculaire. L'observation médicale en fournit des preuves chaque année dans nos grandes villes. Le froid, l'humidité, les brouillards, les vents impétueux, les rapides changements de température, les pluies abondantes, des hivers sans tin i des étés incertains, orageux , des exhalaisons malsaines, quels ennemis pour un organisme délicat, nerveux, irritable, souffrant, épuisé ! Aussi, voit-on la plupart de ces êtres débiles, éprouver à chaque instant, de violentes secousses , des mafadies plus ou moins graves, dont la cause remonte presque toujours à l'état de l'atmosphère. Dans les grandes chaleurs de Télé, la sensibilité s'exalte, mais la contractilité diminue; voilà pourquoi , dans celte saison , les organes digestifs manquant d'énergie et de vigueur, on est prédisposé aux flux de ventre, aux dyssenteries, aux cholérines, etc. L'état atmosphérique agit également sur l'intelligence; il y a vraiment des jours où l'esprit ne sent pas juste : sapiens dominabitur as tris. Les pensées quelquefois faciles , abondantes , s'arrêtent tout à coup , les sources de l'imagination s'ouvrent et se tarissent d'après tes degrés du baromètre ou du thermomètre. L'arrivée des équinoxes ou des solstices influe plus qu'on ne croit sur les chefs-d'œuvre des arts, sur les affections, les événements de la vie, les catastrophes politiques (i). Demandez aux poètes, aux artistes, à tous les penseurs, si chez eux, un vif sentiment d'énergie , d'alacrité qui fait désirer le mouvement, l'action, le travail, ou bien un certain état de langueur, de malaise inconnu, indéfinissable, ne se lient pas à l'état atmosphérique. 11 est probable que l'électricité , ce puissant agent de la nature , joue ici un rôle important. La polarité électrique de l'atmosphère, correspond sans doute à la polarité électrovitale de chaque organe, et dans certaines circonstances; mais la science ne peut en établir les rapports , car l'armature de la fibre vivante nous est inconnue ; nous ignorons quels sont les organes idioèlectriqnes et ceux qui sont analectriques , puis les maximael les minimadts degrés d'électrisation de chaque organe.
Posons donc en principe qu'un climat tempéré , une saison douce où règne le stbilus aurœ tenuis de l'Écriture, un air pur toujours renouvelé, constituent non- seulement la première des jouissances physiques, mais une des conditions indispensables de la santé. Si les circonstances le permettent, que le médecin se hâte de conseiller le séjour à la campagne aux personnes faibles et d'une vive sensibilité , dont l'exaltation immodérée, les jouissances, les travaux, les passions, les maladies ont usé, dévoré la vie. Elles y trouveront deux biens inappréciables, la paix et la santé. Car , retremper le corps et rasséréner l'âme, voilà le double but qu'on y obtient presque toujours. La pureté de l'air , l'aspect de la verdure, et aussi ce charme mystérieux de la campagne, auquel nul homme, quelque besoin qu'il se soit fait de la vie active des cités, ne se soustrait jamais entièrement , prédisposent déjà au bien-être. Le repos de la nature a je ne sais
(t) L'histoire rapporte que le cbtocelier de Chiverny avertit le président «le Tliou «pie si le duc de Guise irritait l'esprit d'Henri III, pendant la gelée , qui le rendait furieux , il le ferait assassiner, ce qui arriva en effet le j3 décembre l588.
On sait toute la part qu'avaient les saisons sur le génie de Miltoo et sur ses travaux.
« Il me semble que j'ai l'esprit fou dans les grands vents. » ( Diderot* )
« Je suis toujours plus religieux un jour de soleil. » ( Byron. )
L'influence de la lumière et de la chaleur solaire était surtout très-remarquable sur l'auteur de Gil Blas, a une époque avancée de sa vie. Il s'animait par degrés, à mesure que le soleil approchait du méridien ; il semblait avoir conservé la gaité , l'urbanité de ses beaux, ans, la vivacité de son imagination ; mais au déclin du jour, l'activité de son esprit et de ses sens diminuait graduellement, et il tombait bientôt dans une sorte de léthargie qui durait jusqu'au lendemain. ( Biographie itniversel/e, article Lesaoe.)