ATMOSPHÈRE, CLIMAT, ÉLECTRICITÉ
quoi qui se communique à l'esprit ; dès lors se calme celte irritation habituelle, celte impatience maladive, propres à ceux qui exercent fortement l'intelligence. Un certain apaisement des troubles du cœur se manifeste; la sensibilité y est » moins excitée, moins provoquée ; si les passions grondent encore, elles y perdent . certaienment de leur âpreté; il semble qu'on y parle de ses ennemis avec moins de ressentiment , de la chose publique avec plus de sang-froid , de la fortune avec plus d'indifférence. On ne voit plus que dans le lointain, ces formes menteuses, ces anomalies sociales , véritable tourment journalier pour certains esprits. L'économie participe bientôt à cet état de bien-être , ou plutôt la santé «'améliorant, il y a plus de satisfaction morale. Les organes gagnent de la force, du mouvement, de la plénitude d'action ; les nerfs se détendent , pour ainsi dire, le cerveau s'épanouit, le sang se rafraîchit, la transpiration est plus égale et plus active; le corps devient agile, vigoureux ; on le sent imprégné de chaleur et de lumière, pénétré de cette puissance électrique dont les irradiations actives entraînent, assemblent et divisent les éléments. La santé a passé dans le sang avec l'atmosphère où Ton est plongé et dont on se sature. Enfin} le temps semble moins rapide, la vie plus permanente; on vit plus, on vit mieux, on vit, pour ainsi dire, de sa propre vie, car le principe en est rallumé et doucement activé. Quant à moi, j'en ai vu détonnants effets ; et je ne balance pas à dire de la campagne, ce que Sydenham pensait de réquilation, que si un médecin pouvait faire un secret de ce moyen de guérison, sa fortune et sa célébrité seraient bientôt immenses. Aussi un habile docteur à qui l'on demandait le meilleur moyen de se bien porter , répondit C'est de se tenir en plein air aussi longtemps qu'on le peut sans fatigue. '
Cependant, pour retirer du séjour à la campagne tout le bien qu'on en attend, plusieurs précautions sont indispensables. La première est de bien choisir le lieu d'habitation, c'est-à-dire, que l'air y soit pur, car son altératiou le rend de moins en moins propre à la sanguification.et ce pabulum vitœy comme dit Hippocrate, devient alors un aliment de mauvaise qualité , aliment dont on se nourrit cependant à chaque instant, à chaque seconde. Il faut encore que l'habitation soit exposée à l'influence solaire; rien de mieux pour la santé que cette influence, car, selon le proverbe italien, « où le soleil n'entre pas, le médecin entre. » Fautil admettre que les rayons solaires modifient les qualités de l'air, en rendant l'oxygène plus assimilable à notre organisme, ou bien encore que la lumière agit alors fortement et imprègne l'économie de principes vivifiants ? Peu importe; l'essentiel est que l'air soit pur -, le reste donné au luxe est indifférent. Petit jardin, simple chaumière, selon le vœu d'Horace , sont infiniment préférables à un château dans un pays humide et insalubre. L'humidité surtout, soit chaude, soit froide, selon le climat, est la pire chose qu'il y ail, la plus incompatible avec la santé, surtout quand la constitution est délicate. Le malheur est qu'on ne voit plus ces appartements élevés dans lesquels nos pères respiraient à pleins poumons. L'air et la lumière ne se distribuent plus qu'au mètre et au centimètre. Dans ces nouvelles maisons tout est sacrifié à la spéculation , à un confort intérieur, mesquin et petit, qui arrange et divise la vie par compartiments, comme si on habitait un nécessaire de voyage.
La seconde précaution est d'exercer modérément le corps et d'abandonner tout travail de léle. A quoi bon d'aller aux champs, si l'on emporte avec soi les livres et les soucis , si l'ambition, si les tracas de la vie sociale, vous poursuivent sans cesse, si l'on ne veut pas vivre pour vivre, pour savourer la volupté du repos.
La troisième enfin est de prolonger son séjour à la campagne le plus possible. La complète aération du sang, le besoin de mettre en rapport la température
HYGIÈNE. — SUPPLÉMENT
organique, n'ont de résultat salutaire qu'à la longue. Selon Thompson , il faut chaque jour à chaque individu 18,864 décimètres d'air atmosphérique, et celte dose doit être respirée assez longtemps pour influer sur l'économie. La nécessité l'exige-l-e)le ? eh bien , revenez aux travaux de l'esprit , mais modérément, en les interrompant par ceux de la campagne. La vie rurale littéraire tout à la fois est peut-être ce qu'il y a de mieux pour l'homme. Voilà le seul moyen d'être raisonnablement heureux, puisque c'est là tout ce que la sagesse nous permet d'atteindre ici-bas.
Toutefois, lorsque l'hiver se fait sentir, il faut regagner la ville, à moins qu'on ne soit déterminé à habiter les champs, pans ce dernier cas , on doit éviter le froid avec beaucoup de soin. Toutes les qualités extrêmes sont nuisibles aux personnes délicates et nerveuses, mais le froid par-dessus tout. Ce fut à la suite d'un froid rigoureux que Beethoven perdit l'ouïe. Le froid est l'ennemi des nerfs, vérité presque aussi ancienne que la médecine. Une température basse, fait non-seulement une impression douloureuse sur la peau, mais elle engourdit et paralyse les extrémités nerveuses ; elle arrête le mouvement excentrique cutané, delà des stases sanguines, des maux de tête, des oppressions, des crachements de sang, des inflammations plus ou moins intenses, etc.
Le monde ambiant et l'intervention de ces modifications , comprend aussi les mouvements de l'atmosphère. Les vents , leur direction , leur violence, les corpuscules qu'ils transportent , leur température , doivent être pris en considération. On sait tous les effets du plumbeus auster sur l'économie. Il n'est pas jusqu'aux simples courants d'air, aux vents coulis si dangereux et si perfides dans certaines occasions , qui ne méritent également une exacte surveillance. Mats , dira-t-on , faut-il vivre dans d'éternelles précautions? Lebegue de Presle, ce médecin ami de Rousseau, compte jusqu'à 327 accidents qui peuvent arriver dans un seul jour; comment les éviter? Mieux vaut cent fois ne pas s'en occuper, et se laisser aller au gré du destin. Sans doute, si votre constitution est robuste, inattaquable : encore ne sais-je; mais si elle est faible , vous souffrirez, vous languirez, vous succomberez. Or, c'est aux faibles principalement que cet ouvrage est consacré. Leur but doit être non-seulement d'éviter les maux, mais encore de fortifier leur constitution. Je le répète, un des meilleurs moyens pour y parvenir , est le séjour et le travail à la campagne. Ce goût se répand aujourd'hui de plus en plus, elles médecins y applaudissent ; grand nombre de personnes fuient les villes , où on est si avare d'air , d'espace , de lumière et de liberté. Cependant il reste encore beaucoup à désirer. On fait mille objections plus ou moins fondées pour éviter l'emploi de ce puissant moyen hygiénique. Une des principales est le défaut de fortune; cet obstacle n'est souvent que trop réel, mais avec des goûts simples , des désirs modérés, onTécarte avec facilité. 11 est plus certain que de malheureux gens de lettres attachés à la glèbe administrative, à l'enseignement, à des emplois, à des travaux indispensables , sont condamnés à respirer la méphitique atmosphère des villes. Qu'ils s'échappent donc le plus possible, qu'ils rompent leurs liens, qu'ils aillent aux champs secouer la poudre des bureaux, ou déposer le joug académique ; ils y trouveront une inexprimable douceur à respirer sans contrainte. Printemps et liberté! s'écriait Yolney, aussitôt que les premiers beaux jours se faisaient sentir. « Il ra'arriva, une fois, à Compiègne, dit Marmontel {Mémoiree), d'être six semaines au lait pour mon plaisir et en pleine santé. Jamais mon âme n'a été plus calme, plus paisible, que durant ce régime. Les jours s'écoulaient avec une égalité inaltérable ; mes nuits n'étaient qu'un doux sommeil ; et après m'êlre éveillé le malin pour avaler une ample jatte de lait écumeux de ma vache noire, je refermais les