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ATMOSPHÈRE, CLIMAT, ÉLECTRICITÉ

yeux pour sommeiller encore une heure. La discorde aurait bouleversé le monde, je ne m'en serais point ému. » Eh bien 1 il est des hommes que ce bonheur ne séduit nullement ; ils préfèrent le réduit enfumé , la rue bourbeuse qu'ils habitent , aux grandes scènes de la nature, aux jouissances un peu paresseuses de la contemplation. Vivre dans une atmosphère attiédie, tempérée, respirer le parfum des fleurs , humer la fraîche rosée , l'air pur et vif du malin , se laisser doucement aller au courant de ses pensées, rêver au bruit des eaux, de la lyre et des vers, éprouver, en un mot , ce je ne sais quoi qui fait le charme de la vie champêtre , est pour eux le premier des plaisirs insipides. Ils aiment mieux le tracas de la ville , le bruil et le mouvement , les agitations , les intrigues de coteries, en un mot, ils ont besoin de la foule. Ils ne s'aperçoivent point si la nature est riche et féconde, si le ciel est pur , si les fleurs répandent leur parfum ; le théâtre de la vie humaine, vu de près, dans sa réalité, où quelquefois ils prennent un rôle dans la pièce, est le seul moyen d'embellir leur existence. Racine aimait peu la campagne ; il a vécu de longues années, rue des Maçons, et dans la triste rue des Marais, au faubourg St. -Germain. On sait que Mme de Staël avait aussi le mal de la capitale; en exil sur les bords de la Loire , que de fois n'a-telle pas regretté le ruisseau de la rue du Bac; elle aurait préféré , disait-elle, cent louis de rente, rue Jean-Pain-Mollet, à Paris , à cent mille livres à Copet. Mais que dire de ceux que la chaîne de l'ambition enlace de toutes parts ? Jamais ils ne comprennent ce bonheur paisible de la campagne, cette quiétude de situation qui se communique à la pensée, aux sentiments, aux organes, aux nerfs , au sang, aux muscles. 11 y a un art d'exister avec soi-même , et cet art, ils l'ignorent entièrement. C'est une belle chose, disent-ils, que la tranquillité, mais l'ennui est de sa famille ; en effet , quand ou vil habituellement dans un tourbillon de passions et d'idées irritantes , on ne s'aperçoit guère si la nature est riche et féconde, si l'air est doux, le ciel pur. Un homme d'État ambitieux et maladif me l'avouait naïvement. Quand je suis à la campagne, disait-il , je me sens mieux, je respire à merveille, mon cœur est desserré , selon le mot de Mmc de Sévigné , mais le démon de l'ambition me presse nuit et jour de son aiguillon. Il faut que je retourne m'enivrer de pouvoir , largement m'abreuver a celte coupe de mensonges et de déceptions.

Il est pourtant des individus qu'un médecin doit éloigner des solitudes de la campagne. Ce sont les imaginations ardentes, exaltées , les sensibilités romanesques , dont les sympathies inépuisables , la soif inquiète d'émotions et d'eu- . thousiasme ne sont jamais satisfaites. Ces individus se font un monde à eux, et* souvent leur esprit se perd dans l'immensité de l'univers , en voulant le comprendre elle mesurer. 11 y a ici une fermentation cérébro-intellectuelle dont on doit beaucoup se méfier. Il est urgent de leur interdire les lieux solitaires, qu'ils recherchent si avidement, bien plus encore si le climat est irrégulier, le terrain bouleversé, les sites alpestres. C'est à eux de craindre le fond des bois et leur vaste silence, car la brûlante pensée qui agite leur cerveau, loin de se calmer, y acquiert au contraire la plus énergique activité. Éloigner d'eux-mêmes «de tels malades, rompre la série d'idées qui les entraîne et les absorbe, enlever le trop plein du cerveau , de l'intelligence, voilà l'indication à remplir. Quant aux moyens , un travail matériel soutenu , des occupations graves , une certaine complication de choses positives, d'affaires instantes, journalières, sont le régime le plus convenable. Le monde, ses folies , ses distractions à la fois étourdissantes et insipides, auraient peut-être plus d'efficacité encore; mais comment faire entendre celle vérité à des hommes qui précisément ont pris le monde en aversion? Celte difficulté est souvent insurmontable pour le médecin philosophe.

636 HYGIENE. — SUPPLEMENT

ARTICLE II

Régime alimentaire.

Ex alimento rvbur , ex alimenta mai bus. — Hjppocr. —

Une vérité depuis longtemps non contestée , c'est le mauvais état de l'estomac des personnes nerveuses, irritables , exerçant fortement l'intelligence. La cause de celte disposition organique se trouve , d'une part , dans le défaut de conlractilitè dans tous les tissus, notamment du canal digestif ; de l'autre, dans l'excès de sensibilité des viscères , excès toujours entretenu par la continuelle tension des forces cérébrales. La puissance digestive est presque toujours en raison inverse de la puissance intellectuelle.

Cependant l'estomac est le protecteur de la santé , et cette dictature gastrique a lieu dans le cours de l'existence. Un ancien n'a-t-il pas appelé ce viscère le père de famille ? Ajoutons que par la digestion et l'effort du mouvement vital qui en est la suite, chaque jour'est, pour ainsi dire, une vie différente et renouvelée. Puisse donc tout homme dont la contention d'esprit est devenue une habitude , un besoin , ne pas perdre de vue l'importante remarque que nous faisons ici! Quelques penseurs ont à cet égard une utile prévoyance; mais le grand nombre néglige les plus simples règles d'hygiène, et presque tous se plaignent de leur estomac ,des angoisses d'une digestion pénible et incomplète. Très-peu savent apprécier l'inestimable valeur d'un estomac sain, à moins que la santé ne soit tout à fait perdue ; mais alors, vœux inutiles ! regrets superflus ! Sont-ils jeunes, l'insouciance est complète ; d'ailleurs , la fortune contraire les oblige à des privations souvent cruelles , la jeunesse supplée à tout. Plus âgés , ils ignorent ou feignent d'ignorer que Part de la cuisine n'est que Part de s'indigérer le plus souvent possible, surtout pour l'artiste ou l'homme de lettres. Leurs occupations mêmes aident beaucoup à ce funeste résultat. Après un repas, souvent copieux , un doux repos, un exercice léger , la tranquillité de Pesprit , seraient indispensables pour faciliter la digestion; point du tout: le temps presse, l'heure s'avance ; c'est un ouvrage qu'on a hâte de finir , un poème qui languit , un article de journal ou de dictionnaire qu'on attend , un discours de commande , un tableau négligé qu'on veut avancer , des épreuves à corriger, une correspondance à faire, etc., c'est le moment d'une inspiration qu'on croit heureuse, une idée qu'on ne veut pas laisser échapper. Dès lors on se remet au travail , on se laisse emporter au charme de produire. Ce genre d'excès a Hou d'abord impunément quand on est jeune , que la santé est d'ailleurs bonne ; on ne se trouve pas plus mal de ce régime; on sourit même des avertissements du médecin , si par hasard on lui en parle. Il est probable que les miens n'auront guère plus de succès. Cependant quelques légers accidents se manifestent tôt ou tard ; ils disparaissent avec facilité ; ils reviennent ensuite avec plus d'intensité. On observe alors des dégoûts, des pesanteurs, des tiraillements à l'estomac, un appétit irrégulier, des coliques, une disposition hémorrhoïdaire, des flaluosités importunes, unè sorte de malaise abdominal indéfinissable. Tantôt de sourdes inflammations détruisent l'organisation de l'estomac , en se propageant jusqu'au foie*, tantôt des inflammations, des gastralgies à divers degrés, des crampes d'estomac , irritent et fatiguent ce viscère; les digestions restent pénibles, incomplètes; il y a alternativement diarrhée ou constipation : enfin , après de

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