‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 94 sur 106 · BAINS, SOINS DE PROPRETÉ, VÊTEMENTS · texte numérisé non relu

BAINS, SOINS DE PROPRETÉ, VÊTEMENTS

difficile non plus de trouver de vieux ivrognes. D'ailleurs, il faudrait également norabrer les personnes qui onl succombé à la suite de ces divers excès , établir des termes de comparaison , des tables de longévité , etc. Cependant, la vraie médecine n'étant ppint absolue, ne bannit pas entièrement l'usage de la fève de Moka. Il est même certains tempéraments qui se trouvent bien de son emploi : ce sont les personnes lymphatiques, disposées à l'obésité, ayant besoin d'excitants artificiels. Si donc votre esprit est naturellement engourdi , paresseux , enfoncé dans la graisse, noyé dans la sérosité, excitez-le par le café , puisez vos inspirations dans ce dangereux Hippocrène. Mais, au nom de votre santé, éloignez de vos lèvres la coupe enchanteresse , si la nature vous a doué d'une organisation irritable, nerveuse, vibralile, si l'imagination est inflammable, bien plus encore quand il y a tendance aux congestions sanguines cérébrales, disposition hémorrhoîdaire, susceptibilité gastrique, etc. Plaignons du reste le penseur qui a besoin de ce stimulant artificiel : à coup sûr son esprit manque par lui-même de vigueur et d'étendue. Les grands hommes de l'antiquité ne connaissaient pas le café , et cependant leur puissant génie a-t-il failli? ne sont-ils pas encore nos guides et nos modèles ?

ARTICLE III

Bâton, soins de propreté, vêtements.

La propreté est une demi-vertu.

— S. Auo. —

Zacharie Platner a fait autrefois un petit traité intitulé : De morbis ex immuntiitiis. (Leipsick, 1731.) Et il faut avouer que ce livre pouvait encore être utile à cette époque, aux savants et aux érudils. Maintenant, les choses ont bien changé ; rien n*est plus rare aujourd'hui que ces cuistres noircis (V encre et coiffés de poussière , dont Voltaire se moquait à bon escient. Des habits propres , même élégants , du linge fin , des soins de propreté , et même un luxe très-recherché, distinguent nos savants de ceux des siècles précédents , et il faut les en féliciter ( i ).

L'usage des bains surtout «devenu plus général, a influé d'une manière trèsavantageuse sur le bien-être physique des hommes fatigués par les contentions de l'esprit. Ils y ont trouvé le triple avantage de la propreté , de calmer l'irrita talion nerveuse qui leur est particulière, enfin de tempérer la chaleur du sang. Ce dernier effet est d'autant plus certain , que si l'on en croit Falconnet , une personne plongée dans un bain pendant une heure , absorbe à peu près trois livres d'eau. Les bains sont donc très-salutaires ; mais , comme il arrive toujours, on a donné dans l'excès, envoûtant faire des bains ordinaires une panacée universelle. Un docteur a été même jusqu'à prétendre qu'à force d amollir , d'assouplir les organes , de rendre les ressorts de l'économie pliants et doux , les bains tiède s pourraient tripler la durée de l'existence. Je ne sais même si le molùnmortalité n'est pas venu errer sous sa plume; car la fable du rajeunissement

(i) Mail en cela comme en toute» choses , il y a encore des exceptions. Le marquis poète de Xiroenès, mort à Paris, il y a peu d'années, en était une des plus remarquables. Il avait toujours une toilette plus que négligée. Rencontrant un jour le comte de Thiars, il lui fit part do son indécision sur la manière dont il ferait mourir uu de ses héros tragiques. « Je le sais bien, moi, reprit le comte, en affectant de se boucher le ne*, vous l'approcherez , et vous l 'empoisonnerez. »

042 HYGIÈNE. - SUPPLÉMENT

d'Éson par Médée a été regardée comme une allégorie indiquant les bons effets des bains dans la vieillesse. De quoi n'abtise-t-on pas ? La vérité est que le bain comme tout modificateur de l'économie , est nuisible ou salutaire selon les circonstances. En général, un des grands inconvénients des bains est de rendre la peau, en la déCalorisant , très-impressionnable aux influences atmosphériques. Us ont une propriété analogue a celle de la sueur ; c'est de faire de la peau un conducteur du calorique et de Péleciricilé. Une sage précaution sera donc de s'en abstenir, ou du moins de n'en user que rarement, si la constitution est faible, lymphatique, si on est sujet aux douleurs de rhumatisme, enfin si la saison est froide, humide, la température variable. Le hain chaud est spécialement nuisible aux tempéraments nerveux , mais il n'en est pas de même du bain frais et froid. Ce dernier est un puissant moyen de diminuer l'hypéresthésie ou sensibilité extrême , si remarquable chez les penseurs. Cependant, pour en obtenir de bons effets, il faut noter avec soin les points suivants: 1° que le tempérament ne soit pas trop faible ;2o qu'il n'y ait point de disposition aux congestions sanguines intérieures ; 3<> qu'on n'y reste que peu de minutes, plus ou moins, selon les effets produits ; 4° enfin qu'à la sortie du bain , il y ait une réaction de chaleur et de sueur à la peau, avec sentiment intérieur de bien-être et d'allégement. En général , le bain est froid , d'après l'échelle de Réaumur, depuis 0 jusqu'à 15 degrés; frais, depuis 15 jusqu'à 25; tiède, depuis 25 jusqu'à 30; mais ces diverses températures sont toujours relatives à la sensibilité individuelle.

Que les vêtements soient simples et commodes, plus ou moins chauds, d'après les saisons elles climats, voilà peut-être le seul précepte général qu'il convient de donner. N'oubliez pas non plus de consulter les habitudes ; elles sont ici trèsvariables. Les uns se couvrent peu, les autres adoptent une méthode contraire. Un célèbre peintre flamand , Breughel , ne portait jamais que des habits de velours, quelle que fut la saison et la température. Aussi l'appelait-on Breughel de velours , pour le distinguer de son frère, connu sous le nom de Breughel d'enfer, à cause de ses tableaux.

Comme la plupart des individus doués du tempérament nerveux ont peu de forces physiques, qu'ils recherchent avec soin la chaleur , il est bon que leurs habits soient tout à la fois légers et chauds.- la ouate et la fourrure remplissent parfaitement ces deux conditions. N'oublions pas la flanelle , car Shakespeare a raison : « Une sorte de vertu magique réside dans ce tissu. » La flanelle remplace pour ainsi dire, l'instrument appelé strigil chez les anciens , mais d'une manière plus douce et plus constante. Elle conserve le calorique animal, elle excite doucement la peau , enfin elle absorbe promptement la sueur, trois précieuses qualités que nul autre tissu au monde ne possède réunies. Mais, dit-on, il ne faut pas s'y habituer ; d'accord , si vous êtes certain de votre santé : cette habitude est d'ailleurs simple et commode ; préférez-vous donc celle d'être toujours malade, toujours souffreteux (i) ? Le point essentiel , surtout , est d'être vêtu chaudement. On ne saurait dire en effet à quel point les gens de lettres , les artistes, les hommes de cabinet, en un mot, tous ceux qui exercent fortement la pensée, sont frileux. Remarquons que Voltaire faisait faire du feu dans sa chambre en toute saison. Napoléon, cet homme de fer, en apparence, faisant

(i) Quant :\ l'emploi de la flanelle et de la ouate, leurs avantages et lenrs inconvénients, ainsi que ceux des frictions sèches si bienfaisantes dans une foule de cas, et tant recommandées par les anciens, on pourra consulter les détails que j'ai donnés dans l'ouvrage suivant : Guide pratique des goutteux et des rhumatisants, ou Recherches sur les meilleures méthodes de traitement curalives et préservatives des maladies dent ils sont atteints. (Paris, DufTU, lfc3o,, seconde édition. )

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