VEILLE ET SOMMEIL
la guerre au repos, au sommeil comme à l'Europe, lui qui a .bravé eu 1812 les glaces de la Russie, ne pouvait en réalité et habituellement supporter le froid. La ducbesse d'Abranlès assure « qu'il faisait faire du feu dans le mois de juillet , et ne comprenait pas que l'on ne fût point comme lui saisi au moindre vent de bise. ( Mémoires, tome iv , page 320. ) « Je crains autant le froid qu'une gazelle, » écrit Byron à un de ses amis. Boileau fit la campagne de Franche-Comté, et, quoique la chaleur fût extrême , il était lourdement vêtu , répétant toujours que ce n'était rien en comparaison de Fagon. Louis XIV lui en fit la remarque. * Sire, répartit le satirique, j'ai toujours ouï dire que le chaud était un ennemi incommode , mais que le froid était un ennemi mortel. » Il est inutile de dire que l'âge apporte ici de grandes différences. L'essentiel est de ne pas trop retarder ni trop hâter les précautions. Soignons-nous bien, prenons garde , une année de plus, un soin de plus, mais ne devançons pas néanmoins la marche du temps.
Quant à la forme même des vêtements, que dire à cet égard? Soyez de voire pays, de votre temps, de votre âge- Le seul précepte d'hygiène a observer, est que ces vêlements ne soient ni étroits , ni gênants. La liberté de la circulation et le complet exercice de la pensée en dépendent. L'abbû» Galiani , ce spirituel étourdi, prétendait qu'il était douteux qu'on pût avoir du génie en portant perruque, en frisant ses cheveux , en les enfermant dans une bourse, et il attribuait à cet usage notre infériorité à l'égard des anciens. Cette assertion démentie par Rousseau , Buffon , Malesherbes , Turgot et tant d'autres, a cependant un côté vrai. Un vêtement incommode distrait l'attention , un habit qui gêne le corps gêne aussi l'esprit.
ARTICLE IV
fetlle et sommeil.
En volât : irrepit languescenti lumine somnus, Dormitantique ora amplo distendit hiaiu, — GcoFFfi., Hygiène ,lib. 5
Une des plus puissantes modifications imprimées à l'économie , est sans contredit celle du sommeil et de la veille. Quiconque exerce ces fonctions régulièrement assure et raffermit sa santé. Ce n'est donc pas sans fondemeut que le sommeil habituellement profond compte parmi les probabilités d'une longue vie. Les brûlantes veilles des hommes méditatifs contribuent peut-être plus que tout autre excès à tendre, à fatiguer, à user les ressorts de l'existence. Le premier et le plus constant résultat de ces veilles, est d'augmenter l'irritabilité , l'ardeur inquiète et mobile , la sensibilité exagérée et maladive , caractéristiques de la constitution nerveuse. Les insomnies sont le tourment d'une infinité d'hommes studieux ; aussi que de regrets , que d'efforts infructueux ne font-ils pas pour recouvrer le sommeil , trésor qu'ils ont quelquefois perdu avec une inconcevable légèreté. Dans la jeunesse ou dans la force de l'âge, ils prolongent impunément leurs veilles , faisant ce qu'on appelle des tours de force, tout en bravant les conseils des médecins. A leurs yeux, le sommeil est un exacteur tyrannique, qui exige la moitié de la vie ; mais plus lard , quand l'âge vient , que le sommeil fait leurs paupières, ils l'invoquent et le conjurent de toutes manières; c'est alors un dieu bienfaisant , el ils feraient volontiers sur ses autels le sacrifice expiatoire de leur célébrité : ces vœux sont le plus souvent superflu». Une fois-
HYGIÈNE. - SlîPFLËMENT.
que de longues habitudes ont été contractées, que le cerveau a été stimulé, échauffé par ses impressions réitérées et sans mesure, que l'économie est montée sur ce ton, on perd ses droits à un sommeil calme, franc, réparateur, en un mot , aux délices du vrai dormir. Autrement dit , il faut renoncer aux bienfaits du plus puissant moyen de ralentissement , de restauration et de conservation de la vie.
S'il est vrai que le sommeil est une sorte de mort intermittente pour les facultés de l'intelligence, il s'en faut bien qu'il eu soit ainsi pour les fonctions intérieures. Loin de ressembler à la mort , il donne au contraire à la vie une impulsion toute nouvelle. Que de fonctions s'exercent pendant ce repos vivifiant! La détente et la i ï paralion nerveuse, la perfection de la digestion , le complément des nutritions , l'activité des absorptions ; l'égale répartitioti du sang, l'abaissement de la température de ce fluide et de l'économie , abaissement si propre à calmer cet état d'agitation de la journée , qu'on appelle la fièvre du 90ir , etc. Comptez , pesez ces avantages du sommeil , et vous apprécierez sa bienfaisante influence sur l'économie. Somnus* labortisceribus, dit Hippocrale, vérité physiologique incontestable.
Les atteintes énervantes des veilles prolongées ont lieu de deux manières : par le défaut de réparation des forces et par la permanence de l'excitation cérébrale. Tel homme pense , médite, compose une partie de la nuit, qui sera encore longtemps à réfléchir , à composer malgré lui , quoique d'une manière confuse , quand il sera couché. Oh ! s'il ne s'agissait que de fermer le livre, de poser la plume ou le pinceau pour s'endormir ensuite profondément , le danger serait moins grand ; mais le mouvement est imprimé avec force, la série d'idées se continue , et plus elles sont grandes, vives , pénétrantes , plus le cerveau agit pendant leur production. De là ce trouble qui ne se calme qu'à la longue *, le sommeil fuit à tire-d'ailes, on ne s'endort que lard , et ce prétendu repos ne laisse au réveil qu'un sentiment de brisement dans les membres et d'abattement dans l'esprit. Girodet ne peignait que la nuit; souvent il se couchait à trois heures du matin, et à sept, il n'avait pas fermé l'œil ; sa main se reposait, son imagination allumée peignait encore. Ii arrive aussi qu'à force de veiller, le cerveau s'excite par la plus légère cause , et il est difficile alors d'obtenir un peu de sommeil. Byron ne pouvait dormir de la nuit , après une soirée, surtout agréable , ce qui contribuait à le dégoûter du monde. C'est ungrand point pour la santé de pouvoir en quittant ses vêtements, déposer aussi tous les soins, toutes les agitations, lous les soucis du jour. La nuit porte conseil, dit le proverbe, cela est possible ; mais , dans ce cas, la santé court bien des risques, si on recourt souvent à ce moyen.
Beaucoup de personnes n'ignorent pas cependant le danger des veilles prolongées -, mais ou elles se font illusion sur leur propre santé , ou bien elles restent 80*18 le charme de l'habitude , de l'entraînement. Plus d'un penseur ressemble à Varignon , se proposant à chaque instant de la nuit de cesser son travail , mais qui , voyant le jour , était ravi de se dire à lui-même, « que ce n'était pas la peine de se coucher pour se lever dans quelques heures. >» (Foutenelle, Éloges.) Et si l'on recherche les motifs qui déterminent les hommes d'études à consacrer ainsi les nuits au travail , à enfreindre celte loi de la nature qui veut que le sommeil rétablisse l'équilibre des forces, on en trouve plusieurs assez remarquables. Les uns sont persuadés que le travail d'inspiration et de méditation est plus fécond la nuit, tandis que le travail de correction convient mieux le matin ; les autres veulent des nuits courtes et de longs jours, afin de prolonger l'existence réelle et positive, celle du moi ; ils voudraient la vie sans douleurs et le temps