‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 96 sur 106 · VEILLE ET SOMMEIL · texte numérisé non relu

VEILLE ET SOMMEIL

sans mesure. 11 en est qui joignent à celte idée Pespérauce de soustraire leur nom, par leurs travaux , à la fatale loi de l'oubli qui tourmente les cœurs élevés. Cet instinct de l'infini que nous voulons donner à notre ombre, avant qu'un souffle du temps ne l'efface , semble en effet s'accroître pendant la nuit et dans la solitude. Bien plus encore, si l'espoir de vivre dans l'avenir vient animer l'artiste ou l'écrivain, il semble alors qu'il vit doublement , et par le moment présent dont il jouit dans toute sa plénitude , et par les instants que son imagination lui représente dans les âges futurs. Il est si doux de se dire : Ce que je pense, ce que j'écris à celte heure, dans la nuit, sera lu dans le siècle suivant! Quelques-uns, enfin, puisent leurs inspirations dans la nuit même et ses ténèbres. C'est ainsi que le célèbre Young a écrit son poème , que Verner a composé son horrible pièce du 24 février. « Ce poème, dit-il, a été tissu dans la nuit ; il est semblable au râle d'un mourant, qui, bien que faible, porte la terreur jusque dans la moelle des os. » Le plus souvent néanmoins aucun de ces motifs n'existe ; il n'y a ni calcul ni réflexion dans ces veilles fatales; elles sont le résultat des habitudes contractées. Le silence de la nuit, l'obscurité , favorisent les inspirations , l'imagination prend son vol, les idées coulent rapidement , il y a du feu , de l'enthousiasme, le dieu est présent... ; comment penser à la marche du temps et aux besoins de notre chélive humanité ?

Je ne ferai point ici le tableau des funestes effets des veilles continuelles ; tout lecteur instruit et doué de jugement peut y suppléer. 11 ne serait que trop aisé de citer des faits nombreux et terribles à l'appui des préceptes de l'hygiène ; la pratique journalière de notre art en fournit qu'on ne croirait que difficilement, car le vrai en médecine est quelquefois peu vraisemblable.

Il est des hommes livrés aux travaux actifs de l'intelligence, qui, voulant éviter ces maux cruels , ont cherché à résoudre le problème du moins dormir possible sans danger. On en a vu se mettre au lit, y rester plusieurs jours de suite , pour y dormir et y travailler , selon les besoins plus ou moins prononcés de In nature. Un savant du seizième siècle, Aymar de Plançonnet, adopta la méthode suivante : étudiant assez peu le jour, il avait réglé avec exactitude le temps du travial de la nuit. Après avoir soupé légèrement, il se couchait de bonne heure , dormait quelque temps, et il se relevait ensuite. Se couvrant alors la téle d'une sorte de capuchon , il employait de cette manière quatre à cinq heures à une élude suivie. 11 disait qu'on peut faire ainsi de très-grands progrès, parce que l'esprit ayanl été reposé, épuré dans le premier sommeil, et n'étant point interrompu dans le silence de la nuit , concevait les choses avec une très-grande facilité ; il ajoutait même que cela contribuait beaucoup à la santé. A la fin de ces quatre heures d'étude, Aymar se reposait pendant deux heures, et après un sommeil doux et tranquille, il mettait au net ce qu'il avait médité pendant la nuit. Le naturaliste Lacépêdc, notre contemporain, avait adopté une méthode à peu près pareille : il ne dormait que quatre heures environ, d'abord de neuf à onze du soir, puis de trois à cinq du matin. Reste à savoir maintenant si l'on peut espérer un sommeil calme, après quatre heures d'agitation cérébro mentale : une longue habitude peut seule donner ce résultat.

Le mieux, en général, est de se coucher de bonne heure et de se lever matin. Hufeland l'a dit avec raison : « L'homme ne jouit jamais du sentiment de son existence avec autant de pureté et de perfection que par une belle matinée ; celui qui ne profile pas de ce beau moment perd la jeunesse de la vie. « A celte considération, j'ajouterai celle du temps que l'on gagne ; car le travail du matin est loin de fatiguer comme celui du soir, et sans péril on allonge ainsi son existence. En effet, quelqu'un a fait la remarque qu'en se levant chaque jour deux heures

HYGIÈNE. - SUPPLÉMENT

plus lot, par exemple, à six heures au lieu de huit , cela fait, au bout de quarante ans, un total de vingt mille deux cents heures, ou trois ans, cent vingt et un jours et seize heures ; ce qui donnerait huit heures par jour, pour dix années, pendant lesquelles on peut amplement cultiver son esprit.

Quoi qu'il en soit de ces calculs, l'essentiel est de consulter ses forces et son âge. 11 ne faut jamais perdre un instant propre au travail, mais aussi accorder à la nature un temps convenable pour la complète réparation des forces, lien est de même de la forme et de la composition du Ut ; dormir laborieusement dans le duvet n'est pas chose très-rare, tandis que le contraire s'observe souvent. Les moyens de maintenir et de rappeler le sommeil , s'il est possible, sont la tempérance, la régularité des heures consacrées à cette fonction et le soin de faire chaque jour autant d'exercice que les forces le permettent. Les habitudes prises doivent être également de quelque poids pour la veille et le sommeil , comme en toute autre fonction ; cependant, je le répète, la meilleure est de se lever malin. J. Westley , fondateur d'une secte religieuse, a même fait de cette règle d'hygiène un précepte pratique de sa morale. Selon lui, « se coucher de bonne heure , se lever de bonne heure , donne à l'homme santé, richesse et sagesse. »

ARTICLE V

Exercice et repos.

« Celui qui croit »e procurer de la santé en vivant dans l'inaction est aussi peu sensé qu« celui qui se condamnerait au silence pour perfectionner sa voix. »

— Plutarque. —

Je ne veux point nier les avantages de l'exercice corporel ; mais sont-ils aussi grands qu'on ie dit? qu'en pensez-vous, docteur ? — Ces avantages sont tels , que seuls ils pourraient contre-balancer les inconvénients des travaux forcés du cabinet. — C'est beaucoup ; toutefois, je m'imagine que sur cetobjel encore les médecins ont exagéré. — Ils exagèrent si peu , qu'on devrait répéter à chaque homme ce que le chevalier Scarboroug disait à la duchesse de Portland : « On vous mangerez moins , ou vous prendrez plus d'exercice , ou vous prendrez des remèdes, ou vous serez malade : or, le choix n'est pas douteux. » — Cependant les femmes, dont la vie est en général sédentaire, n'en éprouvent pas d'incommodités. — C'est une erreur ; les médecins ont mille preuves du contraire, surtout parmi les femmes de la haute classe. Peut-on, d'ailleurs, établir la moindre comparaison entre un penseur profond, ordinairement cloué a son bureau, combinant péniblemeut de longues séries de faits , d'idées , «e raisonnements , et une femme qui s'agite dans sa maison, parle souvent , et dont l'imagination légère , les idées mobiles , les sentiments fugaces , effleurent une foule d'objets ? Ajoutons que les femmes mangent peu, en général, et qu'elles ont des évacualions périodiques qui rétablissent l'équilibre vital. — D'accord ; mais vous avouerez néanmoins que, daus nos climats , l'exercice en plein air est dangereux les trois quarts de l'année. — Oui , pour des êtres affaiblis , usés par des habitudes casanières, par la vie sédentaire, par l'air chaud, sans ressort et débilitant des villes, mais non pour celui qui , selon la mesure de ses forces, les exerce journellement à l'air libre , les appelle à l'extérieur , maintient ce bien-

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