‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 119 sur 268 · URINE · texte numérisé non relu

URINE

Etat frais

563 sr,4 3

Matière sèche

— organique

Azote

Matières minérales

Acide phosphorique

Potasse

FÈCES.

État frais

90 er,97

149 sr,55

30 er,07

Matière sèche

— organique

Azote

Matières minérales

Acide phosphorique

ol

Potasse

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES.

La moyenne pour tous les âges serait donc aux environs de : Fèces .SO grammes : urine 900 grammes. Lent, à Cologne, porte ces chiffres respectivement à 100 grammes et à 1200 grammes. On peut accepter cette estimation pour les grandes villes, où les adultes sont en grand nombre.

11 faut compter un poids annuel de près de 240 kilogrammes d’urine par chaque individu, dans la population mélangea, et. d’environ .‘10 kilogrammes de matière fécale; le tout représentant un volume d’au moins un quart de mètre cube et une quantité d’azote presque égale à celle que contient, le corps de l’individu moyen que l’on prend ici pour base. Suivant Pettenkofer, ces chiffres seraient : -428 kilogrammes d’urine et 34 kilogrammes de matière slercorale, par individu et par an.

L’urine renferme de 93,3 (Berzélius) à 96 (Liebig) p. 100 d’eau ; les fèces, 73 p. 100. Les 5/6 de l’urine sont rendus en dehors des garde-robes.

Les fèces solides se corrompent d’autant moins vile qu’elles reçoivent moins d’eau et surtout d’urine (Pappenheim). Quand elles peuvent se dessécher, ne fût-ce que superficiellement, elles passent presque inaperçues ; il y a là l’explication d’une part de l’action des absorbants. L’urine, seule, reste acide pendant plusieurs jours ; mêlée à des matières intestinales, elle se putréüe plus vite, grâce aux ferments des premières, si abondants que les fèces fermentent presque aussitôt avec de l’eau pure qu’avec l’urine.

Ainsi, l’homme produit, chaque jour, une masse considérable de matière à putréfaction, ou plutôt de matière déjà putride, car les organismes saprophytes y pullulent, et une part des substances volatiles qui donnent aux excréments leur fumet sont fabriquées par ces bactéries.

Mais les bactéries banales peuvent n’être pas les seules. Nous avons appris à connaître (chap. IV) des microorganismes pathogènes qui habitent l’intestin ou qui sont répandus à sa surface interne par les ulcérations de sa muqueuse ; d’autres passent à travers le rein quand le filtre rénal, au contact de la matière infectieuse, subit quelque solution de continuité. Les agents infectieux se trouvent donc, de temps à autre, dans la gangue excrémentitielle, et la question se pose inévitablement de savoir si ce n’est pas là un moyen puissant de propagation des maladies les plus redoutables.

2° L.es ordures ménagères. — On comprend sous ce titre les épluchures de légumes ou de fruits, les débris des repas, les déchets culinaires, les produits du balayage des locaux, mêlés à des fragments de papier, d’étoffes, de vaisselle cassée. Cet ensemble est, au premier abord, pou inquiétant et ne semble pas devoir recéler des agents dangereux. Cependant il est clair que 1 accumulation des déchets et la prolongation de leur séjour dans les logements en rend la fermentation inévitable, puisqu’ils contiennent une notable proportion de matière organique. De là une multiplication des organismes de la putréfaction, qui trouvent dans cette masse un terrain nourricier ; de la des odeurs et, à un certain moment, des poussières, si 1 on n a soin de recueillir et d éloigner au plus vite ces détritus. Petten-

698 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. (Hygiène

koffer en évalue le poids à 90 kilogrammes par individu et par an.

3° i-.es eaux ménagères. — Cette classe semble devoir réunir les eaux do vaisselle, les eaux de toilette et de bains, les eaux de lavages de toute forme. Les premières sont manifestement riches en matière organique, par conséquent putrescible. Les autres emportent les déchets épidermiques, les excrétions de la peau, les impuretés restées adhérentes aux ustensiles, aux linges, aux meubles, aux murs et aux planchers. A ce titre, elles sont putrescibles comme les précédentes et, en outre, deviennent dangereuses si elles ont lavé la peau de quelque individu atteint de variole, de rougeole ; la bouche de quelque diphthéritique, le linge d’un cholérique ou d’un typhoïsant.

Ces eaux représentent toujours au moins la moitié de toute l’eau qui est consommée dans la maison.

Les eaux industrielles sont de constitution et de volume variables selon les industries ; les unes évacuent surtout des substances minérales, d’autres mêlent aux eaux des matières organiques (distilleries, raffineries, dégraissage des laines, boyauderies, tanneries, etc.). Les seules eaux de condensation entraînent de la graisse des machines à vapeur. A Birmingham, on compte 0mc,222 par tète et par jour d’eau industrielle; à Glasgow, 0mc,363 ; à Reims, où l’on connaît l’importance des industries delà laine et autres, 0mc,406. En somme, pensent Schloesing et Durand-Claye, si l’on peut estimer de 100 à 150 mètres cubes par jour et par tête la quantité d’eau d’égout dans les villes ordinaires, il faut doubler le chiffre pour les villes essentiellement industrielles.

Les eaux d’une usine à coton ont donné à Lent 45 milligrammes de matière organique par litre, non compris l’ammoniaque. Les eaux épuisées d’une tannerie renfermaient 84gr, 59 de résidu fixe, dont 31gr,283 de matière organique. Trois sucreries, selon Knapp, versaient dans les fossés de Brunswick 1600 kilogrammes par jour de matières organiques, représentant 39 kilogrammes d’azote.

Les excrétions des animaux varient d’importance avec les habitudes de chaque localité et selon le nombre de bêtes que l’on y entretient. Dans beaucoup de localités rurales, le nombre des chevaux et des têtes de bétail l’emporte de beaucoup sur celui des humains ; les écuries et les fumiers forment un des plus graves côtés de l’hygiène rurale. Dans les villes, ce nombre dépend des besoins réels des habitants et de la tolérance municipale. Lent, à Cologne (150,000 habitants), compte 1800 chevaux, non coiiipris ceux qui, de la campagne, viennent y séjourner plus ou moins longtemps ; 2,918 chiens, 250 bêtes bovines.

B. Rôle étiologique de la malpropreté domestique.

Les principes nuisibles des immondices influencent l’économie par 1 intermédiaire de l’air (émanations, gaz et vapeurs, poussières organiques, microorganismes), ou à la faveur d’un véhicule alimentaire, l’eau de boisson, les aliments proprement dits, ou enfin par les contacts directs. Leurs pro-

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priétés peuvent d’ailleurs être banales ou spécifiques. Il est presque inutile de dire que les matières excrcmentitielles et même, pour préciser davantage, les matières fécales réalisent au plus haut degré et résument tous les dangers que l’on peut rencontrer chez les autres. On a dit que ces matières sont moins dangereuses fraîches que putréfiées. Peut-être sont-elles moins incommodes. Quant aux dangers qu’elles recèlent, c’est une question qui comporte une analyse et des distinctions importantes et ne se résoulpoint par une simple formule.

he poison fécal. — Les excréments de tout animal, même sain, sont pour lui un poison. Le fait a été démontré expérimentalement par Stich (18o3), à l’aide d’injections, dans les veines, de solutions fécales, aqueuses et filtrées. Par l’ingestion gastrique, l’influence morbide ne se montrait qu'aulant qu’il s’agissait de déjections d’un animal malade, de la même espèce ou d’une autre ; à hautes doses, le liquide fécal provoquait une inflammation aiguë, quelquefois mortelle, de l’intestin, la tuméfaction du foie, de la rate, des glandes intestinales ; à petiLes doses répétées, il déterminait sur l’intestin des altérations fort voisines des lésions de la fièvre typhoïde. Chose remarquable, l'inhalation pulmonaire des émanations fécales ne parutjamais rien produire.

En envisageant expressément la question de l’éloignement des immondices à Munich, Emmerich rappelle que l’urine fraîche peut à la rigueur être bue impunément; que le Dr Simon, de Heidelberg, a prouvé que les lotions faites sur les plaies avec de l’urine fraîche, ne gênent en rien la cicatrisation, et qu’on peut injecter sous la peau d’un chien jusqu’à une livre d’urine fraîche, et 16 grammes à un homme, sans provoquer d’accidents, tandis que l’urine altérée par une stagnation de quelques jours à l’air devient rapidement toxique. Lui-même injecte 20 centimètres cubes d’urine ayant stagné quelques jours à un lapin du poids de 1,310 grammes; au bout de 43 heures, le lapin avait succombé à des accidents septicémiques. D’où la conclusion qu’il ne faut pas se rassurer par cela que les égouts ne renferment que les urines en fait de matières excrémentitielles. Quant aux excréments humains, même à l’état frais, c’est un poison. Une injection sous-cutanée d’un extrait aqueux concentré de ces matières tue rapidement un lapin ; une dilution au dix-millième, en injection, se révèle encore par des accidents ; à un vingt-millième, l’extrait est inoffensif pour un lapin à la dose de 60 centimètres cubes. L'eau qui contient des excréments humains dans la proportion de 1 sur 20,000, peut être bue sans inconvénient. En revanche, le liquide qui découle des excréments en stagnation a tué en 16 heures, à la dose de 8 centimètres cubes (en injection), un lapin de 2,000 grammes. Ce liquide contient par litre :

Substances dissoutes

— perdues par la chaleur rouge Chlore

Les eaux ménagères, les eaux de fabrique et même les eaux de lavages des parquets, si elles ont croupi quelques jours, sont également toxiques, bien qu’inofîensives à 1 état frais. Les eaux pluviales, qui entraînent le crottin des rues, tuent en 17 heures, à la dose de 36 centimètres cubes, un lapin de 1,220 grammes. Elles contiennent par litre : substances dissoutes 7sr,704; matières organiques 1 sr,97 7> ; ammoniaque 0,020.

Ces expériences, qui rappellent celles d’Arnold Hiller, nous reportent à l’action des ptomaïncs (v oy. p. 472). Elles ne préjugent rien de celle des agents vivants, qui peuvent foisonner dans les immondices en putréfaction.

DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

Maladie** «le malpropreté domestique. — Influence banale. — Les matières organiques putrides offensent assurément, ne fût-ce qu’à titre de corps étrangers, les voies qui les introduisent et les organes qui les reçoivent; l’arbre aérien et le poumon, quand c’est l’air qui les amène; l’estomac et tout le tube digestif, quand elles arrivent avec l’eau ou toute autre substance alimentaire. Léon Colin a pensé que ce pouvait être là le côté le plus positif de l’action des eaux impures, et nous-même avons cherché à étendre cette vue étiologique; les souillures organiques ne détermineraient pas précisément par elles-mêmes la fièvre, le choléra, le typhus abdominal, mais elles prépareraient merveilleusement l’économie à être le théâtre de ces évolutions pathologiques, en déterminant une pars minons resistentiæ, précisément dans les organes dont le trouble histologique ou fonctionnel a l’habitude de caractériser la fièvre typhoïde, la fièvre palustre ou le choléra. Pour deux au moins de ces affections, c’est l’intestin qui souffre le plus expressément.

Ce fut constamment l’avis des médecins français les plus autorisés, Pidoux, L. Laveran, Peter, Damaschino, que la malpropreté intérieure est la première de toutes les misères physiologiques, desquelles procèdent d’ordinaire les affections banales de poitrine, la dégénérescence scrofuleuse, la décadence organique des familles, et ce fléau beaucoup plus redoutable que le choléra, la phthisie pulmonaire, avec ses équivalents nosologiques : la tuberculisation péritonéale, méningée, etc.

Il n’est plus possible, aujourd’hui, d’admettre un rapport direct entre la dispersion des immondices dans la maison et le développement de la tuberculose; mais tout prouve que, parmi les circonstances préparantes ou aggravantes de cette maladie, la simple animalisation de l’air par les produits de la respiration (Brown-Séquard) et par l’exhalation cutanée, le confinement atmosphérique, l’aération insuffisante ou nulle, jouent toujours un rôle de premier ordre. Or, cette action est de même sens et de même nature que la souillure de l’air, de l’eau, des aliments, par les immondices. Et celle-ci est le plus haut degré d’une altération des milieux, identique à la première. Qu’est-ce qui rend l’air des villes, des casernes, des ateliers, si peu vivifiant, si insuffisant, si favorable à l’éclosion tuberculeuse? La vie en commun, sans doute; l’agglomération des individus, des locaux trop remplis, un air auquel trop de poitrines s’alimentent et qui ne se renouvelle pas en proportion des besoins. Mais c’est surtout, évidemment, la présence des immondices, dont le volume croit comme le nombre des individus, dont les récipients sont installés d’une façon lamentable dans presque toutes les habitations collectives et même dans les demeures particulières des quartiers pauvres des grandes villes, vieilles ou modernes. Avec l’odieuse négligence qui règne à cet égard, la matière organique revient aux économies par toutes les voies et tous les modes; émanations des matières fraîches, particules et germes flottants dès que la fermentation s’en est emparée, infiltrations dans le sol, souillure des eaux, etc.

La mortalité phthisique dans les prisons est bien connue ; Baly a reconnu que,

générale]. ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. TOI

dans les prisons de Londres, elle était trois à quatre fois plus forte que dans la population libre d’âge correspondant à celui des détenus. 11 )' a de cela beaucoup déraisons. Mais Parkes, comparant des prisons bien ventilées avec d’autres mal tenues et infectes, constate que la mortalité phthisique n’est que de 7,9 p. 1000 dans les premières, lundis qu’elle atteint 51,4 dans les secondes.

On ne saurait beaucoup insister sur la recherche des preuves d’un rapport qui est général et s’associe à d’autres du même genre, surtout en face d’une maladie spécifique et transmissible. Cependant il nous a semblé que les villes où l’évacuation des immondices laisse le plus à désirer figurent de préférence parmi les cités à haute léthalité phthisique. Paris et Lille, spécialement, ont 16 à 17 décès phthisiques p. 100 décès généraux. Vienne et New-York, plus de 20 p. 100. Peutêtre y a-t-il une influence de ce genre dans la léthalité tuberculeuse de l’armée et conviendrait-il de faire à cet égard des comparaisons d’une garnison à l’autre, des casernes de la même ville entre elles.

Il n’est pas bon de multiplier les relations étiologiques d’un même agent, et l’esprit se prête mal à voir la vie en commun , Y encombrement, la saleté domestique, degrés en ordre ascendant d’une même situation antihygiénique, se montrer uniformément à l’origine de maladies de noms divers. C’est rester dans un vague peu fertile en conclusions pratiques que de mettre au compte de la malpropreté intérieure tout à la fois : l’anémie, la scrofule, la phthisie, une part des affections thoraciques, la stomatite ulcéreuse, la diphthérie, la diarrhée, la dysenterie, les typhus, etc. Malgré cela, pourtant, et malgré l’innocuité des inhalations fécales de Slich, nous ne pouvons nous défendre de croire que la respiration habituelle d’un air malpropre déprime l’économie, sans bruit il est vrai, et tout au moins ouvre la porte aux maladies banales, voire aux affections spécifiques, et dispose les individus à les avoir plus graves. D’où viendrait, sans cela, la haute mortalité des quartiers misérables des grandes villes et de leurs hôpitaux, ne fût-ce que dans le cadre des affections banales? Ce sont les asiles de la misère et des empoisonnés des poisons putrides et stercoraux.

Au début du typhus d’Algérie de 4868, les produits des inflammations de mode inférieur et ceux des maladies à évacuations intestinales abondantes (diarrhée, dysenterie) nous paraissaient devoir être particulièrement signalés comme capables de constituer l’étoffe putride typhigène. Si l’observation est bonne, le typhus exanthématique relève d’assez près de la souillure fécale, non spécifique; et ce que l’on appelle encombrement n’est autre chose que le pouvoir que possède une agglomération d’hommes de déterminer l’accumulation, sur un point, de cette matière putride et de quelques autres à peu près équivalentes, les excrétions cutanées et pulmonaires. La « maladie des prisons » ne retrouvait-elle pas, à son origine, d’une façon très frappante, ces foyers de putréfaction dans l’air des détenus, à 1 époque où les baquets d immondices, tout ouverts, passaient la nuit avec les hommes et que le vulgaire avait trouvé celte expression peu métaphorique : « pourrir en prison »? Et pour qui a vu les abords d’un campement occupé pendant quelques jours par une troupe armée, avec ou sans encombrement, il ne saurait être douteux que le « typhus des camps » a des rapports avec 1 inlection fécale du sol et de l’air des abris

DES ADRIS ET DU VÊTEMENT

[Hygiène

improvisés. Dans les épidémies d’Irlande et de Silésie, on a vu des gens affamés, habitant des huttes sans air, entassés ; mais aussi ces malheureux vivent cote a côte avec des animaux, des porcs généralement, et par conséquent dans le fumier.

Nous ne voulons pas, d’ailleurs, présenter comme exclusif ni surtout direct ce rapport étiologique vis-à-vis d’une maladie dont les conditions de développement paraissent être fort complexes.

Edwin Chadwick et John Simon ont présenté autrefois, comme une maladie de malpropreté, la diarrhée qui constitue une sorte d’endémie dans certaines localités d’Angleterre. Ils ont insisté sur ce point que les localités, les maisons, les rues particulièrement maltraitées, souffraient visiblement de l’amoncellement fécal, de la souillure putride de l’air et de l’eau, tandis que les villages ou villes naturellement drainés par leur position sur une hauteur, ou pourvus d’une canalisation et d’un bon système d’éloignement des immondices, connaissaient à peine ce fléau. La mortalité par diarrhée était nulle ou de 1 p. 1,000 habitants dans les maisons et les rues de cette dernière catégorie et atteignait 7,7 p. 1000 dans les autres. Sander ajoute que, dans quelqu.es districts, la santé sous ce rapport s’est améliorée en raison exacte des travaux de canalisation et d’éloignement des matières fécales. Coventry, canalisée vers la fin de 1850, avait eu 121 cas mortels dans les dix années qui précédaient, elle n’en eut que 61 dans les dix qui suivirent. Manchester et Salford, qui ont conservé le vieux système de fosses, ont toujours la diarrhée.

Il va sans dire que l’imprégnation fécale de l’air et des eaux n’est pas l’unique cause de la diarrhée.

Origine fécale de la fièvre typhoïde. — L’importance de la corruption des milieux dans la genèse de la fièvre typhoïde, l’influence pour ainsi dire spécifique des excréments humains, qui étaient naguère un dogme admis pour tous, sont loin d’être écartés, à notre époque. Mais le point de vue a changé. Les matières fécales ou putrides quelconques n’ont qu’une influence indirecte, préparante ou adjuvante; le rôle spécifique est dévolu aux seules excrétions des typ boisants .

Nous ferons ici une rapide revue des doctrines qui se sont succédé, pensant qu'il y a quelque intérêt à fixer celte curieuse évolulion de l’étiologie.

Pour Chauffard, Léon Colin, la matière fécale, « de toutes les choses sales la plus sale », provoquait la fièvre typhoïde, mais de la même façon que toute autre putridité, que l’air usé par la respiration des groupes et même que la putridité interne, que l’organisme se fait à lui-même à l’occasion de diverses circonstances dépressives de la nutrition.

Murchison a été le grand promoteur de l’origine fécale de la fièvre typhoïde; il a renfermé sa pensée dans un mot: l’origine pythogénique. Pour lui, comme pour les précédents, les matières fécales n’ont pas besoin d’une provenance spécifique (typhoïde), ni d’association avec des selles de typhoïsanls.

Budd a supposé le « germe » typhique et typhogène. Par conséquent il fallait d’abord des selles de typhoïsanls. Mais ce germe ne pouvait mieux éclore qu’en tombant dans des masses fécales banales. En France, Henri et Noël Guéneau de Mussy ont cherché à répandre cette théorie.

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 703

Sauf la qualité fécale du milieu de maturation, elle se rapproche beaucoup de celle de Liebermeister et de Pettenkofer, qui exigent également un substrat, intermédiaire au malade et à l’individu qui contracte la fièvre typhoïde, mais admettent que cet intermédiaire peut être simplement le sol miasmatique.

A l’Académie de médecine (1877), Jaccoud se déclara pour V origine fécale, tout en réservant qu’on ne saurait accepter cette origine comme unique. Toutefois, ici encore, deux cas se présentent : 1er cas : « les matières fécales ne deviennent lyphogéniques qu’autant qu’elles renferment le poison typhoïde. — Le plus ordinairement, la présence du poison résulte de l’introduction de déjections typhoïdes dans la masse excrémenlilielle, auquel cas les matières fécales sont un simple agent de transmission ou de propagation de la maladie » ; 2° cas : « dans d’autres circonstances (qui sont aux précédentes comme 2 est à 3), le poison typhoïde prend naissance ou est apporté dans la masse excrémentilielle sans introduction préalable de déjections spécifiques; et, dans ce cas, les matières fécales ainsi modifiées sont, pour la maladie, un agent de génération. »

.Nous rappellerons un certain nombre des faits les plus probants à l’appui de la formule générale, sans trop nous préoccuper de l’agent de véhiculation de la matière typhogène, lequel a été, pour les auteurs, tantôt l’air, tantôt l’eau ou même le lait; mais en notant les cas dans lesquels la spécificité des excrétions mises en cause a été spécialement dénoncée. Pour ceux-ci, naturellement, nous faisons les réserves qui ont été exprimées au chap. ii (p. 197).

Il suffit de mentionner l’épidémie de la garnison prussienne de Mayence (1843-1844), attribuée au débordement des fosses d’aisances ; l’observation de Flint (cité par Parkes), qui a vu, dans l’État d’Érié, une épidémie naître de l’eau d’une hôtellerie dans laquelle était venu mourir un typhoïsant; celles de Routh (1836), de Schmitt, à Eltelbrück (1844), dans lesquelles il s’agit toujours d’eau contaminée par des matières stercorales.

En 1880, une épidémie typhoïde éclate au couvent des sœurs de charité de Munich. Par suite d'une dégradation dans la conduite d'eau, l’on buvait, à celte époque, au couvent, l’eau d’un puits abandonné depuis longtemps et souillé par des infiltrations des fosses voisines, renfermant peut-être des selles typhoïques. Dès que l’on supprima l’usage de cette eau, l’épidémie s’arrêta. II est vrai que 120 personnes avaient payé leur tribut.

Le docteur W. Roth attache une grande importance à la négligence vis-à-vis des immondices des soldats, parmi les causes de la fièvre typhoïde qui maltraita l’armée saxonne sous Paris (1870-1871).

A l’orphelinat de Halle (Prusse), en 1871, il éclata une épidémie de fièvre typhoïde assez sévère (356 cas). Zuckschwerdt l’attribue à ceci : qu’une des conduites d’eau de l’établissement, croisant un fossé d’évacuation des immondices d’un certain quartier de la ville, s’élait affaissée et fissurée précisément au point de croisement. 11 s’était fait là une mare slercorale, et l’eau distribuée aux pensionnaires leur apportait ces matières putrides, mêlées probablement de selles de lyphoïsants. Lorsqu’on eut interdit l’usage de l’eau de cette conduite (après, toutefois, les 336 cas), l’épidémie s’évanouit.

L’épidémie du village d’Eggensletl, dans l’Allemagne méridionale, au dire de Jaccoud, apparut à la fin de l’été de 1868, sans autre cause connue que celle-ci : « les émanations des masses excrémentitielies accumulées avaient été portées au maximum » par la chaleur.

En 1869, a Philadelphie, quatre maisons, et pas d’autres, devant lesquelles une fosse avait été vidangée, furent en proie à une épidémie typhoïde.

A 1 asile de Donaldson (Edimbourg), en octobre 1869, éclate la fièvre typhoïde,

DES ABRIS ET DU VETEMENT. [Hygiène

qu’on n’y avail pas vue depuis vingt ans. Par suite du manque d'eau, l’irrigation avait été suspendue dans les canaux excrémenliliels; comme conséquence, les produits gazeux des matières accumulées dans ces canaux refluaient dans la salle de bains, dans les dortoirs, etc. On ne découvrit rien de plus.

En 1873, la fièvre se montre dans une des ailes de la caserne de Blankenbui" ; les latrines de l’aile envahie étaient infectes, et les matières s’en accumulaient dans les canaux correspondants. On ferme ces latrines; l’épidémie s’arrête. L’aile opposée munie de latrines meilleures, non plus que la ville, n’avait pas été touchée.

Le village de Bjôrnsborgbalcken, en Norvège, a été visité en 1868 par une épidémie typhoïde de grande intensité. On remarqua que quatre des sept fontaines de la localité étaient infectées par des matières excrémentitielles et que les maisons abreuvées par les fontaines souillées donnèrent 41,15 p. 100 de tous les malades, tandis que les autres ne fournirent que 3,1 p. 100 (Jaccoud, d’après Daae).

L’épidémie de Lausen dans le canton de Belle, en 1872, relatée par Hagler, a été fort remarquable par son origine. A peu de distance du village, dans une ferme qu’arrose un ruisseau, le fermier et sa famille avaient eu la fièvre typhoïde en juin et juillet. Le 7 août, la maladie éclate à Lausen et sévit avec une préférence visible sur les maisons alimentées d’eau par la fontaine publique, tandis qu’elle épargne relativement les habitants qui boivent de leurs puits particuliers. Il fut démontré que les eaux publiques venaient de la nappe souterraine en communication avec le ruisseau de la ferme, dans lequel très probablement avaient été projetées les déjections typhiques.

L’épidémie de Croydon, en 1875, qui a servi surtout de texte à l’argumentation des doctrinaires de la seivergases theory , forme particulière de l’étiologie fécale, fut due, d’après Carpenter et G. Buchanan, d’une part à des communications accidentelles des égouts avec les conduites des eaux publiques; d’autre part, au reflux des gaz d’égout dans les maisons. Les quartiers hauts de la ville, pour cette cause, furent plus maltraités que les autres. Or les gaz d’égout, comme on le dira, ne remontent pas aussi régulièrement qu’on se le figure (Rozsahegyi) et, quant à la communication supposée entre les égouts et les conduites d’eau, Lissauer a fait remarquer que c’est une hypothèse à l’appui de laquelle on n’a apporté aucun fait positif.

Ce n’est point, d’ailleurs, une sage application de la théorie de l’origine fécale que d’incriminer les égouts. Si la théorie est vraie, les égouts sont précisément une protection contre l’envahissement des matières excrémentitielles et contre la répétition des épidémies typhoïdes. Il n’est pas interdit de signaler les perfectionnements dont ils sont susceptibles, mais ne touchons pas au principe. Une enquête sérieuse, en ce qui concerne l’épidémie parisienne de 1876, a bien réduit le rôle funeste que l’on prêtait aux égouts; il y avait des exagérations fâcheuses et des suppositions très gratuites (on dirait presque des calomnies) dans les accusations porLées contre eux. Léon Colin raconLe avoir cherché en vain, dans la cour de la caserne du Château-d’Eau, les bouches d’égout que quelques-uns dénonçaient avec insistance, en 1876, et d’où avait dû sortit'- l’épidémie qu’éprouva la garnison à cette époque.

En France, on commence à se dégager des formules que Murchison, Budd, Griesinger, von Giell, nous avaient envoyées toutes faites. Cependant, beaucoup des médecins des épidémies, dans leurs rapports annuels à l’Académie de médecine, attribuent encore la fièvre typhoïde aux exhalaisons de latrines mal tenues, d’égouts à ciel ouvert non curés, de ruisseaux, de fossés ayant reçu les excréments de la population. Naguère on trouvait assez souvent la même étiologie adoptée par les médecins de l’armée (Léon Colin); à Issoudun (1875), par Fournier; à Lyon (1874),

générale. J ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. ~Oo

par Marmy et Alix; à. Salins, 1875 (Blin); à Brest (Aron); à Orléans, 18/0 (Carayon); à Courbevoie, 1873 (Régnier); à Montauban, 1874 (Cotte); a Nancy,

1 874 et 1875 (Daga) ; à Vincennes (1874), par Perréon, Lepellelier, Delon; à Aubervilliers, 1875-1876 (Dantin) ; à Amiens, 1876 (Sorel); à Beaulieu, 1875 (Ricque); à Givel(Libermann) ; à Caen, 1874-1875 (Ricque); au campdeChàlons, 1876 (Antony); au Mans (1875-1876) par Combier; au château de Montbéliard, par Jeanmaire ; à Lons-le-Saunier, à Tarascon (1874). Toutefois, dans quelques-unes des dernières observations, la souillure fécale n’est présentée que comme un élément étiologique associé. Notre expérience personnelle nous porte à croire que cette association peut être relevée dans la plupart des cas. Aussi convient-il d’en contrôler l’importance.

Dans son élude sur les égouts de Paris, Brouardel n’a pas dédaigné de citer quelques-unes des observations de Murchison à l’appui de l'influence lypbogène des émanations putrides, provenant de fosses, de cloaques, d’égouts obstrués. Depuis, on le sait, l’air est bien déchu de son rôle ancien de véhiculateur par excellence de l’agent typhogène et de quelques autres. L’eau l’a supplanté. Mais c’est toujours parce qu’elle porte à l’économie, par les voies digestives cette fois, quelque chose qui se trouvait dans les déjections.

Ainsi faut- il comprendre le rôle des récipients d’immondices dans les épidémies de Witlemberg (Gaffky), d’Auxerre (Dionis des Carrières), de Pierrefonds (Brouardel) et cette phrase du mémoire de Brouardel et Chanlemesse sur l’épidémie de Clermont-Ferrand (1886) : « Elle a pour origine le mauvais captage de l’eau prise près de Royat et Ja pollution de l’eau par des matières fécales. »

C’est encore à la souillure fécale que se rapportent les épidémies typhoïdes propagées parle lait (W. Taylor, Edv. Ballard, Hart, Corfield, Cameron, Oglesby, etc.), dont les Anglais paraissent avoir jusqu’ici le monopole. En effet, sauf quelques auteurs qui ont admis, comme Cameron, la chute dans le pot au lait de germes typhoïdes flottants, ou ont pensé que les vaches pouvaient donner un lait typhogène pour avoir bu dans une mare à purin, c’est généralement l’eau entachée de déjections typhoïdes, que l’on accuse. Celte eau a servi à laver les pots, ou simplement à étendre le lait, selon une coutume dont les laitiers ne peuvent se débarrasser. Ce qui est surprenant, c’est qu’en France, où l’école de la véhiculation typhoïde par l’eau est si florissante et où, hélas! les laitiers ne sont pas toujours honnêtes, on n’ait pas encore signalé d’épidémie de cette origine.

La preuve que l’influence fécale est indirecte, qu’elle ne fait qu’élever l’adaptation des milieux et la réceptivité des individus, c’est qu’elle est parfois très évidente et que néanmoins elle manque son effet, c’est-àdire qu’elle ne fait ni ne favorise la fièvre typhoïde. Par contre, elle peut manquer absolument et la fièvre typhoïde prospérer néanmoins.

La ville de Lille, qui a les fosses fixes et la vidange perpétuelle, dont les rues sont empestées d’émanations fécales pendant une bonne partie de la matinée, en toute saison, et dont les environs les plus immédiats (les jardins mêmes de la ville) sont soumis à 1 épandage d engrais humain, a très peu de fièvre typhoïde', moins de 20 décès annuels p. 100000 habitants.

D après le relevé des épidémies typhoïdes des sept casernes de Munich pendant dix années, J. Port affirme que la maladie n’a montré aucune prédilection pour les locaux influencés par le voisinage des latrines. Ce sérail plutôt le contraire. Krügkula, à Vienne (1877), a fait la même observation.

En revanche, la caserne de Neustift, citée par Buxbaum, qui n’a ni fosses ni Arnould, Hygiène. 2e édit. 4o

706 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

égouts et dont les excrétions tombent à même dans un ruisseau qui les emporte immédiatement, eut une épidémie de fièvre typhoïde, en 1865, dans l’aile la plus vieille, et une autre en 1868, dans l’aile de construction récente. Les deux ailes s’abreuvent, du resLe, à la même fontaine.

Origine fécale du choléra. — La bactériologie fnoderne (voy. p. 461) nous a affranchis des tâtonnements de Karl Thiersch (1856), qui procurait des accidents cholériformes à des souris en leur faisant grignoter du papier à filtre imbibé du liquide intestinal de cholériques, de ceux de Legros et Goujon (1866), etc. On ne comprend pas bien les hommes, cités par F. Sander, non plus que le regretté et courageux médecin français, qui se sont soumis à l’épreuve dégoûtante de l’ingestion de matières excrémentitielles cholériques. Ce qui en est résulté n’a prouvé et ne pouvait prouver pour ni contre la propagation fécale de la maladie ; et l’on était éclairé d’autre part.

L’observation directe semble toujours donner raison à Petlenkofer en ce qni concerne les rapports des déjections cholériques avec le sol ; il est des points où cette semence reste stérile (Lyon, Versailles, Birmingham, Würzbourg, Stuttgart, Francfort-s. -M., Créfeld, Munster). C'est donc qu’elles ont de l’importance sur les Lerrains aptes à s’infecter.

L’influence banale de la souillure fécale des milieux n’est pas aisée à distinguer. Günther, de Zwickau, assura, dans la conférence de Weimar, que les parties de la ville abreuvées de l’eau la plus souillée de matières animales furent celles qui souffrirent le moins du choléra. Lubelski (1873) constatait que Varsovie, avec une voirie à l’état embryonnaire, souffrait moins du choléra que les campagnes, et que les vidangeurs étaient moins frappés que les autres classes de la population. Le bacille-virgule meurt rapidement dans les matières de fosses. Cependant il n’a point paru que les déplorables pratiques de Toulon et de Marseille (1884-1885), en ce qui concerne le collectionnementet l’éloignement des immondices, aient notablement protégé ces deux cités. Brouardel pense même que c’est le contraire.

Pour ce qui regarde la transmission du choléra par l’eau et les observations de Pellarin, Bôhm, Snow, Marey, etc., nous ne pouvons que renvoyer à l’article spécial (p. 200).

Origine fécale de la diphthérie. — En Angleterre et en Écosse, où les affections diphthéritiques font chaque année des milliers de victimes (10,184 décès en Angleterre, en 1859), on est très disposé à ranger la diphthérie parmi les maladies de malpropreté; « la diphthérie et le typhus abdominal, dit J.-B. Russel (de Glasgow) sont simplement des maladies fécales. » Et, par un rapprochement au moins étrange, Fergus incrimine spécialement la souillure de l’air des villes par les émanations des égouts, dans le système actuel de beaucoup de villes anglaises (vidange intégrale à l’égout).

A considérer l’état des localités et des habitations où les affections diphthéritiques s’établissent de préférence et prospèrent au mieux, on ne saurait nier que la putridité atmosphérique ne paraisse une circonstance fa-

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 707

vorable au développement des épidémies de cette nature; nous-mêmc, naguère, avons hasardé l’opinion que la diphthérie, maladie infectieuse, transmissible par la formation de foyers, devait relever de conditions assez voisines de celles qui président au développement des épidémies de fièvre typhoïde. A celle-ci et h celle-là, étant réservée la distinction essentielle des germes, il faudrait l'intermédiaire du milieu putride pour l’expansion épidémique.

Longuet, au Congrès de Vienne (1887), a signalé, la fâcheuse influence que paraissent avoir les fumiers sur la mortalité diphthéritique dans l’armée française.

Mais on ne voit plus que les matières excrémentitiolles puissent ici s’élever au-dessus du rôle banal de terrain, tandis qu’elles interviennent spécifiquement dans la fièvre typhoïde et le choléra. Les déjections des malades ne portent pas le poison diphthéritique plus que les exhalaisons pulmonaires et cutanées.

La diphthérie maltraite d’une façon déplorable les grandes villes, où l’imprégnation putride de l’atmosphère fait efTort par mille côtés. Mais il est remarquable qu’elle est au moins aussi sévère aux localités rurales, où l’air extérieur est plus pur que dans les villes, mais où l’accumulation d’excréments humains et autres presse au moins autant l’habitation. Cette plaie est, en effet, atténuée, dans les cités qui pratiquent l’évacuation immédiate des immondices. J. -B. Russe!, d’après le Registrar general d’Écosse, calcule que, dans les années de 1857 à 1870, il est mort de diphthérie, par million d’habitants :

117 individus dans les cantons insulaires.

27 1 — dans les districts ruraux.

216 — dans les districts urbains.

11 meurt énormément de paysans russes par diphthérie, depuis quelques années; 8,563 personnes en 1876; 18,698 en 1877. En Prusse, pendant l’année 1877, la mortalité diphthéritique a été de 13,6 p. 100,000 hab. dans les communes urbaines, 17,8 dans les communes rurales (Varrentrapp).

Le mode de propagation de celle maladie n’est pas suffisamment connu. Il est, du reste, à 1 élude. Les contacts directs ont probablement, plus d’importance que les circonstances adjuvantes; cependant il reste à expliquer les périodes de suractivité épidémique de la maladie, alternant dans la meme localité et sur une assez longue sérié d années, avec des phases d apaisement, sans qu’il soit toujours bien facile de préciser ce qui est changé dans les conditions hygiéniques du lieu. On croirail qu il s agit d une atténuation spontanée et propre du virus. L’Angleterre a eu l’une de ces périodes d’activité diphthéritique de 1838 à 18G0, avec le maximum en 1859 (6,G06 décès en 1858; 10,184 en 1857; 5,212 en 1860); depuis lors, elle parcourt une longue phase de somnolence relative ; il y a eu 2,856 décès de cette cause en 1879. La ville de New-York a eu 2,329 décès diphlhéritiques en 1875 et seulement 671 en 1879.

En résumant toutes ces considérations, il faut bien reconnaître que les souillures du support et des milieux par les immondices ont une impor-

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tance énorme dans la genèse et surtout dans la propagation des maladies épidémiques; mais que leur influence est rarement isolée et qu’elle est parfois primée par quelque autre élément. Il n’y a peut-être pas de maladies de saleté , dans le sens d’une étiologie rigoureuse.

Néanmoins, il suffit que la malpropreté soit partout menaçante, aussi bien par les maladies banales, qui en procèdent fréquemment, que de la part des maladies spécifiques, dont elle abrite souvent les germes et dont elle constitue, pour le moins, la préparation la plus favorable et la plus sûre, pour que l’hygiène ait à cœur de détourner ces dangers évidents et ces altérations des milieux, qui diminuent à coup sûr la vitalité de l’ensemble, en attendant. qu’elles frappent à mort un certain nombre d’individus. — Les matériaux usés doivent quitter la maison le plus tôt possible , le plus complètement et le' plus rapidement possible.

Théoriquement, l’hygiène ne peut prévoir des cas dans lesquels on mette systématiquement en dépôt les immondices, pas plus qu’elle n’admet des récipients provisoires du mauvais air. Nous avons dit : éloignement des immondices, sans mentionner le collectionnement plus ou moins durable. L’idéal à atteindre, en effet, est le départ immédiat de l’habitation, de toute immondice à mesure qu’elle se produit. Tout procédé d’attente est une imperfection, une solution incomplète du problème et qu’on ne peut tolérer qu’en considération d’impossibilités matérielles de faire autrement. Mais il faut bien compter d’avance que, dans la pratique, nous rencontrerons souvent ces procédés d’attente, soit qu’ils existent de vieille date, nés à une époque d’éducation sanitaire insuffisante, soit que des condilions locales les protègent et excusent, sans le justifier, leur aménagement aujourd’hui encore dans des bâtisses contemporaines. Or l’hygiène établit des principes et indique ce qu'il y a de mieux; mais elle sait convenir que telle situation est moins pressante dans une petite ville que dans une capitale ; que des condilions topographiques, des habitudes locales, peuvent être prises en considération dans le choix d’un système d’assainissement. Lors même que ses principes ne sont pas appliqués, elle n’abandonne pas les situations compromises; elle cherche quelque moyen de les rendre moins mauvaises et moins offensives.

Les immondices, tout en menaçant l’air des habitations, sont pour le sol et les eaux ce que les produits de la respiration et les excrétions cutanées sont à l'atmosphère ; des impuretés solides ou liquides continuent et aggravent les impuretés aériformes. Les installations et les opérations dont nous allons nous occuper sont aux premières ce que la ventilation est aux secondes; là. on expulsait de la maison l’air carbonisé et animalisé pour le rendre à l’océan atmosphérique, où d’autres organismes l’utilisent en le purifiant; ici nous allons voir que l’on enlève les impuretés solides ou liquides pour les remettre à la terre, qui livre aux plantes du carbone et de l’azote et reprend en circulation des eaux assainies.

G. Procédés d’éloignement des immondices.

Les procédés d’éloignement des immondices peuvent être rapportés à trois ordres : 1° l 'abandon; 2° le collectionnement plus ou moins durable; 3° Y évacuation immédiate et systématique.

1° Abandon des immondices. — Le terme qui sert de titre à cet article est peut-être par trop expressif; car l’homme régularise même la négli-

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gence et nous allons rencontrer ici des pratiques détestables, mais qui pourraient avoir la prétention d’ôtre des procédés.

C’était déjà un procédé, celui que Moïse imposait à ses nomades : « Tu auras hors du camp un lieu pour les besoins naturels et lu porteras avec toi une pique suspendue à ta ceinture et, quand tu te seras accroupi, tu creuseras avec cette pique la terre d’alentour et tu recouvriras les matières. » On ne fait pas autre chose, en grand, dans les camps modernes. La méthode serait même assez bonne, sauf qu’elle n’est pas applicable à la moindre bicoque.

Il en est une bien inférieure, dans beaucoup de villages et dans quelques villes, qui consiste à jeter par la fenêtre ou à laisser couler devant la maison les eaux ménagères; à déposer cà la porte, sur le sol naturel, le fumier des animaux, dont la partie liquide s’inûltre nécessairement en terre; à répandre autour de l’habitation les excréments humains, abandonnant aux animaux et aux agents météoriques le soin de les faire disparaître. Dans certains quartiers de Marseille et de Toulon, dit Brouardel, on pratique le jetage au ruisseau de toutes les immondices de la maison; ou bien, l’on amoncelle dans un trou de lm,50 à 2 mètres de profondeur, des cailloux roulés ou autres pierres, en moyenne de la dimension d’un pavé. Cela s’appelle des éponges. On les établit dans les petits jardins, derrière les maisons, et l’on y dirige toutes les eaux sales partant des éviers.

Dans les villes du Nord, on a conservé assez largement l’usage des puits absorbants, puits perdus , bétoires (au Havre), puisards, destinés à recevoir les eaux sales et, fréquemment, l’intégralité des matières excrémentitielles. Quand le sol est perméable sur une grande épaisseur et que la nappe souterraine est un peu éloignée, la puissance d’oxydation du sol est telle qu’il vient à bout, pendant assez longtemps, des matières organiques qu’on lui confie. Pourtant, la vase organique se précipite sur les parois du boit-lout et, à la longue, les rend imperméables ; les immondices montent et refluent à l’orifice; il faut creuser un autre puits absorbant. Quand le fond du puisard est en plein dans la nappe souterraine, les liquides qu’on lui confie disparaissent très vite; mais, alors, la nappe est définitivement corrompue, comme à Douai. Il arrive même que si la construction d’égouts vient à gêner l’écoulement de cette nappe, l’influence de ce marais spécial se traduit fâcheusement sur la santé des habitants, ainsi que cela s’est produit au Havre, selon Giberl. Le Comité consultatif d’hygiène publique a demandé l’interdiction des puisards dans les constructions neuves.

Les villes sans égout ont conservé l’habitude de verser les eaux ménagères dans le ruisseau (les Rinnsteine des vieux quartiers, à Berlin; le Orâbli en Suisse; le fil- d eau à Lille), où ces liquides malpropres et visqueux se dirigent à 1 aventure, se putréfient, s’infiltrent dans les interstices des pavés, répandent indéfiniment des odeurs infectes, en attendant la pluie ou le courant municipal, que l’on se décide parfois à y faire passer dans la saison sèche. On comprend, à la rigueur, cette pratique

DES ABRIS ET DU VÊTEMENT

[Hygiène

dans les villes bâties sur une colline et dans lesquelles une eau pure et abondante lave incessamment de haut en bas les bords do la chaussée, comme à Fribourg-en-Brisgau (Wiel et Gnehm).

Enfin, l’on rangera dans la môme classe de dispositions primitives et à abandonner définitivement les galeries souterraines sans pente et sans circulation d’eau de nettoyage, que l’on trouve encore dans quelques villes. Ce sont des réservoirs plutôt que des conduits d’évacuation, et l’on croirait que l’intention des constructeurs a été de dissimuler lesimmondices àla vue plutôt que de les éloigner réellement. La preuve de leur insalubrité est que les maisons bâtie^sur ces voûtes trouvent difficilement des locataires.

2° Systèmes à collectionnement des immondices. — Ils sont de deux ordres. Les uns comportent le collectionnement prolongé, ce sont les fosses fixes. D’autres le font le plus court possible, comme les fosses mobiles, les tinettes-diviseurs, les appareils Goldner, Liernur, Berlier, etc. Parmi ceux-ci, la plupart supposent en même temps la canalisation des immondices. On pourrait donc en faire une classe à part, sous le titre de système mixte. Gomme ils ont toujours, plus ou moins, le tort de laisser l’homme à côté de ses excréments, nous les laissons dans les systèmes à collectionnement, qui sont tous à abandonner en principe.

Fosses fixes. — Ce système est probablement de très vieille date ; on le voit encore dans toutes les petites villes fonctionner exclusivement et, dans beaucoup de grandes, résister à l’introduction de procédés progressifs, avec un succès qui ne permet pas de présager sa disparition dans un terme rapproché.

Les fosses d’aisances sont des récipients en maçonnerie, pratiqués à un niveau plus bas que le sol de l’habitation, et auxquels aboutit le tuyau de chute des latrines. On les installe souvent perpendiculairement sous les pièces habitées; la plus vulgaire prudence exige qu’on les tienne au moins latéralement au corps de logis, à 1 mètre du mur d’enceinte, sous les dalles d’une cour, soit que les cabinets soient eux-mêmes un peu à l’écart, soit qu’on donne au tuyau de chute l’inclinaison nécessaire, qui toutefois doit être peu éloignée de la verticale.

La première condition à remplir, dans la construction d’une fosse, c’est de lui donner des parois imperméables. 11 n’est pas absolument malaisé d’y arriver tout d’abord et tant que la fosse a peu servi, dût-on lui donner des parois métalliques; mais l’expérience démontre qu’il n’en est guère qui résistent à un long usage. Peut-être pourrait-il en être autrement de nos jours, où l’industrie du ciment et de la brique cuite a fait de si grands progrès. 11 est évident que le bois doit être repoussé de ce travail; la pierre, la brique, le ciment, l’asphalte, sont les meilleurs matériaux. Le revêtement en ciment doit être intérieur et extérieur; encore les alcalis et parfois les acides du contenu finissent-ils par altérer le ciment, de même que l’ammoniaque forme un savon soluble avec la résine de l’asphalte. Sander conseille de faire une double paroi, bien cimentée, avec un espace libre de 30 centimètres qu’on remplit d’argile plastique ou de béton. A Stuttgart, quelques fosses sont en pierre de taille d’un seul morceau; à

générale.] ÉLOIGNEMEMT DES IMMONDICES. "Il

Augsbourg, on en voit en fonte de fer. Les réservoirs du système Schleh sont en fer revêtu d’asphalte.

Il est à désirer que les fosses ne soient ni très profondes ni de grandes dimensions ; on les videra plus souvent et l’on se rendra mieux compte de leur état d’étanchéité. Une bonne disposition est celle qui consiste à supprimer à peu près le tuyau de chute, de telle sorte que l’ouverture de la fosse soit immédiatement sous la cuvette du siège. On évitera le plus possible les angles dans l'intérieur; le fond sera régulièrement concave. La fermeture supérieure se fera également en matériaux imperméables, fer, pierres de taille, dalles, argile, de manière à supprimer l’action de l’air extérieur et les exhalaisons de dedans en dehors. A l’exception des opercules, suffisamment larges (dalles en fonte), que l’on ménage dans le plafond de la fosse pour être soulevés d’une façon intermittente, au moment de la vidange, il ne doit y avoir communication entre la fosse et l’atmosphère que par le tuyau de chute et par le tuyau d'évent; encore fautil que la première ne soit autre qu’un courant d’entrée, et la seconde un courant de sortie.

Les grands inconvénients des fosses fixes sont les émanations gazeuses, odorantes et peut-être mêlées de molécules organiques, d’une part; de l’autre, 1 es infiltrations dans le sol; enfin, la vidange.

a. Erismann a déterminé, à l’aide de constatations précises et répétées, ce que I3d grammes d’excréments (fèces et urine ensemble dans la proportion de 1 des premières et 3 de la seconde, comme cela se présente dans les fosses) peuvent abandonner à l’air, dans les conditions les plus habituelles, en vingt-quatre heures. Il a trouvé :

Milligrammes.

Acide carbonique 83,6

Ammoniaque ' 15,3

Hydrogène sulfuré 0,2

Substances organiques (carbures d’hydrogène, acides gras, peut-être des organismes) 56,4

Pour une fosse d’aisances d’une ouverture de trois mètres carrés, remplie jusqu’à la hauteur de deux mètres en vingt-quatre heures, il a constaté l’exhalaison de :

Acide carbonique.

Ammoniaque

Hydrogène sulfuré Carbone

Kilogrammes.

Mètres cubes.

Dans le même temps, 18 mètres cubes de matières excrémentitielles consommaient 13k,8o d oxygène. Et ces gaz menacent incessamment de leur invasion les pièces habitées. Le même auteur a pu se convaincre, l’anémomètre en main, que la plupart du temps il se fait un courant ascendant de la fosse vers les étages, tel qu en vingt-quatre heures il peut s échapper par la lunette du siège jusqu’à 1,165 mètres cubes de gaz. Petlenkofer a porté ce chiffre à 1,300 mètres cubes. La proportion d’acide carbonique dans cet air serait de 3 à b p. 1,000, suivant Heelz. Les gaz qui se développent dans la fosse tendent à remonter et à s’échapper par

I orifice du siège lorsque leur tension est supérieure à la pression atmosphérique.

II s en développe d autant moins qu il arrive moins d’air au contenu des fosses. La

7 J 2 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

rupture de l’équilibre de pression est, du reste, sollicitée par toutes les causes qui diminuent la pression extérieure : élévation de la température du dehors, vent. L’ascension gazeuse peut varier entre 0 et 10,000 mètres cubes, en vingt-quatre heures, de telle sorte que, moyennement, une habitation de b00 à 600 mètres cubes d’espace serait aisément remplie plusieurs fois par jour de gaz stercoraux, si l'on n’y mettait obstacle.

b. Les infiltrations à travers les parois des fosses fixes sont extrêmement communes et, souvent à la satisfaction des propriétaires, sont énormes sur certains points. Brouardel constate que, dans les fosses fixes de Paris, la matière solide, qui ne devrait former que la sixième ou la huitième partie de la masse, en constitue environ le lier S^) u même la moitié. Le liquide a passé à travers la maçonnerie dans le sol environnant ou dans d’autres maçonneries.

Wolffhügel examina des échantillons de terre pris sous des fosses fixes et sous des égouts. De six fosses soumises à cette épreuve, d’ailleurs revêtues de ciment, une seule lui liL l’effet d’être d’une imperméabilité parfaite; une seconde se distinguait par la couleur noire du terrain sous-jacent et son état gras; sous deux autres, le sol répandait une mauvaise odeur et, sous les deux dernières, l’infiltration putride était évidente. Une fosse à fumier de 2m,3 de profondeur, en pierre et en mortier à la chaux, avait imbibé le sol au-dessous d’elle jusqu’à la nappe souterraine, et, latéralement, jusqu’à 10 mètres de distance. En comparant les fosses aux égouts, l’auteur trouve (en grammes), par mètre cube de terre :

CD

ce

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