‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 120 sur 268 · DE LA PRISE D'ÉCHANTILLON · texte numérisé non relu

DE LA PRISE D'ÉCHANTILLON

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— du tuyau de chute..

La Salpêtrière

Très rapproché de la fosse.

Loin de la fosse

traces.

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. '13

De ces constatations chimiques, il ne faut rien conclure quant à la pénétration et à la dissémination à distance, dans le sol, des microorganismes de la putréfaction ou d’autres qui peuvent se trouver dans les matières de fosse (Voy. Microorganismes du sol, p. 90).

Assainissement des fosses fixes. — On amoindrit les dangers des émanations par la ventilation des fosses et des cabinets qui y correspondent. En effet, les fosses fixes n’admettent pas l’introduction de l’eau, qui les remplirait rapidement et multiplierait les opérations de vidange. Par conséquent, on ne saurait pratiquer l’obturation hydraulique à l’origine des tuyaux qui s’y abouchent. Quelques particuliers aisés le font, cependant, à l’aide d’appareils, du reste, qui consomment modérément d’eau. C’est impraticable dans les habitations collectives.

Le local qui sert de cabinet d’aisance doit être d’abord très aéré, principalement par des fenêtres qui le mettent largement en communication avec l’air extérieur. Rien ne vaut celui-ci pour oxyder l’ammoniaque et les corps volatils odorants. Nous avons remarqué que les latrines de casernes les plus puantes sont aussi les plus fermées. Il faut se garder de ventiler les cabinets par une cuisine, dont l’atmosphère chaude ferait appel aussi bien sur l’air de la fosse que sur celui du cabinet, qui, luimême, ne doit être extrait que par la fosse.

Tantôt, on ajuste sur le tuyau de chute, immédiatement au-dessous de l’entonnoir (ou cuvette), un tuyau d'évent, de même calibre que le premier, qui s’élève jusqu’au toit ; on l’adosse à une cheminée, on le fait même déboucher dans l’intérieur de celle-ci, ou mieux encore, selon le conseil de Pettenkofer, on entretient à l’extrémité supérieure du tuyau qui réunit tous les tuyaux de chute de la maison, prolongé jusqu’au faîte, un bec de gaz dont la chaleur assure un constant appel. Tantôt, le tuyau d’évent part de la voûte de la fosse (système d’Arcet) ; les gaz de la fermentation s’élèvent par leur légèreté dans le tuyau d’évent qui les dissémine pardessus les toits; l’air descend au contraire par le tuyau de chute et fait appel de l’air extérieur, par les fenêtres, dans le cabinet. Telle est, au moins, la théorie. 11 est probable que les courants sont, en effet, dans le sens prévu, lorsque l’air extérieur est froid, pendant la nuit, par exemple; de là l’empeslement atmosphérique qui monte au nez des Parisiens logés un peu haut, lorsqu’il leur prend envie de respirer l’air du matin par leur fenêtre. Mais dans le jour, par la saison chaude, des courants inverses se produisent fréquemment. D’ailleurs, est-ce bien un avantage que de répandre ces exhalaisons dans l’air même qui entoure immédiatement nos habitations et qui va les y réintroduire ? Friedr. Sander conseille l’emploi d un tube de tôle, assez large, qui, partant de la fosse, va rejoindre dans la cave le tuyau de cheminée des cuisines, prolongé par en bas. Celte méthode peut réussir à extraire les gaz de la fosse, mais on ne voit pas qu’elle les empêche d’envelopper néanmoins la maison.

« Pour qu un tuyau d évent fonctionne, il faut que l’équilibre des gaz soit rompu ;

il s’établit alors un courant dans les tuyaux de chute et le tuyau d’évent dans un sens favorable ou défavorable à l’assainissement de la maison.

« Cet équilibre peut ôLrc rompu soit par une dill'érence de température entre la fosse et l’air extérieur, soit par une forte baisse barométrique qui détermine dans la fosse un dégagement considérable des gaz délétères. Dans ce dernier cas, assez rare, on a toujours constaté une mauvaise odeur dans les cabinets du rez-dechaussée... Le .courant est ascendant dans le tuyau d’évent quand l’air de la fosse et du tuyau a une température supérieure de 1 degré et demi à celle de l’air extérieur. Si celte différence de température est en faveur de l’air du dehors, le courant est renversdket, par conséquent, défavorable; avec un écart plus faible, le tuyau d’évent ne fonctionne dans aucun sens.

« La première condition se présente en hiver et, presque toujours, la nuit; la seconde, dans les journées d’été. » (Lacoste.)

Nous connaissons des casernes dont les latrines sont pratiquées dans un terreplein du rempart ; les tuyaux d’évent traversent de bas en haut ce massif et la cour de la caserne est empuantie, dès que le temps est doux. Il ne faut pas s’en étonner. L’air est plus froid dans le tuyau d’évent, plongé en terre, que dans la cour, abritée par le rempart d’un côté, par les bâtiments de la caserne de l'autre. Le courant est en sens inverse de ce qu’il faudrait.

Dans les maisons neuves de Lille, on fait deux cabinets, l’un aux étages pour les maîtres, l’autre au rez-de-chaussée pour les domestiques, aboutissant tous deux, naturellement, à la même fosse. Nous sommes absolument d’avis qu’il ne faut pas empoisonner les domestiques. Mais, en hiver, dans les maisons en question, c’est le cabinet des maîtres, entouré de pièces chauffées, qui sert de tuyau d'évent à celui d’en has, où la température est à peu près celle du dehors.

Le bec de gaz à l’intérieur, l’appel des cheminées, les ventilateurs mus par le vent dont il a été question (p. 578) régularisent jusqu’à un certain point le fonctionnement des tuyaux d’évent. Mais c’est toujours un appareil dangereux. Brouardel a raconté les conséquences de la rupture d’un de ces tuyaux, qui aurait occasionné la fièvre typhoïde dans la famille de Geoffroy Saint-Hilaire. Supposons qu’ils fonctionnent ; la maison n’y gagne qu’en apparence, puisqu’ils imprègnent d’émanations stercorales l’air qui lui reviendra par l’ouverture des fenêtres.

Pour ce qui regarde la non étanchéité des fosses, il y a des inspecteurs qui, après la vidange, les examinent en dedans , au péril de leurs jours d’ailleurs. Il est difficile qu’ils puissent remarquer autre chose que de très grosses brèches par ce côté. Il n’y a qu’un remède à la perméabilité des fosses, leur suppression.

11 existe, cependant, une modification dans la construction des fosses fixes à laquelle nous devons une mention.

Fosses fixes avec séparation des gaz. Système Schleh. — Ce système, auquel Wiel et Gnehm consacrent quelques lignes et une figure, reproduite ci-après (fig. 160), adopte un réservoir de grandes dimensions, que l’inventeur prétend être absolument étanche, parce qu’il est en fer revêtu d’asphalte. La vidange s’opère par aspiration, en adaptant le tube de la pompe aspiralrice au tuyau p, fermé à vis à son extrémité libre et plongeant par l’autre jusqu’au fond du réservoir d. L’extrémité libre émerge du mur de

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la maison, en un point choisi de telle sorte que l’opération de la vidange passe inaperçue des habitants. On peut évidemment installer celte fosse perlectionnée dans une vieille maison qui ne possède pas de rapports avec la canalisation générale de la ville. Mais ce ne sont pas ces avantages modestes, ni ce dispositif, qui caractérisent surtout le système. L’idée oiiginale dont il cherche la réalisation est celle de la séparation des gaz putrides d avec la masse excrémentitielle, de façon à épargner les mesures

de ventilation, les risques encourus par l'air, et à rendre plus aisément

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7 LG

DES A «RIS ET DU VÊTEMENT. [Hygièue

un sel manganique el retient l’ammoniaque et l’hydrogène sulfuré ; le second, qui contient de l’acide sulfurique, décompose les gaz organiques carburés, les acides gras; l'acide carbonique qui résulte de cette action s’échappe par le tube g, prolongé jusqu’à une cheminée ou jusque sur le toit. Nous ne connaissons pas d’application de ce système ingénieux; il se pourrait que la pratique ne remplît pas les promesses de la théorie.

Désinfection des fosses. — On peut chercher, de temps à autre, à ralentir la fermentation dans la masse fécale des fosses et, non point à stériliser ces matières, mais à paralyser la vitalité des organismes qu’elles nourrissent.

Les effets de divers désinfectants ont été étudiés, à cet égard, par Erismann. Pour 1 mètre cube de matières de fosse traitées, il a trouvé

après vingt-quatre heures :

Gaz exhalés.

Oxygène

absorbé.

Azlfi

SH

grammes.

Sans désinfection

Avec le sublimé

— le sulfate de fer

— l’acide sulfurique dilué. . .

— la terre de jardin

— le charbon de bois

Le sublimé serait donc le meilleur de tous les désinfectants; malheureusement, dans les circonstances actuellement envisagées, il est cher et dangereux. L'acide sulfurique dilué est impraticable, parce qu’il attaque les pièces en métal et le mortier ou ciment. Nous reparlerons de la terre ; mais il est facile de concevoir dès maintenant l’embarras que causerait, dans les villes et pour les latrines fréquentées par un grand nombre d’individus, l’usage de cette substance ainsi que celui du charbon de bois, des cendres, corps très absorbants, mais dont il faut de très grandes quantités (4 kil. de terre pour 1 lit. d’urine; 2 kil. pour 1 de matière stercorale, soit 1,780 kil. par an pour une personne). Reste donc le sulfate de fer ; or, on voit qu’il ne diminue guère que de moitié le poids des gaz qui arrivent dans l’atmosphère.

L q sulfate de fer ou vitriol vert, en contact avec l’ammoniaque, lui abandonne son acide, et l’oxydule de fer libre forme du sulfure de fer avec l’hydrogène sulfuré. Ou bien encore il s’oxyde à l’air et détruit les combinaisons peu stables. Or, l’oxydule, devenant de l’hydrate d’oxyde de fer, agit de nouveau sur l’hydrogène sulfuré, empruntant de l’oxygène aux combinaisons organiques les plus stables, de façon à régénérer du sulfate de fer, qui recommence la série des effets. C’est donc un désinfectant perpétuel (Kuhlmann). Petlenkofer et la Conférence du choléra, de Weimar (1867), l’ont recommandé. Griesinger, Kühne, Virchow, lui sont au contraire hostiles. Le premier effet de cet agent est d’augmenter la mauvaise odeur en rendant libres, par son union avec l’ammoniaque (sulfure d’ammonium), les acides butyrique, valérianique, etc. Comme second effet, il opère la désodoration. Plus tard, les mauvaises odeurs peuvent reparaître. Il a l’avantage de n’être pas coûteux. On se sert d’ailleurs d un sel très impur et môme de pyrolignite de fer. On ne cite pas d’épidémie de

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES.

choléra, de typhus ou de fièvre typhoïde qu’il ait jamais arrêtée dans ses progrès; néanmoins, le mérite de diminuer de moitié les gaz des fosses est précieux dans quelques cas; par exemple dans la vidange des cloaques vastes et où les matières ont croupi; on devrait toujours l’employer lorsqu’il y a à craindre l’asphyxie des ouvriers. On néglige souvent cette précaution parce que les agriculteurs, paraît-il, n’acceptent plus volontiers les matières traitées par ce sel. Les règlements militaires (1855) en ont recommandé l’usage, que repoussent les entrepreneurs de vidange dans le Nord. Il faudrait, d’ailleurs, désinfecter plusieurs jours avant la vidange et non au moment de l'accomplir (voy. p. 499).

L e sulfate de zinc, plus cher, peut remplacer le sulfate de fer. Letheby recommandait comme désinfectant exclusif des fosses Y acide phénique, pur ou à 5 p. 100. Pour les urinoirs, les égouts, la solution au 2000e suffirait. Parkes a répété cette prescription.

Lmery-Desbrousses attache une grande importance, comme moyen de désinfection des fosses et des égouts, à l'hydrocarbure phéniquê, connu sous le nom d'huile lourde de houille, également dérivé du goudron de houille par distillation (entre 200 et 300 degrés). Outre l’effet ordinaire d'embaumement, cet agent parait jouir d’une sorte d’action mécanique ; l’huile, en formant une couche mince à la surface des malières de la fosse, empêche à la fois l’accès de l’air et l’issue des gaz, par conséquent fait obstacle matériel à la fermentation. L’auteur de ces observations compare sous le rapport de la fièvre typhoïde les deux années 1876 et 1877, pendant lesquelles la garnison de Caen ignorait l’usage de l’huile lourde, avec les deux années suivantes, 1878 et 1879, qui furent marquées par l’introduction et la pratique de ce désinfectant ; il constate :

j 187G 284 cas

Ce court tableau suffit à faire voir que la poussée épidémique diminuait spontanément en 1877, sans que l’huile lourde y ait été pour rien; et que ce désinfectant n’a point supprimé la fièvre typhoïde (en 1879) après deux années d’application. Il en est de même de beaucoup d’autres et nous verrions avec plaisir que la suppression des fosses fixes et des latrines à la turque dans nos casernes dispensât les médecins de l’armée de se mettre en trais d’imagination pour lutter contre les foyers débordants de putréfaction, que la routine entretient dans les plus intéressantes des habitations collectives.

Un certain nombre de désinfectants composés, portant le nom de leurs inventeurs (désinfectant Pétri, Suvern, Saint-Luc, etc.), et quelquefois tenus secrets, ne sont autre chose qu’un mélange de plusieurs des corps dont il vient d’être question. Le mélange Suvern, qui a obtenu quelque vogue en Allemagne, est fait avec un boisseau de chaux éteinte et amenée à l'état de bouillie, dans lequel on ajoute en remuant la masse 1» kilogrammes de goudron de houille, puis 7 kil. 60 de chlorure de magnésie dissous dans l’eau chaude. L’inventeur avait la prétention, outre la désinfection a assurer, d obtenir par ce liquide un précipité très riche comme engrais et utilisable pour 1 agriculture. Il paraît que celte espérance ne se réalise pas.

Vidange des fosses. Malgré le soin que l’on a eu d’écarter l’eau des

-36 décès typhoïdes.

718 DES ARRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

cabinets et de la fosse, malgré les fuites qui ont réduit des cinq sixièmes le liquide, il vient un moment où le récipient menace de déborder. Il faut le débarrasser de son contenu.

Il existe pour le faire d’assez nombreux procédés ; les plus parfaits ne sont peut-être qu’une grande atténuation des inconvénients de cette opération.

Le procédé primitif, avec le seau à main, est simplement horrible. Outre les dangers qu’il fait plus immédiatement courir aux ouvriers, c’est celui-là qui répand dans la maison et dans la rue, de la façon la plus prolongée, les odeurs les plus intenses. Il est resté en honneur dans plusieurs villes de l’étranger et de France, particulièrement à Lille, où il fait une concurrence sérieuse aux compagnies de « vidanges inodores ».

A peu près toute l’année, mais surtout au printemps et en automne, la cité est sillonnée, de 6 à 8 heures du matin, de chariots rustiques, chargés de tonneaux dans le flanc desquels un trou carré est obturé avec une touffe de paille ; deux hommes apportent chacun de ces tonneaux successivement auprès de l’ouverture de la fosse ; on puise dans celle-ci avec des seaux ou des cuillers à pot de grande taille dont on remplit les tonneaux ; chaque fût plein est reporté sur la voiture, plus ou moins souillé des mêmes matières qu’il renferme dans ses douves. C’est un rude instant à passer pour les habitants de la maison et les voisins, eL même pour quiconque, ayant des occupations matinales, est obligé d’être dans la rue à ces heures-là. On ne s’en plaint pourtant pas trop dans Lille ; la population parait être familiarisée avec ces objets et ces senteurs. Le conseil de salubrité local lui-même a failli préférer, pour l’hôpital Sainte-Eugénie, les fosses fixes (étanches, bien entendu) à toute autre méthode ; ce qui n’est pas moins remarquable, le gouvernement a récompensé le rapport qui formulait ces conclusions et un journal d’hygiène fort sérieux ne l’a pas trouvé étonnant de la part d’un Conseil dont il paraît, d’ailleurs, que « l’éloge n’esl plus à faire ».

On pourrait user d’indulgence envers ce procédé, s’il était démontré qu’il n’est rien de plus que fétide, quoique ce soil déjà attenLer gravement à de certaines organisations. Mais qui dira que ces émanations, qui font tourner la bière et empuantissent le lait, sont aussi inolfensives pour l’économie humaine que révoltantes pour l’odorat? Sander croit avoir remarqué que le lait ainsi infecté contribue à multiplier les cas de diarrhée infantile. Or, à ces heures de vidanges matinales, les porteurs de lait à domicile se croisent précisément avec les chars qui emportent à la campagne leur récolte excrémenlitielle. J’accorde que l'agriculture y trouve un riche aliment et qu’elle est d’ailleurs digne de tout notre intérêt; mais n intervertissons pas l’ordre des choses et ne commençons pas par empoisonner les humains pour pouvoir leur offrir du pain ensuite.

Que l’on n’argue pas du peu de danger qu’ofîrent les matières dites fraîches et des garanties que procureraient précisément les vidanges fréquentes, répétées deux ou trois fois l’an. On ne sait pas bien à quel degré de putréfaction les excréments sont positivement dangereux et il faut se rappeler que la fermentation commence dans l’intestin même. Des hygiénistes anglais estiment que les fosses fixes ne devraient être tolérées que sous la condition d’une vidange hebdomadaire. Il est apparent que ce serait déjà un fléau substitué à un autre. Pourtant, ces limites paraissent encore trop étendues à quelques autres, et, logiquement, ce n’est pas être trop exigeant que de réclamer l’enlèvement journalier des matières fécales. Nous voilà conduit à la suppression des fosses fixes et à leur remplacement par les « fosses mobiles ».

géucralc.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 719

Les règlements municipaux d’à peu près toutes les villes prescrivent d exécuter pendant la nuit les opérations de la vidange, surtout celles qui relèvent du procédé indécent et insalubre de la vidange au seau. C’est épargner les yeux, mais l’hygiène n’y gagne rien. Pour un peu, je regretterais nettement celte prescription. Y a-t-il rien d’odieux comme d’èlre réveillé par la trépidation du sol sous le passage de ces lourdes voitures, occupant seules la rue et remplissant le silence de la nuit; par le hennissement des chevaux et les jurons des ouvriers, à qui personne n’a commandé de ménager le repos de ceux dont ce n’est pas le métier d’être à l’ouvrage à cette heure? On ne voit rien, sans doute, mais l’imagination achève trop aisément ce que les oreilles entendent. Si l’opération a lieu dans la maison ou à son voisinage, il n’est même pas besoin d'interpréter le bruit; l’odeur envahit la pièce et réveille les dormeurs par l’impression qu’elle cause sur les sens ; c'est un réel supplice, sinon un danger, que d'être dans son lit sous une pareille atmosphère. Au moins, en plein jour, on peut fuir, ne pas franchir le point de la rue où stationnent les voitures, ou passer très rapidement..., et l’on restera assuré du repos nocturne.

Il semble qu’à noire époque, partout où des raisons plus ou moins plausibles, mais acceptées comme valables par les administrations, font conserver la vieille coutume des fosses fixes, il ne devrait être admis d’autre système de vidange de ces réservoirs que la vidange par propulsion ou surtout par aspiration , qu’il est possible de rendre inodore et de pratiquer à toute heure. Peltenkofer loue ce procédé. L’industrie a trouvé un assez grand nombre d’appareils pour sa réalisation; elle vient, pour ainsi dire, au devant des habitants et il est vraiment étonnant que ses services, si précieux en pareil cas, ne soient pas acceptés avec plus d’empressement. Il existe, à Lille, une compagnie de vidanges par aspiration ; elle a peine à trouver des clients.

La vidange par propulsion ou par refoulement s’exécute à l’aide d’une pompe foulante à bras et d’un tonneau solide, en bois ou en métal, de grandes dimensions, qui est transporté sur roues à proximité de la fosse à vidanger, avec laquelle on le met en rapport par des tuyaux imperméables; il s’agit de faire passer par refoulement le contenu de la fosse dans le tonneau mobile. L 'aspiration a lieu : ou bien par des tonnes dans lesquelles on a préalablement fait le vide à l’usine même ; ou bien, à l’aide d’une pompe à bras, annexée à l’appareil transportable; ou enfin, par une petite machine à vapeur locomobile.

La figure 161, empruntée à Alb. Buck, reproduit un type du Tank-system , muni d’une pompe de l’invention de Painter et Keizer (à Baltimore). Les tuyaux de ces machines sont en caoutchouc et de 1 décimètre de diamètre ; ils doivent pouvoir être aisément obturés pour éviler toute déperdition de gaz ou des liquides quand on les démonte après l’opération terminée. Il est indispensable que le tonneau (<an/c) porte une jauge automatique, indiquant à chaque instant le degré de réplétion du réservoir, afin de ne pas s exposer à y produire un trop-plein. En outre, partout où il peut s ellectuer un dégagement de gaz, on doit avoir installé un petit fourneau qui les brûle au passage. Cette disposition se voit à la partie supérieure du tonneau, dans la figure. L’appareil dit à barils (B arrel- system) a sur

"20 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

l’autre cet avantage, que les matières enfermées dans ces barils peuvent aisément être transportées à distance, par eau, par chemin de fer, ou autrement, dans l’intérêt de l’agriculture.

Les ouvriers oublient souvent d’allumer le fourneau qui doit brûler les gaz. On a essayé de le remplacer par une caisse désinfectante à deux compartiments, renfermant une solution de sulfate de cuivre et du chlorure de chaux. Comme la sortie des gaz à travers ces préparations néces-

Fig. 161. — Appareil à vidanges inodores (Tank-system).

site un travail de refoulement plus considérable, les ouvriers les font passer à côté de l’appareil laveur (Lasgoutte).

L’appareil dit système Talard est, aujourd’hui, assez répandu à Lille et en d’autres villes du Nord. C’est une pompe à aspiration à vapeur, opérant très vite et brûlant les gaz dans le foyer de la machine à vapeur, qui est, d’ailleurs, locomobile. Malheureusement, l’entrepreneur, à Lille, ne fait que transporter les matières à un dépotoir, à l’une des portes de la cité. Les cultivateurs y viennent faire leur provision de matière verte.

Bordeaux fait faire ses vidanges par le système hydro-barométrique; de grandes tonnes en fer, dans lesquelles on a fait le vide à l’usine, sont amenées sur des voitures jusqu’au voisinage de la fosse à vider; on établit la communication de la tonne à la fosse à l’aide d’un tuyau, on ouvre un robinet et les matières se précipitent dans la tonne vide. Il y a de l'odeur au moment de l’adaptation du tuyau ; mais il est possible d’y obvier en laissant dans la fosse un tube h demeure, dont le raccord au tuyau de la compagnie est rapide, quand le moment est venu. D’ailleurs, la ville a fait murer toutes les communications des fosses avec l'égout. Les matières sont transportées par un vaste émissaire qui se déverse dans la Garonne.

L’opération de la vidange est précédée du brassage des matières, dont

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES.

la surface est, d’ordinaire, à l’état de croûte assez ferme {chapeau). G’csl au moment où l’on déchire le chapeau que I e plomb est surtout dangereux pour les ouvriers, à cause de l’abondance du dégagement des gaz emprisonnés sous celte croûte.

Vidange pneumatique par le système Liernur. — On a pensé que, si l’on pouvait enlever tous les jours les matières fécales de chaque habitation par un procédé qui épargnât à la vue, à l’odorat et en somme à l’atmosphère, les inconvénients de l’opération, par exemple en l’accomplissant par aspiration souterraine, les fosses fixes et leurs « nuisances » se réduiraient â un minimum supportable et, môme, que les fosses fixes particulières seraient aisément supprimées, les matières se rendant, sans intermédiaire, du tuyau de chute dans le réservoir où l’aspiration les amènerait. Obtenir un pareil résultat serait évidemment d’un grand prix pour les villes en pays plat, absolument sans pente, dans lesquelles l’usage des canaux souterrains pour l’éloignement des immondices est un problème difficile à résoudre, et la chasse d’eau nécessaire une source de complications et une lourde charge financière. 11 en va ainsi des villes de Hollande, bâties sur un sol non seulement plat, mais souvent au-dessous du niveau de la mer. C’est, apparemment, en vue des conditions spéciales’ à son pays que l'ingénieur hollandais Liernur, ancien capitaine du génie ali service des États-Unis, a imaginé le procédé qui porte son nom et qui, à défaut d’autre mérite, a du moins à un haut degré celui de faire du bruit et de susciter les opinions et les jugements les plus contradictoires et, l’on peut dire, les plus passionnnés.

Le système Liernur consiste essentiellement à créer une sorte de fosse fixe, étanche, et commune à tout un groupe de maisons, dans laquelle, à l’aide de la raréfaction mécanique de l’air, des tuyaux également étanches apportent les matières confiées à chaque cabinet de maison, en supprimant la fosse particulière. Les matières, reprises dans le réservoir de chaque groupe par le même mécanisme, arrivent dans un réservoir terminal, où on les traite de différentes façons pour s’en débarrasser le plus aisément et en faire bénéficier le plus possible l’agriculture.

Primitivement, et lors de la visite de Reinhard et Merbach, envoyés par le gouvernement saxon (1873), pour visiter les installations de Liernur à Amsterdam et à Leyde, la fosse particulière était supprimée ; mais les matières restaient pendant Irois jours dans le siphon intermédiaire à la cuvette des latrines et au tuyau de chute. Il y avait obturation fécal • entre l’égout et le cabinet d’aisances ; Liernur et Overbeek de Meijer trouvaient môme cette conception admirable. Depuis lors, on s en est beaucoup moque (Virchow, en particulier) et l’inventeur a cherché à l'aire mieux, surtout à abréger davantage la durée du séjour des excréments dans la maison. Nous empruntons les détails qui suivent à Van Overbeek de Meijer, l’un des défenseurs les plus convaincus de cette méthode.

Le système de Liernur s’intitule aujourd’hui différenciateur, parce qu’il sépare absolument les tubes souterrains, destinés aux matières fécales des tuyaux plus considérables (fig. 162) qui doivent donner passage aux eaux pluviales, industrielles, ménagères, et môme aux eaux du sous-sol s’il y a lieu. Il dispose tout, évier des cuisines, bouches d égout pour l’entrée des eaux pluviales, de manière à interdire AnNour.o, Hygiène. 2» édit. 40

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l’accès des tuyaux de circulation liquide à toute ordure de quelque volume, à la boue, aux balayures; le filtrage de leurs eaux est imposé aux industriels. De telle sorte que le liquide charrié par les égouts proprement dits est à peine souillé et

Fig. 1G3. — Coupe longitudinale. Injecteur d’égout.

Fig. 1G2.

Système différenciateur. Coupe en travers. Égout de rue (*).

peut être versé sans crainte dans le cours d’eau. Il n’y a pas à se préoccuper beaucoup de la pente des canaux, puisque ces eaux ne sont pas sales; d’ailleurs, on utilise l’eau de pluie pour le lavage de ces égouts à l’aide d’un injecteur (fig. 163).

L’autre système de canaux, celui qui aboutit au réservoir de rue et sur lequel s’exerce l’action aspiratrice, ne doit recevoir que les fœces et les urines. Il est en tuyaux de fonte et transporte une masse encore suffisamment liquide, contenant une partie de matière sèche sur 12 à 15 parties d’eau. Dans leur parcours souterrain, ces tubes sont plusieurs fois infléchis en siphon (fig. 164); cette disposition assure mieux la vidange complète par aspiration. Les tuyaux de chute de chaque

latrine se réunissent en « tuyaux de rue », ceux-ci aboutissent à un « réservoir de rue », qui est lui-mème relié à l’usine, située hors de la ville, par un « conduit expéditionnaire ». Les pompes sont à vapeur. Le vide est fait directement dans les réservoirs de rue, pendant que des robinets dont sont armés les tuyaux de rue suspendent leur communication avec le réservoir. Au moment convenable, un ouvrier tourne successivement ces robinets et les matières des latrines correspondant à chaque luyau se précipitent dans le réservoir de rue. Pour vider celui-ci,

(*) Ea ligue ponctuée indique le niveau des caves.

(*') A gauche, tuyau de chute; on bas, tuyau latéral débouchant dans le tuyau principal.

générale.] ÉLOIGNF.MENT DES IMMONDICES. 723

on fait le vide dans un conduit latéral qui communique avec le conduit expéditionnaire ; puis on interrompt cette communication et l’on ouvre le robinet, qui évacue le conduit expéditionnaire dans le réservoir.

Les cabinets et siège à cuvette ordinaire peuvent s’adapter au système Liernur, pourvu qu’il y ait au bas de la cuvette un siphon ou un coupe-air. Il faut seulement ne pas oublier que le système hollandais exclut l’emploi de l’eau comme obturateur et même comme moyen de lavage. Les partisans du procédé prétendent, avec raison à ce point de vue, que les matières pâteuses obturent beaucoup mieux qu’un liquide ténu. Mais l’inventeur n’accepte la responsabilité du fonctionnement de sa méthode qu’autant que l’on y aura joint les sièges et urinoirs, qu’il a imaginés tout exprès.

Le « siège pneumatique » se distingue « par la direction verticale de la paroi postérieure de l'entonnoir»; on pense qu’ainsi les matières fécales ne la saliront pas (il ne faul pas d’eau), la paroi antérieure étant lavée suffisamment par l’urine qui s'échappe au moment de la défécation. — On sait partout que d’ordinaire le premier de ces actes précède l’autre. — « Cet entonnoir est garni à sa partie supérieure d’une cuvette intérieure très courte qui est séparée du premier par un espace de 2 centimètres; cet espace est muni d’un tuyau ventilateur qui s’ouvre autant que possible dans une cheminée, ou qui dépasse le toit et porte alors un aspirateur

Kig. 165. — Closet à air. Modèle avec rehaussement Fig. 166. — Closet à air. Modèle du siège. Coupe verticale (*). sans rehaussement du siège (").

de Wolpert. Le siphon enfin aboutit à un tuyau de chute vertical, qui relie les différents « closeLs » de la maison, dépasse également le toit et est muni d’un aspirateur de Wolpert. En outre, M. Liernur a donné un modèle de cuvette d’urinoir qui réduit autant que possible la surface mouillée par l’urine, et qui force les personnes à ne se servir que de cette surface limitée ; on n’a donc pas besoin d’eau pour le laver ». (Van Overbeek de Meijer.)

Les matières ne passent du siphon sous la cuvette dans le tuyau de chute que par débordement et. non par action pneumatique; quand l’aspiration a lieu, la pression se fait par l'air du tuyau de chute et sur les matières déjà tombées’ en (*)

(*) a, devant de l'extrémité supérieure de l'entonnoir <1, tuyau de débordement ; e, poids obturateur

6, tuyau de chute ; c, tuyau de communication ;

d, tuyau

724 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

bas de celui-ci. Pour les délicats à qui 1 obluration fecale déplairait, l'inventeur ménage un flacon d’eau de senteur qui envoie automatiquement un jet parfumé dans la cuvetle, quand le visiteur se relève du siège. Enfin, il a construit des modèles « avec rehaussement de siège » (fi g. 165), ou sans rehaussement (fig. 16G), fort ingénieux et qui ont pour effet d’éloigner notablement la matière stercorale obturante des yeux du visiteur, mais surtout d’empôcher de jeter de l’eau dans la cuvetle; en effet, dans ces nouveaux closels à air, les matières ne se vident plus dans le tuyau de chute par le débordement du siphon; elles sont forcées d’attendre l’action pneumatique, s’emmagasinent, s’accumulent, et si quelque serviteur étourdi s’avise de projeter dans la lunette un excès d’eau sale, eau de toiletle, urine des vases de nuit, il en est puni par le débordement des matières, de l’entonnoir dans le cabinet! Avertissement sévère, mais malpropre.

Nous ne nous occuperons pas ici de l’utilisation des matières fécales comme engrais, prévue par Liernur et offerte aux municipalités comme un gain réel et une séduction décisive. Cet aspect du système esL au moins aussi contesté que le reste et assurément n’intéresse qu’indirectement l’hygiène. La propreté des villes est un gain positif en ce qu’elle élève la santé et la vigueur des habiLanls, qui travaillent et produisent; mais nous n’allons pas jusqu’à prétendre qu'elle fasse d’abord affluer des fonds à la caisse municipale. On ne demande pas aux villes, a dit un hygiéniste, ce que leur rapporte l’entretien des sergents de ville ou des sapeurs-pompiers.

Bien que Liernur ait fait à ses critiques la concession d’admettre les eaux ménagères et môme l’eau pure dans la canalisation pneumatique, la matière fécale y est toujours beaucoup trop en évidence et le mécanisme beaucoup trop compliqué. Aussi, pour quelques partisans enthousiastes, Reclam, Villième, Van Overbeek, de Bruyn-Kops, Bergsma, s’esl-il faiL un grand nombre d’adversaires non moins catégoriques, Varrentrapp, Rawlinson, Hobrecht, Durand-Claye, Sander, Lent, Kalff, F. Fischer, Schmick, Kaftan, etc.

La Commission de l'assainissement de Paris, de 1882, qui visita l’installation du système Liernur, à Amsterdam, semble être resiée froide en face de l’ingénieux mécanisme et personne n’a songé à le proposer en France.

Système Berlier. — Ce système réduit notablement le temps du séjour des excrétions dans la maison et les dissimule mieux que les appareils de Liernur. Il a de commun avec eux les petites conduites d’évacuation (de 8 à 10 centimètres de diamètre) et le fonctionnement par aspiration pneumatique. Il peut fonctionner sans eau, mais il prévoit régulièrement un volume d’eau de 2 à 3 fois celui des matières fécales. Il est appliqué partiellement à Lyon et à Paris. Les machines à faire le vide sont à 3 ou 4 kilomètres des points à desservir.

Dans la maison, à l’aboutissant du tuyau de chute, est installé un appareil récepteur , mis en rapport avec un évacuateur qui s’ouvre sur la conduite à vide.

Le récepteur est une boîte rectangulaire, renfermant un panier troué dans toutes ses parties, destiné à retenir les corps étrangers volumineux, en laissant passer les excréments solides ou liquides. Ce panier s’enlève, quand il est plein, ou se vide par un mouvement de rotation dans un récipient porté par l’ouvrier qui fait le nettoyage. Au besoin, on le remplace par une simple grille, comme on le voit en K (fig. 167), sur laquelle un arbre à palettes M triture les solides par sa rotation. Plusieurs récepteurs peuvent être desservis par le môme évacuateur.

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES.

L' évacuât eur A est un récipient cylindrique, faisant vase communicant a%ec les récepteurs et dans lequel les matières lluides de ceux-ci arrivent par le bas de la paroi, latéralement. Au milieu de la paroi du fond, débouche le tuyau asPna lion, dont l’orifice est obturé par une sphère C ou clapet en caoutchouc, ratlac i^ lui-même à l’extrémité d’un flotteur F. Lorsque les matériaux qui arrivent incessamment des récepteurs dans l’évacualeur, sont en assez grande abondance dans celui-ci pour soulever le flotteur, le clapet monte avec lui et toutes les matières se précipitent dans le tuyau d’aspiration, grâce à la différence de pression, puis le clapet retombe. Dans les conditions habituelles, ce mouvement a heu toutes les

huit heures.

Fig. 107. — Système Berlier. Coupe des appareils récepteur et dvacuateur.

Le système Berlier donne des résultats satisfaisants. La nécessité d’une usine d’aspiration n’est pas une raison de le repousser. Il paraît qu’il ne se produit pas d’obstruction dans ses conduites de petit diamètre. Mais il y a, au point de départ, un mécanisme très ingénieux et, à notre avis, c’est une faiblesse. Pour des raisons faciles à concevoir, il faut le moins de mécanisme possible dans l' évacuation des immondices.

Système Shone. — A l’inverse des précédents, l’ingénieur anglais Slione opère à l’aide de Y air comprimé. La ville à desservir est divisée en plusieurs quartiers peu étendus, ayant chacun son lieu de déversement, au point le plus déclive et indépendant du voisin. Au point choisi est établi un éjecteur, c’est-à-dire un récipient qui est à la fois en rapport avec la machine qui envoie l’air comprimé, avec les tuyaux d’amenée de rue et avec ceux d’évacuation. Les communications s’établissent automatiquement, parle jeu d’un flotteur qui, introduisant l’air comprimé quand l’éjecteur est rempli, ferme du même coup la soupape de la conduite de rue et ouvre celle d’évacuation. A Easlbourne, petite ville de bains de mer, où le sys-

726 DES ABRIS ET DIJ VÊTEMENT. [Hygiène

tème a été appliqué pour la première fois, les matières sont conduites h la mer, ce qui est fâcheux, par des tuyaux de 15 centimètres. C’est donc un procédé spécial d’évacuation par canalisation. Nous l’avons décrit avec les systèmes à collectionnement, à cause de ce lieu de déversement, qui a bien l’air d’une fosse fixe, vidangée ii de courts intervalles. Gibert (du Havre) et J. Utfelmann (de Rostock) ont rendu bon témoignage à ce mécanisme. Nous restons sur la réserve.

Système Amoudruz. — A Genève, on a de petites fosses intermédiaires à l’égout et au tuyau de chute, qui est protégé contre elles par un coupevent. Elles doivent être vidées à l’égout, au moins deux fois par an. Amoudruz a imaginé de faire cette opération en introduisant, par un trou du couvercle de la fosse, hermétiquement fixé, une sorte de lance de pompiers par laquelle on projette dans le réservoir une masse d’eau, ayant une pression suffisante pour le débarrasser en quelques minutes des matières fécales qu’il contient et le remplir d’eau propre. Il n’est pas douteux que ce traitement ne corrige d'une façon avantageuse cette singulière pratique du réservoir entre l’égout et le tuyau de chute, qui pourrait faire songer à quelque influence fécale dans l’étiologie des fièvres typhoïdes de Genève, si la mode n’était à accuser d’abord l’eau (ici, celle du lac « la plus pure du monde »).

Système Goldner. — 11 consiste en une fosse étanche de 500 litres de capacité, remplie d’eau de telle façon que celle-ci déborde par un des bords du récipient. Le tuyau de chute plonge, par son extrémité inférieure, dans cette eau jusqu’au tiers environ de la profondeur de la fosse. Du fond de celle-ci et de sa partie moyenne, partent deux tuyaux de décharge. Les matières fécales et l’urine, étant plus lourdes que l’eau, restent au fond ou au milieu de la masse, en déplaçant seulement une certaine quantité d’eau, à chaque chûte de matières. Lorsque les excréments l’emportent d’une façon suffisante, on ouvre une vanne qui fermait le tuyau de décharge et les matières se rendent rapidement à la destination qu’on leur a assignée; l’égout, sans doute, ou quelque petit dépotoir peu éloigné de la maison. Le tuyau d’évacuation moyen est destiné à ne soutirer que des liquides, si l’on en éprouve le besoin.

Ce procédé bizarre a été loué avec réserves par Baumeister, Birnbaum, Lang (à Carlsruhe; Goldner est de Baden-Baden), et formellement prôné, à Paris, par Laborde ; sans succès, d’ailleurs, parce qu’il est détestable. C’est une fosse à vidange fréquente et exigeant une autre fosse ; il moins qu’elle ne serve d’intermédiaire entre le tuyau de chute et 1 égout, ce qu il est tout indiqué de supprimer.

Vidange à sec. Traitement des matières 'par la terre. — Pour terminer cet exposé, nous rappellerons que l’on a tenté d’opérer la vidange à sec des fosses fixes, en utilisant les propriétés désinfectantes des poussières sèches et surtout celles de la terre, dont nous parlerons tout à l’heure. Eulenberg décrit un système constitué par deux fosses accolées ; dans la première tombent les excréments; dans la seconde se trouve un mélange désinfectant : chacune d’elles est divisée inégalement dans sa profondeur par une

générale.]

ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. ~2

voûte poreuse ou simplement grillée, et le bas de la cloison verticale est également grillé. La partie liquide des matières filtre de la première en passant dans la seconde, d’où elle s’échappe par la partie supérieure ; la masse solide restante est vidangée à la pelle (!). Voilà, certes, une méthode peu séduisante. Mais que l’on ait projeté par intervalle de la terre sèche ou des cendres dans la pâte fécale de la première fosse, et l’on aura certainement une masse désinfectée, tout au moins maniable, s’il est dit qu’on doive l’extraire par le procédé très primitif qui est indiqué.

De môme pourrait-on traiter par la terre sèche les fosses d’aisances des maisons de village, où la vidange est toujours pratiquée selon le mode le plus grossier, et opérer sur le dépôt excrémentitiel à peu près comme sur du terreau. Dans les villes, on n’a pas toujours aisément le terreau à sa disposition, et les cendres de chaque maison ne sont pas abondantes ; néanmoins la méthode sera bonne encore là où l’on aura le moyen de l’appliquer. En Belgique, en Hollande, en Angleterre, c’est la coutume de jeter chaque matin les cendres dans les fosses d’aisances. A H u 1 1 , 30,000 maisons le font systématiquement.

Le traitement de la matière des fosses par la terre sèche est essentiellement une pratique des camps, dit Vallin. Elle date de Moïse. Deux médecins militaires français, Fée et Vallin, l’ont remise en honneur. Du reste, trente ans avant les essais du Révérend H. Moule, les agriculteurs Chaptal, Philippe de Ré, Salmon et Payen, Maxime Paulet, avaient fait connaître le parti que l’on peut tirer du traitement des fèces par la terre sèche. A la vérité, il s’agissait de la fabrication d’engrais.

Les propriétés désinfectantes de la terre varient avec la nature de celle-ci. « La neutralisation d'une évacuation solide (ISO à 200 grammes) est obtenue, dit Vallin, par les quantités minima qui suivent: argile, un demi-litre ou 700 grammes, et même moins ; — terre dejardin ( loam des Anglais), trois quarts de litre ou 800 grammes; — terre de bruyère ou terreau, un litre au moins ou 1 kilogramme. » Il n’en est plus de même pour la désinfection de l’urine : « Un litre d’urine reste à peu près inodore quand il est mélangé avec : terre de bruyère, 2 kilogr. et demi ou 2 lit. 50; — terre dejardin, 3 kilogr. ou 2 lit. 50; — argile, 7 kilogrammes ou 5 litres. » Le pouvoir désinfectant de l’argile pour l’urine est donc remarquablement inférieur.

La terre à désinfection doit être sèche, sans quoi sa propriété de retenir les gaz reste faible (Rolleslon) ; aussi, en Angleterre, la fait-on sécher au four et, au camp de Wimbledon, sur des plaques de fonte chauffées. Le soleil, en Afrique et dans 1 Inde, peut se charger de cette dessiccation ; à Madras, on arrosail au contraire la terre durcie par la sécheresse, afin de pouvoir l’attaquer à la pioche (Moual), et le procédé restait sans succès.

II est très important que la terre sèche et en poudre soit répandue à la surface des matières aussitôt après la défécation ; une fois que la fermentation a commencé, le résultat est évidemment moins aisé à obtenir et moins complet. En pratique, Vallin propose, comme nous l’indiquions plus haul et sans recourirau véritable système Moule, qui est à réservoir mobile, d’appliquer la désinfection par la terre sèche à des fosses fixes de petites dimensions, vidangées tous les trois ou tous les six mois, telles qu on peut les avoir, à défaut de mieux, dans de petites villes,

dans des usines un peu écartées et dans la plupart des groupes d’habilations rurales. La vidange se fait réellement à sec et très aisément, sans dégagements d’odeurs ni de gaz offensifs.

D’après ce qui a été dit, on évitera le plus possible de recevoir les urines dans ces fosses, sauf celles qui sont expulsées dans une exonération complète; encore est-il possible de donner un autre cours à l’urine, même dans cet acte, sauf quand le cabinet est visité par des femmes (Voy. plus loin, Système diviseur).

Le terreau retiré peut servir une seconde et peut-être une troisième fois, après avoir été mis à sécher; ce qui a lieu sous un hangar et s’accomplit sans odeur. En effet, de ce que la terre renferme des matières organiques, il ne s’ensuit pas quelle cesse de pouvoir décomposer d’autres matières organiques.il serait peut-être même plus vrai de dire que pour jouir de cette propriété, il faut qu’elle renferme des matières organiques, ou mieux, certains organismes (Müntzet Schlœsing).

Il est préférable (Vallin) de ne faire servir qu’une fois la même terre. On la livre ensuite à l’agriculture.

Ce système ne peut guère, malheureusement, être généralisé à une grande ville, à cause de l’énorme va-et-vient, qu’il entraînerait, des voitures apportant la terre et remportant l’engrais. Toutefois il est possible de détourner une grande part de l’urine de prendre la direction des fosses, et, dans de telles conditions, il serait rationnel de conseiller la fosse à la terre sèche à toute ville qui déclare ne pouvoir vidangera l’égout. Ce n'est pas impraticable en grand, puisque cela existe. A Lancaster, des fosses servant à 3,000 personnes sont Irailées à la terre et vidangées à sec par une compagnie et par entreprise. Ne trouverait-on pas tout de suite, en temps de choléra ou de fièvre typhoïde, le moyen d’amener la terre sèche pour recouvrir les déjections des malades, si les médecins recommandaient cette garantie ?

L’importance des latrines à la terre du camp de Vimbledon n’est pas moindre que celle des installations de Lancaster. La prison de West Riding, à Wakefîeld, avait, en 1874, 800 closets àla terre. Diverses écoles anglaises usent du même procédé, ainsi que beaucoup de casernes et d’asiles d’aliénés. On le retrouve dans les établissements militaires, les prisons, les hôpitaux des Indes anglaises. En Autriche, Fée cite le camp de Brüclc, sur la Leitha, comme se l’étant approprié. La méthode ne semble pas avoir gagné l’Allemagne, à moins qu’on n’assimile aux fosses à la terre celles qui usent du désinfectant Pétri, composé de tourbe, de débris de charbon de terre et de goudron de houille, et que l’on étend en poudre sur les matières, conjointement avec les cendres et les balayures.

Fosses mobiles. — La plupart des paysans, les hommes au moins, qui ont affaire aux champs à peu près tous les jours, profitent de l’espace et des ombres discrètes pour confier à la terre et loin de leur demeure, le résultat de l’exonération principale de la journée; l’habitation est absolument hors de cause. L’homme des grands groupes sédentaires est forcé d’accomplir chez lui cet acte malséant ; mais si, au lieu de s’éloigner du produit, ce qui lui est impossible, il peut le faire emporter à distance au plus vite, le résultat sera à peu près le môme pour l’air et le sol des lieux habités; l’habitation urbaine sera aussi peu compromise de ce côté que l’habitation rurale.

Quand une personne est retenue au lit par une affection grave et qu’elle a été obligée de satisfaire à l’exonération fécale sans quitter la chambre, on s’empresse de couvrir et de désodoriser, tout au moins, sinon d

générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. '~y

désinfecter l'excrétion dans le vase qui l’a reçue et de transporta le tout a distance de la pièce. Ne peut-on se dire que la maison est l’appartement de la famille, que la ville est celui du groupe, et qu’il faut agir sur les excrétions de la collectivité comme on l’aurait fait pour celles de 1 in 1-

vidu ? Tel est le but des fosses mobiles.

A Pékin, selon Moracke, « chaque matin, un industriel vient enlevei avec sa hotte les matières recueillies dans un grand vase, commun à toute la famille, sorte de chaise percée rudimentaire. » Ce procédé est entoure de circonstances dégoûtantes et s’applique dans un but agricole bien plus que dans une pensée d’hygiène. C’est néanmoins le rudiment d un système qui peut devenir très salubre. Édimbourg, pour un tiers de ses habitations

Fig. 108. — Earth-comrnode (*). Fig. 109. — Son mécanisme (**).

(Sander), a conservé le système chinois et ne s’en trouve pas trop mal.

Mais il y a évidemment mieux à faire que de placer, chaque matin, le vase de nuit à la porte, confié aux soins des balayeurs de rues.

La façon la plus simple d’employer les fosses mobiles consiste à placer à l’extrémité inférieure du tuyau de chute des latrines, rendu le plus court possible et s’adaptant exactement avec l’ouverture du récipient, un tonneau à parois imperméables et imputrescibles, percé sur un de ses fonds, pour recevoir l’extrémité du tuyau de chute. A la rigueur, le tuyau peut être tout à fait supprimé, ainsi que le siphon ou tout autre appareil obturateur, si le tonneau est préparé d’avance avec un mélange désinfectant, ou si, aussitôt après la défécation, le visiteur fait arriver sur la selle rendue une poudre désinfectante, cendre, terre sèche, etc., soit avec une pelle à main, soit à l’aide d’un mécanisme analogue à celui qui détermine un écoulement d’eau dans les cuvettes des water-closots. C’est ce qui a lieu dans l 'Earlh-

(*) A, compartiment supérieur renfermant la trémie à terre sèche; B, compartiment inférieur, renfermant le récipient mobile.

(•*) A, trémie à terre sèche; B, déversoir, dont le contenu tombe par le soulèvement do la poignée, et qui se remplit de nouveau, aux dépens de la trémie, quand la poignée retombe et le referme.

DES ABRIS ET DU VÊTEMENT

[Hygiène

closet ou E arth-commode (fi-. 168 et 109), originairement proposée par le

Révérend Moule, et qui peut, à la rigueur, être introduite dans les appartements.

11 est presque inutile de recommander d’avoir en double et même en triple le vase récipient; pendant que l’un se remplit, les autres sont mis à sécher.

Dans les latrines de l’hôpital militaire de Bourges, les tinettes du système Doux sont également placées sous la cuvette, sans intermédiaire. Celle-ci a même la forme inverse des cuvettes ordinaires, c’est-à-dire qu’elle représente un cône tronqué à sommet supérieur. Cette disposition a pour effet d’éviter que les matières atteignent et souillent les parois de cette cuvette, dans laquelle il est expressément défendu de jeter de l’eau. Les urinoirs sont à part, et c’est l’entrepreneur qui se charge du nettoyage des sièges

et des cuvettes.

Le mélange dont on garnit les tonneaux, dans ce système, est peut-être déjà trop organique lui-même. Il se compose « des poussières et balayures des greniers à fourrages, de déchets de graines, de crottin sec de cheval, de vase, de tourbe, de fanes sèches » (Yallin), de paille hachée, de débris quelconques, en particulier de résidus de filatures et tissage; le tout, mis à fermenter pendant six à huit mois avant que l’on s’en serve, ce qui, en soi, a l’air d’être tout d’abord une autre insalubrité. Ce mélange est introduit, au dépotoir, dans les tinettes, qui sont des cylindres en tôle; il est foulé et maintenu dans l’intérieur, contre les parois, par un gabarin en tôle, qui n’est enlevé qu’au moment de la mise en place de la tinette. La coupe de celle-ci présente à ce moment l’aspect de la figure 170.

Les tonnes mobiles devant être enlevées souvent, tous les jours même, il est naturel que l’on suive le conseil de Radcliffe de les placer au niveau du sol, de telle sorte qu’il n’y ait ni à monter ni à descendre les tinettes, soit pleines, soit vides. Ceci comporte la suppression du tuyau de chute pour les latrines du rez-de-chaussée, mais non point celui des latrines des étages, qui ne pourraient autrement bénéficier du système. On réunit toutes ces tinettes, quand il s’agit d’un grand établissement comme un hôpital, dans un espace voûté, de plain-pied avec le pavé du passage des voitures, possédant sa ventilation spéciale, s’ouvrant sur le dehors et ne communiquant avec aucun des locaux intérieurs. Il faut, dans ce cas, que les locaux habités du rez-de-chaussée soient eux-mêmes plus élevés que la chaussée, d’environ un mètre. C’est par les portes de cet espace que l’on a introduit (*)

Fig

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