RÉACTIFS
Carbone organique dissous.
Azote organique dissous.
Matières organiques suspendues.
Chaux
Procédé A. B. C
Chaux et chlorure de fer
Sulfate d’alumine
Système Holden
too
Moyenne
Il conclut à l’exclusion, de tout cours d’eau, de liquides conservant de telles impuretés et restant encore si riches en éléments fermenlescibles, caratérisés par le carbone et l’azote organique.
Le système Wicksted (lait de chaux) à Leicesler, qui possédait des appareils mécaniques perfectionnés pour l’addition et le mélange du lait de chaux, pour l’extraclion el le séchage des dépôts, a ruiné ses entrepreneurs en peu de temps, sans avoir trouvé le moyen de verser de l’eau pure à la rivière qui recevail ses liquides soi-disant assainis. Néanmoins l’idée a été reprise en sous-ordre, à Lille, par deux chimistes distingués, Ladureau et Jean de Mollins, comme étant applicable à 1 épuration des eaux d’égout de Roubaix-Tourcoing, d’un assainissement très difficile, selon A. Ronna (ces eaux renferment surtout des détritus organiques des industries de la laine). Mais les résultats publiés démontrent suffisamment qu’ils consistent bien plus en une clarification qu’en une épuration véritable. Il faut environ 1 kilogramme de chaux par mètre cube d’eau d’égout. J. de Mollins joint à 1 action de la chaux celle du sulfate d’alumine ou même celle de la solulion d’argile, qui ajoutent aux combinaisons calcaires un « collage « très satisfaisant à l’œil. Les eaux ne sont pas moins toujours très azotées et les résidussont assez encombrants, assez pauvres à litre d’engrais, pour qu’il n’y ait guère d’avenir à une application en grand de ces essais d’ailleurs méritoires.
Malgré ces résultats et beaucoup d’autres aussi peu encourageants, une commission nommée par le préfet du Nord s’est transportée en Angleterre, en 1885, pour y 'voir fonctionner le traitement chimique à Leeds, Rradford, Manchester,
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Salford, Glasgow, Birmingham. Elle revint convaincue, non pas que le procédé soit efficace, mais que l’on peut obtenir les apparences d’une épuration avec 250 grammes de chaux par mèlre cube d’eau. L’expérience démontra immédiatement qu’il faut à peu prés décupler la dose pour les eaux de l’Espierre (Roubaix). Néanmoins c’est probablement celle méthode, ou une très approchée, qui va être appliquée en grand dans l’usine actuellement en construction pour épurer l’Espierre, conformément à la volonté formelle de l’État (Décret du 22 février 1887).
L’insuffisance de la chaux a été encore démontrée par les essais faits aux papeteries d’Essonnes, où l’on ne précipitait que 50 p. 100 de l’azote.
Le sulfate d’alumine, employé à Gennevilliers, de 1867 à 1870, par l’ingénieur Le Châtelier, clarifiait, mais n’épurait pas. Il laissait près d’un kilogramme par mètre cube de matières dissoutes et a été abandonné.
Bornons-nous à mentionner le procédé Huet et Gaillet (de Lille), par la chaux et le perchlorure de fer; — le désinfectant Suvern , chaux, goudron et chlorure de magnésie; — le désinfectant de Lenk, composé, à l’origine, de sulfate d’alumine avec un peu d’alun de potasse, à quoi l’on ajouta plus tard des chlorures de zinc et de fer et de la soude : le procédé deKnab, par un phosphate de chaux ferrugineux qui se trouve dans les Ardennes; — celui de Fournier et Bilange, au phosphate de chaux; — le procédé de Séguin et de Defosse, qui emploie à peu près tous les réactifs de chacun des autres, au nombre de neuf, et n’en est pas meilleur (Marié- Davy, Bourneville); — enfin les mélanges nouveaux de Donalt, Oppermann, Huhva.
Notons, en passant, la prétention des inventeurs d’utiliser pour la fabrication du gaz d’éclairage les produits obtenus des eaux d’égout, après précipitation par leur procédé. Ernest Anthony avait déjà, antérieurement, ouvert la perspective de convertir tous les matériaux de déchet en « engrais carbo-azoté-phosphoré » d’une part, en gaz d'éclairage d’autre part. Et tout n’est pas illusion dans cet ordre d’idées. De Holden, à Croix (près de Roubaix), retire par la concentration des premières eaux de lavage des laines qui ont emporté le suint des toisons, puis par calcination, la potasse qu’elles renferment en grande quantité. En laissant déposer dans un bac les liquides épais qui sortent des manipulations de l’atelier, le précipité des matières organiques devient un tourteau d’engrais excellent. Dans les eaux claires décantées, le traitement par l’acide chlorhydrique déplace les acides gras; il se fait un magma contenant les trois quarts des graisses, desquelles on fabrique des savons, de l’acide stéarique pour bougies, de la graisse de voilure. Un dernier précipité des eaux par la chaux donne encore un engrais. Telle est la voie fort rationnelle que conseille Mille.
Le grand épurateur chimique, c’est la chaux. Ni la chaux ni les sels d’alumine, de fer, de magnésie, ne précipitent notablement les matières organiques dissoutes dans les eaux, parce qu’il n’y a pas de combinaisons insolubles de ces agents avec l’azote ammoniacal ni avec la potasse. Le professeur Kœnig (de Munster) conteste formellement l’asserlion d’Arnold (de Brunswick), au Congrès des hygiénistes allemands à Breslau, en 1886, que les agents chimiques aient jamais précipité 40 p. 100 du carbone organique et 50 p. 100 de l’azote dissous. Et même, si l’on exagère la propoi lion de chaux, celle-ci dissout une part des matières organiques en suspension et 1 eau en renferme en solution plus après qu’avant. Aussi commence-l-on à ajouter à la chaux (ou à la magnésie) du charbon ou d autres substances qui 1 empêchent d’exercer ce pouvoir dissolvant.
L eau épurée par la chaux est limpide tant qu’elle renferme de la chaux
DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène
en excès. Dès que celle-ci est neutralisée par l’acide carbonique, les bactéries de la putréfaction reparaissent, pullulent et font retourner l’eau à l’état putride. Les recherches de Marckner, Degener, F. Cohn, Weigmann, Kœnig, ont mis le fait en pleine lumière. Telle est l’eau que l’on déclare pure, alors qu’elle contient 30 à 45 milligrammes par litre d’azote organique ou ammoniacal, sans compter la chaux libre et les matières minérales de toute espèce.
L’épuration chimique n’est donc qu’une « ressource de nécessité », tolérable dans de certaines conditions locales, comme la projection aux fleuves. Kœnig conseille avec raison d’épurer avant que les eaux soient envahies par la putréfaction, de ménager la chaux, d’ajouter un sel de fer aux sels terreux employés et surtout d’aérer les eaux, en les étalant en nappes, en les faisant tomber en cascades si l’on dispose d’une certaine pente. 11 a même tenté d’en diviser la masse sur des toiles métalliques, dont les mailles multiplient les contacts de l’eau avec l’air.
Selon Pfeiffer (de Wiesbaden), il reste 250,000 bactéries par centimètre cube dans l’eau d’égout après traitement par la chaux. Celte eau, chargée de chaux et quelquefois de fer, est impropre à tous les usages et mortelle aux poissons. Elle ne tarde pas à répandre une mauvaise odeur. Et c’est fort cher.
4. Traitement mécanique ou mécanico-chimique. — Les procédés qui appartiennent à cette catégorie opèrent par décantation et par filtration mécanique. La décantation n’a pas besoin d’être expliquée ; c’est une ressource dont il est très rationnel de se servir. La filtration s’exécute, dans la méthode Punchon, de Brighton, au moyen de cylindres tournant sur leur axe, dans lesquels passe l’eau à purifier; la partie liquide s’échappe par la paroi du cylindre, laquelle est faite d'un tissu poreux, en vertu de la force centrifuge, et la vase s’y comprime par la même force. — Selon le procédé de Walter East, de Kingston, on fait fermenter les eaux-vannes, en y ajoutant au besoin des matières putrides ou de la levûre, comme A. Müller (Berlin) le pratique. Les gaz sont dirigés sur de l’hydrate d’oxyde de fer, pour absorber l’hydrogène sulfuré, et de là dans un foyer. On filtre et le liquide sert à des irrigations.
La ville de Francfort-sur-Mein a établi, sur la rive gauche du Mein, à 16 kilomètres de la ville, des bassins de décantation ( Klarbecken ) très vastes, dans lesquels l’eau est traitée par le sulfate d’alumine et le lait de chaux, puis s’écoule lentement. Les dépôts sont débarrassés de leur eau par des filtres-presses.
Un système qui attire l’attention depuis quelques années, parce qu’il fonctionne à Essen avec un certain succès, est celui de Rockner-Ilothe. 11 réunit le traitemeut chimique à une sorte de filtration par aspiration, qui constitue son caractère distinctif.
Un cylindre fermé par en haut, ouvert par en bas, d’une hauteur de 7 à 8 mètres et d’un diamètre variable selon les besoins, plonge dans un bassin de 4 à 5 mètres de profondeur, par le fond duquel arrive l’eau à purifier. Pour pénétrer dans le cylindre, celle-ci passe par une sorte de diviseur, composé de lames de bois
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en forme de persiennes, qui opère le mélange des corps étrangers. Une pompe aspirante fait le vide par le sommet du cylindre; l’eau s’y élève jusqu’à ce qu’elle atteigne un tuyau de trop-plein, qui s’ouvre à environ 1 mètre au-dessous du sommet. Elle s’écoule par celte conduite jusqu’à un bassin latéral dont le niveau supérieur est un peu au-dessous de celui de l’eau dans le bassin précédent. C’est donc un siphon par lequel l’écoulement continue dès lors, sans qu’il soit nécessaire de faire autre chose que d’enlever à la pompe les gaz qui se dégagent de l’eau dans le cylindre. L’ascension étant très lente, l’eau sale peut précipiter sa vase au fond du bassin, de telle sorte que les nouvelles portions qui passent sont obligées de filtrer de bas en haut à travers ce dépôL. Les inventeurs attachent beaucoup d’importance à cette filtration, qui serait pourtant un sûr moyen de salir l’eau, si ce n’était fait d’avance. Leur système peut fonctionner avec ou sans traitement chimique ; quand on emploie celui-ci, on peut se borner à des quantités de subslance bien inférieures à celles des autres systèmes. L’eau d’égout d’Essen, après avoir passé par cet appareil, s’est montrée débarrassée des matières organiques en suspension; mais la proportion des matières dissoutes variait peu et, même, semblait quelquefois augmentée.
Mentionnons seulement l’appareil Nahnsen-Müller, remarquable par un mécanisme ingénieux qui brasse le mélange chimique et le verse automatiquement au fur et à mesure de l’afflux d’eau-vanne, et le système appliqué à Dortmund (Marx), dans lequel le mouvement de l’eau est de haut en bas.
5. Projection à la mer. — Cette pratique est celle de Londres, Douvres, Brighlon, Portsmouth, Rio-de-Janeiro, Providence, Naples, Barcelone, Marseille, etc. Nice et Cannes l’ont adoptée en principe.
Les eaux-vannes de Londres sont conduites par deux émissaires en aval de Londres, à 22kil.5,aux usines de Barking-Creelc (Nord) et de Crossness- Point, dont les machines élèvent le sewage et le déversent à la Tamise au moment où la marée descendante est en état de l’emporter au large. Ces usines occupent une superficie respectivement de 385 et de 263 ares, et dépensent quelque 300,000 francs par an, chacune.
Or, il y a là pour 40 millions de francs d’engrais à jamais perdu. L’obligation d attendre la marée entraîne des réservoirs énormes et un collectionneinent, au moins provisoire, des immondices. Enfin, ce qui est plus grave, la marée montante reprend les immondices flottantes et même la vase et les ramène, bien au dessus des bouches de déversement, jusqu’en ville.
Cette action de reflux, dans d’autres villes, étale les immondices le long du rivage, sur une longueur variable. Elle fait fuir les baigneurs des stations balnéaires maritimes, comme les pêcheurs ont déserté l'embouchure de la J amise, où ils laisaient autrefois de riches captures. C. Aird condamne à bon droit le déversement à la mer, et plusieurs cités qui en étaient affligées ont îésolu de changer de méthode. Londres songerait à épurer chimiquement ses eaux et à transporter à 75 kilomètres au large les gâteaux de vase sortant des filtres-presses, sur un bateau du prix de 400,000 francs. L exploitation coûterait un million de francs par année. Cette solution est désavouée d'avance, par Coriield et Frankland.
Quelques ingénieurs ont songé aussi à porter les eaux de Paris à l’Océan (Passedoit, Dubrunfaut, Wazon) ; mais avec la pensée de les laisser en route,
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comme engrais. Sous cette condition, nous n’y voyons pas d’inconvénient.
6. Déversement aux cours d eau. — De temps immémorial, les habitants des villes ont pris les cours d’eau pour des égouts ou des collecteurs donnés par la nature. Un grand nombre de cités modernes appliquent encore cette méthode et désirent ne pas en changer. Glasgow déverse ses eaux dans la Clyde, New-York dans l’Hudson, Cologne dans le Rhin, Breslau dans 1 Oder, Hambourg dans l’Elbe, Vienne dans le Danube, Genève et Lyon dans le Rhône. 11 n’y a pas longtemps que Francfort s’est mis à épurer ses eaux-vannes avant de les projeter dans le Mein, où l’on voyait les matières stercorales flotler à la surface jusqu’à une grande distance. Munich s’efforce de conserver l’habitude d’envoyer ses eaux à l’Isar. Lille a converti la Deule en collecteur, Reims la Vesle, Roubaix-Tourcoing l’Espierre, comme Barmen-Elberfeld la Wupper. Et, par toute la France, comme dans le monde entier, les petites villes n’en font pas d’autres à l’égard de la rivière qui les traverse. Paris a des égouts, dans les îles, qui se déchargent simplement dans la Seine, puisqu’il n’y a pas de collecteur dans cette zone. En outre, les collecteurs versent au fleuve, à Clichy et à Saint-Denis, tout ce qui ne peut se rendre aux champs d’irrigation si restreints de Gennevilliers.
Il y a plusieurs excuses à cette coutume, fâcheuse en soi. 1° C’est très commode ; 2° ce n’est pas positivement dangereux quand le volume de l’eau du fleuve assure une dilution extrême et que le débit du cours d’eau prévient toute stagnation ; 3° la puissance d 'assainissement spontané des eaux courantes est une garantie que les dangers de celte pratique disparaîtront à courte échéance (Voy. p. 152).
L’eau d’égout de Breslau (250,000 habitants) serait étendue moyennement dans 148 fois son volume de l’eau de l’Oder; celle de Munich (200,000 habitants) est diluée dans 83 à 144 parties d’eau de l’Isar, d’ailleurs rapide à ce niveau (1 mètre par seconde); l’eau des égouts de. Cologne (150,000 habitants) tombe dans 3,663 fois autant d’eau du Rhin, ce qui met celle-ci au taux de 10 milligrammes d’eau d’égout par litre ! Enfin le Mein, à Francfort, offre aux égouts de la ville à peu près 1,000 fois leur volume d’eau. Certes, Londres n’était pas à comparer avec ces villes lorsqu’elle déversait directement les immondices de 3 à 4 millions d’habitants dans la Tamise, qui débile trois fois et demie moins que le Mein à Francfort. Londres a dû changer sa pratique, mais son exemple ne prouve pas que Cologne doive absolument faire de môme. Celle-ci a un fleuve qui fait passer sous ses murs 82 millions de mètres cubes d’eau par jour; l’autre en voit couler à peine 2 millions.
L’Angleterre a fait officiellement rechercher l’étal de la pollution des rivières et les moyens d’y remédier. Une première rivers pollution Commission, composée de de Rawlinson, Harrisson, Way (1863); puis une seconde (1868), qui avait pour membres Denison, Franlcland et Chalmers Morton ; enfin, la commission du local government Board (1878), avec Rawlinson, Clare Sewel Read et Smith, révélèrent une situation véritablement grave et provoquèrent la loi du 13 août : the rivers pollution prévention Act, qui pose formellement l’interdiction de jeter aux cours d’eau les matières solides, les eaux d’égout, les résidus solides et liquides des
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usines et des mines, et qui charge le local government Board de surveiller l’exécution de la loi.
Il ne manque pas, en Allemagne, de prescriptions contre la pollution des rivières; mais les hygiénistes du pays ont prétendu, avec raison, faire passer par le contrôle scientifique la légitimité de ces lois et leur imposer les distinctions opportunes. En 1876, à Düsseldorf, dans la réunion de l’Association allemande d’hygiène publique, les ingénieurs Dünkelberg (de Bonn) et Bürkli-Ziegler (de Zurich) proposaient à l’assemblée la Thcse suivante : « Le déversemenl direct de l’eau d’égout des villes dans les eaux courantes, que l’égout reçoive ou non la totalité des excréments humains, doit être régulièrement interdit au nom de la santé publique, ou très exceptionnellement admis pour des cours d’eau d’un débit considérable. On se réglera d'après le fait que le déversement d’eau impure dans le bassin du fleuve, en se prolongeant, aura fait passer des inconvénients à peine sensibles à l’état de préjudices réels. Dans tous les cas, cette déperdition de l’eau d’égout est le fait d’une mauvaise économie et nuit aux intérêts agricoles aussi bien qu’à ceux de la cité.» Celte thèse fut acceptée, mais avec le correctif d’une seconde qui exprimait la nécessité de recherches nouvelles sur la nociveté de la souillure fluviale, les conditions et l’étendue dans lesquelles elle s’exercait.
La haute administration sanitaire de l'Empire parut n’avoir remarqué que la première de ces proprositions. Dans l’année qui suivit, un avis émané de la députation scientifique du Ministère médical concluait à l’interdiction du déversement des eaux d’égout dans les fleuves, en visant spécialement Cologne et Francfort-sur-le- Mein, très occupées en ce moment même de compléter leur réseau d’égout et d’y relier toutes les maisons. Cet avis produisit quelque émotion chez les hygiénistes allemands ; les rapports du professeur Baumeister (de Carlsruhe) et du docteur Leni; (de Cologne), à la réunion de Nuremberg en 1877, expriment très nettement le regret qu’une pareille consultation ail été donnée sans que l’on ait procédé à l’enquête que l’Association avait regardée comme nécessaire. Dans l’esprit des rapporteurs, la souillure des fleuves, même par les eaux d’égout, n’a pas les dangers qu’on lui a supposés un peu à priori.
Les poissons eux-mêmes ne courent pas les risques que l’on pourrait croire (voy. p. 167). Pour ce qui est de l’homme, les expériences d’Emmerich prouvent l’innocuité par voie gastrique du poison putride suffisamment dilué; et, quant aux germes morbides, c’est-à-dire quant aux bactéries pathogènes, on n’est pas aussi convaincu, en Allemagne, que quelques-uns en France de leur aptitude à se multiplier dans l’eau fluviale, fût-elle souillée de déjeclions.
En somme, il a bien paru, à la réunion des hygiénistes allemands à Breslau, en 1886, que la question n’avait pas fait un pas depuis la réunion de Düsseldorf, puisque l’assemblée adopta la « thèse «'suivante, dont les termes sont assez significatifs et qui avait été libellée par Becker, maire de Cologne, et Stübben architecte de la ville.
3. L’épuration des eaux urbaines avant leur déversement dans les cours d’eau est toujours fi rechercher. Toutefois, dans l’état actuel do la technique et en présence des frais considérables qu entraîne tout système d’épuration, on ne doit imposer cette pratique que dans le cas où des dangers sanitaires sont à redouter, ou lorsque des inconvénients sérieux d une nature quelconque se font sentir, et dans les limites strictement nécessaires pour faire cesser ces dangers.
Il y a, parait-il, une commission composée de membres du gouvernement prussien et de savants de 1 Office sanitaire allemand, qui doit étudier cette situation au point de vue chimique et bactériologique.
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ISous ne pouvons pas ne pas faire remarquer que les cours d'eau du fsoid sont de îidicules filets, comparés à ceux dont il vient d etre question, tout en étant obligés de recevoir les eaux de villes industrielles considérables. La Lys ne débite que 4 mètres cubes à l’étiage, la Deule 2 mètres cubes, la Marque 0mc.150 ; tout en recevant des industries du Nord les eaux de condensation des machines, de teinturerie, de dégraissage de laines, etc. L’Escaut est forcé d’admettre, en Belgique, où les riverains protestent, 1 Espierre, prolongement du Triclion, aboutissant infect des égouts de Roubaix-Tourcoing, renfermant par mètre cube 71 grammes d’azote, 135 grammes de sels solubles, 3,300 grammes de matières en suspension (Un décret du gouvernement français a dû intervenir pour imposer l’épuration de ce ruisseau abominable et rassurer les Belges).
Dans Paris, la Seine reçoit directement 15,000 à 20,000 mètres cubes d’eau des égouts des îles ; sous Paris, un cube que l’ingénieur Mille évalue à 325,000 mètres cubes par jour, renfermant les vidanges diluées de 22,000 tinettes filtres. La plupart des ingénieurs assurent que cette masse représente les deux tiers de la vidange parisienne. Or, la Seine, à ses bas niveaux, peut ne débiter que 45 mètres cubes à la seconde : d’où il suit, au calcul de Gérardin, que l’eau d’égout peut n’y être diluée que dans la proportion de 1 sur 13. Et le fleuve n’y reçoit pas d’affluent important, hors de Paris, avant l’Oise, qui en est encore à 71 kilomètres. Ce n’est aujourd’hui qu’à Mantes (109 kilomètres) que l’eau de Seine reprend à peu près son titre oxymétrique normal, 9 centimètres cubes par litre (Gérardin).
La figure 206 indique graphiquement la pollution de la Seine, telle que Durand-Claye la décrivait en 1876. On y remarquera le passage de droite à gauche des vases entre Saint-Denis et Marly. Depuis cette époque, et malgré l’utilisation de 20 millions de mètres cubes d’eau d’égout par an à Gennevilliers, la pollution du fleuve n’a pas diminué, ainsi qu’il a déjà été dit. C’est plutôt le contraire. G. Daremberg décrit comme il suit sa physionomie extérieure entre Asnières et Saint-Denis : « Ce spectacle est révoltant pour la vue et l’odorat... ; les matières solides du collecteur (d’Asnières) vont s’amasser sur la rive droite de la Seine et forment une presqu’île qui obstrue la moitié de son lit. Un peu plus en aval est l’égout des machines destinées à envoyer une faible partie des eaux d’égout à Gennevilliers; un peu plus loin sont encore deux autres bouches de branchement d’égout. A ce niveau, le petit bras de la Seine ressemble véritablement à une fosse d’aisances. Sur la surface de l’eau noire flotte une mousse blanchâtre, sans cesse remuée par d’énormes bulles de gaz qui ramènent du fond de grosses masses de vases agglomérées... Si l’on descend la Seine, on voit à chaque instant sur le bord des amas de vase ou de matières grasses parsemées de vieux bouchons et de chiens morts. » Quelques mètres plus bas, les eaux des usines, de fabriques, de colle, de produits chimiques, etc., complètent l’infection et l’encombrement putride. A Saint- Denis, c’est le collecteur départemental. »
Nous avons dit antérieurement (page 157) toutes les conséquences graves qui résultent pour l’hygiène de la pollution des fleuves. Si l’on réfléchit que
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ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES
Fig. 206. — La Seine, de Clichy à Bouyival.
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la Seine alimente d’eau des milliers de riverains en aval et que, d’ailleurs, déjà souillée avant son entrée dans Paris, par des déjections fécales et industrielles, elle abreuve une forte part de la population de la métropole, on ne pourra qu accepter pour elle le sens général de la formule votée par 1 Académie de médecine, sur la proposition de Brouardel, et interdisant la projection de matières fécales humaines dans les eaux de source, de rivière nu de fleuve.
7. h puration par le sol. — 11 y a deux procédés d épuration par le sol, la filtration et Y irrigation. L’un et l’autre reposent sur les propriétés oxydantes et assainissantes du sol, que nous avons reconnues précédemment (page 98). Seulement l’irrigation implique Y utilisation agricole ; la filtration ne s’en préoccupe pas d’abord et n’y atteint qu’accessoiremenl.
a. La filtration met en jeu, pour une part, l’action mécanique du sol, — que l’irrigation, du reste, utilise aussi et nécessairement; mais elle pousse à ses plus extrêmes limites le parti que l’on peut tirer du rôle des microorganismes nitrificaleurs. On fait absorber le plus grand volume possible d’eaux-vannes à la surface de terrain la moins grande possible. On ne sème ni ne plante rien sur ce terrain, tant qu’il est affecté à la filtration ; ce n’est que plus tard, quand il n’absorbe plus et qu’on l’abandonne comme filtre, que l’on en obtient des récoltes, naturellement très riches.
Le sol doit être préalablement drainé et, d’ailleurs, convenablement choisi. Frankland, qui a inventé le système, appliqué pour la première fois par Bailey-Denton, recommande en première ligne une marne molle, renfermant de l’hydrate d’oxyde de fer et de l’alumine. Un sable demi-fin, en couches sèches, viendrait après. Le sol argileux, peu perméable, ne convient pas; d’autant moins qu’il se crevasse par la sécheresse et pourrait laisser passer l’eau-vanne sans filtration aucune. La couche filtrante doit avoir 2 mètres d’épaisseur environ, et l’eau qui en sort doit pouvoir s’écouler par une pente naturelle vers le cours d’eau voisin — auquel il ne faudra pas emprunter, toutefois, l’eau de boisson. — Robinson a fait remarquer que le sol argileux grillé devient apte à la filtration. Nous croyons même qu’il l’est sans cela, à moins qu’il ne s’agisse d’argile plastique.
La filtration doit être intermittente.
En Angleterre, dit Knauff (partisan de la méthode, d’ailleurs à peu près inconnue en Allemagne), un certain nombre de villes font absorber leurs eaux-vannes, par filtration intermittente, à un sol drainé à lm,30 ou lm30 de profondeur, à raison d’un hectare pour 2,500 habitants en moyenne Le terrain est divisé en quatre parts dont chacune reçoit l’eau pendant six heures sur vingt-quatre. Les villes citées sont Merthyr-Tydûl (qui paraît, toutefois, être entrée dans la pratique de l’irrigation), Kendal, Abingdon, Forfar (3,300 habitants par hectare; c’est le chiffre maximum); Halslead (GGO habitants par hectare; c’est le chiffre le plus bas), Barnsley, Hitchin, Oalcham, Earlsdon, lladford, Walton, Dewsbury, Withington, Watford.
Lorsqu’un terrain est suffisamment imprégné, il n’absorbe plus et on le
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livre à la culture. Si l’on voulait retarder le moment où l’emmagasinement des matières minérales empêche l’oxydation de nouvelles portions d immondices, il faudrait à la filtration, fait remarquer Weigmann, plus de terrain qu’à l’irrigation, puisque la végétation n’aide point à la première; ce qui est le contraire du but. Quant à l’efficacité de la méLhode au point de vue de la pureté de l’eau sortant des drains, Knaulf rapporte une analyse d’après laquelle les eaux des villes anglaises seraient au moins aussi pures que celles qui sortent des champs d’irrigation de Breslau et.de Berlin. Nous ne la reproduirons pas, parce qu’il y manque la comparaison des eaux avant la filtration, d’un côté, l’irrigation de l’autre.
A Birmingham, on utilise les eaux-vannes préalablement traitées par l’épuration chimique, à des irrigations par submersion , avec intention de rendement agricole, sur la ferme de Tyburn (500 hectares). On rattache quelquefois à la filtration cette pratique, qui ne lui appartient guères. La conclusion que l’on en tire serait, du reste, peu en faveur de la filtration, puisqu’elle consiste à établir en règle le traitement chimique préalable, c’est-à-dire à doubler les opérations.
b. V irrigation, non systématisée toutefois, est une très vieille coutume. En Chine, en Espagne, dans les Flandres, on répand journellement les matières excrémentitielles sur les terres en cultures et même les jardins intra-urbains, par des procédés qui ne sont, d’ailleurs, pas à recommander. Depuis l’époque de la victoire de Legnano (1176), les marcites de Milan (150,000 hab.) reçoivent, parle canal de la Yeltabia, l’intégralité des eaux d’égout de la ville. Ces eaux ruissellent à la surface des marcites, même durant l’hiver et quand les prairies environnantes sont couvertes de neige. L’excédent rejoint la rivière Lambro. On suspend l’arrosage huit jours avant la coupe de l’herbe, qui a lieu six fois par an (Marié-Davy).
La ville d’Édimbourg, de temps immémorial, déverse disgracieusement les eaux d’égout de ses quartiers ouest et sud dans le golfe de Forth. Les cultivateurs des fermes de Loch-End et de Craigentinny en ont dérivé ce qu’il leur en fallait pour irriguer une centaine d’hectares, en prairies surtout, sans s’imposer, du reste, de règles spéciales, mais avec un profit certain.
Aujourd’hui, l’irrigation est régularisée. Elle a toujours pour but l’utilisation agricole et comporte les conditions suivantes :
1° Le choix du terrain , qui doit être poreux, en pente légère, avec une nappe souterraine à 2 mètres de profondeur minima. Le sable (Berlin, Danzig, Gennevilliers) est excellent, surtout s’il est un peu ferrugineux (Hoppe-Seyler). Mais des terrains légers d’une autre nature, la craie et même les argiles sablonneuses, se prêtent encore à l’irrigation. Elle est plus lente, mais aussi plus parfaite.
2° La préparation du terrain ( Aplirung ), qui consiste à uniformiser le niveau et les pentes du sol; à le drainer, à le diviser à l’infini par des rigoles méthodiquement tracées, à 1 entourer de canaux d’évacuation des eaux épurées. En effet, il faut faire pénétrer par le fond et les talus de ces rigoles 1 eau qui fournit à la végétation des légumes et autres plantes
DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène
analogues. Cependant, on peut traiter les prairies, après la coupe de l’herbe, par la submersion, ou mieux le ruissellement ( Rieselfelder ). A Berlin, on a môme usé, pendant quelque temps, de grands bassins de retenue {Slaubassins), ou mieux d’absorption, dans lesquels on mettait, pendant l’hiver, une certaine épaisseur d’eau qui disparaissait par infiltration dans le sol et par l’évaporation. Cette mauvaise méthode et abandonnée.
3° La proportionnalité de la surface irriguée au chiffre des habitants , qui varie un peu, comme on pense, avec la nature du sol et la richesse de l'eau d’égout. Les quantités d’eau-vanne, que le sol peut épurer, sont de 8 à 10,000 mètres cubes par hectares et par an, dans les sewage-farms anglaises; mais on peut aller plus loin, dans des circonstances favorables; 24,000mo à Danzig, 50,000mo à Gennevilliers, et même, selon Franldand, Schlœsing, Marié-Davy, 100,000mo et davantage. On verse au sol, par hectare et par an, les excrétions de 260 habitants en moyenne dans 4-4 villes anglaises, de 270 h Berlin, 430 à Breslau, 470 à Danzig, 730 à Badford, 870 à Édimbourg, et, si Paris ne dispose que de 2,000 hectares, il devra faire absorber à 1 hectare le produit de 1,000 personnes au moins.
4° L 'intermittence de l' irrigation et Yaération du sol. — Nous savons (voy. p. 98 et suiv.) que la transformation des immondices dans le sol est l’œuvre des microorganismes et principalement des organismes nitrificateurs, aérobies. Telle est la saison pour laquelle il faut éviter d’intercepter, d’une façon continue ou trop prolongée, l’accès de l’air par le déversement d’eau-vanne et rendre au sol, par le soc et la bêche, la perméabilité à l’air, qui lui est indispensable pour l’existence des microorganismes. A Berlin, il y a douze arrosages par hectare et par an, de 1,119 mètres cubes par hectare chacun.
Pour la même raison, l’eau d’égout ne doit pas être concentrée. Le cube d’eau journalier des 17,495 maisons (sur 19,193) de Berlin, actuellement reliées au système radial, est de 112,914mc, c’est-à-dire environ 100 litres par habitant.
5° La culture de plantes appropriées. — Les prairies (de ray-grass principalement) sont commodes, parce que l’on peut y pratiquer le simple ruissellement cinq ou six fois dans l’année. Mais l’on cultive également bien les céréales, le blé, la betterave, le chanvre, la chicorée, le colza, les arbres fruitiers, comme à Berlin; les fleurs, comme à Danzig; les fleurs et les légumes, comme à Paris. Le terrain est préparé en conséquence, et ce sont les procédés de l’horticulture qui s’accommodent le mieux de la distribution en raies et sillons, si propices à la méthode.
La végétation allège d’une façon considérable V absorption par le sol. Selon Kœnig et Weigmann, la diminution des matières minérales, dans l’eau sortant des drains, est plus grande dans la saison chaude, avec une végétation vigoureuse, même en un terrain maigre, que sur un terrain riche pendant la saison froide, avec peu de végétation. Il peut mêmey avoir une augmentation des matières dissoutes, à l'époque où la végétation sommeille.
Toutefois, l’on a fait la réflexion, autant dire l’objection, que les plantes
ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES
générale.
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sont loin d’avoir besoin des éléments minéraux clans la môme proportion qu’ils sont contenus dans les eaux d’égout, lleyden a fait la comparaison suivante entre la consommation des plantes et la constitution des eaux d’égout (en rapportant les éléments à 100 d’azote) :