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VIII. — Le vêtement

Le vêtement, chose foncièrement artificielle, n’est pas aussi inévitable à notre espèce que l’air, l’eau, les aliments; quelques tribus, pour lesquelles les âges préhistoriques ne sont pas finis, n’ont pas de vêtements à proprement parler. Mais ce sont celles-là qui nous occupent le moins, et les sociétés civilisées, pour lesquelles l’hygiène veille et travaille, ont fait du vêlement un de leurs besoins, désormais aussi impérieux, ou peu s’en faut, que celui de manger, de boire, de travailler. Un outillage industriel formidable fonctionne à l’heure qu’il est, exclusivement en vue de produire des vêtements; des millions de bras y sont occupés, des capitaux énormes y sont mis en œuvre, la préparation du vêlement consomme des quantités prodigieuses de charbon de terre et précipite le moment où la réserve de l’avenir sera épuisée. Voilà donc un objet de consommation de premier ordre, et il serait étrange que 1 hygiène n en eut point souci, tant pour préciser les circonstances dans lesquelles il satisfait à un besoin réel que pour dénoncer le moment où il ne représente qu’un besoin factice. A la vérité, il semble bien, à première vue, que de notre temps l’artificiel et le caprice l’emportent, d’une façon extraordinaire'.

But du vêtement. — Le vêtement intervient dans l’une ou l’autre, souvent dans plusieurs à la fois, des circonstances suivantes : la calorification du corps; l’ctat d’humidité, d’aération, d’insolation, d’électricité, de l’enveloppe vivante, la protection de divers organes ou appareils contre les chocs, les frottements, la fatigue.

790 DES ADRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

Calorification. — L homme adulte, après avoir fourni à tout le travail que représentent les mouvements organiques, dispose moyennement de 2,700 calories par jour, suivant Ilelmhollz, pour faire face au refroidissement par l’air inspiré qui pénètre dans le poumon, par l’évaporation insensible à la surface, par le contact direct de son corps avec l’air qui l’environne, entin par le rayonnement.

On ne peut, évidemment, dire que ce soit trop ni trop peu; si l’une des causes de déperdition vient à être annulée, il y a surcharge pour les autres modes de réfrigération; si, au contraire, l’air de contact est ù. un degré très bas et que l’espace de rayonnement soit considérable, il y a menace que le le calorique disponible devienne insuffisant et qu’une atteinte soit portée au calorique fondamental, telle que les ressources de la fonction de calorification ne parviennent pas à la couvrir.

Une vieille expérience de Melloni, répétée par Krieger, a montré qu’un cylindre de tôle rempli d’eau chaude perd plus vite sa chaleur quand il est entouré de flanelle que quand il est nu. Il importe de ne pas en conclure à ce qui se passe à. la surface de la peau humaine, qui a des vaisseaux, des nerfs vasomoteurs et enveloppe un appareil producteur de calorique.

Il y a quelques années (1884), Richard Geigel, àWürzbourg, comparant la perte de chaleur qu’éprouvait son bras nu avec la même perte supportée par ce bras recouvert d’une sorte de bas de laine, crut reconnaître que les résultats étaient à peu près les mêmes dans un cas que dans l’autre et, par suite, pensa pouvoir conclure que ce n’est pas le besoin d’empêcher sa chaleur propre de se perdre qui a conduit l’homme à user des vêtements, mais le sentiment désagréable de froid que causent à la peau nue le resserrement des capillaires et le travail des vaso-moteurs, tandis que le sang circule largement dans la peau entretenue chaude et que les fonctions de cette enveloppe s’épanouissent et bénéficient à tout l’organisme.

Or, les expériences de Laschkewitsch, de Weiske, de Ch. Richet, sur les animaux à fourrure (ou à toison), que l’on peut comparer à un homme vêtu, ont mis hors de doute la réalité, ou pour mieux dire, la gravité de la perte de chaleur par la peau nue. On sait que les animaux revêtus d'un vernis, ou même d’huile, ne tardent pas à mourir; on les supposait empoisonnés par la rétention des matériaux de déchet que la peau doit éliminer. Laschkewitsch a prouvé qu’ils meurent de froid, en montrant qu’ils vivent, si on les enveloppe de ouate par-dessus le vernis, ou si on les entretient dans un local chauffé. Les moutons tondus, tout en mangeant autant que ceux à qui on a laissé leur toison, maigrissent, parce qu’ils emploient à faire de la chaleur la substance qu’il eussent convertie en viande et en graisse (Weiske). Les lapins rasés de Ch. Richet mangeaient beaucoup plus que leurs compagnons non rasés et, néanmoins, subissaient un abaissement de leur température propre et môme mouraient, si on les plaçait dans un milieu froid. D’ailleurs, en déterminant, au moyen du thermomètre de Leslie, l’intensité du rayonnement du lapin rasé et celui d’un autre non rasé, Richet a reconnu que le premier fait dévier le thermomètre de 8°, 5, et le second de 4°, 5 seulement. Les animaux à qui l’on a sectionné la

générale.] LE VÊTEMENT. '

moelle subissent une dilatation permanente des vaso-moteurs et une perte énorme de chaleur, à laquelle ils succombent rapidement ; Tcheschichin a réussi à les faire vivre en les enveloppant dans la ouate. A. Hiller a relevé ce fait vulgaire que, quand un exercice violent a surexcité la production de calorique, les vêtements l’emmagasinent d’une façon parfois gênante. Aussi A. Schuster reproche-t-il avec raison à Geigel d’avoir conclu trop vite d’expériences faites dans une température de 15 à 20 degrés, h laquelle la déperdition de calorique par son bras nu pouvait rester insensible.

Nous avons remarqué personnellement que les résultats eux-mêmes obtenus par Geigel sont loin de prouver autant qu’il le dit l’inefficacité du vêtement. En effet, ce qui s’observe d’abord, c’est que la déperdition de calorique, pendant les 30 à 40 premières minutes de l’expérience, est plus considérable (jusqu’à une fois et demie) par le bras nu que par le bras couvert. Ce n’est qu’au bout de 40 à 50 minutes que l’égalisation se fait. Or, dans les conditions où a lieu cette expérience, il convient de se rappeler que la production de calorique par l’économie peut fort bien se régler de telle sorte qu’on n’aperçoive plus de différence d’un cas à l’autre ; puisque, d’après Winternilz, cette fonction peut déterminer, dans l’émission de chaleur par la peau, des oscillations de 60 p. 100 en plus et de 92 p. 100 en moins, rien qu’au moyen des changements dans la distribution du sang.

Pouvoir émissif des vêlements. — Ce pouvoir dépend de la conductibilité des matières vestimentaires ; il s’exerce par rayonnement, mais aussi par contact ou convection, en ce sens que l’air qui passe incessamment à la surface des vêtements leur emprunte de la chaleur.

Les premières études sur ce point remontent à Péclet et à Forbes. Les expériences de Coulier (1858), suivies de celles de W. Hammond, de Krieger, de Schuster, n’ont pas trop vieilli et méritent d’être rapportées.

Un récipient de laiton, mince, cylindrique, de 500 centimètres cubes, est rempli d’eau à une température supérieure à 50 degrés ; on le suspend au moyen de cordons de soie dans un air tranquille ; un thermomètre très sensible, fixé au bouchon qui ferme l’appareil et plongeant dans le liquide, permeL de constater les variations de température. L’appareil étant laissé à lui-même, on note exactement le nombre de minutes et de secondes nécessaires pour obtenir une diminution de 5°, en commençant l’expérience à partir d’un point fixe, 40° par exemple. Appliquant ensuite sur le vase des chemises faites des différentes matières en expérience, on note également avec précision le temps nécessaire pour amener avec chacune d’elles la chute thermométrique de 40° à 35°. On a obtenu les chiffres ci-dessous:

Expérience de Coulier.

Durée du refroidissement

Récipient en laiton non recouvert 18'12"

!A. Toile de coton pour chemises 1 1'39"

R. Toile de coton pour doublure n'15'

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