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COTON

saturation.

Les étoffes absorbent rapidement de 23 à 60 p. 100 de l’eau nécessaire à leur saturation, en 10 minutes par exemple. La saturation a lieu au bout de 2 heures dans une atmosphère d’humidité moyenne (70 p. 100). Au contraire, quand 1 air est très humide, il faut 12 à 15 heures pour que l’étoffe arrive au maximum relatif de saturation dont elle est susceptible dans ces conditions. Dans l’air à 95 centièmes de saturation, la flanelle n’a absorbé au bout des lOpremières minutes que 35 p. 100

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de l’eau qu’elle pourra définitivement retenir; 80 p. 100, au bout de 2 heures, et la saturation définitive ne sera obtenue qu’au bout de 6 heures. Les recherches de Klas Linrothle portent à conclure que les étoffes enlèvent moins facilement, toutes choses égales d’ailleurs, l’eau à notre corps qu’à l’air extérieur.

Par l’immersion des étoffes dans les solutions de sels acides d’alumine (par exemple de l’acétate d’alumine acide à 1 p. 1 00), d’après Arnold Hiller, on leur communique la propriété d’ètre imperméables à l’eau sans le devenir pour l’air, ou tout au moins sans perdre plus de 3 à 11 p. 100 de leur perméabilité pour ce gaz. Elles ont en outre l’avantage de rester perméables à l’air, même étant mouillées; tandis que, dans les conditions ordinaires, l’humectation diminue beaucoup celle perméabilité. L’imprégnation alumineuse ne détermine évidemment pas une imperméabilité véritable, à l'eau ni à l’air, et il y a ici un abus de mots; elle diminue simplement l’affinité capillaire du tissu pour l’eau; le tissu ne se mouille plus, voilà tout. Nous hésitons à croire que l’imbibilion à la gélatine, conseillée par Ililler comme complément de l’aluminage, ne diminue pas réellement la perméabilité des étoffes et ne les rapproche pas des vêtements enduits de caoutchouc. Quoi qu’il en soit, en tolérant les étoffes ainsi préparées pour la confection des manteaux, nous pensons qu’il convient de surseoir à leur emploi, sous forme de chemises de laine, dans les vêlements qui reposent à même sur la peau et dont une partie du rôle utile est précisément d’absorber l’eau de la sueur. Quand toute la sécrétion aqueuse de la peau n’est point évaporée, que devient la partie liquide, avec ces tissus qui ne se mouillent pas?

Propriété* lu mi ne uses et électriques. — On n’a guère étudié l’influence du vêtement à ce double point de vue, quoiqu’il soit on ne peut plus légitime de soupçonner qu’elle est loin d’être nulle. Il n’y a pas de substances vestimentaires absolument diaphanes, pas plus qu’il n’y en a de diathermanes ; cependant elles sont plus ou moins opaques, et il est à supposer que celles qui laissent passer quelque peu de lumière sont plus avantageuses à la tonicité du tégument que les enveloppes complètement opaques. 11 est vrai que l'opacité est presque corrélative d’un haut degré d’impénétrabilité à l’air; il y a donc une association d’influences.

Les matières animales, soie et laine, se chargent aisément d’électricité négative par le frottement; les fils de lin et de chanvre sont bons conducteurs de l’électricité. 11 serait étonnant que ces propriétés fussent indifférentes vis-à-vis des phénomènes biologiques chez les êtres qui revêtent leur tégument de larges enveloppes faites de ces substances. Mais, nous le répétons, ce n’est là qu’une induction qu’il reste à traduire en formules.

Nous avons dit précédemment l’influence remarquable, au point de vue des propriétés thermiques, de la couleur des vêlements, c’est-à-dire de leur aptitude a réfléchir ou à absorber tout ou partie des rayons du prisme. Les couleurs révèlent des aptitudes d’un ordre analogue sous le rapport d une qualité qui intéresse spécialement l’hygiène militaire : la visibilité a distance. Bornons-nous à dire ici que la visibilité à distance des étoffes \ estimentaires varie selon la couleur et d’une façon exactement inverse de l’effet produit parcelle-ci sur la puissance d’absorption calorique.

Aération «in corps par le vêtement. — L’air est lo milieu naturel de 1 homme ; il ne faut pas que le Vêtement l'isole absolument de l’atmosphère.

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Nous avons rapproché le vêtement de Y habitation; comme celle-ci, le vêtement enferme, non les groupes, mais chaque individu dans une atmosphère limitée, immobile relativement, et qui peut arriver au confinement. Il doit y avoir, par le vêtement lui-même, une ventilation naturelle du corps et une ventilation artificielle, méthodique, voulue. La peau respire aussi.

La forme flottante des vêtements antiques donnait probablement une grande prédominance à la ventilation naturelle par leur intermédiaire. Les étoffes de ce temps-là, perméables comme les nôtres, conservaient les villosités que l’industrie moderne leur enlève si exactement ; elles laissaient passer l’air du dedans au dehors et réciproquement, elles en gardaient une provision dans leurs mailles velues ; les amples plis des robes et des manteaux, tantôt rassemblés sui le corps, tantôt lâches et flottants, permettaient à l’air extérieur de venir remplacer d’instant en instant celui qui avait été en contact avec la peau du porteur. De nos jours, tous les vêtements collent au corps ou à peu près; ce ne sont que ligatures, conslrictions et fermetures exactes ; la ventilation naturelle est réduite à son minimum, et les échanges entre l’air du dehors et l’atmosphère confinée, en contact avec la peau, n’a lieu qu’à travers les pores de la matière vestimentaire. Que reste-t-il comme ressource de ventilation ? l’abandon provisoire, une fois par jour, du vêtement diurne, pour en prendre un autre pendant la durée de la nuit, et le changement définitif, plus ou moins fréquent, des pièces de vêtement, spécialement du linge de corps, contre des vêtements fraîchement lavés et aérés. C’est une ventilation un peu rare, elle l’est beaucoup dans certaines classes ; mais, au moins, elle est complète. Les anciens ne l’avaient pas ; ils ne connaissaient pas le linge de corps et dormaient probablement dans le même costume qu’ils portaient en plein jour, comme font encore aujourd’hui les ordres religieux, en souvenir des beaux jours de l’an 1000.

D’ailleurs, les étoffes ne sont pas simplement perméables à l’air; elles l’absorbent et, par conséquent, aussi les gaz divers qui peuvent être mélangés avec lui. Stark a démontré que la faculté d’absorption pour les particules odorantes se comporte, dans les étoffes colorées, absolument comme l’absorption de la lumière et de la chaleur. De plus, les étoffes de couleur sombre retiennent plus longtemps les odeurs que celles de couleur claire; enfin cette imprégnation par les particules odorantes est plus énergique de la part des Lissus de provenance animale, la soie en tête, que de ceux qui sont fournis parles végétaux. Wunderlich a constaté que la toile de lin teinte en bleu absorbe 56 parties d’ammoniaque, pendant qu’une identique, mais non colorée, n’en prend que 36 ; mais c’est essentiellement la matière même du tissu qui décide du pouvoir absorbant pour le gaz; pendant que la laine absorbe 100 d’ammoniaque, le lin n’en prend que 72, la soie 36 et le coton 15. L’état humide augmente cette propriété de l'absorption gazeuse; l’état rugueux ou velu des surfaces élève à la fois et celte propriété et celle de retenir les molécules odorantes.

I^e vêtement appareil «le protection. — Il est des circonstances dans lesquelles on fait bon marché de toutes les propriétés qui viennent d’être indiquées, pour ne chercher dans le revêtement artificiel du corps qu’un

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moyen de faire échapper celui-ci ou quelqu’une de ses parties à l’action des contacts irritants ou des agents vulnérants. C’est essentiellement le cas de la chaussure etde quelques appareils de guerre, casques et cuirasses , que nous ne ferons que mentionner.

Les enveloppes métalliques sont de détestables vêtements; ce qui a été dit plus haut le fait suffisamment comprendre. La cuirasse et surtout le casque, bons conducteurs du calorique, ont certainement prêté à de nombreux accidents d’insolation, générale ou locale. Mais c’est peut-être une nécessité stratégique, et ce que l’on peut demander, c’est que les organisateurs des armées en réduisent les inconvénients au minimum.

La chaussure n’est pas foncièrement indispensable ; de nombreuses familles humaines s’en passent ou peu s’en faut. Mais elle est entrée définitivement dans les mœurs des peuples civilisés, et il faut la regarder comme une chose dont personne ne se passe plus. Aussi bien est-il nécessaire que les habitants des pays froids enveloppent de quelque isolant les extrémités qui se trouveront en contact avec le sol humide ou glacé, -et que, partout, dans l’existence artificielle du moment, l’homme qui foule le rude pavé des villes, le soldat qui fait de longues étapes sur le silex des routes, et jusqu’au laboureur dont la charrue renouvelle l’âpreté de la surface terrestre, tous arment leur pied d’un revêtement capable d’émousser les heurts contre les aspérités du sol et de rendre la progression plus assurée. La chaussure doit remplir cet office de protection sans compromettre ni entraver les mouvements ; c’est le cuir des animaux qui fournit les substances les mieux appropriées à ce besoin, ainsi que cela sera exposé tout à l’heure.

Provenance et préparation îles matières vestimentaires. — Il Semble peu utile de s’arrêter aux substances minérales, qui fournissent le vêtement-armure et les gilets d’amiante, incombustibles.

Matières végétales. Lin, chanvre, jute, coton, phormium, ramie, etc. — Tous les végétaux énumérés dans ce titre possèdent cette propriété commune de fournir des fibres textiles, que l’industrie recueille, dégage du végétal et transforme en ces t issus qui méritent d une façon générale le nom de toiles, encore qu’ils puissent en porter d’autres dans la terminologie commerciale.

Les étoffes de lin sont celles dont 1 usage remonte au temps le plus reculé ; on en enveloppail les momies chez les Égyptiens, line paraît pas qu’elles eussent jamais pu devenir, non plus que celles de chanvre, d’un emploi vulgaire, si le génie industriel n avait trouvé les merveilleuses machines qui servent aujourd’hui à filer et à tisser les fibres superposées à la tige de ces deux végétaux. Mais peut-être ce grand mouvement a-t-il dépassé le but et, après avoir mis le linge de corps à la portée de tous, commet il une réelle faute économique en diminuant, par l’abus de la machine et des procédés chimiques, l’étendue des propriétés utiles et la résistance de la matière première.

Le lin est cultivé sur de vastes espaces dans le département du Nord, en Algérie, en Russie et dans 1 Inde; c’est-à-dire que cette plante précieuse a une grande complaisance d acclimatement. Pour le dire en passant, son rendement en graine est en voie d acquérir une importance qui ne le cédera pas à celle de la matière textile. Les cultivateurs du Nord, qui ne peuvent semer plus d’une fois la graine de

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leur récolte, en achètent à la Russie pour plus d’un million de francs chaque année. La graine de lin fournit 1 huile à la céruserie et à la peinture; il reste, après l’extraction de l’huile, un tourteau très estimé.

Les fibres lexliles du lin et du chanvre sont incorporées à l’écorce de la lige par une matière gélatineuse dont les débarrasse le rouissage. Cette opération, qui n’est guère moins qu’une putréfaction méthodique, se fait en grand dans la Lys (département du Nord) et réclame l’attention de l’hygiène à litre de cause spéciale d’allération des cours d’eau. Aussi bien, la questionne parait-elle pas tout à fait éclaircie, autant qu’il résulte du savant travail que Vallin lui a consacré. 11 semblerait, dans tous les cas, regrettable qu’on fût quelque jour obligé d’y substituer des procédés chimiques, analogues à ceux qui opèrent aujourd’hui le blanchiment de la toile avec rapidité, mais non sans compromettre la valeur du tissu. Il vaut mieux chercher les moyens de rendre inoffensif le rouissage à l’eau, si tant est que, pratiqué dans les eaux courantes, il présente des dangers réels.

On appelle jute les fibres du liber de plusieurs espèces de Corchorus de l’Inde (Tiliackes). Les filaments en sont très longs (lm,o0 à 3m,50) ; ils ont un éclat de soie et une couleur blanchâtre passant au brun par l’exposition à l’air; fisse travaillent à l’eau chaude. Le jute ne donne qu’une toile grossière, propre aux emballages et à la confection des sacs. On le mêle cependant quelquefois au chanvre et au lin. Le sulfate d’aniline permet de déceler la fraude; il teint le jute en jaune intense, tandis qu’il ne colore le chanvre qu’en jaune faible et pas du tout le lin.

Le Phormium tenax, le Ma et 1 ’Abaca ont peu d’importance dans nos contrées. C'est encore la tige de ces végétaux qui renferme les fibres.

Dans le coton, la matière textile est la bourre soyeuse dans laquelle la nature a plongé les graines; d’où. résultent des opérations, notablement différentes de celles qui concernent le lin, pour préparer les fibres à être filées et tissées.

La ramie provient d’une plante (Bemaria utilis) , que l’on a rangée, peut-être à tort, dans la famille Urticées, et qui se cultive depuis longues années en Chine (China- gras s). La tige est ligneuse et a la grosseur d’un crayon ordinaire. En 1870, un concours fut ouvert en Angleterre pour l'invention d’une machine à décortiquer la ramie. Malgré plusieurs échecs successifs, on a fini par trouver une décortiqueuse satisfaisante. Une Société française existe à Avignon et l’on cultive la ramie dans le département de Vaucluse, en remplacement de la garance disparue. Naguère, il fallait la faire venir de Chine et d’Égypte.

Après blanchiment, la fibre de ramie est très blanche et peut être filée. Elle ressemble un peu à la soie et prend bien la teinture.

On peut voir, dans la figure 207, les caractères microscopiques de quelques-unes des fibres textiles.

Pour rendre cetle énumération complète, mentionnons simplement les tiges de diverses graminées, les fibres des palmiers, de l’osier, dont on fait des chapeaux; la paille, le varech, etc., qui servent à la confection de pièces de literie. Enfin, le caoutchouc, avec lequel on imperméabilise certains vêlements, détestables par cela même qu’ils sont imperméables. Ce qui n’ôte rien aux mérites du caoutchouc, qui rend aux sciences, aux arts et à la chirurgie de si précieux services.

Matières animales. Laine, soie, fourrures, cuirs. — On peut faire immédiatement, dans cet ordre de substances, deux classes : celles qui sont employées à l’état de tissus, laine et soie, et celles qui ne se tissent pas, les cuirs. Les fourrures appartiennent tantôt à l’une, tantôt à l’autre; quelques-unes passent par un étal spécial : le feutrage, pour remplir l’office qu’on en attend.

La laine est le poil des animaux de l’espèce ovine; l’ensemble de ce que peut fournir un individu de celte espèce s’appelle toison et pèse de lkil,50 à 8 kilogram-

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mes. Les laines des moutons dits de haut pays sont courtes, fines, frisées ; les mérinos rentrent dans cette catégorie. Celles des moulons de plat pays sont longues, les poils à courbures moins raides. Une toison renferme de 15 à 7U p. 10U de suint, l’animal ayant été lavé ; 50 à 80 lorsqu’il ne l’est pas.

La laine de brebis est blanche ou jaunâtre; chaque poil a une longueur variant de 0m,l à 0m,32, une largeur de 0,014 à 0,06 de millimètre. Vu au microscope, il reproduit les traits de la structure de tous les poils ou cheveux, c esL-à-dire d un ensemble de cônes épithéliaux omboilés les uns dans les autres (fig. 207), avec des traces d’un canal médullaire. Chaque cône inférieur, tronqué, déhorde un peu le cône supérieur; il en résulte une série d’arètes minces, irrégulières, qui expliquent la disposition des poils à se feutrer.

La laine qui a élé travaillée, et surloul qui a ete portée, montre moins bien les écailles épithéliales; en revanche, on y voit mieux la substance fibrillaire sousjacente à l’enveloppe corticale.

Les opérations industrielles dont la laine est l’objet se rapportent à deux types

Fig. 207. — Mélange de fibres textiles , animales el végétales (Roth et Lex) (*J.

essentiels : la préparation des laines pour la fabrication des draps et flanelles (laines cardées ), et la préparation de celles dont on fera les étoffes lisses, lénos, mérinos, Orléans etc., (laines peignées). Toutes entraînent des déchets organiques animaux, emportés par les eaux de lavage et dont la disparition (ou mieux l’utilisation) est un problème d’hygiène publique qu’il ne faut pas perdre de vue. Heureusement il n’est pas insoluble, il est môme en partie résolu. (Voy. p. 775.)

Pourquoi ne dirions-nous pas ici que l’industrie, qui ne recule jamais, fabrique avec des chiffons de laine, dont les plus mauvais ont été convertis en engrais (azotine), des étoiles que les gens les moins dénués de prétentions achètent avec empressement sous le nom de draps- Renaissance (le qualificatif n’est que trop exact)'?

Des substances analogues ou supérieures à la laine, en réalité moins intéressantes pour nous, interviennent dans la confection de tissus d’un prix généralement élevé. Ainsi : la laine de Kaschmir, poils des chèvres de celle région de l’Inde; la (*)

(*) a, laine neuve ; b, laine qui a été portée ; c, soie j d, lin ; e, coton.

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laine de vigogne, d’alpaga, le poil de chameau (mohair), le poil de lièvre, de chat, le crin, etc.

La soie est, comme on sait, un merveilleux produit de sécrétion dans lequel s’enveloppent la larve du Bombyx du mûrier et celle de quelques autres bombyx, pour y passer, princièrement couchées, le temps qui les sépare du moment où elles se réveilleront animal complet. Deux fils d’une finesse inouïe sortent de la bouche du vei et s agglutinent aussitôt en un brin unique, soyeux et d’une extraordinaire résistance. Quand le cocon esta poinl, on étouffe la chenille, qui ne l’a filé que pour elle et le couperait à l’heure de sa métamorphose.

Les brins de soie mesurent de 9 à 21 millièmes de millimètre d’épaisseur. Sous le

microscope, ils apparaissent comme des tubes homogènes, cylindriques, transparents, à contours très nets. Dans la soie qui a été mise en usage, on peut remarquer une scissure dans l’axe du fil ; c'est un commencement de destruction (fig. 208).

Le travail des cocons et la fabrication des étoffes de soie sont une grande industrie française, un instant compromise par « la maladie des vers à soie », la fâcherie et la pébrine, dont Pasteur a indiqué le remède. Mais si, par patriotisme, nous nous intéressons grandement à la soie, l’hygiène prend beaucoup moins de part à nos préoccupations. Les tissus de soie sontils des vêlements? En vérité, non. Ce sont des emblèmes de luxe, officiels ou privés, sous lesquels se place le vrai vêtement, le vêtement en rapport avec les fonctions physiologiques, celui-là n’intéressant que des fonctions publiques et sociales.

Les matières vestimentaires qui ne se tissent pas comprennent essentiellement: les peaux d’animaux avec la fourrure, les plumes, le cuir.

Les peaux d’animaux à fourrures sont d’excellents moyens de conservation du calorique, par ce fait que les poils drus et longs, renferment le meilleur de tous les isolants, l’air. Les plumes sont absolument dans le même cas et remplissent cet office d’autant mieux qu’elles sont plus déliées, plus duvetées, exemptes départies dures qui auraient quelque pouvoir conducteur et rendraient la division de l’air moins parfaite. Les explorateurs des régions polaires ont fait l’expérience que le duvet de l’eider est supérieur à la fourrure du buffle et de l’ours blanc (Parry, Peyer), en ce qu’il est infiniment plus léger et peut se porler en été comme en hiver; les fourrures ne sont indispensables que pour le repos nocturne, par des froids de 30 à 40 degrés au-dessous de zéro. Les matelots de Parry se trouvèrent bien de porter leurs vêtements de peau le poil en dedans; cette pratique peut donner immédiatement un résultat agréable, mais le poil en contact avec le corps se pénètre d’humidité, qui en annule les bons effets et, lorsqu’on vient à remettre le côté velu en dehors, de petits glaçons se forment aux extrémités des poils. Les Lapons et les Kamtschadales portent leurs fourrures constamment le poil en dehors; quelques Esquimaux ont deux peaux, l’une avec le poil en dehors, l’autre, en contact avec le corps et le poil en dedans. L’humidité nuit beaucoup aux fourrures; elle fait tomber le poil des peaux de rennes et raidit le cuir de toutes. C’est pour cela que le capitaine Nares, dans son expédition de 1873, préféra munir son équipage dépaisses couvertures de laine.

Fig. 208. — Brins de soie, 300 X 1 (Roth et Lex).

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Dans nos pays tempérés, les vêtements de fourrures sont un luxe agréable et que les riches peuvent seuls se permettre. On reconnaîtra, au moins, qu’ils rendent de réels services contre le refroidissement des extrémités.

Les peaux à fourrures sont l’objet de préparations qui se rapprochent de l’art du tanneur et qui ont pour but de les rendre incorruptibles et inattaquables aux parasites.

Les poils d’un certain nombre de rongeurs, autrefois le castor, aujourd’hui le lapin, fournissent l’aliment de la vaste industrie des chapeaux de feutre, non moins intéressante au sujet des ouvriers qu’elle emploie qu’en ce qui concerne les consommateurs. Nous avons dit la raison pour laquelle les poils des animaux sont disposés à se prêter au feutrage.

Le cuir est la partie la plus dense du derme des animaux, dépouillée de son épiderme et des fibres lâches sous-jacentes, condensée par des opérations mécaniques et rendue imputrescible par sa combinaison avec l’acide lannique. C’est essentiellement la peau des ruminants qui est affectée à ces manipulations, en vue de fournir le vêtement des extrémités inférieures, la chaussure. Les cuirs de vache et de veau servent à fabriquer Ycmpeigne; la peau du bœuf et celle du taureau sont destinées aux semelles. Les prairies américaines envoient en Europe des cargaisons de peaux; les animaux n’ont été abattus à peu près que pour leur cuir.

La préparation des cuirs, le tannage, est une opération longue et délicate, qui appellerait l’attention de l’hygiène rien que parce qu’elle s’exerce sur des matières animales, mais qui mérite encore d’être suivie en ce que, des soins avec lesquels elle s'accomplit, dépendent la résistance, l’imperméabilité, la souplesse des chaussures, auxquelles on demande précisément et tout d’abord toutes ces qualités. Le point capital est que les mailles du derme soient également et profondément pénétrées de tan.

Le tan est une poudre obtenue avec l’écorce des chênes de douze à quinze ans; les diverses espèces de chêne en fournissent; on peut également employer l’écorce du bouleau, de l’aune, du châtaignier, du sapin et une infinité d’autres substances végétales, riches en acides lannique et gallique.

Convenablement nettoyées et ramollies, les peaux sont mises à gonfler dans un bain d’eau de chaux, ou d’eau étendue d’acide sulfurique, ou mieux dans la jusée, liquide acidulé qu’on obtient par la fermenlation de la farine d’orge. Quand cette préparation a donné le résultat voulu, on enfosse les peaux. Les fosses ont plusieurs mètres de profondeur; sur le fond de chacune, on étend une couche de tan de 30 centimètres d’épaisseur; sur cette couche, on déploie une première peau, qui est saupoudrée de 6 à 8 centimètres de tan; puis une seconde et ainsi de suite, en alternant les stratifications de peaux et de tan. On termine par une couche de poudre de 30 centimètres. Le tout esL recouvert de planches, que des pierres suffisamment lourdes compriment, et l’on y coule l’eau nécessaire. Il faut 150 kilogrammes de tan pour 40 kilogrammes de peau. Autrefois, l’en tassage durait deux à trois ans. Pressés par la concurrence et aidés des agents chimiques, les industriels en ont considérablement abrégé la durée, au détriment des qualités de leurs produits. Le tannage à la jusée ne dure actuellement pas plus de huit à dix mois; encore le trouve-t-on trop long, et les chimistes vantent-ils délibérément des procèdes bien plus expéditifs. En voici un que Joltrain a proposé à la Société’ française d'hjgiène de la part de Ch. Pavesi, de Morlara :

Perchlorure do fer..

Eau

Chlorure de sodium

10 parties.

On verse la solution dans des cuves de hois, que l’on remplit de peaux convenable-

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ment préparées et que l’on soumet à une température de la à 20 degrés pendant quelques semaines. Après ce temps, on relire les peaux, on les sèche, et le reste des opérations se poursuit comme d’habitude.

Il faut se garder de rien condamner a priori; mais voilà, certes, une méthode de laquelle il est prudent d’exiger des preuves.

Teinture des étoffes. — Toutes les substances textiles, mais surtout le coton, la laine et la soie, sont appelées, dans l'industrie, à recevoir l’addition d’une matière colorante, soit sur la matière première ou plutôt sur les fils, soi L sur les tissus déjà confectionnés. Le premier mode est la teinture par immersion ; le second emploie tantôt l’immersion, tantôt Y impression. Ces opérations appartiennent à l’hygiène industrielle par les conditions de salubrité du travail, et à l’hygiène vestimentaire en général parce fait qu’un très grand nombre de matières colorantes, bien acceptées par l’industrie, sont des agents toxiques dont le contact avec la peau humaine soulève de justes appréhensions : ainsi les couleurs d'aniline.

Il est fort probable qu’une seule substance et toujours la même est le vrai coupable dans tous les accidents d’empoisonnement de provenance vestimentaire qui ont été signalés, à savoir, Y arsenic. Autrefois c’étaient le vert arsenical de Schweinfurth et l’arséniate d’alumine (violet, jaune ou rouge-brun), qui étaient en cause; l’arsenic y entrait ouvertement; on pouvait trouver plus de 2 grammes cl’acide arsénieux dans un mètre de certaines étoffes, particulièrement dans ces fameux voiles verts, très à la mode chez nos grand’mères. Aujourd’hui, ce sont les couleurs d’aniline, la fuchsine notamment, et la coralline, obtenue en traitant l’acide rosolique par l’ammoniaque. Non pas que la fuchsine, peut-être, soit toxique par elle-même; mais on oblienl la rosaniline, dont ces matières colorantes sont des sels, en traitant l’aniline par des oxydants, parmi lesquels deux sont aussi dangereux que fréquemment employés: le nitrate de mercure et Y acide arsénique. De telle sorte qu’il est rare que la fuchsine ne renferme pas plus ou moins de substance vénéneuse. Les observations de Viaud-Grandmarais et de Richardson ont montré que l’application sur la peau de vêtements teints avec cette matière détermine des éruptions vésiculeuses locales et des symptômes généraux. De même pour la corallinéf que Tardieu a dénoncée le premier, en 1869; celte substance, pure, est vraisemblablement inoffensive, mais on se sert pour l’appliquer d’un mordant qui est encore un sel arsenical.

L’hygiène (plus que l’industrie) cherche une couleur végétale qui puisse fournir sans danger les nuances vertes, bleues, rouges, violettes, habituellement obtenues par le vert de Schweinfurth, le cobalt de Hongrie, l’aniline. Collineau et Savigny pensent avoir trouvé cette substance dans la cauline, qui provient de végétaux indigènes d’une culture facile, d’extraction très simple, s’unissant à l’acide picrique comme l’indigo. Ils la proposent pour les étoffes et les papiers peints.

Formes et adaptations du. 'vêtement. — La considération, qui prime toutes celles dont le sujet actuel est susceptible, est qu’il ne saurait y avoir de règles invariables en pareille matière, môme sans sortir des exigences physiologiques. En effet, le climat, les ressources du pays, les habitudes nationales, imposent des formes de vêtement dont l’origine remonte à quelque fait de première importance et qu’il serait dangereux de méconnaître..Môme dans nos pays tempérés, le vêtement d’été et le vêtement d’hiver ne se ressemblent pas, et à juste titre; les citadins et les paysans adoptent, d’instinct, des étoffes et des modes différentes, appropriées à leurs besoins respectifs.

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