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générale. J
L’hygiône a pourtant toujours le droit de demander que le vêtement, masculin ou féminin, ne comporte pas de ligatures ni de constrictions, localisées ou étendues, compromettant la circulation sanguine, limitant les mouvements et capables de devenir des causes de déformation. Les chemisiers, les tailleurs, les couturières, qui nous étranglent à l’encolure, aux entournures, à la ceinture, sont de réels coupables; il devrait y avoir des punitions légales contre les cordonniers qui, dès l’enfance, déforment les pieds de leurs clients. Il y aura peut-être quelque jour une administration militaire décidée à réaliser le vœu des hygiénistes de tous pays, en donnant aux soldats un uniforme qui satisfasse à la fois la liberté des mouvements, le jeu des appareils organiques et cette régularité d’altitudes, qui est nécessaire chez les soldats, mais semble pouvoir être obtenue sans les étrangler. On a beaucoup progressé, sous ce rapport, et supprimé bien des accessoires inutiles ou gênants, dont chacun, d’ailleurs, se débarrassait vite en campagne, comme les médecins de l’armée s’empressent de rentrer au fond de leurs cantines les ornements qui n’aident point à panser les blessés ni à ausculter les malades. Les costumes sont un reste de barbarie. Il fut un temps, dans l’enfance de l’humanité, où le mâle de notre espèce se bariolait à l’instar du mâle des oiseaux à l’époque des amours; avec le progrès, cette mise en scène de coquetterie a passé de l’homme à la femme. A quel propos conserver l’uniforme du soldat, la robe du prêtre, du magistrat, du professeur? C’est de la fatuité de sauvage. «On y renoncera, dit Letourneau (Charles), comme on a renoncé à se perforer le nez et à se déformer le crâne. »
tl y aurait bien encore les droits de l’esthétique à faire valoir, et l’hygiène se désintéresse bien moins qu’on ne croirait du culte du beau. Mais notre génération très occupée et très utilitaire se soucie assez peu d’entretenir la production des œuvres de goût, môme dans les choses dont on se sert tous les jours; les beauxarts ont bien assez d’habiter les musées et d’apparaître dans les salons, les jours de réception: on ne sort pas avec cela. 11 faut reconnaître, d’ailleurs, que la femme, à qui échoit naturellement la garde de l’art dans le costume, puisque c’est un auxiliaire de la beauté, est tombée de nos jours au dernier degré de Tesclavage des couturières et des modistes, dont le principal talent est de faire excentrique et cher. A vrai dire, on ne crée une œuvre de goût que pour les cas particuliers; la mode actuelle, qui habille toutes les femmes de la même manière, est certaine d’être grotesque de temps en temps. Naguère, les robes collantes, où triomphaient de belles audacieuses, humiliaient les formes plates ou rebondies à l’excès - aujourd’hui, les robes sont surchargées de tant d’artifices, qu’on se demande si la réalité existe encore.
L industrie s’associe avec un entrain parfait à tous ces essais risqués, à ces changements rapides, qui sont le caractère moderne du luxe; elle foule, brise, rase, tant qu’elle peut, avec des machines merveilleuses, la matière première des vêlements, et l’on peut compter que les étoffes ne procureront plus aux porteurs l’ennui de durer trop longtemps.
Le costume masculin, pour le moins insignifiant, semblerait avoir l’avantage d être désoimais fixé à 1 habit noir, à la redingote, au paletot; mais ne pouvant plus changer les noms, les tailleurs varient la coupe et, pour leur intérêt, cela re-
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vient au même, sans que le costume y gagne rien. Au moins ces pièces de vêlement ne sont-elles pas positivement incommodes, quand la confection en est soignée, et comprennent-elles, malgré la monotonie des couleurs, certains appareils capables de rendre de bons services.
On trouve encore, dans quelques recoins de la France, des vestiges d’un costume national, plus particulièrement conservé dans la partie féminine de la population, parce qu’il fait admirablement le compte de la coquetterie. Malheureusement, à cet égard du moins et peut-être à quelques autres, le peuple français s’homogénise avec une grande intensité; les campagnes vont aux villes et les villes aux capitales; dans peu de temps, les dernières traces de la vie locale s’effaceront, tout le monde se ressemblera et ce sera fait du pittoresque du costume.
Vêtement de la tête. — C’est un des vêtements les moins indispensables, puisque le crâne est naturellement protégé par les cheveux. Toutefois, le chapeau à bords larges a sa raison d’être dans les saisons et les pays de soleil, parce qu’il ombrage en même temps la face ; comme les bonnets de fourrure sont de mise dans les hivers des pays circumpolaires, attendu qu’ils préservent les oreilles, la nuque, les joues, parties découvertes, tout autant que le crâne. La coiffure doit, dans tous les cas, être légère et perméable à l’air ; un engin lourd et dur exerce des compressions fâcheuses; un chapeau imperméable retient la sueur au contact des cheveux, les macère et en détermine la chute. La plupart des musulmans, et en particulier les Arabes d’Algérie portent le fez, ou calotte d’étoffe épaisse, doublée quelquefois à l’intérieur d’une calotte de linge ; cette coiffure est peu perméable, elle ne l’est même plus à la longue, car le fez se transmet de père en fils; mais les musulmans ont la tête rasée. Cela ne parait pas être une coutume à emprunter aux indigènes, non plus que bien d’autres, également malpropres. Le casque en liège des colonies, très léger, protège bien la face et la nuque. Nos chapeaux de feutre sont trop peu perméables; ils rachètent en partie ce défaut par la forme haute, qui permet de conserver une atmosphère intérieure, au-dessus du cuir chevelu ; sans cet avantage, la forme de nos chapeaux de cérémonie serait complètement ridicule. On pratique de petites ventouses d’aération sur le fond et les côtés des chapeaux moins élevés, à calotte hémisphérique. A l’intérieur des habitations, à moins de calvitie (et encore), toute coiffure est superflue. La coiffure des femmes est plutôt une parure, un prétexte à fleurs et à rubans, d’après la richesse desquels on peut juger du degré de la hiérarchie sociale à laquelle appartient (légitimement ou non) la personne qui les porte. On s’aperçoit de reste que ce n’est pas pour se couvrir la tête que les femmes portent des chapeaux. En fait, sauf sous les climats extrêmes, elles n’en ont guère besoin. Les paysannes lorraines, qui travaillent beaucoup aux champs, se couvrent la tête et la face d’une sorte de capuchon en calicot, dans les moments de grand soleil; il est évident que cette protection se rapporte plus aux yeux et au visage, y compris le cou, qu’au crâne lui-même. C’est, néanmoins, une saine pratique, aussi bien que celle, dans les mêmes circonstances, du chapeau de paille à larges bords, léger et ombrageant le visage et la nuque, sorte d’ombrelle que l’on n’est pas obligé de tenir à la main.
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A de rares exceptions près et d’une façon transitoire, le cou n’a pas plus besoin de vêtement que la face ; les habitudes féminines le prouvent bien. Il gagne à être nu, pour assurer la liberté de la circulation des gros vaisseaux, et l’expérience a démontré que les personnes qui usent le plus du cache-nez et du boa sont les plus sujettes aux laryngites et aux angines. Par les froids intenses, il ne faut pas dépasser le foulard léger, porté uniquement au dehors.
Vêtements du tronc et des membres. — Dans nos habitudes, la pièce immédiatement en contact avec la peau est la chemise. Sous le rapport de la forme, la chemise doit être dans la règle générale de ne pas faire de constriclion nulle part, spécialement à la base du cou. Au point de vue de la matière, elle est faite de lin (ou chanvre), de coton ou de flanelle. Ce qui a été dit précédemment permet de discerner les cas dans lesquels telle substance convient plus qu'une autre ; rappelons seulement que la sécurité du colon et surtout de la flanelle repose essentiellement sur leur pouvoir absorbant pour l’eau, et que, loin d’adapter la flanelle aux besoins de la calorification, il faut au contraire la regarder comme propice aux pays chauds, dans lesquels les sueqrs abondantes sont inévitables. Dans nos pays tempérés, la flanelle n’est qu’une concession aux organismes délicats; l’éducation à l’eau froide lui est supérieure.
En Allemagne, Gustave Jiiger s’est fait l’apôtre du vêtement de laine exclusif, du règne de la laine, comme dit P. Borner, et a proposé des modèles non moins excentriques que son système. 11 ne semble pas qu’il ait été pris au sérieux par personne.
La chemise a surtout pour effet d’atténuer le contact des vêlements plus corsés, à surface rugueuse, que l’on met par dessus et qui sont les vrais protecteurs de la calorification. Le caleçon remplit à peu près le même office. L’un et l’autre, toutefois, se superposent au niveau du bas-ventre et protègent cette région, particulièrement sensible aux refroidissements. Pour cette raison et pour quelques autres, les femmes font bien de porter un pantalon. Chez les individus très susceptibles, la protection du bas-ventre est forcée d’aller jusqu’à la ceinture de flanelle.
Ni les gilets, ni les redingotes, ni les tuniques ne doivent sangler la taille, sous peine de gêner la respiration, de contrarier le travail de l’estomac, de déplacer les viscères abdominaux. Au même litre, le pantalon sera supporté par des bretelles élastiques plutôt que retenu sur les hanches par une ceinture serrée. La ceinture, encore faut-il qu’elle soit large, ne rend de services qu’au moment de l’effort, en soutenant la contraction des parois musculaires du ventre. Enfin, les femmes devront avoir la jarretière, élastique et peu serrée, au-dessus du genou et non au-dessous ; celte dernière position, généralement en usage chez les femmes du peuple, n’est probablement pas indifférente au développement des varices.
Le pantalon masculin est en drap ou en toile (coutil). Ce dernier, agréable dans la saison chaude, ne mérite qu’une confiance limitée; sous nos climats, un revirement de température est vite arrivé; la pluie, d’ailleurs, tiou\e le pantalon de toile apte à être vite mouillé et à évaporer de même ;
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à ce moment, ce serait une grave imprudence que de ne pas reprendre au plus vite le pantalon de drap.
Chez les femmes, le rôle physiologique et sanitaire du vêtement est la dernière préoccupation qui vienne à l’esprit; par conséquent, les règles qui fixent la nature et la forme des vêtements n’empruntent à peu près rien à l’hygiène; ce n’est même pas la coquetterie qui inspire toujours la mise féminine, mais cet implacable tyran qu’on appelle la mode.
Parmi les appareils dont la femnle revêt son corps délicat, il en est un, le corset, qui est moins un vêtement qu’une machine propre à modifier les formes et souvent à en créer d’artificielles. A un certain moment, qui n’est pas encore très loin de nous, les empiètements et les abus de cet engin sont devenus tellement criants que les anatomo-pathologistes eux-mêmes s’en sont émus et qu’à force de dénonciations, cette dangereuse machine a fini par prendre des proportions modestes. Le corset, si on l’abandonne à ses hardiesses, a la prétention de réaliser trois ou quatre choses qui, à tort ou à raison, passent pour autant de beau tés : faire saillir le haut de la poitrine, amincir le milieu du corps, élargir les hanches, donner la rectitude à la taille. Les victimes, d’ailleurs, ne manquent pas de raisons spécieuses; il faut soutenir la colonne vertébrale et le thorax des jeunes filles, offrir un support aux seins volumineux, maintenir la paroi du ventre, disposée à céder à diverses distensions, etc. Or, les jeunes filles arrivent parfaitement à n’avoir que les ondulations naturelles et gracieuses de la colonne vertébrale sans aucune aide, pourvu qu’on ne leur fasse pas prendre des attitudes factices et vicieuses ; bien que la femme soit particulièrement douée de la respiration costo-supérieure, elle a besoin aussi, pour respirer, du libre jeu de son diaphragme ; les seins volumineux ont droit d'être soutenus, mais il ne faut pas croire que ce soit une beauté que de les avoir sous le menton, rassemblés de vive force sur la ligne médiane, puisque naturellement ils tendent plutôt à diverger sous les aisselles; enfin, le ventre de la femme est fait pour être distendu, et il vaut mieux laisser s’exercer la tonicité propre de ses parois que de la remplacer au prix du refoulement des gros viscères qu’il renferme.
En tout cas, les accusations formulées à l’endroit du corset ont été fort sérieuses et toutes ne sont pas des calomnies. Par la compression permanente du thorax et le surcroît de travail qu'il impose aux parties supérieures du poumon (la base étant annulée), il serait une cause d 'emphysème vésiculaire, de diverses autres maladies de poitrine et, en particulier, de tuberculose', dans tous les cas, il est certainement un surcroît de gène, lorsque ces maladies existent, quelle qu’en ait été l’origine. Il pourrait bien être une raison de dilatation cardiaque, puisque tout ce qui gêne la circulation veineuse oblige le cœur gauche à des eiforts inusités et que, si la stase veineuse est pulmonaire, le cœur droit est immédiatement surchargé de besogne. Réciproquement, lorsque l’hypertrophie cardiaque est réalisée, pour une cause quelconque, l’emprisonnement du thorax dans le corset aggrave la situation. Le corset comprime l’estomac, abaisse le foie, refoule la masse intestinale vers le petit bassin, fait peut-être flotter les reins, procure aux organes génitaux internes, à l’époque de leur congestion physiologique, une compression fâcheuse. L ulcère rond de l’estomac est plus fréquent chez la femme que chez l’homme ; est-ce la faute
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du corset? nous nous garderons de l’affirmer; mais tout le monde a vu, à table, sur la fin d’un repas, des femmes d’une certaine opulence de formes et d’autant plus corsetées, respirer péniblement, attendre avec angoisse le moment où l’on quittera la position assise et où elles pourront, étant debout, rendre un peu d’espace à leur estomac à qui la dilatation en avant est absolument interdite. Que ce jeu soit inoffensif, nous en serions étonné. Pour ce qui est desseins, ces organes à l’honneur desquels les femmes ont peut-être le plus aisément accepté le carcere duro du corset, ce n’est certainement pas lui qui les fait naître quand il n’y a en a pas; et, lorsqu’il y en a, il en abuse et les compromet ; tirer les seins en dedans et les repousser en haut est aussi propre à constituer peu à peu les mamelles pendantes que de les abandonner à leur propre poids; mais c’est bien plus dangereux, parce que le tiraillement avec compression dispose à l’atrophie. Cela, avec d’autres circonstances assez variées, est une des raisons pour lesquelles les femmes des classes riches, lorsqu’elles veulent allaiter leurs enfants n’en ont pas les moyens.
11 est plus que probable que le corset peut être, avec avantage, interdit aux jeunes filles jusque dans les premières années de la puberté inclusivement et que, quand il a réellement un rôle de soutien à remplir, il faut le • réduire à son minimum, en faire une ceinture un peu large et élastique, jamais une cuirasse. Le progrès moderne supprime peu à peu les baleines et les lames d’acier, qu’on introduisait naguère dans les corsets, et les buses qui descendaient jusqu’au pubis; l’appareil ne monte plus jusqu’aux aisselles; c’est une ceinture facile à tenir plus ou moins lâche, qui ne comprime ni ne refoule rien, et ne sert de point d’appui qu’à l’agrafe des jupons. 11 n’en faut pas davantage et il est difficile d’accorder moins.
Vêlement dus extrémités. — En général, les mains n’ont pas besoin d’être recouvertes et, en fait, les gants sont plutôt un usage de convention qu’un appareil utile. Pour les gens délicats, lorsqu’ils sont à l’extérieur par les grands froids, et même pour des ouvriers obligés d’avoir longtemps les mains à l’air, pour les soldats dont les armes refroidissent la peau en contact avec elles, les gants ne sont plus tout à fait du luxe ; mais l’enveloppe à laquelle on demande en pareil cas un service positif ne ressemble plus guère à celle dont on se sert pour maintenir la finesse de la main et la faire ressortir. C’est une étoffe corsée, quelquefois une peau doublée d’étoffe de laine, ou même une fourrure. Lesdames, que ces gants effrayeraient, gardent la peau de chevreau, mais plongent leurs mains dans un manchon douillet.
Le revêtement des extrémités inférieures a notablement plus d’importance. Nous négligeons les habitudes des peuplades barbares, qui n’ont pas de chaussure, en quoi elles sont imitées par une partie de nos populations rurales, pendant la belle saison. Cette coutume a de sérieux avantages pour la forme et le développement du pied, mais elle expose la peau à bien des traumatismes; il est rare, d’ailleurs, qu’à un moment donné les « va nu-pieds» ne modifient pas eux-mêmes la simplicité de leur vêtement des extrémités, soit en armant la plante du pied d’une semelle de bois, soit en enveloppant toute la partie de morceaux d’étoffe qui la protègent' contre le froid. °
Nous superposons d’abord à notre pied un bas ou une chaussette, en lame ou en coton selon la saison. Quelques-uns suppriment cet intermé- Arnould, Hygiène. 2e édit. rjo
diaire et ont tort. Le bas ou la chaussette, en tout temps, recueillent une part des sécrétions abondantes et odorantes du pied; ils retardent l’accumulation de la malpropreté, suppléent pendant quelque temps au lavage do cette extiémité, assainissent la véritable chaussure; en hiver ils devien— nent un écran contre le refroidissement, le cuir n’étant presque pas une protection. Ils doivent être confectionnés suivant des principes qu’a formulés Mmo Salquin et qui se rattachent à ceux qui vont être développés au sujet de la chaussure. Dans l’armée française, le soldat a réglementairement le pied nu dans son soulier ou sa botte ; mais tout homme qui en a tant soit peu le moyen se fournit lui-môme de chaussettes de colon ou de laine. Si ces dernières devenaient une partie normale du vêtement donné par l’administration, il est à croire que les congélations seraient moins fréquentes dans les expéditions d’hiver.
Puis, vient l’enveloppe en cuir, soulier , botte , bottine , etc. Le cuir n’a plus que cette affectation dans l’hygiène vestimentaire ; les troupes de cavalerie elles-mêmes n’en revêtent que partiellement les surfaces de pantalon qui doivent être en contact avec le cheval ou avec le harnachement. Ce tissu naturel n’est pas d’un contact agréable à la peau, ni favorable à la calorification ; fréquemment mouillé, il durcit et gêne les mouvements. On ne voit plus de « culottes de peau » que parmi certaines populations pauvres, à l’existence faite de rude labeur et de privations, d’ailleurs lentes au progrès (les Souabes).
Or, indépendamment des lacunes déjà signalées dans la préparation des cuirs, la fabrication des chaussures est entre les mains [d’industriels à qui l’axiome « se faire une chaussure à son pied » paraît devoir être pratiqué en sens inverse, qui font des souliers comme il leur semble bon et obligent nos pieds à se conformer à leurs caprices de Procuste. Yoici, dit A. Nystrom, le résultat de cette étonnante pratique : « des doigts de pied atrophiés, serrés les uns contre les autres au point de remplacer leurs formes arrondies par des arêtes prismatiques permanentes : le pouce recourbé, se logeant où il peut, quelquefois sous les autres orteils, dévié de sa direction primitive; le métatarse transformé en un moignon aplati, informe; des os atrophiés, des muscles qui ont disparu par suite de l’immobilité à laquelle on les a soumis; des articulations sans souplesse; des callosités à toutes les saillies et à tous les points de frottement; une disposition à l’ongle incarné; le froid habituel du pied avec les conséquences de congestion qui en résultent; une tendance à l’établissement du pied plat; une démarche disgracieuse, causée parle malaise et entretenue par l’habitude ; une disposition aux engelures et aux localisations goutteuses, etc. ; sans compter la mauvaise humeur, la fatigue, le sentiment d’abattement, quand on ne peut se débarrasser de ses entraves.
La figure 209, de Wiel et Gnehm, représente une des déformations les plus ordinaires du pied par la chaussure symétrique, c’est-à-dire dont la semelle pourrait êlre partagée dans sa longueur en deux moitiés à peu près semblables, par une ligne médiane, et dont l’empeigne correspond par sa partie la plus saillante au milieu du dos du pied. Dans le cas de la
Fig.