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Pied déformé par la chaussure

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figure, l’étroitesse du soulier terminé en pointe et l’aplaLissement de l’empeigne vers le bord antérieur ont fait chevaucher le deuxième orteil par dessus le premier et le troisième, rapprochés l’un de l’autre. Si, avec la même coupe de semelle, l’empeigne est plus lâche à sa terminaison antérieure, le deuxième orteil prend la forme en marteau.

C’est encore, selon H. v. Meyer, la chaussure symétrique qui est la cause la plus active du pied plat vrai, avec torsion et non point écrasement de la voûte du pied. L’empeigne dont la ligne de brisure est sur le milieu du dos du pied, et non sur le dos du gros orteil, pousse le pied à se mettre en pronation par abaissement du bord interne de la voûte plantaire et relèvement de son bord externe. Celui-ci glisse, par suite, en dehors, repousse et distend le contrefort de ce côté; le pied bascule et, la pression portant davantage vers le bord interne, le talon du soulier s’use davantage sur ce bord ; ce qui tend à exagérer encore l’infirmité.

Depuis 1857, H. v. Meyer tient la campagne contre la chaussure dont les cordonniers nous ont imposé l’habitude.

Bien que rencontrant des auxiliaires chez tous les hygiénistes, ses idées ne font cependant que des progrès très lents. Il se réclame, naturellement, comme Tourainne a fait depuis, de l’anatomie et de la physiologie du pied. Cet organe n’est pas symétrique ; il forme deux voûtes, une en long, l’autre en travers; la voûte plantaire antéro-postérieure a pour sommet une ligne allant du calcanéum à la tête du troisième métatarsien ; mais, dans la marche, l’appui se déroule du troisième au gros orteil, qui fait ressort quand le pied quitte le sol. Si la chaussure refoule celui-ci vers les autres, la largeur de la voûte est diminuée d’autant et c’est tout le pied qui donne l’impulsion locomotrice. La base de sustentation se rétrécit et la marche est moins sûre.

La chaussure doit permettre au gros orteil de garder sa place, qui, normalement, occupe le bord interne du pied et même le déborde en dedans. Les cordonniers ont tort de prendre mesure sur le pied en l'air; Tourainne recommande le procédé suivant : « on place un pied bien d’aplomb sur un cuir à semelle; à partir de la naissance du petit orteil, on trace avec un poinçon mousse, le manche légèrement incliné en dehors, une ligne qui contourne le pied jusqu’au niveau de l’articulation du gros orteil; à 15 millimètres de 1 extrémité antérieure de celui-ci, on lire une ligne perpendiculaire à l’axe du pied; avec une règle placée au côté interne, à 5 millimètres en dedans du gros orteil, on réunit la ligne latérale interne avec la ligne perpendiculaire antérieure. On agit de même à 1 egard du petit orteil; mais on ne laisse entre lui et la règle qu’un espace do 3 millimètres. On coupe ensuite la semelle, on la retourne, on la place sur le cuir et, en suivant le tracé qu elle détermine, on coupe la deuxième semelle, qui est identique à la première. »

DES ABRIS ET DU VÊTEMENT

[Hygiène

Par ce procédé, on peut arriver à une bonne coupe de semelle, si l’on tombe sur des pieds qui ne soient point trop déformés. Meyer tire une ligne du milieu du talon au milieu du premier métatarsien et la prolonge en avant du pied ; l’axe du gros orteil devrait se trouver dans ce prolongement, ou môme un peu en dedans, si le pied n’était point déformé. Mais cette règle peut suffire, à titre de minimum. La semelle doit être coupée parallèlement à cette ligne, à partir du niveau de l’articulation métatarsophalangienne du gros orteil, en s’écartant de celui-ci de la moitié au moins de sa largeur. Les deux semelles ont la forme delà figure 210. La ligne de

brisure de l’empeigne, c’est-à-dire sa partie la plus saillante, doit correspondre à cette même ligne du gros orteil et non à la ligne médiane du dos du pied. Il faut pratiquer à la face supérieure de la semelle une dépression pour loger la saillie plantaire de la tête du premier métatarsien; une autre logera le talon. Ces dépressions comportent des saillies correspondantes dans la forme. On peut, dans des chaussures qui n’auraient pas été faites avec le creux pour le talon, l’obtenir en introduisant une garniture en forme de demi-cercle; le creux doit être un peu plus profond (1 centimètre) vers le bord interne du talon.

Le bord antérieur du talon de la semelle doit faire une ligne perpendiculaire à la ligne dite du gros orteil, en vue de rendre symétrique l’usure de cette partie. Le bord antérieur de la semelle sera, de même, perpendiculaire à la ligne a, au lieu de prendre la direction b'b', qui serait disgracieuse. L’inélégance est, en effet, un reproche que l’on a fait souvent à la chaussure rationnelle. Meyer l’explique en montrant que ses préceptes ont été souvent mal compris et surtout mal exécutés. En particulier, il est arrivé que l’on taillait la semelle selon les règles ; mais l’on y adaptait une empeigne ou une lige achetée toute faite et fabriquée selon les vieux errements. Il faut que l’ellipse, qui représente la coupe de la lige sur la forme , ait aussi son axe dans la direction de la ligne du gros orteil et ne fasse pas d’angle avec celle-ci.

On ne corrige pas beaucoup l’inélégance de la chaussure rationnelle en la prolongeant en pointe au delà de la ligne antérieure de la semelle, d’ailleurs coupée comme il convient. En effet, la ligne convexe qui forme le bord externe du soulier devient démesurée. Nous pensons qu’il vaut mieux en prendre son parti et faire comprendre au public, si l'on peut, que ce qu’il y a encore de plus laid, ce sont les chaussures qui déforment le pied. Dans tous les cas, Meyer a parfaitement raison d’affirmer que la chaussure rationnelle ne contribue nullement à faire paraître les pieds en dedans.

Fig. 210. — Semelles et talons de la chaussure rationnelle selon H. v.

Meyer.

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Le lieutenant Brandt von Lindau croit que Yaxe de Meyer n’est pas celui qu’il convient d’adopter (Yiry). Il y aurait, tout au moins, des divergences nombreuses. Nous le croyons d’autant plus volontiers que les peuples civilisés ont tous les pieds déformés plus ou moins. Mais Meyer ne prétend pas que sa formule soit invariable. Au contraire, il admet qu’elle fléchisse un peu en faveur des pieds déjà déformés, pourvu que l’on s’en rapproche, d’une paire de souliers à la suivante. C’est le moyen de corriger la déformation existante, ainsi que l’a constaté Yiry.

On a remarqué que la chaussure des cordonniers déforme moins le pied des femmes que celui des hommes. C’est que les premières portent des chaussures légères et souples, parfois même d’étoffe; de sorte que le pied peut façonner le soulier à son moule, alors que, chez les hommes, c’est le soulier qui impose sa forme à l’extrémité.

La semelle doit être épaisse et même ferrée de clous sur les bords, si la chaussure est faite pour des individus appelés à fournir des marches longues et sur n’importe quel terrain. Il ne faut pas donner dans le travers de quelques fabricants qui font déborder beaucoup la semelle des souliers, de chasse, par exemple; ce peut être là un avantage en pays sec et sablonneux, mais du jour où l’on s’aventurera, avec de pareilles chaussures, dans des terres molles et détrempées, ces rebords se chargeront d’une masse de boue qui ralentira singulièrement la progression. Il ne faut pas que la cambrure médiane de la semelle s’applique sur la voûte plantaire ; ce serait une façon d’en supprimer le rôle.

Le quartier doit être plus solide que l’empeigne, mais emboîter exactement l’arrière-pied pour en éviter le renversement et les excoriations.

Le talon de la chaussure, deux à trois fois plus épais que la semelle, ferré si c’est nécessaire, sera large, à bord extérieur vertical et non très conique.

11 doit correspondre au talon du pied et non être ramené en avant, sous la voûte plantaire, comme on le voit à quelques soi-disant élégantes.

L 'empeigne, avec sa partie la plus saillante correspondant au gros orteil, embrassera bien le cou-de-pied, c’est-à-dire que le sillon entre les orteils et le cou-de-pied sera bien marqué, afin d’éviter les faux plis blessants, ainsi que le recommande Ziegler. L’extrémité antérieure de l’empeigne doit laisser entre elle et la semelle de la place pour les orteils, le gros surtout, comme on le voit dans la ligure 211.

Nous retrouvons ici la règle très générale et très invariable, de ne faire de constriction nulle part; elle est peut-être plus rigoureuse lorsqu’il s’agit de parties où le sang veineux est déjà forcé de circuler en sens contraire des lois de la pesanteur. Aussi devons-nous tout de suite signaler l’inconvénient des bottes aplaties au cou-de-pied et celui des bottines à tiges élastiques ou à boutons, lorsque ces tiges n’ont pas un degré suffisant de laxité. Les souliers et les bottines qui se lacent évitent ce défaut, puisque 1 on peut à chaque instant varier le degré de constriction de la lige. C’est d autant plus important qu il est nécessaire que la chaussure louche le . cou-de-pied aussi bien que le talon; ce sont en quelque sorte ses deux points de fixité. La figure 211 (Wiel et Gnehm) permet de suivre simulta-

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nément deux contours, l’un ponctué, l’autre plein, indiquant les points où le pied (ou la jambe) doit être au contact de la botte et ceux où il doit avoir du jeu. La ligne ac pourrait être appelée ligne de fixité; c’est une mesure qu’il est essentiel de prendre, puisque cette ligne est rigoureusement invariable; trop courte, il y a constriction ; trop longue, ballottement du pied.

Quelle que soit la résistance que l’on recherche, l’empeigne molle,

flexible, souple, est toujours préférable; c’est le pied qui doit s’imposer au cuir et non l’inverse.

Le soulier ne doit pas être absolument imperméable; tout en lui conservant sa porosité pour l’air, on le garantit contre l’eau en le graissant. Le meilleur enduit dans ce but est un mélange à parties égales de graisse de porc et d'huile de foie de morue (Wiel et Gnehm). Il nous a paru que la recette recommandée par Tourainne durcissait singulièrement la chaussure; la voici, cependant:

Fig. 211. — Rapport du pied avec la chaussure.

Suif de mouton

Axonge

Cire jaune

Huile d’olives. .

Térébenthine . ..

120 grammes.

La botte vernie perd toute porosité et, par conséquent, est une chaussure froide en hiver, chaude en été. Les souliers de caoutchouc sont détestables pour la même raison.

Les chaussures fourrées ne restent pas longtemps chaudes, parce que la doublure en flanelle, laine ou ouate, s’aplatit, se vide d’air et devient corps bon conducteur. Les semelles de feutre subissent la même altération, un peu moins vite; celles de liège, de paille, résistent encore plus longtemps.

Vêtement nocturne. — L’homme, physiologiquement rivé au sol, serait appelé comme les quadrupèdes, à se coucher pour dormir sur quelque point de la surface, cherchant seulement les espaces les moins rugueux, les plus secs, ceux que la nature a garnis d’un isolant spontané, feuilles sèches, herbes, etc., comme font aussi les animaux. Mais l’industrie de notre espèce a trouvé le moyen de porter à son plus haut degré le moelleux des surfaces sur lesquelles elle prend son repos et de s’isoler complètement, pour dormir, du sol et des influences atmosphériques. L’homme n’est même pas loin d’imiter les oiseaux, qui suspendent leur nid à des rameaux flexibles ou l’installent sur la bifurcation de deux branches. Nos lits sont vraiment aériens. On peut juger, par la recherche et la perfection qu’ils présentent, du degré de civilisation auquel les sociétés sont arrivées.

générale.] LE VÊTEMENT.

Tout d’abord, on se débarrasse de tout ou partie des vêtements du jour, plus ou moins façonnés et, par conséquent, gênant la liberté des attitudes, antipathiques au relâchement total dont le sommeil a besoin pour être réparateur. Quelques populations arriérées et divers ordres religieux, pour qui la malpropreté est une vertu, continuent seuls à n’avoir qu’un vêtement pour le jour et la nuit, sans distinction. Il est clair qu’en outre de l’agrément et de la perfection du repos, l’alternance entre le vêtement de jour et le vêtement de nuit contribue singulièrement à l’assainissement de l’un et de l’autre. Non seulement celui qu’on ne porte pas cesse de se salir, mais de plus, il s’aère pendant qu’on ne le porte pas, pourvu qu’on lui en donne les moyens.

Le lit doit réunir tout ce qui peut annuler les effets de la compression de la peau par le poids du corps sur le plan plus ou moins horizontal de la couche et, en môme temps, tous les matériaux dont le pouvoir conducteur du calorique est au minimum. Pour atteindre au premier résultat, on constitue la couche proprement dite de matelas, en laine ou en crins, quelquefois faits d’un mélange de l’un et de l’autre. On en superpose même plusieurs les uns sur les autres, ce qui n’est point utile, ou l’on adopte, comme matelas superficiel, un vaste sac de plumes, ce qui est fâcheux, parce que la plume amène rapidement des sueurs chez le dormeur et que, si le lit est fait pour reposer, il ne doit point amollir. Entre les matelas et leur support fixe, s’introduit une paillasse de paille ou de feuilles de maïs, ou mieux un sommier élastique. Dans tous les cas, la paillasse elle-même ne doit point reposer sur des planches, ni même sur des lattes inflexibles, un peu écartées les unes des autres ; mais sur des sangles ou des lames d’acier entre-croisées et présentant quelque élasticité. Le tout, séparé du sol de la pièce par quelque 20 ou 25 centimètres, de telle sorte que le corps du dormeur soit lui-même élevé de 50 à 60 centimètres au-dessus du plancher.

Le sommier en crins avec ressorts de laiton tend à se généraliser. Ceux qui n’ont aucun rembourrage absorbant et sont faits exclusivement de lames d’acier et de fils de fer contournés en spirales sont encore préférables. Pourtant il n’y a pas lieu de blâmer l’usage, à la campagne, des paillasses de paille, pourvu que celle-ci soit souvent renouvelée. C’est un des isolants qui résistent le mieux à l’imprégnation par l’humidité et les miasmes, et 1 on ne contestera pas que le fait de changer entièrement la paille ne soit un assainissement radical.

La laine employée pour les malelas est de la laine « en suint, » c'est-k-dire n’ayant subi qu’un simple lavage à l’eau froide; un désuintage semblable à celui qu’on opère dans les usines lui enlèverait son élasticité et sa force. Il en résulte que, matière organique elle-meme, la laine des matelas emporte avec elle une substance azotée et sulfurée (s uintine et suintate ) dont la proportion n’est pas moindre de 10 kilogrammes pour 300 kilogrammes de laine, c’est-k-dire pour le contenu de vingt matelas d hôpital. D ailleurs, merveilleusement apte à recéler les gaz et 1 humidité, la laine des matelas ne peut tarder à devenir un terrain propice à la fermentation putride, ainsi que le fait remarquer Lefranc, et l’on peut juger

DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène

(le la pullulation qu’y atteignent les germes microscopiques par la prospérité des mites et de la teigne fripière, qui, en coupant les brins, augmentent aussi la matière à putréfaction. Après deux ou trois ans de service, les laines de matelas renferment un véritable guano, qui peut s’élever à 1 p. 100 du poids total. Lefranc demande, en conséquence, qu’en outre du battage et du cardage annuel des laines de matelas, elles soient soumises tous les trois ans à une fumigaLion d'acide sulfureux et d’acide arsénieux (3 kilogr. de soufre et 1 kilogr. d’orpiment pour dix quintaux de laine)'; après laquelle se ferait un lavage par lixiviation, à l’eau froide légèrement alcalisée cl phéniquée (1 kilogr. d’acide phénique cristallisé et 40 kilogr. de carbonate de soude dans 40 mètres cubes d’eau, pour 10 quintaux de laine). — La désinfection à l’étuve ne serait-elle pas préférable à cette manipulation sulfureuse et arsenicale?

Le matelas est recouvert d’un drap en toile de lin ou de coton ; c’est encore un drap qui est la première des pièces mises par-dessus le corps de l’individu au lit, lui permettant de se recouvrir ensuite de larges et chaudes pièces de laine et de bénéficier de leurs propriétés calorifiques sans ressentir le contact agaçant de leurs villosités. Toutefois, la sensualité n’est pas ici seule en jeu ; les draps de lit sont au vêtement nocturne ce que le linge de corps est au vêtement diurne ; ils ménagent la propreté du reste, puisqu’ils sont en position de recueillir d’abord les impuretés les plus grossières et susceptibles de lavages fréquents ; tandis que les matelas et les couvertures sont comme les redingotes et les paletots, qu’on ne change guère que quand ils sont usés.

Les couvertures de laine sont le meilleur revêtement pour le repos nocturne ; on les multiplie selon la rigueur de la raison. Dans les pays très froids, les larges coussins de plumes, dits édredons, d’un puissant effet pour la conservation du calorique, ne sont pas à blâmer pourvu qu’ils soient faits de duvet léger et sec et qu’on les réserve pour les nuits de température très rigoureuse.

Même réserve vis-à-vis des oreillers de plumes. La structure du corps de l’homme est telle que le décubitus dorsal ou latéral, sur le plan absolument horizontal, lui est impossible et très pénible. Mais, la plupart du temps, un traversin de crin suffit à soutenir la tête ; les oreillers peuvent être réservés pour les malades, particulièrement ceux qui souffrent d’affections chroniques des voies respiratoires ou du cœur.

Toutes les pièces du couchage qui, comme celles de laine et de plumes, jouissent d’un grand pouvoir d’absorption pour les gaz, doivent être chaque jour exposées à l’air afin d’en renouveler autant que possible l’atmosphère intime à la faveur de la diffusion naturelle.

Oublions, de parti pris, de mentionner parmi les éléments du lit les rideaux, qui ne peuvent servir qu’à confiner l’air du dormeur et à être un réceplable de molécules organiques, de poussières, etc. Aussi bien, cet avis ne pourrait-il s'adresser qu’au luxe, qui ne nous entend guère, et à la pruderie religieuse, cloîtrée ou non, qui porterait certainement la question sur un terrain qui ne nous regarde pas. Les rideaux ont disparu des hôpitaux, sauf de quelques salles de femmes; là, du moins, il faut exiger que les rideaux ne soient fermés que dans les courts moments du lever et du coucher des pensionnaires.

générale.] LE VÊTEMENT.

En santé, il ne faut se couvrir pour le sommeil que juste dans la mesure nécessaire pour être à l’abri, en dormant, de la sensation du froid; une chaleur exagérée, même sans cesser d’être agréable, amollit, est une cause de déperdition par la sueur plus ou moins sensible et rend la peau ultérieurement bien plus impressionnable par le froid extérieur, lorsqu’on est levé. C’est s’exposer à payer cher le délassement si complet que procure le lit et empêcher que l’individu y reprenne des forces, comme cela doit arriver.

La face peut rester découverte, quand on dort sous ahri. Les soldats au bivouac se la couvrent volontiers d’un mouchoir et n’ont peut-être pas tort. Le bonnet de nuit est inutile à quiconque possède des cheveux.

11 n’est pas inutile de faire remarquer que l’alternance entre le vêtement de jour et celui de nuit n’atteint complètement son effet qu’autant que l’on a soin de laisser le premier hors de la chambre à coucher, dans un espace suffisamment aéré pour que les effets s’assainissent d’eux-mêmes. On voit, du reste, que du même coup l’atmosphère de la chambre à coucher est ainsi à l’abri des émanations de vêtements qui ont été portés.

Le vêlement, véhicule des "■erines morbides. — Voici une très grave question, que les anciennes administrations connaissaient, sans arriver à la traiter autrement que par des moyens puérils ; nullement ignorée des hygiénistes de la première moitié de ce siècle, mais envisagée par eux un peu platoniquement. C’est l’époque contemporaine qui a vu se lever décidément l’esprit de philanthropie scientifique et pratique et inaugurer des mesures à la portée de tous et dans tous les temps, pour couper court enfin au transport des principes spécifiques de maladies et à l’entretien des épidémies les plus cruelles par l’intermédiaire des choses à l’usage de l’homme et tout particulièrement des étoffes et des tissus qui ont été au contact des malades.

Il n’y a pas d’effort à faire pour comprendre que les éloffes se laissent pénétrer par les molécules organiques et les corpuscules-germes, si les individus qui portent ces étoffes sèment autour d’eux, parla peau, par les excrétions diverses, de tels corpuscules; il suffit même que les tissus vestimentaires aient séjourné dans une atmosphère infectieuse pour absorber et retenir ces molécules impalpables de la même façon qu’ils absorbent et retiennent des gaz ou de l’humidité. Les étoffes de laine, un peu corsées et villeuses, ne retiennent-elles pas avec une déplorable facilité les parasites visibles, lorsque Je porteur de ces étoffes a été en contact avec des individus malpropres ? Les médecins qui soignent la misère dans les hôpitaux ou à domicile en savent quelque chose, comme aussi ils ont pu s’apercevoir maintes fois qu ils reportaient à d’autres clients ou à leur propre famille des germes morbides recueillis par eux sur quelque point de leur pratique. La coutume est justement que les médecins s’habillent des draps en usage dans les classes aisées et qui sont beaucoup plus propices à collectionner des miasmes que la blouse ou le sarreau des ouvriers.

De tout temps, les vêtements et la literie qui avaient servi à des individus atteints de maladies contagieuses ont été reconnus être l’origine de 1 éclosion de maladies identiques chez des individus sains qui les revêtaient après la mort des premiers. Les marchands de vieux habits sont certainement des entreteneurs d épidémies. On ne retrouve le premier malade et la filiation évidente que dans un tiers des cas de variole (E. Desnier) :

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comment sont venus les deux autres tiers? non pas spontanément, certes, mais par quelque intermédiaire imprévu, que les étoffes constituent souvent. Les coussins des fiacres, dans lesquels des malades se sont fait transporter à l’hôpital, ont été accusés, non à tort; c’est la même chose pour les vêtements que l’on se prête, dont on hérite, que l’on achète d’occasion. Gibert (de Marseille) a révélé qu’en 1874-1875 il y a eu, à Marseille, 1017 décès de variole et que ce sont précisément les arrondissements de la ville, les quartiers et les maisons habités par les fripiers qui ont fourni le plus grand nombre de cas et de décès varioleux. Le commerce des chiffons a é Lé maintes fois dénoncé comme cause de transmission de maladies à Leipzig, New-York. La Turquie, l’Égypte, la Grèce envoient tous les ans, dans nos ports de France, quelque 20 millions de kilogrammes de chiffons de toute provenance, dont il ne serait nullement extraordinaire qu’une partie nous apportât un jour la peste.

Les linges souillés de déjections cholériques ou typhoïques ont le danger visible; on s’en défie; ils sont soigneusement lessivés. Si l’opération n’est pas inoffensive pour les blanchisseurs, du moins ces linges ne compromettent plus, désormais, personne. Il n’en est pas de même des matelas, des couvertures, sur lesquels on ne voit rien ; des vêtements des varioleux ou des personnes qui les ont soignés, dans l’épaisseur desquels la poussière virulente disparaît absolument; des effets de médecins, d’infirmiers ou infirmières qui ont été au contact des septicémiques, de femmes atteintes de fièvre puerpérale. Et tous ces malheureux que l’on admet dans les hôpitaux, que l’on recueille dans les asiles, que l’on enferme dans les prisons; qui peut soupçonner, dans la sordidité de haillons qui ne les quittent guère depuis de longues années, les contages qu’ils ont pris à tous les contacts impurs, àtoutes les atmosphères miasmatiques dans lesquelles ils ont vécu?

La connaissance de la véhiculation vestimentaire des miasmes etdes virus peut donner aujourd’hui la clef d’un bon nombre d’énigmes étiologiques et servir d’argument pour réduire le domaine de la spontanéité morbide.

Pour parer à ces dangers', il est quelques précautions tout indiquées. Ainsi, ne pénétrer dans les milieux* miasmatiques qu’avec des vêtements particuliers, fait d’étoffe serrée et lisse ; quitter ces vêtements au sortir de l’établissement suspect, en les laissant dans une pièce où ils puissent s’aérer spontanément, autant que possible. Les sarreaux dont se servent les médecins d’hôpitaux peuvent devenir ainsi d’une réelle utilité, à condition que l’on ne dépose pas dans la même armoire le vêtement de ville et le sarreau de salles ; le premier reprendrait ce que le second abandonne.

Mais ce ne sont là que des palliatifs. Un moment arrive où des pièces de vêtement ou de couchage sont positivement infectées et où il faut détruire, dans leur tissu même, les principes morbides avant de les remettre en service. C’est l’oeuvre de divers procédés de désinfection sur lesquels nous nous sommes arrêté en terminant le chapitre précédent (Yoy. p. 484 et suiv.). Et c’est la véritable manière de compléter les secours hospitaliers, en réduisant les moyens de propagation des maladies et par suile le nombre des malades. C’est aussi l’économie la mieux entendue qu il soit

DES SOINS CORPORELS

générale.]

possible, puisqu’elle protège la force disponible et le rendement en travail des individus sains et limite les dépenses qu’entraînent les soins réclames par les autres.

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