CHAPITRE VI
DES SOINS CORPORELS
Les vêtements peuvent certainement conlribuer beaucoup à l’entretien de la propreté corporelle, autrement dit à la netteté du tégument physiologique. Ils recueillent l’eau de la sueur et une bonne part des sels dont elle est chargée; ils se pénètrent d’une partie de la sécrétion sébacée et, par le mécanisme de l’étrille, adouci, ils font tomber, dans les frottements inévitables, les écailles de l’épiderme vieilli que les couches jeunes et profondes repoussent incessamment de la surface. Pourvu que 1 on en change souvent, et c’est d habitude ce qui arrive du linge de corps, *es vêtements nous rendent, au point de vuedela propreté, d’incontestables services.
Le linge de corps, selon qu’il a été porté plus ou moins longtemps, augmente de 1 à 4 p. 100 de son poids. Nous avons l’habitude, dit Peltenkofer, d’envoyer notre linge au bain, au lieu dy porter notre peau. Si l’on changeait de linge tous les jours, on serait dans de bonnes conditions de salubrité.
Un moment vient pourtant où son efficacité est débordée. Certaines parties du
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corps, d’ailleurs, par leur conformation ou parce qu’elles sont habituellement découvertes, ne bénéficient à peu près en rien du secours qu’en reçoit l’ensemble. D’où la nécessité, à intervalles plus ou moins rapprochés selon les saisons et le genre de travail, d’un nettoyage méthodique de toute l’enveloppe cutanée; et, à'diverses heures du jour, de soins particuliers s’adressant aux extrémités, à là face, à la tôle, à la bouche, etc., régions pour lesquelles la protection du vêtement est nulle ou peu s en faut, sans compter les causes plus fréquentes et plus urgentes de souillures qui leur incombent.
Le moyen de rappeler la propreté générale du corps, c’est le bain. Les extrémités, la face, la tête, la bouche, réclament des ablutions partielles et des soins un peu spéciaux, qui méritent quelques lignes à part.
A. fie bain. — L’usage du bain était en grand honneur dans l’antiquité. Plusieurs raisons en faisaient une nécessité commune; on ne connaissait pas le linge de corps, on changeait rarement de vêtements; on ne savait pas se coucher dans des conditions qui fissent du repos nocturne un délassement complet et une réfection bienfaisante; le bain procurait cette détente que le lit nous donne tous les jours. Par ailleurs, les nations brillantes de ce temps-là portaient haut le culte de la beauté physique, que l’hygiène ne blâmera, certes, jamais; le bain s’associait dans celte pensée à la gymnastique ancienne. Une cité d’un rang honorable dans l’État devait avoir ses Thermes, et les conquérants romains de la Gaule en gratifiaient les nouvelles villes impériales avec autant de soin qu’ils leur élevaient des arènes. Motard donne un intéressant résumé de la disposition intérieure, assez compliquée, des bains grecs et romains.
C’était une sensualité légitime, qui malheureusement en entraîna d’autres infiniment moins avouables. Quand le christianisme apparut, austère, et prêchant le dédain de la beaulé terrestre, il trouva plus simple de condamner les Thermes que de tenter la réforme d’une pratique primitivement hygiénique. Les Thermes tombèrent en ruines. L’industrie, du reste, n’apportait pas de quoi y suppléer par le vêtement. Le moyen âge, sans en êlre plus chaste, a été le règne de la malpropreté corporelle la plus odieuse et des maladies de peau les plus effroyables. Michelet a, sur ce point, quelques pages aux couleurs très crues, mais exactes. Ainsi tournent les tentatives faites pour déshumaniser l’homme; on ne le rend pas moins vicieux, mais il est malpropre, affamé, malade. Étrange façon de le rapprocher de la divinité-!
D’autres législateurs théocratiques ont eu l’air de faire beaucoup mieux ; Moïse et Mahomet, au lieu d’inspirer l’horreur de l’eau, ont au contraire introduit les ablutions dans les pratiques religieuses du culte, presque au même titre que la prière. Or, ceci encore ne réussit pas; il n’y a que des esprits prévenus qui puissent croire, ou faire semblant de croire, à l’efficacité des mesures d’hygiène, imposées comme prescription cultuelle ; on peut compter que la lettre de la loi sera à tout propos l’objet d’une interprétation pharisaïque. Les Arabes se gardent bien de manquer aux ablutions prescrites par le Coran; mais, pour peu que l’eau ne soit pas sous leur main, la salive, l’urine, le sable même, suffisent à figurer la cérémonie, de façon à contenter Dieu, s’il se paye de formalisme.
L’époque contemporaine ne fera probablement rien pour revenir aux thermes antiques avec leur luxe superflu et leur caractère voluptueux tendant à revêtir la