SÈCHE
ALBU-
MINOÏDES.
GRAISSE
CENDRES
SEL MARIN des
CENDRES
1 Viande fumée
Boiled beef d’Australie
Bœuf d’Amérique, salé
Corned beef (Forsterl
Jambon de Westphalie
— ordinaire
Lard salé
Langue
Poitrines d'oie de Poméranie
Viande sèche
Tablettes-viande d’Hofmann
Hareng salé
Stockfisch (sec)
Hareng fumé
Martin de Lignac sale les viandes par injection dans l’épaisseur des morceaux. Parkes recommande le procédé de Morgan, qui consiste à injecter par le ventricule gauche de l’animal, après l'abatage, un liquide composé de : 3 kilogrammes de saumure, 230 grammes de salpêtre, I kilogramme de sucre, 14 grammes d’acide phospborique et quelques épices. On dessèche ensuite et l’on enrobe la viande dans du charbon de bois. Garges plonge la viande dans un bain d’acide chlorhydrique à 2 ou 3 p. 100 et ensuite dans une solution de bisulfite de soude; il se forme du chlorure de sodium et de l’acide sulfurique. La viande, tout à la fois soufrée et salée, est ensuite enfermée dans des boites hermétiquement closes; elle parait se bien conserver, mais Du Mesnil, qui décrit ces procédés, ne dit pas qu’elle garde sa saveur, son goût, sa digestibilité.
On emploie encore le sel à la conservation des légumes, tels que les choux, les haricots verts. 11 ne faut pas, cette fois, que la quantité de sel soit surabondante; elle ne doit pas empêcher la fermentation muqueuse, que l’on recherche précisément dans la choucroute.
Le beurre salé se conserve pendant un temps qui ne doit pas être trop prolongé.
4° Emploi «les antiseptiques. — Beaucoup d’antiseptiques sont des poisons. Tous sont étrangers à l’économie et, par suite, inassimilables. Tous sont faits pour communiquer aux viandes un fumet, une saveur qu’elles n’ont pas d’abord et qui sont régulièrement désagréables. D’où la difficulté d appliquer à la conservation des viandes les antiseptiques chimiques.
980 DE L’ALIMENTATION ET DES BOISSONS. [Hygiène
Ainsi, 1 immersion dans 1 eau additionnée de créosote ou d’acide pbénique, l’acide sulfureux, les hyposulfiles, les sulfures, etc. Du Mesnil mentionne le procédé de A. Vogel : envelopper la viande fraîche d’un mélange de sel, de charbon, de suif, d’acide phonique, et la placer ensuite dans des tonneaux; celui d’Eckstein, qui consiste à entourer la viande fumée d’une feuille de parchemin, plongée pendant une heure dans du vinaigre de bois chaud; celui de I3usch (de Rio-de-Janeiro) : exposer la viande cuite, puis desséchée, aux vapeurs d’acide sulfureux, la revêtir de gélatine et la plonger finalement dans la graisse de bœuf fondue; le bisulfate de chaux, de Medlock et Bailey; le mélange de sulfure de calcium et de chaux éteinte (J. Young). Boudet, pendant le siège de Paris, avait songé à conserver avec l’acide phrénique la viande des animaux que l’on craignait de ne pouvoir nourrir. Gamgee, à Londres, avait imaginé d’utiliser l’oxyde de carbone; l’animal était d’abord tenu dans une atmosphère d’oxyde de carbone avant d’être abattu; on le sacrifiait en pleine anesthésie carbonée, on le dépeçait immédiatement et l'on en soumettait les morceaux, dans des boîtes hermétiquement fermées, à l’action combinée de l’oxyde de carbone et de l’acide sulfureux pendant huit à douze jours. Ces procédés, ingénieux et médiocres, ne se sont heureusement pas répandus.
La vogue serait, aujourd’hui, à. la conservation des viandes et du lait par l'acide borique et ses dérivés (borax, bory le, etc.), des substances alimentaires de toute nature par l 'acide salicylique qui d’abord, lorsque Kolbe eut découvert (1874) le moyen de l'obtenir par synthèse, du phénol, ne prétendait servir qu’à conserveries vins et les bières. Mais, plus énergiques sont les efforts des industriels, plus insurmontable est la résistance des hygiénistes.
L’acide borique et le borax seraient absolument inoffensifs, d’après Panum, lourdes, Laborde et Rondeau, Polli, Herzen, de Cyon, Bédoin, etc. Péligot conseillait, au moins, de laver exactement, avant de s’en servir, les viandes boriquées. Mais il est des préparations qui ne sauraient admettre ce lavage (lail, confitures). Or, l’innocuité de l’acide borique et du borax a été fortement contestée par Le Bon, Gowers, Schlencker. Il résulte des expériences de Forster que l’acide borique, ajouté aux aliments chez l’homme, compromet la résorption des principes alimentaires; le résidu sec des selles augmente et, surtout, les proportions d’azote non assimilé y sont plus élevées que sans acide borique. D’où l’on peut conclure à une desquamation épithéliale de l’intestin plus active et à une hypersécrétion muqueuse. Néanmoins le Comité consultatif d’hygiène tolère, « jusqu’à plus ample informé », la conservation des substances alimentaires au moyen du borax, autorisé autrefois par Bouley, mais interdit le boryle, qui renferme en outre de la glycérine et de l’éther borique de la glycérine.
L’innocuité de l’acide salicylique est plus douteuse encore que celle de l'acide borique. Kolbe, que K. B. Lehmann assure être un homme de très bonne foi, a absorbé tous les jours, pendant neuf mois, 1 gramme au minimum d'acide salicylique dans des boissons et ne s’en est trouvé que mieux. Les médecins, d’ailleurs, administrent journellement des doses considérables de cet acide ou de ses sels. Malheureusement, c’est justement dans cet ordre d’applications que l’on s’est aperçu que l’acide salicylique ne réussit pas à tout le monde et peut déterminer des accidents graves, chez les gens dont les reins fonctionnent mal, chez les alcooliques, les personnes atteintes d’affections cérébrales, et même chez quelques-unes qui se portent parfaitement, mais, par suile d’une idiosyncrasie qu’on ne peut
générale.] CONSERVATION DES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. 981
prévoir, présentent une extraordinaire susceptibilité pour cet agent (Vallin). Du reste, puisque l’acide salicylique est antiseptique, il entrave les fermentations stomacales et intestinales, aussi bien que celles de la bière et du vin (Berlhelot), et prépare la dyspepsie. Il y a plus; une partie de l’acide salicylique ingéré ne se retrouve pas dans l’urine; il se transforme en acide salicylurique (Bertagnini), c’est-à-dire qu’une partie de l’azote de l’organisme s’élimine sous celle forme, au lieu d’être éliminé à l'état d’urée. 11 serait téméraire d’afQrmer que celle déviation de la nutrition est inoffensive. Sans doute, les marchands de denrées alimentaires et de boissons, qui réclament la tolérance en faveur de l’acide salicylique, assurent que les doses, à l’aide desquelles ils espèrent obtenir la conservation de leurs produits, sont minimes; mais on ne sait pas à quelle dose s'arrête l’idiosyncrasie et, d’ailleurs, il est certain que la dose absorbée quotidiennement par chaque individu pourrait finir par s’élever sérieusement, en additionnant les proportions d’acide que l’on serait exposé à trouver dans toutes les substances pour lesquelles on ambitionne le salicylage : viande, pain, confitures, vin, bière, etc.
Au demeurant, ii est acquis que le salicjdage n’est réclamé qu’en faveur des denrées médiocres, mauvaises ou déjà avariées et falsifiées; c’est ce qui perd l'acide salicylique. Les brasseurs sérieux de Bavière et de Bade le repoussent, comme étant fait pour inspirer des doutes sur la supériorité de leur marchandise. Lehmann, qui pourtant le regarde comme inoffensif, rougirait qu’il fût employé par les brasseurs de Munich dont la renommée est universelle. Et le syndicat des marchands de vin en France en a demandé l’interdiction (1882).
Toutes ces raisons expliquent aisément l’avis défavorable qui a constamment prévalu au Comité consultatif d'hygiène (Brouardel, Dubrisay) et à l’Académie de médecine (Vallin). Le gouvernement français a dû, en conséquence, interdire officiellement le salicylage (Circulaire ministérielle du 7 février 1881). Il est vrai que, sur divers points, les tribunaux le protègent.
L 'acide benzdique vient aussi d’être repoussé par le Comité consultatif (août 1888).
5° Enrobement. — Cette méthode se borne à mettre les substances alimentaires à l’abri de l’air et de ses germes au moyen d’un corps sans action sur la denrée : la gélatine, la graisse, l’huile, le sucre, la cassonade, la cire, etc.
L’enrobement au sucre est très employé pour la conservation des fruits, généralement cuits (confitures, fruits glacés).
La conservation dans le charbon, l’eau-de-vie, le vinaigre et les épices se rattache autant à la mélhode par les antiseptiques qu’à l’enrobement.
6° Stérilisation par la chaleur. — Ce procédé, sous diverses formes, est très répandu. 11 présente de hautes garanties d’efficacité.
Appert enfermait les viandes dans des boîtes métalliques dont le couvercle restait percé d’un trou pour l’échappement de l’air et de la vapeur; puis il les soumettait pendant un certain temps, dans un bain-marie, à la température de 100 degrés. Au moment où l'on retirait les boîtes, le trou était fermé avec un point de soudure. Lorsqu’on sut que certains germes ne sont pas tués par une température de 100n, on chercha à rendre le bain-marie capable d'une température de 110° en le constituant d une solution saline ou d’une solution de sel et de sucre, ou en--
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core de chlorure de calcium el de sel marin. G’esl le procédé Postier. Dans les fabriques australiennes, on l’applique de la façon suivante: les morceaux de viande crue et désossée sont empilés dans des boites en tôle, de 2 à 8 livres, auxquelles on ajoute un peu d’eau ; on soude les boites en ayant soin de laisser un petit orifice dans le couvercle, on les place dans une solution de chlorure de calcium qui ne bout qu’au-dessus de 12o°. Pendant quatre heures, elles sont soumises à une température qui varie entre 100 et 110 degrés, l’eau qui y est contenue s’évapore et, en même temps, l’air atmosphérique est expulsé; on'bouche rapidement l’ouverture du couvercle, après quoi on laisse encore les récipients une heure dans ce bain chaud. On les retire et, dès qu’ils sont refroidis, on les peint à l’huile (0. du Mesnil).
Dans le procédé dit d’Aberdeen, suivi en Écosse et adopté par Martin de Lignac, les boites sont complètement fermées pour être portées à l’ébullition dans la solution saline; c’est seulement après deux ou trois heures qu’on pratique dans la soudure un petit trou pour laisser échapper la vapeur eL l’air. Ce trou est aussitôt refermé eL l’opéi'ation renouvelée trois fois.
Quand la préparation a complètement réussi, le couvercle des boites tend à s'affaisser par l’effet du vide relatif de l’intérieur et prend une forme concave extérieurement. Si la putréfaction s’y déclare à un moment donné, le couvercle est au contraire soulevé par les gaz de l’intérieur et prend la forme bombée. C’est un moyen de juger de la conservation de la substance alimentaire par la simple inspection des boîtes. Dans les fabriques, on met à profit cette circonstances pour éprouver les boites avant de les livrer à la consommation ; on les place dans une chambre d’épreuve chauffée; si, après une observation prolongée, elles ne se dilatent pas, c’est qu’elles sont à point.
Les substances ainsi préparées sont stérilisées et se conservent bien. Malheureusement, ces longues manipulations en augmentent beaucoup le prix de revient. Elles n’en seraient pas moins précieuses pour les armées en expédition et les navigateurs, dût-on les payer cher, puisqu’elles sont aisément transportables. Mais, et ceci est le reproche le plus sérieux qu’on puisse leur adresser, l’hypercoction qui a tué les germes a aussi profondément modifié la texture, la succulence et la saveur des viandes. Peut-être aussi, même sans l’action des germes, subissent-elles des modifications chimiques ultérieures, dans les boîtes mêmes; une viande momifiée est conservée et, cependant, n’est pas mangeable. Il fut un temps où la viande des boîtes de conserves était filandreuse et sans arôme; les soldats, à qui on l’offrait en expéditions, en mangeaient deux ou trois fois avec plaisir, mais ne tardaient pas à s’en lasser. Aujourd’hui, les morceaux se tiennent mieux dans les boîtes et sentent la viande; il y a moins de liquide intérieur. Cependant, cette viande supporte mal d’être accommodée et, ce qu’il y a de mieux, c’est d’en faire des tranches que l’on mange à la vinaigrette, avec des oignons crus découpés.
D’ailleurs, les viandes conservées cuites doivent être consommées immédiatement après l’ouverture des boîtes; une fois à l’air, elles se putréfient rapidement et présentent tous les dangers des matières à poison putride. Du Mesnil rapporte onze cas d'empoisonnement, dont deux mortels, arrivés à la suite de l’usage des viandes d’une boite ouverte depuis cinq jours.
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Les symptômes furent ceux de l’indigestion par aliments gâtés, tels que les ont exposés Kerner, Schumann, Anrep, Bockliscb, etc. Camus a observé de pareils accidents chez une famille qui avait consommé à déjeuner le reste d’une boîte de homard, ouverte de la veille seulement. C’était, il est vrai, à Bou-Saada (Algérie), au mois de juin.
Il ressortirait des expériences de Poincaré que l’introduction par l’estomac de conserves exposées à l’air depuis un temps variable et môme putréfiées ne trouble pas les animaux ou ne leur occasionne que des dérangements gastro-intestinaux. Mais les injections sous-cutanées des mômes conserves ont une action toxique effrayante. La virulence des conserves d’origine animale est beaucoup plus marquée « immédiatement après l’ouverture » des boîtes que plus tard. C’est exactement le contraire pour les conserves d’origine végétale. La mort des cobayes et des lapins mis en expérience se produit en vingt-quatre ou quarante-huit heures, on ne dit pas avec quels symptômes. L’auteur n’a pas de tendance à accuser les ptomaïnes; quant aux microbes dont il a reconnu la présence, ils n’expliquent pas mieux la mort des animaux. Contrairement aux résultats de Poincaré, Fernbach a constaté régulièrement l’absence de microbes dans les conserves avant l’ouverture des boîtes. Finalement, les expériences de Poincaré ne peuvent faire rien conclure pour l’industrie ni pour l’alimentation publique. 11 en convient lui-même. *
On a cherché de différentes façons à éviter les inconvénients de la coction. Les
procédés de Nasmyth, de Mac Call, de Jones et Trevithick, qui recourent à l'alcool, au sulfate de soude, à l’acide sulfureux, ne nous paraissent pas mériter une description. D’après Engelhard, le mauvais goût des conserves provenant de ce que la viande a été cuite dans] sa propre graisse, le « procédé hollandais », qui substitue le beurre à cette graisse, est plus rationnel et très acceptable.
Nous croyons qu’une des raisons pour lesquelles la viande des boîtes australiennes ou américaines est souvent médiocre, c’est le surmenage imposé aux animaux que l’on pousse, à travers un pays sans chemin, jusque dans le point du litloral où ils sont abattus par vastes hécatombes.
Application aux légumes et fruits. — Le procédé Appert et ses dérivés s’appliquent à merveille à la conservation des légumes et des fruits. Beaucoup d’espèces gardent môme, à cette épreuve, leur forme et une part de leur goût et de leur parfum. Les légumes qui n’ont pas pour principal attribut d 'être verts s’y prêtent mieux que les autres; ainsi, les tomates , dont il vient d’Amérique 18 millions de boîtes par an, fournies par New-Jersey, New-York, Baltimore. On expédie deg mômes contrées et de Californie des millions de boîtes de fruits. En France, il est préparé des conserves de légumes à Nantes, à Bordeaux, à Beauforl-en-Vallée (Maine-et- Loire), à Angers, à Paris, dans des proportions qui en font une branche de commerce importante. Nous verrons tout à l’heure comment l’on restitue leur belle couleur verte aux haricots fins et aux petits pois.
Dans beaucoup de ménages, on conserve des haricots verts, des petits pois, des reines-claudes, des mirabelles, dans des bouteilles de verre
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solide, cj u o l’on soumet à la chaleur du four, au moment où l’on en retire le pain, et que l’on ferme ensuite d’un bouchon de liège neuf et ficelé. Ces denrées sont à demi cuites et se conservent toute l’année sans perdre notablement le fumet et la saveur propre des fruits frais.
7° Kéfrigération. — L’abaissement de la température à zéro, comme nous l’avons vu, ne tue pas les microorganismes ni, surtout, leurs spores ; mais il les empêche de se développer; ce qui suffit pour la conservation des viandes. On peut même se borner à descendre à 2 ou 3 degrés au-dessus de zéro.
Depuis longtemps, on conserve la viande, le gibier, le poisson, dans les glacières. En été, les marchandes de poissons entourent de glace leurs pièces. 11 n’y avait qu’à perfectionner le procédé, à éviter le contact même de la glace et de l’eau qu’elle produit, et à appliquer la réfrigération en grand, dans des cas spéciaux.
La figure 234, qui représente un appareil de ménage construit par Ch. Tellier, donne une idée de tous les meubles de la même destination. C'est une armoire doublée de zinc, mais soigneusement isolée par 10 centimètres de paille sèche, coupée en morceaux d’un centimètre de longueur. La porte supérieure permet l’introduction de la glace; un robinet placé à la partie inférieure sert à recueillir l’eau de fusion. La porte inférieure donne accès au garde-manger, qui est disposé pour recevoir les viandes, les mets à conserver et les boissons à rafraîchir.
C’est surtout la réfrigération en grand qui est importante. Aux États- Unis (Du Mesnil), on se sert d’un wagon réfrigérateur pour transporter des fruits frais de Californie à New-York. Il est parti d’Australie, pour la première fois, en 1880, un navire portant à son bord un appareil à fabriquer la glace pour conserver la viande qu’il apportait en Europe. Depuis lors, il vient aussi de la viande des États-Unis par le même système. Londres seul a reçu, dans les neuf premiers mois de 1884, 238,130 quintaux de viande de mouton ainsi traitée (de Leyn). Les animaux, tués au point d’embarquement, sont rapidement dépouillés de leur peau, les viscères enlevés, et les quartiers, enveloppés d’une mince toile de coton, portés sur les navires, dans des chambres dont on maintient la température au-dessous de 10 degrés, généralement entre 5 et 0. On se trouve même mieux de n’enlever que la têle et les viscères des animaux et de laisser la viande dans la peau. L’inconvénient de cette méthode, c’est que l’utilisation des viandes soit presque exclusivement réservée aux grands centres ou même aux villes maritimes, qui assurent l’écoulement et la consommation immédiat de la cargaison; parce que les viandes conservées par refroidissement (plutôt que par congélation) ne supportent pas le passage du milieu froid dans une température ordinaire. Mais il est possible d’avoir des wagons également frigoriques, qui amènent les viandes du port d’arrivée aux villes de l’intérieur. Il est clair que, désormais, une ville qui s’attend à être assiégée aura tout intérêt à abattre dès le premier jour toutes ses bêtes de boucherie et
les conserver par le froid, plutôt que d’entretenir longuement et mal des animaux vivants, qui l’encombrent, la gênent, et dépérissent. La viande conservée par le froid ne perd rien de sa saveur.
générale.] CONSERVATION DES SUBSTANCES ALIMENTAIRES. 98o
On connaît les méritoires efforts accomplis, en France, par Ch. Tellier. pour constituer une méthode pratique de réfrigération, et l’histoire du Frigorifique, qui n’a pas eu de succès, mais a établi le principe. Actuellement, d’après Juclier, les viandes d’Australie et de la Plata voyagent véritablement congelées, dans un froid de 5 à 10 degrés au-dessous de zéro, obtenu par les appareils Carré ou Pictet, ou mieux à l’aide de machines soufflantes qui utilisent le froid produit par la détente de l’air comprimé.
Fig. 234. — Coffre à glace.
8° IjCS extraits, les poudres, les soupes. — Ce sont, à la fois, des procédés de conservation des substances alimentaires et des moyens (ou prétendus tels) de réduire à leur plus simple expression la forme et le volume, non seulement de' la viande, mais encore de ce mélange complexe qui constitue les repas de la plupart des hommes.
Il existe aujourd’hui une douzaine d 'extraits, dont le fameux bouillon ou extrait de Lie bi g est le type, et qui se ressemblent tous par ces caractères: qu’ils sont des condiments et non des préparations alimentaires, et que, s’ils ne nuisent pas aux consommateurs, ils bénéficient généralement à ceux qui les ont inventés et les vendent. On a, longtemps, laissé croire que l’extrait Liebig est la quintessence de la viande et que la moitié d’un bœuf tient dans un petit pot. Les extraits, cependant, ne renferment que des matières extractives , et non des matières protéiques. Ils gardent, en outre, une énorme propoition de sels, parmi lesquels prédominent les sels de potasse.
Roth et Lex, utilisant les analyses de Bunge, Aubert et Dehn, expriment ainsi qu’il suit la composition des extraits de viande :
Eau
Sels
Matières or g an ignés
08G DE L’ALIMENTATION ET DES BOISSONS. [Hygiène
100 parties de sels
Dotasse • •
renferment :
Les matières organiques renferment :
Acide lactinnp. . o
Acide phospliorique
Créatino
Soude
Substance gélatiniforme
Magnésie
Graisse
Chaux
Albumine
Oxyde de fer
Acides inosique, acétique, buty-\ rique, créatinine, sarcosine, 1
i/I iU/1 >9*
Acide sulfurique
Chlore
loucine, inosite, hématine, k globuline, urée ]
Dans des expériences qui, à la vérité, ont été fortement critiquées par Bunge, puis par Lehmann, Kemmerich a tué des animaux par le régime exclusif à l’extrait de Liebig, plus vite que par la diète absolue. Muller (1870), avec 20 à 30 grammes de Liebig, ajoutés au régime ordinaire, a provoqué des symptômes d’intoxication.
La nocuité de l’extrait de Liebig a été attribuée aux sels de potasse par Kemmerich, Eulenburg, Gutmann et par A. Gautier, qui s’appuie sur les expériences de Cl. Bernard et Grandeau et de Podcopaew. Les sels de potasse accélèrent d’abord les mouvements du cœur pour finir par le paralyser; ils irritent vivement les voies digestives; 8 à 10 grammes de chlorure de potassium, injectés par Podcopaew dans l’estomac d’un chien de six kilogrammes, ont abaissé rapidement sa température de 3 degrés; l’animal est mort au bout de quelques heures avec des vomissements et une diarrhée sanguinolente. A. Gautier, porte à 18er,6 p. 100 grammes d’extrait le poids des sels de potasse; ce chiffre est peut-être un peu élevé; Parkes l’évalue à 13 grammes seulement. En adoptant ce chiffre et reprenant les expériences de Kemmerich, Bunge trouve que le poids de sels de potasse nécessaire pour tuer un homme, calculé sur celui qui tue un lapin, ne saurait être au-dessous de 70 grammes ; c’est-à-dire qu’il faudrait plus de 300 grammes d’extrait pour empoisonner un homme. Or la dose nécessaire pour le bouillon n’est que de 4 à 3 grammes.
Ce n’est, toutefois, qu’innocenter à moitié la préparation. Ce serait seulement un poison faible, mais un poison cependant. Lehmann a repris les expériences de Kemmerich et expliqué que l’action des sels de potasse, dans l’augmentation de fréquence et de force du pouls, est d’ordre réflexe et dépend de l’excitation de l’estomac et de l’intestin que produisent tous les sels, non d’une propriété spéciale de la potasse. Les chats et les rongeurs recevant 1 p. 100 de leur poids d’extrait Liebig n’ont jamais paru en éprouver d’inconvénients. Des enfants délicats, amaigris et épuisés, ont semblé, au contraire, se relever sous l’influence de cette préparation, comme il fût résulté d’un bon bouillon, suivi d’autre chose.
Le Liebig semble être supplanté par le Cibils , plus lluide et dont il faut une dose double. Nous l’avons expérimenté à l’hôpital militaire de Lille : ses qualités de parfum et de sapidité sont supérieures à celles du précédent.
Le petit volume de ces extraits, par rapport à la quantité de bouillon qu'ils peuvent fournir, leur donne un grand attrait pour les hygiénistes militaires, en vue des approvisionnements de guerre, pour les blessés et
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malades. Parkes était un enthousiaste du Liebig ; Morache lui est plutôt hostile. Nous pensons que le Cibils est tolérable.
Le tableau ci-dessous, de R. Sendtner, indique les noms et la composition des divers extraits actuellement en vogue.