de pommes de terre 6,90 à
Ce tableau est, d’ailleurs, en parfaite conformité avec les découverXes d’Isidore Pierre relativement à la présence simultanée de plusieurs alcools distincts dans les eaux-de-vie du commerce, y compris l’eau-de-vie de vin authentique, où l’alcool éthylique prédomine, mais n’est pas absolument seul, puisque la dose toxique de cette eau-de-vie se présente plus tôt que celle de l’alcool éthylique.
En prenant les impuretés de certaines eaux-de-vie, telles que celles de la compagnie débilante de Stockholm (pommes de terre), Dujardin-Beaumelz et Audigé ont trouvé des liqueurs toxiques à 4sr,80 d’alcool absolu par kilogramme. Les « huiles » de pommes de terre ont tué les animaux à la dose de 2sr,75et 2sr,G0 par kilogramme.
A l’élranger, Schmitz, Slutzer et Reilmair, Baer, Bodlander et Traube, Brockhaus et d’autres, ont confirmé entièrement ces résultats. En Allemagne, les impuretés de l’alcool portent le nom de Fusel ou de Fusclôl, qui commence à être connu en France. « Le Fusel, dit Stutzer, est un produit latéral qui se forme, dans la fabrication de l’eau-de-vie, de certaines substances renfermant de l’amidon. Les chimistes appellent alcool amylique l’élément capital du Fusel, auquel peuvent être mêlés de faibles quantités d’alcool propylique ou butyliquc. »
Dans notre pays, Laborde et Magnan ont repris, avec quelques variantes, les-
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générale. |
expériences de Dujardin-Bcaumetz et Audigé. Us ont, en outre, signalé dans les « alcools d’industrie » la présence de la pyridine, dont l’action est connue, et du furfurol.
Le furfurol, ou aldéhyde pyromuciquc Cl0H'*Ol, se trouve dans les alcools de grains, d’avoine, de seigle, d’orge. 11 se produit vraisemblablement dans la saccharification sulfurique des céréales et passe dans les produits de la distillation du liquide fermenté. On l’obtient, du reste, par l’action de l’acide sulfurique étendu sur la farine d’avoine ou sur le son. C’est un liquide incolore, d’une odeur rappelant à la fois celle de l’essence de cannelle et celle l’essence d’amandes amères. Sa densité est de 1 ,68 ; il bout à 162 degrés. Le furfurol reste, par conséquent, en grande partie, dans les résidus laissés par les alcools de grains après la distillation. En Écosse, on donne aux paysans, pour un sou, un grand verre de ce liquide résiduaire. Or, le furfurol est un toxique épileptisanl, doué en outre d’une influence inhibitoire sur le poumon. Cette formule, qui résulte des expériences de Laborde et Magnan, est aussi à peu près celle de Lépine.
Enfin, depuis quelques années, les chimistes ont reconnu, dans les alcools, la présence d 'alcaloïdes d’une série voisine de la série pyridique (Morin et Claudon), dans la proportion de o à 22 milligrammes (Lindet), en de certaines eaux-de-vie. Celle de ces bases que R. Wurlz a essayée est un toxique modéré des centres nerveux.
Il ne peut guère paraître douteux que les fâcheux effets des eaux-de-vie consommées dans notre époque, que les progrès de l’alcoolisme, en d’autres termes, ne soient dus pour une forte part à ces impuretés des alcools, aux alcools supérieurs. Et, comme les esprits de grains et de pomme de terre, issus de substance amylacée, sont particulièrement riches en alcools lourds, c’est bien aux alcools d’industrie que revient la responsabilité de cette plaie moderne, plus sensible encore chez les peuples de race germanique ou anglo-saxonne, que chez nos compatriotes.
Cependant je n’hésite pas à exprimer l’avis que la quantité extraordinaire d’alcool (plus de 2 millions d’hectolitres par an, en France), répandu sur le monde par la distillerie, et le bon marché relatif de ce produit, ne contribue pas beaucoup moins que la qualité à exaspérer le fléau de l’alcoolisme. En effet, comme le fait remarquer Vallin, les eaux-de-vie de vin d’autrefois n’étaient nullement exemptes d’alcools supérieurs; c’est précisément sur des alcools de vin qu’Isidore Pierre a démontré les produits impurs dits mauvais goûts de tête et mauvais goûts de queue ; et Ordonneau, distillant 300 litres d’eau-de-vie de Cognac de vingt-cinq ans, authentique, trouvait, dans l’alcool de queue, 1,200 grammes d’un produit possédant l’arome particulier de l’eau-de-vie mise en œuvre. Selon lui, l’eau-de-vie de Cognac renferme, par hectolitre : alcool propylique normal, 40 grammes; alcool amylique 83Rr,80; alcool butylique normal 2l8Rr,60, etc. Le mauvais goût des alcools d’industries viendrait de l 'alcool isobutgliquc , qui se produit dans la fermentation par la levûre de bière, et il faudrait remplacer celle-ci par la levure elliptique. — Mais l’eau-de-vie de Cognac de vingtcinq ans coûte 20 francs la bouteille et, pour celte raison, ne contribuera jamais à propager l’alcoolisme.
Quoi qu il en soit, les Allemands cherchent â fixer une limite à la pro-
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portion de Fuselai, que 1 hygiène interdirait de dépasser. Baer avait autrefois proposé 0,3 p. 100. Or, il est rare que les alcools, môme du plus bas prix, atteignent à ce chiffre. Bodlilnder et Traube estiment qu’on peut le ramener à 0,1 ou tout au plus 0,13 p. 100.
La formule tend, aujourd’hui, à devenir celle-ci : « l’alcool doit être le plus pur possible, » et môme, en considérant que l’industrie peut arriver assez aisément à séparer les alcools supérieurs, Baer déclare, en 1887, que « l’alcool destiné à la consommation doit ôtre absolument purifié et libre de Fusel. »
Recherche des impuretés de l’alcool. — Le procédé Savalle, ou Savalle-Stenberg, est une méthode colorimétrique. On mélange dans un ballon 10 centimètres cubes d’alcool avec 10 centimètres cubes d’acide sulfurique; on chauffe; le liquide, refroidi, est versé dans un flacon carré de 20 centimètres cubes, bien calibré, et l’on compare la teinte qu’il présente avec celle de plaques de verre jaune, d’épaisseur croissante et numérotées de 6 à 8. Les degrés correspondent à des dix-millièmes. Ainsi, le chiffre de 4 degrés, adopté, comme moyenne à la Bourse, correspond à 0,4 p. 1000. Malheureusement, cette réaction n’indique pas plus particulièrement l’alcool amylique, propylique, etc., ni dans quelles proportions respectives ils existent. En général, le premier l’emporte.
Le procédé d’Yvor Bang semble présenter d'autres garanties. Les réactions sur lesquelles il repose sont les suivantes (Vallin) :
« 1° Les alcools de queue (amylique, isobutylique, etc.) sont entièrement solubles dans les hydrocarbures lourds ou légers (huile ou essence de pétrole), tandis que l’alcool ordinaire y esL tout à fait insoluble, lorsqu'il est suffisamment étendu d'eau (phlegme à 30 p. 100 d’alcool, par exemple).
« 2° L’aldéhyde et les autres produits de tâte sont insolubles dans les hydrocarbures, mais les composés que forment les produits de tête se dissolvent intégralement dans les hydrocarbures, losqu’on les met en présence des alcalis (polymérisation). Ces combinaisons des aldéhydes avec les alcalis sont solubles dans l’alcool qu’elles colorent d’une manière plus ou moins intense selon leur quantité. Des traces de ces corps polymères sont décelées par la coloration qu’elles communiquent à l’alcool.
« 3° L’acide sulfurique concentré enlève à l’hydrocarbure la totalité des alcools de tête et de queue qui s’y trouvent dissous, les premiers à la faveur de la soude ou de la potasse, les seconds spontanément, par leur conlact avec l’hydrocarbure. »
Voici comment on utilise ces réactions. — Pour rechercha' les alcools de tête : « Dans 30 à 60 centimètres cubes d’alcool à essayer, on verse une solution concentrée de potasse ou de soude; on mélange les deux liquides et on porte la température de ce mélange vers 60°, au bain-marie. Si l’alcool renferme des produits de tète, la liqueur prend, dans l’espace de quelques minutes, une teinte qui varie du jaune paille au noir, suivant la quantité d’aldéhyde. A froid, la réaction s’opère également, mais elle exige un conlact de vingt- quatre heures avec 1 alcali.
« Si l’alcool essayé contient des aldéhydes, il est inutile d’aller plus loin, puisqu il doit, par cela seul, être repoussé de la consommation. »
Pour la recherche des alcools de queue, « on prend 30 il 60 centimètres cubes de l’alcool il essayer : on y verse, en agitant, de l’hydrocarbure léger, jusqu’il ce que celui-ci cesse de s’y dissoudre instantanément. On étend le mélange de cinq à six fois son volume d’eau ordinaire (l'eau alcoolisée ne dissout pas trace d’hydrocarbure) ; l’hydrocarbure se sépare eL surnage. On le décante dans un flacon bouché a
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l’émeri et on y ajoute quelques centimètres cubes d’acide sulfurique concentré; on agile et on colore — en jaune, si l'alcool isobulylique domine; — en brun , si c’est l’alcool amylique, l’acide sulfurique qui s’est ressemblé au fond du flacon. Tout alcool qui résiste à cette double épreuve est de l’alcool éthylique pur et devrait seul être livré à la consommation. »
La méthode de Rose, usitée en Suisse, consiste à mélanger l’alcool en essai avec une certaine quantité de chloroforme et à constater, sur une échelle graduée, l’augmentation de volume du chloroforme qui se produit. Le chloroforme, en effet, dissout toutes les impuretés de l'alcool.
Le furfurol colore en rouge l’acétate d’aniline.
Rectification des alcools. — II est reconnu que les plus mauvais alcools sont fournis par les petits distillateurs, mal habiles et mal outillés; ce que l’on appelle, en France, les bouilleurs de cru, dont il existe 500,000 dans notre pays, qui produisent par privilège plus d’un million d’hectolitres d’alcool détestable. L’autre million, fourni par la grande industrie de la distillerie, est-il absolument pur? nous ne le croyons guère. Mais, au moins, cette industrie le professe et accepte l’obligation de rectifier ses alcools.
Il y a un assez grand nombre de moyens d’avoir de l’alcool d’industrie pu ou rectifié. Le plus simple, sinon le moins coûteux, consiste à séparer, à la distillation, les produits qui passent les premiers, aldéhyde et analogues, alcool de tête; puis, à arrêter, de même, la distillation au moment où se présentent les alcools les moins volatils, amylique, propylique, etc., alcool de queue. Malheureusement, l 'alcool de cœur ne représente pas plus de 40 p. 100 des flegmes. On recommence la distillation avec ce qui reste; mais c’est un procédé coûteux autant qu’imparfait.
Laurent Naudin a proposé de produire, par voie électrique, de l’hydrogène naissant qui se fixerait sur l’aldéhyde (C4H402) et le convertirait en alcool vinique (C'IFO2). Mais ce moyeu n’influence pas l’alcool amylique. La rectification sur le charbon enlève une partie de ce dernier, mais point les autres ; d’ailleurs, elle esL dispendieuse. On réussit assez bien à n’obtenir que de l’alcool éthylique au moyen de la fermentation basse, par du saccliaromyces ellipsokleus pur; mais il n’est point aisé, sans glacière, de maintenir la fermentation au-dessous de 10 degrés. La méthode industrielle de Bang traite les flegmes par la soude caustique, qui sature l’aldéhyde, et ensuite par un hydrocarbure, qui enlève les produits de queue. On reprend les alcools supérieurs à cet hydrocarbure par l’acide sulfurique.
Falsifications îles caux-«lc-vie et liqueurs. — La falsification la plus grave de tous points, parce qu’elle attente ;\ la santé du consommateur et parce qu’elle est un vol, consiste à donner une eau-de-vie d’origine inférieure les apparences d’une eau-de-vie devin en réputation et à la vendre sous le titre d’eau-de-vie de Languedoc, de Cognac, etc. Avec une certaine quantité d’alcool de grains, de l’eau, du sucre, du caramel, du poivre, une goutte d'acide sulfurique, un peu d’éther œnanthique, rien n’est plus facile que d’obtenir après filtration une liqueur ambrée, chaude, mordante, d’un bouquet décidé, que neuf personnes sur dix accepteront comme du cognac, et, au besoin, comme de la fine champagne. Une bonne moitié des liquides qui se vendent sous ce nom sont purement artificiels.
Lh. Girard a communique les deux recettes suivantes pour faire du cognac ou du rhum :
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bouquet de cognac.
Cachou pulvérisé
Sassafras
. 250 gr.
bouquet de rhum.
Éther butyrique
Fleur de genêt
Teinture de vanille.. .
Thé suisse (véroniquo)
Essence de violette...
Thé Hiswin
Alcool à 90". . .
Capillaire du Canada
Extrait de raisins secs. .
Bois do réglisse
Un peu de vrai rhum
Alcool
ont.
Le bouquet de kirsch se donne avec la nitrobenzine brute ou avec l’eau de laurier-cerise. Les bouquets fins se préparent avec un mélange d’acide cyanhydrique, d’aldéhyde benzoïque ou essence d’amandes amères et de benzonilrile ou de cyanure de phényle. L’essence de reine des prés, qui entre dans le vermouth et le bit ter, est remplacée pas V aldéhyde salicy tique, épileptisant; l’essence de gaultheria procumbens ou de Winter-Green, par le salicylate de méthyle, convulsivant. Le bouquet de l'essence de noyaiL est composé de benzonitrile et d’aldéhyde benzoïque, toxiques (Laborde et Magnan).
Il faut l’intervention d’un chimiste habile pour reconnaître les éléments de ces falsifications. Mais l’on peut, d’une façon générale, constater qu’on a affaire à un produit fabriqué, le plus souvent, par la démonstration des impuretés de l'alcool. Les fraudeurs, en effet, ne se donnent pas la peine de prendre des alcools raffinés, qui coûtent cher. Vallin en cite, qui achètent, à 45 francs l'hectolitre, l’alcool dénaturé par le fisc à l’aide du métylène et de l'acétone et ne semblant plus devoir servir qu’à la fabrication des vernis; on en fait de l’absinthe et autres liqueurs à goût très fort, qui masquent l’àcreté du spiritueux employé. A vrai dire, il est des eaux-de-vie de bouilleurs de cru, tout aussi infectes, sans avoir été dénaturées.
L’industrie et la chimie ont, jusqu’à présent, singulièrement favorisé l’alcoolisme. 11 semble se faire temps qu’une autre chimie et une autre industrie travaillent en sens contraire.
Usage dts alcools. — Autant nous avons fait bon accueil, au point de vue de l’hygiène, à la bière loyale, au cidre bien fait, et par-dessus tout au vin naturel, condiments pleins de séduction et qui ne deviennent offensifs que par un abus décidé, autant nous hésitons vis-à-vis des esprits, de ce que l’on appelle plus spécialement Yalcool.
Tout d’abord, nous ne l’admettons que pur ; réclamer l’alcool de vin, aujourd’hui, serait trop exiger. Puis nous le tolérons aux malades; l’officine de la pharmacie est sa vraie place. Encore ne faudrait-il pas que, sous prétexte de potion de Todd, on mît les pneumoniques sur le chemin de l’alcoolisme et que la cirrhose résultât de la thérapeutique. Enfin nous pensons qu’il est moins dangereux aux hommes qu’aux femmes, dans l’âge mûr que dans la jeunesse, dans les pays froids que sous les climats ardents, et qu’il est difficile de ne pas faire, à cet égard, quelques concessions aux ouvriers et, peut-être, dans des cas donnés, aux soldats, jusqu’à ce qu’on ait trouvé mieux.
On ne consomme pas, d’ordinaire, l’alcool aux doses employées par les expérimentateurs, et il n’arrive pas dans le sang par l’estomac aussi vite qu’avec l’injection hypodermique. Même par le procédé expérimental, il faudrait 442 grammes d’alcool absolu de pommes de terre, c’est-à-dire en-
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viron 1 litre de cette eau-de-vie, pour empoisonner un homme du poids de 65 kilogrammes. Sauf de très rares exceptions, qui du reste confirment les résultats des expériences, un homme ne boit pas I litre d’eau-de-vie en quelques instants, ni môme en un jour. Mais qu’il y emploie quatre jours, huit, dix jours; ne s’est-il pas procuré, à chacun de ces jours, une fraction d’empoisonnement qui a détruit quelque chose de ses forces vives et dont il est inévitable qu’il reste des traces matérielles et profondes?
Les nouvelles recherches de Dujardin-Beaumetz et Audigé sur Yalcoolisme chronique n’ont pas notablement éclairé la question. A vrai dire, elles ont eu pour objet des porcs, dont le petit cerveau n’est pas comparable à celui de l'homme. Toutefois, les animaux intoxiqués chroniquement avaient du tremblement, et bien qu’ils fussent gras, leur chair avait mauvais aspect et était le siège d’hémorrhagies interstitielles. Les auteurs sont, du reste, arrivés à conclure que l’alcool est un aliment d’épargne, parce qu’il ralentit les combustions, en soutirant une certaine quantité d’oxygène aux globules sanguins. Nous avons dit ce que nous pensons de cette théorie.
Ce n’est pas le lieu de parcourir les nombreuses manifestations cliniques de l'alcoolisme. Signalons seulement, comme une des préoccupations qui appartiennent à l’hygiène, les conséquences de l’alcoolisme pour la descendance des intoxiqués, la déchéance de la famille et de la race , et les crimes ou délits qui relèvent de l’ivrognerie ou de la folie ébrieuse.
Prophylaxie «1e l’alcoolisme. — 1° Le premier de tous les moyens, le plus sùr probablement, consiste à répandre dans le peuple Y instruction générale et un peu aussi l’instruction spéciale, en ce qui concerne les notions d’hygiène les plus importantes. L’instruction relève du même coup l’éducation populaire; or, rien n’attente aussi brutalement à la dignité humaine que l’ivresse et l’ivrognerie.
2° En Angleterre, en Amérique, en Allemagne, on forme des Sociétés de tempérance. La première fut fondée en 1829 par Fat hcr Mathew, Irlandais. C’est alors que prit naissance le mot de teelotalers, dont l’origine est assez bizarre. Les adhérents de ces sociétés font vœu d’abstinence complète de boissons alcooliques, et beaucoup sont fidèles.
D’autres sociétés philanthropiques établissent des cafés dans lesquels on ne vend pas d’alcool; il en existe, paraît il, 1,314 de cette sorte dans le Royaume-Uni d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, dont 562 à Londres. Gumprecht a montré comment une société de ce caractère, fondée à Golhenburg, il y a une trentaines d’années, est parvenu à acquérir peu à peu presque tous les cabarets du lieu et à les transformer en cafés sans alcool. L’exemple s’est propagé à la Suède et a eu assez de pouvoir pour réduire de 40 litres à 12 litres par tête et par an la quantité d’alcool que l’on buvait jadis dans ce pays.
3° L’Amérique a créé les « maisons d’ivrognes » (, habituai drunkards homes), autorisées pour la première fois, en 1854, dans l’État de New- York, sous ce prétexte que l’ivrognerie, chez les Américains, n’est pas un vice, mais une maladie, une névrose, souvent héréditaire. Le dipsomane y fait
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abandon provisoire de sa volonté et môme de sa liberté, en vue du traitement qui lui est nécessaire. Quelques-uns de ces malades (?) guérissent effectivement et d’une façon durable.
En -1879, l’asile de Lintorf, près de Düsseldorf, qui était déjà une maison pour l’amélioration des mauvais sujets, est devenu un asile d’ivrognes ( Trinkerasylum ), à 1 instar des établissements américains (Pelman). Depuis lors, il s’en est ouvert d’autres, à Wilmersdorf, près de Berlin, à Marbach, sur le lac de Constance, à Zwischenahn (Oldenbourg). 11 y en a môme un pour les dames du meilleur monde. L’Angleterre en possède plusieurs, dont deux aux environs de Londres. On n’y est reçu qu’après avoir signé un écrit dans lequel le client précise le temps qu’il consent à passer à l’asile. S’il en sort avant ce délai, il peut être poursuivi et réintégré par la police.
L’asile de Fort-Hamilton (New-York) est resté le type du genre. La méthode ne paraît pas se répandre et ne donne pas des résultats étonnants. Sans blâmer ce qui se passe à l’étranger, Foville pense, avec raison, que ces modes de l’Assistance n’auraient, en France, aucun succès.
4° Beaucoup de pays ont des lois répressives de l’ivrognerie ou tout au moins de lYwesse 'publique. En France, la loi du 23 janvier 1873 prévoit l’amende, et môme la prison en cas de récidive, pour cette dernière forme. Les agents de police des grandes villes ont l’air d’être chargés de ne pas l’exécuter. La loi anglaise ( Habituai drunkards Acl , 1879) ne semble pas être plus efficace.
5° Tous les hygiénistes réclament la diminution du nombre des cabarets. En France, pour ouvrir un débit, il suffit de déclarer qu’on en a l’intention. C’est d’un grand libéralisme. Mais nous arrivons à avoir 400,000 débits, c’est-à-dire un pour 90 habitants. Le département du Nord en a plus de 30,000 à lui seul, environ 1 cabaret pour 50 habitants. La plupart des débits de tabac vendent en même temps des liqueurs. De telle sorLe que, non seulement on peut se livrer à l’alcoolisme sans aller bien loin, mais même que l’alcoolisme poursuit ses victimes et se met en travers de leur passage. Il est évident que ce serait largement assez d’un débit pour 200 habitants. Berlin avait, en 1886 (Wasserfuhr), 2,231 débits de Schnaps, sans parler d’environ 6,000 établissements à bière.
6° Nous avons déjà déclaré que nous voudrions voir prohiber absolument le vinage. Nous maintenons que ce doit être la formule de l’hygiène. Pour les administrations, il est évident qu’il serait dilficile de savoir si l’on a ajouté 2 ou 3 p. 100 d’alcool à du vin qui ne marquait que 7 ou 8. Nous pensons qu’elles peuvent, inglobo, traiter comme alcools tous les vins qui marqueront plus de 12 degrés alcooliques centésimaux. A moins que l’on n’arrive à une loi analytique, comme en Angleterre, qui fasse varier les droits d’octroi des vins suivant leur valeur et leur degré d’alcoolisation.
7° On propose communément que les gouvernements encouragent la production du vin, de la bière, dégrèvent le sucre, le café, le thé, tandis qu’ils augmenteraient les impôts sur l’alcool. C’est beaucoup moins facile à mettre en pratique par les gouvernements, qui tirent d'énormes revenus de la production et du commerce de l’alcool. Peut-être y aurait-il moyen de tout
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concilier en remettant au gouvernement le monopole de l’alcool (Alglave), comme il a celui du tabac, avec un succès incontestable pour ses caisses et pour les consommateurs. L’État gagnerait toujours beaucoup d’argent; seulement, il va de soi que scs alcools seraient parfaitement raffinés; et s’ils devenaient une consommation de luxe, ou simplement une denrée qui ne se jette pas à la tète des clients, l’hygiène finirait peut-être par céder quelque chose de ses formules de réprobation. Mais le monopole ne plaît pas aux puissants producteurs de noire époque; on sent entrer en conflit « les capitaux considérables consacrés par les fabricants d’alcools à l’exploitation de leur industrie», et « la nécessité primordiale de mettre en garde les consommateurs contre la toute-puissance de ces industriels ». Ce n’est généralement pas cette considération qui l’emporte dans la balance des commissions parlementaires. En attendant, le gouvernement allemand a obtenu ce monopole (1887).
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