CHAPITRE VIII
DE L’EXERCICE ET DU REPOS
Le mouvement est la caractéristique de la vie, autant que la nutrition, qui est elle-même du mouvement. Il semble être d’autant plus parfait et plus varié que l’être est plus élevé dans l'échelle biologique. C’est le cas de l’homme, dont les rapports avec le monde extérieur sont infinis. C’est par suite du rôle du mouvement dans ces rapports que son étude appartient à cet exposé.
L’hygiène envisage le mouvement de la vie organique aussi bien que celui de la vie animale; le jeu des appareils des sens et le fonctionnement cérébral lui-même, comme les actions musculaires les plus caractérisées.
Le chapitre actuel se rattache, d’ailleurs, au précédent, par les liens les plus étroits. A bien dire, c’est un cercle. L’alimentation apporte les matériaux combus-
généralo.]
DE L’EXERCICE ET DU REPOS
tibles, sources de la chaleur que le mouvement manifeste au dehors; et, réciproquement, tous les animaux sont tenus à un certain travail pour se procurer les matériaux de l’alimentation. Il n’y a même que ce travail- là qui soit obligatoire de par la loi naturelle; tous les hommes le subissent eL travaillent, en réalité, pour vivre, sauf que les exigences de l’estomac se compliquent chez quelques-uns d’accessoires d’une grande importance. Les livres « révélés » ont présenté celle obligation comme un chàlimeut : « In sndore vnltûs lui vesceris pane.... », comme si le lion, qui n'a pas commis de péché originel, n’était pas obligé aussi à user de patience et d’énergie musculaire pour manger de la gazelle à son appétit. La conception est fort étroite; il n’y a pas là de loi d’exception contre l’homme; c’est de Y hygiène générale. Sans doute, noire espèce n’attend pas que Dieu lui donne la pâture, comme le poêle prétend que cela arrive aux petits des oiseaux; elle provoque la (erre, et la force à produire plus qu’il ne sorlirait de sa fécondité spontanée. Mais ceci est une supériorité, et c’est la raison pour laquelle l’expansion des familles humaines est presque indéfinie ; tandis que la multiplication et même la persistance des 'espèces animales sont subordonnées à la production naturelle des plantes ou des autres animaux qui servent à leur nourriture.
Pourtant, exercice ne veut pas dire travail, au moins dans le sens des actes par lesquels l’homme pourvoit à sa subsistance. L’exercice est à proprement parler l’essai des forces et du mécanisme moteur, un apprentissage ou un entretien des aptitudes à l’action; ce sont des mouvements qui n’ont pas encore de but utile; c’est presque « de l’art pour l’art ». Sans perdre de vue ce caractère, qui mérite d’être retenu à part, l’hygiène ne peut oublier que les mouvements de toute espèce, inconscients ou obligés, qu’ils s’accompagnent de l’intention d’essai ou de celle d’un Lut utilitaire, exercent toujours le corps et concourent à l’effet sanitaire immédiat, distinct de ce que peut rapporter le travail en ressources alimentaires. Exercice à vide et proprement dit, ou travail utile, intéressent également l’hygiène, au point de vue des effets généraux.
Tout appareil esL susceptible d’éducation; toute forme du mouvement peut être modifiée, régularisée. A ne considérer le mouvement que d’une façon abstraite, c’est justement cetle éducation physique que poursuit l’hygiène directement. Les mouvements volontaires sont les plus aptes à celte éducation; mais les mouvements réflexes n’en sont pas absolument incapables, comme on le verra. Il est assez remarquable que l’éducalion^desunouvements volontaires arrive à peu près à supprimer l’intervention cérébrale à leur origine et à les produire selon le mode réflexe : un pianiste qui sait bien son morceau ne fait un acte de volilion que pou? se mettre au clavier; les doigts frappenipes notes automatiquement.
Si l’on envisage le mouvement concret, appliqué, c’est-à-dire le travail, l’hygiène s’occupe moins de l’éducation spéciale, propre à chaque mode, que des conditions du milieu et des dangers ou des avantages que comportent la forme, la nature des objets de travail, la durée de celui-ci, l’équilibre entre les ressources physiques individuelles et l’effort exigé. Ces circonstances sont l’objet de I’Hygiène professionnelle; par conséquent, nous ne pourrions les parcourir ici sans faire double emploi. Nous nous bornerons donc aux considérations les plus générales en ce qui concerne le travail, et nous ne l’envisagerons pour ainsi dire que comme un mode de mouvement.
Dans l’acception la plus élevée et la plus rigoureuse du mot, l’exercice est la pratique méthodique du mouvement .
Bien que cette qualité d’étre méthodique donne à l’exercice le caractère
DE L’EXERCICE ET DU REPOS. 1 (Hygiène
d’uno chose propre à l’homme, on ne perdra pas de vue que l’éducation corporelle n’est qu’une préparation au travail proprement dit, un procédé d’endurcissement contre les influences extérieures, une façon d’accroître la résistance plus encore que la puissance. Par ce côté, l’éducation physique ne sort pas de l’hygiène générale. A y regarder d’un peu près, c’est plutôt l’absence de celte éducation qui est artificielle, propre à l’homme, et la conséquence de nos habitudes de vie en société; nous rentrons dans la vérité et dans le vœu de la nature, quand nous la reprenons. Le mode seul en reste quelque peu empreint d’artifice et de nuance humaine.