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I. Modes de l’exercice

Dans le sens qui vient d’être expliqué, l’exercice nous paraît devoir comprendre deux ordres de manifestations du mouvement. Ou bien il s’agit des mouvements nécessaires et communs à tous les individus, comme la station , la marche, la course, la natation, etc. ; ou bien l’on a plus spécialement en vue des exercices qui n’ont d’autre but que l’exercice même, sont réglés suivant une certaine progression, constituent, en un mot, la gymnastique proprement dite. Cette double face de l’exercice se prête à une division que nous allons adopter, moins rigoureuse que commode, ainsi que l’on pourra s’en apercevoir.

A. Exercices naturels. — 1. La station. — Tous les modes de station sont un résultat d’activité musculaire ( attitudes actives de Daily). La station verticale est un véritable exercice, et elle est l’objet d’une éducation spéciale dans l’instruction militaire. Elle est assez fatigante pour que « l’immobilité sous les armes», tant recherchée des instructeurs, finisse par donner le vertige aux novices. Dans presque toutes les revues passées aux élèves de l’École de Saint-Cyr, nous avons vu quelqu’un de ces jeunes hommes s’affaisser brusquement dans les rangs, après quelque temps de station verticale. Le poids de l’équipement et la chaleur aident à ces accidents, d’ailleurs vite dissipés. La taille de l’homme debout est un peu moindre que celle du même individu étendu sur le dos. On sait aussi que les disques intervertébraux s'affaissent par la station verticale prolongée. Les peintres et les sculpteurs évitent de représenter leurs sujets debout, également portés sur les deux pieds; cette attitude fatigante est désagréable üi la vue. L’homme debout est, préférablement, figuré avec une jambe légèrement fléchie ( hancher ), le poids du corps portant presque tout entier sur l’autre. C’est, en effet, la méthode la moins fatigante de conserver la station verticale ; dans la pratique, on peut faire alterner entre elles les deux jambes, l’une se reposant pendant que l’autre soutient le corps.

2. La marche. — Les physiologistes (Borelli, Barthez, Gassendi, Gerdy, Giraud-Teulon, Carlet et Marey) ont beaucoup analysé le mode de progression de l’homme, non sans fixer divers points que l’hygiène de l’exercice peut connaître avec avantage.

MODES DE L’EXERCICE

générale.]

L’adhérence par frottement du pied au sol est la condition de la marche, comme l'adhérence des roues au rail est la condition de la progression d’une locomotive.

A l’aide d’une appropriation ingénieuse des procédés graphiques, Carlet a recueilli les notions suivantes :

« Dans la marche naturelle, le pied commence à se poser en tombant sur le talon; il continue son mouvement en s'appliquant par toute sa plante et se déroule sur le sol en s’y appliquant fortement par sa partie antérieure (la pointe du pied) pour se détacher finalement par son extrémité. » — « Au moment où l’un des talons vient toucher le sol, la pointe de l’autre pied y tient encore. » Il y a là une indication pour les fabricants de chaussures de fortifier, dans leurs semelles, les points qui pressent d’abord et le plus fortement le sol. Pendant la translation par la marche, « le corps n’abandonne jamais entièrement le contact du sol ». Il y a, dans un même pas, deux instants où les deux jambes appuient sur le sol ; ce temps du « double appui » est d’environ un quart de seconde, dans la progression à raison de 60 pas à la minute, et d’un huitième de seconde dans la marche ordinaire d’un adulte, 120 pas à la minute.

La pression du pied sur le sol est plus forte pendant la progression que pendant la station; cette pression augmente avec la grandeur des pas. L’excès de Ta pression du corps en mouvement sur celle du corps au repos ne dépasse pourtant pas les deux septièmes du poids du corps.

En général, « la durée du pas diminue à mesure que sa longueur augmente ». A mesure aussi que les pas augmentent d 'étendue, la foulée (pression) de la pointe croit dans le même sens, tandis que celle du talon demeure sensiblement constante; la jambe postérieure, du reste, n’est pas seulement propulsive, mais encore élévatrice; la jambe à l'appui ne sert qu’au soutien. « Il faut, dit Gira'ud-Teulon, sans doute qu’il y ait toujours un même espace entre la hanche et le sol pour le passage ultérieur de la jambe oscillante, afin d’éviter sa rencontre avec le support commun. »

Marey a institué une série d’expériences à l’aide de V odographe. Parmi les résultats déjà fixés, nous notons les suivants : «Le pas est plus long en montée qu’eri descente, plus long pour l’homme non chargé que pour celui qui porte des fardeaux, plus long pour celui qui a des chaussures à talons très bas que pour celui qui porte des talons élevés, plus long pour le marcheur dont la semelle est épaisse et se prolonge un peu en avant du pied que pour celui dont la chaussure est courte et flexible. » La fréquence augmente en même temps que la longueur dans la marche en plaine, mais dans le cas de pente ascendante du terrain, la longueur du pas en ralentit le rythme.

La ligne décrite par le centre de gravité est une courbe continue de la naiure des sinussoïdes; l’amplitude des oscillations verticales du tronc croit avec la longueur des pas, mais c’est par en bas qu’elles peuvent s’étendre, car le niveau des maxima d’oscillations, c’est-à-dire d’élévation du pubis, est constant. Ceci démontre l’inconvénient de soumettre simultanément à des allures rapides des hommes détaillé élevée et des fantassins exigus; ces derniers, ne pouvant prendre les grandes allures qu’en écartant assez les jambes pour abaisser le niveau inférieur des oscillations verticales, sont bientôt excédés par cette ouverture démesurée du compas.

L’éducation de la marche commence par faire marquer le pas sur place; puis, les élèves partent simultanément du môme pied, au commandement; et selon une mesure que le moniteur et eux-mêmes comptent, en mar-

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quant la cadcncc par un choc du pied sur le sol, plus énergique qu’il n’est nécessaire à la marche. Moins la cadence est rapide, moins les pas sonL allongés. Le pas le plus habituel aux armées a une longueur de près de 0"',75 et une durée de HO à 115 à la minute. Lorsque les soldats doivent marcher et qu’ils ont une route à faire, on ne les oblige plus à cadencer le pas.

Il faut apprendre aux enfants à marcher, mais éviter de leur imposer une marche soutenue, voire la station verticale prolongée; ce serait le moyen de pousser, par la fatigue, aux inclinaisons vicieuses du pied et de la jambe.

Même chez les adultes vigoureux et déjà exercés, toute marche continue, avec ou sans fardeaux, doit être interrompue par des pauses d’heure en heure ou même de demi-heure en demi-heure, d’une durée de 10 ou 15 minutes, avec une ou plusieurs haltes plus longues. Si l’on doit marcher pendant plusieurs jours, il convient que les premières traites fournies ne dépassent pas 25 kilomètres par jour. On évite les marches de nuit, très fatigantes, parce que le pied se heurte aux inégalités du sol, que l’œil ne distingue pas. On recherche les accottements, souvent gazonnés, des routes, plutôt que le milieu de la chaussée. Au besoin, on fuit la poussière en prenant à Lravers champs (Yoy. p. 354).

Le pas gymnastique et le pas de course s’enseignent également et réclament des prescriptions un peu plus compliquées que la marche ordinaire. L’homme n’est pas absolument taillé pour la course, et ce mode de mouvement est toujours, chez lui, un de ceux qui mettent en œuvre le plus complètement l’appareil musculaire et les organes respiratoires et circulatoires, dont le fonctionnement est lié à celui du précédent. C’est donc un excellent exercice, à la condition d’être pris à dose bien pondérées et progressives.

Dans le pas gymnastique, le pied rencontre le sol plutôt par la pointe que parle talon; les muscles de la jambe et de la cuisse font ressort bien plus que ceux du pied. A cette allure, de même que dans la course, on recommande de ne pas respirer par la bouche, mais par le nez; si l’on fait le contraire, l’essoufflement ne tarde pas à se produire et les forces font défaut. C’est qu’en effet, il a fallu, pour donner un point d’appui aux muscles des membres inférieurs, immobiliser le tronc dans la situation de l’effort, les parois abdominales contractées, le thorax en expiration virtuelle, suspendue par la fermeture de la glotte. Si le coureur dérange cette disposition pour faire une large inspiration, toute la hase de ses efforts s’évanouit. Une haute capacité respiratoire, permettant au poumon de renfermer une bonne provision d’air au début de la course, est donc requise pour soutenir quelque temps cet exercice. Les non exercés n’y arrivent pas, ceux surtout dont le ventre développé diminue d’autant l’amplitude de la poitrine. Les cardiaques, les emphysémateux, doivent y renoncer; l’expiration suspendue, qu’il faut garder pendant la course, favorisant ellemême le développement de l’emphysème vésiculaire.

Mais tout individu sain, fût-il délicat et peu robuste, peut être exercé à

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la course avec avantage. Il suffit de lui doser cet exercice et de suivre une sage progression dans le travail fourni. On ne demandera qu une course de quelques minutes aux commençants; quelques-uns ne devront pas la dépasser. Jamais la course, ni le pas gymnastique, ne pourront être considérés comme un moyen de gagner du temps dans une marche de longueur, comme celle qu’accomplissent les colonnes militaires. On ne permet pas, d’ailleurs, de faire durer cette allure plus de vingt minutes; encore n’y a-t-il que les soldats d’élite (chasseurs à pied) qui puissent réaliser la conception de la lieue en vingt minutes, et la condition de faire la lieue suivante au pas de marche.

Dans la marche ordinaire, le balancement des bras en sens inverse de celui des jambes aide à la progression. Au pas gymnastique ou de course, les bras sont portés un peu en arrière du corps et oscillent alternativement; les avant-bras sont fléchis et relevés; cette altitude favorise la dilatation du thorax. L’homme qui tient une arme à la main perd notablement de ces avantages, lorsqu’il doit prendre l’allure de la course.

Le saut en longueur peut être rattaché aux modes généraux de la progression humaine. Joignons-y le saut en hauteur, qui sans avoir le même résultat, emporte le môme effort musculaire que le précédent. L’un et l’autre sont le résultat d’une flexion brusque du pied, de la jambe, de la cuisse, suivie de la mise en jeu des extenseurs; c’est un ressort comprimé qui se détend. Pour aider au saut en longueur, il y a d’ordinaire une course préalable de quelques mètres; la vitesse acquise concourt à la projection du corps en avant. Dans les gymnases, on fait sauter au tremplin, planche flexible et élastique, qui fait mieux rebondir le corps du coureur. Tous ces mouvements, de plus en plus exceptionnels pour la structure de l’homme, sont bons, mais exigent des précautions également croissantes. On doit les proportionner à la capaciLé des individus, ne demander un surcroît d’efforts que très progressivement, ne pas presser les peureux, modérer les téméraires. C’est l’un des exercices dans lesquels il y a le plus de foulures, d’entorses, de fractures, de contusions, de hernies.

La marche, avec des modifications diverses et facultatives, a l’avantage d’être un exercice h la portée de tout le monde. Les hommes de cabinet, les gens âgés, les vieillards môme, qui pour des raisons quelquefois légitimes répugnent aux pratiques du gymnase, font toujours bien de garder l’habitude de la marche, lors môme qu’elle ne devrait revôtir que cette forme, dédaignée de Vollaire : la promenade à pied. Au moins peut-on quitter l’appartement, gagner quelque jardin public, sortir môme de la ville et, en pleine campagne, prendre un grand bain d’air.

La chasse, à laquelle les hygiénistes nos devanciers pouvaient encore consacrer un article spécial, n’est aujourd’hui qu’une promenade à pied, avec lé poids d’un fusil et d’un sac (trop souvent léger), en plaine ou en forêt, soutenue par l’intéressant spectacle de l'ardeur et du talent des chiens et à tout le moins, par l’espoir de la rencontre du gibier. Ce n’est pas moins un exercice fort salutaire. 11 s’y môle souvent des sauts d’obstacles, des courses de quelques centaines de mètres, imposés par les circonstances, qui rompent la rnonotomie de la marche et mettent

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en œuvre les diverses ressources de l’économie au point de vue de la locomotion. Ajoutons que le chasseur ne suit jamais les chemins et que l’âpreté du terrain rend l’exercice particulier plus intense.

11 suffira de mentionner ici les « accidents de chasse », qui sont moins inhérents à l’exercice que dépendants de la maladresse ou de l’étourderie des chasseurs, à moins qu’ils ne résultent d’une infirmité visuelle. Les précautions à recommander ici ne s’adressent pas a un mode de mouvement mais à toute circonstance qui entraîne le maniement des armes.

Dans l’instruction militaire moderne, on conduit fréquemment les soldats manœuvrer à travers champs, c’est-à-dire dans les conditions qui ressemblent le plus à celles de la guerre. C’est encore un exercice plus varié que la marche sur une route, plus agréable et non moins fructueux pour le développement des forces, de l’adresse et surtout pour le perfectionnement des sens.

Pourquoi ne chercherait-on pas à donner ce caractère aux promenades des écoliers, pensionnaires, lycéens, etc., toujours utiles à titre d’exposition au grand air, mais un peu monotones, et qui deviendraient un réel exercice si l’on conduisait les enfants en terrain accidenté?

3. La danse. — La danse, très rapprochée physiologiquement de la marche, s’en éloigne notablement par son but. Elle recherche plutôt l’aisance et la grâce des mouvements que l’énergie. Or, ces qualités d’aisance ont leur valeur, et il n’est pas douteux que la pratique des bonnes attitudes ne contribue à la régularité du développement corporel. Cet exercice, peu fatigant, acquiert un prix particulier dans l’éducation des filles, qui d’ailleurs y inclinent naturellement. Mais l’hygiène n’entend pas précisément par danse ce que Daily appelait « d’indignes sauteries » et n’incline pas à développer les talents que l’on voit se produire pins tard dans ces milieux méphitiques, qui sont les salons modernes, et où le bénéfice de l’exercice disparaît absolument dans les vices du procédé.

4, Lia natation. — Bien qu’un peu moins dense que l’eau, le corps humain a précisément dans sa partie la plus lourde, la tête, les orifices des voies aériennes. La natation est donc une conquête de l’homme, un art. Elle exige des mouvements puissants des quatre extrémités, des inspirations larges et rares. Elle est donc un exercice recommandable, indépendamment du bain froid, dont elle a les avantages et les dangers (Yoy. page 829). Les individus qui ont eu des maladies de poitrine, les emphysémateux, les cardiaques, feront bien d’en user modérément et surtout de ne pas plonger. Les maîtres nageurs ne sont pas ceux qui se noient le moins. A vrai dire, ils vont plus souvent à l’eau et sont peut-être plus téméraires ■que le reste des hommes. Faure a pensé que des adhérences pleurales méconnues, avec un certain degré d’emphysème, ont parfois causé la submersion du plongeur en ne lui permettant pas de reprendre suffisamment •d’air au moment où il revient à la surface.

L c pat inage est à peu près un jeu. Sur la glace et dans des conditions

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suffisantes de sécurité, au point de vue de sa rupture, il est doublement avantageux, puisque c’est le moyen de faire de l’exercice au grand air pendant les froids intenses. 11 développe les muscles des extrémités inférieures et active la respiration. Comme c’est une variété d’exercice qui ne dure qu’un temps, le patinage a des charmes auxquels nous ne conseillons nullement de résister.

Le patin à roulettes ( Skaling ), qui a la prétention de faire durer ce divertissement, n’en a pas les avantages, puisqu’il se pratique en chambre et dans la poussière. On dit qu’il aide à la congestion utérine menstruelle et il paraît que les « demoiselles » s’y complaisent.

5. iLes divers modes de véliiculatiou. — La promenade en voiture est celle des convalescents, des femmes délicates, des petits enfants et des vieillards. Mieux vaut ce mode passif de prendre le grand air que la stagnation dans les appartements. La promenade en bateau, pour celui qui ne rame pas, est absolument équivalente.

Les voitures attelées, les wagons de chemin de fer, les paquebots à vapeur, sontdes moyensde locomotion qui necornportent nullement la pensée d’exercice, mais dont l’hygiène se préoccupe à d’autres titres. Le point capital est la constitution du milieu atmosphérique, presque toujours trop limité, peu renouvelé, et par conséquent vicié, en bateau et en wagon.

Ventilation et chauffage des voitures. — Il est facile, au moins en été, d’aérer l’intérieur des voitures traînées par des chevaux; il suffit d’ouvrir les glaces des portières. La situation est moins simple quand il s’agit des wagons de chemins de fer, par les temps froids surtout, mais aussi en été, alors que les voyageurs ont à redouter la poussière et la fumée. On y arrive, toutefois, en profitant du mouvement même du train, par l’installation de quelqu’un des appareils dont nous avons parlé (p. 578), par les grilles latérales à coulisses, par l’appel au moyen d’une baie ménagée à la lanterne centrale, telle que l’air intérieur s’échappe par cet orifice, sans que le courant d’air produit parla marche du train pénètre jusqu’aux voyageurs. Ce dispositif se rencontre dans les wagons américains (A. -J. Martin].

C’est encore là qu’on voit des poêles en tôle, assurant à la fois le chauffage et la ventilation (système Spears), des poêles à eau chaude (système Backer). Vallin et A. -J. Martin ont signalé, en France, le système Morel, qui consiste en un foyer à coke placé sous le plancher de la voiture, chauffant et ventilant à la fois, d’une façon salubre, paraît-il.

La chaufferette à eau chaude a prévalu, chez nous du moins. Il faut la renouveler et cela dérange les voyageurs; mais le compartiment s’aère dans l’opération. Ancelon a montré comment on peut la maintenir chaude plus longtemps, à l’aide de l’acétate de soude cristallisé.

La chaufferette à eau est salubre et, sous ce rapport, bien autrement sûre que les chaufferettes à briquettes ou agglomérés, employées dans les petites voitures publiques, qui dégagent de l’oxvde de carbone et ont causé des accidents, dont quelques-uns mortels. On va jusqu’à imprégner les briquettes de nitrate de plomb (A. Gautier) pour les aider à brûler.

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A Londres, le tunnel du Metropolitan Railway , où il passe 2 millions et demi de voyageurs par an et dont l’air est extrêmement vicié, est ventilé par des cheminées percées de 100 en 100 mètres de distance. L’aération des grands tunnels, comme ceux du mont Genis et du Saint-Gothard, paraît être encore à l’étude.

Le mal de mer. — Tous les traités d’hygiène consacrent quelques lignes à ce malaise propre à la véhiculation par bateau et qui a valu à notre mot nausée de dériver directement du nom grec des navires (vaîi;), le mal de mer. C’est un état vertigineux, de tous points semblable à celui qui survient volontiers dans l’exercice de l’escarpolette, dans l’ascension des montagnes, et qui se présentait parfois après la saignée du bras, quand on la pratiquait encore. Des vomissements s’ensuivent, plus pénibles et plus durables que ceux des circonstances précédentes ; la situation prend même un aspect inquiétant chez quelques personnes. Il est possible que la théorie de Y anémie cérébrale , de Pellarin, donne la meilleure explication de ces troubles étranges. Mais elle indique qu’ils n’ont qu’un remède radical : la Terre. Comme prophylaxie, nous croyons peu aux élixirs spéciaux, aux ceintures préservatrices, ainsi qu’au collodion sur le ventre, au chloral, au bromure de potassium. L 'antipyrine, vantée parOssian Bonnet, a misérablement échoué sur les membres du Congrès d’Oran (1888) pour Y avancement des sciences; cependant, les stimulants généraux, le café, le vin généreux, l’eau-de-vie, aident le système nerveux à conserver l’équilibre, en même temps que l’abstention des aliments gras et sucrés et le recours aux condiments, un peu exagéré pour la circonstance, permettent à l’estomac de n’être pas dans cette disposition indécise qui se prête à la nausée. Quand cela ne suffit pas, le décubitus horizontal est la seule ressource.

6. B. es jeux. — Comme le fait remarquer Philippe Daryl, les Français d’autrefois se livraient à divers exercices physiques, que le milieu, les incidents qui s’y produisaien t, l’adresse qu’il fallait y déployer, rendaient singulièrement attrayants. C’était de la gymnastique sous la forme d’un plaisir. L’adolescence, la jeunesse et même l’âge mûr, y prenaient un égal intérêt et y trouvaient d’étonnantes ressources de souplesse, de grâce et de santé. L’éducation moderne, dans des immeubles trop étroits, desquels ont disparu les vastes cours et les préaux spacieux, la gymnastique d’Amoros peut-être, ont fait oublier ces divertissements distingués et salubres: les barres , que Daily regrettait tant, le noble jeu de paume , la balle sous toutes les formes (la rabotte des Parisiens du moyen âge), le mail ou palemail, la boule (d’où vient boulevard). Il est bien à désirer que les Français modernes y reviennent, à commencer par les lycéens, qui blêmissent dans la sédentarité scolaire et le surmenage cérébral. Les jeux auront toujours, sur le cours de gymnastique, cette supériorité, de n ôtre plus une leçon. Ce qui est ridicule, c’est qu’on ne reprenne ces exercices, dans les classes qui se prétendent intelligentes, qu’autant qu'ils nous sont rapportés de l’étranger, sous les noms de cricleelt, de tennis, de foot-ball (Ph. Daryl).

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Exercices d’appareils spéciaux. — La voix et la parole. — La production des sons, et particulièrement des sons articulés, met en œuvre, comme on sait, trois ou quatre ordres de muscles ou d’appareils : 1° un soufflet, le poumon et ses moteurs musculaires; 2° un appareil à cordes vibrantes, avec leurs tenseurs, le larynx; 3° des appareils de résonnance, la g orge, la bouche, les fosses nasales, les sinus des os de la face ; 4° des appareils d’articulation, la langue, les dents, le palais. Tout ce mécanisme compliqué a besoin d’éducation et d’exercice. D’où l’utilité de pratiquer, ne fûtce qu’à ce titre, la parole , la lecture à haute voix, la déclamation , le chant . Remarquons tout de suite que la capacité pulmonaire est entraînée à s’élever par ce fait, en même temps que l’appareil spécial acquiert plus de précision. On ne doit pas apprendre à chanter avant que le larynx soit fait ; le moment, pour les jeunes Allés, est vers seize ou dix-sept ans (Fonssagrives)-

Il ne faut pourtant pas en conclure qu’en dehors des individus de moyenne constitution, qui peuvent retirer un bénéfice positif de cet exercice, la déclamation et le chant soient une réelle protection contre le développement de la phthisie. Il convient plutôt de ne pas demander ces exercices aux poitrines longues et fluettes, aux sujets à respiration courte, fréquemment atteints d’enrouement et de toux, non plus qu’aux pléthoriques, faciles aux congestions, plus ou moins suspects de lésion cardiaque. En revanche, s’il est certain que l'abus de la parole ou du chant enlraîne volontiers l’enrouement el le catarrhe trachéal ou bronchique, il est plus que douteux qu’il ait des rapports avec l’éclosion de la phthisie pulmonaire oiv laryngée. Les hernieux ou ceux qui portent une disposition à la hernie doivent également s’abstenir d’un usage immodéré de la voix et de la parole. Enfin, il n’est guère nécessaire de conseiller aux parleurs ou chanteurs de profession de suspendre au moins cet exercice lorsqu’ils souffrent d’enrouement ou de catarrhe.

Il est utile d’apprendre de bonne heure aux enfants à bien parler. Quintiliea veut que la nourrice même du futur orateur parle correctement à son nourrisson. Nous croyons que tous se trouveraient bien d’une semblable pratique et que l’on pourrait supprimer sans inconvénient le zézaiement niais dont beaucoup de personnes se disant raisonnables usent avec les enfants. En définitive, les enfants, eu apprenant à parler, ne font que de l’imitation; s’ils imitent mal, qu’on leur permette au moins de s’en apercevoir.

On a fait remarquer que les qualités du milieu atmosphérique, el spécialement' l’hygrométricité, soit d’une saison à l’autre dans un même lieu, soit d’une contrée à une autre, modifient puissamment le caractère des sons modulés ou articulés- QEsterlen compare, sous ce rapport, les sons harmonieux, la richesse en voyelles, des langues de l’Italie, avec les sons gutturaux des langues du nord de l’Europe el. de l’Amérique. Ici le climat est brumeux, soumis à de fréquentes et brusques variations ; le catarrhe perpétuel se traduit dans le langage des habitants. Là, le ciel est bleu, l’atmosphère transparente; la voix humaine s’y propage sonore et mélodieuse ; c’est le pays des chanteurs inimitables, comme Athènes et Rome ont été la patrie des plus grands orateurs du monde.

Toute personne qui fait un exercice de lecture, de déclamation ou de chant, doit avoir l’estomac libre, la poitrine et le cou dégagé de toute constriction vestimentaire. Talbot, de la Comédie-Française, habitue ses élèves à respirer par le diaphragme (Lacassagne). Les orateurs, acteurs, chan-

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teurs, s’abstiendront plus que tout autre d’excès quelconques, particulièrement d’aliments trop riches et épicés, de boissons alcooliques, de tabac. On sait qu’une glace, prise pendant la représentation, peut ôter la voix à un acteur pour le reste de son rôle. Les excès génitaux passent pour érailler la voix des femmes ; peut-être que, dans les cas où le fait s’observe, il y a simultanément abus des alcooliques. Il va sans dire que les refroidissements ont une nocivité spéciale vis-à-vis des organes de la voix.

L’exercice de la parole et de la lecture à haute voix, pratiqué suivant certaines règles, est le traitement le plus efficace des vices d’articulation et en particulier du bégaiement.

Les organes des sens. — L’homme n’a pas la supériorité sur le reste des animaux au point de vue de la perfection et de l’acuité des sens; il rachète ce qui lui manque par l’équilibre et l’harmonie de ce fonctionnement et surtout par la puissance d’élaboration cérébrale dont les sensations et les perceptions sont l’objet. Tous les sens sont susceptibles d’éducation et en ont besoin; mais la vue et, peut-être plus encore, l’ouïe étant les sens qui nous font saisir le plus de rapports entre nous et le monde extérieur, ce sont ceux-là qu’il importe le plus de cultiver et de protéger; d’autant plus que les organes des autres sens se protègent pour ainsi dire d’eux-mêmes; dès que l’odorat, le goût et même le toucher sont impressionnés désagréablement, il nous est facile de faire cesser l’action du corps qui pourrait compromettre les organes de ces sens, par la même raison qu’il produit sur l’économie des sensations pénibles; il est moins simple d’échapper aux bruits (vibrations) trop intenses, à l’excès ou au défaut de lumière.

L’hygiène des organes des sens, dans la pratique ordinaire, est variable selon la situation de chacun ; certaines professions ou occupations intéressent et même compromettent directement, les yeux ou les oreilles. C'est donc essentiellement de l’hygiène spéciale. Mais l’éducation des sens est une nécessité générale, de toute condition et de tout âge, encore qu’elle doive plus particulièrement entrer dans les procédés pédagogiques. Cette éducation ne peut évidemment se faire qu’au milieu des objets dont les sens nous révèlent la forme, les propriétés, les rapports; elle ne saurait 'plus être de l’éducation en chambre. Les petits paysans et tous les individus qui passent leur vie au contact de la nature, acquièrent une étonnante acuité du regard, jugent merveilleusement de la forme et des couleurs et apprécient bien les distances; ils perçoivent les moindres bruits, en reconnaissent la provenance et rectifient les illusions que produisent le brisement et la réflexion des ondes sonores. La pénétration sensorielle des tribus sauvages est proverbiale; ces hommes finissent par être armés, sous ce rapport, aussi bien que les animaux dont l’œil et l’oreille sont le plus subtils. Il faut bien que les méthodes pédagogiques se plient à l’enseignement que ces observations portent avec elles; ici, encore, nous retrouvons la nécessité de faire sortir les écoliers des murs étroits de la classe et •de les transporter de temps à autre dans la plaine ou dans les montagnes, dans les champs ou les forêts, et de les habituer à connaître et à dominer par l’intelligence ce monde physique ou vivant qui les entoure, les fait

générale.] MODES DE L’EXERCICE.

vivre et renferme après tout nos connaissances positives. N’oublions pas que c’est aussi la préparation à la guerre moderne ; la terre est à celui qui la connaît le mieux. Heureusement ce mode d’éducation des sens, impérieux et que rien ne saurait remplacer, se trouve Cire le plus favorable à l’entretien et à la stimulation de toute la vitalité : ces leçons se donnent en plein air !

Un peu plus tard, l’élève inilié à la contemplation des objets réels et aux bruits de la nature pourra s’élever jusqu’aux arts qui sont l’expression humanisée des perceptions visuelles et auditives, le dessin et la musique. Mais nous arrivons sur le domaine des exceptions et du privilège, des perfectionnements logiques mais non nécessaires, au seuil duquel s’arrête l’hygiène générale.

L’hygiène de l’ouïe paraît peu avancée. Il convient de recommander la propreté de l’oreille; beaucoup do surdités disparaissent en seringuanl d’eau tiède le conduit auditif, obstrué de cérumen. Gellé insiste avec raison sur la nécessité d 'endurcir l’organe, en laissant l’air libre agir sur lui, en n’introduisant pas de coton dans les oreilles ; toutefois, il admet les oreillons au chapeau, par les grands froids, pour les gens qui n’ont pas de cheveux, ou les ont courts (soldats). L’alcool et le tabac seraient particulièrement nuisibles à l’organe de l’ouïe. Par ailleurs, on sait que l’oreille s’habitue selon l’occasion au bruit ou au silence; mais que le silence prolongé est une souffrance ; ici, comme ailleurs, le sens réclame son élément. — Les artilleurs, les machinistes des locomotives, les forgerons, perdent tôt ou tard l’acuité ou môme l’usage de l’ouïe. Les ouvriers dans l’air comprimé éprouvent, en arrivant dans le tube, un trouble dû à la rupture d’équilibre de pression entre l’air extérieur et celui de la caisse du tympan; ils la font cesser avec quelques mouvements de déglutition.

L’intégrité de l’ouïe est liée à la santé de l’arrière-gorge, à celle du système osseux crânien, etc. Aussi ses lésions sont-elles souvent secondaires et indirectes.

(Pour l’hygiène de la vue, voy. Éclairage , Tabac et Tlggi'ene scolaire.)

Fonctions génitales. — Ces fonctions n’appartiennent qu’à une période de la vie, un peu plus longue chez l’homme que chez la femme, mais qui est essentiellement l’âge de la vigueur physique et morale. C’est qu’elles ont pour but la perpétuation de l’espèce et que leur accomplissement a pour résultat naturel d’imposer à l’individu la charge de nourrir et de protéger plusieurs ôtres; or, l’enfance humaine dure longtemps. La nature a tout fait, d’ailleurs, pour assurer ces fonctions ; on dirait qu’elle est plus soucieuse de la reproduction des espèces que de la conservation des individus. L’instinct génital s’éveille chez l’homme et la femme, au moment où ils viennent d’atteindre leur complet développement et où ils sont dans le plein épanouissement de la force et de la beauté ; le rapprochement des sexes est précédé des émotions les plus profondes que l’homme doive éprouver durant toute sa vie, accompagné et suivi des sensations les plus pénétrantes. Entraîné lui-même par celte puissance muette et souveraine, l’esprit humain a paré l’instinct génital des ornements les plus délicats dont

DE L’EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

il dispose, et la civilisation a mis au service de la foncLion tous ses raffinements et ses élégances. On a poétisé et divinisé l’amour; éclatant hommage, dont l’homme seul était capable, à la loi éternelle de continuité des êtres.

Donc ceux-là qui se refusent à enti er dans le concert universel sont hors de la vérité et mentent à la physiologie. 11 n’y a pas de sophisme ni de raison mystique qui puissent tenir devant une loi si claire : le célibat est faux et mauvais. L’apôtre Paul écrit aux Corinthiens : « Qui matrimonio jungit virginem suam benc facit; et qui ■non jungit, welius facit; » mais, dans la môme lettre, il a déjà dit : Mclius est nubere quam uri. »

Cependant, rien qu’en France, il y a 200,000 célibaLaires au nom de l’idée religieuse. Nous voyons bien ce que la patrie française y perd d’honnêtes familles -et de vaillants défenseurs, en ce temps où les prières n'ont plus d’efficacité sans les fusils. Mais nous ne savons trop ce que l’Église y gagne, aujourd’hui que la presse dit Lout et qu’il y a des brèches aux vœux de chasteté, comme il y en a toujours eu.

Les rapports sexuels ne sont, toutefois, positivement salutaires que dans la plénitude de la période de reproduction; au début et à la fin de cette période, ils compromettent l'épanouissement des forces ou en précipitent la décadence. Il importe d’épargner aux jeunes gens des deux sexes les influences de milieu qui peuvent solliciter prématurément les appétits génésiques, d’occuper leur intelligence plus que leur imagination et de maintenir le système nerveux sous la dépendance de la volonté en entretenant l’habitude de l’exercice énergique et en plein air. Ce dernier procédé, qui est- le frein le plus sûr et le plus physiologique, a l’immense avantage d’être aussi la meilleure préparation à l’accomplissement ultérieur des fonctions génitales. Il est plus facile à appliquer chez les garçons que chez les filles, et, pourtant, celles-ci sont naturellement sédentaires, plus exposées à l’oisiveté, instruites dans l’art de plaire et allant audevant des occasions, plus impérieusement dominées par les besoins génitaux et plus faibles dans la résistance. Il y aurait, à cet égard, d’importantes modifications à apporter à l’éducation de la femme dans les mœurs -actuelles.

Le moment où se déclare la puberté est une époque critique, chez la jeune fille surtout, et c’est l’affaire de la mère de famille ou de l’institutrice de surveiller cette phase évolutive et d’instruire, sans affectation ni mystère, l’enfant qui se fait femme. Du reste, il est probable que la haute pruderie du siècle, les airs mystérieux que l’on prend vis-à-vis des enfants, le soin que l’on a de séparer les sexes à l’école, à l’église, les réserves de convention qu’on s’efforce de leur imprimer, réussissent à surexciter les désirs ■et à aiguillonner les audaces juvéniles bien plus qu’à les contenir. La •Grèce ancienne qui, certes, n’était pas sans vices, ne connaissait pas celte interdiction des rapports ordinaires entre l’homme et la femme enfants , -en Angleterre et en Amérique, on ne creuse pas cet abîme entre les garçons et les filles ; et il est notoire que chacun des sexes y gagne en franchise et en dignité.

Même avant l’époque de la puberté, des circonstances diverses, quelque-

MODES DE L’EXERCICE

générale.]

fois inattendues, éveillent prématurément le sens génital, dans l’un et l'autre sexe, et provoquent chez les enfants les « habitudes solitaires », qui n’ont probablement pas toutes les conséquences dont Tissot a fait le tableau, beaucoup trop chargé, mais qui, sans aucun doute, sont une cause de débilitation profonde, enrayent le développement physique et intellectuel et, par un effet singulier, détournent précisément l’individu du fonctionnement sexuel normal. Les parents et les maîtres doivent savoir surprendre ce vice et le poursuivre avec persévérance et sagacité en obligeant l’enfant à vivre en public, en le soumettant à l’exercice et au bain froid, en surveillant la forme des vêtements, la composition du couchage, la durée du sommeil, de façon à supprimer toutes les sollicitations et toutes les occasions.

Supposons l’homme et la femme régulièrement arrivés à la maturité de la période génitale. Ou bien l’union des sexes est retardée pour des motifs de divers ordres, ou bien elle a lieu par le mariage, dans lequel nous n’avons à voir ici que l’acte d’obéissance à la loi naturelle (ce n’est pas autre chose, d’ailleurs, que les lois civiles et religieuses ont codifié). Dans le premier cas, l’homme peut, avec de la volonté, en évitant les excitations de milieu, en maintenant assidûment la prédominance du fonctionnement musculaire sur le fonctionnement nerveux, garder la continence pendant des années, protégé par des évacuations séminales spontanées, vraiment physiologiques, à intervalles assez éloignés, la nuit le plus souvent, accompagnées d’érection et de sensation voluptueuse. La femme a ses règles, qui constituent une exonération naturelle équivalente, mais qui, toutefois, la fatiguent davantage et lui font un besoin de repos, de calme, de précautions particulières vis-à-vis des influences climatiques. Si elle est robuste, sans excitabilité maladive, dans un milieu sain, elle peut, aussi bien que l’homme, retarder sans danger positif le moment où elle cédera à sa vocation naturelle, d’être épouse et mère. Malheureusement, pour l’homme et pour la femme, l’issue de la lutte contre les penchants génitaux est loin d’être toujours glorieuse ; partout où il y a des adultes astreints à la continence forcée, il y a un certain nombre d’individus qui s’adonnent à des manœuvres compensatrices; ce serait, d’après Oesterlen, chose commune chez les soldats, les matelots, les séminaristes, les moines et les nonnes, à moins qu’il n’y ait pis encore.

Dans le second cas, l’homme et la femme sc possèdent réciproquement et en toute liberté, sous la prolection des lois, ne fût-ce que la loi de liberté individuelle. La situation est conforme à la physiologie, mais jusqu’à quelle limite va-t-elle rester dans l’ordre compatible avec la santé ? Il serait puéril et d’une parfaite inutilité de discuter s’il n’y a pas lieu de mesurer l’exercice de la fonction génitale aux nécessités do la reproduction. L’homme échappe, en ceci, à la loi commune; il est très peu assujetti à l’influence des saisons, à la périodicité, à l’état de préparation végétative des organes mâles et femelles ; c’est donc qu’il lui est permis d’user, plus largement que le reste des êtres, d’aptitudes qu’il possède à un si haut degré. Et il n’en va pas autrement.

[Hygiène

DE L’EXERCICE ET DU REPOS

Pourtant, il y a un point qui est l 'excès; le moment arrive plus ou moins vite selon les individus et, apparemment, plutôt chez l’homme que chez la femme, qui perd moins dans l’acte génital et peut n’y participer que d’une façon passive. Ces excès ne sont pas rares chez les jeunes mariés, particulièrement chez l’homme qui a souffert de la continence avant le mariage et qui ne pense pas que l’on puisse abuser des plaisirs permis. On ne saurait en ceci faire aucun fond sur le nombre des actes de vigueur accomplis par jour, par semaine; il y a excès lorsque les rapprochements sont suivis d’une fatigue prolongée, d’une diminution notable de la capacité physique et surtout intellectuelle dans le jour d’après, lorsque d’autres fonctions organiques, la digestion spécialement, en sont altérées ; à ce moment aussi, il est facile de reconnaître que le désir ne correspond plus au besoin et n’existe que dans le cerveau; des excitations factices sont nécessaires pour rendre leur capacité aux organes virils.

Les excès sexuels ont été accusés de beaucoup de maux, dont, en effet, ils ne sont pas innocents. Cependant, au moins en ce qui concerne l’homme, à qui d’ailleurs ils sont plus redoutables qu’à la femme, il n’est pas absolument facile de commettre longtemps de tels excès, à moins de se départir du mode physiologique. Aussi n’en voit-on guère jamais les conséquences chez les couples réguliers (on dit pourtant que cela est arrivé à un roi d’Espagne). Les maladies consomptives, des centres nerveux particulièrement, consécutives aux excès génésiques se rencontrent chez ceux qui ont fait du plaisir le but unique de leur existence inutile, qui associent aux jouissances sexuelles la débauche sous diverses formes, qui recourent aux excitants artificiels pour réveiller leurs sens épuisés. Encore se demandet-on si cette dépravation n’avait pas déjà elle-même une origine maladive.

Ce qui vient d’être dit des « excitants factices» nous dispense d’ajouter que l’hygiène n’en approuve aucun, même lorsque l’incapacité génitale n’est pas le résultat de l’épuisement et que la victime est seulement malheureuse et non coupable. Il n’y a, on l’a dit, qu’une sorte d 'aphrodisiaques: la santé et la jeunesse. Ajoulons-y le contact de la femme aimée, avec la réserve que ce dernier excitant lui-même peut quelquefois entraîner au delà du but.

La grossesse et Y état puerpéral de la femme sont des phases de la période génitale, pendant lesquelles l’observation de toutes les règles de l’hygiène générale s’élève en importance. Plus que jamais il faut à la femme, qui doit suffire à deux existences, de l’air pur, une habitation salubre, des vêtements peu sensibles aux variations lhermométriqnes ou hygrométriques, entretenus propres et ne déterminant aucune constriction. Le régime alimentaire doit être généreux, sans propriétés excitantes. L’exercice est naturellement suspendu pour l’accouchée, mais la stagnation est malsaine à la femme enceinte. Celle-ci adoptera les modes les plus simples du mouvement, s’interdira l’usage du cheval, se défiera du chemin de fer, ne renoncera pas à la promenade à pied ou dans une voiture bien suspendue. Les femmes robustes et d’éducation agreste, comme celles de la campagne, ne changent, en pareil cas, à peu près rien à leur travail habituel, sauf

générale.] ' MODES DE L’EXERCICE- 1080

quand leur fardeau utérin devient lourd à l’excès; ce n’est pas moins là que les couches sont le plus faciles et heureuses et que les produits en sont le plus viables.

Actes de la vie organique. — Les actes de la vie organique n’échappent pas Ions absolument à l’influence de la volonté et, parmi eux, ceux qui paraissent y -échapper le plus complètement peuvent être ramenés, par un détour, sous celte même influence. La facilité et la précision avec lesquelles, à la suite de l’exercice, s’exécutent les mouvements volontaires sont, en définitive, le résultat de l'habitude. Or, il n’est nullement impossible de faire prendre des habitudes bonnes ou mauvaises (nous ne visons que les bonnes) à nombre d’organes de la vie végétative. Pour ne prendre que deux ou trois exemples, on peut faire l'éducation de l’estomac, du rectum, de la vessie.

Nous arrivons sans peine à habituer l’estomac à fonctionner trois ou quatre fois par jour, à accepter un labeur moindre le matin et le soir, un labeur plus considérable à midi. C’est fort commode en vue de nos occupations journalières, et ce qui est heureux, c’est que l’estomac lui-mème se trouve bien de cette régularité. Les individus, les femmes surtout, qui ont la mauvaise habitude de manger à toute heure (sauf peut-être celle des repas), ne pourraient-ils s’appliquer ce moyen d’hygiène? Sans aucun doute, et les enfants eux-mêmes peuvent être dressés plus tôt qu’on ne croit à adopter un petit nombre de repas à heure fixe. Bien plus, on peut et l’on doit, dans l’intérêt de la nourrice et du nourrisson, régler les tétées fies enfants à la mamelle.

Il est possible, il est nécessaire de faire l’éducation du rectum. La défé- •cation chez l’homme, en considérant la nature mixte de son régime alimentaire, doit avoir lieu au moins une fois par jour chez tout le monde et deux fois chez les paysans et ouvriers, qui ingèrent des repas copieux, du pain, des féculents, des légumes, formant un volume considérable et renfermant beaucoup de matière inutilisable. Néanmoins, dans toutes les classes, les femmes ont l’air d’être vouées à la constipation, et il est beaucoup d’enfants absolument dans le même cas, au point que, parmi leurs maladies propres, il est une variété d 'entérite qui relève de cette circonstance. La raison de cette constipation, presque constamment, consiste uniquement dans le fait que l’individu a pris peu à peu l’habitude de ne pas essayer l’évacuation naturelle en temps voulu, c’est-à-dire chaque jour. La station assise prolongée, les occupations sédentaires, chez la femme; la paresse, une certaine pruderie d’éducation et la négligence des parents, en ce qui concerne les enfants, expliquent cet oubli et légitiment le conseil d’hygiène : de se présenter tous les jours à la garde-robe, à la même heure, le matin de préférence, et de faire des efforts d’expulsion, qui seront peut-être infructueux une fois ou même deux, mais finiront par aboutir et par établir chez l’organe l’habitude convenable à la santé. Le précepte n’est pas d’hier, puisqu’il était déjà formulé par Locke. Michel Lévy l’a reproduit, et, il y a quelque temps, il entrait non sans justesse dans la méthode fort louable qui s’est intitulée : la thérapeutique par le mouvement fonctionnel.

La vessie n est pas moins accessible à la régularisation de son fonction- Aiwoui.d, Hygiène. 2® édit. çq

1000 UE L'EXERCICE ET DU REPOS. [Hygiène

nement dans le sens le plus favorable au bien-être de tout l’individu. Le plus souvent, on abuse plutôt de la’complaisance de ce viscère pour l'obliger à se dilater outre mesure, au détriment de sa tonicité musculaire; les femmes encore, quoique peu favorisées anatomiquement, y sont presque contraintes par les « convenances sociales »; les enfants, par l’étourderie de certains pédagogues; les adultes hommes y sont entraînés par l’usage abondant de diverses boissons, la bière en particulier. C’est, néanmoins, une grave imprudence et dont les conséquences désastreuses se retrouvent dans l’âge sénile. Quel que soit l’entourage, le milieu, fût-on en cérémonie ou en chemin de fer, il faut, vider la vessie à temps et la vider complètement; l’exercer, en d’autres termes, à user dans toute son étendue de sa puissance musculaire, et à ne jamais se laisser vaincre ou s’allanguir.

B. Gymnastique proprement dite. — Tout exercice qui se propose de rendre l’homme plus apte à un travail déterminé, plus résistant dans les circonstances difficiles de telle ou telle carrière précise, peut, à la rigueur, être considéré comme de la gymnastique. Le travail professionnel lui-même est une gvmastique de chaque jour, puisque l’ouvrier se perfectionne et se développe à mesure qu’il répète et fournit du travail.

Ce n’est pourtant pas là ce que nous entendrons ici par la gymnastique. Nous croyons que les exercices dont elle se compose doivent avoir pour caractère de développer la musculature et la vitalité générales plutôt que tel appareil particulier; de chercher à atteindre le parfait équilibre entre toutes les fonctions, entre les aptitudes physiques et la capacité intellectuelle, plutôt que de viser à la prédominance de l’un ou l’autre élément et à l’adaptation, môme la plus élevée, des facultés humaines à une modalité spéciale. Nous ne trouvons pas que la culture cérébrale exclusive soit beaucoup plus absurde que la préparation exclusive à la guerre, qui se pratiquait chez les Spartiates et chez les Romains des premiers temps; c’est toujours une gymnastique , mais ce n’est pas la gymnastique , comme la physiologie, l’hygiène et la raison la réclament.

Le mot vient de rup.vd; qui signifie nu. Il est vraisemblable qu’il s’appliqua d’abord aux exercices des athlètes qui effectivement, couraient, sautaient, luttaient, lançaient le disque et le javelot (pentathlon), revêtus d’un simple caleçon (Çusiia), ou même entièrement nus, sauf peut-être à Athènes. Plus tard, il resta, quoique les emplacements ménagés pour les exercices et les jeux athlétiques, les espaces plantés d’arbres ou recouverts, la piste d’un stade (200 met.), aient groupé, peu à peu, dans leur enceinte ou dans des annexes spéciales, tous les endroits réservés aux exercices du corps et même de l’esprit. Mais, dès lors, le gymnase avait essentiellement cLiangé de physionomie et de destination. Pendant que les Doriens, race conquérante, brutale, peu nombreuse et bien décidée à garder l’oligarchie primitive, continuaient à ne cultiver que la préparation à la guerre, à sacrifier l’individu et la famille à la prépondérance nationale, les Athéniens cherchaient dans la gymnastique, tout à la fois le développement de la force et de la forme humaines, la santé et la grâce; la femme était appelée à en bénéficier, selon ses aptitudes et ea destination ; les esclaves mêmes étaient admis aux Cynosargcs ; les philosophes descendirent au gymnase, et les joutes intellectuelles devinrent le pendant régulier

générale.]. MODES DE L’EXERCICE- 1091

des luttes physiques. La gymnastique n’exclut personne et ne favorise pas une sélection impitoyable ; elle tend, au contraire, la main aux faibles et prétend utiliser toutes les forces nationales sous quelque forme qu’elles se présentent.

Il semble bien que les jeux athlétiques n’aient pas tardé à devenir le monopole d’un petit nombre d’individus, apparaissant dans les fêles de la Grèce, à litre de spectacle donné au peuple, comme on voit aujourd’hui dans nos cirques des acrobates de profession. Ce n’était point une mauvaise pratique de s’exercer nu, surtout sous le soleil de la Grèce, et les soldaLs d’Agésilas, à la peau brunie et halée, n’avaient pas tort de soupçonner une faiblesse profonde sous la peau blanche des Perses. Mais il est à présumer que les athlètes ont plutôt ruiné que soutenu la gymnastique grecque. Les exercices donnés en spectacle n’entraînent pas la masse ; on aime, mieux regarder qu’imiter. Le vrai moyen d’écarter de la gymnastique la plupart des gens, c’est de donner ce nom à des actes que la plupart ne peuvent pas accomplir.

Les Romains de la République s’exercaient énergiquement à la marche sous les armes, à l’équitation, au terrassement; c’étaient les premiers terrassiers du monde. Ils se jetaient dans le Tibre après les exercices, comme les Spartiates dans TEurotas. Nul doute que ces pratiques n’aient vigoureusement trempé la population virile; le monde entier put s’en apercevoir, à l’époque. Elles entraînaient, sans doute, aussi, quelque peu de sélection, dont l’histoire ne parle pas. Mais là n’est point la gymnastique vraie, la gymnastique athénienne. Les Romains ont l’air d’en avoir été incapables; quand ils eurent conquis la Grèce, ils ne lui empruntèrent que les exercices qu’on donne en spectacle : encore imprimèrent-ils à ceux-ci leur caractère cruel el sanguinaire; les jeux des athlètes se transformèrent en combats de gladiateurs.

Le moyen âge n’a pas soupçonné la gymnastique. Le christianisme avait de bonnes raisons pour favoriser l’abandon des jeux du cirque ; il est d’ailleurs hostile à la nudité, à la recherche corporelle, aux soins de « l’enveloppe périssable ». L’aristocratie barbare continua, il est vrai, les traditions de gymnastique guerrière ; mais cela ne profitait guère qu’aux chevaliers, et bientôt la poudre à canon allait rendre inutiles ces merveilleuses joutes à la lance sous des armures de fer.

L’idée de la gymnastique, comme moyen d’élever la vigueur et là santé générales, fut ramenée sur le monde par les réformateurs religieux et les philosophes, Luther, Mélanchthon, Zwingle, J. -J. Rousseau. On songeait enfin à l’enfance, à l’école, à la jeunesse, quelles qu’en soient la provenance et la destination. Telle est la véritable voie.

On a dit que la renaissance de la gymnastique nous vient d’Allemagne ; ce n’est pas absolument une erreur. La gymnastique, telle que la préconisaient Jahn et Jager, ne nous semble pas l’idéal ; ces exercices conservent, presque par toute l’Allemagne, le caractère d’une préparation à la guerre, que nous croyons ne devoir être qu’une spécialisation dans des cas donnés; néanmoins, il faut se souvenir que ce fut au nom du salut de la patrie allemande et dans le but formel de la régénération nationale que Friedrich-Ludwig Jahn, en 1811, appela toute la jeunesse de son pays à se raidir physiquement el moralement contre l’invasion étrangère. Son gymnase fameux (Turnplatz), établi à Berlin, fut le modèle des gymnases provinciaux el le point de départ de cette association de gymnastique ( Turnverein ), qui a eu une si grande influence sur les destinées de l’Allemagne. Le gymnase était un lieu où l’on exerçait le corps el où Ton faisait des discours patriotiques, dont la haine de la France était la conclusion uniforme. On y fit même assez de politique pour porter ombrage aux gouvernants et l’association fut dissoute en 1819. Mais le branle était donné; la gymnastique reste dans les écoles

1092 DE L’EXERCICE ET DU REPOS. [Hygiène

germaniques do tout degré, en conservant ce relief, non usurpé vraiment, d’être la principale source de la supériorité acquise aujourd’hui à l’Allemagne. La Prusse applique à l’aguerrissement de son armée le système peu modifié du « père Jahn » ( Vater Jahn) et l’a à peu près imposée aux armées des autres États de l’Empire. Il v a aujourd’hui 1,400 Turnvereine en Allemagne.

A vrai dire, la Suisse et la Belgique ont de même des gymnases d’école, des gymnases municipaux et publics dans presque toutes les communes, sans compter les clubs-gymnastiques ou sociétés particulières, qui sont peut-être une institution moins heureuse, comme nous le dirons.

En France, la gymnastique n’était ni méconnue ni méprisée ; les travaux de Sabbathier (1772), de Tissot (1781), d’Amar Duvivier et Jaufiret (1803) ; en font foi. Cependant, comme il est arrivé en d’autres occasions, la gymnastique a eu l’air de nous être rapportée par des étrangers : Clias (de Berne), qui ne fut connu en France qu’à partir de 1840, mais qui enseignait depuis 1810 et fuL probablement le maître de Jahn ; le Suédois Ling (1813), le « colonel » Amoros, qui était Espagnol; sans compter les enseignements empruntés à Jahn. Nous n’avons pas à en rougir; d’ailleurs la gymnastique de Jahn est militaire, celle de Ling médicale; Clias a fait de la gymnastique de sauvetage, Amoros, de la gymnastique de fantaisie (Daily) ; Triât et Paz ont, au contraire, institué à Paris la gymnastique vraie, celle de tout le monde. (Triât avait débuté en Belgique, à Liège.)

L,es divers procédés de la gymnastique. — D’après ce qui vient d être dit, on admettra aisément que la gymnastique soit générale ou spéciale. La première emprunte son caractère à ce double fait : qu’elle s’adresse à toute la musculature ou plutôt à toute la vitalité et qu’elle répond aux besoins de tous les individus, quel qu’en soit le sexe et quelle qu’en doive être la destination professionnelle. La seconde prépare surtout des soldats, des sauveteurs (sapeurs-pompiers) et certains artistes, dont nous dirons un mot.

Dans la gymnastique générale elle- même, il y a des méthodes différentes, dont la valeur mérite d’être discutée, et que nous exposerons en allant du simple au composé.

4° Gymnastique libre et sans appareils. — Le type de celle-ci est la méthode de Schreber (1852), renouvelée d’ailleurs de Ling et de Pestalozzi, et dont Lacassagne extrait le spécimen ci-dessous, conseillé aux adultes à profession sédentaire :

Exécuter avec le bras un mouvement circulaire (20 fois). — Étendre les bras en avant (30 fois); — en dehors (30 fois); — en hauteur (12 fois); — 8 à 10 respirations fortes et profondes.

Exécuter un mouvement circulaire avec le tronc (30 fois) ; — se frotter les mains (80 fois); — redresser le tronc (12 fois); — élever la jambe latéralement (18 fois): — 8 à 10 respirations.

Bapprocher les jambes (8 fois) ; — étendre et fléchir le pied (40 fois) ; — exécuter un mouvement analogue à celui de scier (30 fois); — élever le genou en avant (12 fois) ; — 8 à 10 respirations.

Lancer les bras en avant et en arrière (10 fois) ; — s’accroupir (24 fois) ; lancer les deux bras latéralement (100 fois); — 8 à 10 respirations.

Exécuter le mouvement analogue à celui do fendre du bois (20 fois) ; — de faucher (24 fois) ; — trotter sur place (300 fois) ; — 8 à 10 respirations.

Lancer la jambe en avant et en arrière (24 fois) ; — latéralement (24 fois).

MODES DE L’EXERCICE

générale.)

Une partie, au moins, de ces exercices, est encore à la portée môme des infirmes. Dans l’ensemble, c’est une gymnastique d’appartement, parfaitement appropriée aux besoins des gens de cabinet; à quiconque l’aura essayée, il sera démontré qu’elle est plus énergique qu’elle ne le paraît au premier abord, qu’elle peut aisément amener la sudation, que c’est en somme un exercice fort sérieux et, surtout, bien équilibré. Elle entre encore pour une bonne part dans le système de Linz, vanté par Roth (de Londres). Néanmoins, il ne semble pas que, pour la jeunesse, on doive en retenir autre chose que les principes : la pondération et la facilité des mouvements. Il est probable, en effet, que la monotonie de ces actions dans le vide deviendrait un grave obstacle à leur acceptation par des jeunes gens, chez qui la vie déborde et qui ont la patience courte. Dans la réalité des

Fig. 2 »3. — Attitude des bras armes des haltères courts.

Fig. 244. — Exercice avec Le bâton.

choses, d’ailleurs, nos mouvements s’appliquent à des objets sensibles, et l’on ne peut absolument contrarier le besoin naturel que nous éprouvons de diriger nos efforts vers un but saisissable. Quoi qu’en aient pensé Daily et Proust, si l’on a recours à la « rude et sévère discipline » pour imposer aux élèves une heure d’ennui quotidien, sous prétexte d’assouplissements, on ne réussira pas plus à leur faire prendre l’habitude de la gymnastique, dans notre pays au moins, que les mesures de rigueur n’ont réussi à leur faire aimer la thème grec. Que l’on commence la série des leçons et même chaque leçon par des exercices libres, par des formations de sections et quelques mouvements d ensemble (marche militaire , marche des gladia-

DE L’EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

leurs). Mais que cela ne dure pas trop longtemps et ne se répète pas jusqu’à satiété. Qu’il soit surtout visible pour les élèves que c’est la préparation à autre chose.

2° Exercices libres avec instruments mobiles. — Brouwers et Docx proposent (en Belgique) pour toutes les écoles et comme instruments d’absolue nécessité : 1° le fossé-sautoir; 2° le sautoir fixe forme au moyen de deux montants gradués réunis par une ficelle mobile; 3° une table à échelons pour les sauts en profondeur; 4° de petits bâtons pour les luttes; 5° la corde pour la lutte de traction; 6° le bâton pour assister les petits enfants dans les courses et dans les sauts; 7° la canne pour le travail à deux mains (fîg. 244): 8° la petite perche pour les luttes; 9° les perches verticales (réunies au besoin par 12 ou 24). Et comme instruments récréatifs :

1° Quelques échasses pour les garçons ; 2° pour les filles, la corde à danser ; 3° le mât appelé vinclas ou appareil à pas de géant ; 4° une balançoire croisée.

Pour les enfants au-dessus de douze ans, on y joindra : le mât horizontal à quelques centimètres au-dessus du sol ; un cercle formé avec des pierres ou des piquets de 15 à 25 centimètres de hauteur, pour apprendre aux élèves à se maintenir en équilibre sur des objets saillants et de peu de largeur; une planche d’assaut, la corde lisse, une perche pour les sauts en hauteur, des xylofers, des haltères courts (fig. 213) du poids de 2 à 10 kilogrammes, des haltères longs.

Avec ces instruments s’exécutent les

Fig. 2,5. - i d-Am oros. exercices de pied ferme ou de plancher

(Triât). On peut y joindre les tirages

continus de N. Laisné, avec ressorts, pour « les demoiselles », a qui les évolutions en l’air ne conviennent que dans de justes limites.

3° Gymnastique avec les agrès et les appareils fixes. — Les agrès sont fixes par l’une de leurs extrémités, mobiles par l’autre : perches fixées par en haut, échelles de corde, cordes lisses ou à nœuds, attachées de même; anneaux et trapèzes (fig. 245). Les barres fixes, les ban es pat allèles, les échelles de bois verticales, obliques, horizontales, les poulies à tquildne, planches à rétablissement, murs à rainures pour 1 escalade, les po/emcrpour soutenir les fils du saut (seuls appareils mentionnés parle Manuel de gyni nastique français ), les chevaux de bois, le tremplin, les vindas, sont es appareils fixés. Triât et Daily pensent avec infiniment déraison qu'on ne saurait trop varier les agrès et appareils. Bien qu ils aient cru de\oir

MODES DE L’EXEIICICE.

générale.]

accorder, au point de vue hygiénique, la préférence aux exercices de plancher sur ceux de voltige , il semble cependant que l’équilibre dans l’appel au développement musculaire exige, pour le maintien de l’harmonie des formes, que l’on combine les exercices de pied ferme avec ceux de suspension et d'appui. Quant aux girations ou culbutes, leur utilité est contestable.

Les agrès et appareils sont, d’ordinaire, suspendus à un portique , ou réunis autour de cette construction, qui est elle-même un appareil. Daily préfère judicieusement les multiplier en les réparlissant à la périphérie de la salle, dont le centre reste libre.

La gymnastique peut servir à tous les âges; pourvu qu’elle soit proportionnée. Les exercices aux agrès et appareils n’admettent guère les jeunes gens avant quinze à seize ans.

L’écueil à éviter, dans ces exercices, est que quelques-uns d’entre eux inspirent aux élèves la terreur ou le sentiment de leur incapacité. Les anneaux, le trapèze, la barre fixe, les barres parallèles, le saut au tremplin, le saut périlleux, le « cheval » (madrier matelassé pour saut en longueur), le portique même, quoique à peu près sans danger, sont positivement inabordables pour un certain nombre d’élèves, qui se contentent de voir les plus hardis faire des tours. En outre, beaucoup des appareils sus-énumérés n’admettent qu’un élève à la fois et nécessitent la présence d'un maître pour guider l’élève et, au besoin, le soutenir eL le préserver d’accidents sérieux. A l’école de Joinville— le-Pon t, Chassagne et Daily reconnaisent que 8,000 hommes, appliqués à la gymnastique aux agrès, ont 30 entorses, 19 contusions et 2 fractures; c’est peu, sans doute, mais ce serait trop, si cette gymnastique spéciale n’était légitimée par les nécessités de l’entraînement militaire. Un seul homme est tombé du portique, en six ans, et sans se blesser ; mais, il s’agit de soldats. Les mêmes auteurs se flattent que, dans l’exercice d’escalade, avec le fusil en bandoulière, cinq ou six hommes seulement restent « au pied du mur », vaincus parla fatigue. Mais c’est donc que cette prouesse n’est pas accessible à tout le monde. Il y a plus et les observations de Chassagne et Daily, les premières qui aient donné ce renseignement, prouvent qu’un certain nombre d'individus perdent à la pratique de la gymnastique violente et imposée uniformément à toutes les constitutions. Le périmètre thoracique, chez les élèves de Joinville, a diminué 17 fois p. 100; la circonférence du bras, 10 fois p. 100; la force de soulèvement, 10 fois p. 100 ; la force de flexion des mains, 17 à 24 fois p. 100, etc. Or, nous prétendons que la gymnastique peut et doit rendre service à tout le monde et qu’elle est applicable même aux malades.

On doit donc conserver ces appareils, mais non en rendre l’usage obligatoire. Il convient, en particulier, d’être réservé à cet égard, dans les gymnases scolaires.

4° Gymnastique spéciale. — Les soldats, les marins, les sapeurs-pompiers, les sauveteurs, sont, le plus habituellement, les destinataires de celle gymnastique. Mais il n’y a pas de raisons pour qu’en dehors de ces groupes des particuliers ne cultivent pas divers modes de mouvement, favorables à la santé et â la vigueur physique. Enfin, il y a une classe d’individus qui vivent de la gymnastique.

A l’École de gymnastique militaire de Joinville-le-Pont, d’après Chassagne et Daily, la série des exercices comprend : les mouvements d’assouplissements préli-

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minaires sans instruments, puis avec le fusil utilisé à la manière des haltères longs; les courses de fond et de vitesse, avec et sans obstacles, en tenue de gymnase et ei» tenue de campagne; les exercices aux agrès, barre fixe, barres parallèles, cordages, portiques de 4 mètres de hauteur ; escalade du mur de la redoute, le fusil en bandoulière ; le bâton, la canne, la boxe. Ces exercices ont lieu tous les jours et par tous les temps, de telle sorte que les élèves fournissent un travail effectif de neuf à dix heures par jour. Toutefois, pour en rompre la monotonie, le bataillon exécuta trois fois par semaine des marches et des exercices purement militaires.

Association «le la gymnastique et l’hydrothérapie. — On doit encore à Triât et Paz d’avoir réintroduit dans les exercices du gymnase la douche terminale., pratiquée sur divers points à l’étranger et si vivement recommandée, en France, par L. Fleury, Bouchardat, Bouley, Soleirol et, surtout, par Daily. On peut, pour quelques-uns, commencer par des applications rapides d’éponges ou de linges mouillés, ou même se borner là. Mais, dans la plupart des cas, une douche rapide, en jet, de dix secondes environ, tombant de 4 à 8 mètres (Daily), sera parfaitement tolérée et produira les plus heureux résultats de sédation générale, de tonification de la peau et de vivification des fonctions organiques, des fonctions digestives surtout.

Installation et fonctionnement «lu gymnase. — Beaucoup d’auteursformulent comme une loi la gymnastique en plein air. Il serait heureux,, en effet, que l’action d’un air pur et libre pût toujours s’ajouter aux bienfaits de l’exercice. Mais, pour s’assurer constamment ce double avantage, il faudrait choisir son jour et son heure, n’avoir ni pluie ni soleil trop ardent. Là où il n’y a de gymnase qu’en plein air, on s’en abstient pendant toute la mauvaise saison et pendant une bonne partie de l’été, parce qu'il tombe quelque averse, précisément à l’heure qui avait été fixée pour les exercices. Il faut donc avoir à la fois un gymnase couvert et un emplacement à l’air libre. Daily estime que « toute salle close et m'unie d’un plancher solide sur les deux tiers de sa superficie, peut servir de gymnase ». Elle aura S à 6 mètres de hauteur et une surface de 2 mètres carrés par élève, au minimum.

Un costume est très utile. Il sera de coton ou de laine, assez large, sauf le bas du pantalon, qui doit être rétréci pour ne pas remonter; une écharpede laine est préférable à la ceinture de gymnastique. Les boutons seront supprimés. Daily pense avec raison que le maillot, adopté par Triât et Paz. à Paris, est incommode.

Le moment de la journée le plus favorable aux exercices paraît être le malin, avant le repas principal de la journée, ou dans l’intervalle de deux leçons, quand il s’agit des écoles, soiL le matin, soit le soir (Brouwers et Docx). On devra avoir le rectum et la vessie vides.

La plupart des auteurs se contentent de séances d’une demi-heure ou moins encore. Le savant rapport, rédigé par Hillairet, en 1839, ne demande même que quatre leçons par semaine, d’une demi-heure chacune, pour nos lycées. Daily réclame, au contraire, une heure de gymnastique par

MODES DE L’EXERCICE

générale.

jour, sans compter les excursions au dehors, les ascensions de montagnes, l’équitation, l’escrime, etc. Nous inclinons dans ce sens. Toutefois, trois heures par semaine suffiront aux jeunes gens livrés aux éludes professionnelles et qui se sont déjà exercés à l’école ou au lycée.

Sous le rapport de l’âge, on peut certainement soumettre à des exercices appropriés des enfants très jeunes, de trois à sept ans, par exemple, selon la méthode Froebel; dans tous les cas, à partir dü moment où on les admet à l’école (six ans). Mais, à dix ans, la gymnastique est une nécessité pour tous. Au delà, il n’y a plus de limites; l’âge adulte doit conserver l’habitude de l’exercice pour l’exercice, et la vieillesse môme, dit Lacassagne, n’a pas de plus grand ennemi que le repos prolongé.

Enseignement de in gymnastique. — Il existe dans les divers États allemands, à côté des dispositions légales qui rendent la gymnastique obligatoire dans les écoles du premier et du second degré, des Instituts spéciaux (Saxe, Wurtemberg, Bade, Hesse, etc.), dont le but est de former des professeurs. En France, une Commission réunie pour étudier cette question proposait, en 1868, par l’organe de son rapporteur, Hillairet : 1° de rendre la gymnastique obligatoire dans les lycées, les collèges communaux, les écoles normales primaires et les écoles primaires publiques; 2° d’établir un gymnase modèle dans l’École normale de Cl uny ; de créer, en outre, une École normale de gymnastique à Paris; 3° de nommer une Commission chargée de délivrer des diplômes constatant l’aptitude à l’enseignement de la gymnastique. À la suite du rapport d’Hillairet, un décret impérial (1869) fit entrer la gymnastique dans l’enseignement des lycées et collèges, et déclara la gymnastique obligatoire pour les écoles normales primaires et pour les écoles primaires qui leur sont annexées. En outre, il était créé un diplôme spécial d’aptitude à l’enseignement de la gymnastique. On n’est pas bien sûr que ce décret ait jamais reçu un commencement d’exécution ; 1870 allait ajourner bien des projets de toute nature. Rien ne s’opposait donc à ce que quelqu’un reprit, dans ces derniers temps, cette question vraiment vitale. La « loi Georges » a, de nouveau, décidé la gymnastique obligatoire '27 janvier 1880), et une nouvelle Commission a rédigé un Manuel pour diriger les maîtres dans l’application de cette loi. Ce Manuel de gymaslique a été publié par les ministres de l’instruction publique et de la guerre, en 1884. Mais un grand point a été oublié : l’école qui formera ces maîtres. L’école normale d’instituteurs de Paris dresse tous ses élèves à la gymnastique; ceux-ci peuvent donc, à la rigueur, devenir des moniteurs pour les enfants auxquels ils enseigneront ensuite le calcul, l’histoire et la géographie. Il en est peut-être de môme dans les écoles normales primaires de province. Mais quels seront les moniteurs de l’enseignement secondaire, lycées, collèges, pensions? Aujourd’hui, on les prend généralement parmi les anciens moniteurs de l’armée, qui ont d’ailleurs un brevet et reçoivent leur diplôme de Maîtres de gymnastique des commissions instituées au sein de chaque Académie. C’est bien ce que l’on peut trouver de mieux. Mais ce personnel est d’habitude insuffisant comme

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nombre et, presque toujours, manque des notions physiologiques qui sont la base d’une gymnastique rationnelle. 11 semble que l’avenir de la loi Georges soit attaché à la création d 'Ecoles normales de gymnastique, fournissant des professeurs brevetés, d’une éducation assez élevée pour imposer le respect aux élèves, et rémunérés en conséquence de leur valeur et du temps sacrifié par eux à acquérir l’aptitude spéciale. Les enfants estiment ce qu’on leur enseigne comme ils estiment le maître qui représente l’enseignement. Aussi fait-on très bien, dans l’armée, d’envoyer les jeunes ofliciers à Joinville-le-Pont ; voilà les vrais professeurs de gymnastique des régiments ; le soldat aura tout de suite une haute idée de l’importance de ces exercices, quand il verra des officiers les diriger et les exécuter eux-mêmes devant lui.

Sociétés de gymnastique et gymnases municipaux. — Nous avons dit la prospérité des Turnvereine allemands. La Suisse et la Belgique, où l’hygiène publique est d’ailleurs dans un état de progrès incessant, ont repris cette tradition des Sociétés de gymnastique, de tir et de quelques autres. La contagion a gagné la France, principalement par le Nord, et, dans 1a. belle saison, chaque dimanche, i\ Lille, est égayé par quelque concours de gymnastique, d’escrime ou de musique; quelquefois même par le tout ensemble. La Belgique et la France se rencontrent encore dans ces luttes pacifiques et fraternisent énergiquement à l’issue du concours. Au Congrès d’hygiène du Trocadéro, Daily estimait à plus de 100 le nombre des Sociétés de gymnastique en France.

Certes, il n'y a qu’à se féliciter de ce mouvement; mais il ne faut pas s’en exagérer les conséquences. Ce sont déjà les très grands garçons qui entrent dans les sociétés de gymnastique, et celles-ci ne sauraient dispenser l’éducation première de comprendre la pratique méthodique du mouvement. Ces sociétés ne tentent pas ceux des jeunes gens à qui déplaisent les exigences d’un règlement, aussi bien que les exhibitions en public. La coquetterie du costume, le plaisir de passer devant la population, bannière et musique en tête, les succès du concours, comptent pour beaucoup (beaucoup trop) dans les visées des sociétaires; on est irrésistiblement entraîné vers les exercices acrobatiques, qui, naturellement, étonneront les assistants, au jour du concours, plus que ne le ferait le jeu rationnel du système musculaire tout entier. Enün, il nous a semblé que ces fêtes se terminaient par des pratiques dont l’effet contrebalance défavorablement la salubrité des exercices.

Les gymnases mnniciipaux sont une institution très recommandable. C’est ce qui a été adopté dans toutes les grandes villes d’Allemagne. Berlin a consacré un demi-million à son gymnase municipal. Quelques villes de France sonL entrées dans cette voie, qui, sans aucun doute, reste ouverte à des catégories d’individus beaucoup plus nombreuses que les Sociétés. Le gymnase municipal de Lille s’esL ouverL en 1881. C’est là que se trouve à la fois le moyen et la preuve de la généralisation de la gymnastique et de son passage dans les mœurs nationales.

générale.) MODES DE L’EXEKCICE. 1099

Formes de la gymnastique spéciale. — i/escrim*. — L’escrime et ses modes divers fortifient les muscles des membres et donnent au coup-d’œil la rapidité et la sûreté. Le tireur qui se fend à fond prend l’attitude du discobole antique et des gladiateurs. L’assaut est un bon moyen de sudation. Pour éviter de développer une moitié du corps plus que l’autre, il est nécessaire de tirer alternativement de l’une et de l'autre main.

rame. — L’exercice de la rame est fort en honneur en Angleterre et en Amérique; çà et là, en France, quelques sociétés que l’on voit apparaître dans les régates imitent de plus ou moins près les rowings-clubs de nos voisins d'outre-Manche.

L’acte de ramer comprend deux temps essentiels : 1° la rame est portée en arrière ; les extrémités inférieures sont relâchées, le tronc s’incline fortement sur les cuisses, les bras se tendent de toute leur longueur; 2° la rame prend point d'appui sur l'eau et est ramenée en avant; les membres inférieurs se raidissent, le tronc se redresse et se penche même en arrière, les avant-bras se fléchissent énergiquement sur les bras, soutenus eux-mêmes par la contraction des pectoraux. Comme chaque coup de rame exige l’état d’expiration virtuelle, qui caractérise l’effort, la respiration prend le rythme du mouvement de la rame, 36 à 40 mouvements par minute. L’inspiration doit donc avoir lieu pendant que le tronc est fléchi en avant, circonstance défavorable à l’abaissement du diaphragme et à l’ampliation du thorax ; les Anglais, pour éviter cette flexion dans de trop grandes limites, ont remplacé le siège fixe du système ancien par un banc à coulisse, dont les déplacements alternatifs en avant et en arrière se substituent aux inclinaisons du rameur en sens inverse; il en résulte une plus grande liberté respiratoire.

L’observation démontre qu’aucun genre d’exercice ne met simultanément en jeu plus de muscles que l’action de ramer. Non seulement les membres, mais encore les muscles dorso-lombaires, psoas-iliaques, abdominaux antérieurs, pectoraux, participent aux contractions nécessaires. Ce peut donc être une pratique d’une grande valeur hygiénique, si l’on n’y admet que les âges et les complexions qui en sont capables et si, dans tous les cas, on évite d’arriver à l’épuisement des forces. Mais il est aisé de voir que la pente naturelle conduit cet exercice à devenir violent, et qu’il cesse d'ôtre sans danger pour un bon nombre d’individus. Fraser assure que, dans cet exercice, la tension artérielle diminue par relâchement des parois vasculaires, que le cœur propulse de plus larges ondées de sang à chaque contraction, et que, néanmoins, les veines suffisent à recevoir ce liquide surabondant. Mais aussi le pouls bat 110 fois ou plus par minute, et il faut que les poumons et les puissances respiratric.es musculaires élèvent leur énergie en conséquence. De là l’indication d'en écarter tous les sujets chez qui le sphygmographe révèle une irrégularité du tracé. Brayton Bail y joint tous ceux dont le périmètre thoracique est au-dessous de 36 pouces (90 centimètres), ce qui paraît sévère, et tous ceux qui, par antécédents de famille ou personnels, peuvent être soupçonnés de quelque affection pulmonaire ou cardiaque.

L.’éauitation. — La valeur de cet exercice dépend beaucoup du mode

DE L’EXERCICE ET DU REPOS

[Hygiène

de se servir du cheval et des allures imprimées à la bête. Les cavaliers ordinaires sont placés à califourchon sur le dos du cheval, avec l’intermédiaire d’une selle plus ou moins avantageuse et avec l’aide d’étriers. Les cavaliers les plus habiles font de la voltige , excellent exercice de force et de souplesse, et montent pendant quelques minutes un cheval sauteur ; ceci est une manœuvre brutale et non sans danger, qu’il ne faudrait pas essayer s’il n’était indispensable de préparer à tout événement les jeunes gens qui se destinent passer leur vie dans la fréquentation d’un animal puissant, peu intelligent, impressionnable et capricieux.

L’équitation met en jeu les muscles des membres inférieurs, et un peu ceux du tronc chez les novices, qui se livrent d’abord à des contractions inutiles. Le trot est l’allure la plus fatigante pour le cavalier, surtout dans les principes de l’école française, qui veulent que l’on trotte le corps droit, même renversé, les cuisses adhérentes par 1<1 face interne et le genou aux flancs du cheval, la jambe libre et mobile, les étrivières longues et le pied ne posant sur l’étrier que par sa pointe un peu relevée; les réactions sont donc transmises intégralement au bassin, puis au tronc du cavalier. L’école anglaise admet des étriers courts et aidant le tronc à éluder les secousses que lui communique le trot du cheval.

Le vêtement des extrémités inférieures, chez les cavaliers, doit être ajusté en vue d’éviter les plis et les frottements, causes d’excoriations douloureuses.

Il ne faut pas monter à cheval avec la vessie et l’intestin remplis, ni y rester. L’exercice du cheval, en plein air surtout, excite l’appétit. Comme la dépense reste faible, une fois qu’on en a l’habitude, le métier de cavalier n’est pas incompatible avec un peu d’obésité. Pourtant, la légende du vieil officier de cavalerie avec un gros ventre se perd depuis que l'on monte à cheval, dans cette arme, dans un autre but que celui de se promener.

Le travail au manège est moins salubre que l’équitation en plein air. Le sol de cet endroit, recouvert de sable, de sciure de bois, de copeaux de liège, se pénètre de l’urine et de la fiente des chevaux; l’atmosphère en devient poussiéreuse et putride. Une aération très généreuse du local est de rigueur; encore ne sera-ce jamais un séjour inofîensif. Il a probablement quelque influence sur le développement de Yecthyma à la suite des excoriations, presque inévitables chez un bon nombre d’apprentis cavaliers. L’excoriation est l’irritation locale, le point de départ des efflorescences cutanées ; l’intoxication septique par l’air du manège (et celui de la vie en commun dans les casernes) en est la raison organique (Dauvé, Czernicki, J. Arnould). On dit aujourd'hui que l’excoriaLion fait la porte d’entrée au microbe de l’ectbyma et que peut-être celui-ci vient du cheval même (Boinel et Depérel).

Le contact prolongé du siège avec la selle et réchauffement qui en résulte poussent à la congestion des veines hémorrhoïdales. I). Larrey conseillait, au contraire, l’équitation comme traitement des hémorrhoïdes. Le moyen peut, en effet, aplatir des hémorrhoïdes déjà existantes.

L’habitude du cheval peut avoir, d’après Sistach, quelque influence sur le développement des varices et du varicocèle; il est moins certain qu’elle en ail sur la formation des hernies, à moins d’une disposition préalable. On a accusé l'abus du cheval d’entraîner l 'atrophie des testicules, ce qui était arrivé, dit-on, au roi

générale.] INFLUENCE SANITAIRE DE L’EXERCICE. 1101

Charles XII; et ce qui n’esl pas absolument étonnant chez les gens qui restent indéfiniment à cheval, le scrotum relâché par fatigue, les testicules heurtant la selle, quelquefois contus contre elle dans un mouvement brusque de la monture. Mais il est, néanmoins, rationnel de conseiller l’équitation comme douée de propriétés tonifiantes vis-à-vis des fonctions génitales.

Nous ne parlons pas des chutes, parfois terribles et même mortelles ; non plus que de la possibilité des contagions du cheval à l’homme.

La gymnastique métier. — Il y a un assez grand nombre d’hommes et de femmes qui font des exercices de gymnastique en public, pour gagner leur vie. C’est un spectacle et ces gens s’intitulent artistes. Le public prend un goût infini à les voir faire du trapèze à 20 mètres au-dessus du sol et ne les appelle pas moins acrobates. Blatin a carrément pris la défeuse de ces hommes contre le dédain de la gymnastique classique et, sous certaines réserves, nous n’hésitons pas à nous ranger à son avis. Les gymnastes du cirque sont un assez beau type d’audace et de mépris du danger; au simple point de vue de la gymnastique, ils prouvent de la meilleure façon ce que peuvent, avec de l’exercice, l’adresse et la force humaines. Il y a des cœurs d’airain sous ces muscles d’acier. Nous ne pensons pas qu’il convienne à notre époque de mépriser les uns ni les autres. Ce que l’hygiène doit exiger, c’est que l’on n’associe pas les enfants, en public surtout, à des exercices dangereux ou hors de la portée de leur âge, et que les gymnastes s’entourent des précautions nécessaires pour prévevenir les chutes et les rendre inoffensives.

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