ARTICLE I
HYGIÈNE SOCIALE
Il est possible et même rationnel, comme le prouve un livre récent, de donner à \’ Hygiène sociale une portée telle que tout ce que nous avons dit d’applicable aux collectivités, dans l’Hygiène générale, y rentre, ainsi que- $ les considérations que vont nous fournir les groupes particuliers, dans cette • deuxième partie. Nous n’envisageons, dans l’article actuel, que les éléments fondamentaux, les bases de la sociabilité humaine et les règles qui s’y rapportent. Nous mettrons simplement en vue, par les aspects qui intéressent l’hygiène, l 'Anthropologie, Y Ethnologie et la Démographie.
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[Hygiène
1° Le groupe humain dans l’animalité. — Anthropologie.
L’anthropologie n’est pas de l’hygiène. Mais c’est une des lumières les plus précieuses que nous puissions invoquer; rien n’est mieux fait pour nous aider à comprendre le mouvement contemporain de l’homme que les documents recueillis sur ses origines, sur son évolution à travers les âges, sur les luttes qu’il a soutenues contre les milieux, et desquelles il a surgi, non comme le plus fort, mais comme le plus intelligent.
Origines de l’homme. — Trois théories cherchent aujourd'hui à résoudre cette question : la théorie monogéniste (Cuvier, Flourens, de Quatrefages), qui est un dogme plutôt qu’une opinion scientifique; — la théorie polygéniste (Broca, J. Périer), absolument rationnelle et qui se fond dans la suivante : — le transformisme, qui se passe du merveilleux dans l’origine des êtres vivants, de l’homme surtout, et se trouve singulièrement appuyé par les découvertes récentes de la bactériologie, de l 'atténuation des virus et de l'adaptation des espèces microscopiques aux milieux divers. Cette doctrine se dédouble en transformisme monogénique (Darwin, Wallace, Ilæckel, Buchner) et en transformisme polygénique (Debierre).
Mais il fallait d’abord montrer l’homme à une période reculée de son évolution, dans son état larvaire, si l’on peut dire, et faire tomber cette légende encombrante d’une espèce animale surgissant de rien, tout à coup et parfaite.
Cette histoire a été longtemps un livre fermé et que les savants ne voulaient même pas ouvrir. Cuvier, sans nier formellement, ne croyait pas à l’homme fossile. Pourtant, le duc Eberhard de Wurtemberg (1700) avait recueilli le crâne de Canstadt, qui devait être bien étudié par Jâger, en 1835; Tournai (de Narbonne), en 1828, Christol (de Montpellier), en 1829,Pitore, Ami Boué, Schmerling (de Liège; grotte d’Engis, 1833), Aymard (crâne du mont Denise, 1844), trouvaient dans des grottes ou des cavernes des ossements qui portaient d’une façon peu contestable le caractère humain. Mais les esprits répugnaient de parti pris ou par habitude à l’idée de l'homme quaternaire ; en admettant que ces fragments d’os et ces crânes eussent appartenu à des hommes, on continuait à ne pas croire que les os fussent contemporains du terrain dans lequel on les trouvait; ils étaient sans doute tombés par hasard au fond d’une brèche, â la suite de quelque dislocation du sol.
La démonstration allait être due à la ténacité de Boucher de Perthes (1840-1838), qui avait cherché les débris humains, non plus dans les cavernes, mais dans les couches profondes d’un terrain continu, stratifié et horizontal, dans le gravier déposé au fond de la vallée de la Somme pendant la période quaternaire. Longtemps soutenu par le seul Dr Rigollot, Boucher de Perthes oblinl son légitime triomphe quand, en 1858, Falconer et un peu plus lard Prestwich, Evans et Flower, Lyell, puis Gaudry, G. Pouchet, enfin la Société d’anthropologie de Paris et Isid. Geoffroy Saint-IIilaîre, proclamèrent l’authenticité de ses découvertes, soit en venant eux-mêmes, à Abbeville, voir et extraire de leurs propres mains les débris •et les instruments, soit en soumettant la relation archéologique au contrôle d'une discussion rigoureuse. On sait aujourd’hui, vulgairement, que ces vestiges de ■l’homme quaternaire se composent à la fois de fragments d’os, d’armes de silex,
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d’outils façonnés, et môme d’objcls dans lesquels le sentiment artistique se révèle sous la forme la plus naïve. Ces traces d’industrie ou d’art sont même plus abondantes que les ossements, et. c’a été longtemps une des objections dressées contre Boucher de Perlhes, jusqu’à ce qu’il eût rencontré, en 1863, la mâchoire dite du Moulin-Quignon et, en 1864, une mâchoire inférieure et un crâne. A côté de ces débris humains se trouvent les débris fossiles du renne, du rhinocéros, du mammouth. D’ailleurs, on n’a pas tardé à remonter à des traces de l’humanité plus vieilles encore, contemporaines de la période tertiaire : Desnoyers, Capellini, retrouvent des vestiges humains dans le terrain pliocène; l’abbé Bourgeois, dans l’étage miocène. Si ce n’étail pas encore l’homme, c’était le singe anthropomorphe (Gaudry) ou Vanthropopithèque (Morlillet, Ilovelacque), précurseur de l’homme.
L’intérêt, pour l’hygiène et, probablement aussi, pour la philosophie de l’histoire, est dans la succession des phases de l’humanité, des traits qui caractérisent le développement de son industrie, l’apparition de ses tendances, de ses besoins distinctifs.
Les anthropologistes ont établi les périodes suivantes :
1° Age de la pierre taillée. — C’est la vaste époque de l’homme fossile, correspondant à la période quaternaire, à l’âge du renne. Elle comprend les races paléolithiques : de Canstadt ou de Neanderthal, de Cro-Magnonou des Eyzies, toutes deux dolichocéphales ; de Furfooz (mésaticéphale et une autre sous-brachycéphale); les races de Grenelle et de la Truchère (brachycéphale). Ce sont là des races européennes. Elles avaient leur pendant sur le continent américain.
A cette époque, l’on vivait en tribus isolées; onhabitait dans des cavernes; au dehors, l’homme était nu, ou couvert de peau de renne, mais à coup sûr peint et paré. On mangeait des fruits et les produits de la chasse et de la pêche, de l’aurochs, du renne, du cheval, du sanglier, de l’antilope, de la baleine et de l’homme aussi. Ces races quaternaires possédaient l 'usage du feu. L’industrie n’avait, guère qu’un but, fabriquer des instruments de défense et de chasse; on les faisait de ces silex taillés (fig. 246 et 247) qui ont valu à cette époque le nom qu’elle porte. Cependant, le sentiment artistique ne tarda pas à s’éveiller; on dessina sur des os la figure des animaux familiers, des scènes de chasse; vraisemblablement, l’homme paléolithique connut la poterie vers la fin de cette période. 11 n’avait pas de religion et n’en sentait pas le besoin (Morlillet).
2° Age de la pierre polie. — Vers la fin de l’époque de la pierre taillée, dit Debierre, de nouvelles races venues de l’est firent invasion au milieu des dolichocéphales paléolithiques (de nos contrées), apportant avec elles des instruments de pierre polie; l’agriculture, la vie sédentaire, la poterie, une meilleure pratique de la domestication des animaux, la coutume de l’ensevelissement des morts et la construction des monuments mégalithiques (dolmens, menhirs, cromlechs, etc.). Les races primitives furent refoulées, amoindries, mais plutôt absorbées que détruites.
L’homme connut l’art de polir les silex qui lui servaient d’armes (fig. 248 et 249). Il se fit des habitations — lacustres souvent; il s’en-
toura du chien, du bœuf, du mouton, de la chèvre ; sema le froment, Arnould, Hygiène. 2° édit. 7{
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l’orge, le lin ; cultiva la céramique, la vannerie ; fit des tissus, multiplia les engins de la parure et sut ajouter les ressources de la pêche à celle de la chasse. Les dolmens et constructions analogues sont la caractéristique de l’époque. H
Les races d’alors étaient : l’une dolichocéphale (type de la caverne de 1 Homme-Mort dans la Lozère), l’autre brachycéphale. Celle-ci arriva à la fin des temps géologiques ; c’est elle, probablement, qui reçut plus tard le
Fig. 246. — Pointe de lance de Solutré.
Fig. 24T . — Couteau en silex de l'âge du renne.
nom de Celtique. Plus tard encore, elle allait être refoulée par des dolichocéphales à carnation claire, Galates, Cimbres, Cimmériens.
3° Ages du bronze et du fer. — Ce fut un pas de géant que le passage du travail de la pierre à celui des métaux. L’homme commença, paraît-il, par l’or, très malléable et sans utilité pour des tribus sauvages; puis il essaya du cuivre, de l'étain, et arriva ainsi au bronze, soit que cette industrie ait été apportée de l’Inde aux Celtes, soit qu’elle ait été trouvée sur place dans notre pays. Le fer détrôna enfin le bronze; en Grèce, 1400 ans avant notre ère; en Gaule, 800 ans avant la même ère.
L’homme de ces âges bàLissait encore des dolmens; mais son industrie s’élevait en étendue et en variété, celle des armes de guerre ou de chasse et des objets de parure, tout d’abord. Puis, l'on inventa le tour du potier ,
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on tissa des étoffes, on dompta de nouveaux animaux. C’est à cette époque que Y incinération des morts remplaça l’enfouissement.
Ainsi se développait, tantôt spontanément, tantôt à la faveur de croisements ou de superpositions violentes, dans un laps de temps que l’on ne saurait estimer à moins de 200,000 ans, cet « être faible et chétif, nu et sans armes, soutenant à peine au jour le jour son existence famélique et ne trouvant, dans le creux des rochers, qu’un refuge insuffisant contre les dangers incessants qui venaient l’assaillir. Au calcul des chances ordinaires,
Fig. 248. — Huche polie, dite pierre Fig. 249. — Pointe de flèche néolithique de foudre. (Saône-et-Loire. H. de Ferry).
cet être paraissait privé de tout ce qui, dans la bataille de la vie, assure la survivance des espèces. Mais il possédait deux merveilleux instruments, plus parfaits en lui qu’en toute autre créature, le cerveau qui commande et la main qui exécute. Les espèces colossales des temps géologiques, ont disparu, l’Homme est resté... » A part cette idée de « créature » et par conséquent de création, qui est, ici, une dissonnance et une hypothèse, ces belles paroles de Broca précisent parfaitement ce qui est l’essence de l’humanité. C’est, au suprême degré, le groupe perfectible , s’acheminant sans cesse vers ce qui est mieux et ce qui est meilleur. Aussi l’hygiène estelle faite pour lui.
La race aryenne. — Nous avons déjà vu noté le fait de l’invasion de la race de Furfooz par des tribus venues de l’est et l’hypothèse de l’initiation des Celtes à l’usage du bronze par l’Inde. La linguistique prouve que les instruments de la pensée ont été également apportés à l’Europe par les civilisations primitives de l’Asie centrale, par les Aryas. Nous leur devrions aussi la religion et la monogamie. Faut-il en conclure qu’il y ait eu, de même, une pénétration importante des races autochtones d’Europe par les Aryas? On l’a pensé autrefois ; mais celte formule est discutable, comme l’ont fait remarquer Omalius d’Halloy, J. Périer, G. Lagneau, A. Sanson, et malgré le récit d'Ujfalvy, qui aurait retrouvé le type celtique chez les Gultchas du Pamir et les Tâdjiks des plaines adjacentes. La race sémitique,
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après les Couschites du haut Nil, atteignait à une civilisation puissante et inventait l’écriture phonétique , alors que la race aryenne était encore enfermée dans la vallée de l’Oxus. Mais celle-ci posséda le sanscrit ou zend, d’où dérivent le grec, le latin, Y allemand, le russe. On a donc supposé que, par des émigrations successives (Ad. Pictet), et en suivant différentes voies, la race aryenne s’est répandue sur l’Asie et sur l’Europe. « Les Hellènes, les Latins, les Celtes, les Germains, les Slaves, forment les rameaux de cette souche privilégiée qui, partie del’Imaus, devait conquérir le monde. Les Pélasges seraient arrivés en Grèce vers 2,500 av. J.-C., venant de l’Asie Mineure. » Ainsi s’exprime Debierre, tout en notant les réserves qu’il y a à faire sur cette hypothèse, un moment classique, et en montrant combien il est facile qu’un peuple accepte la langue de l’étranger, sans cesser d’être d’un sang différent. Il y a même des faits qui prouvent directement que les Aryas de l’Inde n’ont transporté en Europe ni leurs plantes ni leurs animaux. S’il en est venu dans notre pays, c’est donc un élément ethnique sans importance.
Quand on considère sans parti pris le rôle énorme qu’ont joué, dans l’évolution de l’humanité, les Celtes, ces descendants probables des races autochtones de Furfooz et de Solutré, qui ont absorbé les envahisseurs; quand on a reconnu la vigueur et la ténacité des Celles modernes de l’Ouest, celle des Ibères et des Ligures, leurs frères, on se demande ce que signifie la formule : que l’avenir appartient aux seuls Aryas, élément discuté et, dans tous les cas, fort restreint des populations européennes actuelles. Les Aryas de l’Inde et de l’Asie ne paraissent pas avoir gardé une supériorité décidée. En revanche, le peuple allemand, en sa qualité de branche aryenne pure, se prétend l’arbitre et le garant du progrès humain. En soi, c’est fort louable. Seulement, la plupart des Allemands méridionaux (Bavière, Wurtemberg, haute Silésie, et jusqu’en Croatie et Roumanie) sont brachycéphales et d’une origine fort voisine de celle du type celtique (Hôlder, His, Schmidt, Virchow, Desor, de Ring, Hovelacque, Topinard, etc., cités par G. Lagneau).
Si les peuples d’Europe sont essentiellement autochtones, il n’y a pas à s'étonner qu’ils s’acclimatent difficilement dans l’extrême Orient. Ce n’est pas un retour vers les climats originels, comme on l’a dit; c’est une transplantation inattendue et violente.
Mais, s’il y a encore, dans notre Occident, dévastés groupes descendant en ligne directe, sauf des mélanges, des Troglodytes de Furfooz, c’est qu’une même race humai ne peut passer successivement par les âges de la pierre, du bronze, du fer, arriver à l’épanouissement moral tel qu’il est aujourd’hui dans notre région, et même le dépasser encore. On ne peut donc pas considérer comme fatalement bornées à leur infimité actuelle les tribus africaines ou océaniennes, que l’Europe surprend aujourd’hui dans un degré de développement à peu près identique à celui que possédait l’homme quaternaire. Ce sont des familles en retard, voilà tout, très en retard assurément, et qui ne peuvent franchir d’un bond l’effrayant espace qui les sépare de nous; mais elles ne sont pas radicalement incapables, il faut les aider et leur donner le progrès à petites doses. On a constaté que les races inférieures dépérissent et tendent à disparaître au contact des Européens; il ne saurait en être autrement, s'il y a lutte pour l’existence entre ceux-ci et celles-là. Mais que l’on suppose les Européens disposés à apporter à ces hommes en retard la vie et non la mort, il n’y a pas de loi anthropologique qui ait prononcé la condamnation de tout ce
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qui n’appartient pas a la famille aryenne. Il faut pourtant bien que toutes ces tentatives que l’on fait de nos jours pour percer les mystères de l’Afrique centrale aient une autre intention que celle de balayer, sous le souffle européen, les peuplades qui y vivent dans une ignorance profonde; autrement, les Baker, les Livingstone et tant d’autres hardis voyageurs, au lieu d’avoir droit à notre admiration, ne feraient que les éclaireurs détestables de bandes avides et cruelles. Paul Passy note que les Indiens d’Amérique ne s’éteignent point, comme on le croit. Il y en a 376,000 dans les États-Unis, dont 60,000 sont citoyens des États.
Cette réflexion montre l’utilité de l’anthropologie en hygiène, du moment que l'hygiène se propose aussi la durabilité des groupes humains. Les mômes éludes révèlent d’ailleurs l’étendue de la puissance de l’homme vis-à-vis des milieux et, réciproquement, la puissance de ceux-ci, du sol et du climat en particulier, pour assurer ou limiter chez l’homme certaines aptitudes, celle, par exemple, de la transplantation lointaine.
2° Les groupes ethniques.
11 n’est pas douteux que les différences actuelles, dans la constitution de chaque peuple, ne correspondent à des tendances particulières et à des besoins distincts, en hygiène aussi bien que dans le domaine de la politique et des lois. Les peuples sont faits d'éléments fondamentaux , préhistoriques, et de races surajoutées, à la faveur des migrations pacifiques ou violentes. Le tout moderne peut avoir sa caractéristique propre ; mais il rappelle inévitablement, au moral comme au physique, ses composants archaïques, la race quaternaire que l’on eût crue disparue et la race de superposition. On ne comprend pas bien les mœurs, l’esprit ni l’hygiène d’une nation, si l’on ne possède la notion de ses facteurs ethnologiques.
Acquérir cette connaissance pour tous les peuples du monde nous serait impossible et resterait probablement peu utile ici. Nous insisterons seulemeiit sur ce qui regarde notre pays.
Ethnologie de la France. — Les races fondamentales du peuple français sont les Celtes, les Ibères et Ligures, les Gaëls; les familles surajoutées sont Grecques et Romaines, Sémitiques , Germaniques, Slaves.
Races fondamentales. — Les Celtes. — Les Celtes, qu’on a supposés d’origine asiatique, sont plutôt aborigènes (G. Lagneau). Moins anciens que les Ibères et Ligures, ils ont succédé aux dolichocéphales de l’époque de Cro-Magnon et se rattachent peut-être à la race de Furfooz. Us sont brachycéphales comme elle, de taille courte et trapue, à cheveux lisses, châtains ou bruns, de bonne constitution. Us peuplent l’ouest de l’Europe, y compris une partie des Iles-Britanniques, et le Centre, depuis la Garonne jusqu’aux deux rives du Danube. Un million d’hommes (Armorique, Galles, Cornishire, Devonshire, montagnes de l’Écosse, Irlande), parlent encore la langue celtique ( bas-breton , cornish, albanach, eironach). Mais une infinité de Celles parlent français, anglais ou allemand.
Plus anciens que les Gaèls, Galates ou Kymris, les Celtes, probablement envahis, refoulés ou pénétrés par ces derniers, en avaient en partie adopté la langue et les usages au temps de la conquête romaine. Les Latins ont même habituellement confondu les deux races sous le nom unique de Gaulois.
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Ibères, Ligures, Basques. — Quelques anthropologistes ont pensé que ces trois familles appartiennent à la môme race. G. Lagneau les distingue! il assigne aux Ibères la plus grande partie du territoire de la péninsule hispanique et la portion du territoire français comprise entre la Garonne et les Pyrénées; aux Ligures, le littoral méridional de la péninsule, le littoral français depuis l’embouchure de l’Aude jusqu’aux Alpes, et, en Italie, le pays compris entre les Alpes et l’Arno ; entre les deux, il place les Bdbnjhes, venus probablement de l’Asie Mineure et proches parents des Ibères. Ligures et Ibères auraient également contribué à former la population de la Grande-Bretagne et des îles méditerranéennes. Quant aux Basques, ils auraient fourni à nos peuples du Midi, à l’Espagne du Nord-Est (Biscaye, Navarre) des éléments plus importants que ne pourrait le faire supposer l’étendue actuelle du territoire où la langue s’est conservée avec le type anthropologique primitif.
L’origine des Ligures, des Ibères, des Basques est fort incertaine. On a rapporté l’un ou l’autre ou môme plusieurs de ces rameaux, soit aux Atlantes, dont le territoire originaire a disparu sous les eaux, soit aux Aryens de l’Asie centrale, soit au type mongoloïde. Ce qui complique le problème, c’est la pénétration de vieille date des Ibères par des Celtes. La race ibère est vraisemblablement dolichocéphale, mais fine, délicate, gracieuse et distincte des dolichocéphales massifs et de grande taille de Cro-Magnon (petits dolichocéphales andaloux, aux extrémités fines). Les Ligures sont, au contraire, très brachycéphales; os des membres grêles, courts, de petites dimensions; stature peu élevée. Les Basques paraissent ne pas représenter un type unique; le plus remarquable, sinon le plus caractéristique, est brachycéphale, à tête arrondie, orthognathe, avec le nez droit, sans dépression naso-frontale, la bouche fine, les dents petites; leurs femmes, qui conservent le mieux les caractères ethniques, sont remarquables par la belle conformation du cou et des épaules; le beau développement de la poitrine, les fortes incurvations de la colonne vertébrale, la vigueur du système musculaire, l’élégance des extrémités.
Les Basques, Vascons ou Gascons ( Eusli-Aldunac ), présentent ceLte particularité étrange de parler une langue holophraslique, agglutinalive ( Euskuara ), c’est-à-dire de la famille des langues qui ont été les premières de l’humanité et sont encore aujourd’hui à l’usage des anciens Américains et de la branche touranienne. Celle circonstance n’a pas peu contribué à accentuer l’énigme de leur origine. Quelquesuns paraissent avoir des affinités avec les Atlantes et avec les Kabyles actuels. Ils sont dolichocéphales, comme l’homme de Cro-Magnon. Une autre singularité, c’est la tendance des Basques à l’expatriation; « depuis trente ans, le quart des hommes valides auraient quitté. le pays basque (y compris nos départements pyrénéens et des Landes) pour se porter surtout vers Buenos-Ayres, Montevideo et le bassin du Rio de la Plata » (Lagneau).
Il n’est pas douteux que les Aquitains ne participent plus des caractères des Ibères que de ceux du reste des Gaulois.
Gaêls ou Galates, Ombres, Belges. — Ceux-ci seraient tous venus du Nord-Est et auraient joué vis-à-vis des Celles le rôle d’envahisseurs. Les Galates, les premiers arrivés, probablement au début de la période néolithique, paraissent avoir occupé tout le nord de l’Europe, les côtes de la Baltique et de la mer du Nord (en particulier le Julland, Cliersonèse cymbrique) et une parlie de la Russie, avant de passer le Rhin et de pénétrer dans le pays des Celles, auquel ils allaient donner leur nom. Us se rattachaient, sans doute, par des migrations successives, aux Kimmériens qui habitaient au nord du Pont-Euxin (Crimée, Ktp.p.épia). En môme temps qu'ils dominaient entre le Rhin et la mer jusqu’à la Seine, au sud, ils envoyaient des colonies aux Iles Britanniques (Calédonie), pénétraient les Celles dans toute la profondeur
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du pays jusqu'aux Pyrénées et poussaient des pointes dans la Péninsule hispanique (Galice, Porto-Calle, Oporto). C’élail une race audacieuse, inquiète. De vastes tribus, occupant le centre de la France actuelle, de l’Océan aux Alpes, se mirent un jour à émigrer vers l’Ilalie (Gaule Cisalpine), entraînant, selon toute apparence, avec elles de véritables Celtes, auxquels elles s’étaient enchevêtrées. Quelques-unes, plus belliqueuses encore, pénétrèrent en Pannonie, d’où elles passèrent en Grèce, pillèrent le temple de Delphes (278 av. J.-C.), et enfin portèrent jusque dans l’Asie Mineure le nom redouté des Galates ( Galatic , actuellement les Sandjakats d’Angourieh et de Kiankari).
Ces Galates étaient dolichocéphales, mais distincts des races de Canstadt et de Cro-Magnon, bien antérieures, avec les descendants desquelles ils ont pu toutefois se croiser. Les premiers immigrants galates procédaient d’autres dolichocéphales dont l’origine ni les caractères ne diffèrent essentiellement de ceux des premiers. Ceux-ci avaient le crâne allongé, régulièrement ovale; capacité crânienne, 1680 centimètres cubes; face étroite. Us étaient de haute taille, avaient les cheveux blonds ou roux, la peau extrêmement blanche, les yeux bleus, la constitution charnue, molle, mais riche en sang. On voit, à ce portrait, résumé de Tile-Live, Diodore de Sicile, Silius Italicus, Strabon, etc., que les Galates ne différaient pas sensiblement des Germains. Leurs vertus étaient l’audace, le courage, l’impassibilité des hommes, la chasteté farouche des femmes. Us parlaient une langue différente de celle des Celtes.
Les Cimbres habitaient les marais du littoral de la mer du Nord, à côté des Teutons, des Sycambres, des Chérusques, lorsqu’au deuxième siècle avant notre ère une horde de cette tribu se dirigea vers l’intérieur du continent, accompagnée de ses voisins de la Germanie septentrionale, les Teutons, se fit repousser de la Gaule belgique, ravagea la Gaule et franchit même les Pyrénées. Rentrés en Gaule, ils passèrent les Alpes pendant que Marius écrasait leurs alliés avec leur roi, Theutoboch, près d’Aix, pour aller se faire détruire eux-mêmes par le même général, près de Verceil (101 av. J.-C.). Les uns et les autres ont probablement peu influencé l’ethnologie de nos pays.
Les Belges ont suivi les Galates et précédé les Cimbres, procédant, du reste, de la même race germanique. Us ont occupé, au nord des Celtes, toute la région maritime de notre pays, probablementjusqu’â la Loire ( Vénètes : Vannes) et peut-être jusqu’à la Garonne ( Volces Tectosagcs : Toulouse, Carcassonne, Nîmes); on en retrouve la trace au port Iclius ( Sithiu , Saint-Omer), chez les Meldes (Meaux), les Atrébates (Artois), les Bellovacs (Beauvais), etc. Us ont envoyé des colonies dans l’ile d’Albion. Ce sont eux, parait-il, qui lui ont valu son nom de Bretagne; les Britanni étaient une de leurs tribus, qui, depuis la Germanie, suivait le littoral dans ses migrations.
Races surajoutées. — Sémites. — Les Sémites sontreprésentés dans la population française parles descendants des Phéniciens, des Carthaginois, des Sarrasins, des Juifs.
Les Phéniciens et les Carthaginois ont eu des comptoirs sur le littoral de la Méditerranée et des Pyrénées-Orientales. Mais leur influence ethnique est restée à peu près nulle.
Les Sarrasins ont pénétré en France vers 721, ont fortement occupé le Midi et, selon toute apparence, poussé jusqu’aux Alpes et jusqu’à la Moselle, pour disparaître en 975, après la prise du château de Fraxinet par le comte Guillaume de Provence. Leur influence sur notre ethnologie est restée médiocre, sauf dans le Midi, pat liculiérement aux environs de Narbonne, cL dans les Alpes (Maurienne, mont des Maures).
Les Juifs se sont portés vers l’Occident bien avant la prise de Jérusalem par Titus ;
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mais c’est h cette époque que le plus grand nombre des défenseurs de la Judée s’expatrièrent en Espagne et en Gaule. Les persécutions religieuses les firent refluer, à diverses reprises, de l’Espagne et du Portugal vers la France, ou quelques-uns embrassèrent le christianisme, en formant néanmoins de petites colonies peu disposées à fusionner avec leurs voisins. Les Juifs, restés tels, ont adopté un certain nombre de localités du Midi, du Centre et de l’Est; le plus grand nombre est à Paris. La perle de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine a diminué d’une quarantaine de mille le nombre des Juifs ; ils ne sont guère aujourd’hui que 50,000. Mais il faut réduire notablement ce chiffre, sinon au point de vue de la différence de culte, au moins au point de vue anthropologique; la plupart des Juifs de l’Est et même de Paris n’ont rien de commun avec la descendance de Jacob et ne sont même pas Sémites. Ils descendent des « Juifs allemands », beaucoup plus nombreux que les vrais et qui proviennent des peuplades touraniennes, germaines et slaves, converties au judaïsme, du sixième au neuvième siècle de notre ère.. Il n’y en a, du reste, pas d’autres en Russie, en Pologne, en Gallicie, en Prusse, ni guère d’autres dans le reste de l’Allemagne. Toutefois, quand ces pseudo-juifs ont pénétré dans nos provinces orientales, ils y ont rencontré des Hébreux véritables, auxquels ils se sont mêlés. 11 est curieux de voir aujourd’hui les Allemands organiser une agitation « anti-sémitique » contre des compatriotes professant une autre religion que le christianisme, mais qui sont Tartares et Slaves, comme les Prussiens, et Germains plus qu’aucune tribu de l’empire de Guillaume.
Les Juifs sémites sont mésalicéphales, de petite taille, la face étroite avec un léger prognathisme alvéolo-sous-nasal ; le menton parfois peu saillant, donnant au visage un profil courbe; la barbe noire, le teint mat. Leurs femmes sont souvent fort belles. Un de leurs caractères est la lasciveté. Les Juifs allemands n’ont aucun de ces traits ; en revanche, ils présentent des faces larges, des nez épatés, des yeux bleus, des cheveux plus ou moins blonds, en rapport avec leur origine tartare ou germanique. Leurs femmes ne sont menstruées qu’assez tard.
Il est fort remarquable que ces Juifs, d’origine si diverse, se ressemblent néanmoins par un mouvement démographique prospère, sous toutes les latitudes. Toutes ces familles ont beaucoup d’enfants, une mortalité faible et une grande longévité.
Gela prouve, une fois de plus, que les aptitudes ethniques innées ne sont pas absolument décisives dans la vitalité des races et que l’homme peut les plier, les dominer, en se soumettant à certaines règles. Or, tous les Juifs à peu près suivent les dogmes des pharisiens (ou isoleurs ) qui les séparent des populations au milieu desquelles ils vivent; tous sont sobres, et le culte de la famille est un de leurs premiers devoirs religieux; presque tous, par tradition, s’abstiennent du travail manuel, particulièrement du travail de la terre, et habitent les villes plutôt que la campagne, ce qui, dans les pays à malaria, les met à l’abri des influences telluriques.
Grecs et Romains. — Les Rhodiens paraissent avoir fondé la ville de Rhodanusia à l’embouchure du fleuve qui depuis s’est appelé Rhodanus, le Rhône. Vers 599 avant notre ère, des navigateurs partis de Phocée(à 42 kilom. de Smyrne), en Asie Mineure, fondèrent Massilia (Marseille), sur le littoral du pays des Segobriges. Leurs descendants élevèrent Monaco, Nice, Antibes, Hyères, la Ciotat, Agde. Us fournirent des colons à Arles, Avignon, Cavaillon, Nîmes. Cet élément ethnique a probablement joué un grand rôle par l’importation de l’écriture.
Les fugitifs de Phocée, qui fondèrent Marseille, appartenaient à la branche ionienne de ces Hellènes, si admirablement aptes aux lettres et aux arts. On voit encore à Arles et surtout à Agde, paraît-il, des filles présentant la type grec daus toute sa pureté. Les Grecs ont aussi fourni des colons à la Corse.
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Les Romains sont enlrés en Gaule en 12b av. J.-C., appelés par les Marseillais. On sait qu’ils devaient bientôt dominer tout le pays et lui laisser leur civilisation et leur langue. L’imprégnation a été, pourtant, bien plus forte au point de vue politique et social qu’au point de vue ethnique. Les légions ne se fixaient pas en Gaule, à moins qu’elles ne fussent déjà composées de Gaulois; c’étaient surtout les marchands qu’on voit à la suite des armées, les employés civils de la conquête, qui s’alliaient aux gens du pays et y' faisaient souche. Et puis, celte domination n’a été que passagère. Les types romains se sont perdus dans les autres de notre nationalité.
Ces types étaient essentiellement réprésentés par la race étrusque, dolichocéphale ou sous-dolichocéphale, à face allongée, de grande taille, avec des membres forts, des extrémités assez grêles ; et par la race sabellique, au crâne à la fois long et large, euricéphales, avec aplatissement du vertex, platicéphales, le front large mais peu élevé, le nez assez fort ou un peu aquilin, la bouche accentuée, le menton court et arrondi (les têtes cuboïdes des empereurs romains) ; un cou court, des membres forts et peu longs, un système musculaire très développé, une ossature courte et massive, une stature moyenne ou peu élevée.
Races germaniques des invasions barbares. — La plupart des noms que l’histoire a attachés aux principales invasions germaniques sont des noms de confédérations, plutôt que de peuples; ainsi les Suèves, les Allemands, les Franks.
Les Suèves pénétrèrent dans la Gaule, en 407, et la traversèrent pour aller former en Espagne un royaume éphémère.
Les Allemands (Allamans, Allmann : tout homme, confédération formée d’éléments divers), venus de la Germanie centrale, occupaient les deux rives du Rhin (Bade et l'Alsace) et peut-être la région appelée plus tard Lorraine allemande, lorsqu’ils furent défaits à Tolbiac (496) par Clovis. La plupart retournèrent sans doute dans le sud-ouest de la Germanie, qui prit le nom d’Allemagne.
Les Wisigoths (Goths de l’ouest) entrèrent en Gaule peu après les Suèves. Ils venaient du nord de la Germanie, près de la Baltique, après avoir occupé la Scandinavie. Ils possédèrent la région située entre la Loire et les Pyrénées jusqu’à la bataille de Vouillé (507), et la Septimanie jusqu’en 730. Ils y ont laissé l’empreinte ethnologique.
Les Burgundes, Burgundions, habitaient le nord-est de la Germanie, auprès de la basse Vistule. Après avoir été maitres du pays situé entre le Rhin, les Vosges et la Moselle, ils furent refoulés par les Huns, occupèrent la Savoie et, plus lard, définitivement une région s’étendant du cours de la Durance au bassin du Rhône et de la Saône et à la plus grande partie de l’Helvélie. Leurs caractères ethniques, principalement leur haute taille ( Burgundio seplipes), se retrouvent chez les habitants actuels des départements du Doubs, du Jura, de la Côte-d’Or. A ces Burgundes paraissent s’être ajoutés, vers 572, quelques Lombards, échappés de défaites subies de l’autre côté des Alpes.
Les Franks étaient une réunion de tribus germaniques fort diverses, Saliens, Ripuaires, Sicambres, Chamaves, Attuaires, etc. Ils venaient du nord-ouest de la Germanie, et, quoique battus par Julien l’Apostat, ils avaient réussi à rester sur le cours inférieur du Rhin. Vers le milieu du cinquième siècle, ils s’emparèrent de Tournai, de Cambrai, furent encore battus par les patrices romains, et néanmoins possédèrent toute la partie septentrionale de l’ancienne Gaule. Lorsque Clovis euL vaincu Syagrius à Soissons, puis les Burgundions (501), les Wisigoths (507), les Franks dominèrent sur la plus grande partie des Gaules qui prit, dès lors, le nom de France.
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Bien que le rôle politique des Francs ait été capital, ils ont, moins encore que les Romains, influencé l’ethnologie de notre peuple, pour des raisons générales que nous dirons, et peut-être aussi parce que le plus grand nombre de ces guerriers, peu mêlés aux populations conquises, furent exterminés en grand nombre à Fontanet, sous le drapeau de Louis le Germanique. Le fait est que l’on n’en vit plus lorsqu’il fallut résister aux agressions des pirates normands.
Les Saxons ont probablement laissé une trace ethnologique sur le littoral français de l’Océan, qu’ils visitaient en pirates en même temps que la Grande-Bretagne; les habitants de l’ile de Batz descendraient de ces Germains. Il est probable aussi qu’il faut compter comme nos ascendants les milliers de Saxons que Charlemagne transporta en Gaule, on ne sait trop sur quel point précis, quelques-uns disent en Flandre. Le pays de Bayeux aurait encore été peuplé d’émigranls saxons, de même que les faubourgs du Hautpont et de Lysel, à Saint-Omer. Enfin, il n’est pas impossible que les Saxons aient été les importateurs du dialecte Vlaemsch; à moins qu’il ne soit dû aux Ménapiens, parents des Frisons, peuplade germanique d’avant la grande invasion, qui habitait la Zélande et en fut déplacée par les Usipèdes et les Tencthères, au moment de l’arrivée des Suèves.
Les Normands habitaient la Scandinavie et peut-être le Jutland. Leurs incursions dans les Gaules datent du commencement du neuvième siècle. Elles devaient finir par leur établissement définitif, en 911, sur la plus grande partie de la Neustrie. On en retrouve particulièrement les traces sur le littoral et le long des fleuves, près de Bayeux, de Barfleur, de Trouville.
Les quelques Anabaptistes restés aux environs de Schirmeck, après le massacre des « rustauds » à Saverne par le duc Antoine de Lorraine, complètent la liste des familles d’origine germanique implantées sur le sol français.
Tous ces Germains ou Scandinaves sont dolichocéphales, à face haute, de slalure élevée (sauf, paraît-il, les Cattes etlesTlamands), ont les cheveux blonds, les yeux bleus, les chairs abondantes et molles, le visage coloré, la peau blanche. Leur développement est tardif; les filles ne sont pubères que vers la seizième année. Ces caractères s’atténuent à mesure qu’on les étudie chez des familles plus rapprochées des premiers envahisseurs, Galales et Cimbres. Ils sont, du reste, assez rares à l’état de pureté, pour diverses raisons; en outre des croisements inévitables entre les conquérants et les vaincus, malgré le soin que prirent les premiers de ne pas faire d’alliances régulières de cette sorte, la principale de ces raisons est le pe Lit nombre relatif de ces nouveaux venus, par rapport aux races fondamentales. Il semble même que le chiffre des hommes blonds tend à décroître encore en France et jusqu’en Angleterre.
Sarmates et Slaves. — Cette famille a laissé très peu de traces dans notre population. Les Vandales n’ont fait que traverser le pays en dévastateurs; les Alains, d’origine scythe, paraissent avoir occupé les campagnes des environs de \alence et les abords de la Sèvre niortaise d’une façon assez sérieuse pour y marquer leur imprégnation ethnique; les Thèiphales se sont établis dans le bas Poitou; quelques soldats sarmates furent disséminés en Gaule, vers la fin de l’empire d Occident ; des Agathyrses peuvent s’être fixés dans le Poitou; des Ruthèncs entre Calais et Dunkerque.
Ces tribus étaient dolichocéphales et ressemblaient fort aux Germains avec lesquels elles avaient déjà, comme aujourd’hui, des contacts permanents et une pénétration réciproque.
Ourato-Altaïques. — Les Huns d’Attila venaient du bassin de l’Oxus, d’où ils avaient pénétré en Europe en franchissant le fleuve Oural. Ils n’ont eu aucune
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influence sur notre ethnologie. Les Hongrois, qui dévastèrent la Lorraine, au dixième siècle, ne paraissent pas y avoir laissé de descendants. Ce sont des sous-brachycéphales.
Tsiganes, Bohémiens, Zigeaners, Gitanos. — Ce sont des nomades d’origine hindoue, provenant probablement de plusieurs migrations successives, dont quelquesunes antérieures au dixième siècle avant J.-C. On en trouve en divers endroits de la France, particulièrement dans les Pyrénées et dans les Vosges. Cette race est sous-dolichocéphale, mais avec deux types : l’un, fin, à face allongée, ovale, aux traits accentués, au nez aquilin; l’autre grossier, aux traits ramassés, au regard moins perçant. Le crâne est toujours d’une faible capacité. Les Zigeuners des Vosges, à peau basanée, aux cheveux noirs abondants, semblent appartenir au type fin.
On pourrait, enfin, ajouter à cette longue énumération l’influence ethnique qu’ont pu avoir l’occupation anglaise de la Guyenne, de Calais et de divers autres points, et surtout le séjour des Espagnols en Franche-Comté, en Picardie, en Flandre. Cette dernière circonstance a laissé des traces bien plus évidentes que l’autre, qui, d’ailleurs, ne pouvait guère que nous renvoyer des Celtes et des Normands, identiques à ceux du sol français.
L,e peuple français actuel. — Les trois familles que nous avons appelées fondamentales constituent, évidemment, la trame ethnologique de notre population, que l’infusion répétée, à petites doses, de sang étranger, ne saurait altérer essentiellement. Les points sont rares et circonscrits, dans lesquels il est possible de retrouver, à grands renforts de recherches historiques, archéologiques et, quelquefois, d’hypothèses, le type à peu près pur de quelqu’une des tribus d’invasion. La population fondamentale, celle qui, déjà issue de rameaux divers, s’était assez unifiée à la suite des siècles pour ne plus porter que le nom de Gaulois, a successivement absorbé les Romains, les barbares de la Germanie et toute autre tribu, qui, dans son passage sanglant, aurait pu laisser une fraction de sa nationalité sur notre territoire. Bien plus, il est manifeste que la race celte a exercé vis-à-vis des autres éléments anciens, particulièrement sur le rameau germanique (Gaëls), une puissance d’absorption analogue; les Germains de France se rapprochent autant des Celtes que les Germains d’Allemagne se rapprochent des Slaves. Le peuple français est donc celtique, nuancé de façons diverses et à des degrés variables selon qu’on l’étudie au nord ou au midi, à l'est ou à l’ouest. Il ne se ressemble pas partout à lui-même; mais partout on retrouve quelques traits communs, que n’ont pas les autres au même degré : faciès' non omnibus una , nec diversa tamen.
Les mêmes influences de milieu qui avaient fait de cette race aborigène ce qu’elle est, ont continué à agir sur les immigrants dans un sens qui devait les rapprocher de plus en plus des autochtones. Dans cette portion de l’Europe occidentale limitée par le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l’Océan, il y a une homogénéité des conditions climatiques et telluriques qui pousse à l’unité. A la périphérie de ce territoire, là même où l’on peut se demander de quel côté sont les tendances, on n’incline pas, ou l’on n’incline plus dans la direction excentrique. Les besoins, les habitudes, les pensées mêmes s’uniformisent et prennent invinciblement la
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môme note dominante, la note française. La langue des Celtes, les dialectes germaniques, mais par dessus tout le latin, ont fourni les éléments de la langue nationale, mais il n’a pas été besoin de violence ni de loi pour faire prédominer celle-ci sur le basque, sur le bas-breton, sur le flamand, ni môme pour fondre la langue d’oc avec sa rivale d’oui, plus appropriée à la diversité des éléments populaires. A vrai dire, celte prédominance n’est autre chose que l’uniflcation des races et non le triomphe de l’une d’elles.
Nous pouvons, après cette revue d’ethnogénie française, faire remarquer, avec G. Lagneau, combien il est puéril de parler de races latines et de panlatinisme, quand il s’agit de nous, et, surtout, quand on a l’intention de nous confondre, sous ce titre, avec les Espagnols,} les Portugais, les Italiens, les Valaques. Sauf la langue, nous sommes tout, excepté Latins, et nous n’avons de commun avec les péninsulaires que l’origine d’une fraction de notre peuple, Ibères d’un côté, Ligures de l’autre. Il serait aussi rationnel de nous englober dans le pangermanisme , sous prétexte de notre élément galate et cimbre, si le pangermanisme lui-même ne commettait cette énorme contradiction de réunir à des Germains les populations de l’Allemagne méridionale, qui sont fortement celtes, et les Prussiens qui sont slaves. A vrai dire, les Eusses, qui arguent du panslavisme , sont pénétrés d’Allemands, d’Eslhoniens, de Lapons, de Tartares, de Circassiens. Le fait est que ces termes sont de simples fictions politiques et que l’ethnologie de toute l’Europe est aujourd’hui une résultante d’éléments multiples et divers, dans laquelle on ne peut plus guère apercevoir que des nuances plus ou moins accusées selon les lieux.
Aptitudes des race». — Le fonds commun de l’humanité, en hygiène et en pathologie, est très vaste, et il nous a toujours paru que la géographie médicale avait beaucoup d’artificiel.
Cependant, en dehors des habitudes d’hygiène qui sont imposées par le climat, la productivité du sol, l’éducation nationale, la recherche du bienêtre, les modes d’assainissement de la maison et des villes, la préparation des aliments, le genre d’exercices, revêtent certainement des caractères où se reflètent les dispositions ethniques des groupes. La viande saignante chez les Anglais; le pain de seigle, les purées de légumes à la graisse, si bien accueillis des Allemands, le pain blanc et les créations culinaires des Français, semblent bien correspondre à des tendances de race. On trouverait des traits pareils dans la construction des habitations et les travaux d’assainissement.
En pathologie, les familles humaines se rapprochent davantage encore. Les grands fléaux qui les mettent en coupe réglée, la tuberculose, la fièvre typhoïde, le choléra, la peste, Y impaludisme, la variole, etc., ont prise sur tous les rameaux de l’espèce, sauf des nuances de réceptivité plus ou moins nettes, qui dépendent peut-être de circonstances accessoires : Homo sum, et nihil humani a me alienum puto.
Quelques types morbides passent pour être spéciaux, néanmoins, à certaines races :
spéciale.] LES GROUPES ETHNIQUES.
La fièvre jaune épargne à peu près les nègres et frappe les divers peuples avec une énergie en raison directe de l’éloignement de leur pays par rapport à l’équateur (A. Hirsch). L 'impaludisme est moins sévère aux premiers qu’aux Européens. En revanche, la phthisie les extermine comme les Polynésiens, partout où ils sont au contact des hlancs. L ’aïnhum et la maladie du sommeil semblent leur être propres.
Le béribéri est essentiellement une maladie malaise (A. Bordier), et c’est l’élément malais qui lui vaut sa fréquence au Japon, où il s’appelle kakké. Ce sont les coolies indiens qui l’ont transporté au Brésil.
Le pied de Madura n’atteint que les Hindous. Le tétanos spontané est plus fréquent en Amérique et dans l’Afrique tropicale qu’en Europe. L'ulcère de Hassac serait spécial aux Annamites .
Les Juifs, au moyen âge, ont passé pour être indemnes de la peste. Aussi risquaient-ils d’être brûlés.
La plique polonaise n’est pas une maladie; c’est de la malpropreté.
Les Celtes sont plus sujets au cancer ; les Kymris à la carie des dents. Nous allons reconnaître quelques autres traits distinctifs, empruntés aux dispositions morbides de l’un et de l’autre rameau.
Aptitudes ethniques des Français. — 1 ° Aptitude au service militaire. — Depuis 1830, la proportion des exemptions pour défaut de taille diminue en France; non à cause de l’abaissement du minimum (aujourd’hui lm,54) et non point que l’ensemble du peuple grandisse; mais parce que la stature s’uniformise. Les grandes tailles et les tailles exiguës diminuent simultanément.
Les grandes tailles, en France, sont dans l’Est (et le Nord (Burgundions, Kymris, Normands), en y ajoutant les départements des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure (Sarmates?). Les départements du Midi tiennent le milieu, dans les exemptions pour défaut de taille (Ibères, Aquitains, Ligures), à l’exception du département de l’Hérault (Volces?), qui rentre dans la catégorie des grandes tailles. Les exemptions les plus nombreuses pour insuffisance de taille sont dans les départements du massif central et ûe l’Armorique (Celtes); encore sont-elles moins communes sur le littoral breton (Saxons, Angles, Danois, Galates-Kimmériens) que dans l’intérieur de la presqu’île (Guibert, de Saint-Brieuc).
Une circonstance importante atténue la portée de ces inégalités de stature, à savoir, la différence de l’âge auquel chaque race atteint au développement complet de l’individu. Selon Cbampouillon, l’évolution de la taille serait achevée à vingt-trois ans chez les Celto-Ligures, à vingt-cinq ans chez les Kymris, et retarderait jusqu’à vingt-huit ans chez les Celtiques. Les jeunes gens de notre Midi, à vingt et un ans, seraient donc plus près que les autres, que les Celtes surtout, du moment auquel ils doivent posséder toute la hauteur de leur taille. Il faut dire que Quételet assure que les Belges (Germains comme nos populations kymriques) prolongent leur croissance jusqu’à la trentième année, et que Gould porte au delà de trente ans le terme de la croissance des Irlandais aux États-Unis.
[Hygiène
HYGIÈNE SOCIALE
Remarquons que les petites tailles ne sont pas moins propres au service que les grandes; c esL plutôt le contraire, et nous avons démontré que le rapport thoracique élevé est normal aux premières, comme le rapport thoracique faible est normal aux secondes. Puisque les Français grandissent encore après vingt-et-un ans, on a bien fait d’ouvrir le cadre des ajournements aux appelés qui n’ont pas la taille au moment du tirage au sort. Sur environ 40,001) hommes qui sont ajournés chaque année, et dont les trois quarts sont rendus à l’armée dans les deux années qui suivent, près de 20 p. 100 étaient ajournés pour insuffisance de taille.
Les exemptions pour infirmités atteignaient, autrefois, au tiers des examinés. Aujourd’hui, la proportion est bien moindre. Peut-être la force physique du peuple s’est-elle élevée, comme le bien-être général; mais il est certain aussi que les conseils de révision sont animés, sous la loi nouvelle, du désir d’étendre le plus possible la répartition du lourd tribut militaire que les temps actuels imposent aux nations.
Recrutement en France (1885-1887).
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