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ALLAITEMENT MERCENAIRE

riers, ne saurait avoir que l'un de ces deux remèdes : compenser à la mère son gain journalier, sans qu’elle quitte son enfant; ou bien, donner à l’enfant l’abri et les soins généraux pendant qu’elle est au travail, de telle sorte qu’elle puisse l’allaiter à chaque pause, ainsi qu’au commencement et à la fin de la journée. Il est clair que le premier procédé est bien supérieur au suivant et que c’est de celui-là que les œuvres de bienfaisance doivent se rapprocher, comme le fait la Société protectrice de l'enfance, depuis 1864 (Alex. Mayer), en portant à domicile les secours pécuniaires et médicaux, sans distinction de religion, d’opinion politique ni d’état civil des mères. La seconde manière est celle des crèches, dont nous reparlerons. Entre les deux, il existe un moyen mixte, adopté par de grands industriels (Dolfuss- Kœchlin à Mulhouse, les frères Thiriez à Lille) vis-à-vis de leurs ouvrières; celui de payer intégralement le salaire des nouvelles accouchées, sans les admettre à la fabrique, pendant un certain nombre de semaines, qui peut être prolongé sur l’avis du médecin. 11 ne faut pas oublier, en effet, que tout ne consiste pas à laisser aux mères quelques heures par jour pour donner le sein à leurs enfants, recueillis dans une crèche ; ce secours est illusoire si la reprise prématurée du travail et le surmenage appauvrissent leur lait et en réduisent l’abondance, ce qui est malheureusement commun.

Quant aux difficultés morales, il suffit de les mentionner. Le relèvement de l’éducation féminine et le sentiment de la gravité de la situation, chez les médecins, peuvent seuls en alténuer la portée.

Allaitement mercenaire. — Il se pratique à l’aide d’une nourrice étrangère, soit dans la maison de la mère, soit au dehors. Étant admis, ce qui est incontestable, que le lait de femme est toujours le meilleur pour le petit de l’espèce humaine et que, vu sa pénurie, il convient d’utiliser jusqu’à la dernière goutte tout le lait de femme disponible, on ne saurait douter que l’allaitement mercenaire au sein ne soit le premier après l’allaitement maternel. Mais un certain nombre de conditions assez délicates se présentent à remplir.

Il faut d’abord choisir la nourrice. On est naturellement porté à se confier à des femmes jeunes, d’une certaine vigueur et même de quelque beauté, ayant les dents saines, plutôt brunes que blondes. Les seins hémisphériques, volumineux, desquels le lait jaillit à la moindre pression, ont la préférence. Mais Goudereau fait remarquer qu’il est très fâcheux que l’on repousse, pour des caractères extérieurs, un assez grand nombre de nourrices qui pourraient être très tolérables. Le critérium de la qualité des nourrices, c’est la croissance des enfants. Pour sa pari, Coudereau a constaté que les mères dont les nourrissons ont le plus gagné sont celles de 36 à 43 ans; celles de 21 à 2a ans viennent ensuite. Les seins volumineux ont eu le pas sur les autres, les seins hémisphériques sur les seins pyriformes; les nourrices à cheveux blonds sur les brunes; celles qui ont les dents cariées sur celles qui ont les dents saines. Les enfants de primipares ont gagné un quart de plus que les enfants de multipares.

Bien qu’il y ait, sans aucun doute, des différences sérieuses, il suffit d’y réfléchir pour comprendre qu’il doit y avoir de bonnes nourrices sous toutes les couleurs de cheveux; les Celtes sont châtains, les Aquitains sont bruns, les Germains sont blonds; néanmoins, toutes ces races ont des enfants et les élèvent. C’est donc que leurs femmes ont du lait. Les seins pyriformes, comme l’a noté G. Lagneau, sont un trait du type normand ou plutôt Germain; or, personne n’ignore la fécondité AnNouLD, Hygiène. 2» édit. 73

HYGIÈNE UE L’ENFANCE. [Hygiène

«les familles germaniques et la multiplication rapide des Normands (sinon en France, au moins au Canada). Ce sont ces mêmes races qui, normalement, onl beaucoup de caries dentaires.

Néanmoins, il est certain que les Bourguignonnes de basse Bourgogne, de race celte, qui ont les seins hémisphériques, sont les meilleures nourrices (Gubler); aussi, toutes les femmes qui se présentent à Paris pour cet emploi veulent elles être Bourguignonnes et coiffent-elles le bonnet caractéristique. Quant au volume des seins, Gubler ne le regardait pas comme une garantie qu’il fallut toujours rechercher; chez certaines femmes, selon lui, la mamelle est à la fois organe sécréteur et réservoir; chez d’autres, elle n’a que le premier rôle. Dans ce dernier cas elle n’a pas de raisons d’être volumineuse, et les choses n’en vont que mieux, parce que le lait, fabriqué au fur et à mesure de la succion de l’enfant, jouit de toute sa fraîcheur; tandis que le lait amassé dans les réservoirs peut se trouver détestable, quand l’inLervalle entre deux tétées a été long. Ce qui paraît singulier, c’est que ses proportions d’eau augmentent.

Voici, d’ailleurs, comment L’Héritier a exprimé la supériorité du lait des brunes sur celui des blondes :

Lait Lait

des blondes. des brunes.

Eau 892 85-3,3

Beurre 35,5 54,8

Caséine 10 16,2

Sucre 58,5 71,2

Sels 4 4,5

L'âge du lait ne paraît pas avoir une extrême importance, si la nourrice est d’ailleurs bonne. On peut croire que le lait de l’accouchée récente est mieux approprié aux besoins de l’enfant et, en particulier, que la présence du colostrum n'est pas indifférente. Cependant Bouchaud a constaté, à la Maternité, qu’un enfant qui vient de naître, confié immédiatement à une bonne nourrice, non seulement ne diminue pas de poids, — ce qui est la règle pour l’enfant allaité par sa mère, — mais peut commencer à croître dès le premier jour.. Quelques-uns ont supposé que le nouveau-né, ne sollicitant la glande qu’en proportion de ses besoins, rajeunit le lait et ramène la mamelle au fonctionnement du début. Cette idée ingénieuse ne tient pas devant les observations précédentes, de Bouchaud; les nourrices dont il s’agit et qui étaient si avantageuses à des nouveau-nés nourrissaient en même temps leurs propres enfants, plus âgés.

Il n’est pas prudent d’accepter une nourrice réglée ou enceinte, parce qu’il y a des chances pour que son lait tarisse bientôl; mais, lorsque l'un ou l’autre de ces incidents se présente pendant l’allaitement, le lait peut n’en être pas plus mauvais, et ce n’est pas un motif de renvoyer la nourrice, pourvu que la sécrétion du lait continue d’avoir lieu.

On a dit, avec plus de vérité que de prudence, que « le réactif du lait par excellence, c'est l'enfant ». Cette épreuve par la clinique est cependant périlleuse. Il faudrait bien que la chimie nous renseignât d’abord, et nous épargnât ces tâtonnements dont l’enfant peut être la victime. Le lait, dit Coudereau, doit être d’autant plus riche en alcalis, l'albumine doit prédominer d’autant plus et la caséine d’autant moins que le nourrisson est plus jeune et que ses organes digestifs sont moins parfaits. Ces constatations valent mieux que tous les certificats du monde généralement si complaisants, qui rajeunissent indéfiniment le lait des nourrices

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