PROTECTION OU SOL DES VILLES
spéciale.]
La chaussée doit être bombée dans le sens transversal ; la saillie, à Londres, est d’un soixantième de la largeur. Les pavés sont posés par rangées perpendiculaires à l’axe de la chaussée, avec des intervalles de 0m,02 à 0m, 025 entre chaque pavé et entre deux rangées. Il importe de les établir sur une bonne fondation en béton ou en ciment. Le sable est une fondation détestable. On l’emploie il remplir les interstices des pavés.
Le pavé en pierres, presque toujours inégal et disjoint, protège mal le sol, rend la circulation des voitures bruyante et imprime au sol des villes une trépidation, pénible aux gens nerveux, douloureuse aux malades, aux fracturés, aux femmes qui souffrent d’une affection utérine.
Le dallage , usité Turin, Milan, Florence, Messine, n’est pas à recommander aux villes où la circulation des voitures est un peu active.
L 'empierrement , qui remonte aux Romains, a été remis en vogue, vers 18-40, par l’Écossais John Mac-Adam. On le fait aussi sur fondation. Il est agréable au pied des chevaux et peu bruyant, mais poussiéreux ou boueux et, linalement, revient très cher. A Paris, la boue liquide qu’il verse aux égouts obstrue ces canaux et rend leur curage excessivement pénible et coûteux. On l’abandonne presque partout.
Il est volontiers remplacé, à Londres, Berlin, Paris, par le pavage en bois , qui a conquis les suffrages de P. Borner, Bazalgette, Haywood, Vallin, Vauthier, tandis que AVight, Lacazette, Barabant, lui sont défavorables ou restent sur la réserve. Ce recouvrement, bien fait, est silencieux, agréable, constitue un blindage exact du sol urbain et dure assez longtemps. Les dangers qu’il pourrait présenter sont : les altérations putrides du bois, les poussières ligneuses, les écrasements dus à ce que les piétons n'entendent pas venir les voitures. Or, la putridité paraît ne point se réaliser quand la fondation est bonne; les arrosages retiennent les poussières et les piétons deviennent d’autant plus prudents qu’ils savent devoir être moins avertis du danger. On emploie de préférence le sapin rouge de Suède, frais abattu.
L 'asphaltage ( par coulage ou par compression ) est encore supérieur au pavage en bois (Iluywood, O. Wight). 11 est très répandu dans la Cité de Londres. Son côté faible est de se boursouller par la chaleur en été et de se crevasser en hiver, au moins sous les climats extrêmes. Quand il est bien exécuté, ces inconvénients ne se réalisent pas aisément.
Nous nous bornons à mentionner le cimentage et le pavage en fer , essayé à Saint-Pétersbourg et à Cronstadt.
Trottoirs. — Les trottoirs sont une bande de terrain réservé aux piétons, de chaque côté de la chaussée, dont les sépare un rebord élevé de 15 à 30 centimètres, le long des maisons. Ün leur donne une pente légère vers la chaussée et l’ori en garnit le bord de pierres résistantes, grès, porphyres, granité. Le recouvrement en dalles, ou surtout en asphalte, s’adapte au mieux aux trottoirs; on le fait aussi de carreaux en ciment durci (de Boulogne); quelques rues de Lille présentent ce dernier mode; les autres n’ont qu’un pavé un peu moins horrible que celui de la chaussée.
Les bouches d'égout s’ouvrent sous le bord du trottoir, taillé en encorbellement pour cet effet. Par dessus, s’élèvent les colonnes des lanternes à Arnould, Hygiène. 2e edit. 77
LE GH ü U PE URBAIN.
IHygièue
gaz, les bornes-fontaines, les bornes postales, les kiosques à journaux, les urinoirs publics, etc. 11 ne faut pas que la multiplicité de ces édicules entrave la circulation.
Ruisseaux de rue. — A la jonction de la chaussée avec le trottoir, on voit encore, dans les villes en retard, une dépression recouverte d’un* pavage qui l’accentue et en fait un canal découvert ou caniveau; c’est le ruisseau de rue. Sur ce canal tombent perpendiculairement les gargouilles d’eaux ménagères ou pluviales, coupant le trottoir et recouvertes plus ou moins exactement de plaques de fonte. Le revêtement du ruisseau n’est jamais guère assez exact pour que son contenu ne s’infiltre point dans le sol, et la pente n’est pas toujours assez décidée pour qu’il n’y ait pas stagnation et dégagement d’odeurs fétides. C’est une organisation barbare qui doit disparaître et disparaît en effet.
Enlèvement des boues et ordures ménagères. — La chaussée se fait à elle-même de la boue par son usure sous les roues des voitures et le pied des chevaux. Elle reçoit une part des excrétions de ceux-ci. Enfin, les habitants y déposent, d’une façon plus ou moins négligée, si l’on n’y pourvoit, ce que l’on appelle les ordures ménagères , c’est-à-dire les épluchures de légumes et de fruits, les détritus des repas, des fragments de papier ou d’étoffe, les produits du balayage intérieur et les déchets multiformes de la vie journalière. Autant de matières à putréfaction et à souillure du sol, si ces débris séjournent à sa surface.
Dans beaucoup de villes, les habitants déposent simplement les ordures, le matin, en las, devant la maison. Le tombereau d’un entrepreneur, qui a traité avec la municipalité, passe et recueille chaque jour ces tas, dont une partie reste ou est éparpillée autour du tombereau, par suite de la hâte et de la brusquerie des ouvriers qui les collectent. Ailleurs, les ordures ménagères sont disposées devant la maison dans des récipients quelconques. A Paris, par l’arrêté du 24 novembre 1883, ces récipients ont été rendus obligatoires, et la manière de s’en servir a été déterminée, une fois pour toutes. Quelques personnes ont cru devoir réclamer, au nom des chiffonniers; mais, somme toute, la mesure est excellente et n'aurait besoin que de légères améliorations, spécialement en ce qui concerne l’étanchéité et la fermeture des récipients (Vallin).
On joint à ces déchets les rebuts des marchés, halles, casernes, le produit du balayage des rues, les boues.
Une grave question urbaine est celle de l’éloignement de ces boues et ordures (à Paris, environ 900,000 tonnes par an), de leurs dépôts et de leur utilisation. En France, les dépôts de voirie avoisinent les villes et sont une cause d’incommodité. A Londres, on trie des ordures ménagères les débris de coke et de charbon et tout ce qui peut servir de combustible; le reste est transporté en wagons, à prix réduit, à distance, pour servir d’engrais. Chez nous, cet engrais n’est pas recherché. Nottingham, Birmingham, Leeds; en Amérique, Milwaukee, Chicago, New-York, brûlent leurs ordures ménagères dans un four crématoire ( deslrvctor ), après en avoir séparé les
spéciale.] L’AI K U R HAÏ N.
chiffons, les métaux et ce qui peut servir d’engrais, Le produit de la calcination sert à faire du mortier ou à revêtir les routes.
Le balayage des rues se fait au moyen des balais ordinaires, ràcletles, pelles, ou de machines roulantes, poussées par des hommes ou traînées par des chevaux (balayeuses mécaniques). A Paris, tout le service est assez bien fait, mais coûte de 7 il 8 millions par an. A Londres, la propreté des chaussées est assurée par des vieillards ou des enfants, volontaires, qui tendent la main aux passants pour se payer de leur peine (Barabanl).
Ces dispositions doivent être complétées par le lavage des rues, du ruisseau de rue tout au moins, et par Yarrosage au tonneau ou il la lance. Londres dépense, dans ce but, 10 centimes au mètre carré, par an; Paris, 18. centimes. On a recommandé (W. Cooper, Ilouzeau, Vallin) l’arrosage avec des solutions de sels déliquescents ou à l’eau de mer (Boulnois).
Les voies privées ne sauraient échapper aux règles qui viennent d’être tracées.
Latrines et urinoirs publics. — Il est bien clair que le moyen d’empêcher les excrétions humaines d’atteindre le sol des villes, c’est de fournir aux visiteurs du dehors et aux passants des latrines convenables et des urinoirs assez multipliés. Paris, sous ce rapport, nous semble remplir à peu près toutes les conditions désirables. Il existe, sur toutes les grandes voies, des latrines ( chalets de nécessité ) construites suivant les règles que nous nous sommes efforcé de faire prévaloir (p. 757 et suiv.), gratuites ou n’exigeant qu'une rétribution insignifiante. Des urinoirs publics s’élèvent partout, rationnellement établis, bien irrigués, conciliant les exigences physiologiques avec celles de la pruderie la plus farouche, sans se dissimuler avec le soin qu’ils affectent, un peu sottement, à Londres. La surveillance municipale, au point de vue de la propreté, s’y exerce d’une façon évidente.
Les puisards, puits absorbants, bétoires , etc., condamnés en principe, disparaissent peu à peu des villes.
Excrétions humaines. Eaux ménagères. — La protection du Sûl des villes contre ce que l’on peut appeler les immondices à domicile est tout entière dans le choix et l’exécution d’un mode approprié d’ éloignement des immondices ; par conséquent, dans la suppression des fosses, fixes ou non, petites ou grandes, avouées ou dissimulées, et dans la pratique d'égouts rationnels, évacuant tout ce qu’ils peuvent recevoir. Nous n’avons rien à ajouter ici à ce qui a été longuement exposé plus haut (p. 69(1 il 793).
Canalisation du gaz d’éclairage. — (Voy. p. 680 et Slliv.)
Inhumations. — (Voy. plus loin, p. 1229.)
3° L’air urbain.
L’air des villes est essentiellement le contraire de Y air libre. C’est lui qui, sans être notablement altéré dans sa constitution chimique (oxygène, acide carbonique), renferme surtout les gaz et vapeurs, les poussières mi-
Lli GROUPE URUA1N. [Hygiène
nérales, organiques, ou organisées, dont il a été question dans la première partie (chap. III), la fumée dont nous parlerons à propos des villes industrielles. G est dans les villes que s’est posé le problème de savoir si l’air qui a passé sur les foyers infectieux (hôpitaux) ne transporte pas à distance les germes pathogènes (Voy. p. 331).
Au point de vue des propriétés physiques, l’air urbain est caractérisé par les atténuations que l’agglomération des bâtiments, la force des groupes humains apportent à la météorologie. Il fait toujours un peu plus chaud et un peu moins froid dans les villes qu’au dehors ; les vents n’y sou filent jamais sans que leur force et leur direction ne se brisent quelque part; l'humidité y donne lieu à des brouillards plutôt qu’ailleurs, à cause de la présence constante des poussières. L’air des villes est facilement odorant (il faudrait dire malodorant).
Finalement, il est affadi et moins tonique (moins ozonisé , disent quelques-uns) que l’air de la campagne.
Protection de l’air des Tilles. — Les mesures indiquées à l’égard du sol et toutes celles qui constituent l’hygiène de l’habitation sont faites pour préserver l’air urbain. Nous y joindrons une circonstance particulièrement adaptée à la situation, à savoir, les plantations d'arbres et les jardins.
Arbres et jardins. — Nous avons dit que les jardins intérieurs, les squares, les parcs, sont comme les poumons des villes. Il faut y joindre les avenues et les boulevards, également plantés d’arbres. C’est de l’espace libre, d’abord ; mais c’est aussi un moyen de décomposer l’acide carbonique de l’air des villes par la végétation, selon les vues de Chevreul et de Fonssagrives, et, surtout, d’assécher le sol, d’humecter l’air, et d’y mettre de l’ozone sous l’influence de la lumière (Pabst).
Les arbres des avenues diminuent la poussière et donnent de l’ombre dans les journées chaudes. Ils ne doivent pas s’apporcher des habitations assez pour y entretenir l’humidité. Alphand prescrit une distance de 3 mètres, et aussi 5 mètres entre deux rangées d’arbres. Il y a quelque 120,000 arbres dans Paris.
Les grands parcs intérieurs de Londres sont une caractéristique de cette ville. D’autres ont des promenades analogues à leur périphérie; Paris, les bois de Boulogne, de Yincennes, le parc Monceau, les Buttes-Chaumont; Berlin, le Thiergarten; Lyon, la Tête-d'Or ; Bruxelles, le parc et le bois de la Cambre ; Lille, le Bois-de-la-Deûle ; Francfort-sur-Mein, lePalmengarten, etc.
Éloignement des causes de souillures. — Le côté prohibitif de la protection de l’air urbain consiste dans les mesures de voirie, dans l’interdiction des établissements industriels, au moins dans le centre de la ville, dans l’expulsion des animaux vivants particulièrement malpropres, vaches, porcs, lapins, volailles. Le besoin d’avoir du lait authentique a entraîné la tolérance des vacheries dans l’intérieur des villes. Ce système ne nous a jamais séduit, au point de vue des qualités du lait; il est très suspect en ce qui concerne la salubrité du quartier renfermant un établissement de ce genre. Nous en reparlerons au paragraphe suivant.
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