HABITATION DES OUVRIERS
maisons se sont ouvertes, sous les noms de « logements de nuit, logements garnis, garnis, Common logding flouses, JJerbergen, Logirhâuser, etc. », dans presque toutes les villes de l’Europe, à cette masse llottante d’individus dépaysés, que le travail amène de loin, sans intention de fixité. Du Mesnil distingue donc, avec raison : 1° les logements comportant une ou plusieurs pièces louées par des ouvriers ayant une famille, possédant un mobilier; 2° tout ce qui mérite plus ou moins formellement le nom de garnis.
Les premiers sont dans des rues étroites, les impasses, les courettes (Lille), enfermant un espace où le sol est inégal, fangeux, souillé, et où l’atmosphère, immobile, reçoit rarement un rayon de soleil [bataillons carrés de Bruxelles). Les détritus et les immondices de toutes sortes s’étalent au voisinage de la maison qui, ellemême, grâce aux corridors étroits, aux escaliers sombres, à l’installation sans aucun soin des latrines, ne lutte pas contre l’envahissement de la putridité et n’a pas le moyen de se donner une circulation d’air. En 1860, à Paris, dit Marjolin, sur 40,644 ménages, 27,767 n’avaient pour vivre qu’une seule pièce, dans laquelle il y avait de 1 à 5 lits. Dans ce réduit, l’on fait la cuisine sur un fourneau de fonte devant lequel sèchent des langes, de vieilles hardes; la mère y fait incessamment la lessive de la famille ; les murs sont le domaine définitif des parasites; la crasse et l’ordure y sont tellement tenaces que, d’un locataire à l’autre, on s’y résigne naturellement et que personne ne fait rien pour s’en débarrasser. On sait, d’ailleurs, et il n’est pas difficile de le comprendre, que cette promiscuité de la famille dans une pièce unique est une école de dépravation pour les enfants; c’est là que la jeunesse perd l’instinct de la pudeur et que les pères corrompent leurs propres filles.
Nous avons dit précédemment l'influence fâcheuse de l’excessive densité de la population dans les locaux habités. J. Ko rosi calcule qu’à Budapest la durée moyenne de la vie est de :
A Berlin (Wasserfuhr), on a 38 décès p. 1,000 dans le quartier de Luisenstadt, où il y a 91 habitants par immeuble ; 33 au faubourg d’Oranienburg, avec 77 habitants par lot de terrain; 36 à 38 dans les quartiers de Stralau et de Rosenthal, qui ont de 76 à 77 habitants par lot ; — tandis que la mortalité n’est que de 18 à 22 p. 1,000 dans les quartiers à 34-35 habitants par lot.
En France (loi du 13 avril 1830), les Commissions des logements insalubres sont chargées de voir ces maisons meurtrières, d’indiquer les améliorations possibles et même de demander l’interdiction de l’habitation, mesure dont il ne faut pas abuser. A Paris, les affaires dont est saisie la Commission dépassent 3,000 par an (E. R. Perrin); à Lille, pour 1879, la Commission a visité 1,098 maisons (Bécour). Il est fâcheux que ce service fonctionne moins bien partout ailleurs.
Les « garnis » présentent des conditions encore plus lugubres que les logements précédents. La maison réunit à l’insalubrité d’ensemble l’étroitesse de chaque compartiment, la nullité du mobilier, la malpropreté foncière, la promiscuité la plus étendue, l’entassement indéfini des botes. Ces misères sont encore moins flagrantes dans les auberges proprement dites même du plus bas étage, que chez ces logeurs en garnis qui, ayant leur famille à eux, cèdent une place de leur logement à cinq ou six hôtes de
35 ans 5 mois, dans les habitations à 2 habitants par pièce.
33 ans 2 mois, 31 ans 11 mois, 30 ans 6 mois,
à plus de 10 hab.
2 à 5 hab.
5 à 10 hab.
LE GROUPE INDUSTRIEL
l Hygiène
hasard et essentiellement mobiles, comme cela se pratique sur une large échelle dans les contrées industrielles d’Allemagne, Prusse, Haute-Silésie, provinces du Rhin (Goltdammer, Wolff, de Dusseldorf). Dans le premier cas, la police a quelque accès dans les logements; dans le second, logeur et locataires jouissent d’une effroyable liberté, sans contrôle. A Berlin, il n’est pas rare de trouver de ces gîtes qui allouent un cube de 2mo,5 à 3 mètres cubes à chacun de leurs pensionnaires.
Pislor compte 2,200 locataires (ouvriers) chez 1,848 logeurs, à Essen (ville) ; 2,492 chez 1,840 logeurs, à Essen (campagne); 1,706 dans 1,360 maisons, à Mülheim ; 1,823 ouvriers (filatures de coton) chez 1,220 logeurs en garnis, à Munich- Gladbach; 1,186 locataires dans 346 garnis, à Elberfeld; 1,001 en 370 garnis, à Dusseldorf, etc. Il n’y a jusqu’aujourd’hui aucune mesure légale vis-à-vis de cet état de choses qui, au témoignage de Goltdammer (Berlin), de Jacobi (Breslau), de Gôttisheim (Vienne), est le terrain de propagation de la syphilis, de la fièvre typhoïde, du typhus tachelé, du typhus à rechutes; relation étiologique également attestée, à Londres, par le colonel Henderson (chef de la police).
Du moins s’efforce-t-on, à Londres, de réagir et de sauvegarder la santé publique en même temps que celle des ouvriers. Des Associations privées ( Building Socielies) ont fait élever, depuis 1S74, des maisons de logement salubres [Model Lodging House), dans lesquelles un nombre d’ouvriers, restreint à la vérité, est reçu dans des conditions décentes. La plus belle de ces entreprises est celle qui repose sur la « fondation Peabody ». En 1862, Peabody, riche Américain, donna à la population pauvre de Londres un fonds de 3,750,000 francs, qu’il éleva plus tarda 12 millions. Le Comité chargé d’administrer ce capital a construit 4,551 logements séparés, en 18 groupes, qui abritent 19,000 personnes, à des prix Irès abordables. Le fonds l'apporte encore 3 p. 100.
Le Parlement est intervenu parles lois de 1851 et 1853 ( Common Lodging Houses Act), qui ont été incorporées sans changement dans le Public Health Act 1875, et qui mettent les maisons de logement sous la surveillance des autorités administratives et sanitaires chargées de prescrire elles-mêmes les mesures d’hygiène. Des amendes assez élevées sont prévues à l’égard des délinquants.
D’après Du Mesnil, Bâle, Copenhague, Rome, Genève, Saint-Pétersbourg, possèdent des règlements plus ou moins complets sur les hôtels, auberges, cabarets, logeurs. Bruxelles en est à la période des projets; Lille (Hudelo), Amiens (Mollien), n’ont aucun service particulier à qui incombe le soin de se préoccuper des garnis ou chambrées ni de leurs locataires (5,613 à Lille). Rouen n’en a pas beaucoup plus. Paris s’est hâté, en 1878, quelque temps avant l’ouverture du congrès du Trocadéro, de se donner un règlement auquel Du Mesnil reproche de ne pas avoir fixé le minimum de hauteur d’étage de 2m,60, qu’avait demandé la Commission des logements insalubres. 11 a, du reste, fait place à l 'Ordonnance du Préfet de police, en date du 25 octobre 1883, à laquelle nous empruntons les dispositions suivantes :
Art. 11. — Le nombre des locataires qui pourront être reçus dans chaque chambre sera proportionnel au volume d'air qu’elle contiendra. Ce volume ne sera jamais inférieur à 14 mètres cubes par personne. La hauteur sous plafond ne devra pas être inférieure à 2,n,50.
Le nombre maximum des personnes qu’il sera permis de recevoir dans chaque chambre y sera affiché d’une manière apparente.