HABITATION DES OUVRIERS
spéciale.]
Art. 12. — Le sol des chambres sera imperméable el disposé de laçon à permettre de fréquents lavages, à moins qu’il ne soit planchéié el frotté à la cire ou peint au siccatif.
Les murs, les cloisons et les plafonds seront enduits en plâtre; ils seront maintenus en état de propreté, et, de préférence, peints à l’huile ou badigeonnés a la chaux.
Les peintures seront lessivées ou renouvelées au besoin tous les ans.
On ne pourra garnir de papiers que les chambres à un ou deux lits, et ces papiers seront renouvelés toutes les fois que cela sera jugé nécessaire.
Art. 13. — Ces chambres doivent être convenablement ventilées.
Les chambres, c’est-à-dire les chambres qui contiennent plus de quatre locataires, devront être pourvues d’une cheminée ou de tout autre moyen d aération permanente.
Art. 14. — Il est défendu d’admettre dans les chambrées des personnes de sexe différent.
Art. lo. — 11 est interdit de louer en garni des chambres qui ne seraient pas éclairées directement, ou qui ne prendraient pas air et jour sur un vestibule ou sur un corridor éclairé lui-même directement.
Les chambrées et les chambres qui contiendraient plus de deux personnes devront toujours être éclairées directement.
Art. 16. — Il est interdit de louer des caves en garni. Les sous-sols ne pourront être loués en garni, qu’en vertu d’autorisations spéciales.
Art. 17. — Les cheminées et conduits de fumée doivenL être établis dans de bonnes conditions au point de vue du danger d’incendie. Les conduits auront des dimensions ou des dispositions telles que la chaleur produite ne puisse être la cause d’une incommodité grave pour les habitants de la maison. — Les conduits seront, en outre, entretenus en bon état et nettoyés ou ramonés fréquemment ( Ordonn . du lo septembre 1873).
Art. 18. — Il n’y aura pas moins d’un cabinet d’aisances par chaque fraction de 20 habitants.
Art. 19. — Ces cabinets, peints au blanc de zinc et tenus dans un étal constant de propreté, seront suffisamment aérés et éclairés directement. — Un réservoir ou une conduite d’eau en assurera le nettoyage. — A défaut de réservoir ou de conduite d’eau, une désinfection journalière sera opérée au moyen d’une solution (par exemple de chlorure de zinc à b p. 100) dont quelques litres seront toujours laissés dans les cabinets. — Les cabinets devront être munis d’appareils à fermeture automatique. Si l’administration le juge nécessaire, un siphon obturateur sera établi au-dessous de cette fermeture. — Le sol sera imperméable et disposé en cuvette inclinée, de manière à ramener les liquides vers le tuyau de chute et au dessus de l’appareil automatique, — Les urinoirs, s’il en existe, seront construits en matériaux imperméables. Ils seront à effet d’eau.
Art. 20. — Les corridors, les paliers, les escaliers et les cabinets d’aisances devront être fréquemment lavés, à moins qu’ils ne soient frottés à la cire ou peints au siccatif, ainsi que cela a été prescrit pour les chambres. — Les peintures seront de ton clair.
Art. 21. — Les plombs seronL munis d’une fermeture hermétique, lavés et désinfectés souvent. — Les gargouilles, caniveaux et tuyaux d’eaux pluviales et ménagères seront entretenus avec le même soin.
Art. 22. — Chaque maison louée en garni sera pourvue d’une quantité d’eau suffisante pour assurer la propreté et la salubrité de l’immeuble et pour pourvoir aux besoins des locataires.
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Art. 23. — Un service spécial d’inspecteurs de la salubrité des garnis est chargé de s’assurer que les conditions exigées par la présente ordonnance sont remplies. Les logeurs seront tenus de les recevoir aussi souvent qu’ils se présenteront.
Art. 24. Ioutes les fois qu un cas de maladie épidémique ou contagieuse se sera manifesté dans un garni, la personne qui tiendra ce garni devra en faire immédiatement la déclaration au commissaire de police de son quartier ou de sa circonscription, lequel nous transmettra cette déclaration. — Un médecin délégué de l’Administration ira constater la nature de la maladie et provoquer les mesures propres à en prévenir la propagation. — Le logeur sera tenu de déférer aux injonctions qui lui seront adressées à la suite de cette visite.
Les vœux exprimés par les hygiénistes allemands, à Stuttgart (1879), portent sur les mêmes points essentiels. On demande seulement 10 mètres cubes par personne, une surface de 4 mètres carrés et une ouverture de fenêtre correspondant à 0m<1,50 par tête; il est, en outre, réclamé du linge de toilette, deux draps de lit propres, une couverture de laine et un sac de paille.
Cités et maisons ouvrières. — Ce titre correspond aux deux modes suivant lesquels on a tenté de régulariser l’installation des ouvriers dans des logements salubres. Le type du premier mode est la cité Napoléon , rue Rochechouart, à Paris, qui la première bénéficia d’une subvention de 200,000 fr. donnés par l’État en vertu des décrets des 22 janvier et 27 mars 1852. Elle renferme 194 logements, donnant abri à 500 personnes, avec bains, lavoir, salle d’asile. Ce modèle a servi, y compris le nom de baptême, à quelques autres villes, à Lille notamment. Mais l’expérience a démontré qu’il y avait là une erreur; les cités ouvrières sont fréquentées par les petits employés, les petits rentiers, les vieillards, et non par leurs destinataires supposés, les ouvriers, qui d’ailleurs regardent fort dédaigneusement ces cités-casernes, où la dignité de l’individu et de la famille est traitée avec une certaine inconvenance.
Il faut à l’ouvrier en famille une maison indépendante, agréable, qui puisse lui appartenir un jour et qu’il façonne à sa guise. En 1835, André Kœchlin, de Mulhouse, avait fait bâtir autour de ses usines 36 logements comprenant deux chambres, une cuisine, une cave, un grenier et un jardin. L’ouvrier n’obtenait ces logements (Ém. Trélat), loués d’ailleurs à prix modérés, qu’à la condition de cultiver son jardin de ses mains, d’envoyer ses enfants à l’école, de faire chaque semaine un dépôt à la caisse d’épargne et de payer 15 centimes à la caisse des malades. Telle a été l’origine de la Société mulhousienne des cités ouvrières.
Le but des fondateurs étant d’assurer à l’ouvrier une habitation indépendante et attachante, ils ne crurent pouvoir faire mieux que d’offrir au locataire de leurs maisons la perspective d’en devenir acquéreur avec la patience et le travail. Ils bâtirent donc des maisons avec jardin, par îlols de quatre, sur un modèle à peu près uniforme, mais non invariable, d’une valeur de 2,555 francs (sans étage) à 3,108 francs (avec étage), et que les ouvriers peuvent louer à raison de 18 francs par mois, mais qu’ils peuvent aussi acheter, dès le premier jour, en payant davance 250 ou 300 francs eL en versant 20 ou 25 francs par mois (au bout do treize ans eL cinq mois, l’on est propriétaire d’une maison de 3,000 francs). La Société engagea un capital de 355,000 francs et obtint de l’État une subvention de 300,000 fr. ;
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elle s’interdit de tirer plus de 4 p. 100 d’intérêt de son capital. Constituée en juin 1853, elle avait btUi, en 1877, 948 maisons dont 945 étaient vendues, représentant une somme de 2,780,025 francs, sans compter les frais.
La séduction sur les ouvriers est donc démontrée. Quant aux conséquences sanitaires, il est facile de comprendre qu’elles aient été des plus heureuses, puisque l’on a supprimé la superposition des étages, l'encombrement des locaux, et assuré à toutes ces maisons l’ensoleillement et le bain d’air qui sont la base de la salubrité des habitations. C’est le Cottage-system, que nous avons tant loué précédemment (irc Partie : Habitation), réalisé sur des plans modestes. Malheureusement, un danger ressort de la situation même. C’est que l’ouvrier, devenu propriétaire, ou ses héritiers, vendent la maison à quelqu’un qui n’est pas ouvrier. Ce qui arrive.
L’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne, ont copié plus ou moins adroitement la Société mulhousienne. Les villes industrielles, en France, n’en ont pris que la construction de maisons par les compagnies, en maintenant aux ouvriers la qualité de locataires. « Dans la seule région du Nord, dix-huit établissements de mines, sur vingt-trois, ont élevé 7,000 maisons (les corons) représentant un capital de 18 millions, occupées par 31,500 habitants, dont 11,500 ouvriers mineurs. La location est de 70 p. 100 inférieure à la moyenne des locations du pays. Au Creusot, la Compagnie loue à ses ouvriers une maison parfaitement organisée pour 30 francs par année... En 1868, la compagnie d’Anzin a consacré 25 p. 100 de ses bénéfices à l’amélioration matérielle et morale de ses employés. D’autres sociétés ont dépensé une somme égale à 22 p. 100 de tous les salaires pour la même destination. » (de Melun : Rapport à l'Assemblée nationale, 1875).
Cette excellente hygiène porte en elle-même sa récompense ; elle établit le meilleur des liens entre le patron et l’ouvrier et donne à leurs rapports un caractère de haute moralité profitable à tous. Mais les procédés de la Société mulhousienne seraient les plus aptes à tirer de la situation toutes les conséquences de salubrité et de dignité individuelle dont elle est susceptible, s’ils n’avaient le côté faible, signalé tout à l’heure.
Le familistère de Guise, créé par M. Godin, fournit encore des logements convenables et à bon marché aux ouvriers en même temps qu’il assure un revenu suffisant au capital employé. Les logements « sont disposés dans trois corps de bâtiments réunis par des cours couvertes, largement aérées, où les enfants peuvent jouer à l’abri des intempéries. Les rez-de-chaussée sont consacrés à des magasins coopératifs, où l’ouvrier trouve, à prix réduit, tout ce dont il a besoin. » (Cacheux). En Amérique, on donne Pullmann City comme exemple d’une solution parfaite de la question des logements d’ouvriers.
La cité ouvrière deWilhelmsruhe,pvès de Cologne, fondée par le professeur Gerhard vom Hath,se borne à louer aux ouvriers des maisons spacieuses et salubres pour le même prix qu’ils auraient mis à louer, en ville, des logements chétifs et malsains.
D’après une obligeante communication du docteur Dransart, la « Cité Aslurienne » d’Auby (près de Douai) renferme 850 habitants en 150 maisons appartenant à la Compagnie, qui y loge ses employés et principaux ouvriers, sans leur demander de loyer ni leur permettre de devenir acquéreurs. Ces habitations forment cinq rues, avec trottoirs, ruisseaux de rue, bornes-fontaines (eau d’un forage à 70 mètres) ; le tout tenu très proprement. Des fosses d’aisances, presque toutes mobiles, sont ménagées à chaque habitation; clics sont vidées sur le jardin d’environ 1 are, attenant à chaque maison. Ces habitations sont par groupes de deux, adossées l’une à l’autre; chaque groupe recouvre 100 mètres carrés et est séparé du voisin par un espace de 10 mètres. Les rues sont drainées à 2m,50 de pro-
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fondeur. La Compagnie entretient, à ses frais, une école de garçons et une de filles, où les enfants sont admis à partir de l’àge de cinq ans. Elle a fait bâtir une chapelle. Une consultation médicale gratuite a lieu tous les jours; une infirmerie de quatre lits reçoit les blessés graves. La Compagnie ne donne d’indemnité qu’à ceux qui sont blessés à l’usine; elle paye assez souvent aux malades des journées ou des demi-journées. — Un certain nombre de logeurs complètent l’agglomération.
4° Influence de l’industrie sur le milieu extérieur.
L’industrie, à divers égards, menace l’intégrité des milieux naturels et compromet la situation biologique des individus qui, sans y participer en rien, se trouvent dans le rayon de ses opérations.
lie sol. — L’industrie le perfore, le creuse, le mine, et provoque, sur divers points d’exploitation houillère, des affaissements de la surface, qui amoindrissent la valeur des propriétés. On pourrait les prévenir, probablement, en donnant aux galeries de mine des soutiens sérieux.
Ailleurs, l’épandage de matières putrides sur le sol ( tanneries , équarrissage, distilleries, désuintages de laines , etc.) est la terminaison forcée des opérations industrielles. La puissance d’épuration du sol, heureusement, est énorme; le point capital est d’en user d’une façon méthodique ou, plutôt, scientifique.
Le sol, toutefois, n’a pas de pouvoir sur les substances purement chimiques, telles que les résidus de la fabrication de la soude par le procédé Nicolas Leblanc (sulfure de calcium, charrées de soude), qui sont rendus en grandes masses par les fabriques de produits chimiques du Nord. On a eu l’imprudence, autrefois, de faire avec ces résidus une sorte de remblai, le long des bords de la Deûle. Aujourd’hui, les pluies qui lavent ce sol entraînent les composés de soufre dans la rivière où, grâce à la présence de détritus organiques, ils rendent à l’eau de l’hydrogène sulfuré en quantité telle que le ruisseau, sur un long parcours, semble écouler le produit d’une source pyrénéenne.
li’air. — Un effet au moins très désagréable, c’est la pénétration de l’atmosphère par la fumée, qui, cependant, est une réelle poussière de charbon et peut contribuer à former les dépôts pulmonaires anthracosiques. A Londres, la suppression de la fumée (the abatment of smoke) passionne à bon droit les esprits (Vallin). A Lille, la fumée de la houille noircit le brouillard, comme à Londres, et répand une fine poussière de charbon partout, dans les logements, sur les meubles, les livres, le linge. Les règlements prescrivent aux usines de brûler leur fumée: seulement, ils n’ont pas donné le secret de la fumivorité. Ce qu’il y a de mieux jusqu’aujourd hui, c’est d’enseigner aux chauffeurs â ne fournir le charbon aux foyers que par petites portions, qui ne le refroidissent pas tout d’un coup et n’empêchent pas le passage de l’air.
Puis, viennent les vapeurs irritantes ou toxiques (acide sulfureux), les émanations putrides, nauséeuses, incommodes (odeurs des usines ù engrais, de la calcination des vinasses do betteraves pour la fabrication de la
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potasse, épandage des vinasses de distillerie ; — acide sulfhydrique des sucrateries à la baryte ; — tanneries; — fabriques de chicorée; — magasins à fromages ; — torréfaction du café).
Finalement, l’air est mis en vibration par les bruits industriels; bruits des machines, des usines métallurgiques, de la chaudronnerie, des fonderies, etc., à un point parfois odieux et même dangereux pour les organisations nerveuses.
i/cnu. — L’industrie est la cause la plus puissante de la pollution des cours d'eau (Voy. p. 153). Elle compromet, d’autre part, la nappe souterraine, tantôt par les puits absorbants qui y déposent leurs résidus, tantôt patries épandages surabondants de matière putride. Nous avons dit précédemment comment les industries, sur divers points, en Angleterre, en Allemagne, en France, ont supprimé la pêche, la promenade en bateau, le bain froid, et substitué, à des ruisseaux qui agrémentaient une contrée, des courants noirâtres, fétides. Dans la partie est du département du Nord, l’élevage disparaît peu à peu, parce que les animaux qui paissaient dans les prairies ne peuvent plus se désaltérer aux eaux de l’Helpe.
La législation française, malheureusement, ne protège pas les cours d’eau. Tout au plus y a-t-il çà et là, sous prétexte de délit de pêche ou de contravention aux règlements sur la navigation, des procès-verbaux qui coûtent bien moins cher aux industriels que ne coûteraient les mesures d’épuration de leurs eaux résiduaires.
Nous avons indiqué (p. 773 etsuiv.) quelles pourraient être ces mesures. Terminons en mentionnant, parmi les dangers de l’industrie pour l'extérieur, la propagation des incendies au voisinage.
Établissements classés. — La législation a, de bonne heure, institué des mesures de protection contre l’industrie à l’intention des personnes, des habitations, des propriétés privées ou publiques, de l’air, du sol, mais en tant qu’il s’agit de voisinage et nullement dans la pensée d’assurer la sécurité des ouvriers eux-mêmes. Certaines industries sont effroyablement dangereuses pour ceux-ci, que le législateur de 1810 a rangées parmi les moins incommodes. Les « établissements insalubres » ne l’étaient, alors, que dans la mesure des menaces pour les voisins. Ce n’est que de nos jours que les préoccupations se tournent du côté des ouvriers.